homélie

Dimanche 28 juin 2026 13e dimanche T.O. A

Dimanche 28 juin 2026(2 R 4,8-11.14-16a) (Rm 6,4-8.11) (Mt 10,37-42)

Qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… il ne peut être mon disciple. Au premier abord, nous trouvons de telles exigences bien sévères. Mais en y réfléchissant, il n’y a peut-être là rien d’exagéré. Si j’aime quelqu’un plus que Dieu, c’est lui qui est devenu mon Dieu. De plus, mon père, ma mère, mon fils ou ma fille, c’est le Seigneur qui me les a donnés. Celui qui donne, on doit l’aimer plus que ce qu’il donne. C’est du bon sens.Devant les dons de Dieu, deux attitudes sont possibles. Ou bien je vais me jeter dessus et en profiter sans aucune retenue, comme j’en ai envie, ou bien, réalisant qu’ils viennent de Dieu, je vais tenir compte de son point de vue à lui, qui me les a donnés. Les dons de Dieu sont à mon entière disposition, mais il va falloir les utiliser dans sa pensée à lui. C’est déjà vrai pour n’importe quel bien que nous nous procurons. Si j’achète une voiture, elle est à mon entière disposition. Mais je ne peux pas en faire n’importe quoi. Je suis bien obligé de l’utiliser dans la pensée de son constructeur, c’est-à-dire pour rouler sur la route et pas pour grimper aux arbres !!! De même avec les dons de Dieu, comme le laisse entendre une des prières de la messe : Père très saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour : tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. L’expérience nous le montre : si nous utilisons les dons de Dieu selon l’intention du créateur, alors tout va bien, nous dominons la création, mais si nous n’utilisons pas les dons de Dieu selon son intention, alors tout va mal, c’est le désordre, la violence, les guerres et les malheurs de toutes sortes.Poursuivant son discours, Jésus précise encore que pour être des siens il faut prendre sa croix et suivre son exemple. Ce n’est pas très engageant. Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Est-ce que le but du Christ serait de voir des disciples souffrir toute leur vie ? C’est blasphémer que de dire des choses pareilles. Qu’est-ce qu’il veut dire par prendre sa croix ? Vue de notre côté, et à première lecture, la croix, la mort du Christ sur la croix, voir un juste persécuté, supplicié et exécuté ainsi, c’est insupportable, inadmissible. Ce genre de mort, qui était le genre de mort réservé aux esclaves, est non seulement cruel mais honteux et humiliant, et c’est d’autant plus honteux et insupportable que tout cela est arrivé à cause de nos péchés.Mais en y réfléchissant davantage, et vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix se révèlent beaucoup plus complexes. D’abord Jésus n’est pas la victime de ses ennemis qui se seraient emparés de lui par la force. Il s’est offert lui-même à ses bourreaux. Au soir du Jeudi saint, il le confiait à ses disciples : Ma vie, personne ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jn 10,18) Il est monté à Jérusalem, sachant ce qui l’attendait. Par trois fois, il avait annoncé à ses apôtres, à l’avance, sa passion, sa mort et sa résurrection. Il s’est offert à ses bourreaux. Il ne considérait pas du tout son supplice et sa mort sur la croix comme quelque chose de honteux. Ce même soir du Jeudi saint, parlant à ses apôtres de sa passion, de sa mort et de sa résurrection imminentes, il a cette parole étonnante : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jn 12,23) Où est la gloire dans ce drame cruel et honteux ? En ceci que, vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, par-delà la cruauté et la honte de ce drame, révèlent le triomphe de l’amour du Christ. Lorsqu’on est en train de le tuer, il prie le Père : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Lc 23,34) Autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, moi je vous aime encore. L’amour de Dieu est plus fort que le mal et la haine des pécheurs. On ne pouvait pas faire pire. Faire mourir le Christ en croix, c’est le pire que le mal et le péché pouvaient faire, c’est le summum du mal et du péché, mais toute la puissance du mal et du péché ont été vaincues par la toute-puissance de l’amour du Christ qui, tel un tsunami, a recouvert et noyé le mal, le péché et la mort. C’est là que se révèle la gloire du Christ à travers la toute-puissance de son amour vainqueur du mal, du péché et de la mort.Vues de notre côté, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est un crime abominable et honteux.Vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est le triomphe glorieux de l’amour du Christ sur la haine, le mal et le péché des hommes. C’est pourquoi on parle de la croix glorieuse du Christ, et qu’on la célèbre chaque année solennellement le 14 septembre.Dès lors, quand le Christ nous dit que pour être son disciple, il faut prendre sa croix, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que pour être son disciple, il faut l’aimer d’un amour assez fort pour accepter de souffrir pour lui, et même jusqu’à accepter de mourir pour lui s’il le faut, mais c’est là une hypothèse tout à fait improbable. Accepter de souffrir pour ceux qu’on aime, il n’y a rien là d’exceptionnel. On vit cela partout dans toutes les familles. Cela ne veut pas dire que ce soit facile.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, le Seigneur nous demande de l’aimer par-dessus tout autre amour, même par-dessus l’amour qu’on doit à ses proches, à ses parents, à son mari, à sa femme, à ses enfants. Cela peut paraître abusif, exagéré. Mais si on y réfléchit, c’est du bon sens : en effet, ceux que j’aime, c’est Dieu qui me les a donnés. Mes parents, mon conjoint, mes enfants, c’est Dieu qui me les a donnés, il est donc normal que je l’aime encore plus, lui le donateur, que les dons qu’il m’a faits.L’amour que j’ai pour mes proches devrait me conduire à aimer Dieu toujours plus, toujours mieux. Jamais il ne devrait être rival ou opposé à mon amour pour Dieu. Normalement nous devrions aimer Dieu, être si attachés à lui que tout autre attachement devrait lui être subordonné et en harmonie avec lui. Si j’aime quelqu’un ou quelque chose plus que lui, ce quelqu’un ou quelque chose devient Dieu à la place de Dieu. C’est contre nature, absurde et vicieux.Dans cet évangile le Christ nous demande aussi de l’aimer tellement que nous soyons prêts à souffrir pour lui et porter notre croix. Quand on aime, non seulement on accepte de se sacrifier pour ceux qu’on aime, mais on est heureux de le faire. Cela se voit et se vit dans toutes les familles. Antoine de Saint-Exupéry disait : « Que ton Dieu te soit plus réel que le pain où tu plantes tes dents ; alors t’enivrera jusqu’à ton sacrifice, lequel sera mariage dans l’amour. »

Dimanche 21 juin 2026, 12e dim T.O. A

Frères et sœurs,

L’Évangile que nous venons d’entendre a un message simple : « Vous serez persécutés à cause de mon nom, mais ne craignez pas, n’ayez pas peur, car je suis avec vous. » Voilà le résumé de cet Évangile.

Cet Évangile est adressé aux apôtres dans la suite de ce que nous avons entendu dimanche dernier lorsqu’il les envoyait proclamer que le royaume des cieux est proche et guérir. Mais juste après, il leur disait aussi : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Et il prédisait aussi que, pour les communautés chrétiennes qui naîtraient de leurs prédications, viendraient la persécution, les procès, les flagellations, les condamnations à mort et même les trahisons à l’intérieur des familles.

Et c’est dans ce contexte que Jésus parle à ses apôtres, un contexte de persécution. La persécution, le prophète Jérémie la connaît aussi. Le prophète Jérémie a prêché pendant quarante ans à Jérusalem, durant la période qui a précédé l’exil à Babylone, une époque marquée par une grande corruption dans le monde politique et dans le monde religieux.

Et Jérémie n’y allait pas par le dos de la cuillère. Dans le passage qui précède juste la première lecture, il nous dit qu’il sentait la parole à l’intérieur de lui comme un feu dévorant, que c’était plus fort que lui, qu’il essayait de la contenir, mais qu’elle sortait quand même. Et cette parole lui vaut la persécution.

Il perd ses amis, mais au milieu de cette persécution, il garde la foi, il nous dit : « Le Seigneur est avec moi, un guerrier redoutable. »

Frères et sœurs, nous pouvons nous demander, quant à nous, quelle persécution pour notre foi est-ce que nous vivons aujourd’hui ? Nous avons la chance de vivre dans un pays où nous avons la liberté religieuse, mais nous vivons parfois quelque forme de persécution subtile.

Dans la famille, cela peut arriver lorsqu’il s’agit de baptiser un enfant alors que tout le monde n’est pas d’accord. Cela peut arriver aussi lorsqu’on découvre la foi, lorsqu’on est catéchumène dans une famille qui n’est pas chrétienne.

Cela peut arriver à l’université si l’on apprend que vous êtes « catho ». Cela peut arriver dans le travail. La persécution n’est bien sûr pas aussi forte que dans des pays où la liberté d’être chrétien n’est pas présente, mais elle est là.

Et par trois fois, Jésus va nous dire de ne pas craindre.

Il nous dit d’abord de ne pas craindre de parler. Il nous dit que ce qu’il nous a dit dans le creux de l’oreille, c’est-à-dire son enseignement qui était d’abord interpersonnel avec les apôtres, ce que nous avons reçu dans le creux de l’oreille, n’ayons pas peur de monter sur les terrasses des maisons pour le proclamer.

C’est une interrogation qui peut être la nôtre aussi aujourd’hui. Qu’est-ce que nous faisons de notre foi ? Est-ce que nous en parlons autour de nous ? Est-ce que nous la laissons transparaître par notre vie ?

Bien sûr, il s’agit de le faire avec intelligence, en demandant la grâce de l’Esprit Saint, en demandant son aide. Il ne s’agit pas de faire un contre-témoignage, il ne s’agit pas de condamner les autres, il ne s’agit pas de prendre des réflexes qu’on qualifie aujourd’hui d’identitaires et qui ne proclament pas l’Évangile, mais il y a à avoir le courage de parler.

Et parfois, parler nous amène à craindre pour notre vie.

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, dit Jésus, sans pouvoir tuer l’âme. » Autrement dit, Jésus nous dit : ne craignez pas, parce que, si vous parlez, ceux qui vous persécuteront, ceux qui vous en voudront, ceux qui vous dénigreront, ceux qui se moqueront de vous ne pourront pas atteindre le centre de votre personne, votre âme.

Je suis certain que vous avez déjà rencontré des personnes qui vous expliquent qu’elles ont changé de travail, qu’elles ont changé d’orientation dans leur vie et elles vous disent : « Je ne pouvais pas faire autrement, je ne voulais pas perdre mon âme. » On entend souvent cela.

C’est cela que Jésus nous dit de craindre : « Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. » Celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps, c’est celui qui veille sur nous, celui pour lequel nous avons du prix plus que deux petits moineaux, celui qui connaît le nombre de cheveux de notre tête : notre Père du Ciel.

Bien entendu, il ne veut pas nous jeter dans la géhenne. La géhenne, c’est le nom d’une décharge publique qui était tout en bas de Jérusalem, dans la vallée du Hinnom. C’était un endroit où l’on déposait tout ce dont on ne voulait pas et qui brûlait en permanence.

Et on peut se demander, on peut interpréter ce texte comme le faisait le pape François il y a quelques années, en se demandant si finalement périr dans la géhenne, ce n’est pas perdre son âme au point de devenir insignifiant, de vivre une vie qui n’ait plus de poids. De devenir comme un déchet, comme quelqu’un qu’on jette, comme du sel qui n’a plus de saveur et que l’on met sur la route.

Frères et sœurs, aujourd’hui, la persécution dont nous pouvons souffrir est beaucoup plus subtile, mais peut-être aussi plus dangereuse. Je crois que c’est la persécution de la corruption.

Et c’est celle-là qui peut nous faire perdre notre âme.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas soumis au pouvoir romain ni au pouvoir des autorités juives de l’époque, mais à d’autres autorités : les autorités numériques, les autorités économiques, qui veulent nous forcer, avec leurs algorithmes, à leur donner quelques instants d’attention, quelques parties de notre cerveau. Et nous finissons par adorer les idoles, par donner notre temps à ce qui n’en vaut pas la peine.

Le danger, c’est que nous perdions notre âme dans ces activités. Le risque est de nous laisser endormir, de ne plus voir les enjeux, de ne plus savoir nous déclarer pour Dieu devant les hommes.

Demandons la grâce de voir clair en nous-mêmes, demandons la grâce d’avoir le courage de parler, de parler vrai, de dire notre foi avec intelligence, avec la grâce de l’Esprit Saint. Demandons la grâce de regarder en notre cœur ce qui a du poids, ce qui donne la vie et ce qui n’en a pas, ce qui nous rend insignifiants.

Amen.

Dimanche 14 juin, 11e dimanche du T.O. la mission

Frères et sœurs,

au football, il y a des gens qui jouent perso et d’autres qui jouent collectif. Jouer perso, c’est-à-dire prendre le ballon et aller vers le but pour essayer de marquer tout seul. Ce n’est pas le style de Jésus. Jésus, lui, il joue collectif. C’est pour cela que, ce dimanche, nous lisons dans les textes l’envoi des apôtres en mission. Jésus aurait certainement pu accomplir la mission tout seul, mais cette mission n’aurait pas eu d’avenir.

Dès le début de son ministère, Jésus nous dit que, comme disciples, nous sommes appelés à être des missionnaires. Alors arrêtons-nous un instant sur ces aspects de la mission. Parce que, par notre baptême, nous aussi, nous sommes, comme dit la première lecture, une nation sainte, un peuple de prêtres. On pourrait dire aussi un peuple de prêtres, prophètes et rois. Et donc la mission, c’est à nous de la vivre. Il y a trois mots qui me sont venus en pensant à cette mission à partir de l’Évangile.

Le premier mot, c’est le mot de contemplation. Jésus commence par contempler la foule qui est devant lui. Il voit ce peuple et il est pris de pitié.

Le mot qui est utilisé pour dire que Jésus est pris de pitié pourrait se traduire aussi par : Jésus a des entrailles de mère pour ce peuple qui est devant lui. Ils sont comme des brebis harassées et prostrées. Il faut s’imaginer le peuple occupé par l’armée romaine, trahi certainement par ses chefs religieux.

Ce peuple aussi renvoie à différentes pages de la Bible, par exemple en Ézéchiel 34, où Dieu dit qu’il est tellement déçu par les pasteurs de son troupeau qu’il va venir lui-même et qu’il sera le pasteur de son troupeau. Lorsque Jésus est touché aux entrailles, nous pouvons nous demander si nous sommes touchés aux entrailles ou non devant les personnes qui sont prostrées, qui sont sans berger, qui sont perdues.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je vois tellement de misère autour de moi, en particulier dans le quartier où j’habite, que le risque, c’est de finir par se blinder, de finir par s’habituer, parce que nous ne pouvons pas répondre à toutes ces misères. Mais Jésus, lui, reste avec des entrailles de mère. Le risque pour nous, devant toutes ces foules sans berger qui sont autour de nous, c’est de nous décourager.

Mais Jésus nous montre que, dans la contemplation, il n’y a pas seulement la contemplation de la misère des foules. Il y a plusieurs manières de voir le monde, et c’est pour ça que Jésus change d’image. Il passe de l’image du troupeau perdu à l’image du champ à moissonner. Parce que Dieu n’abandonne jamais son peuple et que, comme dans le désert, à la première goutte d’eau, il y a beaucoup de petites plantes qui naissent.

Et c’est ce que nous voyons autour de nous actuellement, dans l’Église, dans le monde. Il y a beaucoup de gens qui s’interrogent sur le sens de leur vie. Il y a beaucoup de gens qui frappent à la porte de l’Église, qui cherchent du sens, qui ont fait l’expérience de la Bonne Nouvelle de Jésus.

Voyez, le monde autour de nous, ce n’est pas simplement des gens perdus, ce sont des gens que Dieu rejoint. Voilà ce que nous pouvons contempler.

Ça, c’est le premier point : la contemplation.

Le deuxième mot qui me venait, c’est le mot de prière. On peut se demander pourquoi Jésus, qui voit ce champ à moissonner, ne dit pas : « Bon, toi tu vas là-bas, on va faire ceci, cela. »

Non, il ne commence pas comme ça. Il dit : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Et le plus étonnant, c’est que les gens à qui il demande de prier, ce sont eux qui vont être envoyés quelques minutes plus tard.

Pourquoi ?

Jésus veut nous dire que la mission, ça commence toujours par la prière. Même Jésus commence toujours la mission par la prière. C’est-à-dire que la mission ne nous appartient pas ; la mission, elle se reçoit d’un autre, elle se reçoit du Père. C’est pour cela que Jésus nous invite à nous tourner vers le maître de la moisson. Pour découvrir que c’est lui le maître de la moisson et c’est lui qui a fait germer tout ce qu’il y a dans le champ. Donc c’est à lui que nous devons nous remettre.

Et puis la deuxième utilité de la prière, c’est sans doute de nous transformer nous-mêmes, d’être prêts à accueillir la mission. Donc, quand Jésus dit : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson », il ne s’agit pas simplement de penser que Dieu pourrait envoyer quelqu’un d’autre, mais aussi qu’il pourrait m’envoyer moi et de préparer son cœur.

Et le troisième mot, c’est la mission. Etre en mission, ça veut dire « être envoyé », et apôtre, ça veut dire « envoyé » également.

Ce qui est très important dans la mission, et Jésus le dira plus tard dans l’Évangile de Matthieu : « Celui qui m’accueille, c’est moi qu’il accueille. » C’est-à-dire que celui qui est envoyé est le représentant de celui qui l’envoie. Il est la présence de celui qui l’envoie au milieu de son peuple. C’est très fort, ça. Ça veut dire que les apôtres sont appelés à être comme Jésus au milieu de leur peuple.

On ne le voit pas dans cette découpe de l’Évangile, mais nous voyons que Jésus demande à ses disciples de faire exactement ce qu’il a fait : annoncer que le Royaume des cieux est tout proche, guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, expulser les démons.

Donc Jésus nous appelle à être sa présence au milieu du monde et à faire ce qu’il a fait. Demandons-nous si notre présence est une présence guérissante pour les autres.

Demandons-nous aussi si nous avons assez de foi dans la mission. Jésus dit : « Ressuscitez les morts. » C’est pour bien nous faire comprendre que cette mission est beaucoup plus forte que nous. Jésus nous dit : « Ressuscitez les morts. » Autrement dit, il nous dit que cette mission vous dépasse. Mais ayez foi.

Demandons la grâce de nous laisser toucher.

Demandons la grâce de prier le maître de la moisson pour renvoyer tout à lui.

Demandons la grâce d’être la présence de Jésus au milieu de ceux qui en ont besoin.

Amen

Dimanche 14 juin 2026, 11e dimanche du T.O. année A


(Ex 19, 2-6a) (Rm 5, 6-11) (Mt 9, 36 – 10, 8)

Comme le Christ est triste en voyant les foules sans pasteurs, nous aussi aujourd’hui nous sommes tristes de voir autour de nous tant de fidèles abandonnés, et tant d’églises fermées en raison du manque de prêtres. Personnellement, en plus, je suis en colère. Pourquoi ? Pendant vingt ans j’ai été curé de brousse à Madagascar : six ans en charge d’un district de 18 paroisses et quatorze ans d’un district de 32 paroisses. Dans mon district, comme dans tous les districts de brousse de tous les pays de mission, aucune église n’était fermée le dimanche. Dans chaque paroisse, un catéchiste laïc — la plupart du temps un homme, mais parfois une femme — réunissait la communauté en l’absence du prêtre, pour l’assemblée de prière du dimanche, et faisait une homélie sur l’évangile du jour. Ce qui suppose que tout prêtre en charge d’un district missionnaire assurait la formation de ces catéchistes laïcs. Habituellement, il y avait pour eux une grosse journée de formation par mois, sur place, car la plupart d’entre eux ne pouvaient pas aller en ville suivre les cours de l’école de catéchistes, qui duraient un ou deux ans. (Pendant ce temps-là, comment assurer le travail des rizières de la famille et la scolarisation des enfants ?) Ce qui me peine, me scandalise et suscite ma colère, c’est qu’ici on ferme les églises, et qu’on ne cherche pas à s’inspirer de ce système de catéchistes laïcs assurant avec le comité paroissial l’assemblée de prière du dimanche en l’absence du prêtre, la préparation au baptême et à la première communion des enfants — alors qu’on a, en bien des endroits, des laïcs qui ont déjà un certain niveau et à qui les prêtres pourraient facilement donner une formation complémentaire convenable, comme je l’ai fait moi-même pendant 20 ans, ainsi que tous mes confrères. Puisque la France se trouve aujourd’hui dans la même situation que celle des pays de mission, avec le même manque de prêtres, pourquoi ne pas s’inspirer des méthodes d’évangélisation de ces pays ?

En France, d’énormes avancées ont déjà été opérées dans la pastorale des paroisses. La participation des assemblées à la messe n’a plus rien à voir avec ce qui se passait il y a 50 ou 70 ans. Partout des équipes liturgiques de laïcs s’activent, et on n’entend que des éloges à propos de la célébration des funérailles par des laïcs. Mais on s’est arrêté au pied d’un seuil qu’on se refuse à franchir : à savoir faire faire l’homélie par un laïc (homme ou femme), et ordonner des hommes mariés, ou même des femmes. Il faut rappeler qu’il n’y a à cela aucun obstacle d’ordre théologique. Bien plus, la liturgie du baptême précise explicitement que tout baptisé participe à la vie du Christ prêtre, prophète et roi. D’ailleurs, il y a déjà des prêtres mariés dans notre Église catholique, chez les Maronites au Liban. Et dès le premier siècle de l’ère chrétienne, des femmes exerçaient déjà des responsabilités, voire des ministères institués dans les communautés chrétiennes, ainsi qu’en témoigne saint Paul au chapitre 16 de l’Épître aux Rm. L’obligation du célibat pour les prêtres relève d’une décision de la hiérarchie de l’Église prise aux IIIe ou IVe siècle, décision qu’elle peut toujours abolir. On peut dire que, malgré des défaillances malheureuses, en gros, la pratique actuelle du célibat par les prêtres dans l’Église catholique romaine relève d’une bonne décision — mais ce n’est pas là un dogme intouchable : la hiérarchie peut modifier les lois qu’elle a instituées ! Pendant des siècles, on s’est éclairé à la bougie dans les églises et c’était très bien. Maintenant on est passé à l’électricité ou au néon, c’est très bien aussi. Jusqu’à maintenant, la coutume dans l’Église est que ce sont les hommes seuls qui sont ordonnés prêtres. Mais cette coutume peut changer. Ce n’est qu’une coutume, un usage. Dans un monde qui change, les coutumes et les usages changent aussi. Aujourd’hui des femmes sont chefs d’État, Premiers ministres ; en France, les deux principaux syndicats, la CGT et FO, sont dirigés par des femmes ; partout il y a des femmes chefs d’entreprises et responsables d’un grand nombre d’organismes : personne ne s’en offusque. Mais quand on parle d’ordonner prêtres des femmes, on saute au plafond. Nous sommes chez les talibans, ou quoi ?

Soyons réalistes. L’ordination de prêtres mariés soulèverait bien des problèmes, à commencer par la délicate question de leur fournir une rémunération qui leur permette de faire vivre leur famille. Mais peut-être pourrait-on d’abord appeler au sacerdoce de jeunes retraités, menant déjà une vie de famille stabilisée, disposant de davantage de temps que des hommes pris par leur activité professionnelle. Leur retraite leur assurerait déjà, au moins en partie, un certain revenu. Et surtout, en procédant ainsi, l’Église du XXIe siècle, loin de se lancer dans des nouveautés farfelues, rejoindrait la tradition la plus authentique des débuts de l’Église, où c’était un ancien — le presbyteros — qui était choisi pour présider l’assemblée.

Les dernières lignes de l’évangile d’aujourd’hui, où Jésus recommande aux apôtres qu’il envoie de ne pas aller vers les nations païennes ni vers les Samaritains, mais seulement vers les brebis perdues de la maison d’Israël, peuvent peut-être nous choquer et nous paraître opposées à l’universalisme de l’évangile. En fait, ces propos de Jésus soulignent simplement une évidence de bon sens : il faut commencer par enseigner le prochain le plus proche avant de pouvoir s’ouvrir à tous ensuite. Jésus et son évangile sont résolument opposés à tout sectarisme nationaliste. Plus d’une fois, il a prévenu ses concitoyens qu’ils risquaient d’être exclus du Royaume, tandis que beaucoup viendront du levant et du couchant y prendre place, pendant qu’eux seraient jetés dans les ténèbres (Lc 13, 28-29). Jésus et son évangile sont ouverts à tous les hommes de bonne volonté, d’où qu’ils viennent. Il est tout heureux de relever la foi de païens comme le centurion romain, le lépreux samaritain ou la Cananéenne ; et le jour de l’Ascension, en prenant congé de ses apôtres, il les envoie annoncer l’évangile dans le monde entier : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19).

Que retenir de tout cela ?

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Il convient donc de prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Mais ne lui demandons pas à lui tout seul de régler ce problème tandis que nous restons les bras croisés. Avant de demander au Seigneur de multiplier les vocations sacerdotales, que chacun s’occupe de répondre à sa vocation à lui. Ensuite, que chacun dans l’Église, à commencer par la hiérarchie, prenne ses responsabilités devant les exigences de la situation présente. Dès le premier siècle, l’Église a dû opérer des changements bien plus révolutionnaires que ne le seraient aujourd’hui l’ordination de prêtres mariés ou de femmes. Il a fallu passer d’un judaïsme étroitement nationaliste à un christianisme universel. On a abandonné la circoncision, les interdits alimentaires, et plus de 1 200 prescriptions de la Loi. Devant l’intervention divine et la descente de l’Esprit Saint sur les païens incirconcis, ce fut la stupeur parmi les croyants circoncis — mais Pierre décida tout de suite de les admettre dans l’Église : « Quelqu’un pourrait-il empêcher de baptiser ces gens qui, tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint ? » (Ac 10, 45-47). Serions-nous devenus des chrétiens timorés, craintifs, frileusement assoupis dans des habitudes que nous aurions décidé hypocritement de considérer comme « La Tradition » ?

D’autre part, le sacerdoce des fidèles est tombé dans l’oubli. Tout se passe comme si on avait oublié que tout baptisé, qu’il soit homme ou femme, participe de la vie du Christ prêtre, prophète et roi, ainsi que le formule la liturgie du baptême. On a oublié que le Christ, dans l’évangile, invite chacun des siens à participer à son sacerdoce : tout disciple doit prendre sa croix (Mt 16, 24), boire sa coupe (Mt 20, 22) ; chacun doit porter son message (Lc 9, 60), lui rendre témoignage, jusqu’à en mourir s’il le faut (Mt 10, 17-42). De même que Jésus fait participer tous les hommes à ses titres de Fils et de Roi-Messie, Jésus les fait prêtres avec lui.

Il est de la responsabilité de la hiérarchie d’agir sans attendre pour modifier les coutumes en usage dans l’Église, et de préciser jusqu’où la participation des fidèles au sacerdoce du Christ peut aller. Les prudents diront : pas au-delà de balayer l’église et de mettre des fleurs sur l’autel. À l’opposé, les plus enthousiastes diront : permettre à tout le monde de tout faire, y compris présider l’Eucharistie et donner les sacrements. Une chose est certaine : on ne peut pas continuer à prier pour les vocations sacerdotales et religieuses pendant qu’en même temps on étouffe ces vocations. On ne peut pas demander au Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson, et en même temps refuser d’embaucher de potentiels ouvriers pour cette moisson.

Dimanche  7  Juin  2026, Solennité du Saint Sacrement

(Dt 8, 2-3.14b-16a) (1 Co 10, 16-17) (Jn 6, 51-58)

Le Saint Sacrement, qu’on appelle aussi sacrement de l’Eucharistie, c’est le sacrement du Christ qui donne son corps livré en nourriture pour alimenter, au jour le jour, la vie divine que nous avons reçue au baptême.

Pourquoi parler de Saint Sacrement ? Tous les sacrements sont saints. C’est vrai, mais le Saint Sacrement n’est pas un sacrement comme les autres. C’est un sacrement spécial en ce sens qu’il ne nous donne pas une grâce particulière, comme le sacrement de réconciliation qui donne la grâce du pardon des péchés ; il nous donne le Christ en personne, et plus exactement le-Christ-qui-donne-sa-vie, afin de nourrir, d’entretenir, de développer la vie divine reçue au baptême. Car si le baptême nous donne la vie divine, il faut encore que le Saint Sacrement, ou Eucharistie, entretienne, nourrisse, développe cette vie divine reçue au baptême, de même que si la naissance donne la vie naturelle, humaine, au nouveau-né, il faut encore qu’une nourriture appropriée entretienne, nourrisse, développe cette vie naturelle humaine reçue à la naissance. L’Évangile nous dit que le Christ prit du pain, le rompit et le donna à ses apôtres en disant : « Ceci est mon corps, livré pour vous. » Quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le Christ enfant à Nazareth, ou le Christ faisant des miracles, mais le Christ qui donne sa vie. Il prit du pain, en offrit à ses apôtres : « Prenez, mangez » (Mt 26, 26), et il expliqua : ce pain-là, c’est moi qui me livre pour vous ; mangez de ce pain-là ; ce pain-là, c’est ma chair livrée pour la vie du monde (Jn 6, 51). « Je suis le pain de vie » (Jn 6, 48).

Mais pourquoi le corps livré est-il pain de vie, pain qui donne la vie, pain qui entretient la vie ? Parce que seul le sacrifice du Christ peut nous faire entrer et nous maintenir dans la vie divine. Tant que le Christ ne s’est pas offert en sacrifice par amour pour nous, le péché n’est pas encore vaincu et demeure un obstacle entre Dieu et nous. Ni l’enseignement du Christ, ni ses miracles ne peuvent donner la vie divine. Mais lorsque le Christ donne sa vie pour nous, meurt pour nous sur la croix, son amour triomphe du mal, du péché et de la mort ; le péché qui faisait obstacle entre Dieu et nous est vaincu. Désormais, la vie divine peut passer de Dieu à nous.

Par conséquent, explique le Seigneur, « si vous mangez de ce pain, vous vivrez pour l’éternité » (Jn 6, 51) ; « si vous n’en mangez pas, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn 6, 53). Cette vie qu’il nous donne et dont il veut que nous vivions, c’est une vie qui se donne par amour pour les autres. Par conséquent, vivre une vie chrétienne, être chrétien, c’est donner sa vie pour les autres. Saint Jean le dira plus tard : « Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16). Pour un chrétien, donner sa vie pour les autres, ce n’est donc pas facultatif, comme d’assister aux vêpres, de faire une neuvaine ou de dire son chapelet ; c’est indispensable, nécessaire, essentiel. Si je ne dis pas mon chapelet, si je n’assiste pas aux vêpres, je peux quand même être chrétien. Mais si je ne donne pas ma vie pour les autres, je ne suis pas chrétien.

Mais pratiquement, concrètement, c’est quoi donner sa vie pour les autres ? Il ne faut pas dramatiser ! Le service des autres dans l’amour n’est pas un martyre, loin de là, même si cela demande des efforts et des sacrifices. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire d’une maman qui se consacre à ses enfants toute la journée qu’elle mène une existence de martyre ! Une maman fait passer ses enfants avant elle, elle se donne du mal pour eux, ils lui causent bien du tracas. Mais pour rien au monde elle ne voudrait en être débarrassée ! C’est le miracle de l’amour : quand on aime, il n’y a pas de peine ; et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Il n’y a qu’au cinéma que l’amour consiste à s’embrasser. Dans la vie courante, c’est à travers le service des autres que se manifeste l’amour qu’on a pour eux, dans la banalité des gestes quotidiens. Malheureusement, comme ils sont quotidiens, on ne remarque plus la grandeur, l’amour et le don de soi qu’ils contiennent et on les regarde comme simplement banals, insignifiants. Nous ne voyons pas leur valeur devant Dieu. Nous ne soupçonnons pas qu’à ce moment-là, nous sommes tout autant en communion avec le Christ que si nous recevions une hostie consacrée en assistant à la messe. Car ce n’est pas seulement en recevant une hostie que nous sommes en communion avec le Christ, mais aussi à travers n’importe quel geste de don de soi pour le service des autres.

Je me souviens qu’un jour, dans un village de brousse à Madagascar, je donnais une retraite à une centaine d’enfants qui se préparaient à leur première communion. Vers 17 h, je célèbre la messe à laquelle ils assistent ainsi qu’un certain nombre de leurs parents qui les accompagnent et à qui je donne la communion. Mais à ce moment-là, je me suis dit : ces parents qui accompagnent leurs enfants à la messe, ils communient ; mais les autres parents qui n’assistent pas à la messe parce qu’ils sont dans la cour de l’église, occupés à cuire le riz pour le repas du soir, eux qui se donnent pour le service des autres, est-ce qu’ils ne sont pas eux aussi en communion avec le Christ tout autant que ceux qui, assistant à la messe, reçoivent une hostie ?

Dans le récit du jugement dernier dans l’Évangile, le Christ tient à nous montrer que les élus le sont parce qu’ils ont fait des choses apparemment banales : « Venez ici, les bénis de mon Père… car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… » Mais ces gestes sont un authentique service de Dieu, même s’ils ne s’en rendent pas compte, parce que « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 34-35.40).

Que retenir de tout cela ?

Le Saint Sacrement, c’est le sacrement du Christ qui donne sa vie pour nous. Quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le Christ enfant à Nazareth ou le Christ enseignant les foules, mais le Christ en train de se donner. La vie qu’il nous donne et dont il veut que nous vivions, c’est une vie qui se donne pour les autres. Être chrétien, c’est donc donner sa vie pour les autres. Saint Jean nous le rappelle : « Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16).

Le Saint Sacrement, c’est une nourriture qui entretient au jour le jour la vie divine reçue au baptême, nous permet de résister aux tentations d’égoïsme et d’avoir la force et le courage de communier avec le Christ en nous donnant au service des autres. Car le service des autres est une authentique communion avec le Christ tout autant que le fait de recevoir une hostie consacrée, même si, la plupart du temps, nous ne nous en rendons pas compte.

Dimanche 24 mai 2026 Pentecôte

(Ac 2, 1-11) (1 Co 12, 3b-7. 12-13) (Jn 20, 19-23)

La première lecture nous rapporte la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Mais l’Évangile nous rapporte une autre descente de l’Esprit Saint sur les apôtres au soir de Pâques. Qu’est-ce que cela veut dire ? En fait, il n’y a pas qu’une seule descente de l’Esprit Saint sur les apôtres. Chaque fois que les apôtres comprenaient une parole du Christ, et chaque fois qu’aujourd’hui une parole du Christ nous touche, il faut que l’Esprit Saint soit descendu sur nous ; sinon, toute parole de Dieu demeurerait hors de notre atteinte. Il y a une infinité de descentes de l’Esprit Saint sur nous. Mais sa descente sur les apôtres le jour de la Pentecôte est tout à fait spéciale.

Ce jour-là, l’Esprit Saint descend sur les apôtres pour y demeurer de façon permanente, et sa venue s’est accompagnée de signes et d’effets extraordinaires. Les apôtres, enfermés dans la chambre haute par crainte des Juifs, veillaient dans l’attente de l’Esprit Saint, dont le Christ leur avait promis qu’Il viendrait pour les faire accéder à la vérité tout entière (Jn 16, 13). Soudain, un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent ; des langues de feu se posèrent sur chaque apôtre. Remplis d’Esprit Saint, ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.

Mais plus que ces signes spectaculaires, le plus important, ce sont les effets considérables de cette venue de l’Esprit sur les apôtres : ils sont profondément transformés. On ne les reconnaît plus. On peut voir chez eux trois profonds bouleversements.

Premier bouleversement : Ce groupe d’hommes sans instruction, sans moyens, sans argent, qui, par crainte des Juifs, demeuraient enfermés dans le Cénacle, les voilà maintenant qui vont partout annoncer l’Évangile avec assurance, dans tout le bassin méditerranéen, et bientôt jusqu’aux extrémités de la terre, affrontant sans peur les oppositions, les persécutions, et même le martyr.

Deuxième bouleversement : Ce ne sont plus des disciples hésitants, à la doctrine un peu floue, qui avaient bien du mal à comprendre l’enseignement de Jésus et interprétaient souvent Ses propos de travers. Désormais pleins d’assurance, ils proclament avec clarté le message de l’Évangile, qu’ils maîtrisent parfaitement, car l’Esprit les a fait accéder à la vérité tout entière (Jn 16, 13). L’action de l’Esprit, c’est de nous faire accéder à Dieu, de nous mettre en communion avec Lui, de nous faire entrer dans les profondeurs sacrées et de nous partager les secrets de Dieu. L’Esprit Saint nous donne comme une nouvelle mentalité : la mentalité de Dieu. Saint Paul écrira plus tard aux Corinthiens : nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur, qui est Esprit (2 Co 3, 18). À la Pentecôte, l’Esprit Saint rend les apôtres méconnaissables. Peureux, ils deviennent audacieux ; rien ni personne ne les arrête. Gauches, maladroits, peu perspicaces pour comprendre la parole de Dieu, les voilà maintenant qui annoncent avec autorité la Bonne Nouvelle.

Troisième bouleversement : L’Esprit Saint, à la Pentecôte, étend à tous les peuples de la terre le message de salut, jusqu’alors annoncé au seul peuple juif. Les apôtres, qui parlent galiléen, sont compris par tous les assistants, venus de partout et parlant toutes les langues. Les douze pays énumérés ici, d’est en ouest avec la Judée au milieu, symbolisent la totalité du monde connu. La révélation, faite d’abord aux Juifs, déborde maintenant pour se répandre et se communiquer à tous les peuples de la terre. L’Église, qui était limitée au monde juif, devient universelle, catholique. Kat’olèn tèn gèn : par toute la terre. C’est l’achèvement et le couronnement de la mission du Messie, envoyé par le Père pour réunir en un seul troupeau, sous la conduite d’un seul pasteur, tous les peuples de la terre, en vue de l’accomplissement du dessein de Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 2, 4), comme le dira plus tard saint Paul.

Mais aujourd’hui, y a-t-il encore une action de l’Esprit Saint parmi nous ? Il n’y a plus de bouleversements impressionnants, de vent violent, de langues de feu, ni de don des langues. L’Esprit Saint n’est pas facile à repérer. Il est semblable au vent : on ne voit pas le vent, mais on voit ses effets : les feuilles des arbres qui bougent, la poussière qui s’envole.

Quels sont les effets de l’Esprit Saint sur nous aujourd’hui ? C’est au niveau de nos esprits et de nos cœurs qu’Il agit. Sans que nous en rendions compte, Il nous instruit et nous transforme. Insensiblement, le plus souvent, notre foi et notre pratique religieuse évoluent au fil des années. Parfois, nous sommes surpris de constater que nous comprenons mieux tel aspect de notre foi. Étonnés, nous découvrons toute la saveur de telle parole de l’Évangile que nous n’avions pas remarquée jusqu’à présent. Mais, bêtement, à ce moment-là, nous pensons que cette évolution et ce progrès sont le résultat de l’activité de notre intelligence et de nos raisonnements. Or, chaque fois que nous comprenons quelque chose de Dieu, chaque fois qu’une parole de l’Écriture nous touche, il faut que l’Esprit Saint soit intervenu. Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas atteindre Dieu. Notre intelligence est trop limitée pour arriver jusqu’à Son niveau. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant Mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées (Is 55, 8). Lorsque Pierre répond à Jésus, qui l’interroge : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare : Heureux es-tu, Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais Mon Père qui est aux cieux (Mt 16, 16-17). Cette intervention de l’Esprit Saint peut survenir n’importe quand : aussi bien quand nous prions, assistons à la messe, écoutons une homélie, que lorsque nous marchons dans la rue, mangeons ou regardons la télévision.

L’Esprit Saint, qui transforme notre intelligence et notre cœur, touche également notre volonté, qui déclenche notre engagement. Il agit aussi au niveau de nos activités. Chaque fois que nous faisons quelque chose de bien, l’Esprit Saint est nécessairement impliqué : Il faut qu’Il nous ait inspirés, car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu.


Que retenir de tout cela ? De même qu’on ne voit pas le vent, mais qu’on peut constater ses effets, de même, c’est à ses effets que l’on reconnaît la présence de l’Esprit Saint. Sa venue sur les apôtres à la Pentecôte les a profondément transformés. Eux que la peur et la crainte maintenaient enfermés, les voilà désormais pleins de force et d’audace, annonçant partout l’Évangile. Eux qui ne comprenaient pas grand-chose aux paroles du Seigneur enseignent maintenant Son Évangile avec assurance et autorité. Alors que la révélation restait confinée au monde juif, l’Esprit Saint envoie maintenant les apôtres auprès de tous les peuples, appelés à rejoindre les Juifs dans le salut que le Seigneur veut universel. L’Église catholique, c’est-à-dire universelle, est née.

Mais l’Esprit Saint n’a pas pris Sa retraite. Il continue de descendre sur nous aujourd’hui. Chaque fois qu’une parole de Dieu touche notre intelligence ou notre cœur, c’est l’Esprit Saint qui est en train de nous enseigner et de nous transformer, car Lui seul nous permet d’accéder à Dieu. Il agit au niveau de notre intelligence, en nous faisant comprendre le sens et la profondeur de Sa parole, et au niveau de notre cœur, en nous permettant de goûter, d’apprécier et d’aimer cette parole. Mais Il agit aussi au niveau de notre volonté, déclenchant notre engagement à Son service.

Dimanche 17 mai 2026, 7ᵉ dim. de Pâques A

Lectures : Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a


« Père, glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. »

Une fois encore, le Christ nous déconcerte. Lui qui a voulu venir au monde dans une extrême discrétion, à l’écart d’un village perdu de Judée, et vivre ignoré de tous dans une bourgade de Galilée ; lui qui se cachait lorsqu’il faisait une guérison et demandait sévèrement à la personne guérie de ne rien dire à personne de sa guérison ; lui qui s’est fâché quand on a voulu le faire roi après la multiplication des pains, voilà qu’il demande maintenant à être glorifié. Qu’est-ce que cela veut dire ?

D’abord, il faut savoir que, dans la Bible, la gloire ne désigne pas la renommée, le prestige extérieur de quelqu’un, mais ce qu’il est réellement, son importance, le respect qu’il inspire. Or Dieu, ce qu’il est réellement, c’est Amour. Donc la gloire de Dieu, c’est l’amour qui le constitue.

Par conséquent, « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie », cela veut dire : « Père, que l’amour du Fils pour les hommes soit révélé afin qu’il révèle à son tour l’amour du Père pour le salut des hommes. »

Or, où est-ce que se révèle l’amour du Christ pour les hommes ?

Dans toute sa vie, mais surtout dans sa passion et sa mort sur la croix. Si bien que, finalement, la prière du Christ : « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » revient à dire : « Père, que ma passion et ma mort sur la croix arrivent, puisque c’est là que vont se manifester éminemment mon amour et ma gloire, afin qu’elles manifestent à leur tour ton amour et ta gloire. »

Pour le Christ, sa passion et sa mort sur la croix sont des manifestations de gloire. Ce même soir du Jeudi saint, parlant de sa passion et de sa mort imminentes, il dira : « Elle est venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié » (Jn 12, 23).

Nous avons du mal à comprendre cela. Car, habituellement, nous regardons la passion et la mort du Christ comme une humiliation pour lui et comme quelque chose de honteux pour nous, puisque c’est à cause de nos péchés qu’elles ont eu lieu.

Or, vues du côté du Christ, sa passion et sa mort manifestent sa gloire parce qu’elles manifestent la toute-puissance de son amour qui, tel un tsunami irrépressible, a recouvert et noyé toute la puissance du mal dont il a triomphé.

Rappelons-nous la prière du Christ alors qu’on est en train de le tuer : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34), autrement dit : ils peuvent me faire le plus de mal possible, me tuer ; moi, je les aime encore. Mon amour dépasse leur haine.

Par sa passion et sa mort sur la croix, le Christ révèle la gloire du Père qui, à son tour, manifeste son projet d’amour qui est de nous donner la vie éternelle.

« Et la vie éternelle, ajoute le Christ, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »

Mais connaître Dieu, ce n’est pas simplement l’identifier avec mon intelligence, comme on connaît M. Macron ou M. Poutine : on sait qui c’est.

Connaître Dieu, c’est plus que savoir qui il est ; c’est expérimenter une communion avec lui, c’est co-naître avec lui, démarrer une nouvelle vie avec lui.

Quelle promotion ! Nous voilà intimes avec le Créateur !

Voilà ce qui constitue la dignité et la valeur infiniment précieuse de tout homme.

« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu ? Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous ! » écrivait saint Paul aux Corinthiens (1 Co 3, 16-17).

Malheureusement, la véritable grandeur de l’homme est souvent méconnue. On juge couramment de la valeur de quelqu’un d’après sa richesse ou sa puissance.

On entend souvent dire : « Un tel vaut tant de millions de dollars », et tout le monde connaît le mot de Staline : « Le pape, combien de divisions ? »

Cela ne veut pas dire que le monde est uniquement peuplé de tyrans sanguinaires ou de businessmen sans cœur. Partout, des millions de braves gens s’efforcent de vivre honnêtement, de constituer des familles stables et solides, essayant d’élever leurs enfants le mieux possible.

Tandis que des tas d’ingénieurs, de médecins, de techniciens et d’hommes politiques multiplient les réalisations spectaculaires qui améliorent notre vie.

Mais, bien souvent aussi, le progrès ne vise pas à apporter plus de bonheur aux hommes, mais seulement plus d’argent ou plus de puissance.

Sans parler des engins de mort toujours plus performants qu’elles permettent de fabriquer, des techniques aveugles s’attaquent directement à la vie, peut-être faudrait-il dire à la survie de l’humanité, en causant une pollution généralisée et d’énormes désastres écologiques.

Devant les perspectives menaçantes qu’ouvrent certaines nouvelles découvertes, ou encore l’intelligence artificielle, on ne sait plus vers quoi se tourner pour ralentir ou stopper le mouvement fatal qui nous entraîne.

L’Évangile d’aujourd’hui nous presse d’abandonner les mirages de l’argent, de la puissance des armes ou de celle de l’intelligence humaine devenue folle, pour rejoindre le réel.

Et le réel, c’est quoi ?

C’est que nous venons du Père qui nous a créés à son image, que chaque jour nous avançons vers le moment où nous allons rentrer chez lui et nous retrouver face à lui.

Eny e ny lalan’olombelona ety an-tany e e avy amin’Andriamanitra e eny e mankany amin’Andriamanitra e eny e ho tody amin’Andriamanitra kanefa…

Quelles que soient nos occupations, jour après jour, année après année, l’important, c’est qu’en définitive elles aboutissent à ce que cette rencontre finale se passe bien !

J’aime à le répéter : quand on achète quelque chose dans un magasin, on l’utilise toujours dans la pensée de celui qui l’a fabriqué. On n’y réfléchit même pas, cela va de soi.

Eh bien, notre vie, il faudrait voir à l’utiliser dans la pensée de celui qui l’a fabriquée.

Il nous a d’ailleurs fourni le mode d’emploi : l’Évangile.


Que retenir de tout cela ?

La gloire de Dieu, c’est son Amour.

Quand, dans sa prière, le Christ demande d’être glorifié, il demande donc que son amour pour l’humanité soit révélé, afin de révéler par là même l’amour du Père pour l’humanité.

Or, c’est essentiellement dans sa passion et sa mort sur la croix que cet amour se manifeste.

L’Évangile d’aujourd’hui nous invite donc à voir dans la passion et la mort du Christ sur la croix la manifestation triomphale de sa gloire, où la toute-puissance de son amour, tel un tsunami, recouvre et noie toute la puissance du mal.

Cet Évangile nous révèle également le projet de Dieu pour nous : que nous le connaissions, c’est-à-dire que nous co-naissions avec lui dans une vie nouvelle, que nous repartions dans une vie nouvelle en communion avec lui dès maintenant, en attendant que cette vie nouvelle débouche dans l’éternité après notre mort.

Saint Irénée le disait déjà :

« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est de voir Dieu »,

et non pas d’accumuler des richesses ou d’acquérir un pouvoir qui lui permette d’écraser les autres.

Dimanche 10 mai 2026, 6e dim. de Pâques A


(Ac 8, 5-8.14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21)

Nous sommes au soir du Jeudi saint. Le Christ vient d’annoncer à ses apôtres qu’il allait partir, que là où il va, ils ne peuvent pas le suivre, mais qu’il va leur préparer une place, afin que, là où il sera, ils soient eux aussi (Jn 14, 3). Cette annonce a plongé les apôtres dans la tristesse. Le Christ a beau leur promettre de leur envoyer l’Esprit Saint, qui sera toujours avec eux, ils demeurent accablés.

Il essaie de les réconforter : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Les apôtres aiment le Christ ; ils vont donc garder ses commandements, cela va de soi. « Eh bien, moi, dit le Christ, en échange, je vous donnerai l’Esprit Saint, qui sera toujours avec vous. »

Mais cela n’apaise pas les apôtres. Pour eux, l’Esprit Saint, c’est vague. Ce qu’ils veulent, c’est que Jésus, qu’ils peuvent voir de leurs yeux et toucher de leurs mains, reste avec eux. Il a beau leur dire : « L’Esprit Saint, vous le connaissez, car il demeure près de vous », ils ne sont pas apaisés.

Cela fait trois ans qu’ils demeurent auprès de lui. Ils apprécient son enseignement, même s’ils ne comprennent pas tout parfaitement. Jésus leur dira plus tard dans la soirée : « J’ai encore bien des choses à vous dire, mais actuellement vous n’êtes pas en état de les porter ; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 12-13).

Mais déjà, ils comprennent beaucoup de choses, au point que Jésus a pu les envoyer en mission annoncer l’Évangile (Mc 6, 7). Or aucune intelligence humaine ne peut comprendre une parole divine par ses seules forces. S’ils sont parvenus à comprendre quelque chose de l’enseignement du Christ, c’est parce que l’Esprit les a éclairés. Donc, il est déjà là, en eux, même si ce n’est pas encore de façon permanente, mais seulement par intermittence, et même s’ils n’en sont pas conscients.

Ils ne savent pas encore clairement qui est l’Esprit Saint ni quel est son rôle. Jésus le leur explique dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’Esprit que le Seigneur va leur envoyer, c’est un Défenseur, un soutien qui va rester auprès d’eux en tout temps, alors que lui va s’en aller. C’est aussi l’Esprit de vérité, qui va conduire les apôtres à la vérité, les garder dans la vérité, les empêcher de mal comprendre, de dévier ou de dire des choses fausses.

Les apôtres ont absolument besoin de ce soutien pour rester dans la vérité de la parole de Dieu, afin de faire face aux forces adverses : les loups du dedans, comme les appelle saint Matthieu, c’est-à-dire les grands prêtres, les scribes, les docteurs de la Loi et nombre de pharisiens qui trafiquent la parole de Dieu pour lui faire dire ce qui flatte leur orgueil, leur prestige et leur autorité ; mais aussi les loups du dehors : les autorités des pays païens qui les persécuteront.

Enfin, et surtout, la présence de l’Esprit Saint sera plus avantageuse que la présence physique de Jésus. En effet, la présence corporelle de quelqu’un est toujours limitée : si Jésus est à Jérusalem, il ne peut pas en même temps être à Béthanie. Tandis que la présence de l’Esprit du Seigneur est permanente en chacun des apôtres, où qu’ils soient, même s’ils se trouvent dans des lieux différents.

L’Esprit Saint assure donc une présence de Dieu meilleure, plus efficace que la présence physique du Christ. C’est pourquoi le Seigneur ose dire aux apôtres, et à nous aujourd’hui, que l’Esprit Saint les conduira dans la vérité tout entière. Il va même jusqu’à déclarer : « C’est votre avantage que je m’en aille. Si je ne pars pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7).

Mais les apôtres ne sont pas convaincus. Et nous non plus. Ils préféreraient, et nous aussi, que Jésus reste visiblement au milieu d’eux, un Jésus que leurs yeux peuvent voir et que leurs mains peuvent toucher.

Pourtant, le Christ est formel : seul l’Esprit peut nous faire accéder à la vérité.

Un jour, Jésus a demandé à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Sans hésiter, Pierre a répondu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Alors Jésus a repris : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux » (Mt 16, 16-17), c’est-à-dire par l’Esprit Saint.

Mais pour nous aujourd’hui, comment saisir cette présence de l’Esprit dans nos vies ? C’est subtil.

L’Esprit, on ne le voit pas. D’accord. Mais le vent non plus, on ne le voit pas. Pourtant, on en voit les effets : les feuilles des arbres bougent, la poussière s’envole, les portes claquent !

De même, l’Esprit Saint, on ne le voit pas, mais on voit ses effets.

Quels sont ces effets ? Le jour de la Pentecôte, les apôtres sont transformés, méconnaissables. Jusque-là, ils restaient enfermés par crainte des Juifs et ne comprenaient pas encore grand-chose à la mission de Jésus. Le jour de l’Ascension, ils croyaient encore que le Messie allait restaurer l’indépendance politique d’Israël et lui demandaient : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir le royaume pour Israël ? »

Mais dès le jour de la Pentecôte, ce petit groupe d’hommes sans instruction, sans moyens, sans argent, se met à annoncer avec assurance la Bonne Nouvelle. L’Esprit Saint leur a ouvert l’intelligence et le cœur ; désormais, ils comprennent la parole de Dieu.

Ces hommes timorés affrontent maintenant sans peur les oppositions, les persécutions et même le martyre. Ils vont répandre l’Évangile dans tout le bassin méditerranéen et jusqu’aux extrémités de la terre.

Et pour nous aujourd’hui, quels sont les effets de l’Esprit Saint ?

Il nous arrive qu’en priant, en écoutant une homélie, en lisant l’Évangile, une parole nous frappe, nous touche. C’est l’Esprit Saint qui nous fait comprendre quelque chose du mystère de Dieu.

Et il n’agit pas seulement lorsque nous prions. Il parle à notre cœur à travers une parole entendue au cours d’une conversation, à travers quelque chose que nous voyons dans la rue ou à la télévision, à travers une réflexion qui nous vient à l’esprit en contemplant la beauté d’un paysage ou les prodiges que les hommes parviennent à réaliser grâce à l’intelligence que Dieu leur a donnée : les miracles de la chirurgie, les opérations complexes d’un ordinateur ou même d’un simple téléphone portable.

Le Seigneur nous donne son Esprit, qui rend notre cœur capable de le connaître (Jr 24, 7).

Que retenir de tout cela ?

Si nous connaissons quelque chose de Dieu, c’est l’Esprit Saint qui nous l’a fait connaître, mais nous n’osons pas toujours le reconnaître.

D’autre part, même si nous sommes des pécheurs, orgueilleux et égoïstes, il nous arrive de dire et de faire des choses bonnes. Or il n’y a qu’une seule source du bien dans le monde : Dieu.

Par conséquent, si nous disons ou faisons quelquefois le bien, c’est l’Esprit Saint qui nous a inspirés. Mais, là encore, nous n’osons pas le reconnaître. Nous pensons, sans oser le dire tout haut, que l’Esprit Saint ne se dérange pas pour des gens ordinaires comme nous.

Et pourtant, l’Esprit Saint est là, tous les jours, dans nos vies. Mais nous ne le reconnaissons pas, et nous le cherchons ailleurs, vainement.

Comme lorsque nous cherchons nos lunettes alors que nous les avons sur le nez !

Comme le dit un proverbe malgache :

Noana ambonin’ny sompitra, mangetaheta ambonin’ny lakana.

« On est affamé alors qu’on est assis sur le grenier à riz ; on a soif alors qu’on est assis dans une pirogue. »

Dimanche 3 mai 2026, 5e dim de Pâques A


(Ac 6, 1-7 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12)

Nous sommes le Jeudi saint au soir. Les apôtres sont tristes et inquiets. Après leur avoir annoncé la trahison de Judas, Jésus a ajouté qu’il allait partir pour une destination où ils ne peuvent le suivre : « Là où je vais, vous ne pouvez pas venir » (Jn 13, 33). Il tente de leur expliquer qu’il va partir près du Père, préparer le lieu où, plus tard, ils seront. Car le but de Jésus est de nous mener vers le Père.

Mais les apôtres ne sont pas tellement intéressés. Jésus tente de les apaiser, de les réconforter : « Que votre cœur ne se trouble pas… Je pars vous préparer une place, mais je reviendrai et je vous emmènerai afin que, là où je suis, vous soyez aussi. Pour aller où je suis, vous connaissez le chemin. Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. »

Mais cela n’apaise pas les apôtres. Ils ne veulent pas que le Christ s’en aille. Ils sont heureux d’être avec lui, d’écouter son enseignement, d’être témoins de ses miracles. Ils voudraient que cela dure toujours, que le Christ reste là avec eux, pas qu’il les emmène ailleurs, même si c’est auprès du Père.

Nous autres, aujourd’hui, souvent, nous réagissons comme les apôtres. Nous sommes attachés au Christ, nous avons confiance en lui parce qu’il nous éclaire dans nos doutes, nous aide dans nos difficultés et nos projets, et nous ne voulons pas que cela change. Nous l’aimons bien, mais pas jusqu’à aimer ce que lui veut pour nous.

Nous avons confiance qu’il peut nous aider à réaliser nos projets, et nous apprécions cette aide ; mais ses projets sur nous, cela ne nous préoccupe pas beaucoup. Souvent, nous ne savons pas trop quelle est sa volonté sur nous et nous ne cherchons pas tellement à le savoir.

Nous disons dans le Notre Père : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite », mais, en fait, nous prions surtout pour que notre volonté soit faite, que nos désirs soient comblés et que nos projets aboutissent.

Le Christ s’est efforcé, par tous les moyens, de nous faire comprendre que notre Dieu était un Père qui nous aime, qui n’a pas d’autre volonté que notre épanouissement et notre bonheur. C’était une révolution de dire cela.

Depuis toujours, dans toutes les religions, Dieu était un être tout-puissant, mystérieux, distant, imprévisible, qu’il fallait convaincre à coups de prières longues et obstinées et de sacrifices onéreux : il fallait lui offrir les plus beaux fruits du verger, les plus belles bêtes du troupeau, et parfois sacrifier le plus beau jeune homme ou la plus belle jeune fille de la communauté, pour obtenir qu’il daigne enfin tourner les yeux vers nous et nous venir en aide.

Jésus Christ vient nous apprendre que notre Dieu n’est pas d’abord une brute toute-puissante, mais un Père qui aime les hommes qu’il regarde comme ses enfants. Chez lui, la toute-puissance obéit à l’amour. Ce n’est pas un être mystérieux, lointain, énigmatique et inconnaissable, mais un Dieu qui s’approche et se fait connaître. Ce n’est pas un Dieu qui ne s’intéresse pas à nous, mais un Dieu qui n’a qu’une chose en tête : notre épanouissement et notre bonheur.

Mais alors, quand nous le prions, ce n’est plus la peine de lui dire : « Donne-nous ceci, donne-nous cela. » Puisqu’il n’a qu’une chose en tête, notre épanouissement et notre bonheur, il faut lui dire : « Notre Père qui es aux cieux, d’abord, que ton Nom soit sanctifié, et alors tout ira bien pour nous ; d’abord, que ton Règne vienne, et alors tout ira bien pour nous ; d’abord, que ta Volonté soit faite, et alors tout ira bien pour nous. »

Et après seulement, peut-être pourrons-nous ajouter : donne-nous ceci, donne-nous cela, le pain quotidien, le pardon des péchés, etc. De toute façon, il sait de quoi nous avons besoin avant même que nous le lui demandions (Mt 6, 8).

Mais justement, croyons-nous vraiment qu’il sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, ou en sommes-nous encore à croire que nous savons mieux que lui ce qui nous convient ? Il me semble que l’Évangile d’aujourd’hui nous oblige à répondre à cette question.

Sainte Thérèse de Lisieux, convaincue que les idées du Seigneur sur ce qui est bon pour nous étaient meilleures que les nôtres, disait : « C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux ! » Sommes-nous capables d’en dire autant ?

Si le Seigneur sait mieux que nous, et avant même que nous le lui demandions, ce qui est bon pour nous, est-ce encore la peine de prier ? Oui, parce que le Seigneur tient à ce que nous exprimions, par notre prière, notre foi et notre confiance en lui.

On le voit souvent dans l’Évangile. Par exemple, dans le récit de la guérison des deux aveugles de Jéricho. Malgré la foule qui essaie de les faire taire, ils s’avancent vers Jésus en criant : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! » Saint Matthieu nous rapporte que Jésus s’arrêta, les appela et leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »

Jésus sait bien ce qu’ils veulent, mais il tient à ce qu’en formulant leur demande : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent », ils expriment ainsi leur foi et leur confiance en lui (Mt 20, 29-34).

La prière chrétienne n’est donc pas une prière qu’on fait dans la crainte ou l’angoisse de ne pas être entendu. Nous n’avons pas affaire à un Dieu dont il faut attirer l’attention par une prière adroite ou obstinée qui parviendrait à faire tellement pression sur lui qu’il finisse par tourner la tête de notre côté.

« Quand vous priez, nous dit le Christ, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer » (Mt 6, 7).

Et saint Paul recommande aux Philippiens : « Ne soyez inquiets de rien ; en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Ph 4, 6-7).

« Ne soyez inquiets de rien », dit saint Paul ; sous-entendu : votre Père veille sur vous, il sait ce qu’il vous faut et ce qui vous manque.

Et même, c’est intéressant de le remarquer, saint Paul nous invite à rendre grâce dès que nous formulons notre prière, avant même d’avoir été exaucés. Pourquoi ? Parce que nous pouvons être sûrs que notre Père, qui veille toujours sur nous, va faire ce qu’il faut.

Pourtant, il arrive plus d’une fois que notre prière n’est pas exaucée. Alors ?…

Eh bien, le Seigneur a dit : « Demandez et vous recevrez. » Il n’a jamais dit : « Demandez et vous recevrez ce que vous avez demandé. »

Une fois encore, nous sommes au pied du mur. Croyons-nous vraiment que le bien que veut le Seigneur pour nous est meilleur que le bien que nous désirons, même quand il ne nous accorde pas ce que nous lui demandons ?

Exactement comme les parents qui ne donnent pas toujours à leurs enfants ce qu’ils demandent parce qu’ils voient mieux que leurs petits ce qui est bon pour eux.

Que retenir de tout cela ?

Est-ce que j’aime Dieu parce qu’il exauce toujours mes demandes, parce qu’il fait toujours ce qui me plaît ? Ou est-ce que j’aime Dieu même s’il ne me donne pas toujours ce que je lui demande, parce que je crois que, dans son amour infini, il sait mieux que moi ce qui est le meilleur pour moi ?


Petite remarque de fond (pas de ponctuation) : l’expression « Dieu n’est pas d’abord une brute toute-puissante » est percutante mais assez abrasive pour une homélie ; elle peut faire sourire certains et braquer d’autres. Si tu veux garder l’idée sans l’effet coup de poing, tu pourrais écrire : « Dieu n’est pas d’abord une puissance écrasante » ou « un maître tout-puissant et redoutable ».

Dimanche 19 avril 2026, 3e dim de Pâques A


(Ac 14, 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35)

Cette apparition du Christ aux disciples d’Emmaüs nous apprend bien des choses sur la résurrection, celle du Christ et la nôtre à venir, et sur la manière originale du Ressuscité de se manifester à ses disciples.

Ce qui, tout de suite, saute aux yeux, c’est que le Christ ressuscité se montre sous l’apparence de quelqu’un comme tout le monde. Il n’apparaît pas en gloire comme au jour de la Transfiguration. Les disciples d’Emmaüs le prennent pour un passant comme un autre. Ils causent avec lui comme ils le feraient avec n’importe qui. Celui qui est ressuscité au matin de Pâques, ce n’est pas seulement sa divinité : son corps aussi est ressuscité. Les apôtres peuvent voir ce corps de leurs yeux, le toucher de leurs mains. Le Christ ressuscité n’est absolument pas un fantôme ni un esprit quelconque.

Pourtant, le corps du Christ ressuscité n’est pas tout à fait comme son corps d’avant la Passion. Le Christ apparaît soudainement à leurs côtés sur la route et disparaît tout d’un coup, après avoir béni, rompu et partagé le pain avec eux à l’auberge. « Il disparut à leurs regards », nous dit l’Évangile, sans passer par la porte pour sortir. Le corps du Christ ressuscité est un corps nouveau. Nous aussi, quand nous ressusciterons, nous aurons un corps nouveau. C’est une sacrée bonne nouvelle, parce que cela nous donne toutes les raisons de croire que nous ne traînerons pas dans l’éternité nos maladies et nos infirmités. Tout ça, ce sera terminé !

Mais je voudrais surtout vous parler de la manière originale avec laquelle Jésus se manifeste aux disciples d’Emmaüs. Ils vont, sur le chemin, profondément tristes, accablés par la Passion et la mort du Christ dont ils viennent d’être témoins. Jésus leur demande : « De quoi discutez-vous en chemin ? » Tout tristes, ils s’arrêtent : « Tu es bien le seul à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci ! » Faisant semblant de ne pas être au courant, il leur demande : « Quels événements ? » Et il les laisse tranquillement lui raconter sa Passion !

Jésus marche avec eux sur le chemin d’Emmaüs. Mais est-ce qu’il n’est pas aussi en train de les faire marcher sur le chemin d’Emmaüs ? Est-ce qu’il n’est pas en train de se moquer d’eux, gentiment, sans méchanceté, bien sûr ? Mais alors, Jésus aurait de l’humour ? Je n’ai jamais entendu parler de ça, jamais vu aucune trace de ça dans aucun commentaire d’Évangile, jamais vu aucune représentation du Christ en train de rire ou de sourire. Est-ce que c’est normal ? Qu’est-ce que vous en pensez ?… La religion, c’est sérieux : on ne rit pas avec ces choses-là, d’accord. Mais ce n’est pas une raison pour nous imaginer Dieu comme un personnage toujours austère, qui ne rit jamais ou, comme disait le pape François, « avec une tête de carême sans Pâques ».

Comment l’imaginons-nous, notre Dieu ? Il y a une quarantaine d’années, en France, on a surnommé quelqu’un « Dieu ». Vous rappelez-vous qui c’était ? C’était M. Mitterrand, le président de la République. On estimait : voilà quelqu’un qui a le bon profil pour représenter Dieu. Il a l’air tout à fait sérieux, c’est quelqu’un de distingué, cultivé, instruit : costume croisé, nœud de cravate impeccable, pantalon au pli irréprochable, la démarche imposante, un peu pontifiant… Jésus Christ, à côté, avec sa tenue de charpentier de village… ça fait un peu minable. Pourtant, c’est lui, le vrai.

Conclusion : méfions-nous de nos idées sur Dieu, de la façon dont nous l’imaginons. Nous avons chacun notre manière de nous représenter Dieu. Nous sommes obligés de faire avec, nous n’avons que cela à quoi nous raccrocher, mais que ce soit clair : notre façon de le voir n’est jamais la bonne. Soyons toujours prêts à la modifier. Et surtout, demandons au Seigneur de nous révéler, toujours davantage, comment il est vraiment.

Les disciples d’Emmaüs : qu’est-ce qui empêchait leurs yeux de le reconnaître ? C’est qu’ils se trompaient sur la personne du Christ-Messie, ils le prenaient pour un autre. D’ailleurs, ils le disent : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. » Ils croyaient ne plus croire au Christ comme Messie, alors que c’est en leurs idées sur le Christ-Messie, vu comme libérateur rendant l’indépendance politique à Israël, qu’ils ne croyaient plus. Jésus n’a aucun mal à leur faire découvrir ce qu’il est vraiment.

Tout heureux et le cœur brûlant, tandis qu’il leur explique les Écritures, ils retiennent Jésus pour souper avec eux, afin d’en entendre davantage. Et quand ils ont enfin reconnu Jésus, ils courent vite à Jérusalem partager avec les apôtres leur joie et leur foi, désormais bien plus fortes qu’avant.

Nous autres, aujourd’hui, nous sommes souvent comme les disciples d’Emmaüs. Après l’épreuve de la Passion, leur foi s’effondre. Nous aussi, après une épreuve — par exemple une grosse déception, quand le Seigneur n’a pas exaucé une de nos prières —, découragés, notre foi vacille. Le Seigneur a pourtant dit : « Demandez, et vous recevrez » (Jn 16, 24). Alors, pourquoi notre prière n’est-elle pas exaucée ? Nous sommes déçus, découragés. Notre foi est-elle morte pour autant ? Il faudrait y regarder de plus près.

D’abord, le Seigneur n’a jamais dit : « Demandez et vous recevrez ce que vous avez demandé. » Il a seulement dit : « Demandez, et vous recevrez. » En fait, ce n’est pas notre foi en Dieu qui est morte, mais notre foi dans nos idées sur Dieu. Et quand, par la suite, une parole d’Écriture ou un événement qui survient nous ramène dans la pleine vérité, alors, comme les disciples d’Emmaüs, débarrassés de la foi que nous nous étions fabriquée, nous n’avons plus que celle, bien plus solide, que le Seigneur nous a donnée ; et nous retrouvons notre joie et notre foi d’avant, désormais renforcées.

Conclusion : les doutes et les épreuves peuvent nous amener à perdre la foi, mais peuvent aussi la renforcer. Car, le plus souvent, doutes et épreuves sont des péripéties dans l’histoire de notre foi, qui nous amènent à remettre en cause nos idées fausses sur Dieu et à nous en débarrasser, ce qui nous fait déboucher sur une foi plus solide qu’auparavant. Mais encore faut-il que nous regardions en face les raisons qui nous font douter, de façon à trouver la réponse à notre trouble. Et, à ce moment-là, les choses s’arrangent.

Exactement comme lorsque je ne me sens pas bien : dès que je vois que j’ai mal à la tête, je prends un comprimé d’aspirine, je viens à bout de mon mal de tête et tout redevient mieux qu’avant.

Que retenir de tout cela ?

L’apparition aux disciples d’Emmaüs nous montre que le Christ ressuscité n’est plus présent de la même manière qu’avant la Passion. Il faut la foi pour le reconnaître : les yeux ne suffisent pas. Son corps est différent de son corps d’avant la Passion. Après notre résurrection, notre corps aussi sera différent. Finies les maladies et les infirmités !

Qu’est-ce qui a plongé les disciples d’Emmaüs dans le doute et le découragement ? Leurs idées fausses sur le Messie. De même, ce sont aussi nos idées fausses sur Dieu qui nous plongent dans le doute et le découragement. Mais ce doute, qui peut faire vaciller notre foi, peut aussi nous amener à une foi plus solide, puisqu’il peut nous conduire à nous débarrasser de nos idées fausses sur Dieu et de ce qui est bancal dans notre foi.

Quand nous allons sur les chemins de la vie, tristes et découragés comme les disciples d’Emmaüs, attention ! Le Seigneur pourrait bien être présent à nos côtés !

Enfin, et surtout, cet Évangile nous montre que le Christ, qui a fait marcher les disciples d’Emmaüs en faisant semblant de ne rien savoir de la Passion, ne manque pas d’humour. Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de lui demander de nous en donner un peu !