Dimanche 19 avril 2026, 3e dim de Pâques A


(Ac 14, 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35)

Cette apparition du Christ aux disciples d’Emmaüs nous apprend bien des choses sur la résurrection, celle du Christ et la nôtre à venir, et sur la manière originale du Ressuscité de se manifester à ses disciples.

Ce qui, tout de suite, saute aux yeux, c’est que le Christ ressuscité se montre sous l’apparence de quelqu’un comme tout le monde. Il n’apparaît pas en gloire comme au jour de la Transfiguration. Les disciples d’Emmaüs le prennent pour un passant comme un autre. Ils causent avec lui comme ils le feraient avec n’importe qui. Celui qui est ressuscité au matin de Pâques, ce n’est pas seulement sa divinité : son corps aussi est ressuscité. Les apôtres peuvent voir ce corps de leurs yeux, le toucher de leurs mains. Le Christ ressuscité n’est absolument pas un fantôme ni un esprit quelconque.

Pourtant, le corps du Christ ressuscité n’est pas tout à fait comme son corps d’avant la Passion. Le Christ apparaît soudainement à leurs côtés sur la route et disparaît tout d’un coup, après avoir béni, rompu et partagé le pain avec eux à l’auberge. « Il disparut à leurs regards », nous dit l’Évangile, sans passer par la porte pour sortir. Le corps du Christ ressuscité est un corps nouveau. Nous aussi, quand nous ressusciterons, nous aurons un corps nouveau. C’est une sacrée bonne nouvelle, parce que cela nous donne toutes les raisons de croire que nous ne traînerons pas dans l’éternité nos maladies et nos infirmités. Tout ça, ce sera terminé !

Mais je voudrais surtout vous parler de la manière originale avec laquelle Jésus se manifeste aux disciples d’Emmaüs. Ils vont, sur le chemin, profondément tristes, accablés par la Passion et la mort du Christ dont ils viennent d’être témoins. Jésus leur demande : « De quoi discutez-vous en chemin ? » Tout tristes, ils s’arrêtent : « Tu es bien le seul à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci ! » Faisant semblant de ne pas être au courant, il leur demande : « Quels événements ? » Et il les laisse tranquillement lui raconter sa Passion !

Jésus marche avec eux sur le chemin d’Emmaüs. Mais est-ce qu’il n’est pas aussi en train de les faire marcher sur le chemin d’Emmaüs ? Est-ce qu’il n’est pas en train de se moquer d’eux, gentiment, sans méchanceté, bien sûr ? Mais alors, Jésus aurait de l’humour ? Je n’ai jamais entendu parler de ça, jamais vu aucune trace de ça dans aucun commentaire d’Évangile, jamais vu aucune représentation du Christ en train de rire ou de sourire. Est-ce que c’est normal ? Qu’est-ce que vous en pensez ?… La religion, c’est sérieux : on ne rit pas avec ces choses-là, d’accord. Mais ce n’est pas une raison pour nous imaginer Dieu comme un personnage toujours austère, qui ne rit jamais ou, comme disait le pape François, « avec une tête de carême sans Pâques ».

Comment l’imaginons-nous, notre Dieu ? Il y a une quarantaine d’années, en France, on a surnommé quelqu’un « Dieu ». Vous rappelez-vous qui c’était ? C’était M. Mitterrand, le président de la République. On estimait : voilà quelqu’un qui a le bon profil pour représenter Dieu. Il a l’air tout à fait sérieux, c’est quelqu’un de distingué, cultivé, instruit : costume croisé, nœud de cravate impeccable, pantalon au pli irréprochable, la démarche imposante, un peu pontifiant… Jésus Christ, à côté, avec sa tenue de charpentier de village… ça fait un peu minable. Pourtant, c’est lui, le vrai.

Conclusion : méfions-nous de nos idées sur Dieu, de la façon dont nous l’imaginons. Nous avons chacun notre manière de nous représenter Dieu. Nous sommes obligés de faire avec, nous n’avons que cela à quoi nous raccrocher, mais que ce soit clair : notre façon de le voir n’est jamais la bonne. Soyons toujours prêts à la modifier. Et surtout, demandons au Seigneur de nous révéler, toujours davantage, comment il est vraiment.

Les disciples d’Emmaüs : qu’est-ce qui empêchait leurs yeux de le reconnaître ? C’est qu’ils se trompaient sur la personne du Christ-Messie, ils le prenaient pour un autre. D’ailleurs, ils le disent : « Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. » Ils croyaient ne plus croire au Christ comme Messie, alors que c’est en leurs idées sur le Christ-Messie, vu comme libérateur rendant l’indépendance politique à Israël, qu’ils ne croyaient plus. Jésus n’a aucun mal à leur faire découvrir ce qu’il est vraiment.

Tout heureux et le cœur brûlant, tandis qu’il leur explique les Écritures, ils retiennent Jésus pour souper avec eux, afin d’en entendre davantage. Et quand ils ont enfin reconnu Jésus, ils courent vite à Jérusalem partager avec les apôtres leur joie et leur foi, désormais bien plus fortes qu’avant.

Nous autres, aujourd’hui, nous sommes souvent comme les disciples d’Emmaüs. Après l’épreuve de la Passion, leur foi s’effondre. Nous aussi, après une épreuve — par exemple une grosse déception, quand le Seigneur n’a pas exaucé une de nos prières —, découragés, notre foi vacille. Le Seigneur a pourtant dit : « Demandez, et vous recevrez » (Jn 16, 24). Alors, pourquoi notre prière n’est-elle pas exaucée ? Nous sommes déçus, découragés. Notre foi est-elle morte pour autant ? Il faudrait y regarder de plus près.

D’abord, le Seigneur n’a jamais dit : « Demandez et vous recevrez ce que vous avez demandé. » Il a seulement dit : « Demandez, et vous recevrez. » En fait, ce n’est pas notre foi en Dieu qui est morte, mais notre foi dans nos idées sur Dieu. Et quand, par la suite, une parole d’Écriture ou un événement qui survient nous ramène dans la pleine vérité, alors, comme les disciples d’Emmaüs, débarrassés de la foi que nous nous étions fabriquée, nous n’avons plus que celle, bien plus solide, que le Seigneur nous a donnée ; et nous retrouvons notre joie et notre foi d’avant, désormais renforcées.

Conclusion : les doutes et les épreuves peuvent nous amener à perdre la foi, mais peuvent aussi la renforcer. Car, le plus souvent, doutes et épreuves sont des péripéties dans l’histoire de notre foi, qui nous amènent à remettre en cause nos idées fausses sur Dieu et à nous en débarrasser, ce qui nous fait déboucher sur une foi plus solide qu’auparavant. Mais encore faut-il que nous regardions en face les raisons qui nous font douter, de façon à trouver la réponse à notre trouble. Et, à ce moment-là, les choses s’arrangent.

Exactement comme lorsque je ne me sens pas bien : dès que je vois que j’ai mal à la tête, je prends un comprimé d’aspirine, je viens à bout de mon mal de tête et tout redevient mieux qu’avant.

Que retenir de tout cela ?

L’apparition aux disciples d’Emmaüs nous montre que le Christ ressuscité n’est plus présent de la même manière qu’avant la Passion. Il faut la foi pour le reconnaître : les yeux ne suffisent pas. Son corps est différent de son corps d’avant la Passion. Après notre résurrection, notre corps aussi sera différent. Finies les maladies et les infirmités !

Qu’est-ce qui a plongé les disciples d’Emmaüs dans le doute et le découragement ? Leurs idées fausses sur le Messie. De même, ce sont aussi nos idées fausses sur Dieu qui nous plongent dans le doute et le découragement. Mais ce doute, qui peut faire vaciller notre foi, peut aussi nous amener à une foi plus solide, puisqu’il peut nous conduire à nous débarrasser de nos idées fausses sur Dieu et de ce qui est bancal dans notre foi.

Quand nous allons sur les chemins de la vie, tristes et découragés comme les disciples d’Emmaüs, attention ! Le Seigneur pourrait bien être présent à nos côtés !

Enfin, et surtout, cet Évangile nous montre que le Christ, qui a fait marcher les disciples d’Emmaüs en faisant semblant de ne rien savoir de la Passion, ne manque pas d’humour. Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de lui demander de nous en donner un peu !

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