François Battez

Dimanche 11 Octobre 2026 28e dim. T.O. – messe malgache

(Isaïe 25, 6-10a) — (Ph 4, 12-14.19-20) — (Mt 22, 1-14)

Le sens de la parabole des noces était clair pour les auditeurs de Jésus. Depuis toujours, l’Écriture présentait le salut comme les noces du Seigneur avec l’humanité. Devant le refus des Juifs de se rendre au festin, eux qui étaient pourtant les premiers invités, le maître du festin envoie ses serviteurs convier tout le monde et n’importe qui, les mauvais comme les bons. Nous autres, aujourd’hui, nous sommes ce « tout le monde et n’importe qui », les mauvais comme les bons, venant de partout, appelés par le Seigneur.

C’était difficile pour les auditeurs de Jésus d’accepter cet universalisme. Comme Dieu avait fait alliance avec leur ancêtre Abraham et avec le peuple juif, ils se croyaient les seuls auxquels Yahvé s’intéressait. Ils en tiraient un sentiment de supériorité et méprisaient facilement les autres nations. Aujourd’hui, je crois qu’on peut dire que les chrétiens ne sont guère tentés par un tel nationalisme. (Nous sommes plutôt heureux et fiers quand nos voisins à la messe sont des gens de couleur.) Et le souvenir de vieux cantiques comme « Catholiques et Français toujours » nous fait seulement rire de bon cœur.

Pourtant, nous sommes un peu gênés en pensant que le Seigneur accueille absolument tout le monde, tandis que chacun de nous « a ses têtes », comme on dit. On ne rejette pas vraiment les autres, on ne les exclut pas absolument, mais il y a un tas de gens autour de moi que j’évite, avec lesquels je suis mal à l’aise, qui m’énervent, que j’ai du mal à supporter. Et, un peu honteux, je me demande : mais comment fait-il, le Seigneur, pour supporter tout le monde et s’intéresser à tout le monde ?

On dirait qu’il suffit d’un petit rien de bon grain chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup d’ivraie, pour qu’il l’aime et s’intéresse à lui, tandis que nous, c’est le contraire : il suffit d’un petit rien d’ivraie chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup de bon grain, pour qu’on le rejette.

Et quand il nous accueille et s’intéresse à chacun, ce n’est pas pour nous dire un petit bonjour en passant : il prend le temps, jour après jour, de nous former, de nous transformer. Appelant ses premiers disciples, il leur dit explicitement : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mc 1, 17). Et saint Paul renchérit : « Le Seigneur a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus-Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions » (cf. Ep 2, 10). Et c’est vrai : ces modestes pêcheurs plus ou moins illettrés, il les a formés et ils sont devenus les audacieux apôtres que nous connaissons.

Évidemment, nous sommes tentés de dire : pour eux, c’était facile ; ils voyaient Jésus de leurs yeux et entendaient son enseignement de leurs oreilles, tandis que nous, comment repérer son action en nous ? Nous ne le voyons pas de nos yeux, nous ne l’entendons pas de nos oreilles. C’est vrai. Cependant, il n’est pas loin. En quittant ses apôtres, il leur a dit : « Et moi, je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20). Il parle directement à notre intelligence et à notre cœur, mais nous ne faisons pas attention. Et sa parole nous échappe.

Pourquoi ? J’ai peur que, derrière notre manque d’attention, il y ait un manque de foi : nous ne croyons pas que le Seigneur nous parle. Par une humilité déplacée et coupable, nous pensons que nous ne sommes pas dignes, qu’il ne s’occupe pas de gens aussi insignifiants que nous. Il y a là, de notre part, une faute très grave : fa tsy mijery tavan’olona ny Tompo.

Si vous demandez à n’importe quel bon chrétien : « Quand est-ce que le Seigneur vous a parlé pour la dernière fois ? », embarrassé, il reste sans réponse. Par contre, si vous lui demandez : « Quand est-ce que le démon vous a parlé, vous a tenté pour la dernière fois ? », il trouvera assez facilement une réponse. C’est tout de même dommage.

Si nous croyons que le démon nous parle pour nous tenter de faire le mal, pourquoi ne pas croire aussi que le Seigneur nous parle, lui aussi, pour nous inviter à faire le bien, surtout qu’il nous assure solennellement : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20).

Mais comment est-il présent au milieu de nous ? Par les sacrements, en particulier par le baptême, qui nous donne la vie de Dieu, et la confirmation, qui nous communique l’Esprit Saint.

Mais où, quand et comment peut-on prendre conscience de cette présence et de cette action du Seigneur en nous, et les ressentir ? C’est à travers le flux de nos pensées, de nos sentiments et de nos mouvements intérieurs que nous pouvons saisir cette action du Seigneur. Par conséquent, il faut veiller constamment afin de repérer, chaque jour, dans le flux de nos pensées, de nos sentiments et de nos mouvements intérieurs, ce qui vient du Seigneur.

Ce n’est pas facile, c’est vrai. Souvent, nous ne nous apercevons pas qu’il intervient. Même les apôtres ne s’en rendaient pas compte. Regardez dans l’Évangile : lorsque Jésus demande à ses apôtres : « Pour vous, qui suis-je ? », Pierre répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus reprend alors : « Heureux es-tu, Simon, […] car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux » (cf. Mt 16, 15-17). Mais Pierre ne s’était rendu compte de rien. Il croyait que c’était lui qui avait trouvé ça tout seul.

C’est curieux ! Quand nous faisons quelque chose de mal, nous sommes capables de reconnaître sans trop de difficultés : « Le démon m’a poussé. » Mais quand il s’agit du bien, il ne nous viendrait pas à l’idée de penser : « Le Seigneur m’a aidé. » Nous pensons que cela vient entièrement de nous. Attention ! Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent, chaque fois que quelqu’un, quelque part dans le monde, pense, dit ou fait quelque chose de bien, le Seigneur est là, présent, en train d’agir.

Peut-être que, là encore, nous manquons de foi. Avec une humilité déplacée et coupable, nous nous disons que le Seigneur ne peut pas s’intéresser à des gens ordinaires comme nous. C’est une offense grave envers le Seigneur qui, dans son amour, s’adresse toujours d’abord aux petites gens.

Dans Isaïe, il nous disait déjà : « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit » (cf. Is 66, 1-2). Et dans l’Évangile, nous voyons que le Christ, loin de fréquenter les gens importants, l’élite, est toujours avec les pécheurs et les petites gens, parmi lesquels il choisira ses apôtres.

Alors, si c’est vrai que chaque fois que je pense, que je dis ou que je fais quelque chose de bien, Dieu est là, en train d’agir en moi, que faut-il faire ?

Tout simplement, relever dans ma journée tout ce que j’ai pensé, dit ou fait de bien, tout ce que les autres autour de nous ont fait de bien. Et là, on prend Dieu sur le fait. Amin’izay tratra am-body omby Izy !

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur nous a appelés. Chaque jour, il est avec nous pour nous former à être ses disciples, mais nous ne savons pas voir sa présence et son action parmi nous.

Bien que nous soyons pécheurs, il nous arrive de penser, de dire ou de faire des choses bien. C’est là que le Seigneur est avec nous, car il n’y a qu’une source de bien dans le monde : c’est Dieu. Donc, chaque fois que je pense, dis ou fais quelque chose de bien, Dieu est avec moi.

Je vous propose donc, pendant quelques instants de silence, de réfléchir à tout ce que nous avons fait de bien ces jours-ci, à tout ce que les autres autour de nous ont fait de bien. Nous offrirons tout cela dans l’action de grâces au Seigneur.

En ce moment, il y a beaucoup de désordres dans le monde qui nous entoure, en particulier avec les grèves. Mais, soyons honnêtes, il n’y a pas que des casseurs. Pensons à tous ceux qui, partout, y compris au cœur de ces mouvements, œuvrent pour qu’il y ait davantage de justice, de paix et d’entente entre tous, et offrons tout cela au Seigneur dans l’action de grâces.

dimanche 4 octobre 2026 27e dim T.O. A

(Is 5, 1-7) — (Ph 4, 6-9) — (Mt 21, 33-43)

Quand le Christ, dans cette parabole, parle des serviteurs du propriétaire de la vigne qui sont frappés, lapidés ou tués, il fait allusion aux prophètes qui ont été martyrisés. Par qui ? Par les ancêtres des Anciens et des Grands Prêtres qui sont en train de l’écouter et qui se sentent visés par ces propos. D’ailleurs, il leur dira un jour ouvertement : « Vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes et les justes » (Mt 23, 35).

Et après leur avoir rappelé la prophétie du Ps 118 : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle », c’est-à-dire : moi, que vous rejetez, me voici devenu la pierre d’angle, il leur donne le coup de grâce : « Je vous le dis : le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »

Autrement dit, vous qui deviez être les premiers citoyens du Royaume, puisque Yahvé a fait alliance avec votre ancêtre Abraham, en refusant aujourd’hui d’écouter ma parole, vous vous excluez du Royaume, désormais offert à tous ceux qui écouteront cette parole et la mettront en pratique. Évidemment, les grands prêtres et les Anciens sont profondément humiliés et vexés par cette déclaration de Jésus.

Nous autres, aujourd’hui, nous sommes cette nation composée d’hommes de toutes races et de tous pays à qui est offert le Royaume. Mais que veut dire le Christ quand il indique que cette nation aura à produire du fruit ? Il veut dire que nous ne sommes pas invités à entrer dans un Royaume déjà édifié où nous pourrions profiter tranquillement de ses richesses sans rien faire ; nous sommes invités à rentrer dans un Royaume qui est encore à bâtir.

Le Royaume n’est pas une vigne où nous sommes invités à pénétrer pour nous y installer confortablement et en déguster les raisins. Nous sommes invités à pénétrer dans la vigne pour y travailler. Le monde où nous sommes, abîmé par le péché, est encore plein de conflits, d’injustices et de haine ; nous sommes invités à le transformer en un Royaume où règnent la paix, la justice et la charité.

En venant sur la terre, le Fils de l’homme a inauguré le Royaume. Désormais, en Jésus Christ, la divinité et l’humanité sont réunies. Par le baptême, il nous communique sa vie et ses grâces qui nous rendent capables de continuer son œuvre.

Quand, il y a deux mille ans, il est venu chez les siens, ils ne l’ont pas reçu, tout en se défendant d’être contre Dieu, tout en se prétendant toujours être le peuple de Dieu. Ils étaient pour Dieu, croyaient-ils ; en fait, ils étaient pour Dieu, mais pour un Dieu à leur mesure, pour le Dieu qu’ils avaient colonisé et réduit à leurs dimensions.

Ils voulaient bien de Dieu, mais à condition qu’il ne soit pas Dieu et qu’il corresponde à leur version corrigée de Dieu ! Heureusement, quelques-uns l’ont reçu quand même, et sa parole, plus vivante que jamais, nous est parvenue et nous nous efforçons d’en vivre.

Aujourd’hui, comment accueille-t-on le Christ ? La situation est à peu près pareille à ce qu’elle était il y a deux mille ans. Si, au XXIe siècle, le nombre des chrétiens augmente dans le monde, grâce aux pays de nouvelle chrétienté, dans les pays de vieille chrétienté, comme chez nous, il a diminué drastiquement, malgré une minorité fervente de pratiquants de qualité.

Les centaines de milliers de personnes qui se sont déplacées pour voir le pape lors de son voyage en France ces jours-ci ne doivent pas faire illusion.

La masse qui nous entoure est indifférente. Il n’y a pas, ou très peu, d’hostilité déclarée contre la religion ou les croyants, qui sont même parfois regardés avec sympathie. Mais les gens font leurs affaires sans s’occuper de Dieu ni de religion.

Ce qui compte, c’est l’essor économique, le profit, le rendement, la richesse. Partout, c’est une course folle où il s’agit de gagner le plus d’argent possible par tous les moyens, en écrasant ses rivaux sans pitié. L’argent est la valeur de référence. On ne dit pas qu’une chanson est belle, on dit que le CD qui la contient s’est vendu à tant de millions d’exemplaires, qu’elle a rapporté gros.

Ce qu’on appelle progrès, ce n’est pas ce qui rend les hommes plus heureux, mais ce qui rapporte plus d’argent.

Par endroits, pas partout, quelques lois sociales, fruits attardés de la culture chrétienne traditionnelle, limitent les dégâts, tentent de protéger les plus faibles et mettent un frein aux injustices par trop criantes, mais il reste encore d’atroces misères dans le monde, en particulier dans les pays sous-développés économiquement, ou dans les pays dirigés par des tyrans cruels, soucieux uniquement de leur puissance et de leur pouvoir personnel.

Dans nos pays où les poubelles sont pleines de nourriture, de vêtements et de chaussures dont on ne sait plus quoi faire, la société est prospère, les richesses abondent, certains progrès techniques, comme l’intelligence artificielle, font quand même un peu peur, mais, en gros, tout va bien, on est insouciant.

Mais Dieu, la religion, c’est comme le Groenland ou les îles Kerguelen. C’est très lointain et sans lien avec la vie quotidienne. On n’en a rien à faire.

Oubliant que notre vie vient de Dieu et va retourner un jour à Dieu, nous nous sommes enfermés dans un monde raccourci, étriqué. Chacun fait de son mieux pour avoir suffisamment d’argent, pour être à l’aise et faire le bonheur des siens ; on tâche de bien élever ses enfants, de leur procurer une bonne situation, on ne fait de mal à personne, on ira même jusqu’à aider ses voisins, en particulier les personnes seules ou âgées.

Tout cela est très bien, sauf que c’est une vie amputée, il en manque des morceaux : sa dimension spirituelle a disparu.

Nous ne voyons plus que notre vie vient de Dieu et va retourner à Dieu. L’Évangile d’aujourd’hui nous invite à nous rendre compte qu’à travers ce que nous faisons chaque jour, notre vie de famille, notre profession, nous sommes en train de remplir une tâche que le Seigneur nous a confiée, dans le cadre d’une vocation à laquelle nous avons été appelés.

Vous pelez des carottes, vous soignez des malades, vous cultivez des betteraves, c’est vrai, mais à travers ces travaux, vous êtes aussi en train de remplir la tâche que Dieu vous confie.

Nous sommes comme les ouvriers un peu paumés de ce chantier naval qu’évoque Saint-Exupéry dans Citadelle : « Le charpentier te parle de ses planches, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles, mais tous oublient la mer. »

Que retenir de tout cela ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous invite à changer notre regard « myope et le nez contre », qui ne nous donne qu’une vue tronquée de notre vie, pour adopter un regard qui nous donne une vue d’ensemble où notre existence apparaît dans toute son envergure, où, au-delà des clous, des planches et des voiles, déjà nous apercevons le bateau sur la mer…

Dans notre vie de famille et nos activités professionnelles, au travers et dans nos tâches quotidiennes, nous sommes déjà en train de remplir des tâches que le Seigneur nous confie, nous sommes déjà en train de répondre à la vocation à laquelle le Seigneur nous appelle.

En voyant de vieilles dames qui brodaient des chasubles d’or pour leur dieu, le sage pensait : « Elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles ! »

Cessez de dire : je fabrique des meubles, ou je cultive des betteraves, je pèle des carottes, ou je soigne des malades. Mais rendez-vous compte, à la fin : à travers tout ça, vous allez, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles.

Dimanche 27 septembre 2026 26e dim TO. A

                                             (Ez 18,25-28) (Ph 2,1-11) (Mt 21,28-32)

Jésus s’adresse aux grands prêtres et aux Anciens qui lui sont franchement hostiles. Dans le passage précédant immédiatement cet évangile, ils ont sèchement interpellé Jésus, essayant de le faire taire : En vertu de quelle autorité parles-tu ? Et qui t’a donné cette autorité ? (Mt 21,23). Ils sont vexés de voir la foule préférer son enseignement au leur tandis que leur prestige s’effondre, alors que la renommée de Jésus, elle, s’accroît de jour en jour. Ils s’estiment supérieurs et c’est vrai que les foules sont impressionnées par leurs manifestations extérieures de piété, mais le Seigneur va les remettre en place avec la parabole des deux fils envoyés à la vigne, où l’on voit que pour être un bon fils, l’apparence et les belles paroles ne suffisent pas, il faut faire la volonté du Père. Le véritable bon fils, c’est celui qui va travailler à la vigne, même s’il a commencé par dire qu’il n’irait pas.

Il y a là pour nous un double enseignement. D’abord, il ne suffit pas de dire, il faut faire. Dès le début de son ministère, le Christ l’avait clairement expliqué : il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur ! pour entrer dans le royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père. (Mt 7,21)

Ensuite, et c’est le deuxième enseignement de cet évangile : ne jugeons pas trop vite : les personnalités évoluent : des bons deviennent mauvais et des injustes deviennent justes et parfois de meilleurs justes que les justes ! Le Seigneur, qui connaît le fond des cœurs, sait ce qu’il en est. Et c’est pourquoi, s’adressant aux Anciens et aux grands prêtres, il a cette parole cinglante : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu, parce qu’ils se sont repentis.

Les Anciens et les grands prêtres ont le cœur fermé et sont très orgueilleux, c’est vrai, mais ce sont quand même des croyants et des pratiquants… et le Christ ose leur dire que les pires individus dans la société, ceux qui ne pensent qu’à l’argent : les publicains, fonctionnaires voleurs, et les femmes de mauvaise vie, que tout le monde considère comme ce qu’il y a de plus repoussant dans la société, passeront avant eux dans le Royaume… parce qu’ils se seront convertis. C’est un fait que, par la suite et au long des siècles, les conversions les plus improbables se sont produites sans arrêt. Le premier homme dont nous pouvons être sûrs qu’il ait été sauvé et qu’il soit entré dans le royaume, c’est un bandit, le bon larron. Avant d’être un des plus grands parmi les apôtres, saint Paul était un ennemi farouche du Christ et de son évangile. Au premier siècle de l’Église, Corinthe était la ville la plus corrompue du bassin méditerranéen. On avait inventé un verbe : corinther pour dire : mal se conduire. Or le Seigneur envoya saint Paul à Corinthe en lui disant J’ai à moi un peuple nombreux en cette ville (Ac 18,10). Et, depuis saint Augustin jusqu’à Charles de Foucauld, on ne compte plus dans l’histoire de l’Église les personnages qui ont commencé par être de très mauvais sujets, avant de devenir de grands saints.

Voilà qui nous rend bien pensifs. Est-ce que, de temps en temps, nous ne sommes pas un peu trop sûrs de nous, à la manière des grands prêtres et des Anciens de l’Évangile ? Et face à la question que nous pose cet évangile, de savoir si je suis le bon fils qui va travailler à la vigne ou le mauvais fils qui n’y va pas ? nous n’osons pas répondre. Ce n’est pas clair. À certains aussi je n’en fais qu’à ma tête, trop souvent ce qui l’emporte, c’est moi, ce que j’aime, ce qui me plaît, ma volonté. Et puis à d’autres moments je me comporte en bon fils, j’écoute l’appel du Seigneur, je fais sa volonté. C’est un genre d’appel qui m’embête, qui me gêne, qui contrarie mes désirs et mes projets, mais je ne peux pas m’empêcher d’être quand même attiré par le Seigneur qui l’emporte de justesse. Je suis un peu comme le pauvre Jérémie qui était souvent dans une situation délicate : le Seigneur l’envoyait annoncer de mauvaises nouvelles, aussi tout le monde lui retombait dessus et l’accusait d’être un faux prophète. Il se plaignait : La parole de Dieu a été pour moi opprobre et raillerie tous les jours. Je me disais : je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom ; alors c’était en mon cœur comme un feu dévorant, je m’épuisais à le contenir, mais je n’ai pas pu……. (Jr 20,8-9)

Dans la parabole, le père de famille dérange ses enfants, en venant leur demander d’aller travailler à sa vigne. Dans notre vie de chaque jour aussi, Dieu nous dérange. Sa parole nous oblige à quitter notre point de vue, nos projets, nos désirs, notre volonté. Il y a toujours un moment de conflit entre notre volonté et la sienne. Il va falloir décider. Qui sait le mieux quel est le mieux pour nous ? Au fond de nous-mêmes nous savons bien que c’est lui, que lui seul peut nous donner la vie en plénitude, mais nous avons du mal à l’accepter et à renoncer à notre point de vue. Pourtant il nous avait bien prévenu : Si quelqu’un veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. (Mt 16,24) Ce chemin est le seul qui puisse nous mener à une vie pleine, épanouie, à la vie en abondance qu’il veut nous donner. Mais c’est difficile à admettre. Nous avons du mal à accepter de devoir marcher longtemps avant d’arriver au but. Pour le moment il s’agit de travailler à la vigne, ce n’est pas encore le moment de nous régaler de délicieux raisins. Avant la vendange, il y a des mois et des mois de travail pénible : préparer la terre, mettre du fumier, arroser, planter les pieds de vigne, tailler les sarments, passer des heures et des heures courbés sous le soleil ou trempés par la pluie. Il serait stupide de se décourager et de tout plaquer parce qu’au moment où on plante, il n’y a pas une seule grappe mûre !!!

Pour le moment nous sommes appelés à travailler pour mettre plus de justice, de paix et de charité dans le monde, et il faut nous battre contre la violence, la haine et les injustices, en nous et autour de nous. Il faut faire face à un monde qui met de côté le Christ et son évangile. C’est dur, mais il ne faut pas dramatiser. Il faut aussi reconnaître les fruits que vingt siècles de christianisme ont apportés. Notre monde n’est peut-être pas aussi déchristianisé qu’on le prétend. Les lois sociales, le souci des pauvres et des déshérités, l’attention portée aux enfants et aux plus faibles, le respect de la femme, la solidarité avec les migrants et les minorités persécutées, est-ce que ce ne sont pas des fruits de l’esprit chrétien, présent, même chez un tas de gens qui ne mettent pas les pieds à l’église ?

Que retenir de tout cela ?

Trois choses, peut-être. D’abord, il ne suffit pas de dire, il faut faire. Le bon fils de la parabole n’est pas celui qui dit qu’il va faire ce que lui demande son père, mais celui qui fait ce que lui demande son père et va travailler à la vigne. Les prières, les offices, c’est très bien mais ça ne suffit pas. Les prophètes de l’Ancien Testament le disaient déjà : Je hais, je méprise vos fêtes, pour vos solennités je n’ai que dégoût…..Mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas lit-on dans Amos. (Am 5,21-24)

Ensuite, ne croyons jamais être des justes supérieurs aux autres. Il arrive que même les pires se convertissent et deviennent plus justes que les justes. Tel le bon larron, ce bandit, champion des ouvriers de la onzième heure, qui double tout le monde et arrive en tête à la porte du paradis.

Enfin, nous sommes appelés à travailler à la vigne. Le temps des fêtes et de la vendange n’est pas encore arrivé. Pour le moment il faut travailler dur, par tous les temps, nous efforcer chaque jour de repousser nos désirs et nos projets pour faire passer en premier ceux du Seigneur. Ce n’est pas confortable, mais il ne faut pas dramatiser. Le Seigneur veut le mieux pour nous. Renoncer au moins bien pour choisir le mieux, cela n’est pas dramatique.

Dimanche 13 Septembre 2026 24e TO A

(Si 27,30-28,7) (Rm 14,7-9) (Mt 18,21-35)

L’enseignement de Jésus sur le pardon va plus loin que celui de l’Ancien Testament qui déjà interdisait toute haine ou toute rancune envers son frère. De plus, la loi du talion mettait une limite à la vengeance et le Siracide prescrivait : pardonne à ton prochain ses torts ; alors à ta prière, tes péchés seront remis. (Ecles.28,2). Jésus, lui demande encore davantage : qu’on pardonne à tous, même à ses ennemis, et à Pierre demandant s’il faut pardonner jusqu’à sept fois, c’est-à-dire jusqu’à un nombre infini de fois, Jésus répond qu’il faut pardonner un nombre infini d’infinis de fois ! Mais, qu’est-ce que c’est exactement pardonner ? C’est renoncer à punir ou à se venger d’une offense, c’est disculper celui qui vous a offensé et renouer avec lui les bonnes relations qu’on entretenait avec lui auparavant, alors que rien ne vous oblige à agir ainsi. C’est une démarche de bonne volonté de la part de celui qui est offensé et qui fait à l’offenseur un cadeau qu’il n’a pas mérité. Au contraire, il aurait mérité une réaction hostile, voire une vengeance. Le pardon est une injustice, l’injustice de la charité.Mais alors, pourquoi pardonner ?. Nous ne pouvons pas faire autrement. Parce que, nous-mêmes, nous sommes des pardonnés. Il y a en nous de l’orgueil, de l’égoïsme et un tas de choses détestables dont nous voudrions bien être libérés et nous sommes gênés de voir que Dieu, malgré tout, ne nous rejette pas. Au lieu de nous laisser tomber comme nous le mériterions, il nous pardonne et continue de nous pardonner jour après jour….Dans ces conditions, nous ne pouvons plus nous permettre de nous venger de ceux qui agissent mal envers nous, et nous le pouvons d’autant moins que nous sommes transformés en nouveaux Christs par les sacrements ; le baptême nous a donné la vie même du Christ, la confirmation nous fait partager son esprit, sa mentalité, chacune de nos communions nous renforce dans notre union à lui, et dans le sacrement de réconciliation, il ne se contente pas d’effacer nos péchés, comme un coup de chiffon fait disparaître la poussière sur un meuble, il transfère son cœur dans le nôtre Mais nous n’arrivons toujours pas à comprendre pourquoi il nous pardonne ainsi toujours, sans se lasser, alors que nous ne le méritons pas et que cela ne lui rapporte rien ? La question est double : pourquoi, à cause de quoi ? et pourquoi, dans quel but ? Pourquoi, en raison de quoi, nous pardonne-t-il ? Parce qu’il est Amour. Il ne peut pas faire autrement, il ne sait pas faire autrement. Si nous tombons, à chaque fois il nous relève. Nous n’arrivons pas à comprendre ce parti-pris. Le livre de la Sagesse tente de nous l’expliquer : Tu fermes les yeux des hommes pour qu’ils se repentent. Oui, tu aimes tous les êtres et n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment subsisterait-elle si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sg 11,23-25)………Tu nous donnes le temps de nous défaire de notre perversité…pour nous apprendre, quand nous jugeons à songer à ta bonté et quand nous sommes jugés, à compter sur ta miséricorde. (Sg 12,22)Et pourquoi, en vue de quoi, nous pardonne-t-il ? Pas seulement pour effacer des fautes du passé mais pour nous permettre dès maintenant et pour le futur de repartir du bon pied. Le Seigneur nous pardonne pour que nous redevenions capables à nouveau de faire le bien. Son pardon n’est pas simplement un règlement de compte à propos d’une faute passée : c’est fini, on n’en parle plus, c’est un renfort pour l’avenir : il nous transforme et nous devenons capables de faire le bien à nouveau. Car en nous pardonnant le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre, comme il l’explique déjà en Ézéchiel : je vous donnerai un cœur nouveau, un esprit nouveau….. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et suiviez mes coutumes. (Ez 36,26-27). Le pardon du Seigneur nous rend capables, nous pécheurs, de faire le bien à nouveau, de construire un petit bout de royaume de Dieu là où nous vivons, de transformer notre monde plein de conflits, d’injustices et de violence en un monde où il y a un peu plus de paix, de justice et de charité. Moi, l’offensé, non seulement je dois éteindre toute rancune en moi, mais je dois devenir un foyer de charité rayonnant sur mon entourage. En transférant son cœur dans le mien, le Seigneur m’en rend capable. Que retenir de tout cela ?Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous demande de toujours pardonner. Pourquoi faut-il pardonner ? D’abord parce que nous sommes nous-mêmes des pardonnés. Notre Père, c’est la générosité absolue envers tous 24 h/24 ; Il est comme à l’affût, et au moindre mouvement de repentir, il se précipite pour nous pardonner et nous relever, alors que nous ne le méritons pas. En ce sens, le pardon est une injustice, l’injustice de la charité. Étant des pardonnés à qui le Seigneur remet beaucoup, nous ne pouvons pas ensuite, comme le mauvais serviteur de la parabole, nous montrer sans pitié envers ceux qui nous doivent un petit quelque chose.Il ne se contente pas d’effacer le péché, comme un coup de chiffon fait disparaître la poussière sur un meuble, il transfère son cœur dans le nôtre, nous rendant capables dès maintenant et pour l’avenir de faire le bien à nouveau. Nous ne pouvons donc pas nous prétendre chrétiens et agir autrement que lui. Jamais nous n’arriverons à faire aussi bien que lui, c’est vrai, mais chaque jour nous pouvons et même nous devons nous efforcer de faire toujours un peu mieux. L’évangile d’aujourd’hui, on pourrait peut-être le résumer en retournant les parolesdu Notre Père : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés et dire : Pardonnons-nous nos offenses comme il pardonne à ceux qui l’ont offensé !!!

Dimanche 20 septembre 2026 25e dim T.0. A

Dimanche 20 septembre 2026

(Is 55,6-9) (Ph 1,20c-24.27a) (Mt 20,1-16)

Donner le même salaire à quelqu’un qui a travaillé toute une journée et à quelqu’un qui n’a travaillé qu’une heure, c’est injuste. Un salaire, c’est la rémunération d’un travail exécuté, selon le barème fixé par une loi ou par un contrat établi d’après l’usage courant. Le salaire est toujours proportionnel à la quantité de travail fourni ou au temps passé pour le faire. Mais dans la parabole que nous venons d’entendre, en réalité, il ne s’agit pas d’un salaire, mais d’un accord à l’amiable entre le maître du domaine et ses ouvriers. Les termes utilisés, tant dans le texte latin que dans le texte grec, sont tout à fait clairs sur ce point. Le maître de la vigne est donc libre de faire ce qu’il veut de son argent, il peut donner à la fin de la journée la même somme à tous ses journaliers, qu’ils aient travaillé une heure seulement ou toute la journée, du moment que cette somme correspond à l’accord établi au moment de l’embauche. Personne n’est lésé.

Qu’est-ce que le Christ veut nous dire dans cette parabole ? Deux choses, je crois. Et une troisième ! D’abord que personne ne rentre dans la vigne si son propriétaire ne l’y invite pas. Personne ne rentre dans le royaume si le Seigneur ne l’y introduit pas. Mais ensuite et surtout, le Seigneur veut nous faire comprendre qu’entrer dans le Royaume n’est pas un droit, un salaire ou une récompense que nous aurions mérités en contrepartie de nos vertus ou de nos bonnes actions. C’est un don que le Seigneur nous fait et qui dépasse infiniment les mérites que nous pourrions avoir acquis par nos bonnes œuvres. Les Juifs ont besoin d’entendre cela. Beaucoup d’entre eux pensent qu’ils ont, de naissance, le droit d’entrer dans le royaume, puisqu’ils sont les fils d’Abraham avec qui Yahvé a fait alliance au Sinaï. Et un certain nombre de pharisiens pensent même qu’ils ont des droits sur Dieu, qu’ils peuvent exiger de lui des récompenses, en raison de leur observation minutieuse de la Loi.

Nous aussi aujourd’hui, nous avons besoin d’entendre ce message du Christ, parce qu’il nous arrive de penser que nous avons des droits sur Dieu : Après tout, je suis chrétien depuis l’enfance, je vais à la messe tous les dimanches, je fais partie de mouvements de spiritualité, je suis engagé dans les mouvements sociaux, je donne aux bonnes œuvres, il me semble que j’ai droit à un fauteuil d’orchestre dans le Royaume, je l’ai bien mérité. Tant mieux si nous sommes de bons chrétiens. Mais si aujourd’hui nous sommes ce que nous sommes, ce n’est pas de notre faute. Ce n’est pas dû à nos mérites. Certes, nous n’y sommes pas pour rien, mais c’est surtout au Seigneur que nous le devons. Nul ne vient à moi, si mon Père ne l’attire (Jn 6,44), nous dit l’Évangile. Nous le devons aussi à tous ceux qu’il a placés sur notre route, nos parents, nos éducateurs, nos amis. J’aime la façon dont Notre Dame s’explique dans le Magnificat : elle reconnaît sans complexe qu’elle est au-dessus de tout le monde : Toutes les générations me diront bienheureuse ; mais elle ajoute, tout de suite après : Le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles, je ne l’ai pas fait exprès, ce n’est pas de ma faute !!! Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu, et si vous l’avez reçu, de quoi vous glorifiez-vous comme si vous ne l’aviez pas reçu ? dira saint Paul aux Corinthiens. (1 Co 4,7)

Mais un troisième enseignement se dégage, me semble-t-il, de cette parabole : le maître de la vigne embauche tout le monde et n’importe qui, personne n’est exclu. Bien des contemporains de Jésus avaient tendance à penser que les pécheurs et les païens étaient exclus de l’alliance avec Yahvé. Aujourd’hui, on peut trouver des chrétiens qui pensent que les non-baptisés ou les non-pratiquants n’auront pas accès au royaume. C’est oublier que le Seigneur ne rejette personne. Les prêtres, les docteurs de la Loi, les pharisiens étaient choqués de le voir fréquenter les publicains et les pécheurs, de rentrer dans leur maison et de manger avec eux. Il répétait sans cesse : Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent (Lc 5,32). Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Lc 15,7). Parmi les Douze, il y avait au moins un publicain : Matthieu. Et n’oublions jamais que le premier homme dont nous soyons sûrs qu’il soit entré dans le Royaume, c’est un gangster, le bon larron. Malgré toute une vie de méfaits, il suffit d’une toute petite prière : Jésus, souviens-toi de moi (Lc 23,42) et, doublant tout le monde, il est entré au paradis.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Son cœur s’est ouvert pour reconnaître en Jésus la Voie qui menait à la Vérité et à la Vie. (Jn 14,6) Notre Père qui est aux cieux ne laisse personne de côté. Lorsque quelqu’un s’écarte, jamais il ne l’abandonne, mais il continue sans cesse de le rappeler. Souvent, on ne l’écoute pas. Mais quelquefois, même quand on est très loin, on répond et on revient. Je pense à saint Augustin. Pendant des années, il a mené une vie de bâton de chaise, au grand désespoir de sa mère, sainte Monique. Et puis un jour, il est revenu, il a reconnu : Tu nous as faits, Seigneur, pour Toi et notre cœur est sans repos, jusqu’à ce qu’il repose en Toi. Nous en avons tous fait l’expérience plus d’une fois : partis sur une mauvaise pente, notre conscience nous a fait des reproches et nous a pressés de revenir sur le droit chemin. Ce que nous appelons la conscience, c’est la voix du Seigneur qui nous a rappelés à vivre en plénitude.

L’histoire du bon larron nous montre ce qui est nécessaire pour entrer dans le royaume : aimer Dieu, comprendre que c’est lui qui donne la vie et s’en remettre complètement à lui. Pour le bon larron, soudainement, tout s’est éclairé. Les ténèbres ont disparu. Comme il est mort quelques instants après, il n’a pas eu à lutter, comme nous avons à le faire pour rester fidèles à ses nouvelles convictions. Pour nous, c’est souvent plus laborieux. Il nous faut lutter pour rester confiants malgré les tentations de doute ou de découragement. Mais quelque chose est semblable pour le bon larron et pour nous : ce n’est pas nous qui découvrons le Seigneur, c’est Lui qui se révèle à nous. Un jour, quelque chose nous touche, nous fait réaliser l’amour de Dieu pour nous. Il est clair désormais que le chemin à suivre, c’est le Christ et son Évangile. Cela ne veut pas dire que tout sera facile. Il y aura des tentations à surmonter, des poussées d’orgueil chercheront à nous faire reprendre notre indépendance et à suivre notre fantaisie. Mais avec l’aide de Dieu, nous continuerons à avancer.

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur appelle tout le monde à travailler à la vigne, à entrer dans le Royaume. C’est un privilège qu’il nous accorde sans que nous l’ayons mérité, un don qu’il nous fait et non pas quelque chose que nous aurions mérité par nos efforts. Il ne nous doit rien et nous lui devons tout. Le maître de la vigne a appelé des chômeurs qui traînaient dans la rue et les a sauvés de la misère. Le Seigneur nous a sauvés de la misère du mal, du péché et de la mort et appelés à travailler à sa vigne, à construire le royaume.

Que nous soyons des appelés de la première ou de la onzième heure, il ne nous reste qu’à le remercier de nous avoir appelés. Quel remerciement lui offrir ? Le meilleur remerciement que nous puissions lui offrir, c’est de travailler de tout notre cœur pour bâtir le Royaume, pour que, là où nous sommes, il y ait un peu plus de joie, de paix, de justice et de charité.

Dimanche 6 septembre 2026 23e T.O. A

(Ez 33, 7-9) (Rm 13, 8-10) (Mt 18, 15-20)

Si ton frère a péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, essaie encore avec une ou deux personnes ou avec l’aide de la communauté. De quoi s’agit-il ? De gagner celui qui a commis une faute, c’est-à-dire d’amener celui qui a mal agi à repartir du bon pied. Souvent, nous pensons que le pardon ou la réconciliation ne concernent que le passé, qu’il s’agit seulement d’opérer un règlement de comptes portant sur le passé, de tirer un trait sur le passé. Nous pensons que si l’offenseur manifeste un regret sincère de ses fautes passées et que si l’offensé fait preuve d’indulgence et de bonté, il y a pardon et réconciliation. Nous oublions que le pardon et la réconciliation entraînent un changement pour l’avenir de l’offenseur et de l’offensé. Pour Jésus en tout cas, l’avenir compte plus que le passé. Dès le tout début de son enseignement, dans le cas où des fautes ont été commises, le Seigneur ne dit pas simplement : repentez-vous, regrettez vos fautes passées, il exige davantage : « Convertissez-vous », dit-il, c’est-à-dire : en plus de vos regrets portant sur le passé, engagez votre avenir dans une nouvelle voie, changez de mentalité, revenez vers Dieu. C’est exactement ce que signifie le mot grec de l’évangile, métanoeïté, : changez de mentalité et revenez vers Dieu.

Le regret, le repentir, ce sont de très beaux sentiments, absolument nécessaires si on veut s’éloigner du mal et revenir vers le bien, mais ils demeurent parfaitement stériles, si on ne va pas plus loin. Par contre, ils cessent d’être stériles dès qu’ils deviennent changement de mentalité et retour vers Dieu. En face du mal et du péché, le seul remède efficace, c’est la conversion. Toute autre réaction est insuffisante. En effet, quelles sont les réactions possibles ? Laisser faire ? Ce serait catastrophique. Si on laisse faire celui qui agit mal, il en profitera pour recommencer. Punir ? Le résultat n’est pas garanti. La punition peut dissuader celui qui agit mal de recommencer, c’est vrai ; mais, mal appliquée, elle peut rendre le malfaiteur pire qu’avant ; c’est semble-t-il ce qui se passe avec la prison, d’où on ressort quelquefois pire qu’on n’est entré. Pardonner ? C’est très bien et le Christ nous en fait un devoir. Mais pardonner trop facilement peut encourager celui qui fait mal à récidiver. Ni l’indulgence, ni les sanctions, ni même le pardon, ne sont, en soi, efficaces. La seule solution vraiment efficace, est d’amener celui qui fait mal à changer, à se convertir. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais être indulgent, jamais punir, jamais pardonner. Mais cela veut dire que l’indulgence, la sanction ou même le pardon, ne sont des remèdes efficaces que lorsqu’ils emmènent plus loin, jusqu’à la conversion.

Eh bien justement, est-ce que nous nous préoccupons vraiment des conversions que nous devrions opérer pour être plus sérieux dans notre vie de chrétiens ? On a toujours à se convertir. En général, nous sommes capables de regretter le mal que nous avons fait. Nous sommes sincères lorsque nous récitons au début de la messe le ‘ je confesse à Dieu’ ou lorsque dans une prière personnelle nous récitons un acte de contrition, mais j’ai peur que nous ne pensions pas beaucoup aux changements que nous devrions faire pour être de meilleurs chrétiens. Quand nous allons nous confesser par exemple, nous faisons notre examen de conscience pour nous rappeler les fautes que nous avons commises, les regretter et en demander pardon. Très bien. Mais est-ce qu’il ne faudrait pas aussi chercher quelle conversion nous devrions faire, quel changement nous devrions opérer dans notre manière de vivre ? Dans la manière traditionnelle d’administrer le sacrement de réconciliation il y a la ‘pénitence’ donnée par le confesseur au pénitent après que celui-ci ait achevé son accusation. Mais souvent, cette pénitence paraît bien inappropriée. Je me souviens qu’un jour, j’étais alors étudiant, j’ai entendu un camarade qui disait en causant avec un autre : oh ! l’abbé un tel, tu lui dirais en confession que tu as tué trois fois ton père et ta mère, il te donnerait comme pénitence un Notre Père et deux Je vous salue Marie ! Cette réflexion m’a beaucoup frappé. Je me suis promis de faire attention, lorsque je serais prêtre à proposer aux pénitents des ‘pénitences’ plus adaptées à leur cas. C’est pourquoi, maintenant, lorsque j’entends des confessions, je m’efforce de demander au pénitent après qu’il a achevé son accusation : à votre avis, qu’est-ce qui est le plus grave dans tout ça, qu’est-ce qu’il faudrait changer tout de suite ? Ou bien je lui propose moi-même : d’après tout ce que vous dites, je pense que le plus urgent serait peut-être de changer votre manière de faire sur ceci ou cela, qu’est-ce que vous en pensez ? Je ne sais pas si cette manière de faire est parfaite, mais je n’ai pas trouvé mieux pour nous aider à comprendre que dans le sacrement de réconciliation, le but n’est pas de régler des comptes du passé, ni même de repartir comme avant, mais de changer et de repartir autrement et mieux qu’avant, forts de la grâce qu’on vient de recevoir.

Car, ne l’oublions pas, le pardon du Seigneur n’est pas quelque chose comme un coup de chiffon qui enlèverait la poussière sur un meuble. En même temps que le pardon du Seigneur efface, détruit le péché, il change notre cœur. Et nous rend capables de changer ; il l’avait déjà bien précisé par la bouche d’Ézéchiel : Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau… Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez mes coutumes. (Ez 36, 26-27). En malgache, c’est une belle expression, on dit que le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile le Seigneur nous demande, lorsque quelqu’un a mal agi envers nous, de le gagner, c’est-à-dire de l’amener à repartir du bon pied. Devant le mal, pas question de laisser faire sans réagir, bien sûr. Punir ou pardonner, ce n’est pas suffisant, cela ne donne pas toujours de bons résultats et on ne peut pas se contenter de regretter le mal commis dans le passé, il faut aller jusqu’à s’engager à faire autrement dans l’avenir. L’idéal, c’est d’arriver à ce que celui qui fait mal se convertisse. C’est pourquoi le Christ ne se contente pas de prêcher le repentir et le regret de ses fautes, plus exigeant, il nous dit : Convertissez-vous, c’est-à-dire : en plus de vos regrets portant sur vos fautes passées, engagez votre avenir dans une nouvelle voie, changez votre manière de faire et revenez vers Dieu.

Le Seigneur nous entraîne toujours à aller de l’avant. De même que la source emmène l’eau toujours plus loin, de même le Christ nous emmène toujours plus loin dans la connaissance et l’amour de Dieu. Si une source n’emmène plus l’eau un peu plus loin, c’est qu’elle est tarie. Si notre foi et notre pratique religieuse cessent de nous emmener plus avant, c’est figé et bientôt ce sera complètement mort. On ne peut pas rester figé dans le passé. Les traditions du passé, ce sont les fondations de l’avenir, elles constituent une sorte de tremplin qui donne de l’élan pour aller plus loin. Un tremplin cesse d’être un tremplin si on ne s’en sert pas pour aller plus loin. Les traditions cessent d’être des traditions si elles ne servent plus à aller plus loin. Elles ne sont plus que des fétichismes plus ou moins, mais toujours ridicules.

Dans la vie chrétienne, on ne peut jamais s’arrêter en pensant qu’on en a fait assez. J’aime l’expression de Saint-Exupéry qui disait : Il n’y a pas de repos, sinon dans la paix des moissons, quand Dieu engrange.

Dimanche  23  Août  2026, 21e dim. T.O. A

(Is 22,19-23) (Rm 11,33-36) (Mt 16,13-20)

Pour vous, qui suis-je ? C’est cette question adressée par Jésus à ses apôtres que je commenterai dans l’homélie aujourd’hui. Jésus intriguait. On se demandait : qui est-il vraiment ? Beaucoup voyaient en lui un prophète. Sa prédication faisait penser à celle d’Élie qui ne s’adressait pas seulement aux Juifs, mais aussi aux étrangers. Parfois, il répétait mot pour mot des paroles de Jean Baptiste : « Convertissez-vous ; le Règne de Dieu s’est approché. » (Mt 3,2) (Mt 4,17) Et, comme Jérémie, il annonçait la ruine du Temple (Mt 24,2). Certains se demandaient s’il ne serait pas le Messie. En général, il était bien vu ; son enseignement comme ses miracles impressionnaient les foules. Par contre, les prêtres, les docteurs de la Loi, l’ensemble du milieu clérical et les pharisiens lui étaient profondément hostiles, lui reprochant de violer la Loi, d’introduire des nouveautés et de détruire la religion. D’après eux, il fallait respecter la Loi jusque dans les moindres détails, et surtout ne rien changer aux coutumes habituelles. Tout était affaire de pratiques extérieures.

Jésus critiquait une telle interprétation légaliste de la religion. Pour lui, l’important était d’aimer Dieu et l’amour devait inspirer toute la vie. Il était bon et miséricordieux, même envers les pécheurs. Les prêtres, les docteurs de la Loi et les pharisiens, au contraire, passaient leur temps à juger, condamner et mépriser les gens simples, lesquels étaient heureux d’entendre Jésus remettre en place tous ces notables arrogants. On ne savait plus que penser. Fallait-il suivre l’opinion du plus grand nombre qui voyait en Jésus un prophète et un juste ? Ou fallait-il se rallier au point de vue des officiels de la synagogue, prêtres, docteurs de la Loi, lévites, etc., et d’un grand nombre de pharisiens qui voyaient en Jésus un révolutionnaire et un impie qui détruisait la religion ?

C’est dans ce contexte troublé que Jésus demande à ses disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, toujours le premier à réagir, répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Tu es le Christ, c’est-à-dire celui qui a reçu la consécration, l’investiture. Jésus avait reçu cette investiture le jour de son baptême, lorsque l’Esprit Saint était descendu sur lui, tandis qu’une voix venue du ciel disait : « Tu es mon Fils bien-aimé. » (Mt 3,17) Tous les assistants en avaient été témoins. Pierre affirme donc ici : tu es le Christ, c’est-à-dire consacré, mais pas comme un simple prophète, tu es aussi Fils de Dieu. Reprenant la parole, Jésus félicite alors Pierre, soulignant qu’il n’a pas trouvé cela tout seul : « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui es aux cieux. » Carpersonne ne peut connaître Dieu. Notre intelligence est trop courte pour l’atteindre et notre cœur trop étroit pour le comprendre. Pour que quelqu’un croie que le Christ est Dieu, il faut que le ciel l’éclaire. « Nul ne vient à moi si mon Père ne l’attire » (Jn 6,44), disait Jésus à ses auditeurs, et saint Paul écrira plus tard aux Corinthiens : « Nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint. » (1 Co 12,3) Mais tout le monde n’accueille pas cette révélation. « Ils ont des yeux pour voir et ne voient point, des oreilles pour entendre et n’entendent pas, car c’est une engeance de rebelles. » (Ez 12,2), disait déjà le prophète Ézéchiel. Combien ont vu le Christ de leurs yeux et l’ont entendu de leurs oreilles, mais ne l’ont pas reconnu ?

Et pour nous aujourd’hui, qui est le Christ ? Un certain nombre d’incroyants le regardent comme un grand sage qu’ils estiment et respectent. Ils le rangent quelque part entre Socrate et Confucius.

Ils ont une Bible dans leur bibliothèque, mais l’ouvrent rarement. Le Christ n’a pratiquement rien à voir avec leur vie de chaque jour.

Parmi les croyants, certains, tout en le reconnaissant comme Dieu, le considèrent comme encore assez lointain, sans grande incidence sur leur vie quotidienne, mais il a quand même une certaine place dans leur existence. Surtout en cas de difficulté ou d’épreuve où ils font appel à lui. Ils ont confiance en lui, sûrs que, dans sa bonté, il va leur venir en aide, mais le reste du temps, quand tout va bien, il n’est guère présent. C’est un peu comme s’il était une sorte de roue de secours. La comparaison peut paraître incongrue, mais, en fait, elle convient tout à fait. Sa roue de secours, on y tient. On veille à ce qu’elle soit toujours à sa place dans le coffre de la voiture, mais on ne s’en sert pas tous les jours, et même, on espère qu’on n’aura pas à s’en servir. Elle est toujours là, en cas de coup dur, mais on espère bien qu’on n’en aura pas besoin. De même, pour certains croyants, le Christ est toujours là quelque part en réserve, mais on espère bien pouvoir résoudre les problèmes quotidiens avec ses moyens ordinaires : son intelligence, son argent, sa débrouillardise, sans avoir à faire appel à lui.

Et puis, il y a des croyants qui regardent le Christ comme celui qui leur a donné la vie, l’intelligence et tous les talents qu’ils possèdent. Ils le voient comme l’origine de tout ce qu’il y a de bien en eux et dans le monde. Ils croient que, depuis leur baptême, ils sont greffés sur le Christ et qu’il leur a confié la tâche de construire, là où ils sont, un petit bout de royaume de Dieu où il y ait un peu plus de paix, de justice et de charité. Du coup, le Christ n’est plus simplement une sorte de « Dieu-roue-de-secours », précieux, certes, mais utile seulement en cas de crevaison. Il serait plutôt une sorte de « Dieu-moteur » qui permet à la voiture de rouler, et même une sorte de « Dieu-GPS » qu’ils consultent constamment pour rester sur le bon chemin. Ils demeurent donc continuellement attentifs à la présence du Christ dans leur vie, mais sans tension ni inquiétude parce qu’ils savent que le Christ les aime et veut le meilleur pour eux. Saint Paul appelait cela rester sur le qui-vive dans l’action de grâces. (Col 4,9) Je suis sûr que chacun de nous voudrait bien faire partie de ce genre de chrétiens.

Que retenir de tout cela ?

Pour vous, qui suis-je ? Avec cette question, le Seigneur nous met au pied du mur. Est-ce que, comme les incroyants, je le considère simplement comme un sage que je range entre Socrate et Platon ? Ou bien est-ce que, pour moi, il est Dieu, mais un Dieu encore lointain qui n’a guère d’incidence sur ma vie de chaque jour, mais assez proche cependant pour être secourable, venir à ma rescousse quand je suis en difficulté, mais le reste du temps, quand tout va bien, je l’ignore ? Ou bien le Christ est-il pour moi le Dieu qui a créé toutes choses, qui est la source de ma vie, de tout ce qu’il y a de bien dans le monde et qui vit en moi ? Est-ce que je ne veux rien faire qui m’écarte de lui ? Est-ce que je voudrais qu’il m’inspire et avec qui je voudrais être toujours en parfaite communion ? Est-ce que, dans mes meilleurs moments, je dis comme Claudel : « Je vois bien des manières de ne pas être, mais il n’y a qu’une manière seule d’être, qui est d’être en vous. »

Tout heureux d’entendre de la bouche de Pierre une profession de foi vibrante qui répond à la question qu’il avait posée, Jésus reprend la parole et l’institue chef de l’Église : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église… Je te donnerai les clés du Royaume. » Jésus sait bien que Pierre n’a pas toutes les qualités qu’il faudrait pour cela, mais, de toute façon, le Christ sait bien que personne n’a jamais les qualités nécessaires pour répondre à la vocation à laquelle il est appelé ; c’est pourquoi il se charge lui-même de nous former : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mc 1,17), dit-il à ses apôtres lorsqu’il les choisit. Aujourd’hui encore, le Seigneur demande à ceux qu’il appelle de faire des choses qui dépassent leurs capacités. Mais la grâce, qui est le pouvoir donné aux hommes de faire par eux-mêmes ce qu’ils ne peuvent pas faire par leurs propres forces, nous permet de nous en sortir.

L’évangile d’aujourd’hui se termine par une consigne surprenante de Jésus qui demande à ses apôtres de ne révéler à personne qu’il était le Messie.

Dimanche 12 juillet  2026 15e dim. T.O. A

(Is 55,10-11) (Rm 8, 18-23) (Mt 13,1-23)

Après la parabole du semeur, l’évangile d’aujourd’hui nous rapporte une longue discussion où le Christ répond à la question des apôtres ’Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?’

Comme souvent, Jésus ne répond pas directement à la question posée. Il explique simplement : ‘A vous, il a été donné de comprendre les mystères du Royaume, mais ce n’est pas donné à ceux là…….ils regardent sans regarder, ils entendent sans entendre ni comprendre.’ Autrement dit : quand je parle en paraboles, un tri s’opère : certains comprennent, d’autres non. Pourquoi ? Est-ce Dieu qui ne veut parler qu’à certains, ignorant les autres ? Certainement pas. Car ‘Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité’ (1Tm 2,4) Il a toujours mis tout en œuvre pour cela, à travers l’envoi de sages et de prophètes, puis à travers l’envoi de son propre Fils. Si certains ne comprennent pas, c’est qu’ils ne veulent pas s’ouvrir à la connaissance de la vérité. En effet une parabole pique la curiosité. Ceux qui sont vraiment intéressés par ce qu’ils entendent, réfléchissent, se posent des questions, cherchent à comprendre, et le Seigneur les éclaire ; tandis que ceux qui ne sont pas intéressés, ne prêtent pas attention, s’enferment sur eux-mêmes, ne cherchent pas à comprendre, et le Seigneur ne les éclaire pas.

C’est une chose curieuse que le dialogue entre Dieu et l’homme. Au départ, le contact parait impossible. De notre côté, nous ne pouvons pas rejoindre Dieu. Notre intelligence est trop courte pour comprendre sa pensée.  ‘Dieu est plus grand que notre cœur.’ (1 Jn 3,20). Du côté de Dieu, il ne veut pas nous contraindre à recevoir sa parole, ni entrer en force dans notre cœur.

 Mais, chacun faisant un pas en direction de l’autre, le contact s’établit. De son côté, sans jamais parler trop fort le Seigneur lance des appels discrets : ‘Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !’ Et il nous a promis de se laisser rejoindre. ‘Cherchez et vous trouverez. (Mt 7,7) Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. Je me laisserai trouver par vous.’ (Jr 29,13-14). De notre côté, notre liberté reçoit ou refuse le message. Le Seigneur nous laisse le dernier mot.

Mais comment se fait-il que nous refusions d’entendre le Seigneur ? Il peut y avoir plusieurs raisons à cela et la parabole du semeur les passe en revue. Parfois nous ne recevons pas la parole de Dieu parce que la Parole du Seigneur tombe sur nous comme une graine qui tomberait sur le bord du chemin où il n’y a pas de terre du tout. C’est lorsque nous ne ressentons pas le besoin ou la nécessité de la religion qui nous apparait comme quelque chose de complètement étranger et inutile par rapport à notre vie quotidienne. Cela nous apparaît comme un luxe superflu ou un loisir facultatif. Nous n’y sommes pas opposés, nous ne sommes pas contre Dieu, nous regardons même avec sympathie ceux qui s’y intéressent comme on regarde avec sympathie ceux qui font de la musique ou du yoga. Mais tout ça, ne nous paraît pas sérieux, c’est pour des gens qui ont du temps à perdre. Nous, nous avons à nous occuper de notre vie de chaque jour. Dieu, c’est du temps perdu.

Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme du grain sur un sol pierreux. Il y a un peu de terre, mais pas assez. C’est lorsque nous accueillons avec joie la parole de Dieu, et nous lui accordons une certaine place dans notre vie, mais quand un souci ou une préoccupation surviennent alors nous estimons plus urgent de nous en occuper et nous laissons tomber la parole

de Dieu. Ce n’est pas que nous ne l’aimions pas au contraire, nous voudrions bien l’accueillir mais nous avons d’autres choses à faire qui nous paraissent nettement plus urgentes.

Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme du grain sur un sol déjà entièrement occupé par des ronces. Le grain ne peut pas entrer dans la terre, il n’y a plus de place. C’est lorsque nous sommes complètement absorbés par les préoccupations immédiates, noyés dans les choses à faire aujourd’hui, immédiatement, dans les obligations quotidiennes : la bonne marche du foyer, l’éducation des enfants, les problèmes de santé, les soucis professionnels, les problèmes d’argent etc. tout cela est urgent, cela ne peut pas attendre. Dieu, encore une fois, on n’est pas contre, mais pour le moment, on n’a vraiment pas de temps à lui consacrer, on verra après.

Et puis, heureusement, parfois le grain tombe sur de la bonne terre, c’est lorsque nous sommes réceptifs, pas encombrés, pas noyés dans le quotidien. Une idée nous est venue à l’esprit quelque chose a touché notre cœur. Mais ce sont des moments trop rares.

En un mot, nous sommes peut-être rarement comme le terrain des bords des chemins où il n’y a pas du tout de terre où le bon grain pourrait pousser.  Mais la plupart du temps nous sommes soit comme le terrain pierreux : nous voudrions bien accueillir la parole de Dieu, mais débordés par nos préoccupations nous n’y arrivons pas, ou comme le terrain plein de ronces, encombrés par  soucis immédiats, le bon grain de la parole de Dieu, nous n’avons plus de temps à lui consacrer. Dans un cas comme dans l’autre nos soucis sont un obstacle à la parole de Dieu.

Comment faire pour nous occuper de nos soucis sans négliger l’écoute de la parole de Dieu ? peut-être tout simplement en intégrant le Seigneur à nos soucis : au lieu de nous dire : comment réagir devant telle difficulté dans ma profession ou ma vie de famille, nous dire : comment le Seigneur veut-il que je m’y prenne ? Car c’est dans l’exercice de ma profession et dans le déroulement de ma vie de famille, que le Seigneur veut que je fasse sa volonté. En portant nos soucis devant le Seigneur dans la prière, au lieu d’être des obstacles qui nous empêchent d’écouter la parole de Dieu et de faire sa volonté, nos soucis deviennent le lieu, le chemin et le moyen par lequel nous mettons en œuvre la parole de Dieu et réalisons sa volonté.

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur sème sa parole dans le cœur de tous les hommes, sans laisser personne de côté. Souvent ce sont nos soucis et nos préoccupations quotidiennes qui nous empêchent d’entendre sa parole. Pourtant loin d’être des obstacles qui nous séparent de Dieu, nos soucis et nos préoccupations de chaque jour sont le lieu où il nous attend pour nous communiquer ses volontés et le chemin qu’il nous offre pour aller vers lui.

C’est lorsque nous essayons de nous sortir de nos difficultés tout seuls, par nous-mêmes, que nos travaux, nos préoccupations, nos soucis deviennent des obstacles qui nous séparent de lui, et nous empêchent d’entende sa parole ; mais si, devant nos difficultés, nous nous tournons vers le Seigneur pour lui demander : Comment veux-tu que je fasse ? Que veux-tu que je fasse ? Alors, il nous répond, non pas à travers des apparitions ou des manifestations spectaculaires mais simplement à travers des idées qui nous viennent à l’esprit ou des sentiments qui touchent notre cœur, nous rapprochent de lui et nous amènent à faire sa volonté. Alors nos travaux nos soucis et nos préoccupations deviennent le chemin par lequel nous avançons vers le Seigneur, ils deviennent le moyen par lequel nous édifions le petit bout de Royaume que le Seigneur nous invite à construire.

Dimanche 28 juin 2026 13e dimanche T.O. A

Dimanche 28 juin 2026(2 R 4,8-11.14-16a) (Rm 6,4-8.11) (Mt 10,37-42)

Qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… il ne peut être mon disciple. Au premier abord, nous trouvons de telles exigences bien sévères. Mais en y réfléchissant, il n’y a peut-être là rien d’exagéré. Si j’aime quelqu’un plus que Dieu, c’est lui qui est devenu mon Dieu. De plus, mon père, ma mère, mon fils ou ma fille, c’est le Seigneur qui me les a donnés. Celui qui donne, on doit l’aimer plus que ce qu’il donne. C’est du bon sens.Devant les dons de Dieu, deux attitudes sont possibles. Ou bien je vais me jeter dessus et en profiter sans aucune retenue, comme j’en ai envie, ou bien, réalisant qu’ils viennent de Dieu, je vais tenir compte de son point de vue à lui, qui me les a donnés. Les dons de Dieu sont à mon entière disposition, mais il va falloir les utiliser dans sa pensée à lui. C’est déjà vrai pour n’importe quel bien que nous nous procurons. Si j’achète une voiture, elle est à mon entière disposition. Mais je ne peux pas en faire n’importe quoi. Je suis bien obligé de l’utiliser dans la pensée de son constructeur, c’est-à-dire pour rouler sur la route et pas pour grimper aux arbres !!! De même avec les dons de Dieu, comme le laisse entendre une des prières de la messe : Père très saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour : tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. L’expérience nous le montre : si nous utilisons les dons de Dieu selon l’intention du créateur, alors tout va bien, nous dominons la création, mais si nous n’utilisons pas les dons de Dieu selon son intention, alors tout va mal, c’est le désordre, la violence, les guerres et les malheurs de toutes sortes.Poursuivant son discours, Jésus précise encore que pour être des siens il faut prendre sa croix et suivre son exemple. Ce n’est pas très engageant. Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Est-ce que le but du Christ serait de voir des disciples souffrir toute leur vie ? C’est blasphémer que de dire des choses pareilles. Qu’est-ce qu’il veut dire par prendre sa croix ? Vue de notre côté, et à première lecture, la croix, la mort du Christ sur la croix, voir un juste persécuté, supplicié et exécuté ainsi, c’est insupportable, inadmissible. Ce genre de mort, qui était le genre de mort réservé aux esclaves, est non seulement cruel mais honteux et humiliant, et c’est d’autant plus honteux et insupportable que tout cela est arrivé à cause de nos péchés.Mais en y réfléchissant davantage, et vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix se révèlent beaucoup plus complexes. D’abord Jésus n’est pas la victime de ses ennemis qui se seraient emparés de lui par la force. Il s’est offert lui-même à ses bourreaux. Au soir du Jeudi saint, il le confiait à ses disciples : Ma vie, personne ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jn 10,18) Il est monté à Jérusalem, sachant ce qui l’attendait. Par trois fois, il avait annoncé à ses apôtres, à l’avance, sa passion, sa mort et sa résurrection. Il s’est offert à ses bourreaux. Il ne considérait pas du tout son supplice et sa mort sur la croix comme quelque chose de honteux. Ce même soir du Jeudi saint, parlant à ses apôtres de sa passion, de sa mort et de sa résurrection imminentes, il a cette parole étonnante : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jn 12,23) Où est la gloire dans ce drame cruel et honteux ? En ceci que, vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, par-delà la cruauté et la honte de ce drame, révèlent le triomphe de l’amour du Christ. Lorsqu’on est en train de le tuer, il prie le Père : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Lc 23,34) Autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, moi je vous aime encore. L’amour de Dieu est plus fort que le mal et la haine des pécheurs. On ne pouvait pas faire pire. Faire mourir le Christ en croix, c’est le pire que le mal et le péché pouvaient faire, c’est le summum du mal et du péché, mais toute la puissance du mal et du péché ont été vaincues par la toute-puissance de l’amour du Christ qui, tel un tsunami, a recouvert et noyé le mal, le péché et la mort. C’est là que se révèle la gloire du Christ à travers la toute-puissance de son amour vainqueur du mal, du péché et de la mort.Vues de notre côté, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est un crime abominable et honteux.Vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est le triomphe glorieux de l’amour du Christ sur la haine, le mal et le péché des hommes. C’est pourquoi on parle de la croix glorieuse du Christ, et qu’on la célèbre chaque année solennellement le 14 septembre.Dès lors, quand le Christ nous dit que pour être son disciple, il faut prendre sa croix, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que pour être son disciple, il faut l’aimer d’un amour assez fort pour accepter de souffrir pour lui, et même jusqu’à accepter de mourir pour lui s’il le faut, mais c’est là une hypothèse tout à fait improbable. Accepter de souffrir pour ceux qu’on aime, il n’y a rien là d’exceptionnel. On vit cela partout dans toutes les familles. Cela ne veut pas dire que ce soit facile.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, le Seigneur nous demande de l’aimer par-dessus tout autre amour, même par-dessus l’amour qu’on doit à ses proches, à ses parents, à son mari, à sa femme, à ses enfants. Cela peut paraître abusif, exagéré. Mais si on y réfléchit, c’est du bon sens : en effet, ceux que j’aime, c’est Dieu qui me les a donnés. Mes parents, mon conjoint, mes enfants, c’est Dieu qui me les a donnés, il est donc normal que je l’aime encore plus, lui le donateur, que les dons qu’il m’a faits.L’amour que j’ai pour mes proches devrait me conduire à aimer Dieu toujours plus, toujours mieux. Jamais il ne devrait être rival ou opposé à mon amour pour Dieu. Normalement nous devrions aimer Dieu, être si attachés à lui que tout autre attachement devrait lui être subordonné et en harmonie avec lui. Si j’aime quelqu’un ou quelque chose plus que lui, ce quelqu’un ou quelque chose devient Dieu à la place de Dieu. C’est contre nature, absurde et vicieux.Dans cet évangile le Christ nous demande aussi de l’aimer tellement que nous soyons prêts à souffrir pour lui et porter notre croix. Quand on aime, non seulement on accepte de se sacrifier pour ceux qu’on aime, mais on est heureux de le faire. Cela se voit et se vit dans toutes les familles. Antoine de Saint-Exupéry disait : « Que ton Dieu te soit plus réel que le pain où tu plantes tes dents ; alors t’enivrera jusqu’à ton sacrifice, lequel sera mariage dans l’amour. »

Dimanche  21 Juin  2026, 12e dim. T.O. année A

(Jr 20, 10-13) (Rm 5, 12-15) (Mt 10, 26-33)

Le Christ vient d’envoyer les douze apôtres en mission. Il leur a donné ses consignes : Soyez prudents comme des serpents et candides comme des colombes. Il les a prévenus Prenez garde aux hommes, les autorités tant civiles que religieuses vous traîneront devant les tribunaux et vous maltraiteront, mais ne vous inquiétez pas de savoir que dire ou comment parler! l’Esprit que le Père vous enverra  parlera en vous. (Mt.10,16,17,20) Aujourd’hui il conclut sa mise en garde : Ne les craignez donc pas, ayez confiance dans le Père : Pas un moineau ne périt sans que votre Père le veuille.  A ses yeux vous valez bien plus que tous les moineaux du monde, les apôtres ont bien reçu le message. Ils ont fait face à toutes sorte d’oppositions et de persécutions. Presque tous sont morts martyrs, mais l’évangile s’est répandu par toute la terre.

Devant cela, aujourd’hui, nous qui sommes aussi disciples du Christ, nous ne pouvons pas nous contenter d’applaudir les performances des douze et de leurs successeurs qui nous ont apporté la foi. Pouvons-nous être disciples du Christ-envoyé-du-Père sans être aussi envoyés ? Baptisé dans la vie du Christ envoyé du Père , tout chrétien  participe à sa vie d’envoyé. Il ne peut pas faire autrement. Même s’il n’a pas à prêcher l’évangile comme le Christ à travers les villes et les villages ou comme un curé de paroisse  à la messe le dimanche, il va transmettre sa foi à travers sa manière de vivre et la communiquer à ses enfants, à ses proches et à son entourage. On ne peut pas être un chrétien passif. Si on est chrétien, on est contaminé par l’élan et le dynamisme du Christ envoyé. On ne peut pas ne pas partager à son entourage ce qu’on a reçu du Seigneur, avec force et efficacité, mais aussi avec simplicité et discrétion, sans recourir à une publicité indiscrète ou une propagande tapageuse. Regardez le coronavirus, il ne fait pas beaucoup de bruit, mais il est terriblement contagieux !!! Sommes-nous suffisamment contagieux ?

Dans le monde qui nous entoure, ce n’est pas facile d’être témoins de l’évangile. Dans notre pays, il n’y a pas de persécutions à proprement parler, c’est vrai  La législation officielle vise à faire régner une laïcité respectueuse de toutes les opinions et de toutes les croyances. Dans la réalité toutefois, cette laïcité n’empêche  pas toujours une sourde hostilité. Dans tel secteur de la défense nationale, on filtre le nombre d’officiers chrétiens. Dans l’administration, il n’est pas bien vu qu’un fonctionnaire aille à la messe le dimanche. Dans les milieux universitaires, on n’égorge pas les chrétiens, mais souvent, l’atmosphère est agressivement antireligieuse, ce qui étonne et scandalise les étudiants étrangers. Un éditorialiste de la Vie catholique a pu faire remarquer ;“la notion de Dieu a été supprimée des programmes de philo, alors même que le questionnement métaphysique est  à l’origine de la discipline. Tout se passe comme si la laïcité s’était transformée en athéisme et en athéisme militant agressif qui exclut l’expression religieuse de tous les compartiments de la société. “ (N°3747 du 27/6/2017) Ne soyons pas naïfs mais ne dramatisons pas. La situation chez nous n’a rien de tragique. Pensons plutôt à tous ces chrétiens obligés de quitter leur travail, leur famille et même leur pays devant les persécutions violentes dont ils sont l’objet, en particulier dans les pays où sévit l’extrémisme islamiste.

Ce qui gêne le plus, peut-être, dans nos efforts pour témoigner de l’évangile, c’est l’énorme indifférence envers tout ce qui est religieux d’une grosse majorité de gens qui ne pensent qu’à l’argent. Les pauvres sont pris à la gorge par le souci de trouver assez d’argent pour satisfaire

leurs besoins quotidiens immédiats. Les riches sont obsédés par la préoccupation d’accroître leur fortune. Dans certains pays, des lois sociales empêchent le pire, mais ailleurs, pour survivre, même des jeunes enfants qui n’iront jamais à l’école, sont déjà soumis à des travaux très durs, qui mettent parfois leur vie en péril et des millions d’hommes sont obligés d’émigrer pour tenter de survivre. On ne cherche pas un progrès qui soit un progrès de la qualité de  la vie mais un progrès qui augmente la rentabilité des capitaux engagés. L’argent est LA référence. C’est curieux de voir, par exemple,  qu’on ne dit pas que telle chanson est belle, on dit que son enregistrement s’est vendu à tant de millions d’exemplaires…

Pourtant, personne n’est heureux de vivre dans un tel univers où il n’y a guère de place pour la paix, la justice et la charité de l’évangile. Tout le monde voudrait pouvoir vivre autrement. Cela veut dire que Dieu reste présent dans notre monde et continue de nous appeler à le transformer en un monde où enfin règneraient la paix, la justice et la charité. C’est pourquoi chacun, là où il vit, s’efforce de faire régner un climat chrétien autour de lui, afin que chaque personne soit respectée, quelle que soit la couleur de sa peau, sa religion ou son rang dans la société. Enfin on   garde le souci du bien commun, parfois même jusqu’à s’engager en politique, ne serait-ce qu’au niveau du quartier ou de la commune où nous vivons parce que le pape Paul VI osait le dire la politique est une forme privilégiée de la charité.

 Et dans la réalité, c’est un fait, même si la situation est loin d’être idéale, il faut le reconnaître outre l’engagement individuel des chrétiens, l’Eglise en tant qu’institution, exerce une influence non négligeable dans la société pour limiter les dégâts que pourrait causer la course sauvage d’un progrès matérialiste inhumain. Il est incontestable que les lois sociales qui, dans un certain nombre de pays, protègent les travailleurs contre les excès d’un progrès matérialiste aveugle, sont d’inspiration chrétienne, Des encycliques comme Rerum Novarum  qui, lors de la première révolution industrielle, a réaffirmé les impératifs d’une morale sociale chrétienne, ou, tout récemment  l’encyclique Magnifica Humanitas qui vise à protéger l’humanité contre les dangers potentiels de l’Intelligence Artificielle, sont prises très au sérieux par tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de l’humanité, en particulier les économistes et les hommes politiques, même s’ils ne sont pas chrétiens. Donc n’exagérons rien. Oui, celui qui veut témoigner de sa foi et mettre en avant les valeurs de l’évangile rencontrera de l’hostilité et de l’opposition, mais ce n’est pas  insurmontable.

En conclusion

Si nous sommes chrétiens nous sommes contaminés par l’élan et le dynamisme du Christ envoyé, vivant en nous depuis le jour de notre baptême. Nous sommes devenus contagieux. Nous ne pouvons pas ne pas partager autour de nous ce que nous avons reçu. Si le Christ lui-même a rencontré de l’opposition et de l’hostilité, il ne faut pas nous étonner d’en rencontrer nous aussi : le disciple n’est pas au-dessus du maître. Cependant il n’y a pas  que cette opposition et cette hostilité, dans nos vies. Le Seigneur aussi y est présent avec toute la force et l’efficacité de sa grâce. C’est pourquoi le Christ peut nous dire : Ne craignez pas. Il sait qu’il ne nous propose pas une tâche facile. Mais il sait aussi qu’il demeure à nos côtés pour nous assister dans nos efforts. Et ça marche ! Une douzaine de pécheurs à peu près illettrés ont réussi à répandre l’évangile par toute la terre. Un de mes profs de théologie disait : la grâce, c’est le pouvoir donné à l’homme de faire par lui-même ce qu’il ne peut pas faire par ses propres forces. Et tous ceux qui se sont lancés d’une manière ou d’une autre pour proclamer en pleine lumière et crier l’évangile sur les toits savent qu’ils peuvent compter sur Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Ep 3,20)