Dimanche 11 Octobre 2026 28e dim. T.O. – messe malgache
(Isaïe 25, 6-10a) — (Ph 4, 12-14.19-20) — (Mt 22, 1-14)
Le sens de la parabole des noces était clair pour les auditeurs de Jésus. Depuis toujours, l’Écriture présentait le salut comme les noces du Seigneur avec l’humanité. Devant le refus des Juifs de se rendre au festin, eux qui étaient pourtant les premiers invités, le maître du festin envoie ses serviteurs convier tout le monde et n’importe qui, les mauvais comme les bons. Nous autres, aujourd’hui, nous sommes ce « tout le monde et n’importe qui », les mauvais comme les bons, venant de partout, appelés par le Seigneur.
C’était difficile pour les auditeurs de Jésus d’accepter cet universalisme. Comme Dieu avait fait alliance avec leur ancêtre Abraham et avec le peuple juif, ils se croyaient les seuls auxquels Yahvé s’intéressait. Ils en tiraient un sentiment de supériorité et méprisaient facilement les autres nations. Aujourd’hui, je crois qu’on peut dire que les chrétiens ne sont guère tentés par un tel nationalisme. (Nous sommes plutôt heureux et fiers quand nos voisins à la messe sont des gens de couleur.) Et le souvenir de vieux cantiques comme « Catholiques et Français toujours » nous fait seulement rire de bon cœur.
Pourtant, nous sommes un peu gênés en pensant que le Seigneur accueille absolument tout le monde, tandis que chacun de nous « a ses têtes », comme on dit. On ne rejette pas vraiment les autres, on ne les exclut pas absolument, mais il y a un tas de gens autour de moi que j’évite, avec lesquels je suis mal à l’aise, qui m’énervent, que j’ai du mal à supporter. Et, un peu honteux, je me demande : mais comment fait-il, le Seigneur, pour supporter tout le monde et s’intéresser à tout le monde ?
On dirait qu’il suffit d’un petit rien de bon grain chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup d’ivraie, pour qu’il l’aime et s’intéresse à lui, tandis que nous, c’est le contraire : il suffit d’un petit rien d’ivraie chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup de bon grain, pour qu’on le rejette.
Et quand il nous accueille et s’intéresse à chacun, ce n’est pas pour nous dire un petit bonjour en passant : il prend le temps, jour après jour, de nous former, de nous transformer. Appelant ses premiers disciples, il leur dit explicitement : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mc 1, 17). Et saint Paul renchérit : « Le Seigneur a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus-Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions » (cf. Ep 2, 10). Et c’est vrai : ces modestes pêcheurs plus ou moins illettrés, il les a formés et ils sont devenus les audacieux apôtres que nous connaissons.
Évidemment, nous sommes tentés de dire : pour eux, c’était facile ; ils voyaient Jésus de leurs yeux et entendaient son enseignement de leurs oreilles, tandis que nous, comment repérer son action en nous ? Nous ne le voyons pas de nos yeux, nous ne l’entendons pas de nos oreilles. C’est vrai. Cependant, il n’est pas loin. En quittant ses apôtres, il leur a dit : « Et moi, je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). Il parle directement à notre intelligence et à notre cœur, mais nous ne faisons pas attention. Et sa parole nous échappe.
Pourquoi ? J’ai peur que, derrière notre manque d’attention, il y ait un manque de foi : nous ne croyons pas que le Seigneur nous parle. Par une humilité déplacée et coupable, nous pensons que nous ne sommes pas dignes, qu’il ne s’occupe pas de gens aussi insignifiants que nous. Il y a là, de notre part, une faute très grave : fa tsy mijery tavan’olona ny Tompo.
Si vous demandez à n’importe quel bon chrétien : « Quand est-ce que le Seigneur vous a parlé pour la dernière fois ? », embarrassé, il reste sans réponse. Par contre, si vous lui demandez : « Quand est-ce que le démon vous a parlé, vous a tenté pour la dernière fois ? », il trouvera assez facilement une réponse. C’est tout de même dommage.
Si nous croyons que le démon nous parle pour nous tenter de faire le mal, pourquoi ne pas croire aussi que le Seigneur nous parle, lui aussi, pour nous inviter à faire le bien, surtout qu’il nous assure solennellement : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).
Mais comment est-il présent au milieu de nous ? Par les sacrements, en particulier par le baptême, qui nous donne la vie de Dieu, et la confirmation, qui nous communique l’Esprit Saint.
Mais où, quand et comment peut-on prendre conscience de cette présence et de cette action du Seigneur en nous, et les ressentir ? C’est à travers le flux de nos pensées, de nos sentiments et de nos mouvements intérieurs que nous pouvons saisir cette action du Seigneur. Par conséquent, il faut veiller constamment afin de repérer, chaque jour, dans le flux de nos pensées, de nos sentiments et de nos mouvements intérieurs, ce qui vient du Seigneur.
Ce n’est pas facile, c’est vrai. Souvent, nous ne nous apercevons pas qu’il intervient. Même les apôtres ne s’en rendaient pas compte. Regardez dans l’Évangile : lorsque Jésus demande à ses apôtres : « Pour vous, qui suis-je ? », Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus reprend alors : « Heureux es-tu, Simon, […] car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux » (cf. Mt 16, 15-17). Mais Pierre ne s’était rendu compte de rien. Il croyait que c’était lui qui avait trouvé ça tout seul.
C’est curieux ! Quand nous faisons quelque chose de mal, nous sommes capables de reconnaître sans trop de difficultés : « Le démon m’a poussé. » Mais quand il s’agit du bien, il ne nous viendrait pas à l’idée de penser : « Le Seigneur m’a aidé. » Nous pensons que cela vient entièrement de nous. Attention ! Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent, chaque fois que quelqu’un, quelque part dans le monde, pense, dit ou fait quelque chose de bien, le Seigneur est là, présent, en train d’agir.
Peut-être que, là encore, nous manquons de foi. Avec une humilité déplacée et coupable, nous nous disons que le Seigneur ne peut pas s’intéresser à des gens ordinaires comme nous. C’est une offense grave envers le Seigneur qui, dans son amour, s’adresse toujours d’abord aux petites gens.
Dans Isaïe, il nous disait déjà : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit » (cf. Is 66, 1-2). Et dans l’Évangile, nous voyons que le Christ, loin de fréquenter les gens importants, l’élite, est toujours avec les pécheurs et les petites gens, parmi lesquels il choisira ses apôtres.
Alors, si c’est vrai que chaque fois que je pense, que je dis ou que je fais quelque chose de bien, Dieu est là, en train d’agir en moi, que faut-il faire ?
Tout simplement, relever dans ma journée tout ce que j’ai pensé, dit ou fait de bien, tout ce que les autres autour de nous ont fait de bien. Et là, on prend Dieu sur le fait. Amin’izay tratra am-body omby Izy !
Que retenir de tout cela ?
Le Seigneur nous a appelés. Chaque jour, il est avec nous pour nous former à être ses disciples, mais nous ne savons pas voir sa présence et son action parmi nous.
Bien que nous soyons pécheurs, il nous arrive de penser, de dire ou de faire des choses bien. C’est là que le Seigneur est avec nous, car il n’y a qu’une source de bien dans le monde : c’est Dieu. Donc, chaque fois que je pense, dis ou fais quelque chose de bien, Dieu est avec moi.
Je vous propose donc, pendant quelques instants de silence, de réfléchir à tout ce que nous avons fait de bien ces jours-ci, à tout ce que les autres autour de nous ont fait de bien. Nous offrirons tout cela dans l’action de grâces au Seigneur.
En ce moment, il y a beaucoup de désordres dans le monde qui nous entoure, en particulier avec les grèves. Mais, soyons honnêtes, il n’y a pas que des casseurs. Pensons à tous ceux qui, partout, y compris au cœur de ces mouvements, œuvrent pour qu’il y ait davantage de justice, de paix et d’entente entre tous, et offrons tout cela au Seigneur dans l’action de grâces.