(Ac 2,42-47 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31)
Nous sommes à Jérusalem, au soir du jour de Pâques. Par crainte des Juifs, dont l’hostilité ne faiblit pas, les apôtres, regroupés, se sont enfermés, toutes portes closes, dans un endroit discret. Assommés par les événements tragiques qu’ils viennent de vivre — la passion et la mort du Christ sur la croix, l’ensevelissement, la mise au tombeau —, ils sont tristes et découragés. Ils avaient tant espéré que le Christ serait le Messie que tout le monde attendait. Inquiets, ils se demandent ce qu’il va se passer maintenant.
Des bruits courent. Marie de Magdala et deux disciples en route pour Emmaüs prétendent l’avoir vu ressuscité, mais ils n’en croient rien. Ils se demandent ce qu’il va se passer.
Soudain, Jésus vint : il était là, au milieu d’eux. Ils sont effrayés, bien sûr, mais avant même qu’ils ne se rendent compte de ce qui arrive, Jésus les rassure : « La paix soit avec vous. » Et, constatant qu’ils n’arrivent toujours pas à croire que c’est bien lui, il leur montre les plaies de ses mains et de son côté. Convaincus, ils laissent alors éclater leur joie !
À propos de ce récit, on peut faire trois remarques.
1°) D’abord, tous les apôtres — et pas seulement Thomas — ont eu bien du mal à croire en la résurrection.
2°) Ensuite, même s’il n’a rien d’un fantôme (les apôtres voient de leurs yeux et touchent de leurs mains les cicatrices des plaies sur son corps), le Christ n’est plus tout à fait comme avant. Il apparaît soudain au milieu de ses apôtres, alors que les portes du lieu où ils se trouvaient étaient verrouillées, et disparaît tout aussi soudainement.
Le corps ressuscité du Seigneur, même s’il est incontestablement réel — les apôtres le voient et le touchent —, est cependant différent de son corps d’avant la passion. Ceci est extrêmement important pour nous. Un jour, nous ressusciterons. Comme le Christ, nous ressusciterons avec notre corps, mais ce sera un corps nouveau. Et ceci est une immense bonne nouvelle : cela veut dire que je ne vais pas me promener dans l’éternité avec ma surdité et mon arthrose !
La vie du Christ ressuscité est différente de sa vie d’avant la passion. De même, notre existence ressuscitée sera différente de notre vie d’avant notre mort.
3°) Enfin, troisième conclusion : le Christ ressuscité envoie ses disciples en mission. Il ne leur apparaît pas seulement pour les consoler dans leur accablement. S’il leur apparaît, c’est aussi pour les envoyer en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
Il souffla sur eux, reproduisant ainsi le geste primordial où le Créateur a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre (Sg 15,11). La résurrection du Christ marque le début d’une nouvelle création. Le Seigneur insuffle à ses apôtres la vie nouvelle ressuscitée et la capacité de remettre les péchés, de purifier le monde du péché.
La résurrection n’est donc pas la fin d’une histoire qui se terminerait bien, mais le début d’une ère nouvelle pour l’humanité et tout l’univers. Les hommes, qui depuis toujours avaient été créés à l’image de Dieu, sont désormais recréés en Jésus Christ ressuscité.
Et c’est cette vie nouvelle du Christ ressuscité que nous recevons au baptême. Contaminés par cette vie nouvelle, nous voilà porteurs d’une sorte de « virus », d’un « super-COVID » universel. Pourvu que nous ne maintenions pas ce virus à l’état dormant, quelque part au fond de nos cœurs ! Pourvu que nous soyons vraiment contagieux !
De même que, ce jour-là, il a envoyé ses apôtres travailler à la construction du Royaume, de même, aujourd’hui, il nous envoie.
Mais ce n’est pas facile de travailler à la construction du Royaume dans un monde qui n’en veut pas, uniquement préoccupé par la recherche du profit à tout prix et de la domination sur les autres.
Concrètement, qu’est-ce qu’il faut faire pour travailler à la construction du Royaume ? Rien de spécial. Tout simplement essayer d’apporter toujours plus de justice, de paix et de charité autour de soi, à travers nos occupations quotidiennes ordinaires.
Mais en nous attachant à bien voir le sens et la portée, devant Dieu, de ces occupations. Et cela, nous ne savons pas le faire. Nous croyons habituellement que ces activités relèvent du profane, du matériel, alors qu’elles portent en elles une dimension spirituelle qui a valeur devant Dieu.
Nous ne sommes pas n’importe qui ! La grâce de Dieu nous forme et nous transforme. Saint Paul disait aux Éphésiens : le Père fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions (Ep 2,10).
Et dans l’Évangile, le Christ nous le dit clairement : au jugement dernier, le Seigneur dira : « Venez, les bénis de mon Père… car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… » Alors les justes lui répondront : « Quand avons-nous fait cela ? » Et le Seigneur expliquera : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,34-40).
L’Évangile d’aujourd’hui nous demande une conversion précise : cesser de regarder nos travaux de tous les jours comme des tâches matérielles ou profanes, sans valeur pour Dieu. Car c’est à travers eux que le Royaume peut se construire :
1°) Quand je fabrique du pain, quand je conduis un camion, ce travail a une valeur spirituelle : je me sers des talents que Dieu m’a donnés.
2°) Mon travail peut être un service des autres : « ce que vous ferez au plus petit… »
3°) En travaillant, je participe à la création : là où il n’y avait rien, il y a désormais quelque chose.
Mais nos travaux peuvent aussi détruire le Royaume. En travaillant, je peux utiliser les dons de Dieu pour faire le mal, causer du tort ou détruire la création.
Il faut donc garder le souci de mener sa vie en prenant l’Évangile comme règle de vie. Bien des idéologies et des propagandes nous sollicitent : attention à ne pas prendre les vessies pour des lanternes… ni les lanternes pour des vessies !
Que retenir de tout cela ?
La résurrection du Christ n’est pas une sorte de « happy end », mais le début d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. Il est arrivé quelque chose à la mort : on n’en meurt plus !
Le Christ l’a bien précisé : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25-26).
D’autre part, le Christ ressuscité, ayant communiqué à ses disciples sa vie nouvelle, les envoie dans le monde continuer son œuvre de salut : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
Nous aussi, dès notre baptême, nous participons à cette vie nouvelle. Et nous aussi, nous sommes envoyés pour transformer notre monde de violence, d’injustice et de haine en un Royaume de paix, de justice et de charité.
Merci pour cette très belle homélie ,très concrète, qui me redonne courage pour essayer de parler de Jésus ,de communiquer ,de faire un peu d' »apostolat » ,ce n’est pas facile il me faut vaincre mes peurs