L’eau, c’est la vie !
Cette petite phrase de Laurent m’a réconcilié avec la pluie. L’eau, c’est la vie en effet : notre corps est composé en grande partie d’eau et, si nous restons trop longtemps sans boire, nous mourons rapidement.
Dans l’Évangile de Jean, qui utilise souvent les choses de la vie courante pour nous parler des réalités d’en haut, cette soif est le symbole d’une autre soif : une soif d’infini qui habite notre cœur. Une soif tellement grande que nous ne la connaissons jamais entièrement et qui se manifeste par d’autres soifs : la soif de l’affection, la soif de la sécurité, la soif de la reconnaissance, la soif d’être compris, la soif de donner la vie, la soif de la paix.
Toutes ces soifs, nous pouvons les combler pendant un moment. Mais très vite, une autre surgit du puits sans fond qu’est notre cœur.
« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait saint Augustin.
Il n’y a finalement que Dieu qui peut étancher la soif de notre cœur, car Dieu est toujours nouveau. Dieu est le jaillissement de la vie.
Et Jésus, dans l’Évangile, fait accéder la Samaritaine à ce jaillissement de vie.
Voilà une femme que la soif d’affection a conduite à avoir cinq maris, qui vit maintenant avec un homme qui n’est pas son mari. Elle vient puiser de l’eau à l’heure la plus chaude pour ne rencontrer personne, pour n’être pas regardée en coin, pour n’être pas l’objet des moqueries et des cancans.
Une femme seule.
Jésus, comme nous, a soif physiquement et s’assoit pour se reposer. Il ne devrait pas s’adresser à une femme, et encore moins à une Samaritaine. Mais il a soif de faire naître en elle la source jaillissante. Et cette soif est plus forte que les conventions sociales.
Cette soif le conduira d’ailleurs à donner sa vie. Et sur la croix, il dira encore : « J’ai soif. »
Il donnera sa vie pour que jaillisse de son cœur l’eau vive et qu’elle jaillisse aussi dans notre cœur.
Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine commence par un quiproquo. Jésus lui parle d’eau vive et la femme reste au niveau matériel. Elle pense à une eau qui éviterait de revenir au puits.
Alors Jésus va la conduire plus profondément, dans les profondeurs de son cœur. Il lui rappelle ses soifs d’affection successives, jamais comblées. Mais il le fait avec délicatesse. Il souligne même qu’elle dit vrai lorsqu’elle affirme qu’elle n’a pas de mari.
Peu à peu, quelque chose se dégage en elle. Puis Jésus se révèle à elle comme le Messie.
Alors elle court vers les gens du village pour leur parler de cet homme qui pourrait bien être le Messie. Et détail magnifique : elle laisse sa cruche. Elle est venue pour puiser de l’eau… et voilà que la source a jailli en elle.
Mais comment son cœur a-t-il été dégagé des pierres et du sable qui l’obstruaient ?
Par la foi.
Cette foi dont saint Paul nous dit qu’elle « nous donne accès à la grâce », c’est-à-dire à la source de l’amour qui a été répandue dans nos cœurs : l’Esprit Saint.
La foi ouvre notre cœur à la relation avec Jésus. Et Jésus nous donne l’Esprit, cette source intérieure qui ne cesse de jaillir et qui nous pousse aussi à le faire connaître.
Dans la première lecture, les Hébreux, soumis à la soif et menacés de mort dans le désert, mettent Dieu à l’épreuve en disant :
« Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »
Qui d’entre nous ne s’est pas posé cette question aux heures sombres de la vie ?
Oui, le Seigneur est au milieu de nous. Il est, par l’Esprit reçu à notre baptême, présent au fond de notre cœur.
Si nous connaissons l’épreuve des différentes soifs, il est avec nous pour nous aider à tout traverser. Il est celui qui ne finit jamais de jaillir en nous. Il est celui qui nous donne l’énergie, qui nous fait vivre la surprise de nous sentir bien et d’avancer.
Alors rendons grâce à Dieu pour l’Esprit, sa vie même, qui ne demande qu’à jaillir et à se faire connaître à tous les hommes.
La soif de Jésus de la faire jaillir est contagieuse.
Loué sois-tu, Seigneur.
Merci pour cette homélie qui nous rejoint dans notre vie de tous les jours
Oui , Loué sois-tu Seigneur !