homélie

Dimanche 12 avril 2026 2e dimanche de Pâques

(Ac 2,42-47 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31)


Nous sommes à Jérusalem, au soir du jour de Pâques. Par crainte des Juifs, dont l’hostilité ne faiblit pas, les apôtres, regroupés, se sont enfermés, toutes portes closes, dans un endroit discret. Assommés par les événements tragiques qu’ils viennent de vivre — la passion et la mort du Christ sur la croix, l’ensevelissement, la mise au tombeau —, ils sont tristes et découragés. Ils avaient tant espéré que le Christ serait le Messie que tout le monde attendait. Inquiets, ils se demandent ce qu’il va se passer maintenant.

Des bruits courent. Marie de Magdala et deux disciples en route pour Emmaüs prétendent l’avoir vu ressuscité, mais ils n’en croient rien. Ils se demandent ce qu’il va se passer.

Soudain, Jésus vint : il était là, au milieu d’eux. Ils sont effrayés, bien sûr, mais avant même qu’ils ne se rendent compte de ce qui arrive, Jésus les rassure : « La paix soit avec vous. » Et, constatant qu’ils n’arrivent toujours pas à croire que c’est bien lui, il leur montre les plaies de ses mains et de son côté. Convaincus, ils laissent alors éclater leur joie !

À propos de ce récit, on peut faire trois remarques.

1°) D’abord, tous les apôtres — et pas seulement Thomas — ont eu bien du mal à croire en la résurrection.

2°) Ensuite, même s’il n’a rien d’un fantôme (les apôtres voient de leurs yeux et touchent de leurs mains les cicatrices des plaies sur son corps), le Christ n’est plus tout à fait comme avant. Il apparaît soudain au milieu de ses apôtres, alors que les portes du lieu où ils se trouvaient étaient verrouillées, et disparaît tout aussi soudainement.

Le corps ressuscité du Seigneur, même s’il est incontestablement réel — les apôtres le voient et le touchent —, est cependant différent de son corps d’avant la passion. Ceci est extrêmement important pour nous. Un jour, nous ressusciterons. Comme le Christ, nous ressusciterons avec notre corps, mais ce sera un corps nouveau. Et ceci est une immense bonne nouvelle : cela veut dire que je ne vais pas me promener dans l’éternité avec ma surdité et mon arthrose !

La vie du Christ ressuscité est différente de sa vie d’avant la passion. De même, notre existence ressuscitée sera différente de notre vie d’avant notre mort.

3°) Enfin, troisième conclusion : le Christ ressuscité envoie ses disciples en mission. Il ne leur apparaît pas seulement pour les consoler dans leur accablement. S’il leur apparaît, c’est aussi pour les envoyer en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Il souffla sur eux, reproduisant ainsi le geste primordial où le Créateur a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre (Sg 15,11). La résurrection du Christ marque le début d’une nouvelle création. Le Seigneur insuffle à ses apôtres la vie nouvelle ressuscitée et la capacité de remettre les péchés, de purifier le monde du péché.

La résurrection n’est donc pas la fin d’une histoire qui se terminerait bien, mais le début d’une ère nouvelle pour l’humanité et tout l’univers. Les hommes, qui depuis toujours avaient été créés à l’image de Dieu, sont désormais recréés en Jésus Christ ressuscité.

Et c’est cette vie nouvelle du Christ ressuscité que nous recevons au baptême. Contaminés par cette vie nouvelle, nous voilà porteurs d’une sorte de « virus », d’un « super-COVID » universel. Pourvu que nous ne maintenions pas ce virus à l’état dormant, quelque part au fond de nos cœurs ! Pourvu que nous soyons vraiment contagieux !

De même que, ce jour-là, il a envoyé ses apôtres travailler à la construction du Royaume, de même, aujourd’hui, il nous envoie.

Mais ce n’est pas facile de travailler à la construction du Royaume dans un monde qui n’en veut pas, uniquement préoccupé par la recherche du profit à tout prix et de la domination sur les autres.

Concrètement, qu’est-ce qu’il faut faire pour travailler à la construction du Royaume ? Rien de spécial. Tout simplement essayer d’apporter toujours plus de justice, de paix et de charité autour de soi, à travers nos occupations quotidiennes ordinaires.

Mais en nous attachant à bien voir le sens et la portée, devant Dieu, de ces occupations. Et cela, nous ne savons pas le faire. Nous croyons habituellement que ces activités relèvent du profane, du matériel, alors qu’elles portent en elles une dimension spirituelle qui a valeur devant Dieu.

Nous ne sommes pas n’importe qui ! La grâce de Dieu nous forme et nous transforme. Saint Paul disait aux Éphésiens : le Père fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions (Ep 2,10).

Et dans l’Évangile, le Christ nous le dit clairement : au jugement dernier, le Seigneur dira : « Venez, les bénis de mon Père… car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… » Alors les justes lui répondront : « Quand avons-nous fait cela ? » Et le Seigneur expliquera : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,34-40).

L’Évangile d’aujourd’hui nous demande une conversion précise : cesser de regarder nos travaux de tous les jours comme des tâches matérielles ou profanes, sans valeur pour Dieu. Car c’est à travers eux que le Royaume peut se construire :

1°) Quand je fabrique du pain, quand je conduis un camion, ce travail a une valeur spirituelle : je me sers des talents que Dieu m’a donnés.
2°) Mon travail peut être un service des autres : « ce que vous ferez au plus petit… »
3°) En travaillant, je participe à la création : là où il n’y avait rien, il y a désormais quelque chose.

Mais nos travaux peuvent aussi détruire le Royaume. En travaillant, je peux utiliser les dons de Dieu pour faire le mal, causer du tort ou détruire la création.

Il faut donc garder le souci de mener sa vie en prenant l’Évangile comme règle de vie. Bien des idéologies et des propagandes nous sollicitent : attention à ne pas prendre les vessies pour des lanternes… ni les lanternes pour des vessies !


Que retenir de tout cela ?

La résurrection du Christ n’est pas une sorte de « happy end », mais le début d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. Il est arrivé quelque chose à la mort : on n’en meurt plus !

Le Christ l’a bien précisé : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25-26).

D’autre part, le Christ ressuscité, ayant communiqué à ses disciples sa vie nouvelle, les envoie dans le monde continuer son œuvre de salut : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Nous aussi, dès notre baptême, nous participons à cette vie nouvelle. Et nous aussi, nous sommes envoyés pour transformer notre monde de violence, d’injustice et de haine en un Royaume de paix, de justice et de charité.

Homélie du 22 mars 2026, 5e dimanche de carême année A.

Un signe pour la foi. La résurrection de Lazare, dont nous venons d’entendre le récit, est un signe pour la foi. Et le cœur du message de cet évangile, c’est ce que dit Jésus à Marthe :

« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.

Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Et Jésus lui demande « Crois-tu cela ? »

Alors nous, qui sommes ici ce matin, croyons-nous que Jésus est la résurrection et la vie ?

Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Je crois que ce que Jésus nous montre à travers la résurrection de Lazare, c’est que la puissance de l’amour de Dieu est plus forte que la mort.

L’amour est plus fort que la mort. Comment l’amour se manifeste à travers cet évangile ? Nous voyons que Jésus nous rejoint dans nos douleurs face à la mort. Nous avons vu que par deux fois les sœurs de Lazare disent « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Et puis, les Juifs disent « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » La mort nous révolte. La mort nous dit « Mais est-ce que Dieu agit, oui ou non ? ». Et à travers ce geste, Jésus nous montre qu’il est plus fort que la mort.

Mais ce qui est frappant, c’est sa compassion, son amour qui le fait pleurer. Jésus a été homme comme nous. Et devant des gens qui pleurent, devant le tombeau de son ami, il pleure lui-même.

Lazare, c’est l’ami de Jésus. Nous tous, nous sommes les amis de Jésus, parce que nous sommes ici. On peut dire que Jésus, quelque part, pleure devant nos tombeaux.

Il pleure avec nous lorsque nous pleurons un proche, mais il pleure aussi lorsque nous ne prenons pas les chemins de la vie. Et il veut tout donner pour nous sauver de la mort.

Alors, au moment de ce miracle, il y a un échange qui se passe. On est à 15 stades de Jérusalem. Si Jésus fait ce miracle de réanimer Lazare, il sait que dans quelques jours, c’est lui qui sera dans un tombeau. Parce que faire un miracle aussi éclatant, c’est provoquer la jalousie et la peur des chefs religieux qui vont le tuer.

Donc on peut dire que Jésus, devant nos tombeaux, a choisi d’échanger les places. Il a choisi d’entrer dans nos tombeaux. Et c’est ça l’amour.

L’amour, c’est dire à quelqu’un pour moi, tu es éternel (François Varillon). Je t’aime, donc tu ne mourras pas. Et cet amour, il existe entre le Père et le Fils. Et cet amour, il est tellement fort que le Fils, qui donne sa vie, est ressuscité par le Père. Cet amour entre le Père et le Fils fait dire au Père je t’aime, tu ne mourras jamais. Et cet amour, Jésus ressuscité nous le transmet. Et c’est pour cela qu’il peut nous dire « je suis la résurrection et la vie ».

La résurrection, ce n’est pas pour demain, la résurrection c’est pour aujourd’hui. Aujourd’hui dans notre vie.

Et comment ? Comment est-ce que nous pouvons expérimenter et vivre la résurrection ? C’est par l’Esprit, ce que Saint Paul appelle la vie dans l’Esprit et qu’il oppose à l’emprise de la chair. Si nous accueillons l’Esprit en nous, l’Esprit qui est « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité douceur et maîtrise de soi ». (Ga 5,22-23), c’est déjà la vie éternelle qui est en nous.

Saint François d’Assise au moment de sa mort a été couché sur la terre nue et a chanté. C’était pour dire que pour lui la vie de l’Esprit continuait et que la mort ne serait qu’un passage.

La puissance de l’amour de Dieu, nous sort de nos tombeaux.

Est-ce que nous croyons que face à nos tombeaux, l’Esprit peut nous sortir, peut nous remettre debout, y compris dans les difficultés les plus grandes de la vie ? Est-ce que nous y croyons ?

La foi en la résurrection, c’est la condition pour que l’Esprit en nous puisse vivre.

Et vous voyez, et je terminerai par-là, lorsque Jésus est devant le tombeau, ce n’est pas lui qui enlève la pierre. Il dit « enlevez la pierre ».

Et Marthe, repond « mais Seigneur, il sent déjà c’est le quatrième jour qu’il est là », et Jésus répond, « ne te l’ais-je pas, dis, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » Et à ce moment-là, on enlève la pierre, parce que Marthe, elle croit.

Donc ce matin, Jésus nous dit, enlevez la pierre de vos cœurs pour que l’Esprit puisse y entrer et l’Esprit puisse y jaillir.

Si nous croyons, si nous croyons vraiment que Jésus est notre sauveur, qu’il nous aime, qu’il nous envoie son Esprit au quotidien dans les choses les plus simples de la vie, alors c’est déjà la vie éternelle qui est en nous. Et la mort n’est qu’un passage. Aussi dure soit-elle, elle n’est qu’un passage. Demandons la grâce de cette foi en la résurrection. Demandons la grâce d’accueillir Jésus en son Esprit qui est en nous la résurrection.

DIMANCHE 22 mars 2026 5e dim carême A


(Ez 37,12-14) – (Rm 8,8-11) – (Jn 11,1-45)

Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Tel est l’enseignement principal de cet Évangile. Mais on peut remarquer aussi :
1°) la foi persévérante des apôtres, pourtant décontenancés par les réactions de Jésus ;
2°) la confiance totale de Marthe et Marie en Jésus ;
3°) les larmes de Jésus devant le tombeau de Lazare ;
4°) la perspicacité des témoins du miracle qui, en voyant ce que Jésus avait fait, dépassent le prodige de la résurrection et croient en lui.

Saint Jean commence son récit en rapportant que Marthe et Marie envoyèrent dire à Jésus : « Celui que tu aimes est malade. » Cela veut dire : « Viens le voir. » Mais la politesse demande qu’on ne dise pas les choses directement, mais plutôt de manière détournée, par sous-entendus. Jésus décide alors de se rendre au chevet de Lazare, à Béthanie, en Judée. Les apôtres sont surpris parce que, récemment encore, en Judée, on cherchait à lapider Jésus. Ils sont encore plus surpris qu’il attende deux jours avant de se mettre en route.

Il tente de s’expliquer : « Lazare s’est endormi. » Rassurés, les apôtres réagissent : « S’il est endormi, il sera sauvé. » Sous-entendu : ce n’est plus la peine de nous déplacer. Mais Jésus explique : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons près de lui. » Les apôtres sont complètement désorientés. Thomas réagit : « Allons-y, nous aussi, et nous mourrons avec lui. » Complètement à côté de la plaque ! Mais cette réaction montre que, même s’ils ne comprennent pas bien les propos et les réactions de Jésus, ils le suivent quand même, avec une détermination sans réserve et plus forte que tous les malentendus.

Comme les apôtres, combien de fois ne sommes-nous pas désorientés par ce qui nous arrive, et nous nous demandons : pourquoi le Seigneur permet-il qu’une telle chose arrive ? Mais sommes-nous capables de la même obstination dans la confiance en lui ?

Ce qui nous impressionne aussi dans cet Évangile, c’est la foi des deux sœurs en Jésus, sûres que, s’il avait été là, leur frère ne serait pas mort. Marthe va même encore plus loin en affirmant sa conviction que, maintenant encore, tout ce qu’il demandera à Dieu, Dieu le lui accordera. Elle croit non seulement en la résurrection à la fin des temps, mais déjà elle a entière confiance que le Christ est, dès maintenant, la Résurrection et la Vie, et que celui qui croit en lui, même s’il est mort, vivra.

Et pourtant, ce n’était pas facile de croire en Jésus à cette époque où la quasi-totalité du monde clérical — les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, les lévites — et un bon nombre des pratiquants les plus assidus, les pharisiens, le considéraient comme un ennemi de la religion. Pour nous aussi, ce n’est pas facile de croire quand la plupart des gens, le dimanche matin, font leurs courses au supermarché, du jogging ou promènent leur chien au lieu d’aller à la messe. Mais avons-nous la même assurance dans notre foi que Marthe et Marie ?

Après nous avoir rapporté la profession de foi des deux sœurs de Lazare, saint Jean nous amène à l’instant certainement le plus émouvant de ce récit où Jésus, devant le tombeau de Lazare, bouleversé de voir Marthe et Marie ainsi que leurs amis en larmes, se mit à pleurer. Il savait que, dans quelques instants, il allait ramener Lazare à la vie ; mais, devant le chagrin de Marthe et Marie et de leurs amis, il a craqué et n’a pas pu retenir ses larmes.

Cela veut dire que Dieu est humain. Cela veut dire que nos peines, nos souffrances, nos épreuves, nos tristesses, aussi bien que nos moments de joie et de bonheur, il sait ce que c’est : il est passé par là avant nous. On peut parler avec un Dieu comme ça, on peut prier un Dieu comme ça.

Ce n’est pas un Dieu lointain, énigmatique, indifférent à ce qui nous arrive, qu’il faut convaincre à coups de longues prières de s’occuper de nous et de nous venir en aide : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez » (Mt 6,8), nous dit l’Évangile. Et saint Paul insiste : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’actions de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu » (Ph 4,6). Remarquez qu’il nous invite même à exprimer notre action de grâces avant même d’être exaucés ! C’est d’ailleurs ce que fait Jésus priant devant le tombeau de Lazare : avant même que la résurrection ait eu lieu, il dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais je te le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. »

Puis, s’adressant à Lazare, Jésus lui commande : « Viens dehors. » Saint Jean n’en parle pas, mais on peut imaginer la stupeur et la joie de tous en voyant Lazare rendu à la vie. Il conclut simplement : « Beaucoup de Juifs, ayant vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. » Dépassant le miracle lui-même, ils sont remontés jusqu’à celui qui l’avait accompli.

Ce qui nous invite, nous aujourd’hui, quand nous voyons, malgré tout le mal autour de nous, tout ce qu’il y a de bien dans le monde, à remonter jusqu’à Dieu agissant au milieu de nous. Car il n’y a qu’une seule source de bien : c’est Dieu. Par conséquent, chaque fois que, quelque part dans le monde, quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais savons-nous le voir ?

Que retenir de tout cela ?

Le Christ est la résurrection et la vie. Il le prouve en ramenant Lazare à la vie.
Dans cet Évangile, les maladresses des apôtres à comprendre les propos de Jésus nous consolent de nos propres difficultés à comprendre la parole de Dieu. Et leur attachement au Seigneur, malgré leurs difficultés à le suivre, est pour nous un modèle de persévérance quand notre fidélité est tentée de faiblir.

Par la vigueur de leur foi en Jésus, Marthe et Marie sont aussi des modèles pour nous.
Mais surtout, le réalisme des témoins de la résurrection de Lazare qui, ayant vu ce qu’avait fait Jésus, crurent en lui, nous invite à voir ce qu’il fait dans le monde d’aujourd’hui à travers tout ce qui se fait de bien. Car il n’y a qu’une source de bien dans le monde : c’est Dieu.

Par conséquent, chaque fois que quelqu’un, quelque part dans le monde, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais nous ne le voyons pas : très souvent, comme notre désir profond est que tout soit parfait, ce qui accroche notre attention, c’est ce qui ne va pas — le mal, les catastrophes, les malheurs — et nous avons du mal à voir le bien qui se fait, et donc la présence de l’action du Seigneur dont ce bien est le signe.

J’ai peur qu’aujourd’hui encore, il ne soit obligé de nous faire le même reproche qu’il faisait à ses disciples : « Vous avez des yeux : ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles : n’entendez-vous pas ? » (Mt 8,18). Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de prendre tous les jours un petit moment pour repérer tout ce qui s’est passé de bien dans la journée.

À chaque fois, Dieu était là. Cela vaudrait la peine de nous en apercevoir.

Dimanche 15 mars 2026, 3e dimanche de carême année A


(1 S 16, 1b.6-7.10-13a) – (Ep 5, 8-14) – (Jn 9, 1-41)

Du temps de Jésus, on pensait qu’une maladie ou une infirmité était une punition divine pour un péché commis par celui qui en souffrait ou par ses parents. C’est pourquoi, à la vue de l’aveugle-né, les apôtres demandent à Jésus qui a péché pour qu’il soit né aveugle. « Personne », leur répond Jésus ; il est né aveugle pour que se manifestent les œuvres de Dieu, c’est-à-dire pour qu’on voie, lorsque je vais lui rendre la vue, que je suis le Messie qui accomplit les œuvres de Dieu et que je suis la lumière du monde (Jn 8, 12).

Là-dessus, Jésus, avec sa salive, fait de la boue dont il enduit les yeux de l’aveugle et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Sans discuter, sans poser de questions, faisant confiance à Jésus, l’aveugle s’y rend et, au retour, il voyait. Or ceci se passait un jour de sabbat.

Cette guérison, comme tous les miracles, n’est pas simplement un geste de bonté ou un prodige : c’est un signe de la présence du Messie, comme l’avait prophétisé Isaïe : quand il viendra, les yeux des aveugles verront (Is 29, 18). Mais l’opinion publique est divisée. Certains disent : ce n’est pas l’aveugle qui est guéri, c’est quelqu’un qui lui ressemble. L’aveugle, lui, affirme : « C’est bien moi. » Les pharisiens aussi sont divisés. Les uns pensent que Jésus est un impie puisqu’il guérit le jour du sabbat ; les autres disent qu’un pécheur ne pourrait accomplir des choses pareilles. Mais, dans l’ensemble, leur hostilité envers Jésus s’accroît. Ils refusent de croire au miracle et menacent d’exclure de la synagogue ceux qui y croiraient.

Pourquoi, chez les pharisiens, une telle hostilité ? Pour deux raisons : d’abord la jalousie. Jésus gagne toujours plus d’autorité et de prestige auprès de la foule, impressionnée par la profondeur de son enseignement et par ses miracles. Avant qu’il ne commence à prêcher, c’était eux qui jouissaient de ce prestige et de cette autorité. Leur observation minutieuse de la Loi suscitait l’admiration et le respect de tous. La foule les considérait comme des maîtres. Aujourd’hui, c’est Jésus que l’on considère comme un maître. Il est donc urgent pour eux de montrer à tous que c’est un impie : il a guéri l’aveugle un jour de sabbat, c’est là faire un travail. Or on ne doit pas travailler le jour du sabbat. Donc c’est un impie.

En réalité, le but des pharisiens n’est pas de rétablir l’autorité de la Loi et le respect du sabbat, mais de déconsidérer Jésus en montrant qu’il est un impie, afin de restaurer leur prestige compromis par l’autorité croissante de Jésus.

D’autre part, les pharisiens s’opposent à Jésus et refusent de croire en lui parce qu’il les bouscule. Il dérange l’univers paisible où ils évoluent, entourés de la considération de tous. Avec les prêtres et les docteurs de la Loi, ils avaient bricolé l’Écriture et la Tradition pour se fabriquer une interprétation de la religion à leur pointure, qui ne les dérange pas trop, et ils voulaient s’en tenir là. Ils ne peuvent pas accepter ce Jésus qui vient bouleverser leur tranquillité.

Nous autres aujourd’hui, sans être des pharisiens caractérisés, nous sommes parfois, comme eux, dérangés par le Christ qui bouscule nos habitudes. Nous prétendons bien mener notre vie à notre guise, sans que personne ne vienne se mettre en travers. Dostoïevski disait : « Ô Christ, tu es venu pour nous gêner ! »

Il gêne notre orgueil : nous ne sommes plus les maîtres, c’est sa parole qui devient l’inspiratrice de notre vie. Il gêne notre égoïsme : avec lui, il faut s’occuper des autres, alors que nous n’arrivons déjà pas à nous accorder toutes nos aises. Malgré toutes les facilités et le confort que nous apportent les progrès de notre époque — voitures, téléphone, ordinateurs, internet — nous n’arrivons pas à venir à bout de tout ce que nous avons à faire ni à réaliser tous nos projets. Nous sommes alors tentés de trouver que le Christ, l’Évangile, la religion nous compliquent l’existence et viennent alourdir le poids déjà si lourd de nos multiples obligations.

Mais surtout le Christ nous gêne parce qu’il est toujours en mouvement. Quand les gens de Capharnaüm essayent de le retenir, il refuse et leur dit : « Aux autres villes aussi, il me faut annoncer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu » (Lc 4, 43). Lorsqu’il présente le message évangélique dans le Sermon sur la montagne, à six reprises il répète : « Vous avez appris qu’il a été dit… et moi, je vous dis » (Mt 5).

De même que la source emmène l’eau toujours plus loin, de même le Christ nous emmène toujours plus loin dans la connaissance et le service de Dieu. Si la source n’emmène plus l’eau un peu plus loin, c’est qu’elle est tarie. Si notre foi et notre pratique religieuse cessent de nous emmener plus avant, c’est qu’elles sont figées et proches de la mort. Si ça ne bouge plus, c’est mort. Quelqu’un disait avec humour : « La consigne du Christ, c’est : stationnement interdit ! »

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » (Gn 12, 1). C’est ainsi qu’a débuté l’histoire de la foi avec Abraham. Et, dans l’Évangile, le Christ relance le même message : « Celui qui veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mc 8, 34).

Se renoncer, c’est être prêt aussi à renoncer à ses habitudes, à ses idées, même bonnes, pour en adopter de meilleures. On est chrétien depuis sa petite enfance, très bien. Tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, c’est très bien, à condition que cela ne s’arrête pas. Les traditions constituent une sorte de tremplin qui donne de l’élan pour aller plus loin. On s’appuie dessus pour aller plus loin. Le tremplin cesse d’être un tremplin si on ne s’en sert plus pour aller plus loin : ce n’est plus qu’un petit tas de planches. Les traditions cessent d’être des traditions si elles ne servent plus à nous emmener plus loin. Elles ne sont plus que des fétichismes ridicules, encombrants, inutiles.

Que retenir de tout cela ?

Jésus rend la vue à l’aveugle-né. Il le fait passer des ténèbres à la lumière des yeux, mais aussi des ténèbres à la lumière de la foi. Jésus est la lumière du monde qui éclaire nos yeux, mais aussi nos cœurs. Le Christ, lumière du monde, est la seule clarté à la lumière de laquelle on puisse voir tout le sens, toute la richesse, toute la noblesse de la vie humaine. Est-ce que cela nous intéresse ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre que cette lumière, il faut aller la chercher, comme l’aveugle-né qui va à la piscine de Siloé, car c’est celui qui marche à ma suite qui aura la lumière qui conduit à la vie, nous dit le Seigneur dans l’Évangile de saint Jean (Jn 8, 12).

Mais surtout cet Évangile nous montre que notre marche à la suite du Christ est à poursuivre sans arrêt, en résistant à la tentation de s’arrêter là où l’on en est et de s’installer dans la tiédeur d’une médiocrité paresseuse.

Permettez-moi de vous citer, en terminant, la déclaration d’une responsable du Congrès mondial méthodiste de 1965 qui, parlant de l’Église épouse de Dieu, explique cela avec humour.

L’Église, épouse de Dieu

L’Église, épouse de Dieu, comme une bonne femme un peu popote, est exposée à la tentation de vouloir s’installer. Elle fait son trou pour s’y nicher, elle, ses enfants et ses casseroles. Et, mine de rien, sans rien dire à personne, elle décide de réformer son mari, de le domestiquer, de le retenir là où elle est et où elle entend demeurer.

Fixer Dieu à ce qui a été, c’est l’essence de la religion ; et la religion, voilà l’origine de la dépravation des relations du mariage entre Dieu et l’Église. On ne peut pas attacher Dieu. Il est libre, il est missionnaire, pionnier, explorateur ; c’est celui qui franchit les frontières, le créateur de ce qui n’a jamais existé auparavant. Il ébranle tout statu quo. Il arrache les jours passés du calendrier du monde, si bien que chaque époque est une époque nouvelle, et chaque aujourd’hui une aventure nouvelle vers un avenir que personne n’a jamais exploré.

Dieu, c’est un époux très turbulent. Il est toujours en mouvement. Il est toujours à appeler sa femme pour qu’elle l’accompagne. Mais l’Église sait, dans le fond de son cœur, que c’est dangereux de quitter ses positions bien établies, à la sécurité assurée, pour suivre son Seigneur. On peut y laisser sa peau, à aller là où Dieu veut aller et à faire ce que Dieu veut faire.

Où veut-il aller ? Que veut-il faire ? Certains, bigots, font comme si tout ce qu’il voulait, c’était d’aller à l’église. Bien sûr qu’il y va à l’église, juste ce qu’il faut pour causer un peu avec sa femme, lui accorder l’attention, la compréhension profonde et intime d’un bon mari qui aime sa femme. Et puis, toujours trop tôt pour elle, le voilà qui dit : « Allez, tu viens, on s’en va, on a du travail. »

Et il sort tellement vite et dans une direction tellement inattendue que, les trois quarts du temps, la pauvre fille reste là, bouche bée, à essayer d’empêcher ses jupes de voler dans le courant d’air créé par les allées et venues du Seigneur. Dans les milieux bien informés, on appelle ce courant d’air : le souffle du Saint-Esprit.

Voilà. À nous de choisir. Notre choix sera peut-être celui de la femme de Lot : nous détourner de l’avenir, statues de sel pétrifiées, figées, qui par là même paralysent tout. Ou, au contraire — plaise à Dieu qu’il en soit ainsi — notre choix sera celui de l’épouse de Dieu. Nous nous laisserons entraîner de l’avant, sans crainte, prêts à laisser tomber tous les appuis, tous les systèmes, jusqu’à nous perdre nous-mêmes pour devenir ce que le Christ nous appelle à être : le sel qui donne sa saveur à la vie du monde.

(D’après Stuart Coles, cité par Pauline Webb, vice-présidente du Congrès mondial méthodiste de 1965.)

(

3e dimanche de carême année A, 8 mars 2026.

L’eau, c’est la vie !

Cette petite phrase de Laurent m’a réconcilié avec la pluie. L’eau, c’est la vie en effet : notre corps est composé en grande partie d’eau et, si nous restons trop longtemps sans boire, nous mourons rapidement.

Dans l’Évangile de Jean, qui utilise souvent les choses de la vie courante pour nous parler des réalités d’en haut, cette soif est le symbole d’une autre soif : une soif d’infini qui habite notre cœur. Une soif tellement grande que nous ne la connaissons jamais entièrement et qui se manifeste par d’autres soifs : la soif de l’affection, la soif de la sécurité, la soif de la reconnaissance, la soif d’être compris, la soif de donner la vie, la soif de la paix.

Toutes ces soifs, nous pouvons les combler pendant un moment. Mais très vite, une autre surgit du puits sans fond qu’est notre cœur.

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait saint Augustin.
Il n’y a finalement que Dieu qui peut étancher la soif de notre cœur, car Dieu est toujours nouveau. Dieu est le jaillissement de la vie.

Et Jésus, dans l’Évangile, fait accéder la Samaritaine à ce jaillissement de vie.

Voilà une femme que la soif d’affection a conduite à avoir cinq maris, qui vit maintenant avec un homme qui n’est pas son mari. Elle vient puiser de l’eau à l’heure la plus chaude pour ne rencontrer personne, pour n’être pas regardée en coin, pour n’être pas l’objet des moqueries et des cancans.
Une femme seule.

Jésus, comme nous, a soif physiquement et s’assoit pour se reposer. Il ne devrait pas s’adresser à une femme, et encore moins à une Samaritaine. Mais il a soif de faire naître en elle la source jaillissante. Et cette soif est plus forte que les conventions sociales.

Cette soif le conduira d’ailleurs à donner sa vie. Et sur la croix, il dira encore : « J’ai soif. »
Il donnera sa vie pour que jaillisse de son cœur l’eau vive et qu’elle jaillisse aussi dans notre cœur.

Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine commence par un quiproquo. Jésus lui parle d’eau vive et la femme reste au niveau matériel. Elle pense à une eau qui éviterait de revenir au puits.

Alors Jésus va la conduire plus profondément, dans les profondeurs de son cœur. Il lui rappelle ses soifs d’affection successives, jamais comblées. Mais il le fait avec délicatesse. Il souligne même qu’elle dit vrai lorsqu’elle affirme qu’elle n’a pas de mari.

Peu à peu, quelque chose se dégage en elle. Puis Jésus se révèle à elle comme le Messie.

Alors elle court vers les gens du village pour leur parler de cet homme qui pourrait bien être le Messie. Et détail magnifique : elle laisse sa cruche. Elle est venue pour puiser de l’eau… et voilà que la source a jailli en elle.

Mais comment son cœur a-t-il été dégagé des pierres et du sable qui l’obstruaient ?

Par la foi.

Cette foi dont saint Paul nous dit qu’elle « nous donne accès à la grâce », c’est-à-dire à la source de l’amour qui a été répandue dans nos cœurs : l’Esprit Saint.

La foi ouvre notre cœur à la relation avec Jésus. Et Jésus nous donne l’Esprit, cette source intérieure qui ne cesse de jaillir et qui nous pousse aussi à le faire connaître.

Dans la première lecture, les Hébreux, soumis à la soif et menacés de mort dans le désert, mettent Dieu à l’épreuve en disant :
« Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Qui d’entre nous ne s’est pas posé cette question aux heures sombres de la vie ?

Oui, le Seigneur est au milieu de nous. Il est, par l’Esprit reçu à notre baptême, présent au fond de notre cœur.

Si nous connaissons l’épreuve des différentes soifs, il est avec nous pour nous aider à tout traverser. Il est celui qui ne finit jamais de jaillir en nous. Il est celui qui nous donne l’énergie, qui nous fait vivre la surprise de nous sentir bien et d’avancer.

Alors rendons grâce à Dieu pour l’Esprit, sa vie même, qui ne demande qu’à jaillir et à se faire connaître à tous les hommes.

La soif de Jésus de la faire jaillir est contagieuse.

Loué sois-tu, Seigneur.

Dimanche 8 Mars 2026 3e dimanche de carême

(Ex.17,3-7) (Rm 5,1-2,5-8) (Jn 4, 5-42)

Quittant la Judée au sud de la Palestine, pour rejoindre la Galilée au Nord, Jésus traverse la Samarie. Il est midi. Il fait chaud. Fatigué il s’assied au bord d’un puits. Les disciples sont partis au village acheter de quoi manger. Arrive une femme qui vient puiser. Jésus s’adresse à elle : Donne moi à boire. La femme s’étonne : Comment ! toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ! C’est que les Juifs et les Samaritains ne se parlaient pas. Ces derniers avaient construit leur propre temple à Samarie et ne montaient plus prier au Temple de Jérusalem. Ils étaient regardés par les Juifs comme des schismatiques qu’on ne pouvait fréquenter sous peine d’encourir une impureté légale. La Samaritaine s’étonne donc que Jésus transgresse l’interdit et lui adresse la parole. Jésus n’interrompt pas la conversation pour autant, il continue l’échange en lui disant que si elle savait à qui elle a affaire, c’est elle qui lui demanderait à boire et il lui donnerait de l’eau vive. Avec bon sens, elle lui fait remarquer : comment pourrais-tu me donner à boire, tu n’as ni seau ni corde pour puiser ! Mais Jésus rétorque : Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif et cette eau deviendra en lui source d’eau jaillissante pour la vie éternelle. Là-dessus, la femme, tout-à-fait à l’aise, lui demande sur un ton enjoué de lui donner de cette eau-là, cela lui éviterait la corvée d’aller puiser tous les jours. Sûre d’elle la Samaritaine domine le dialogue, croyant avoir affaire à un original inoffensif.Mais un rebondissement imprévu se produit : Jésus lui demande d’aller chercher son mari. Un peu embarrassée, elle répond qu’elle n’a pas de mari. Et stupéfaite, elle entend alors Jésus lui retracer toute son histoire avec ses cinq maris. Impressionnée et sans doute un peu effrayée, elle n’a plus du tout envie de plaisanter. Il va alors se produire quelque chose de tout-à-fait anormal. Normalement, après que le Seigneur lui ait manifesté qu’il connaissait son parcours avec ses cinq maris, elle aurait dû être embarrassée, gênée, honteuse. Sa réaction aurait dû être de s’enfuir et d’aller se cacher. Mais elle reste là et très respectueusement elle s’adresse à Jésus en lui donnant le titre de Seigneur : Seigneur, je vois que tu es un prophète.Pourquoi est-elle restée ? C’est que Jésus ne l’a pas condamnée. Il l’a traitée avec bonté. Pour nous un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal et nous nous détournons de lui. Pour Jésus aussi un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, mais c’est également quelqu’un qui peut encore se convertir, Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) Devant la bonté de Jésus qui ne la repousse pas, la Samaritaine, dans la joie d’être pardonnée, est toute retournée, elle qui est habituée à voir les gens se détourner d’elle avec mépris. Elle confie à Jésus qu’elle est prête à retourner prier à Jérusalem, mais celui-ci lui fait comprendre qu’il ne suffit pas de changer de paroisse, mais que c’est son cœur qu’il faut changer. Et comme elle explique au Seigneur qu’elle attend le Messie qui fera connaître toute chose, celui-ci lui dit : Je le suis, moi qui te parle. A ce moment-là les disciples arrivent. Voyant Jésus en conversation avec la Samaritaine, ils sont choqués de cette violation des usages : normalement un Juif ne reste pas seul à causer avec une femme, surtout une Samaritaine, mais ils n’osent pas intervenir. Ils voient bien qu’il se passe quelque chose de pas ordinaire. D’autant que Jésus ne veut pas manger, il prétend qu’il a à manger une nourriture qu’ils ne connaissent pas. Au milieu du silence qui s’est installé, la femme, laissant tout le monde là, s’en va, bouleversée, dire aux gens du village : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? Elle veut partager avec eux sa joie et son bonheur. Jésus ne l’a pas humiliée, il l’a relevée, il ne l’a pas rejetée, il l’a accueillie, Il ne l’a pas méprisée il l’a libérée. Elle se sent à nouveau comme tout le monde, réintégrée dans la société. C’est cela qu’elle veut aller partager à tous, au village. Une conversion débouche toujours dans la joie. Si nous avions compris cela, nos confessions seraient bien moins pénibles. Quand nous allons nous confesser, nous sommes tellement vexés et humiliés par nos péchés que nous ne pensons qu’à l’aveu de nos fautes et nous oublions le reste, au point que nous prêtons peu ou pas d’attention au pardon qui nous est donné. Savez-vous que parfois des pénitents venus se confesser repartent après avoir confessé leurs péchés, sans attendre de recevoir le pardon. Cela m’est arrivé. Je leur donnais l’absolution dans le dos, en catastrophe !! C’est d’autant plus dommage que le pardon reçu dans le sacrement de réconciliation n’est pas seulement quelque chose qui efface les péchés comme un coup de chiffon enlève la poussière sur le dessus d’un meuble. Il efface les péchés, oui, mais surtout, il nous change en profondeur comme le dit déjà le prophète Ezechiel, il nous donne un cœur nouveau, un esprit nouveau. Ce n’est pas quelque chose qui est tourné vers le passé, vers les péchés commis, mais vers le futur, vers la conversion, vers un redémarrage à neuf Le pardon du sacrement de réconciliation opère une re-création :Le pécheur pardonné est un être nouveau, avec un cœur nouveau et un esprit nouveau. En malgache on dit que le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre. Une chose pareille, ça se fête. De plus en plus actuellement, on organise les cérémonies de confessions dans le cadre d’une soirée de louange. Cela convient tout-à-fait. Transformés par le pardon sacramentel, nous sommes réintégrés dans la famille du Père dont nous nous étions éloignés, en même temps que nous sommes rendus plus forts pour résister aux tentations. La Samaritaine a vivement ressenti à quel point Jésus l’avait re-créée. Elle a voulu partager sa joie avec les habitants de son village.Le Seigneur avait dit à la Samaritaine : L’eau vive que je donne devient en celui qui la boit source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. Cette parole est en train de se réaliser en elle qui devient source d’eau jaillissante pour les gens de son village qu’elle amène à puiser auprès de Jésus la vie éternelle. La pécheresse publique rejetée par tout le monde, la voici devenue prédicateur de la foi, annonçant la Bonne Nouvelle autour d’elle. Que retenir de tout cela ?Cet évangile nous invite à regarder les autres, comme le Christ le fait. Pour lui un pécheur ce n’est pas quelqu’un qui a fait le mal. Donc il faudrait le condamner et se détourner de lui avec dégoût. Pour le Christ, un pécheur, c’est quelqu’un qu’il faut tirer du mal où il s’est enfoncé et le réintégrer dans le monde de justice qu’il a abandonné. Poussé par son amour infini, le Seigneur pardonne, d’un pardon qui n’est pas comme un coup de chiffon qui enlève la poussière sur le dessus d’un meuble, le pardon du Seigneur nous régénère, nous renouvelle en profondeur, car lorsqu’il nous pardonne, le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre, son pardon opérant ainsi en nous une véritable re-création. Emerveillé l’auteur du livre du livre de la Sagesse disait déjà : Oui tu aimes tous les êtres et tu n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu aimes tous les êtres parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sagesse 12,24-26)

Dimanche 1er mars 2026 – 2e dimanche de carême

(Genèse 12,1-4a) – (Deuxième épître à Timothée 1,8b-10) – (Évangile selon Matthieu 17,1-9)

Dans l’Évangile, d’habitude, le Christ est fort discret : il cache ses pouvoirs divins. Il vient au monde à l’écart, dans un petit village de rien du tout : Bethléem. Il grandit dans l’anonymat de Nazareth, une bourgade sans importance. Lorsqu’il guérit un malade, la plupart du temps, il l’emmène à l’écart et lui interdit de parler de sa guérison. Lorsque le démon lui propose un coup de publicité phénoménal — se laisser tomber du haut du Temple et atterrir sans dommage sur le parvis au milieu de la foule — il refuse. Alors pourquoi, aujourd’hui, se prête-t-il à cette mise en scène spectaculaire, où il apparaît transfiguré à trois de ses apôtres en présence de Moïse et Élie ?

On peut penser qu’il veut renforcer la foi de ses apôtres, fortement ébranlés par l’annonce qu’il vient de leur faire : il faut que le Fils de l’homme soit rejeté par les Anciens, mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite (Mc 8,31). Cela les avait profondément découragés. C’est probablement pourquoi Jésus a décidé d’emmener avec lui sur la montagne Pierre, Jacques et Jean, les plus influents du groupe des Douze, et de se montrer à eux dans sa gloire afin de les réconforter, pour qu’ils puissent soutenir tout le groupe dans les moments difficiles qui les attendent.

Que s’est-il passé exactement ? Pendant qu’il priait, le visage de Jésus devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Ragaillardis et tout heureux, Pierre, Jacques et Jean envisagent de s’installer dans des abris qu’ils construiraient à la hâte. Mais un nouveau miracle se produit. À la transfiguration du Christ succède maintenant une manifestation de Dieu, une théophanie : une nuée lumineuse les couvrit de son ombre… Dans la Bible, l’apparition d’une nuée manifeste la présence de Dieu. Souvenez-vous : dans l’Exode, le Seigneur, présent dans la nuée, guide son peuple sur le chemin de la Terre promise (Ex 13,21). Et voici que, de la nuée, une voix se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le. » Les apôtres, effrayés, tombèrent face contre terre. Mais Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte. »

On s’attendrait à ce qu’il leur dise : « Vous avez vu ? Vous avez entendu ? Eh bien, maintenant, allez raconter cela à tout le monde. » Or, au contraire, il leur donne l’ordre de ne révéler cela à personne jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. Pourquoi ? Parce que si Pierre, Jacques et Jean racontent à tout le monde qu’ils ont vu Jésus dans sa gloire, les gens vont être confortés dans leurs conceptions fausses de Dieu, qu’ils sont tentés d’imaginer comme un être de gloire, tout-puissant, alors que le Christ est venu révéler que Dieu est Amour. Il est tout-puissant aussi, mais la toute-puissance, en lui, est secondaire : elle vient après l’amour. La toute-puissance en Dieu obéit à l’Amour.

Le Christ a toujours refusé de donner, comme preuve de sa divinité, un signe, une manifestation de gloire. Il ne veut donner comme preuve qu’un signe d’amour ; et ce sera sa Passion, car c’est là que se manifeste son amour infini : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Lorsque les scribes et les pharisiens viennent lui demander un signe qui prouverait qu’il est bien le Messie, Jésus refuse et les renvoie en leur disant qu’ils n’auront pas d’autre signe que le signe de Jonas (Mt 12,39-40). Allusion à la prédication de Jonas à Ninive, mais aussi à la Passion : de même que Jonas fut enseveli dans le ventre du monstre marin, Jésus sera enseveli au tombeau.

Quel a été l’effet de la transfiguration et de la théophanie sur Pierre, Jacques et Jean ? D’abord, la vue du Christ en gloire a renforcé leur foi en sa divinité, lui qu’ils ne voyaient d’habitude que dans la banalité d’une humanité semblable à la leur.

D’autre part, le fait d’avoir vu Jésus converser avec Moïse et Élie, et surtout la voix venue du ciel déclarant solennellement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le », tout cela a confirmé pour eux que le Christ est bien l’Envoyé du Père annoncé par les prophètes, et non pas un faux prophète prêchant une religion nouvelle, comme le prétendaient les prêtres, les docteurs de la Loi et les pharisiens.

Et pour nous aujourd’hui, qu’est-ce que cela change que le Christ ait été transfiguré ? Il se trouve que la Transfiguration ne concerne pas la seule personne du Christ : elle nous touche aussi, puisque nous sommes promis à participer à sa gloire, comme le dit saint Paul lorsqu’il parle du Seigneur « qui transformera notre corps de misère pour le rendre semblable à son corps de gloire » (Ph 3,21), lorsque nous ressusciterons après notre mort.

Mais, dès maintenant, un certain processus de transfiguration est en cours en nous à travers l’action de l’Esprit qui nous guide, comme le dit la deuxième épître aux Corinthiens : « Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit » (2 Co 3,18).

Nous avons besoin de nous remettre en mémoire ces vérités, nous qui risquons, comme les apôtres, d’être très découragés en voyant notre médiocrité, le mal et l’injustice partout dans le monde, le refus de Dieu, le mépris et les persécutions qui accablent tant de chrétiens en bien des contrées. D’autant que, malgré toutes les horreurs de notre monde — les guerres, la misère, les famines, les scandales jusque dans l’Église —, soyons honnêtes : il y a d’énormes mouvements de solidarité et d’authentique charité qui transfigurent le monde des sinistrés, des pauvres, des orphelins, des personnes handicapées.

Autrefois, dans des temps que l’on dit chrétiens, il n’y avait guère que des chrétiens — des religieux et surtout des religieuses — pour venir au secours de la misère dans les écoles, les orphelinats, les hôpitaux ou les hospices. Aujourd’hui, toutes sortes d’associations et de mouvements non confessionnels prennent en charge ces institutions, et bien des gouvernements promulguent des lois sociales dont l’inspiration est à l’origine chrétienne. Il n’y a pas que des catastrophes et des scandales dans notre monde. Il y a aussi l’action du Seigneur en train de transfigurer, à travers nous, la société.

Certes, il reste bien des choses à faire et la transfiguration du monde est loin d’être achevée, mais elle est en route. Plutôt que de verser d’hypocrites larmes de crocodile sur les malheurs des temps, demandons-nous si nous faisons vraiment tout ce qu’il faut pour laisser le Seigneur transfigurer notre vie et celle de la société autour de nous.

Que retenir de tout cela ?

Le Christ s’est montré transfiguré à Pierre, Jacques et Jean pour renforcer leur foi ébranlée par l’annonce de sa Passion et pour qu’ils puissent réconforter tout le groupe des apôtres dans les moments difficiles qui les attendent.

La Transfiguration ne touche pas seulement la personne du Christ. Dans son amour pour nous, il veut nous associer à cette transfiguration. Depuis le jour de notre baptême, un véritable travail de transfiguration a commencé en nous. Il reste bien des choses à transfigurer en nous et autour de nous. Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur afin qu’il puisse continuer, à travers nous, son œuvre de transfiguration du monde.

Dimanche  22  Février   2026 1er dimanche de carême A

                                                      Gn 2,7-9 ;3,1-7a ; Rm 5,12-19 ; Mt 4,1-11

Avant de parler de l’évangile, quelques mots sur la première lecture qui nous présente le récit du péché originel. Pourquoi l’appelle-t-on originel ? Non pas tant parce qu’il est le premier péché, mais parce qu’il est le péché type que reproduisent tous les péchés quels qu’ils soient. Ce récit du péché originel est présenté sous forme de mythe, c’est à dire sous la forme d’un récit mettant en scène des êtres et des actions imaginaires à travers lesquels sont transposées des réalités incontestables. Un peu comme dans les fables de La Fontaine, le corbeau et le renard, le loup et l’agneau n’existent pas mais nous transmettent des vérités indéniables. Dans notre récit,  le serpent, le fruit défendu, la pomme, n’existent pas, mais ce récit nous éclaire sur trois réalités auxquelles nous sommes confrontés tous les jours  : le  démon,  la tentation et le péché.

                        Qu’est-ce qu’il nous apprend sur le démon ? En nous le présentant sous l’apparence d’un serpent qui se dissimule en rampant silencieusement ce récit veut nous faire comprendre que le démon agit en se cachant. De plus le déroulement du récit de la tentation nous montre que le démon est menteur et rusé.  En effet il dit à Eve : Si vous désobéissez, si vous mangez du fruit défendu, vous ne mourrez pas mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vous serez comme des dieux connaissant le bien et le mal. (Connaître dans la Bible signifie : avoir l’expérience, connaître par soi-même. Vous connaitrez le bien et le mal signifie donc : vous serez capables de décider par vous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal sans être bridés par Dieu et ses commandements. En désobéissant, vous pourrez faire tout ce que vous voulez.) Le démon essaye par-là de nous faire croire que Dieu n’est pas un être généreux qui nous donne la vie et veut notre bonheur, mais un être qui nous empêche de vivre, et dont les interdits contrarient nos désirs, nous empêchant ainsi d’être heureux.

De la tentation, le récit du P.O. nous apprend qu’elle est une ruse et un mensonge  par lesquels  démon essaye de nous faire croire deux choses : d’abord que le mal, le péché,  n’est pas du tout un mal, source de  tous les maux : divisions, haine, violence et mort, mais au contraire un bien avantageux pour nous et ensuite que Dieu n’est pas un être bienveillant qui nous donne la vie et veut notre bonheur mais un rival  qui nous empêche de vivre et dont les interdits contrarient nos désirs et s’opposent à notre bonheur.

Et enfin le récit du péché originel nous montre clairement ce qu’est le péché : c’est rejeter Dieu, c’est vouloir être Dieu à la place de Dieu parce que, d’après le démon, Dieu étant un gêneur qui nous empêche de vivre, il vaut mieux le rejeter et nous mettre à sa place, nous, nos désirs et notre volonté. N’importe quel péché reproduit toujours ce schème-là. C’est pourquoi on appelle le péché d’Adam et Eve, péché originel.

Quant à l’évangile, il nous montre comment à travers trois tentations, le démon tente Jésus de rejeter la volonté du Père pour faire n’importe quoi. Première tentation : le démon tente Jésus de changer des pierres en pain. Jésus vient de jeûner quarante jours, il a faim, c’est normal. D’autre part il a le pouvoir de faire des miracles et donc de changer en pain des pierres. Alors pourquoi pas ? Où est le mal là-dedans ? En ceci que le pouvoir de faire des miracles est donné à Jésus non pas en vue de satisfaire ses désirs ou ses besoins personnels, mais en vue de donner aux hommes des signes de la présence de Dieu parmi eux. Si Jésus changeait les pierres en pains pour apaiser sa faim, il détournerait à son profit un pouvoir qui lui est donné en vue de son ministère auprès des hommes. Deuxième tentation : le démon suggère à Jésus de se laisser tomber du haut du pinacle du Temple et d’atterrir sans dommage sur le parvis au milieu  de la foule. Le Christ a le pouvoir de faire un tel miracle. En voyant ce prodige, la foule croirait en lui. Apparemment il n’y a pas de mal là-dedans. En réalité, si le Seigneur cédait à la tentation de faire ce prodige, il lancerait les hommes sur une fausse piste, les menant à croire en un Dieu tout puissant, un peu fakir, alors que le vrai Dieu qu’il doit révéler est un Dieu Amour, tellement bon et miséricordieux que rien ne peut venir à bout de son amour. Dans la troisième tentation, le démon propose à Jésus tous les royaumes du monde avec toutes leurs richesses qui procurent pouvoir et domination, s’il accepte de se prosterner devant lui. Jésus refuse. Il est venu pour rallier à lui tous les royaumes de la terre, oui, mais pas n’importe comment. Pas par le prestige ou la terreur, en manifestant sa toute-puissance par des miracles spectaculaires, pas en les soudoyant  par la richesse, mais uniquement en les convertissant à son amour. Si le Seigneur cédait à cette tentation, il amènerait les foules à croire en un Dieu riche et puissant qui domine à la manière des puissants de ce monde, alors que le vrai Dieu qu’il est venu révéler est un Dieu qui aime et dont la toute-puissance c’est l’amour.

 Que retenir de l’évangile et de la première lecture d’aujourd’hui ?

L’évangile nous montre, à travers le récit des trois tentations du Christ comment le démon essaie de le détourner de la mission que lui a confiée le Père. Première tentation : changer les pierres en pain. Le Christ refuse. Le pouvoir de faire des miracles lui a été donné pour servir les hommes, pas pour se servir. Pour nous aujourd’hui, c’est la tentation de faire ce qui nous plaît, en se moquant du reste, des autres, de Dieu et de sa volonté. Deuxième tentation : se laisser tomber du haut du pinacle. Le Christ refuse. Il est venu révéler un Dieu Amour et pas un Dieu fakir aux pouvoirs étonnants ou effrayants. Pour nous aujourd’hui c’est la tentation de chercher la renommée, la gloriole et tant pis pour le reste :  les autres, la volonté de Dieu. Troisième tentation : dominer le monde par les richesses et le pouvoir. Le Christ refuse. Il est venu rassembler tous les hommes en les attirant par son amour et sa miséricorde et non pas par le prestige du pouvoir et de l’argent. Pour nous c’est la tentation de mettre l’argent et le pouvoir au-dessus de tout, le démon nous cachant soigneusement qu’ils sont la source de tous les conflits et de toutes les guerres avec leur cortège de violences, de ruines et de morts. 

 La première lecture, elle, nous éclaire sur le démon, la tentation et le péché. Le démon nous est présentécomme un être rusé et menteur qui agit en se dissimulant tel un serpent qui rampe silencieusement. La tentation apparaît comme   une tentative du démon pour nous faire croire que le mal, le péché, est en réalité un bien par lequel on se débarrasse de Dieu qui n’est pas un être bienveillant qui veut notre bonheur, mais un gêneur, un rival dont les interdits visent à nous empêcher d’être heureux. Et enfin le péché est présenté comme le fait de rejeter Dieu parce que c’est un gêneur qui nous empêche de vivre pour nous mettre à sa place, nous, nos désirs et nos volontés. C’est croire que je sais mieux que Dieu ce qui est bon pour moi. Le péché, c’est vouloir être Dieu à la place de Dieu.                                                    

Il me semble qu’en ce premier dimanche de carême l’évangile nous invite à faire le point sur notre vie chrétienne : est-ce que Dieu est encore Dieu pour moi ou est-ce qu’en pratique, subrepticement j’ai pris sa place et que mon Dieu c’est moi, ce qui me plaît, ma volonté ?  Si c’est le cas, qu’est-ce que je dois changer dans ma manière de vivre pour remettre les choses en ordre ? C’est cela qui doit constituer mon effort de carême.

Dimanche 15 Février 2026

(Ben Sira 15,15-20) (1Cor. 2,6-10) (Mt. 5,17-37)

Jésus sème le trouble dans l’opinion. On ne sait plus quoi penser. D’un côté on admire la profondeur de son enseignement et les miracles qu’il accomplit. Mais d’un autre côté, ses critiques incessantes des prêtres, des scribes et des pharisiens qui observent minutieusement les prescriptions de la Loi le font apparaître comme un adversaire de la Loi. Or la Loi, c’est, avec l’enseignement des prophètes, le socle sur lequel reposent la religion et l’unité de la nation. Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ se défend vigoureusement de vouloir s’opposer à la Loi, il explique qu’il vient au contraire pour l’accomplir, c’est-à-dire pour la porter à sa perfection. Et pour preuve, il va montrer comment sur cinq sujets importants : le meurtre, l’adultère, les serments, la loi du talion et la charité, ses exigences vont dans le même sens, mais plus loin que celles de la Loi. Alors que la Loi se contente d’interdire le meurtre du prochain, Jésus pousse l’exigence jusqu’à interdire de se mettre en colère contre lui ou de l’insulter. Alors que la Loi se contente d’interdire l’adultère, Jésus exige davantage : ne pas regarder une femme avec convoitise. Alors que la Loi se contente d’interdire le parjure, Jésus interdit tout serment. Alors que la Loi limite la vengeance avec la loi du talion, Jésus va jusqu’à demander la non résistance au mal ; et alors que la Loi limite la charité à l’amour de ses amis, Jésus l’étend jusqu’à l’amour des ennemis. Mais alors, s’il est pour la Loi, comment peut-il être en même temps contre ceux qui la pratiquent le plus minutieusement, les scribes et les Pharisiens ? Qu’est-ce que Jésus leur reproche? Essentiellement leur orgueil. Et l’orgueil est ce qu’il y a de plus opposé à l’attitude qu’on doit avoir devant Dieu, comme devant les autres. Devant Dieu, on ne peut que se sentir indigne et pécheur. Et devant les autres, on n’est jamais sûr de l’emporter dans tous les domaines. Or les pharisiens se prennent pour des justes en face de Dieu et pour des êtres supérieurs en face des autres qu’ils méprisent. Ils se montrent en train de prier sur les places publiques pour être vus et admirés. Ils cherchent les premières places dans les diners et les synagogues, ils cherchent par tous les moyens à se faire saluer sur les places publiques et à s’entendre appeler Maîtres. (Mt. 23,7) Persuadés que leur pratique minutieuse des obligations de la Loi les rend justes et irréprochables, ils en arrivent à croire que, après tout ce qu’ils font pour Dieu, celui-ci leur doit quelque chose en retour. Ils en arrivent à traiter Dieu presque d’égal à égal. Une telle attitude est exactement à l’opposé de celle que préconise le Seigneur lorsqu’il indique les conditions nécessaires pour entrer dans le royaume. La plus importante de ces dispositions est d’être pauvre de cœur, c’est-à-dire se rendre compte de sa misère et de son besoin criant de l’aide de Dieu. Un pauvre de cœur, c’est celui qui se rend compte qu’il n’arrive pas à aimer sa femme, son mari, ses enfants, son prochain, comme il le faudrait. Il se rend compte, comme St Paul : le bien que je veux je ne le fais pas, le mal que je ne veux pas je le fais…hélas, je suis pauvre. (Rom.7,19-24)(dit la traduction malgache de la Bible) Si nous sommes dans une telle attitude, le Seigneur vient immédiatement à notre secours. Il ne peut pas faire autrement, c’est plus fort que lui, dans son amour pour nous, il ne résiste pas à nos appels au secours. Il le disait déjà dans Isaïe : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Is.66,8) Le Seigneur nous demande d’être humbles, c’est-à-dire réalistes. Le mot humilité vient du latin humus qui veut dire la terre. Etre humble, c’est avoir les pieds par terre, être réaliste, c’est se reconnaître pécheur. Dans leur orgueil, les pharisiens se croient justes En même temps qu’ils sont dans une attitude opposée à celle que demande le Christ, ils sont dans le mensonge et l’illusion. Et c’est pourquoi le Seigneur nous dit avec insistance : Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Pour les scribes et les Pharisiens, ce qui compte c’est d’observer les prescriptions de la Loi. Mais qu’est-ce qui intéresse le Seigneur ? Ce n’est pas le respect de la Loi, mais l’amour qu’on met dans le respect de ces lois. Si on respecte la Loi par crainte ou pour être bien vu des autres, cela n’a pas de valeur à ses yeux. Et la matérialité du geste que l’on pose n’a pas de valeur non plus pour lui. Ce qui compte c’est l’amour qu’on met dans l’accomplissement de ce geste. Par exemple ne pas se marier n’a pas, en soi, de valeur devant Dieu, mais quand un prêtre ou une religieuse renonce à fonder un foyer par amour de Dieu, pour se consacrer à lui, à son service et au service des autres, un tel engagement a du prix à ses yeux. Dans l’A.T. le Seigneur le soulignait déjà avec insistance : C’est l’amour que je veux, non les sacrifices (Osée 6,6).

Que retenir de tout cela ?

On ne peut pas tricher avec Dieu. Les scribes et les Pharisiens ont tenté de bricoler, d’accommoder, de domestiquer la religion pour qu’elle ne les gêne pas et pour qu’ils aient plus facilement l’impression d’être dans le peloton de tête. Si la religion demande d’aimer Dieu et d’aimer son prochain, on n’est jamais sûr d’être au point : on n’aime jamais assez. Mais si on remplace ce commandement par l’obligation de porter une soutane ou de réciter telle ou telle formule de prière tous les jours, c’est plus facile de se croire au point Les scribes et les pharisiens se croyaient justes et parfaits parce qu’ils remplaçaient la Loi de Dieu par des obligations plus à la portée de leur médiocrité. La perfection des pharisiens consistait à respecter des obligations, des règlements et des rubriques qu’ils avaient eux-mêmes fixés tandis que le Christ nous dit Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, lui qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (Mt.5, 45,48). Comme il nous est parfaitement impossible d’être parfaits comme notre Père du ciel, tout ce que nous pouvons faire c’est de toujours chercher à avancer en perfection, sachant que nous n’arriverons jamais au but, mais rendant grâce au Seigneur de nous faire progresser. St Paul disait aux Corinthiens Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2Cor.3,18) Merci Seigneur de m’avoir amené jusqu’au point où j’en suis. Mais quel que soit le chemin parcouru, je vois bien qu’il me reste beaucoup à faire pour arriver là où tu veux m’emmener. Tout ce qui me reste à faire c’est d’avancer résolument. Cela ne va peut-être pas être facile, mais, tu es toujours avec moi, c’est un gros poids en moins !!!

DIMANCHE 8 Février 2026

(Isaïe 58, 7-10) (1Cor.2, 1-5) (Mt.5,13—16)

Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Nous sommes bien embarrassés en entendant cela. Parce que nous savons bien que nous ne sommes pas le sel de la terre, ni la lumière du monde. C’est le Christ qui est le sel de la terre et la lumière du monde. Nous, nous sommes loin derrière. Pourtant quand il affirme : Je suis la lumière du monde, (Jean 8,12), il ajoute tout de suite après : Celui qui marche à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière qui conduit à la vie. Nous devrions donc refléter quelque chose de sa lumière. Pourquoi sommes-nous si peu lumineux ? Certains disciples sont lumineux,.. Je pense aux douze apôtres. Comment ces hommes à peu près ignorants ont-ils fait pour devenir lumineux ? Ils ont accueilli la parole du Seigneur, alors sa lumière s’est reflétée en eux comme se réverbère dans les carreaux d’une fenêtre l’éclat du soleil qui les frappe. Mais qu’est-ce que c’est accueillir la parole du Seigneur ? Ce n’est pas simplement l’entendre de ses oreilles. Tout le monde entendait de ses oreilles le Christ qui parlait. Mais seuls les apôtres et quelques autres reconnaissaient dans ses paroles la Parole de Dieu. Pourquoi ? Sans doute parce qu’ils écoutaient avec une curiosité bienveillante, l’esprit et le cœur ouverts, tandis que d’autres l’écoutaient avec méfiance ou hostilité : « Qu’est-ce que c’est que ces idées nouvelles, ? On n’a pas besoin de ça. » Parce que les apôtres attendaient le Messie qui viendrait les guider, parce qu’ils guettaient sa venue, quand il est venu, ils l’ont reconnu et quand il s’est mis à parler, ils ont décelé dans ce qu’il disait, la parole de Dieu. Celui qui cherche peut arriver à trouver, mais celui qui ne cherche rien ne risque pas de trouver quoi que ce soit. Déjà du temps de Jérémie le Seigneur l’avait promis : Je me laisserai trouver par vous. Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer29, 13,14)Nous aujourd’hui, comment faire pour entendre la parole de Dieu ? D’abord, il faut croire qu’il vient, chaque jour et qu’il vient pour nous dire quelque chose, pour nous guider Lorsqu’il a fait ses adieux à ses apôtres le jour de l’Ascension, il nous en a donné l’assurance : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. (Mt.28,20) Mais cherchons-nous vraiment ? Qui de nous se lève le matin en pensant : qu’est-ce qu’il va encore me dire aujourd’hui ? Comment se manifeste la parole de Dieu ? Dans l’Ancien Testament elle se manifestait au cours d’un songe ou d’une apparition de Dieu en personne ou d’un ange. Dans le Nouveau Testament, les apparitions sont extrêmement rares, par contre un acteur nouveau apparait : l’Esprit Saint, que les sacrements de baptême et de confirmation introduisent en nous. Autrement dit, aujourd’hui, fonctionne de façon permanente, chez tout baptisé, un appareil récepteur capable de lui transmettre directement la parole de Dieu, sans qu’il soit besoin de passer par un songe ou une apparition La parole de Dieu va se manifester dans le flux des pensées qui nous traversent l’esprit, comme le disait déjà le Deutéronome : Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les hauteurs qu’il te faille dire : qui montera pour nous aux cieux pour nous la chercher que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire : qui ira pour nous au-delà des mers pour nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique, ? Car la Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. (Deut.30,13,14) Autrement dit, dans le flot des pensées qui traversent notre esprit, certaines viendraient de Dieu. Comment les reconnaître ? La plupart du temps, nous n’essayons même pas de les identifier parce que, au fond, nous ne croyons pas que Dieu parle à des gens ordinaires comme nous. Si vous demandez à n’importe quel bon chrétien : quand est-ce que le Seigneur vous a parlé pour la dernière fois ? il reste bouche bée. Tandis que si vous lui demandez : quand est-ce que le démon vous a parlé pour la dernière fois?, il trouve une réponse à votre question. Notre éducation chrétienne nous a appris à reconnaître les tentations du démon mais pas les interventions du Seigneur.Alors, quoi faire pour repérer les interventions du Seigneur dans nos vies? Peut-être tout simplement commencer par repérer le bien en nous et autour de nous. Même si nous sommes pécheurs ,orgueilleux, égoïstes etc , il nous arrive de faire et de dire des choses bien. Or il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent chaque fois que je fais ou que quelqu’un fait ou dit quelque chose de bien, quelque part dans le monde, Dieu est là. Cela vaudrait la peine de le relever. Il nous arrive d’être touchés par une pensée qui nous apprend quelque chose sur Dieu ou qui nous pousse vers le bien, que ce soit en priant, en assistant à la messe, en écoutant une homélie, au cours d’une conversation, dans la rue, en regardant la télé, en discutant avec des amis, en lisant le journal, attention ! Dieu est là ! Pourquoi ne pas faire tous les jours notre examen de conscience sur le bien que nous avons fait ou que les autres ont fait dans la journée afin d’y repérer la présence de Dieu agissant en nous et autour de nous ? Ce serait une bonne manière de nous entraîne à guetter et à repérer la présence de Dieu agissant en nous et autour de nous. Du même coup, cela nous permettrait de voir que le Seigneur est en train de nous faire refléter un peu de sa lumière et que c’est bien vrai que nous sommes, sinon tout le temps, du moins par moments, la lumière du monde. St Paul osait dire aux Corinthiens : Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2Cor.3,18)Que retenir de tout cela ?Oui, nous les chrétiens, nous sommes Lumière du monde et Sel de la terre. Mais c’est la parole de Dieu qui, pénétrant dans nos cœurs nous transforme en Christ et nous rend comme Lui, Lumière du monde et Sel de la terre, exactement comme la lumière du soleil frappant les carreaux d’une fenêtre leur permet de réverbérer tout l’éclat du soleil qui les frappe. Par nous-mêmes nous ne sommes rien. Il est donc extrêmement important pour chacun de nous de repérer au long de nos journées la présence du Seigneur qui pénétrant dans nos cœurs transforme notre manière de vivre et d’agir. Pour cela n’hésitons pas à faire notre examen de conscience tous les jours sur le bien qu’il nous permet de faire, nous et les autres autour de nous. Car il est là, il nous a assuré de sa présence : Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) et il nous envoie apporter un peu de lumière autour de nous. Moi, Yahvé, je t’ai appelé, je t’ai pris par la main, je t’ai formé, je t’ai désigné comme lumière, nous dit -il en Isaïe (42,6). Autour de nous, dans notre quartier, dans notre rue, tant d ’hommes voudraient sortir de leur ténèbres, il n’y a pas de temps à perdre. Le Seigneur compte sur nous. Je ne sais plus qui l’a dit : Si noble est le poste que Dieu nous a confié qu’il ne nous est pas permis de déserter.