François Battez

Dimanche 12 avril 2026 2e dimanche de Pâques

(Ac 2,42-47 ; 1 P 1,3-9 ; Jn 20,19-31)


Nous sommes à Jérusalem, au soir du jour de Pâques. Par crainte des Juifs, dont l’hostilité ne faiblit pas, les apôtres, regroupés, se sont enfermés, toutes portes closes, dans un endroit discret. Assommés par les événements tragiques qu’ils viennent de vivre — la passion et la mort du Christ sur la croix, l’ensevelissement, la mise au tombeau —, ils sont tristes et découragés. Ils avaient tant espéré que le Christ serait le Messie que tout le monde attendait. Inquiets, ils se demandent ce qu’il va se passer maintenant.

Des bruits courent. Marie de Magdala et deux disciples en route pour Emmaüs prétendent l’avoir vu ressuscité, mais ils n’en croient rien. Ils se demandent ce qu’il va se passer.

Soudain, Jésus vint : il était là, au milieu d’eux. Ils sont effrayés, bien sûr, mais avant même qu’ils ne se rendent compte de ce qui arrive, Jésus les rassure : « La paix soit avec vous. » Et, constatant qu’ils n’arrivent toujours pas à croire que c’est bien lui, il leur montre les plaies de ses mains et de son côté. Convaincus, ils laissent alors éclater leur joie !

À propos de ce récit, on peut faire trois remarques.

1°) D’abord, tous les apôtres — et pas seulement Thomas — ont eu bien du mal à croire en la résurrection.

2°) Ensuite, même s’il n’a rien d’un fantôme (les apôtres voient de leurs yeux et touchent de leurs mains les cicatrices des plaies sur son corps), le Christ n’est plus tout à fait comme avant. Il apparaît soudain au milieu de ses apôtres, alors que les portes du lieu où ils se trouvaient étaient verrouillées, et disparaît tout aussi soudainement.

Le corps ressuscité du Seigneur, même s’il est incontestablement réel — les apôtres le voient et le touchent —, est cependant différent de son corps d’avant la passion. Ceci est extrêmement important pour nous. Un jour, nous ressusciterons. Comme le Christ, nous ressusciterons avec notre corps, mais ce sera un corps nouveau. Et ceci est une immense bonne nouvelle : cela veut dire que je ne vais pas me promener dans l’éternité avec ma surdité et mon arthrose !

La vie du Christ ressuscité est différente de sa vie d’avant la passion. De même, notre existence ressuscitée sera différente de notre vie d’avant notre mort.

3°) Enfin, troisième conclusion : le Christ ressuscité envoie ses disciples en mission. Il ne leur apparaît pas seulement pour les consoler dans leur accablement. S’il leur apparaît, c’est aussi pour les envoyer en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Il souffla sur eux, reproduisant ainsi le geste primordial où le Créateur a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre (Sg 15,11). La résurrection du Christ marque le début d’une nouvelle création. Le Seigneur insuffle à ses apôtres la vie nouvelle ressuscitée et la capacité de remettre les péchés, de purifier le monde du péché.

La résurrection n’est donc pas la fin d’une histoire qui se terminerait bien, mais le début d’une ère nouvelle pour l’humanité et tout l’univers. Les hommes, qui depuis toujours avaient été créés à l’image de Dieu, sont désormais recréés en Jésus Christ ressuscité.

Et c’est cette vie nouvelle du Christ ressuscité que nous recevons au baptême. Contaminés par cette vie nouvelle, nous voilà porteurs d’une sorte de « virus », d’un « super-COVID » universel. Pourvu que nous ne maintenions pas ce virus à l’état dormant, quelque part au fond de nos cœurs ! Pourvu que nous soyons vraiment contagieux !

De même que, ce jour-là, il a envoyé ses apôtres travailler à la construction du Royaume, de même, aujourd’hui, il nous envoie.

Mais ce n’est pas facile de travailler à la construction du Royaume dans un monde qui n’en veut pas, uniquement préoccupé par la recherche du profit à tout prix et de la domination sur les autres.

Concrètement, qu’est-ce qu’il faut faire pour travailler à la construction du Royaume ? Rien de spécial. Tout simplement essayer d’apporter toujours plus de justice, de paix et de charité autour de soi, à travers nos occupations quotidiennes ordinaires.

Mais en nous attachant à bien voir le sens et la portée, devant Dieu, de ces occupations. Et cela, nous ne savons pas le faire. Nous croyons habituellement que ces activités relèvent du profane, du matériel, alors qu’elles portent en elles une dimension spirituelle qui a valeur devant Dieu.

Nous ne sommes pas n’importe qui ! La grâce de Dieu nous forme et nous transforme. Saint Paul disait aux Éphésiens : le Père fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions (Ep 2,10).

Et dans l’Évangile, le Christ nous le dit clairement : au jugement dernier, le Seigneur dira : « Venez, les bénis de mon Père… car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger… » Alors les justes lui répondront : « Quand avons-nous fait cela ? » Et le Seigneur expliquera : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,34-40).

L’Évangile d’aujourd’hui nous demande une conversion précise : cesser de regarder nos travaux de tous les jours comme des tâches matérielles ou profanes, sans valeur pour Dieu. Car c’est à travers eux que le Royaume peut se construire :

1°) Quand je fabrique du pain, quand je conduis un camion, ce travail a une valeur spirituelle : je me sers des talents que Dieu m’a donnés.
2°) Mon travail peut être un service des autres : « ce que vous ferez au plus petit… »
3°) En travaillant, je participe à la création : là où il n’y avait rien, il y a désormais quelque chose.

Mais nos travaux peuvent aussi détruire le Royaume. En travaillant, je peux utiliser les dons de Dieu pour faire le mal, causer du tort ou détruire la création.

Il faut donc garder le souci de mener sa vie en prenant l’Évangile comme règle de vie. Bien des idéologies et des propagandes nous sollicitent : attention à ne pas prendre les vessies pour des lanternes… ni les lanternes pour des vessies !


Que retenir de tout cela ?

La résurrection du Christ n’est pas une sorte de « happy end », mais le début d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. Il est arrivé quelque chose à la mort : on n’en meurt plus !

Le Christ l’a bien précisé : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25-26).

D’autre part, le Christ ressuscité, ayant communiqué à ses disciples sa vie nouvelle, les envoie dans le monde continuer son œuvre de salut : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Nous aussi, dès notre baptême, nous participons à cette vie nouvelle. Et nous aussi, nous sommes envoyés pour transformer notre monde de violence, d’injustice et de haine en un Royaume de paix, de justice et de charité.

DIMANCHE 22 mars 2026 5e dim carême A


(Ez 37,12-14) – (Rm 8,8-11) – (Jn 11,1-45)

Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Tel est l’enseignement principal de cet Évangile. Mais on peut remarquer aussi :
1°) la foi persévérante des apôtres, pourtant décontenancés par les réactions de Jésus ;
2°) la confiance totale de Marthe et Marie en Jésus ;
3°) les larmes de Jésus devant le tombeau de Lazare ;
4°) la perspicacité des témoins du miracle qui, en voyant ce que Jésus avait fait, dépassent le prodige de la résurrection et croient en lui.

Saint Jean commence son récit en rapportant que Marthe et Marie envoyèrent dire à Jésus : « Celui que tu aimes est malade. » Cela veut dire : « Viens le voir. » Mais la politesse demande qu’on ne dise pas les choses directement, mais plutôt de manière détournée, par sous-entendus. Jésus décide alors de se rendre au chevet de Lazare, à Béthanie, en Judée. Les apôtres sont surpris parce que, récemment encore, en Judée, on cherchait à lapider Jésus. Ils sont encore plus surpris qu’il attende deux jours avant de se mettre en route.

Il tente de s’expliquer : « Lazare s’est endormi. » Rassurés, les apôtres réagissent : « S’il est endormi, il sera sauvé. » Sous-entendu : ce n’est plus la peine de nous déplacer. Mais Jésus explique : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons près de lui. » Les apôtres sont complètement désorientés. Thomas réagit : « Allons-y, nous aussi, et nous mourrons avec lui. » Complètement à côté de la plaque ! Mais cette réaction montre que, même s’ils ne comprennent pas bien les propos et les réactions de Jésus, ils le suivent quand même, avec une détermination sans réserve et plus forte que tous les malentendus.

Comme les apôtres, combien de fois ne sommes-nous pas désorientés par ce qui nous arrive, et nous nous demandons : pourquoi le Seigneur permet-il qu’une telle chose arrive ? Mais sommes-nous capables de la même obstination dans la confiance en lui ?

Ce qui nous impressionne aussi dans cet Évangile, c’est la foi des deux sœurs en Jésus, sûres que, s’il avait été là, leur frère ne serait pas mort. Marthe va même encore plus loin en affirmant sa conviction que, maintenant encore, tout ce qu’il demandera à Dieu, Dieu le lui accordera. Elle croit non seulement en la résurrection à la fin des temps, mais déjà elle a entière confiance que le Christ est, dès maintenant, la Résurrection et la Vie, et que celui qui croit en lui, même s’il est mort, vivra.

Et pourtant, ce n’était pas facile de croire en Jésus à cette époque où la quasi-totalité du monde clérical — les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, les lévites — et un bon nombre des pratiquants les plus assidus, les pharisiens, le considéraient comme un ennemi de la religion. Pour nous aussi, ce n’est pas facile de croire quand la plupart des gens, le dimanche matin, font leurs courses au supermarché, du jogging ou promènent leur chien au lieu d’aller à la messe. Mais avons-nous la même assurance dans notre foi que Marthe et Marie ?

Après nous avoir rapporté la profession de foi des deux sœurs de Lazare, saint Jean nous amène à l’instant certainement le plus émouvant de ce récit où Jésus, devant le tombeau de Lazare, bouleversé de voir Marthe et Marie ainsi que leurs amis en larmes, se mit à pleurer. Il savait que, dans quelques instants, il allait ramener Lazare à la vie ; mais, devant le chagrin de Marthe et Marie et de leurs amis, il a craqué et n’a pas pu retenir ses larmes.

Cela veut dire que Dieu est humain. Cela veut dire que nos peines, nos souffrances, nos épreuves, nos tristesses, aussi bien que nos moments de joie et de bonheur, il sait ce que c’est : il est passé par là avant nous. On peut parler avec un Dieu comme ça, on peut prier un Dieu comme ça.

Ce n’est pas un Dieu lointain, énigmatique, indifférent à ce qui nous arrive, qu’il faut convaincre à coups de longues prières de s’occuper de nous et de nous venir en aide : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez » (Mt 6,8), nous dit l’Évangile. Et saint Paul insiste : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’actions de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu » (Ph 4,6). Remarquez qu’il nous invite même à exprimer notre action de grâces avant même d’être exaucés ! C’est d’ailleurs ce que fait Jésus priant devant le tombeau de Lazare : avant même que la résurrection ait eu lieu, il dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais je te le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. »

Puis, s’adressant à Lazare, Jésus lui commande : « Viens dehors. » Saint Jean n’en parle pas, mais on peut imaginer la stupeur et la joie de tous en voyant Lazare rendu à la vie. Il conclut simplement : « Beaucoup de Juifs, ayant vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. » Dépassant le miracle lui-même, ils sont remontés jusqu’à celui qui l’avait accompli.

Ce qui nous invite, nous aujourd’hui, quand nous voyons, malgré tout le mal autour de nous, tout ce qu’il y a de bien dans le monde, à remonter jusqu’à Dieu agissant au milieu de nous. Car il n’y a qu’une seule source de bien : c’est Dieu. Par conséquent, chaque fois que, quelque part dans le monde, quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais savons-nous le voir ?

Que retenir de tout cela ?

Le Christ est la résurrection et la vie. Il le prouve en ramenant Lazare à la vie.
Dans cet Évangile, les maladresses des apôtres à comprendre les propos de Jésus nous consolent de nos propres difficultés à comprendre la parole de Dieu. Et leur attachement au Seigneur, malgré leurs difficultés à le suivre, est pour nous un modèle de persévérance quand notre fidélité est tentée de faiblir.

Par la vigueur de leur foi en Jésus, Marthe et Marie sont aussi des modèles pour nous.
Mais surtout, le réalisme des témoins de la résurrection de Lazare qui, ayant vu ce qu’avait fait Jésus, crurent en lui, nous invite à voir ce qu’il fait dans le monde d’aujourd’hui à travers tout ce qui se fait de bien. Car il n’y a qu’une source de bien dans le monde : c’est Dieu.

Par conséquent, chaque fois que quelqu’un, quelque part dans le monde, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais nous ne le voyons pas : très souvent, comme notre désir profond est que tout soit parfait, ce qui accroche notre attention, c’est ce qui ne va pas — le mal, les catastrophes, les malheurs — et nous avons du mal à voir le bien qui se fait, et donc la présence de l’action du Seigneur dont ce bien est le signe.

J’ai peur qu’aujourd’hui encore, il ne soit obligé de nous faire le même reproche qu’il faisait à ses disciples : « Vous avez des yeux : ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles : n’entendez-vous pas ? » (Mt 8,18). Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de prendre tous les jours un petit moment pour repérer tout ce qui s’est passé de bien dans la journée.

À chaque fois, Dieu était là. Cela vaudrait la peine de nous en apercevoir.

Dimanche 15 mars 2026, 3e dimanche de carême année A


(1 S 16, 1b.6-7.10-13a) – (Ep 5, 8-14) – (Jn 9, 1-41)

Du temps de Jésus, on pensait qu’une maladie ou une infirmité était une punition divine pour un péché commis par celui qui en souffrait ou par ses parents. C’est pourquoi, à la vue de l’aveugle-né, les apôtres demandent à Jésus qui a péché pour qu’il soit né aveugle. « Personne », leur répond Jésus ; il est né aveugle pour que se manifestent les œuvres de Dieu, c’est-à-dire pour qu’on voie, lorsque je vais lui rendre la vue, que je suis le Messie qui accomplit les œuvres de Dieu et que je suis la lumière du monde (Jn 8, 12).

Là-dessus, Jésus, avec sa salive, fait de la boue dont il enduit les yeux de l’aveugle et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Sans discuter, sans poser de questions, faisant confiance à Jésus, l’aveugle s’y rend et, au retour, il voyait. Or ceci se passait un jour de sabbat.

Cette guérison, comme tous les miracles, n’est pas simplement un geste de bonté ou un prodige : c’est un signe de la présence du Messie, comme l’avait prophétisé Isaïe : quand il viendra, les yeux des aveugles verront (Is 29, 18). Mais l’opinion publique est divisée. Certains disent : ce n’est pas l’aveugle qui est guéri, c’est quelqu’un qui lui ressemble. L’aveugle, lui, affirme : « C’est bien moi. » Les pharisiens aussi sont divisés. Les uns pensent que Jésus est un impie puisqu’il guérit le jour du sabbat ; les autres disent qu’un pécheur ne pourrait accomplir des choses pareilles. Mais, dans l’ensemble, leur hostilité envers Jésus s’accroît. Ils refusent de croire au miracle et menacent d’exclure de la synagogue ceux qui y croiraient.

Pourquoi, chez les pharisiens, une telle hostilité ? Pour deux raisons : d’abord la jalousie. Jésus gagne toujours plus d’autorité et de prestige auprès de la foule, impressionnée par la profondeur de son enseignement et par ses miracles. Avant qu’il ne commence à prêcher, c’était eux qui jouissaient de ce prestige et de cette autorité. Leur observation minutieuse de la Loi suscitait l’admiration et le respect de tous. La foule les considérait comme des maîtres. Aujourd’hui, c’est Jésus que l’on considère comme un maître. Il est donc urgent pour eux de montrer à tous que c’est un impie : il a guéri l’aveugle un jour de sabbat, c’est là faire un travail. Or on ne doit pas travailler le jour du sabbat. Donc c’est un impie.

En réalité, le but des pharisiens n’est pas de rétablir l’autorité de la Loi et le respect du sabbat, mais de déconsidérer Jésus en montrant qu’il est un impie, afin de restaurer leur prestige compromis par l’autorité croissante de Jésus.

D’autre part, les pharisiens s’opposent à Jésus et refusent de croire en lui parce qu’il les bouscule. Il dérange l’univers paisible où ils évoluent, entourés de la considération de tous. Avec les prêtres et les docteurs de la Loi, ils avaient bricolé l’Écriture et la Tradition pour se fabriquer une interprétation de la religion à leur pointure, qui ne les dérange pas trop, et ils voulaient s’en tenir là. Ils ne peuvent pas accepter ce Jésus qui vient bouleverser leur tranquillité.

Nous autres aujourd’hui, sans être des pharisiens caractérisés, nous sommes parfois, comme eux, dérangés par le Christ qui bouscule nos habitudes. Nous prétendons bien mener notre vie à notre guise, sans que personne ne vienne se mettre en travers. Dostoïevski disait : « Ô Christ, tu es venu pour nous gêner ! »

Il gêne notre orgueil : nous ne sommes plus les maîtres, c’est sa parole qui devient l’inspiratrice de notre vie. Il gêne notre égoïsme : avec lui, il faut s’occuper des autres, alors que nous n’arrivons déjà pas à nous accorder toutes nos aises. Malgré toutes les facilités et le confort que nous apportent les progrès de notre époque — voitures, téléphone, ordinateurs, internet — nous n’arrivons pas à venir à bout de tout ce que nous avons à faire ni à réaliser tous nos projets. Nous sommes alors tentés de trouver que le Christ, l’Évangile, la religion nous compliquent l’existence et viennent alourdir le poids déjà si lourd de nos multiples obligations.

Mais surtout le Christ nous gêne parce qu’il est toujours en mouvement. Quand les gens de Capharnaüm essayent de le retenir, il refuse et leur dit : « Aux autres villes aussi, il me faut annoncer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu » (Lc 4, 43). Lorsqu’il présente le message évangélique dans le Sermon sur la montagne, à six reprises il répète : « Vous avez appris qu’il a été dit… et moi, je vous dis » (Mt 5).

De même que la source emmène l’eau toujours plus loin, de même le Christ nous emmène toujours plus loin dans la connaissance et le service de Dieu. Si la source n’emmène plus l’eau un peu plus loin, c’est qu’elle est tarie. Si notre foi et notre pratique religieuse cessent de nous emmener plus avant, c’est qu’elles sont figées et proches de la mort. Si ça ne bouge plus, c’est mort. Quelqu’un disait avec humour : « La consigne du Christ, c’est : stationnement interdit ! »

« Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » (Gn 12, 1). C’est ainsi qu’a débuté l’histoire de la foi avec Abraham. Et, dans l’Évangile, le Christ relance le même message : « Celui qui veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Mc 8, 34).

Se renoncer, c’est être prêt aussi à renoncer à ses habitudes, à ses idées, même bonnes, pour en adopter de meilleures. On est chrétien depuis sa petite enfance, très bien. Tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, c’est très bien, à condition que cela ne s’arrête pas. Les traditions constituent une sorte de tremplin qui donne de l’élan pour aller plus loin. On s’appuie dessus pour aller plus loin. Le tremplin cesse d’être un tremplin si on ne s’en sert plus pour aller plus loin : ce n’est plus qu’un petit tas de planches. Les traditions cessent d’être des traditions si elles ne servent plus à nous emmener plus loin. Elles ne sont plus que des fétichismes ridicules, encombrants, inutiles.

Que retenir de tout cela ?

Jésus rend la vue à l’aveugle-né. Il le fait passer des ténèbres à la lumière des yeux, mais aussi des ténèbres à la lumière de la foi. Jésus est la lumière du monde qui éclaire nos yeux, mais aussi nos cœurs. Le Christ, lumière du monde, est la seule clarté à la lumière de laquelle on puisse voir tout le sens, toute la richesse, toute la noblesse de la vie humaine. Est-ce que cela nous intéresse ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous montre que cette lumière, il faut aller la chercher, comme l’aveugle-né qui va à la piscine de Siloé, car c’est celui qui marche à ma suite qui aura la lumière qui conduit à la vie, nous dit le Seigneur dans l’Évangile de saint Jean (Jn 8, 12).

Mais surtout cet Évangile nous montre que notre marche à la suite du Christ est à poursuivre sans arrêt, en résistant à la tentation de s’arrêter là où l’on en est et de s’installer dans la tiédeur d’une médiocrité paresseuse.

Permettez-moi de vous citer, en terminant, la déclaration d’une responsable du Congrès mondial méthodiste de 1965 qui, parlant de l’Église épouse de Dieu, explique cela avec humour.

L’Église, épouse de Dieu

L’Église, épouse de Dieu, comme une bonne femme un peu popote, est exposée à la tentation de vouloir s’installer. Elle fait son trou pour s’y nicher, elle, ses enfants et ses casseroles. Et, mine de rien, sans rien dire à personne, elle décide de réformer son mari, de le domestiquer, de le retenir là où elle est et où elle entend demeurer.

Fixer Dieu à ce qui a été, c’est l’essence de la religion ; et la religion, voilà l’origine de la dépravation des relations du mariage entre Dieu et l’Église. On ne peut pas attacher Dieu. Il est libre, il est missionnaire, pionnier, explorateur ; c’est celui qui franchit les frontières, le créateur de ce qui n’a jamais existé auparavant. Il ébranle tout statu quo. Il arrache les jours passés du calendrier du monde, si bien que chaque époque est une époque nouvelle, et chaque aujourd’hui une aventure nouvelle vers un avenir que personne n’a jamais exploré.

Dieu, c’est un époux très turbulent. Il est toujours en mouvement. Il est toujours à appeler sa femme pour qu’elle l’accompagne. Mais l’Église sait, dans le fond de son cœur, que c’est dangereux de quitter ses positions bien établies, à la sécurité assurée, pour suivre son Seigneur. On peut y laisser sa peau, à aller là où Dieu veut aller et à faire ce que Dieu veut faire.

Où veut-il aller ? Que veut-il faire ? Certains, bigots, font comme si tout ce qu’il voulait, c’était d’aller à l’église. Bien sûr qu’il y va à l’église, juste ce qu’il faut pour causer un peu avec sa femme, lui accorder l’attention, la compréhension profonde et intime d’un bon mari qui aime sa femme. Et puis, toujours trop tôt pour elle, le voilà qui dit : « Allez, tu viens, on s’en va, on a du travail. »

Et il sort tellement vite et dans une direction tellement inattendue que, les trois quarts du temps, la pauvre fille reste là, bouche bée, à essayer d’empêcher ses jupes de voler dans le courant d’air créé par les allées et venues du Seigneur. Dans les milieux bien informés, on appelle ce courant d’air : le souffle du Saint-Esprit.

Voilà. À nous de choisir. Notre choix sera peut-être celui de la femme de Lot : nous détourner de l’avenir, statues de sel pétrifiées, figées, qui par là même paralysent tout. Ou, au contraire — plaise à Dieu qu’il en soit ainsi — notre choix sera celui de l’épouse de Dieu. Nous nous laisserons entraîner de l’avant, sans crainte, prêts à laisser tomber tous les appuis, tous les systèmes, jusqu’à nous perdre nous-mêmes pour devenir ce que le Christ nous appelle à être : le sel qui donne sa saveur à la vie du monde.

(D’après Stuart Coles, cité par Pauline Webb, vice-présidente du Congrès mondial méthodiste de 1965.)

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Dimanche 8 Mars 2026 3e dimanche de carême

(Ex.17,3-7) (Rm 5,1-2,5-8) (Jn 4, 5-42)

Quittant la Judée au sud de la Palestine, pour rejoindre la Galilée au Nord, Jésus traverse la Samarie. Il est midi. Il fait chaud. Fatigué il s’assied au bord d’un puits. Les disciples sont partis au village acheter de quoi manger. Arrive une femme qui vient puiser. Jésus s’adresse à elle : Donne moi à boire. La femme s’étonne : Comment ! toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ! C’est que les Juifs et les Samaritains ne se parlaient pas. Ces derniers avaient construit leur propre temple à Samarie et ne montaient plus prier au Temple de Jérusalem. Ils étaient regardés par les Juifs comme des schismatiques qu’on ne pouvait fréquenter sous peine d’encourir une impureté légale. La Samaritaine s’étonne donc que Jésus transgresse l’interdit et lui adresse la parole. Jésus n’interrompt pas la conversation pour autant, il continue l’échange en lui disant que si elle savait à qui elle a affaire, c’est elle qui lui demanderait à boire et il lui donnerait de l’eau vive. Avec bon sens, elle lui fait remarquer : comment pourrais-tu me donner à boire, tu n’as ni seau ni corde pour puiser ! Mais Jésus rétorque : Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif et cette eau deviendra en lui source d’eau jaillissante pour la vie éternelle. Là-dessus, la femme, tout-à-fait à l’aise, lui demande sur un ton enjoué de lui donner de cette eau-là, cela lui éviterait la corvée d’aller puiser tous les jours. Sûre d’elle la Samaritaine domine le dialogue, croyant avoir affaire à un original inoffensif.Mais un rebondissement imprévu se produit : Jésus lui demande d’aller chercher son mari. Un peu embarrassée, elle répond qu’elle n’a pas de mari. Et stupéfaite, elle entend alors Jésus lui retracer toute son histoire avec ses cinq maris. Impressionnée et sans doute un peu effrayée, elle n’a plus du tout envie de plaisanter. Il va alors se produire quelque chose de tout-à-fait anormal. Normalement, après que le Seigneur lui ait manifesté qu’il connaissait son parcours avec ses cinq maris, elle aurait dû être embarrassée, gênée, honteuse. Sa réaction aurait dû être de s’enfuir et d’aller se cacher. Mais elle reste là et très respectueusement elle s’adresse à Jésus en lui donnant le titre de Seigneur : Seigneur, je vois que tu es un prophète.Pourquoi est-elle restée ? C’est que Jésus ne l’a pas condamnée. Il l’a traitée avec bonté. Pour nous un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal et nous nous détournons de lui. Pour Jésus aussi un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, mais c’est également quelqu’un qui peut encore se convertir, Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) Devant la bonté de Jésus qui ne la repousse pas, la Samaritaine, dans la joie d’être pardonnée, est toute retournée, elle qui est habituée à voir les gens se détourner d’elle avec mépris. Elle confie à Jésus qu’elle est prête à retourner prier à Jérusalem, mais celui-ci lui fait comprendre qu’il ne suffit pas de changer de paroisse, mais que c’est son cœur qu’il faut changer. Et comme elle explique au Seigneur qu’elle attend le Messie qui fera connaître toute chose, celui-ci lui dit : Je le suis, moi qui te parle. A ce moment-là les disciples arrivent. Voyant Jésus en conversation avec la Samaritaine, ils sont choqués de cette violation des usages : normalement un Juif ne reste pas seul à causer avec une femme, surtout une Samaritaine, mais ils n’osent pas intervenir. Ils voient bien qu’il se passe quelque chose de pas ordinaire. D’autant que Jésus ne veut pas manger, il prétend qu’il a à manger une nourriture qu’ils ne connaissent pas. Au milieu du silence qui s’est installé, la femme, laissant tout le monde là, s’en va, bouleversée, dire aux gens du village : Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? Elle veut partager avec eux sa joie et son bonheur. Jésus ne l’a pas humiliée, il l’a relevée, il ne l’a pas rejetée, il l’a accueillie, Il ne l’a pas méprisée il l’a libérée. Elle se sent à nouveau comme tout le monde, réintégrée dans la société. C’est cela qu’elle veut aller partager à tous, au village. Une conversion débouche toujours dans la joie. Si nous avions compris cela, nos confessions seraient bien moins pénibles. Quand nous allons nous confesser, nous sommes tellement vexés et humiliés par nos péchés que nous ne pensons qu’à l’aveu de nos fautes et nous oublions le reste, au point que nous prêtons peu ou pas d’attention au pardon qui nous est donné. Savez-vous que parfois des pénitents venus se confesser repartent après avoir confessé leurs péchés, sans attendre de recevoir le pardon. Cela m’est arrivé. Je leur donnais l’absolution dans le dos, en catastrophe !! C’est d’autant plus dommage que le pardon reçu dans le sacrement de réconciliation n’est pas seulement quelque chose qui efface les péchés comme un coup de chiffon enlève la poussière sur le dessus d’un meuble. Il efface les péchés, oui, mais surtout, il nous change en profondeur comme le dit déjà le prophète Ezechiel, il nous donne un cœur nouveau, un esprit nouveau. Ce n’est pas quelque chose qui est tourné vers le passé, vers les péchés commis, mais vers le futur, vers la conversion, vers un redémarrage à neuf Le pardon du sacrement de réconciliation opère une re-création :Le pécheur pardonné est un être nouveau, avec un cœur nouveau et un esprit nouveau. En malgache on dit que le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre. Une chose pareille, ça se fête. De plus en plus actuellement, on organise les cérémonies de confessions dans le cadre d’une soirée de louange. Cela convient tout-à-fait. Transformés par le pardon sacramentel, nous sommes réintégrés dans la famille du Père dont nous nous étions éloignés, en même temps que nous sommes rendus plus forts pour résister aux tentations. La Samaritaine a vivement ressenti à quel point Jésus l’avait re-créée. Elle a voulu partager sa joie avec les habitants de son village.Le Seigneur avait dit à la Samaritaine : L’eau vive que je donne devient en celui qui la boit source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. Cette parole est en train de se réaliser en elle qui devient source d’eau jaillissante pour les gens de son village qu’elle amène à puiser auprès de Jésus la vie éternelle. La pécheresse publique rejetée par tout le monde, la voici devenue prédicateur de la foi, annonçant la Bonne Nouvelle autour d’elle. Que retenir de tout cela ?Cet évangile nous invite à regarder les autres, comme le Christ le fait. Pour lui un pécheur ce n’est pas quelqu’un qui a fait le mal. Donc il faudrait le condamner et se détourner de lui avec dégoût. Pour le Christ, un pécheur, c’est quelqu’un qu’il faut tirer du mal où il s’est enfoncé et le réintégrer dans le monde de justice qu’il a abandonné. Poussé par son amour infini, le Seigneur pardonne, d’un pardon qui n’est pas comme un coup de chiffon qui enlève la poussière sur le dessus d’un meuble, le pardon du Seigneur nous régénère, nous renouvelle en profondeur, car lorsqu’il nous pardonne, le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre, son pardon opérant ainsi en nous une véritable re-création. Emerveillé l’auteur du livre du livre de la Sagesse disait déjà : Oui tu aimes tous les êtres et tu n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu aimes tous les êtres parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sagesse 12,24-26)

Dimanche 1er mars 2026 – 2e dimanche de carême

(Genèse 12,1-4a) – (Deuxième épître à Timothée 1,8b-10) – (Évangile selon Matthieu 17,1-9)

Dans l’Évangile, d’habitude, le Christ est fort discret : il cache ses pouvoirs divins. Il vient au monde à l’écart, dans un petit village de rien du tout : Bethléem. Il grandit dans l’anonymat de Nazareth, une bourgade sans importance. Lorsqu’il guérit un malade, la plupart du temps, il l’emmène à l’écart et lui interdit de parler de sa guérison. Lorsque le démon lui propose un coup de publicité phénoménal — se laisser tomber du haut du Temple et atterrir sans dommage sur le parvis au milieu de la foule — il refuse. Alors pourquoi, aujourd’hui, se prête-t-il à cette mise en scène spectaculaire, où il apparaît transfiguré à trois de ses apôtres en présence de Moïse et Élie ?

On peut penser qu’il veut renforcer la foi de ses apôtres, fortement ébranlés par l’annonce qu’il vient de leur faire : il faut que le Fils de l’homme soit rejeté par les Anciens, mis à mort et que, le troisième jour, il ressuscite (Mc 8,31). Cela les avait profondément découragés. C’est probablement pourquoi Jésus a décidé d’emmener avec lui sur la montagne Pierre, Jacques et Jean, les plus influents du groupe des Douze, et de se montrer à eux dans sa gloire afin de les réconforter, pour qu’ils puissent soutenir tout le groupe dans les moments difficiles qui les attendent.

Que s’est-il passé exactement ? Pendant qu’il priait, le visage de Jésus devint brillant comme le soleil et ses vêtements blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Ragaillardis et tout heureux, Pierre, Jacques et Jean envisagent de s’installer dans des abris qu’ils construiraient à la hâte. Mais un nouveau miracle se produit. À la transfiguration du Christ succède maintenant une manifestation de Dieu, une théophanie : une nuée lumineuse les couvrit de son ombre… Dans la Bible, l’apparition d’une nuée manifeste la présence de Dieu. Souvenez-vous : dans l’Exode, le Seigneur, présent dans la nuée, guide son peuple sur le chemin de la Terre promise (Ex 13,21). Et voici que, de la nuée, une voix se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le. » Les apôtres, effrayés, tombèrent face contre terre. Mais Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte. »

On s’attendrait à ce qu’il leur dise : « Vous avez vu ? Vous avez entendu ? Eh bien, maintenant, allez raconter cela à tout le monde. » Or, au contraire, il leur donne l’ordre de ne révéler cela à personne jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. Pourquoi ? Parce que si Pierre, Jacques et Jean racontent à tout le monde qu’ils ont vu Jésus dans sa gloire, les gens vont être confortés dans leurs conceptions fausses de Dieu, qu’ils sont tentés d’imaginer comme un être de gloire, tout-puissant, alors que le Christ est venu révéler que Dieu est Amour. Il est tout-puissant aussi, mais la toute-puissance, en lui, est secondaire : elle vient après l’amour. La toute-puissance en Dieu obéit à l’Amour.

Le Christ a toujours refusé de donner, comme preuve de sa divinité, un signe, une manifestation de gloire. Il ne veut donner comme preuve qu’un signe d’amour ; et ce sera sa Passion, car c’est là que se manifeste son amour infini : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Lorsque les scribes et les pharisiens viennent lui demander un signe qui prouverait qu’il est bien le Messie, Jésus refuse et les renvoie en leur disant qu’ils n’auront pas d’autre signe que le signe de Jonas (Mt 12,39-40). Allusion à la prédication de Jonas à Ninive, mais aussi à la Passion : de même que Jonas fut enseveli dans le ventre du monstre marin, Jésus sera enseveli au tombeau.

Quel a été l’effet de la transfiguration et de la théophanie sur Pierre, Jacques et Jean ? D’abord, la vue du Christ en gloire a renforcé leur foi en sa divinité, lui qu’ils ne voyaient d’habitude que dans la banalité d’une humanité semblable à la leur.

D’autre part, le fait d’avoir vu Jésus converser avec Moïse et Élie, et surtout la voix venue du ciel déclarant solennellement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le », tout cela a confirmé pour eux que le Christ est bien l’Envoyé du Père annoncé par les prophètes, et non pas un faux prophète prêchant une religion nouvelle, comme le prétendaient les prêtres, les docteurs de la Loi et les pharisiens.

Et pour nous aujourd’hui, qu’est-ce que cela change que le Christ ait été transfiguré ? Il se trouve que la Transfiguration ne concerne pas la seule personne du Christ : elle nous touche aussi, puisque nous sommes promis à participer à sa gloire, comme le dit saint Paul lorsqu’il parle du Seigneur « qui transformera notre corps de misère pour le rendre semblable à son corps de gloire » (Ph 3,21), lorsque nous ressusciterons après notre mort.

Mais, dès maintenant, un certain processus de transfiguration est en cours en nous à travers l’action de l’Esprit qui nous guide, comme le dit la deuxième épître aux Corinthiens : « Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit » (2 Co 3,18).

Nous avons besoin de nous remettre en mémoire ces vérités, nous qui risquons, comme les apôtres, d’être très découragés en voyant notre médiocrité, le mal et l’injustice partout dans le monde, le refus de Dieu, le mépris et les persécutions qui accablent tant de chrétiens en bien des contrées. D’autant que, malgré toutes les horreurs de notre monde — les guerres, la misère, les famines, les scandales jusque dans l’Église —, soyons honnêtes : il y a d’énormes mouvements de solidarité et d’authentique charité qui transfigurent le monde des sinistrés, des pauvres, des orphelins, des personnes handicapées.

Autrefois, dans des temps que l’on dit chrétiens, il n’y avait guère que des chrétiens — des religieux et surtout des religieuses — pour venir au secours de la misère dans les écoles, les orphelinats, les hôpitaux ou les hospices. Aujourd’hui, toutes sortes d’associations et de mouvements non confessionnels prennent en charge ces institutions, et bien des gouvernements promulguent des lois sociales dont l’inspiration est à l’origine chrétienne. Il n’y a pas que des catastrophes et des scandales dans notre monde. Il y a aussi l’action du Seigneur en train de transfigurer, à travers nous, la société.

Certes, il reste bien des choses à faire et la transfiguration du monde est loin d’être achevée, mais elle est en route. Plutôt que de verser d’hypocrites larmes de crocodile sur les malheurs des temps, demandons-nous si nous faisons vraiment tout ce qu’il faut pour laisser le Seigneur transfigurer notre vie et celle de la société autour de nous.

Que retenir de tout cela ?

Le Christ s’est montré transfiguré à Pierre, Jacques et Jean pour renforcer leur foi ébranlée par l’annonce de sa Passion et pour qu’ils puissent réconforter tout le groupe des apôtres dans les moments difficiles qui les attendent.

La Transfiguration ne touche pas seulement la personne du Christ. Dans son amour pour nous, il veut nous associer à cette transfiguration. Depuis le jour de notre baptême, un véritable travail de transfiguration a commencé en nous. Il reste bien des choses à transfigurer en nous et autour de nous. Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur afin qu’il puisse continuer, à travers nous, son œuvre de transfiguration du monde.

Dimanche  22  Février   2026 1er dimanche de carême A

                                                      Gn 2,7-9 ;3,1-7a ; Rm 5,12-19 ; Mt 4,1-11

Avant de parler de l’évangile, quelques mots sur la première lecture qui nous présente le récit du péché originel. Pourquoi l’appelle-t-on originel ? Non pas tant parce qu’il est le premier péché, mais parce qu’il est le péché type que reproduisent tous les péchés quels qu’ils soient. Ce récit du péché originel est présenté sous forme de mythe, c’est à dire sous la forme d’un récit mettant en scène des êtres et des actions imaginaires à travers lesquels sont transposées des réalités incontestables. Un peu comme dans les fables de La Fontaine, le corbeau et le renard, le loup et l’agneau n’existent pas mais nous transmettent des vérités indéniables. Dans notre récit,  le serpent, le fruit défendu, la pomme, n’existent pas, mais ce récit nous éclaire sur trois réalités auxquelles nous sommes confrontés tous les jours  : le  démon,  la tentation et le péché.

                        Qu’est-ce qu’il nous apprend sur le démon ? En nous le présentant sous l’apparence d’un serpent qui se dissimule en rampant silencieusement ce récit veut nous faire comprendre que le démon agit en se cachant. De plus le déroulement du récit de la tentation nous montre que le démon est menteur et rusé.  En effet il dit à Eve : Si vous désobéissez, si vous mangez du fruit défendu, vous ne mourrez pas mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vous serez comme des dieux connaissant le bien et le mal. (Connaître dans la Bible signifie : avoir l’expérience, connaître par soi-même. Vous connaitrez le bien et le mal signifie donc : vous serez capables de décider par vous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal sans être bridés par Dieu et ses commandements. En désobéissant, vous pourrez faire tout ce que vous voulez.) Le démon essaye par-là de nous faire croire que Dieu n’est pas un être généreux qui nous donne la vie et veut notre bonheur, mais un être qui nous empêche de vivre, et dont les interdits contrarient nos désirs, nous empêchant ainsi d’être heureux.

De la tentation, le récit du P.O. nous apprend qu’elle est une ruse et un mensonge  par lesquels  démon essaye de nous faire croire deux choses : d’abord que le mal, le péché,  n’est pas du tout un mal, source de  tous les maux : divisions, haine, violence et mort, mais au contraire un bien avantageux pour nous et ensuite que Dieu n’est pas un être bienveillant qui nous donne la vie et veut notre bonheur mais un rival  qui nous empêche de vivre et dont les interdits contrarient nos désirs et s’opposent à notre bonheur.

Et enfin le récit du péché originel nous montre clairement ce qu’est le péché : c’est rejeter Dieu, c’est vouloir être Dieu à la place de Dieu parce que, d’après le démon, Dieu étant un gêneur qui nous empêche de vivre, il vaut mieux le rejeter et nous mettre à sa place, nous, nos désirs et notre volonté. N’importe quel péché reproduit toujours ce schème-là. C’est pourquoi on appelle le péché d’Adam et Eve, péché originel.

Quant à l’évangile, il nous montre comment à travers trois tentations, le démon tente Jésus de rejeter la volonté du Père pour faire n’importe quoi. Première tentation : le démon tente Jésus de changer des pierres en pain. Jésus vient de jeûner quarante jours, il a faim, c’est normal. D’autre part il a le pouvoir de faire des miracles et donc de changer en pain des pierres. Alors pourquoi pas ? Où est le mal là-dedans ? En ceci que le pouvoir de faire des miracles est donné à Jésus non pas en vue de satisfaire ses désirs ou ses besoins personnels, mais en vue de donner aux hommes des signes de la présence de Dieu parmi eux. Si Jésus changeait les pierres en pains pour apaiser sa faim, il détournerait à son profit un pouvoir qui lui est donné en vue de son ministère auprès des hommes. Deuxième tentation : le démon suggère à Jésus de se laisser tomber du haut du pinacle du Temple et d’atterrir sans dommage sur le parvis au milieu  de la foule. Le Christ a le pouvoir de faire un tel miracle. En voyant ce prodige, la foule croirait en lui. Apparemment il n’y a pas de mal là-dedans. En réalité, si le Seigneur cédait à la tentation de faire ce prodige, il lancerait les hommes sur une fausse piste, les menant à croire en un Dieu tout puissant, un peu fakir, alors que le vrai Dieu qu’il doit révéler est un Dieu Amour, tellement bon et miséricordieux que rien ne peut venir à bout de son amour. Dans la troisième tentation, le démon propose à Jésus tous les royaumes du monde avec toutes leurs richesses qui procurent pouvoir et domination, s’il accepte de se prosterner devant lui. Jésus refuse. Il est venu pour rallier à lui tous les royaumes de la terre, oui, mais pas n’importe comment. Pas par le prestige ou la terreur, en manifestant sa toute-puissance par des miracles spectaculaires, pas en les soudoyant  par la richesse, mais uniquement en les convertissant à son amour. Si le Seigneur cédait à cette tentation, il amènerait les foules à croire en un Dieu riche et puissant qui domine à la manière des puissants de ce monde, alors que le vrai Dieu qu’il est venu révéler est un Dieu qui aime et dont la toute-puissance c’est l’amour.

 Que retenir de l’évangile et de la première lecture d’aujourd’hui ?

L’évangile nous montre, à travers le récit des trois tentations du Christ comment le démon essaie de le détourner de la mission que lui a confiée le Père. Première tentation : changer les pierres en pain. Le Christ refuse. Le pouvoir de faire des miracles lui a été donné pour servir les hommes, pas pour se servir. Pour nous aujourd’hui, c’est la tentation de faire ce qui nous plaît, en se moquant du reste, des autres, de Dieu et de sa volonté. Deuxième tentation : se laisser tomber du haut du pinacle. Le Christ refuse. Il est venu révéler un Dieu Amour et pas un Dieu fakir aux pouvoirs étonnants ou effrayants. Pour nous aujourd’hui c’est la tentation de chercher la renommée, la gloriole et tant pis pour le reste :  les autres, la volonté de Dieu. Troisième tentation : dominer le monde par les richesses et le pouvoir. Le Christ refuse. Il est venu rassembler tous les hommes en les attirant par son amour et sa miséricorde et non pas par le prestige du pouvoir et de l’argent. Pour nous c’est la tentation de mettre l’argent et le pouvoir au-dessus de tout, le démon nous cachant soigneusement qu’ils sont la source de tous les conflits et de toutes les guerres avec leur cortège de violences, de ruines et de morts. 

 La première lecture, elle, nous éclaire sur le démon, la tentation et le péché. Le démon nous est présentécomme un être rusé et menteur qui agit en se dissimulant tel un serpent qui rampe silencieusement. La tentation apparaît comme   une tentative du démon pour nous faire croire que le mal, le péché, est en réalité un bien par lequel on se débarrasse de Dieu qui n’est pas un être bienveillant qui veut notre bonheur, mais un gêneur, un rival dont les interdits visent à nous empêcher d’être heureux. Et enfin le péché est présenté comme le fait de rejeter Dieu parce que c’est un gêneur qui nous empêche de vivre pour nous mettre à sa place, nous, nos désirs et nos volontés. C’est croire que je sais mieux que Dieu ce qui est bon pour moi. Le péché, c’est vouloir être Dieu à la place de Dieu.                                                    

Il me semble qu’en ce premier dimanche de carême l’évangile nous invite à faire le point sur notre vie chrétienne : est-ce que Dieu est encore Dieu pour moi ou est-ce qu’en pratique, subrepticement j’ai pris sa place et que mon Dieu c’est moi, ce qui me plaît, ma volonté ?  Si c’est le cas, qu’est-ce que je dois changer dans ma manière de vivre pour remettre les choses en ordre ? C’est cela qui doit constituer mon effort de carême.

Dimanche 15 Février 2026

(Ben Sira 15,15-20) (1Cor. 2,6-10) (Mt. 5,17-37)

Jésus sème le trouble dans l’opinion. On ne sait plus quoi penser. D’un côté on admire la profondeur de son enseignement et les miracles qu’il accomplit. Mais d’un autre côté, ses critiques incessantes des prêtres, des scribes et des pharisiens qui observent minutieusement les prescriptions de la Loi le font apparaître comme un adversaire de la Loi. Or la Loi, c’est, avec l’enseignement des prophètes, le socle sur lequel reposent la religion et l’unité de la nation. Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ se défend vigoureusement de vouloir s’opposer à la Loi, il explique qu’il vient au contraire pour l’accomplir, c’est-à-dire pour la porter à sa perfection. Et pour preuve, il va montrer comment sur cinq sujets importants : le meurtre, l’adultère, les serments, la loi du talion et la charité, ses exigences vont dans le même sens, mais plus loin que celles de la Loi. Alors que la Loi se contente d’interdire le meurtre du prochain, Jésus pousse l’exigence jusqu’à interdire de se mettre en colère contre lui ou de l’insulter. Alors que la Loi se contente d’interdire l’adultère, Jésus exige davantage : ne pas regarder une femme avec convoitise. Alors que la Loi se contente d’interdire le parjure, Jésus interdit tout serment. Alors que la Loi limite la vengeance avec la loi du talion, Jésus va jusqu’à demander la non résistance au mal ; et alors que la Loi limite la charité à l’amour de ses amis, Jésus l’étend jusqu’à l’amour des ennemis. Mais alors, s’il est pour la Loi, comment peut-il être en même temps contre ceux qui la pratiquent le plus minutieusement, les scribes et les Pharisiens ? Qu’est-ce que Jésus leur reproche? Essentiellement leur orgueil. Et l’orgueil est ce qu’il y a de plus opposé à l’attitude qu’on doit avoir devant Dieu, comme devant les autres. Devant Dieu, on ne peut que se sentir indigne et pécheur. Et devant les autres, on n’est jamais sûr de l’emporter dans tous les domaines. Or les pharisiens se prennent pour des justes en face de Dieu et pour des êtres supérieurs en face des autres qu’ils méprisent. Ils se montrent en train de prier sur les places publiques pour être vus et admirés. Ils cherchent les premières places dans les diners et les synagogues, ils cherchent par tous les moyens à se faire saluer sur les places publiques et à s’entendre appeler Maîtres. (Mt. 23,7) Persuadés que leur pratique minutieuse des obligations de la Loi les rend justes et irréprochables, ils en arrivent à croire que, après tout ce qu’ils font pour Dieu, celui-ci leur doit quelque chose en retour. Ils en arrivent à traiter Dieu presque d’égal à égal. Une telle attitude est exactement à l’opposé de celle que préconise le Seigneur lorsqu’il indique les conditions nécessaires pour entrer dans le royaume. La plus importante de ces dispositions est d’être pauvre de cœur, c’est-à-dire se rendre compte de sa misère et de son besoin criant de l’aide de Dieu. Un pauvre de cœur, c’est celui qui se rend compte qu’il n’arrive pas à aimer sa femme, son mari, ses enfants, son prochain, comme il le faudrait. Il se rend compte, comme St Paul : le bien que je veux je ne le fais pas, le mal que je ne veux pas je le fais…hélas, je suis pauvre. (Rom.7,19-24)(dit la traduction malgache de la Bible) Si nous sommes dans une telle attitude, le Seigneur vient immédiatement à notre secours. Il ne peut pas faire autrement, c’est plus fort que lui, dans son amour pour nous, il ne résiste pas à nos appels au secours. Il le disait déjà dans Isaïe : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Is.66,8) Le Seigneur nous demande d’être humbles, c’est-à-dire réalistes. Le mot humilité vient du latin humus qui veut dire la terre. Etre humble, c’est avoir les pieds par terre, être réaliste, c’est se reconnaître pécheur. Dans leur orgueil, les pharisiens se croient justes En même temps qu’ils sont dans une attitude opposée à celle que demande le Christ, ils sont dans le mensonge et l’illusion. Et c’est pourquoi le Seigneur nous dit avec insistance : Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. Pour les scribes et les Pharisiens, ce qui compte c’est d’observer les prescriptions de la Loi. Mais qu’est-ce qui intéresse le Seigneur ? Ce n’est pas le respect de la Loi, mais l’amour qu’on met dans le respect de ces lois. Si on respecte la Loi par crainte ou pour être bien vu des autres, cela n’a pas de valeur à ses yeux. Et la matérialité du geste que l’on pose n’a pas de valeur non plus pour lui. Ce qui compte c’est l’amour qu’on met dans l’accomplissement de ce geste. Par exemple ne pas se marier n’a pas, en soi, de valeur devant Dieu, mais quand un prêtre ou une religieuse renonce à fonder un foyer par amour de Dieu, pour se consacrer à lui, à son service et au service des autres, un tel engagement a du prix à ses yeux. Dans l’A.T. le Seigneur le soulignait déjà avec insistance : C’est l’amour que je veux, non les sacrifices (Osée 6,6).

Que retenir de tout cela ?

On ne peut pas tricher avec Dieu. Les scribes et les Pharisiens ont tenté de bricoler, d’accommoder, de domestiquer la religion pour qu’elle ne les gêne pas et pour qu’ils aient plus facilement l’impression d’être dans le peloton de tête. Si la religion demande d’aimer Dieu et d’aimer son prochain, on n’est jamais sûr d’être au point : on n’aime jamais assez. Mais si on remplace ce commandement par l’obligation de porter une soutane ou de réciter telle ou telle formule de prière tous les jours, c’est plus facile de se croire au point Les scribes et les pharisiens se croyaient justes et parfaits parce qu’ils remplaçaient la Loi de Dieu par des obligations plus à la portée de leur médiocrité. La perfection des pharisiens consistait à respecter des obligations, des règlements et des rubriques qu’ils avaient eux-mêmes fixés tandis que le Christ nous dit Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait, lui qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes (Mt.5, 45,48). Comme il nous est parfaitement impossible d’être parfaits comme notre Père du ciel, tout ce que nous pouvons faire c’est de toujours chercher à avancer en perfection, sachant que nous n’arriverons jamais au but, mais rendant grâce au Seigneur de nous faire progresser. St Paul disait aux Corinthiens Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2Cor.3,18) Merci Seigneur de m’avoir amené jusqu’au point où j’en suis. Mais quel que soit le chemin parcouru, je vois bien qu’il me reste beaucoup à faire pour arriver là où tu veux m’emmener. Tout ce qui me reste à faire c’est d’avancer résolument. Cela ne va peut-être pas être facile, mais, tu es toujours avec moi, c’est un gros poids en moins !!!

Dimanche  1  Février   2026, 4e dimanche TO

(So 2,3 ; 3,12-13)  (1 Co 1,26-31)  (Mt 5,1-12a)

L’évangile d’aujourd’hui nous donne le début du discours sur la Montagne où Jésus présente

son programme ainsi que les dispositions nécessaires pour entrer dans le Royaume. Première indication : ils sont heureux ceux qui entrent dans le Royaume ! Le but de notre Dieu qui est un père, c’est que ses enfants soient heureux. Avis à tous ceux qui pensent que la religion, c’est l’austérité, l’ascétisme, la rigidité et qu’un bon croyant doit toujours faire « une tête de carême sans Pâques » comme disait le pape François. Mais, deuxième indication : les modèles de bienheureux que nous présente l’évangile : des gens qui pleurent, qui sont persécuté ou insultés ne correspond guère à l’image que nous nous faisons des gens heureux. Dans notre monde de compétition, où la concurrence est rude, les doux, les pacifiques, les miséricordieux ne font pas partie des modèles qu’on propose d’imiter. Que veut donc nous dire le Seigneur ?  Examinons la première béatitude qui est la plus fondamentale de toutes ;

Bienheureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux. Qu’est-ce que c’estun pauvre de cœur ? Ce n’est pas un pauvre au plan de l’avoir, qui n’ a pas d’argent, qui n’a pas de maison,  qui n’a pas de voiture, qui n’a pas de vêtements convenables, ce n’est pas non plus quelqu’un qui n’a pas d’instruction ni d’éducation, ce n’est pas d’avantage quelqu’ un qui n’a pas une situation en vue dans la société, c’est quelqu’un qui est pauvre au plan de l’être moral et spirituel, quelqu’un qui n’arrive pas à aimer sa femme, son mari, ses enfants comme il voudrait, qui n’arrive pas à être honnête comme il voudrait. Malgré la richesse, l’instruction ou la culture qu’il peut avoir, il se rend compte, comme St Paul : le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais, malheureux homme que je suis (Rom.7,19,24)dit la traduction française  de la Bible, mais  la traduction malgache est plus éclairante  qui dit hélas, je suis pauvre .

Mais pourquoi le fait d’être pauvre va-t-il me rendre heureux ?  Normalement je devrais me sentir malheureux en constatant que je n’arrive à rien par moi-même. En fait, me sentant pauvre, je vais ressentir vivement le besoin de l’aide de Dieu et je vais me tourner vers lui pour obtenir son appui. Et comme notre Dieu est un Père aimant, il va me tirer d’affaire. Moi je suis pauvre et malheureux dit le Ps 40, mais le Seigneur pense à moi. Il se trouve que les pauvres de cœur sont les préférés du Seigneur. Il nous le disait déjà dans Isaïe :Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Is 66,8) Voilà que les pauvres de cœur qui devraient être malheureux parce qu’ils n’arrivent à rien, se retrouvent bienheureux parce que dans leur malheur ils se sont tournés vers Dieu qui leur a donné cc que ni les richesses,  ni le savoir, ni une bonne réputation  pourraient leur donner. Que je sois pauvre, que je n’arrive à rien par moi-même, qu’est-ce que ça peut faire, puisque Dieu est avec moi, qui m’aide. Comme St Paul, tout heureux je dis : Je peux tout en Celui qui me fortifie. (Phil 4,13) Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2Co 12,10) Le pauvre de cœur n’est pas heureux parce qu’il est pauvre mais parce que sa pauvreté l’a conduit à se tourner vers Dieu qui le comble bien au-delà de ce de ce que les richesses de la terre pourraient lui apporter.

Il y a là un paradoxe étonnant : la pauvreté qui est un mal, que ce soit la pauvreté matérielle ou spirituelle (personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvres) peut avoir des effets secondaires positifs. Et le plus important de ces effets secondaires positifs c’est qu’elle nous ouvre à Dieu, source de tout bien, qui veut rassasier ses fidèles, ne leur laissant rien à  regretter ni personne à envier. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif. (Jean 6,35) Tandis que la richesse qui est un bien, tant la richesse matérielle que la richesse spirituelle, peut avoir des effets secondaires négatifs : les riches, comme ils peuvent avec leur agent satisfaire presque tous leurs désirs, sont tentés de croire qu’ils n’ont besoin de rien ni de personne et surtout pas de Dieu. Leur cœur épaissi se ferme, dit le psaume 16, aussi bien aux autres qu’à Dieu, le Christ dira qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. (Mt.19,24)

Voilà pourquoi la pauvreté de coeur n’est pas une qualité qu’on peut avoir ou ne pas avoir pour entrer dans le Royaume. C’est une qualité indispensable, absolument nécessaire, parce qu’elle nous ouvre à Dieu, qui dans son amour veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il  est. C’est pourquoi le Christ place la pauvreté en tête des qualités qu’il faut avoir pour entrer dans le Royaume de cieux. Les pauvres de cœur ne sont pas bienheureux parce qu’ils sont pauvres, mais parce que leur pauvreté leur fait retrouver Dieu source de tout bien qui les enrichit. De même, ceux qui pleurent  ne sont pas bienheureux parce qu’ils pleurent mais parce que, n’étant pas satisfaits de ce que le monde peut leur offrir, ils cherchent autre chose et se tournent vers Dieu. De même encore, ceux qui ont faim de soif de justice sont heureux parce que insatisfaits de la justice des hommes, ils aspirent à une justice que seul Dieu peut leur offrir.

Autrement dit l’attitude de base pour suivre le Christ et entrer dans le Royaume, c’est d’être un homme de désir qui n’est pas satisfait avec les biens de la terre, qui trouve qu’il n’arrive pas à être comme il voudrait, qui cherche mieux et qui, plus ou moins consciemment pense comme St Augustin : Tu nous as faits Seigneur pour Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi.

Que retenir de tout cela ?

Dispositions à avoir pour entrer dans le Royaume : avant tout il faut être pauvre de cœur. Le pauvre de cœur, c’est celuiqui est pauvre au plan moral et spirituel. Quelles que soit sa richesse matérielle, sa réputation ou sa culture,  il n’arrive pas à faire le bien qu’il aime et il fait le mal qu’il n’aime pas. Heureux celui-là ! Il a de la chance ! Parce que dans son malheur, il va se tourner vers Dieu pour demander de l’aide. Et cela tombe bien parce que justement, Dieu est un Père aimant qui n’a qu’une idée ; le bonheur de ses enfants, partager avec eux tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il sait de quoi nous avons besoin avant que nous ne lui demandions (Mt. 6, 8)  Le ciel est son trône et la terre son marchepied, mais celui vers lequel il porte les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit…(Isaïe 66,8) Il va donc sauver ce malheureux qui n’arrive à rien par lui-même.

A qui s’adresse ce discours ? A ceux qui ont envie de quelque chose qu’ils n’ont pas. Heureux ceux qui ont envie d’autre chose ! Si vous êtes des satisfaits, des repus, ce n’est pas pour vous.

Mais si vous avez envie d’autre chose, venez ! Si vous n’êtes pas satisfaits de ce que vous êtes, si vous avez envie d’être mieux, alors, c’est pour vous, ce discours là… Il me semble qu’à travers ces béatitudes, le Seigneur veut nous dire : tant mieux si vous n’êtes pas heureux avec ce que le monde peut vous offrir et si vous vous tournez vers moi, parce que, justement, je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. (Jean 10,10)

Dimanche 25 Janvier 2026

(Isaïe 8,23b-9,) (1Cor.1,10-13,17) (Mt. 4, 12-23)

Cette page d’évangile nous rapporte les débuts du ministère de Jésus et l’appel des premiers apôtres. JB vient d’être arrêté par Hérode à qui il reprochait sa conduite . Jésus, voyant sa sécurité menacée se retire près de la mer de Galilée où il commence à prêcher « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche ». Voyant deux pêcheurs, Pierre et André, qui jetaient leurs filets dans la mer, il leur dit : « Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Aussitôt laissant leurs filets, ils le suivirent.

Comment se fait-il qu’ils prennent une décision si soudaine ? Ils ont une famille, un métier, une barque, des filets. Ils sont là en train de pêcher quand Jésus arrive avec un certain nombre de gens qui l’accompagnent. Pierre et André les voient venir. Ils n’interrompent même pas leur travail. Mais dès que Jésus leur dit : « Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes », ils laissent leur barque et leurs filets et partent avec lui. Pour prendre une décision aussi brusque, il faut qu’ils aient déjà entendu parler de Jésus et de son enseignement. Plus tard on dira : Jamais homme n’a parlé comme cet homme (Jean, 7,46) Cela a dû les remuer jusqu’au plus profond d’eux-mêmes. Et quand Jésus les a appelés, cela a déclenché leur décision. Pour ceux qui sont appelés par le Seigneur, l’appel est ressenti comme quelque chose qui les atteint profondément, quelque chose d’attirant, quelque chose qui les comble, en apportant paix et sérénité, quelque chose d’envoutant ; on ne peut pas s’en débarrasser, on est irrésistiblement entraîné, Ceux qui sont appelés par le Seigneur ont le sentiment d’être séduits. Le prophète Jérémie en témoigne dans des termes particulièrement émouvants. Le Seigneur l’envoyait annoncer que des épreuves et des malheurs, aussi était-il incompris et persécuté. Malgré tout, lucide sur ce qui lui arrive, il écrit : Tu m’as séduit Yahvé et je me suis laissé séduire ; tu m’as maîtrisé : Tu as été le plus fort. Je suis prétexte continuel à moquerie. Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois proclamer violence et ruine. La parole de Yahvé a été pour moi opprobre et raillerie tout le jour. Je me disais : je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom ; alors c’était en mon cœur comme un feu dévorant, je m’épuisais à le contenir, mais je n’y arrivais pas. (Jer 20,7-9) Pourquoi est-ce qu’on se décide de répondre à l’appel du Seigneur ? Parce qu’on est séduit. Il n’y a pas d’autre explication. Une vocation à suivre le Christ est toujours une question d’amour. Amour du Christ pour celui qu’il appelle, et amour de celui qui est appelé pour le Christ. Mais pourquoi celui qui est appelé ressent-il de l’amour pour le Christ qui l’a appelé ? Il est difficile sinon impossible de donner les raisons pour lesquelles on aime quelqu’un. Pascal disait : (attention, c’est difficile ! attachez vos ceintures !!!) Les raisons me viennent après, mais d’abord la chose m’agrée ou me choque par cette raison que je ne découvre qu’après…mais je crois, non pas que cela choquait par ces raisons qu’on découvre après, mai qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque (Pensée 276). Autrement dit, quand j’aime quelqu’un, je ne sais pas expliquer pourquoi. Et si je dis j’aime cette personne pour telle ou telle raison, ce n’est pas vrai ; la vérité, c’est que je n’ai trouvé ces raisons que parce que d’abord je l’aimais. Pourquoi celui qui est appelé ressent-il de l’amour pour le Christ qui l’a appelé ? Parce qu’il plaît à Dieu de se laisser découvrir, connaître et aimer, ainsi qu’il le déclare en Jérémie : Quand vous me chercherez, vous me trouverez, pour m’avoir cherché de tout votre cœur ; je me laisserai trouver par vous. (Jer.29, 1 3-14) Je vous donnerai un cœur capable de me connaître (Jer.24,7). Ni l’intelligence ni la sagesse humaine ne peuvent découvrir Dieu, il faut que lui se révèle à nous, comme le dit l’évangile Nul ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler (Mt.11,27). On s’étonne souvent de ce que le Christ ait choisi ses apôtres parmi des hommes à peu près illettrés, plutôt que parmi les prêtres, les scribes, ou les docteurs de la Loi, beaucoup plus instruits, connaissant infiniment mieux les choses de la religion. Jésus lui-même s’ en explique lorsqu’il dit à ceux qu’il appelle : Je vous ferai d’hommes. Il ne fait pas confiance au savoir ou à l’expérience qu’on pourrait acquérir dans une école spécialisée ou auprès d’un maître réputé. Il veut se charger lui-même de former ceux qu’il appelle. Lorsqu’ils sont appelés, les apôtres, que ce soit ceux d’hier ou ceux d’aujourd’hui, sont d’abord saisis de crainte. Mais le Seigneur les rassure. Jérémie, affolé, proteste : Ah Seigneur ! Vois ! je ne sais pas porter la parole, je suis un enfant. Mais Yahvé répondit ne dis pas je suis un enfant, mais va vers tous ceux à qui je t’enverrai et tout ce que je t’ordonnerai, dis-le. N’aie aucune frayeur devant eux car je suis avec toi. (Jr 1,6-7) Le Seigneur appelle des hommes dont il est le premier à savoir qu’ils sont tout-à-fait incapables et indignes d’être apôtres, mais il les forme et les transforme St Paul dit clairement : c’est de Dieu que vient notre capacité. (2 Co 3,5) « Regardez qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu ; il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages, ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les forts,…..car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. » (1 Co 1,26-29) Un de mes professeurs résumait tout cela en disant : La grâce de Dieu, c’est le pouvoir donné aux hommes de faire par eux-mêmes ce qu’ils ne peuvent pas faire par leurs propres forces. Mais que ce soit le Seigneur qui forme ceux qu’il appelle ne veut pas dire que les prêtres et les religieux ne doivent pas acquérir une solide formation humaine, intellectuelle et spirituelle. Cela veut dire que les études de philosophie, de théologie, d’histoire de l’Eglise auxquels ils s’astreignent pendant des années ne sont fructueuses que si elles imprègnent des esprits et des cœurs ouverts aux valeurs spirituelles. C’est au cours du cœur à cœur avec le Seigneur au long de la réflexion, de la méditation, et de la prière que l’Esprit Saint féconde le travail de l’intelligence. Le Seigneur ne veut rien faire sans nous, mais sans Lui nous ne pouvons rien faire Le psalmiste l’avait déjà dit il y a longtemps Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent les maçons. (Ps.126,1)

Que retenir de tout cela ? Ce qui nous frappe d’abord dans cet évangile, c’est la détermination des premiers apôtres qui, sans hésitation, dès qu’ils sont appelés, laissent tout : leur barque, leurs filets, mais aussi leur famille et leurs amis, pour suivre Jésus. L’appel de Jésus c’est quelque chose d’attirant, d’envoutant, il comble en apportant paix et sérénité, on ne peut pas y résister. On est séduit. Personne n’a les qualités nécessaires pour suivre le Christ. Lui seul peut former et transformer nos cœurs. St Paul en était vivement conscient qui disait aux Ephesiens A celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, à lui la gloire pour les siècles de siècles.

18 janvier 2026 1er dimanche temps ordinaire année A

(Isaïe 49,3,5-6) (1Cor.1,1-3) (Jean 11, 29-34)

En voyant venir Jésus, J.B.déclara : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Que signifie cette expression : Agneau de Dieu ? Cela nous reporte au temps de Moïse, lorsqu’Israël était retenu en esclavage en Egypte, et cela fait allusion au repas pascal où chaque famille avait mangé un agneau, juste avant de se mettre en route pour quitter l’Egypte terre d’esclavage et rejoindre la terre promise, terre de liberté. Depuis ce jour là, l’agneau était, pour les Juifs, symbole de libération. Aujourd’hui, Jésus, le Messie, qui fait passer l’humanité de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu en apportant le pardon des péchés, peut être regardé comme le nouvel Agneau Pascal. Pour J.B. Jésus est le vrai Messie et il en veut pour preuve le fait qu’il a vu l’Esprit descendre comme une colombe et demeurer sur Jésus. Or celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau, poursuit J.B., m’a dit celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint. Moi j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Deux affirmations importantes dans cette déclaration : Jésus est le vrai Messie. De plus, il va baptiser dans l’Esprit Saint. Mais avant de commenter ces deux affirmations, il y a une difficulté à aplanir: si Jésus est Dieu, il est un avec le Père et l’Esprit Saint, il a déjà l’Esprit Saint en lui. Il n’a pas besoin de le recevoir de nouveau …..Oui, mais, (comme nous le disions déjà la semaine dernière, en célébrant le baptême du Christ,) en se faisant homme, le Christ s’est séparé de ses prérogatives divines. Il ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu explique St Paul aux Philippiens, il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6,7) C’est ce que les théologiens appellent la kénose du grec kénoo vider. Le Christ en se faisant homme s’est volontairement privé de l’exercice de ses prérogatives divines. On ne peut pas dire par exemple que l’enfant Jésus dans la crèche de Bethléem en voyant arriver les bergers s’est dit en lui-même : Tiens voilà Levi et Josaphat (il sait tout puisqu’il est Dieu). Non, puisque en se faisant homme, il s’est volontairement privé de ses prérogatives divines, l’enfant Jésus qui naît à Bethléem est un petit bébé impuissant comme tous les petits bébés. Il va devoir apprendre à marcher, à parler, à prier, comme tous les petits enfants. Volontairement il a renoncé à ce que la puissance de l’Esprit Saint s’exerce en lui. L’Esprit Saint est toujours en lui, mais comme dormant en quelque sorte. Et au moment où il reçoit le baptême de Jean, au moment où il va commencer son ministère, l’Esprit Saint qui descend sur lui redevient actif en lui et ses prérogatives divines lui sont rendues afin qu’il puisse exercer sa mission. Désormais ayant recouvré ses pouvoirs divins il va pouvoir baptiser dans l’Esprit.

J.B. précise bien : celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur lequel tu verras l’Esprit Saint descendre et demeurer, CELUI LA BAPTISE DANS L’ESPRIT SAINT. Ce qui veut dire que le Messie ne vient pas seulement pour pardonner les péchés, mais surtout et avant tout pour nous plonger, nous baptiser dans l’Esprit Saint, autrement dit, nous plonger dans la vie de Dieu. St Irénée exprime cela très bien dans une formule célèbre : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Dieu s’est fait homme, (à Bethléem ) pour que l’homme soit fait Dieu (par le sacrement de baptême). Jésus qui récupère tous ses prérogatives divines ne garde pas pour lui tout seul sa communion avec le Père et l’Esprit Saint mais partage cette communion avec nous. Au départ Dieu nous avait créés à son image, c’était déjà très bien, mais il restait une certaine distance entre lui et nous. Mais depuis qu’en Jésus l’humanité et la divinité sont unies, depuis qu’il nous a donné par le sacrement de baptême de recevoir la vie divine, il n’y a plus de distance entre l’humanité et la divinité, la divinité rentre dans l’humanité. Une nouvelle alliance a pris place entre Dieu et nous, bien supérieure à l’ancienne. Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que « moi » ce n’est jamais « moi tout seul » mais « moi et le Christ vivant en moi ». Regardez Notre Dame, elle ne dit jamais « je ». Quand elle parle d’elle, elle dit je suis la servante du Seigneur. Elle ne dit pas je suis contente, elle dit exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. Elle ne dit pas « je », elle dit « je et Dieu en moi……………… Si moi, ce n’est jamais « moi tout seul » mais « moi + Dieu vivant en moi », quand je prends une décision, le Christ vivant en moi doit être intégré à l’élaboration de cette décision. C’est ainsi que, (je vous en parlais dimanche dernier,) le pape François disait que lorsqu’il était confronté à un problème, il examinait les données de ce problème puis envisageait une décision, mais avant d’appliquer cette décision, il l’examinait encore une fois pour voir si elle était en accord avec la volonté de Dieu. Cela veut dire que quand je prends une décision, je devrais toujours me demander : Est-ce que c’est ça que le Christ voudrait que je fasse ? Or j’ai peur que souvent nous décidions tout seuls, avec le secours de notre raison, de notre intelligence, de notre bon sens et, bien sûr, le plus honnêtement possible, mais tout se passe comme si Dieu n’existait pas. En tout cas, il n’est pas présent dans l’élaboration de nos décisions. L’Esprit Saint en nous, n’est pas consulté, nous le réduisons au chômage ! Puis, après, une fois que nous avons pris notre décision, comme nous voulons être de bons chrétiens nous disons au Seigneur dans notre prière : Voilà j’ai fait de mon mieux pour prendre une bonne décision. J’espère que ça convient. Faites que ça marche. C’est bien de nous tourner vers le Seigneur à ce moment là, mais c’est un peu tard. Il aurait fallu le faire avant, au cours de l’élaboration de notre décision.

Que retenir de tout cela ?

Du temps de Moïse, après avoir mangé l’agneau pascal, les Juifs sont passés de l’esclavage d’Egypte à la liberté de la terre promise. Depuis, pour les Juifs, le mot agneau est symbole de libération. C’est pourquoi, le Christ qui nous fait passer de l’esclavage du péché à la liberté des enfants de Dieu est appelé Agneau de Dieu.Le Christ, Agneau de Dieu, nous plonge, nous baptise dans l’Esprit Saint, dans la vie de Dieu. Ce baptême nous greffe sur Dieu. Aujourd’hui nous ne sommes plus comme dans l’Ancien Testament simplement des êtres créés à l’image de Dieu, qui resterait encore à distance, extérieur à nous. Depuis le Christ, la divinité a pénétré dans notre humanité. Dieu n’est plus extérieur à nous, il est en nous. Ce qui fait dire à St Paul : Le Père a fait de nous des êtres nouveaux en J.C. en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph. 2,10)