homélie

Dimanche 17 mai 2026, 7ᵉ dim. de Pâques A

Lectures : Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1b-11a


« Père, glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. »

Une fois encore, le Christ nous déconcerte. Lui qui a voulu venir au monde dans une extrême discrétion, à l’écart d’un village perdu de Judée, et vivre ignoré de tous dans une bourgade de Galilée ; lui qui se cachait lorsqu’il faisait une guérison et demandait sévèrement à la personne guérie de ne rien dire à personne de sa guérison ; lui qui s’est fâché quand on a voulu le faire roi après la multiplication des pains, voilà qu’il demande maintenant à être glorifié. Qu’est-ce que cela veut dire ?

D’abord, il faut savoir que, dans la Bible, la gloire ne désigne pas la renommée, le prestige extérieur de quelqu’un, mais ce qu’il est réellement, son importance, le respect qu’il inspire. Or Dieu, ce qu’il est réellement, c’est Amour. Donc la gloire de Dieu, c’est l’amour qui le constitue.

Par conséquent, « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie », cela veut dire : « Père, que l’amour du Fils pour les hommes soit révélé afin qu’il révèle à son tour l’amour du Père pour le salut des hommes. »

Or, où est-ce que se révèle l’amour du Christ pour les hommes ?

Dans toute sa vie, mais surtout dans sa passion et sa mort sur la croix. Si bien que, finalement, la prière du Christ : « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » revient à dire : « Père, que ma passion et ma mort sur la croix arrivent, puisque c’est là que vont se manifester éminemment mon amour et ma gloire, afin qu’elles manifestent à leur tour ton amour et ta gloire. »

Pour le Christ, sa passion et sa mort sur la croix sont des manifestations de gloire. Ce même soir du Jeudi saint, parlant de sa passion et de sa mort imminentes, il dira : « Elle est venue, l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié » (Jn 12, 23).

Nous avons du mal à comprendre cela. Car, habituellement, nous regardons la passion et la mort du Christ comme une humiliation pour lui et comme quelque chose de honteux pour nous, puisque c’est à cause de nos péchés qu’elles ont eu lieu.

Or, vues du côté du Christ, sa passion et sa mort manifestent sa gloire parce qu’elles manifestent la toute-puissance de son amour qui, tel un tsunami irrépressible, a recouvert et noyé toute la puissance du mal dont il a triomphé.

Rappelons-nous la prière du Christ alors qu’on est en train de le tuer : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34), autrement dit : ils peuvent me faire le plus de mal possible, me tuer ; moi, je les aime encore. Mon amour dépasse leur haine.

Par sa passion et sa mort sur la croix, le Christ révèle la gloire du Père qui, à son tour, manifeste son projet d’amour qui est de nous donner la vie éternelle.

« Et la vie éternelle, ajoute le Christ, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »

Mais connaître Dieu, ce n’est pas simplement l’identifier avec mon intelligence, comme on connaît M. Macron ou M. Poutine : on sait qui c’est.

Connaître Dieu, c’est plus que savoir qui il est ; c’est expérimenter une communion avec lui, c’est co-naître avec lui, démarrer une nouvelle vie avec lui.

Quelle promotion ! Nous voilà intimes avec le Créateur !

Voilà ce qui constitue la dignité et la valeur infiniment précieuse de tout homme.

« Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu ? Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous ! » écrivait saint Paul aux Corinthiens (1 Co 3, 16-17).

Malheureusement, la véritable grandeur de l’homme est souvent méconnue. On juge couramment de la valeur de quelqu’un d’après sa richesse ou sa puissance.

On entend souvent dire : « Un tel vaut tant de millions de dollars », et tout le monde connaît le mot de Staline : « Le pape, combien de divisions ? »

Cela ne veut pas dire que le monde est uniquement peuplé de tyrans sanguinaires ou de businessmen sans cœur. Partout, des millions de braves gens s’efforcent de vivre honnêtement, de constituer des familles stables et solides, essayant d’élever leurs enfants le mieux possible.

Tandis que des tas d’ingénieurs, de médecins, de techniciens et d’hommes politiques multiplient les réalisations spectaculaires qui améliorent notre vie.

Mais, bien souvent aussi, le progrès ne vise pas à apporter plus de bonheur aux hommes, mais seulement plus d’argent ou plus de puissance.

Sans parler des engins de mort toujours plus performants qu’elles permettent de fabriquer, des techniques aveugles s’attaquent directement à la vie, peut-être faudrait-il dire à la survie de l’humanité, en causant une pollution généralisée et d’énormes désastres écologiques.

Devant les perspectives menaçantes qu’ouvrent certaines nouvelles découvertes, ou encore l’intelligence artificielle, on ne sait plus vers quoi se tourner pour ralentir ou stopper le mouvement fatal qui nous entraîne.

L’Évangile d’aujourd’hui nous presse d’abandonner les mirages de l’argent, de la puissance des armes ou de celle de l’intelligence humaine devenue folle, pour rejoindre le réel.

Et le réel, c’est quoi ?

C’est que nous venons du Père qui nous a créés à son image, que chaque jour nous avançons vers le moment où nous allons rentrer chez lui et nous retrouver face à lui.

Eny e ny lalan’olombelona ety an-tany e e avy amin’Andriamanitra e eny e mankany amin’Andriamanitra e eny e ho tody amin’Andriamanitra kanefa…

Quelles que soient nos occupations, jour après jour, année après année, l’important, c’est qu’en définitive elles aboutissent à ce que cette rencontre finale se passe bien !

J’aime à le répéter : quand on achète quelque chose dans un magasin, on l’utilise toujours dans la pensée de celui qui l’a fabriqué. On n’y réfléchit même pas, cela va de soi.

Eh bien, notre vie, il faudrait voir à l’utiliser dans la pensée de celui qui l’a fabriquée.

Il nous a d’ailleurs fourni le mode d’emploi : l’Évangile.


Que retenir de tout cela ?

La gloire de Dieu, c’est son Amour.

Quand, dans sa prière, le Christ demande d’être glorifié, il demande donc que son amour pour l’humanité soit révélé, afin de révéler par là même l’amour du Père pour l’humanité.

Or, c’est essentiellement dans sa passion et sa mort sur la croix que cet amour se manifeste.

L’Évangile d’aujourd’hui nous invite donc à voir dans la passion et la mort du Christ sur la croix la manifestation triomphale de sa gloire, où la toute-puissance de son amour, tel un tsunami, recouvre et noie toute la puissance du mal.

Cet Évangile nous révèle également le projet de Dieu pour nous : que nous le connaissions, c’est-à-dire que nous co-naissions avec lui dans une vie nouvelle, que nous repartions dans une vie nouvelle en communion avec lui dès maintenant, en attendant que cette vie nouvelle débouche dans l’éternité après notre mort.

Saint Irénée le disait déjà :

« La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est de voir Dieu »,

et non pas d’accumuler des richesses ou d’acquérir un pouvoir qui lui permette d’écraser les autres.

Dimanche 10 mai 2026, 6e dim. de Pâques A


(Ac 8, 5-8.14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21)

Nous sommes au soir du Jeudi saint. Le Christ vient d’annoncer à ses apôtres qu’il allait partir, que là où il va, ils ne peuvent pas le suivre, mais qu’il va leur préparer une place, afin que, là où il sera, ils soient eux aussi (Jn 14, 3). Cette annonce a plongé les apôtres dans la tristesse. Le Christ a beau leur promettre de leur envoyer l’Esprit Saint, qui sera toujours avec eux, ils demeurent accablés.

Il essaie de les réconforter : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Les apôtres aiment le Christ ; ils vont donc garder ses commandements, cela va de soi. « Eh bien, moi, dit le Christ, en échange, je vous donnerai l’Esprit Saint, qui sera toujours avec vous. »

Mais cela n’apaise pas les apôtres. Pour eux, l’Esprit Saint, c’est vague. Ce qu’ils veulent, c’est que Jésus, qu’ils peuvent voir de leurs yeux et toucher de leurs mains, reste avec eux. Il a beau leur dire : « L’Esprit Saint, vous le connaissez, car il demeure près de vous », ils ne sont pas apaisés.

Cela fait trois ans qu’ils demeurent auprès de lui. Ils apprécient son enseignement, même s’ils ne comprennent pas tout parfaitement. Jésus leur dira plus tard dans la soirée : « J’ai encore bien des choses à vous dire, mais actuellement vous n’êtes pas en état de les porter ; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 12-13).

Mais déjà, ils comprennent beaucoup de choses, au point que Jésus a pu les envoyer en mission annoncer l’Évangile (Mc 6, 7). Or aucune intelligence humaine ne peut comprendre une parole divine par ses seules forces. S’ils sont parvenus à comprendre quelque chose de l’enseignement du Christ, c’est parce que l’Esprit les a éclairés. Donc, il est déjà là, en eux, même si ce n’est pas encore de façon permanente, mais seulement par intermittence, et même s’ils n’en sont pas conscients.

Ils ne savent pas encore clairement qui est l’Esprit Saint ni quel est son rôle. Jésus le leur explique dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’Esprit que le Seigneur va leur envoyer, c’est un Défenseur, un soutien qui va rester auprès d’eux en tout temps, alors que lui va s’en aller. C’est aussi l’Esprit de vérité, qui va conduire les apôtres à la vérité, les garder dans la vérité, les empêcher de mal comprendre, de dévier ou de dire des choses fausses.

Les apôtres ont absolument besoin de ce soutien pour rester dans la vérité de la parole de Dieu, afin de faire face aux forces adverses : les loups du dedans, comme les appelle saint Matthieu, c’est-à-dire les grands prêtres, les scribes, les docteurs de la Loi et nombre de pharisiens qui trafiquent la parole de Dieu pour lui faire dire ce qui flatte leur orgueil, leur prestige et leur autorité ; mais aussi les loups du dehors : les autorités des pays païens qui les persécuteront.

Enfin, et surtout, la présence de l’Esprit Saint sera plus avantageuse que la présence physique de Jésus. En effet, la présence corporelle de quelqu’un est toujours limitée : si Jésus est à Jérusalem, il ne peut pas en même temps être à Béthanie. Tandis que la présence de l’Esprit du Seigneur est permanente en chacun des apôtres, où qu’ils soient, même s’ils se trouvent dans des lieux différents.

L’Esprit Saint assure donc une présence de Dieu meilleure, plus efficace que la présence physique du Christ. C’est pourquoi le Seigneur ose dire aux apôtres, et à nous aujourd’hui, que l’Esprit Saint les conduira dans la vérité tout entière. Il va même jusqu’à déclarer : « C’est votre avantage que je m’en aille. Si je ne pars pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7).

Mais les apôtres ne sont pas convaincus. Et nous non plus. Ils préféreraient, et nous aussi, que Jésus reste visiblement au milieu d’eux, un Jésus que leurs yeux peuvent voir et que leurs mains peuvent toucher.

Pourtant, le Christ est formel : seul l’Esprit peut nous faire accéder à la vérité.

Un jour, Jésus a demandé à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Sans hésiter, Pierre a répondu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Alors Jésus a repris : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux » (Mt 16, 16-17), c’est-à-dire par l’Esprit Saint.

Mais pour nous aujourd’hui, comment saisir cette présence de l’Esprit dans nos vies ? C’est subtil.

L’Esprit, on ne le voit pas. D’accord. Mais le vent non plus, on ne le voit pas. Pourtant, on en voit les effets : les feuilles des arbres bougent, la poussière s’envole, les portes claquent !

De même, l’Esprit Saint, on ne le voit pas, mais on voit ses effets.

Quels sont ces effets ? Le jour de la Pentecôte, les apôtres sont transformés, méconnaissables. Jusque-là, ils restaient enfermés par crainte des Juifs et ne comprenaient pas encore grand-chose à la mission de Jésus. Le jour de l’Ascension, ils croyaient encore que le Messie allait restaurer l’indépendance politique d’Israël et lui demandaient : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir le royaume pour Israël ? »

Mais dès le jour de la Pentecôte, ce petit groupe d’hommes sans instruction, sans moyens, sans argent, se met à annoncer avec assurance la Bonne Nouvelle. L’Esprit Saint leur a ouvert l’intelligence et le cœur ; désormais, ils comprennent la parole de Dieu.

Ces hommes timorés affrontent maintenant sans peur les oppositions, les persécutions et même le martyre. Ils vont répandre l’Évangile dans tout le bassin méditerranéen et jusqu’aux extrémités de la terre.

Et pour nous aujourd’hui, quels sont les effets de l’Esprit Saint ?

Il nous arrive qu’en priant, en écoutant une homélie, en lisant l’Évangile, une parole nous frappe, nous touche. C’est l’Esprit Saint qui nous fait comprendre quelque chose du mystère de Dieu.

Et il n’agit pas seulement lorsque nous prions. Il parle à notre cœur à travers une parole entendue au cours d’une conversation, à travers quelque chose que nous voyons dans la rue ou à la télévision, à travers une réflexion qui nous vient à l’esprit en contemplant la beauté d’un paysage ou les prodiges que les hommes parviennent à réaliser grâce à l’intelligence que Dieu leur a donnée : les miracles de la chirurgie, les opérations complexes d’un ordinateur ou même d’un simple téléphone portable.

Le Seigneur nous donne son Esprit, qui rend notre cœur capable de le connaître (Jr 24, 7).

Que retenir de tout cela ?

Si nous connaissons quelque chose de Dieu, c’est l’Esprit Saint qui nous l’a fait connaître, mais nous n’osons pas toujours le reconnaître.

D’autre part, même si nous sommes des pécheurs, orgueilleux et égoïstes, il nous arrive de dire et de faire des choses bonnes. Or il n’y a qu’une seule source du bien dans le monde : Dieu.

Par conséquent, si nous disons ou faisons quelquefois le bien, c’est l’Esprit Saint qui nous a inspirés. Mais, là encore, nous n’osons pas le reconnaître. Nous pensons, sans oser le dire tout haut, que l’Esprit Saint ne se dérange pas pour des gens ordinaires comme nous.

Et pourtant, l’Esprit Saint est là, tous les jours, dans nos vies. Mais nous ne le reconnaissons pas, et nous le cherchons ailleurs, vainement.

Comme lorsque nous cherchons nos lunettes alors que nous les avons sur le nez !

Comme le dit un proverbe malgache :

Noana ambonin’ny sompitra, mangetaheta ambonin’ny lakana.

« On est affamé alors qu’on est assis sur le grenier à riz ; on a soif alors qu’on est assis dans une pirogue. »

Dimanche 3 mai 2026, 5e dim de Pâques A


(Ac 6, 1-7 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12)

Nous sommes le Jeudi saint au soir. Les apôtres sont tristes et inquiets. Après leur avoir annoncé la trahison de Judas, Jésus a ajouté qu’il allait partir pour une destination où ils ne peuvent le suivre : « Là où je vais, vous ne pouvez pas venir » (Jn 13, 33). Il tente de leur expliquer qu’il va partir près du Père, préparer le lieu où, plus tard, ils seront. Car le but de Jésus est de nous mener vers le Père.

Mais les apôtres ne sont pas tellement intéressés. Jésus tente de les apaiser, de les réconforter : « Que votre cœur ne se trouble pas… Je pars vous préparer une place, mais je reviendrai et je vous emmènerai afin que, là où je suis, vous soyez aussi. Pour aller où je suis, vous connaissez le chemin. Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. »

Mais cela n’apaise pas les apôtres. Ils ne veulent pas que le Christ s’en aille. Ils sont heureux d’être avec lui, d’écouter son enseignement, d’être témoins de ses miracles. Ils voudraient que cela dure toujours, que le Christ reste là avec eux, pas qu’il les emmène ailleurs, même si c’est auprès du Père.

Nous autres, aujourd’hui, souvent, nous réagissons comme les apôtres. Nous sommes attachés au Christ, nous avons confiance en lui parce qu’il nous éclaire dans nos doutes, nous aide dans nos difficultés et nos projets, et nous ne voulons pas que cela change. Nous l’aimons bien, mais pas jusqu’à aimer ce que lui veut pour nous.

Nous avons confiance qu’il peut nous aider à réaliser nos projets, et nous apprécions cette aide ; mais ses projets sur nous, cela ne nous préoccupe pas beaucoup. Souvent, nous ne savons pas trop quelle est sa volonté sur nous et nous ne cherchons pas tellement à le savoir.

Nous disons dans le Notre Père : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite », mais, en fait, nous prions surtout pour que notre volonté soit faite, que nos désirs soient comblés et que nos projets aboutissent.

Le Christ s’est efforcé, par tous les moyens, de nous faire comprendre que notre Dieu était un Père qui nous aime, qui n’a pas d’autre volonté que notre épanouissement et notre bonheur. C’était une révolution de dire cela.

Depuis toujours, dans toutes les religions, Dieu était un être tout-puissant, mystérieux, distant, imprévisible, qu’il fallait convaincre à coups de prières longues et obstinées et de sacrifices onéreux : il fallait lui offrir les plus beaux fruits du verger, les plus belles bêtes du troupeau, et parfois sacrifier le plus beau jeune homme ou la plus belle jeune fille de la communauté, pour obtenir qu’il daigne enfin tourner les yeux vers nous et nous venir en aide.

Jésus Christ vient nous apprendre que notre Dieu n’est pas d’abord une brute toute-puissante, mais un Père qui aime les hommes qu’il regarde comme ses enfants. Chez lui, la toute-puissance obéit à l’amour. Ce n’est pas un être mystérieux, lointain, énigmatique et inconnaissable, mais un Dieu qui s’approche et se fait connaître. Ce n’est pas un Dieu qui ne s’intéresse pas à nous, mais un Dieu qui n’a qu’une chose en tête : notre épanouissement et notre bonheur.

Mais alors, quand nous le prions, ce n’est plus la peine de lui dire : « Donne-nous ceci, donne-nous cela. » Puisqu’il n’a qu’une chose en tête, notre épanouissement et notre bonheur, il faut lui dire : « Notre Père qui es aux cieux, d’abord, que ton Nom soit sanctifié, et alors tout ira bien pour nous ; d’abord, que ton Règne vienne, et alors tout ira bien pour nous ; d’abord, que ta Volonté soit faite, et alors tout ira bien pour nous. »

Et après seulement, peut-être pourrons-nous ajouter : donne-nous ceci, donne-nous cela, le pain quotidien, le pardon des péchés, etc. De toute façon, il sait de quoi nous avons besoin avant même que nous le lui demandions (Mt 6, 8).

Mais justement, croyons-nous vraiment qu’il sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, ou en sommes-nous encore à croire que nous savons mieux que lui ce qui nous convient ? Il me semble que l’Évangile d’aujourd’hui nous oblige à répondre à cette question.

Sainte Thérèse de Lisieux, convaincue que les idées du Seigneur sur ce qui est bon pour nous étaient meilleures que les nôtres, disait : « C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux ! » Sommes-nous capables d’en dire autant ?

Si le Seigneur sait mieux que nous, et avant même que nous le lui demandions, ce qui est bon pour nous, est-ce encore la peine de prier ? Oui, parce que le Seigneur tient à ce que nous exprimions, par notre prière, notre foi et notre confiance en lui.

On le voit souvent dans l’Évangile. Par exemple, dans le récit de la guérison des deux aveugles de Jéricho. Malgré la foule qui essaie de les faire taire, ils s’avancent vers Jésus en criant : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! » Saint Matthieu nous rapporte que Jésus s’arrêta, les appela et leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »

Jésus sait bien ce qu’ils veulent, mais il tient à ce qu’en formulant leur demande : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent », ils expriment ainsi leur foi et leur confiance en lui (Mt 20, 29-34).

La prière chrétienne n’est donc pas une prière qu’on fait dans la crainte ou l’angoisse de ne pas être entendu. Nous n’avons pas affaire à un Dieu dont il faut attirer l’attention par une prière adroite ou obstinée qui parviendrait à faire tellement pression sur lui qu’il finisse par tourner la tête de notre côté.

« Quand vous priez, nous dit le Christ, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer » (Mt 6, 7).

Et saint Paul recommande aux Philippiens : « Ne soyez inquiets de rien ; en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus » (Ph 4, 6-7).

« Ne soyez inquiets de rien », dit saint Paul ; sous-entendu : votre Père veille sur vous, il sait ce qu’il vous faut et ce qui vous manque.

Et même, c’est intéressant de le remarquer, saint Paul nous invite à rendre grâce dès que nous formulons notre prière, avant même d’avoir été exaucés. Pourquoi ? Parce que nous pouvons être sûrs que notre Père, qui veille toujours sur nous, va faire ce qu’il faut.

Pourtant, il arrive plus d’une fois que notre prière n’est pas exaucée. Alors ?…

Eh bien, le Seigneur a dit : « Demandez et vous recevrez. » Il n’a jamais dit : « Demandez et vous recevrez ce que vous avez demandé. »

Une fois encore, nous sommes au pied du mur. Croyons-nous vraiment que le bien que veut le Seigneur pour nous est meilleur que le bien que nous désirons, même quand il ne nous accorde pas ce que nous lui demandons ?

Exactement comme les parents qui ne donnent pas toujours à leurs enfants ce qu’ils demandent parce qu’ils voient mieux que leurs petits ce qui est bon pour eux.

Que retenir de tout cela ?

Est-ce que j’aime Dieu parce qu’il exauce toujours mes demandes, parce qu’il fait toujours ce qui me plaît ? Ou est-ce que j’aime Dieu même s’il ne me donne pas toujours ce que je lui demande, parce que je crois que, dans son amour infini, il sait mieux que moi ce qui est le meilleur pour moi ?


Petite remarque de fond (pas de ponctuation) : l’expression « Dieu n’est pas d’abord une brute toute-puissante » est percutante mais assez abrasive pour une homélie ; elle peut faire sourire certains et braquer d’autres. Si tu veux garder l’idée sans l’effet coup de poing, tu pourrais écrire : « Dieu n’est pas d’abord une puissance écrasante » ou « un maître tout-puissant et redoutable ».

Dimanche 19 avril 2026, 3e dim de Pâques A


(Ac 14, 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35)

Cette apparition du Christ aux disciples d’Emmaüs nous apprend bien des choses sur la résurrection, celle du Christ et la nôtre à venir, et sur la manière originale du Ressuscité de se manifester à ses disciples.

Ce qui, tout de suite, saute aux yeux, c’est que le Christ ressuscité se montre sous l’apparence de quelqu’un comme tout le monde. Il n’apparaît pas en gloire comme au jour de la Transfiguration. Les disciples d’Emmaüs le prennent pour un passant comme un autre. Ils causent avec lui comme ils le feraient avec n’importe qui. Celui qui est ressuscité au matin de Pâques, ce n’est pas seulement sa divinité : son corps aussi est ressuscité. Les apôtres peuvent voir ce corps de leurs yeux, le toucher de leurs mains. Le Christ ressuscité n’est absolument pas un fantôme ni un esprit quelconque.

Pourtant, le corps du Christ ressuscité n’est pas tout à fait comme son corps d’avant la Passion. Le Christ apparaît soudainement à leurs côtés sur la route et disparaît tout d’un coup, après avoir béni, rompu et partagé le pain avec eux à l’auberge. « Il disparut à leurs regards », nous dit l’Évangile, sans passer par la porte pour sortir. Le corps du Christ ressuscité est un corps nouveau. Nous aussi, quand nous ressusciterons, nous aurons un corps nouveau. C’est une sacrée bonne nouvelle, parce que cela nous donne toutes les raisons de croire que nous ne traînerons pas dans l’éternité nos maladies et nos infirmités. Tout ça, ce sera terminé !

Mais je voudrais surtout vous parler de la manière originale avec laquelle Jésus se manifeste aux disciples d’Emmaüs. Ils vont, sur le chemin, profondément tristes, accablés par la Passion et la mort du Christ dont ils viennent d’être témoins. Jésus leur demande : « De quoi discutez-vous en chemin ? » Tout tristes, ils s’arrêtent : « Tu es bien le seul à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci ! » Faisant semblant de ne pas être au courant, il leur demande : « Quels événements ? » Et il les laisse tranquillement lui raconter sa Passion !

Jésus marche avec eux sur le chemin d’Emmaüs. Mais est-ce qu’il n’est pas aussi en train de les faire marcher sur le chemin d’Emmaüs ? Est-ce qu’il n’est pas en train de se moquer d’eux, gentiment, sans méchanceté, bien sûr ? Mais alors, Jésus aurait de l’humour ? Je n’ai jamais entendu parler de ça, jamais vu aucune trace de ça dans aucun commentaire d’Évangile, jamais vu aucune représentation du Christ en train de rire ou de sourire. Est-ce que c’est normal ? Qu’est-ce que vous en pensez ?… La religion, c’est sérieux : on ne rit pas avec ces choses-là, d’accord. Mais ce n’est pas une raison pour nous imaginer Dieu comme un personnage toujours austère, qui ne rit jamais ou, comme disait le pape François, « avec une tête de carême sans Pâques ».

Comment l’imaginons-nous, notre Dieu ? Il y a une quarantaine d’années, en France, on a surnommé quelqu’un « Dieu ». Vous rappelez-vous qui c’était ? C’était M. Mitterrand, le président de la République. On estimait : voilà quelqu’un qui a le bon profil pour représenter Dieu. Il a l’air tout à fait sérieux, c’est quelqu’un de distingué, cultivé, instruit : costume croisé, nœud de cravate impeccable, pantalon au pli irréprochable, la démarche imposante, un peu pontifiant… Jésus Christ, à côté, avec sa tenue de charpentier de village… ça fait un peu minable. Pourtant, c’est lui, le vrai.

Conclusion : méfions-nous de nos idées sur Dieu, de la façon dont nous l’imaginons. Nous avons chacun notre manière de nous représenter Dieu. Nous sommes obligés de faire avec, nous n’avons que cela à quoi nous raccrocher, mais que ce soit clair : notre façon de le voir n’est jamais la bonne. Soyons toujours prêts à la modifier. Et surtout, demandons au Seigneur de nous révéler, toujours davantage, comment il est vraiment.

Les disciples d’Emmaüs : qu’est-ce qui empêchait leurs yeux de le reconnaître ? C’est qu’ils se trompaient sur la personne du Christ-Messie, ils le prenaient pour un autre. D’ailleurs, ils le disent : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. » Ils croyaient ne plus croire au Christ comme Messie, alors que c’est en leurs idées sur le Christ-Messie, vu comme libérateur rendant l’indépendance politique à Israël, qu’ils ne croyaient plus. Jésus n’a aucun mal à leur faire découvrir ce qu’il est vraiment.

Tout heureux et le cœur brûlant, tandis qu’il leur explique les Écritures, ils retiennent Jésus pour souper avec eux, afin d’en entendre davantage. Et quand ils ont enfin reconnu Jésus, ils courent vite à Jérusalem partager avec les apôtres leur joie et leur foi, désormais bien plus fortes qu’avant.

Nous autres, aujourd’hui, nous sommes souvent comme les disciples d’Emmaüs. Après l’épreuve de la Passion, leur foi s’effondre. Nous aussi, après une épreuve — par exemple une grosse déception, quand le Seigneur n’a pas exaucé une de nos prières —, découragés, notre foi vacille. Le Seigneur a pourtant dit : « Demandez, et vous recevrez » (Jn 16, 24). Alors, pourquoi notre prière n’est-elle pas exaucée ? Nous sommes déçus, découragés. Notre foi est-elle morte pour autant ? Il faudrait y regarder de plus près.

D’abord, le Seigneur n’a jamais dit : « Demandez et vous recevrez ce que vous avez demandé. » Il a seulement dit : « Demandez, et vous recevrez. » En fait, ce n’est pas notre foi en Dieu qui est morte, mais notre foi dans nos idées sur Dieu. Et quand, par la suite, une parole d’Écriture ou un événement qui survient nous ramène dans la pleine vérité, alors, comme les disciples d’Emmaüs, débarrassés de la foi que nous nous étions fabriquée, nous n’avons plus que celle, bien plus solide, que le Seigneur nous a donnée ; et nous retrouvons notre joie et notre foi d’avant, désormais renforcées.

Conclusion : les doutes et les épreuves peuvent nous amener à perdre la foi, mais peuvent aussi la renforcer. Car, le plus souvent, doutes et épreuves sont des péripéties dans l’histoire de notre foi, qui nous amènent à remettre en cause nos idées fausses sur Dieu et à nous en débarrasser, ce qui nous fait déboucher sur une foi plus solide qu’auparavant. Mais encore faut-il que nous regardions en face les raisons qui nous font douter, de façon à trouver la réponse à notre trouble. Et, à ce moment-là, les choses s’arrangent.

Exactement comme lorsque je ne me sens pas bien : dès que je vois que j’ai mal à la tête, je prends un comprimé d’aspirine, je viens à bout de mon mal de tête et tout redevient mieux qu’avant.

Que retenir de tout cela ?

L’apparition aux disciples d’Emmaüs nous montre que le Christ ressuscité n’est plus présent de la même manière qu’avant la Passion. Il faut la foi pour le reconnaître : les yeux ne suffisent pas. Son corps est différent de son corps d’avant la Passion. Après notre résurrection, notre corps aussi sera différent. Finies les maladies et les infirmités !

Qu’est-ce qui a plongé les disciples d’Emmaüs dans le doute et le découragement ? Leurs idées fausses sur le Messie. De même, ce sont aussi nos idées fausses sur Dieu qui nous plongent dans le doute et le découragement. Mais ce doute, qui peut faire vaciller notre foi, peut aussi nous amener à une foi plus solide, puisqu’il peut nous conduire à nous débarrasser de nos idées fausses sur Dieu et de ce qui est bancal dans notre foi.

Quand nous allons sur les chemins de la vie, tristes et découragés comme les disciples d’Emmaüs, attention ! Le Seigneur pourrait bien être présent à nos côtés !

Enfin, et surtout, cet Évangile nous montre que le Christ, qui a fait marcher les disciples d’Emmaüs en faisant semblant de ne rien savoir de la Passion, ne manque pas d’humour. Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de lui demander de nous en donner un peu !

Dimanche 12 avril 2026 2e dimanche de Pâques

(Ac 2,42-47 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31)


Nous sommes à Jérusalem, au soir du jour de Pâques. Par crainte des Juifs, dont l’hostilité ne faiblit pas, les apôtres, regroupés, se sont enfermés, toutes portes closes, dans un endroit discret. Assommés par les événements tragiques qu’ils viennent de vivre — la passion et la mort du Christ sur la croix, l’ensevelissement, la mise au tombeau —, ils sont tristes et découragés. Ils avaient tant espéré que le Christ serait le Messie que tout le monde attendait. Inquiets, ils se demandent ce qu’il va se passer maintenant.

Des bruits courent. Marie de Magdala et deux disciples en route pour Emmaüs prétendent l’avoir vu ressuscité, mais ils n’en croient rien. Ils se demandent ce qu’il va se passer.

Soudain, Jésus vint : il était là, au milieu d’eux. Ils sont effrayés, bien sûr, mais avant même qu’ils ne se rendent compte de ce qui arrive, Jésus les rassure : « La paix soit avec vous. » Et, constatant qu’ils n’arrivent toujours pas à croire que c’est bien lui, il leur montre les plaies de ses mains et de son côté. Convaincus, ils laissent alors éclater leur joie !

À propos de ce récit, on peut faire trois remarques.

1°) D’abord, tous les apôtres — et pas seulement Thomas — ont eu bien du mal à croire en la résurrection.

2°) Ensuite, même s’il n’a rien d’un fantôme (les apôtres voient de leurs yeux et touchent de leurs mains les cicatrices des plaies sur son corps), le Christ n’est plus tout à fait comme avant. Il apparaît soudain au milieu de ses apôtres, alors que les portes du lieu où ils se trouvaient étaient verrouillées, et disparaît tout aussi soudainement.

Le corps ressuscité du Seigneur, même s’il est incontestablement réel — les apôtres le voient et le touchent —, est cependant différent de son corps d’avant la passion. Ceci est extrêmement important pour nous. Un jour, nous ressusciterons. Comme le Christ, nous ressusciterons avec notre corps, mais ce sera un corps nouveau. Et ceci est une immense bonne nouvelle : cela veut dire que je ne vais pas me promener dans l’éternité avec ma surdité et mon arthrose !

La vie du Christ ressuscité est différente de sa vie d’avant la passion. De même, notre existence ressuscitée sera différente de notre vie d’avant notre mort.

3°) Enfin, troisième conclusion : le Christ ressuscité envoie ses disciples en mission. Il ne leur apparaît pas seulement pour les consoler dans leur accablement. S’il leur apparaît, c’est aussi pour les envoyer en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Il souffla sur eux, reproduisant ainsi le geste primordial où le Créateur a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre (Sg 15,11). La résurrection du Christ marque le début d’une nouvelle création. Le Seigneur insuffle à ses apôtres la vie nouvelle ressuscitée et la capacité de remettre les péchés, de purifier le monde du péché.

La résurrection n’est donc pas la fin d’une histoire qui se terminerait bien, mais le début d’une ère nouvelle pour l’humanité et tout l’univers. Les hommes, qui depuis toujours avaient été créés à l’image de Dieu, sont désormais recréés en Jésus Christ ressuscité.

Et c’est cette vie nouvelle du Christ ressuscité que nous recevons au baptême. Contaminés par cette vie nouvelle, nous voilà porteurs d’une sorte de « virus », d’un « super-COVID » universel. Pourvu que nous ne maintenions pas ce virus à l’état dormant, quelque part au fond de nos cœurs ! Pourvu que nous soyons vraiment contagieux !

De même que, ce jour-là, il a envoyé ses apôtres travailler à la construction du Royaume, de même, aujourd’hui, il nous envoie.

Mais ce n’est pas facile de travailler à la construction du Royaume dans un monde qui n’en veut pas, uniquement préoccupé par la recherche du profit à tout prix et de la domination sur les autres.

Concrètement, qu’est-ce qu’il faut faire pour travailler à la construction du Royaume ? Rien de spécial. Tout simplement essayer d’apporter toujours plus de justice, de paix et de charité autour de soi, à travers nos occupations quotidiennes ordinaires.

Mais en nous attachant à bien voir le sens et la portée, devant Dieu, de ces occupations. Et cela, nous ne savons pas le faire. Nous croyons habituellement que ces activités relèvent du profane, du matériel, alors qu’elles portent en elles une dimension spirituelle qui a valeur devant Dieu.

Nous ne sommes pas n’importe qui ! La grâce de Dieu nous forme et nous transforme. Saint Paul disait aux Éphésiens : le Père fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions (Ep 2,10).

Et dans l’Évangile, le Christ nous le dit clairement : au jugement dernier, le Seigneur dira : « Venez, les bénis de mon Père… car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… » Alors les justes lui répondront : « Quand avons-nous fait cela ? » Et le Seigneur expliquera : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,34-40).

L’Évangile d’aujourd’hui nous demande une conversion précise : cesser de regarder nos travaux de tous les jours comme des tâches matérielles ou profanes, sans valeur pour Dieu. Car c’est à travers eux que le Royaume peut se construire :

1°) Quand je fabrique du pain, quand je conduis un camion, ce travail a une valeur spirituelle : je me sers des talents que Dieu m’a donnés.
2°) Mon travail peut être un service des autres : « ce que vous ferez au plus petit… »
3°) En travaillant, je participe à la création : là où il n’y avait rien, il y a désormais quelque chose.

Mais nos travaux peuvent aussi détruire le Royaume. En travaillant, je peux utiliser les dons de Dieu pour faire le mal, causer du tort ou détruire la création.

Il faut donc garder le souci de mener sa vie en prenant l’Évangile comme règle de vie. Bien des idéologies et des propagandes nous sollicitent : attention à ne pas prendre les vessies pour des lanternes… ni les lanternes pour des vessies !


Que retenir de tout cela ?

La résurrection du Christ n’est pas une sorte de « happy end », mais le début d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. Il est arrivé quelque chose à la mort : on n’en meurt plus !

Le Christ l’a bien précisé : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25-26).

D’autre part, le Christ ressuscité, ayant communiqué à ses disciples sa vie nouvelle, les envoie dans le monde continuer son œuvre de salut : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Nous aussi, dès notre baptême, nous participons à cette vie nouvelle. Et nous aussi, nous sommes envoyés pour transformer notre monde de violence, d’injustice et de haine en un Royaume de paix, de justice et de charité.

Homélie du 22 mars 2026, 5e dimanche de carême année A.

Un signe pour la foi. La résurrection de Lazare, dont nous venons d’entendre le récit, est un signe pour la foi. Et le cœur du message de cet évangile, c’est ce que dit Jésus à Marthe :

« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.

Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Et Jésus lui demande « Crois-tu cela ? »

Alors nous, qui sommes ici ce matin, croyons-nous que Jésus est la résurrection et la vie ?

Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Je crois que ce que Jésus nous montre à travers la résurrection de Lazare, c’est que la puissance de l’amour de Dieu est plus forte que la mort.

L’amour est plus fort que la mort. Comment l’amour se manifeste à travers cet évangile ? Nous voyons que Jésus nous rejoint dans nos douleurs face à la mort. Nous avons vu que par deux fois les sœurs de Lazare disent « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Et puis, les Juifs disent « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » La mort nous révolte. La mort nous dit « Mais est-ce que Dieu agit, oui ou non ? ». Et à travers ce geste, Jésus nous montre qu’il est plus fort que la mort.

Mais ce qui est frappant, c’est sa compassion, son amour qui le fait pleurer. Jésus a été homme comme nous. Et devant des gens qui pleurent, devant le tombeau de son ami, il pleure lui-même.

Lazare, c’est l’ami de Jésus. Nous tous, nous sommes les amis de Jésus, parce que nous sommes ici. On peut dire que Jésus, quelque part, pleure devant nos tombeaux.

Il pleure avec nous lorsque nous pleurons un proche, mais il pleure aussi lorsque nous ne prenons pas les chemins de la vie. Et il veut tout donner pour nous sauver de la mort.

Alors, au moment de ce miracle, il y a un échange qui se passe. On est à 15 stades de Jérusalem. Si Jésus fait ce miracle de réanimer Lazare, il sait que dans quelques jours, c’est lui qui sera dans un tombeau. Parce que faire un miracle aussi éclatant, c’est provoquer la jalousie et la peur des chefs religieux qui vont le tuer.

Donc on peut dire que Jésus, devant nos tombeaux, a choisi d’échanger les places. Il a choisi d’entrer dans nos tombeaux. Et c’est ça l’amour.

L’amour, c’est dire à quelqu’un pour moi, tu es éternel (François Varillon). Je t’aime, donc tu ne mourras pas. Et cet amour, il existe entre le Père et le Fils. Et cet amour, il est tellement fort que le Fils, qui donne sa vie, est ressuscité par le Père. Cet amour entre le Père et le Fils fait dire au Père je t’aime, tu ne mourras jamais. Et cet amour, Jésus ressuscité nous le transmet. Et c’est pour cela qu’il peut nous dire « je suis la résurrection et la vie ».

La résurrection, ce n’est pas pour demain, la résurrection c’est pour aujourd’hui. Aujourd’hui dans notre vie.

Et comment ? Comment est-ce que nous pouvons expérimenter et vivre la résurrection ? C’est par l’Esprit, ce que Saint Paul appelle la vie dans l’Esprit et qu’il oppose à l’emprise de la chair. Si nous accueillons l’Esprit en nous, l’Esprit qui est « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité douceur et maîtrise de soi ». (Ga 5,22-23), c’est déjà la vie éternelle qui est en nous.

Saint François d’Assise au moment de sa mort a été couché sur la terre nue et a chanté. C’était pour dire que pour lui la vie de l’Esprit continuait et que la mort ne serait qu’un passage.

La puissance de l’amour de Dieu, nous sort de nos tombeaux.

Est-ce que nous croyons que face à nos tombeaux, l’Esprit peut nous sortir, peut nous remettre debout, y compris dans les difficultés les plus grandes de la vie ? Est-ce que nous y croyons ?

La foi en la résurrection, c’est la condition pour que l’Esprit en nous puisse vivre.

Et vous voyez, et je terminerai par-là, lorsque Jésus est devant le tombeau, ce n’est pas lui qui enlève la pierre. Il dit « enlevez la pierre ».

Et Marthe, repond « mais Seigneur, il sent déjà c’est le quatrième jour qu’il est là », et Jésus répond, « ne te l’ais-je pas, dis, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » Et à ce moment-là, on enlève la pierre, parce que Marthe, elle croit.

Donc ce matin, Jésus nous dit, enlevez la pierre de vos cœurs pour que l’Esprit puisse y entrer et l’Esprit puisse y jaillir.

Si nous croyons, si nous croyons vraiment que Jésus est notre sauveur, qu’il nous aime, qu’il nous envoie son Esprit au quotidien dans les choses les plus simples de la vie, alors c’est déjà la vie éternelle qui est en nous. Et la mort n’est qu’un passage. Aussi dure soit-elle, elle n’est qu’un passage. Demandons la grâce de cette foi en la résurrection. Demandons la grâce d’accueillir Jésus en son Esprit qui est en nous la résurrection.

DIMANCHE 22 mars 2026 5e dim carême A


(Ez 37,12-14) – (Rm 8,8-11) – (Jn 11,1-45)

Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Tel est l’enseignement principal de cet Évangile. Mais on peut remarquer aussi :
1°) la foi persévérante des apôtres, pourtant décontenancés par les réactions de Jésus ;
2°) la confiance totale de Marthe et Marie en Jésus ;
3°) les larmes de Jésus devant le tombeau de Lazare ;
4°) la perspicacité des témoins du miracle qui, en voyant ce que Jésus avait fait, dépassent le prodige de la résurrection et croient en lui.

Saint Jean commence son récit en rapportant que Marthe et Marie envoyèrent dire à Jésus : « Celui que tu aimes est malade. » Cela veut dire : « Viens le voir. » Mais la politesse demande qu’on ne dise pas les choses directement, mais plutôt de manière détournée, par sous-entendus. Jésus décide alors de se rendre au chevet de Lazare, à Béthanie, en Judée. Les apôtres sont surpris parce que, récemment encore, en Judée, on cherchait à lapider Jésus. Ils sont encore plus surpris qu’il attende deux jours avant de se mettre en route.

Il tente de s’expliquer : « Lazare s’est endormi. » Rassurés, les apôtres réagissent : « S’il est endormi, il sera sauvé. » Sous-entendu : ce n’est plus la peine de nous déplacer. Mais Jésus explique : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons près de lui. » Les apôtres sont complètement désorientés. Thomas réagit : « Allons-y, nous aussi, et nous mourrons avec lui. » Complètement à côté de la plaque ! Mais cette réaction montre que, même s’ils ne comprennent pas bien les propos et les réactions de Jésus, ils le suivent quand même, avec une détermination sans réserve et plus forte que tous les malentendus.

Comme les apôtres, combien de fois ne sommes-nous pas désorientés par ce qui nous arrive, et nous nous demandons : pourquoi le Seigneur permet-il qu’une telle chose arrive ? Mais sommes-nous capables de la même obstination dans la confiance en lui ?

Ce qui nous impressionne aussi dans cet Évangile, c’est la foi des deux sœurs en Jésus, sûres que, s’il avait été là, leur frère ne serait pas mort. Marthe va même encore plus loin en affirmant sa conviction que, maintenant encore, tout ce qu’il demandera à Dieu, Dieu le lui accordera. Elle croit non seulement en la résurrection à la fin des temps, mais déjà elle a entière confiance que le Christ est, dès maintenant, la Résurrection et la Vie, et que celui qui croit en lui, même s’il est mort, vivra.

Et pourtant, ce n’était pas facile de croire en Jésus à cette époque où la quasi-totalité du monde clérical — les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, les lévites — et un bon nombre des pratiquants les plus assidus, les pharisiens, le considéraient comme un ennemi de la religion. Pour nous aussi, ce n’est pas facile de croire quand la plupart des gens, le dimanche matin, font leurs courses au supermarché, du jogging ou promènent leur chien au lieu d’aller à la messe. Mais avons-nous la même assurance dans notre foi que Marthe et Marie ?

Après nous avoir rapporté la profession de foi des deux sœurs de Lazare, saint Jean nous amène à l’instant certainement le plus émouvant de ce récit où Jésus, devant le tombeau de Lazare, bouleversé de voir Marthe et Marie ainsi que leurs amis en larmes, se mit à pleurer. Il savait que, dans quelques instants, il allait ramener Lazare à la vie ; mais, devant le chagrin de Marthe et Marie et de leurs amis, il a craqué et n’a pas pu retenir ses larmes.

Cela veut dire que Dieu est humain. Cela veut dire que nos peines, nos souffrances, nos épreuves, nos tristesses, aussi bien que nos moments de joie et de bonheur, il sait ce que c’est : il est passé par là avant nous. On peut parler avec un Dieu comme ça, on peut prier un Dieu comme ça.

Ce n’est pas un Dieu lointain, énigmatique, indifférent à ce qui nous arrive, qu’il faut convaincre à coups de longues prières de s’occuper de nous et de nous venir en aide : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez » (Mt 6,8), nous dit l’Évangile. Et saint Paul insiste : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’actions de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu » (Ph 4,6). Remarquez qu’il nous invite même à exprimer notre action de grâces avant même d’être exaucés ! C’est d’ailleurs ce que fait Jésus priant devant le tombeau de Lazare : avant même que la résurrection ait eu lieu, il dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais je te le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. »

Puis, s’adressant à Lazare, Jésus lui commande : « Viens dehors. » Saint Jean n’en parle pas, mais on peut imaginer la stupeur et la joie de tous en voyant Lazare rendu à la vie. Il conclut simplement : « Beaucoup de Juifs, ayant vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. » Dépassant le miracle lui-même, ils sont remontés jusqu’à celui qui l’avait accompli.

Ce qui nous invite, nous aujourd’hui, quand nous voyons, malgré tout le mal autour de nous, tout ce qu’il y a de bien dans le monde, à remonter jusqu’à Dieu agissant au milieu de nous. Car il n’y a qu’une seule source de bien : c’est Dieu. Par conséquent, chaque fois que, quelque part dans le monde, quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais savons-nous le voir ?

Que retenir de tout cela ?

Le Christ est la résurrection et la vie. Il le prouve en ramenant Lazare à la vie.
Dans cet Évangile, les maladresses des apôtres à comprendre les propos de Jésus nous consolent de nos propres difficultés à comprendre la parole de Dieu. Et leur attachement au Seigneur, malgré leurs difficultés à le suivre, est pour nous un modèle de persévérance quand notre fidélité est tentée de faiblir.

Par la vigueur de leur foi en Jésus, Marthe et Marie sont aussi des modèles pour nous.
Mais surtout, le réalisme des témoins de la résurrection de Lazare qui, ayant vu ce qu’avait fait Jésus, crurent en lui, nous invite à voir ce qu’il fait dans le monde d’aujourd’hui à travers tout ce qui se fait de bien. Car il n’y a qu’une source de bien dans le monde : c’est Dieu.

Par conséquent, chaque fois que quelqu’un, quelque part dans le monde, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais nous ne le voyons pas : très souvent, comme notre désir profond est que tout soit parfait, ce qui accroche notre attention, c’est ce qui ne va pas — le mal, les catastrophes, les malheurs — et nous avons du mal à voir le bien qui se fait, et donc la présence de l’action du Seigneur dont ce bien est le signe.

J’ai peur qu’aujourd’hui encore, il ne soit obligé de nous faire le même reproche qu’il faisait à ses disciples : « Vous avez des yeux : ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles : n’entendez-vous pas ? » (Mt 8,18). Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de prendre tous les jours un petit moment pour repérer tout ce qui s’est passé de bien dans la journée.

À chaque fois, Dieu était là. Cela vaudrait la peine de nous en apercevoir.

Dimanche 15 mars 2026, 3e dimanche de carême année A


(1 S 16, 1b.6-7.10-13a) – (Ep 5, 8-14) – (Jn 9, 1-41)

Du temps de Jésus, on pensait qu’une maladie ou une infirmité était une punition divine pour un péché commis par celui qui en souffrait ou par ses parents. C’est pourquoi, à la vue de l’aveugle-né, les apôtres demandent à Jésus qui a péché pour qu’il soit né aveugle. « Personne », leur répond Jésus ; il est né aveugle pour que se manifestent les œuvres de Dieu, c’est-à-dire pour qu’on voie, lorsque je vais lui rendre la vue, que je suis le Messie qui accomplit les œuvres de Dieu et que je suis la lumière du monde (Jn 8, 12).

Là-dessus, Jésus, avec sa salive, fait de la boue dont il enduit les yeux de l’aveugle et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Sans discuter, sans poser de questions, faisant confiance à Jésus, l’aveugle s’y rend et, au retour, il voyait. Or ceci se passait un jour de sabbat.

Cette guérison, comme tous les miracles, n’est pas simplement un geste de bonté ou un prodige : c’est un signe de la présence du Messie, comme l’avait prophétisé Isaïe : quand il viendra, les yeux des aveugles verront (Is 29, 18). Mais l’opinion publique est divisée. Certains disent : ce n’est pas l’aveugle qui est guéri, c’est quelqu’un qui lui ressemble. L’aveugle, lui, affirme : « C’est bien moi. » Les pharisiens aussi sont divisés. Les uns pensent que Jésus est un impie puisqu’il guérit le jour du sabbat ; les autres disent qu’un pécheur ne pourrait accomplir des choses pareilles. Mais, dans l’ensemble, leur hostilité envers Jésus s’accroît. Ils refusent de croire au miracle et menacent d’exclure de la synagogue ceux qui y croiraient.

Pourquoi, chez les pharisiens, une telle hostilité ? Pour deux raisons : d’abord la jalousie. Jésus gagne toujours plus d’autorité et de prestige auprès de la foule, impressionnée par la profondeur de son enseignement et par ses miracles. Avant qu’il ne commence à prêcher, c’était eux qui jouissaient de ce prestige et de cette autorité. Leur observation minutieuse de la Loi suscitait l’admiration et le respect de tous. La foule les considérait comme des maîtres. Aujourd’hui, c’est Jésus que l’on considère comme un maître. Il est donc urgent pour eux de montrer à tous que c’est un impie : il a guéri l’aveugle un jour de sabbat, c’est là faire un travail. Or on ne doit pas travailler le jour du sabbat. Donc c’est un impie.

En réalité, le but des pharisiens n’est pas de rétablir l’autorité de la Loi et le respect du sabbat, mais de déconsidérer Jésus en montrant qu’il est un impie, afin de restaurer leur prestige compromis par l’autorité croissante de Jésus.

D’autre part, les pharisiens s’opposent à Jésus et refusent de croire en lui parce qu’il les bouscule. Il dérange l’univers paisible où ils évoluent, entourés de la considération de tous. Avec les prêtres et les docteurs de la Loi, ils avaient bricolé l’Écriture et la Tradition pour se fabriquer une interprétation de la religion à leur pointure, qui ne les dérange pas trop, et ils voulaient s’en tenir là. Ils ne peuvent pas accepter ce Jésus qui vient bouleverser leur tranquillité.

Nous autres aujourd’hui, sans être des pharisiens caractérisés, nous sommes parfois, comme eux, dérangés par le Christ qui bouscule nos habitudes. Nous prétendons bien mener notre vie à notre guise, sans que personne ne vienne se mettre en travers. Dostoïevski disait : « Ô Christ, tu es venu pour nous gêner ! »

Il gêne notre orgueil : nous ne sommes plus les maîtres, c’est sa parole qui devient l’inspiratrice de notre vie. Il gêne notre égoïsme : avec lui, il faut s’occuper des autres, alors que nous n’arrivons déjà pas à nous accorder toutes nos aises. Malgré toutes les facilités et le confort que nous apportent les progrès de notre époque — voitures, téléphone, ordinateurs, internet — nous n’arrivons pas à venir à bout de tout ce que nous avons à faire ni à réaliser tous nos projets. Nous sommes alors tentés de trouver que le Christ, l’Évangile, la religion nous compliquent l’existence et viennent alourdir le poids déjà si lourd de nos multiples obligations.

Mais surtout le Christ nous gêne parce qu’il est toujours en mouvement. Quand les gens de Capharnaüm essayent de le retenir, il refuse et leur dit : « Aux autres villes aussi, il me faut annoncer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu » (Lc 4, 43). Lorsqu’il présente le message évangélique dans le Sermon sur la montagne, à six reprises il répète : « Vous avez appris qu’il a été dit… et moi, je vous dis » (Mt 5).

De même que la source emmène l’eau toujours plus loin, de même le Christ nous emmène toujours plus loin dans la connaissance et le service de Dieu. Si la source n’emmène plus l’eau un peu plus loin, c’est qu’elle est tarie. Si notre foi et notre pratique religieuse cessent de nous emmener plus avant, c’est qu’elles sont figées et proches de la mort. Si ça ne bouge plus, c’est mort. Quelqu’un disait avec humour : « La consigne du Christ, c’est : stationnement interdit ! »

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » (Gn 12, 1). C’est ainsi qu’a débuté l’histoire de la foi avec Abraham. Et, dans l’Évangile, le Christ relance le même message : « Celui qui veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mc 8, 34).

Se renoncer, c’est être prêt aussi à renoncer à ses habitudes, à ses idées, même bonnes, pour en adopter de meilleures. On est chrétien depuis sa petite enfance, très bien. Tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, c’est très bien, à condition que cela ne s’arrête pas. Les traditions constituent une sorte de tremplin qui donne de l’élan pour aller plus loin. On s’appuie dessus pour aller plus loin. Le tremplin cesse d’être un tremplin si on ne s’en sert plus pour aller plus loin : ce n’est plus qu’un petit tas de planches. Les traditions cessent d’être des traditions si elles ne servent plus à nous emmener plus loin. Elles ne sont plus que des fétichismes ridicules, encombrants, inutiles.

Que retenir de tout cela ?

Jésus rend la vue à l’aveugle-né. Il le fait passer des ténèbres à la lumière des yeux, mais aussi des ténèbres à la lumière de la foi. Jésus est la lumière du monde qui éclaire nos yeux, mais aussi nos cœurs. Le Christ, lumière du monde, est la seule clarté à la lumière de laquelle on puisse voir tout le sens, toute la richesse, toute la noblesse de la vie humaine. Est-ce que cela nous intéresse ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre que cette lumière, il faut aller la chercher, comme l’aveugle-né qui va à la piscine de Siloé, car c’est celui qui marche à ma suite qui aura la lumière qui conduit à la vie, nous dit le Seigneur dans l’Évangile de saint Jean (Jn 8, 12).

Mais surtout cet Évangile nous montre que notre marche à la suite du Christ est à poursuivre sans arrêt, en résistant à la tentation de s’arrêter là où l’on en est et de s’installer dans la tiédeur d’une médiocrité paresseuse.

Permettez-moi de vous citer, en terminant, la déclaration d’une responsable du Congrès mondial méthodiste de 1965 qui, parlant de l’Église épouse de Dieu, explique cela avec humour.

L’Église, épouse de Dieu

L’Église, épouse de Dieu, comme une bonne femme un peu popote, est exposée à la tentation de vouloir s’installer. Elle fait son trou pour s’y nicher, elle, ses enfants et ses casseroles. Et, mine de rien, sans rien dire à personne, elle décide de réformer son mari, de le domestiquer, de le retenir là où elle est et où elle entend demeurer.

Fixer Dieu à ce qui a été, c’est l’essence de la religion ; et la religion, voilà l’origine de la dépravation des relations du mariage entre Dieu et l’Église. On ne peut pas attacher Dieu. Il est libre, il est missionnaire, pionnier, explorateur ; c’est celui qui franchit les frontières, le créateur de ce qui n’a jamais existé auparavant. Il ébranle tout statu quo. Il arrache les jours passés du calendrier du monde, si bien que chaque époque est une époque nouvelle, et chaque aujourd’hui une aventure nouvelle vers un avenir que personne n’a jamais exploré.

Dieu, c’est un époux très turbulent. Il est toujours en mouvement. Il est toujours à appeler sa femme pour qu’elle l’accompagne. Mais l’Église sait, dans le fond de son cœur, que c’est dangereux de quitter ses positions bien établies, à la sécurité assurée, pour suivre son Seigneur. On peut y laisser sa peau, à aller là où Dieu veut aller et à faire ce que Dieu veut faire.

Où veut-il aller ? Que veut-il faire ? Certains, bigots, font comme si tout ce qu’il voulait, c’était d’aller à l’église. Bien sûr qu’il y va à l’église, juste ce qu’il faut pour causer un peu avec sa femme, lui accorder l’attention, la compréhension profonde et intime d’un bon mari qui aime sa femme. Et puis, toujours trop tôt pour elle, le voilà qui dit : « Allez, tu viens, on s’en va, on a du travail. »

Et il sort tellement vite et dans une direction tellement inattendue que, les trois quarts du temps, la pauvre fille reste là, bouche bée, à essayer d’empêcher ses jupes de voler dans le courant d’air créé par les allées et venues du Seigneur. Dans les milieux bien informés, on appelle ce courant d’air : le souffle du Saint-Esprit.

Voilà. À nous de choisir. Notre choix sera peut-être celui de la femme de Lot : nous détourner de l’avenir, statues de sel pétrifiées, figées, qui par là même paralysent tout. Ou, au contraire — plaise à Dieu qu’il en soit ainsi — notre choix sera celui de l’épouse de Dieu. Nous nous laisserons entraîner de l’avant, sans crainte, prêts à laisser tomber tous les appuis, tous les systèmes, jusqu’à nous perdre nous-mêmes pour devenir ce que le Christ nous appelle à être : le sel qui donne sa saveur à la vie du monde.

(D’après Stuart Coles, cité par Pauline Webb, vice-présidente du Congrès mondial méthodiste de 1965.)

(

3e dimanche de carême année A, 8 mars 2026.

L’eau, c’est la vie !

Cette petite phrase de Laurent m’a réconcilié avec la pluie. L’eau, c’est la vie en effet : notre corps est composé en grande partie d’eau et, si nous restons trop longtemps sans boire, nous mourons rapidement.

Dans l’Évangile de Jean, qui utilise souvent les choses de la vie courante pour nous parler des réalités d’en haut, cette soif est le symbole d’une autre soif : une soif d’infini qui habite notre cœur. Une soif tellement grande que nous ne la connaissons jamais entièrement et qui se manifeste par d’autres soifs : la soif de l’affection, la soif de la sécurité, la soif de la reconnaissance, la soif d’être compris, la soif de donner la vie, la soif de la paix.

Toutes ces soifs, nous pouvons les combler pendant un moment. Mais très vite, une autre surgit du puits sans fond qu’est notre cœur.

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait saint Augustin.
Il n’y a finalement que Dieu qui peut étancher la soif de notre cœur, car Dieu est toujours nouveau. Dieu est le jaillissement de la vie.

Et Jésus, dans l’Évangile, fait accéder la Samaritaine à ce jaillissement de vie.

Voilà une femme que la soif d’affection a conduite à avoir cinq maris, qui vit maintenant avec un homme qui n’est pas son mari. Elle vient puiser de l’eau à l’heure la plus chaude pour ne rencontrer personne, pour n’être pas regardée en coin, pour n’être pas l’objet des moqueries et des cancans.
Une femme seule.

Jésus, comme nous, a soif physiquement et s’assoit pour se reposer. Il ne devrait pas s’adresser à une femme, et encore moins à une Samaritaine. Mais il a soif de faire naître en elle la source jaillissante. Et cette soif est plus forte que les conventions sociales.

Cette soif le conduira d’ailleurs à donner sa vie. Et sur la croix, il dira encore : « J’ai soif. »
Il donnera sa vie pour que jaillisse de son cœur l’eau vive et qu’elle jaillisse aussi dans notre cœur.

Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine commence par un quiproquo. Jésus lui parle d’eau vive et la femme reste au niveau matériel. Elle pense à une eau qui éviterait de revenir au puits.

Alors Jésus va la conduire plus profondément, dans les profondeurs de son cœur. Il lui rappelle ses soifs d’affection successives, jamais comblées. Mais il le fait avec délicatesse. Il souligne même qu’elle dit vrai lorsqu’elle affirme qu’elle n’a pas de mari.

Peu à peu, quelque chose se dégage en elle. Puis Jésus se révèle à elle comme le Messie.

Alors elle court vers les gens du village pour leur parler de cet homme qui pourrait bien être le Messie. Et détail magnifique : elle laisse sa cruche. Elle est venue pour puiser de l’eau… et voilà que la source a jailli en elle.

Mais comment son cœur a-t-il été dégagé des pierres et du sable qui l’obstruaient ?

Par la foi.

Cette foi dont saint Paul nous dit qu’elle « nous donne accès à la grâce », c’est-à-dire à la source de l’amour qui a été répandue dans nos cœurs : l’Esprit Saint.

La foi ouvre notre cœur à la relation avec Jésus. Et Jésus nous donne l’Esprit, cette source intérieure qui ne cesse de jaillir et qui nous pousse aussi à le faire connaître.

Dans la première lecture, les Hébreux, soumis à la soif et menacés de mort dans le désert, mettent Dieu à l’épreuve en disant :
« Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Qui d’entre nous ne s’est pas posé cette question aux heures sombres de la vie ?

Oui, le Seigneur est au milieu de nous. Il est, par l’Esprit reçu à notre baptême, présent au fond de notre cœur.

Si nous connaissons l’épreuve des différentes soifs, il est avec nous pour nous aider à tout traverser. Il est celui qui ne finit jamais de jaillir en nous. Il est celui qui nous donne l’énergie, qui nous fait vivre la surprise de nous sentir bien et d’avancer.

Alors rendons grâce à Dieu pour l’Esprit, sa vie même, qui ne demande qu’à jaillir et à se faire connaître à tous les hommes.

La soif de Jésus de la faire jaillir est contagieuse.

Loué sois-tu, Seigneur.

Dimanche 8 Mars 2026 3e dimanche de carême

(Ex.17,3-7) (Rm 5,1-2,5-8) (Jn 4, 5-42)

Quittant la Judée au sud de la Palestine, pour rejoindre la Galilée au Nord, Jésus traverse la Samarie. Il est midi. Il fait chaud. Fatigué il s’assied au bord d’un puits. Les disciples sont partis au village acheter de quoi manger. Arrive une femme qui vient puiser. Jésus s’adresse à elle : Donne moi à boire. La femme s’étonne : Comment ! toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ! C’est que les Juifs et les Samaritains ne se parlaient pas. Ces derniers avaient construit leur propre temple à Samarie et ne montaient plus prier au Temple de Jérusalem. Ils étaient regardés par les Juifs comme des schismatiques qu’on ne pouvait fréquenter sous peine d’encourir une impureté légale. La Samaritaine s’étonne donc que Jésus transgresse l’interdit et lui adresse la parole. Jésus n’interrompt pas la conversation pour autant, il continue l’échange en lui disant que si elle savait à qui elle a affaire, c’est elle qui lui demanderait à boire et il lui donnerait de l’eau vive. Avec bon sens, elle lui fait remarquer : comment pourrais-tu me donner à boire, tu n’as ni seau ni corde pour puiser ! Mais Jésus rétorque : Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif et cette eau deviendra en lui source d’eau jaillissante pour la vie éternelle. Là-dessus, la femme, tout-à-fait à l’aise, lui demande sur un ton enjoué de lui donner de cette eau-là, cela lui éviterait la corvée d’aller puiser tous les jours. Sûre d’elle la Samaritaine domine le dialogue, croyant avoir affaire à un original inoffensif.Mais un rebondissement imprévu se produit : Jésus lui demande d’aller chercher son mari. Un peu embarrassée, elle répond qu’elle n’a pas de mari. Et stupéfaite, elle entend alors Jésus lui retracer toute son histoire avec ses cinq maris. Impressionnée et sans doute un peu effrayée, elle n’a plus du tout envie de plaisanter. Il va alors se produire quelque chose de tout-à-fait anormal. Normalement, après que le Seigneur lui ait manifesté qu’il connaissait son parcours avec ses cinq maris, elle aurait dû être embarrassée, gênée, honteuse. Sa réaction aurait dû être de s’enfuir et d’aller se cacher. Mais elle reste là et très respectueusement elle s’adresse à Jésus en lui donnant le titre de Seigneur : Seigneur, je vois que tu es un prophète.Pourquoi est-elle restée ? C’est que Jésus ne l’a pas condamnée. Il l’a traitée avec bonté. Pour nous un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal et nous nous détournons de lui. Pour Jésus aussi un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, mais c’est également quelqu’un qui peut encore se convertir, Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) Devant la bonté de Jésus qui ne la repousse pas, la Samaritaine, dans la joie d’être pardonnée, est toute retournée, elle qui est habituée à voir les gens se détourner d’elle avec mépris. Elle confie à Jésus qu’elle est prête à retourner prier à Jérusalem, mais celui-ci lui fait comprendre qu’il ne suffit pas de changer de paroisse, mais que c’est son cœur qu’il faut changer. Et comme elle explique au Seigneur qu’elle attend le Messie qui fera connaître toute chose, celui-ci lui dit : Je le suis, moi qui te parle. A ce moment-là les disciples arrivent. Voyant Jésus en conversation avec la Samaritaine, ils sont choqués de cette violation des usages : normalement un Juif ne reste pas seul à causer avec une femme, surtout une Samaritaine, mais ils n’osent pas intervenir. Ils voient bien qu’il se passe quelque chose de pas ordinaire. D’autant que Jésus ne veut pas manger, il prétend qu’il a à manger une nourriture qu’ils ne connaissent pas. Au milieu du silence qui s’est installé, la femme, laissant tout le monde là, s’en va, bouleversée, dire aux gens du village : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? Elle veut partager avec eux sa joie et son bonheur. Jésus ne l’a pas humiliée, il l’a relevée, il ne l’a pas rejetée, il l’a accueillie, Il ne l’a pas méprisée il l’a libérée. Elle se sent à nouveau comme tout le monde, réintégrée dans la société. C’est cela qu’elle veut aller partager à tous, au village. Une conversion débouche toujours dans la joie. Si nous avions compris cela, nos confessions seraient bien moins pénibles. Quand nous allons nous confesser, nous sommes tellement vexés et humiliés par nos péchés que nous ne pensons qu’à l’aveu de nos fautes et nous oublions le reste, au point que nous prêtons peu ou pas d’attention au pardon qui nous est donné. Savez-vous que parfois des pénitents venus se confesser repartent après avoir confessé leurs péchés, sans attendre de recevoir le pardon. Cela m’est arrivé. Je leur donnais l’absolution dans le dos, en catastrophe !! C’est d’autant plus dommage que le pardon reçu dans le sacrement de réconciliation n’est pas seulement quelque chose qui efface les péchés comme un coup de chiffon enlève la poussière sur le dessus d’un meuble. Il efface les péchés, oui, mais surtout, il nous change en profondeur comme le dit déjà le prophète Ezechiel, il nous donne un cœur nouveau, un esprit nouveau. Ce n’est pas quelque chose qui est tourné vers le passé, vers les péchés commis, mais vers le futur, vers la conversion, vers un redémarrage à neuf Le pardon du sacrement de réconciliation opère une re-création :Le pécheur pardonné est un être nouveau, avec un cœur nouveau et un esprit nouveau. En malgache on dit que le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre. Une chose pareille, ça se fête. De plus en plus actuellement, on organise les cérémonies de confessions dans le cadre d’une soirée de louange. Cela convient tout-à-fait. Transformés par le pardon sacramentel, nous sommes réintégrés dans la famille du Père dont nous nous étions éloignés, en même temps que nous sommes rendus plus forts pour résister aux tentations. La Samaritaine a vivement ressenti à quel point Jésus l’avait re-créée. Elle a voulu partager sa joie avec les habitants de son village.Le Seigneur avait dit à la Samaritaine : L’eau vive que je donne devient en celui qui la boit source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. Cette parole est en train de se réaliser en elle qui devient source d’eau jaillissante pour les gens de son village qu’elle amène à puiser auprès de Jésus la vie éternelle. La pécheresse publique rejetée par tout le monde, la voici devenue prédicateur de la foi, annonçant la Bonne Nouvelle autour d’elle. Que retenir de tout cela ?Cet évangile nous invite à regarder les autres, comme le Christ le fait. Pour lui un pécheur ce n’est pas quelqu’un qui a fait le mal. Donc il faudrait le condamner et se détourner de lui avec dégoût. Pour le Christ, un pécheur, c’est quelqu’un qu’il faut tirer du mal où il s’est enfoncé et le réintégrer dans le monde de justice qu’il a abandonné. Poussé par son amour infini, le Seigneur pardonne, d’un pardon qui n’est pas comme un coup de chiffon qui enlève la poussière sur le dessus d’un meuble, le pardon du Seigneur nous régénère, nous renouvelle en profondeur, car lorsqu’il nous pardonne, le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre, son pardon opérant ainsi en nous une véritable re-création. Emerveillé l’auteur du livre du livre de la Sagesse disait déjà : Oui tu aimes tous les êtres et tu n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu aimes tous les êtres parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sagesse 12,24-26)