Vincent Lascève

Dimanche 21 juin 2026, 12e dim T.O. A

Frères et sœurs,

L’Évangile que nous venons d’entendre a un message simple : « Vous serez persécutés à cause de mon nom, mais ne craignez pas, n’ayez pas peur, car je suis avec vous. » Voilà le résumé de cet Évangile.

Cet Évangile est adressé aux apôtres dans la suite de ce que nous avons entendu dimanche dernier lorsqu’il les envoyait proclamer que le royaume des cieux est proche et guérir. Mais juste après, il leur disait aussi : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Et il prédisait aussi que, pour les communautés chrétiennes qui naîtraient de leurs prédications, viendraient la persécution, les procès, les flagellations, les condamnations à mort et même les trahisons à l’intérieur des familles.

Et c’est dans ce contexte que Jésus parle à ses apôtres, un contexte de persécution. La persécution, le prophète Jérémie la connaît aussi. Le prophète Jérémie a prêché pendant quarante ans à Jérusalem, durant la période qui a précédé l’exil à Babylone, une époque marquée par une grande corruption dans le monde politique et dans le monde religieux.

Et Jérémie n’y allait pas par le dos de la cuillère. Dans le passage qui précède juste la première lecture, il nous dit qu’il sentait la parole à l’intérieur de lui comme un feu dévorant, que c’était plus fort que lui, qu’il essayait de la contenir, mais qu’elle sortait quand même. Et cette parole lui vaut la persécution.

Il perd ses amis, mais au milieu de cette persécution, il garde la foi, il nous dit : « Le Seigneur est avec moi, un guerrier redoutable. »

Frères et sœurs, nous pouvons nous demander, quant à nous, quelle persécution pour notre foi est-ce que nous vivons aujourd’hui ? Nous avons la chance de vivre dans un pays où nous avons la liberté religieuse, mais nous vivons parfois quelque forme de persécution subtile.

Dans la famille, cela peut arriver lorsqu’il s’agit de baptiser un enfant alors que tout le monde n’est pas d’accord. Cela peut arriver aussi lorsqu’on découvre la foi, lorsqu’on est catéchumène dans une famille qui n’est pas chrétienne.

Cela peut arriver à l’université si l’on apprend que vous êtes « catho ». Cela peut arriver dans le travail. La persécution n’est bien sûr pas aussi forte que dans des pays où la liberté d’être chrétien n’est pas présente, mais elle est là.

Et par trois fois, Jésus va nous dire de ne pas craindre.

Il nous dit d’abord de ne pas craindre de parler. Il nous dit que ce qu’il nous a dit dans le creux de l’oreille, c’est-à-dire son enseignement qui était d’abord interpersonnel avec les apôtres, ce que nous avons reçu dans le creux de l’oreille, n’ayons pas peur de monter sur les terrasses des maisons pour le proclamer.

C’est une interrogation qui peut être la nôtre aussi aujourd’hui. Qu’est-ce que nous faisons de notre foi ? Est-ce que nous en parlons autour de nous ? Est-ce que nous la laissons transparaître par notre vie ?

Bien sûr, il s’agit de le faire avec intelligence, en demandant la grâce de l’Esprit Saint, en demandant son aide. Il ne s’agit pas de faire un contre-témoignage, il ne s’agit pas de condamner les autres, il ne s’agit pas de prendre des réflexes qu’on qualifie aujourd’hui d’identitaires et qui ne proclament pas l’Évangile, mais il y a à avoir le courage de parler.

Et parfois, parler nous amène à craindre pour notre vie.

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, dit Jésus, sans pouvoir tuer l’âme. » Autrement dit, Jésus nous dit : ne craignez pas, parce que, si vous parlez, ceux qui vous persécuteront, ceux qui vous en voudront, ceux qui vous dénigreront, ceux qui se moqueront de vous ne pourront pas atteindre le centre de votre personne, votre âme.

Je suis certain que vous avez déjà rencontré des personnes qui vous expliquent qu’elles ont changé de travail, qu’elles ont changé d’orientation dans leur vie et elles vous disent : « Je ne pouvais pas faire autrement, je ne voulais pas perdre mon âme. » On entend souvent cela.

C’est cela que Jésus nous dit de craindre : « Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. » Celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps, c’est celui qui veille sur nous, celui pour lequel nous avons du prix plus que deux petits moineaux, celui qui connaît le nombre de cheveux de notre tête : notre Père du Ciel.

Bien entendu, il ne veut pas nous jeter dans la géhenne. La géhenne, c’est le nom d’une décharge publique qui était tout en bas de Jérusalem, dans la vallée du Hinnom. C’était un endroit où l’on déposait tout ce dont on ne voulait pas et qui brûlait en permanence.

Et on peut se demander, on peut interpréter ce texte comme le faisait le pape François il y a quelques années, en se demandant si finalement périr dans la géhenne, ce n’est pas perdre son âme au point de devenir insignifiant, de vivre une vie qui n’ait plus de poids. De devenir comme un déchet, comme quelqu’un qu’on jette, comme du sel qui n’a plus de saveur et que l’on met sur la route.

Frères et sœurs, aujourd’hui, la persécution dont nous pouvons souffrir est beaucoup plus subtile, mais peut-être aussi plus dangereuse. Je crois que c’est la persécution de la corruption.

Et c’est celle-là qui peut nous faire perdre notre âme.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas soumis au pouvoir romain ni au pouvoir des autorités juives de l’époque, mais à d’autres autorités : les autorités numériques, les autorités économiques, qui veulent nous forcer, avec leurs algorithmes, à leur donner quelques instants d’attention, quelques parties de notre cerveau. Et nous finissons par adorer les idoles, par donner notre temps à ce qui n’en vaut pas la peine.

Le danger, c’est que nous perdions notre âme dans ces activités. Le risque est de nous laisser endormir, de ne plus voir les enjeux, de ne plus savoir nous déclarer pour Dieu devant les hommes.

Demandons la grâce de voir clair en nous-mêmes, demandons la grâce d’avoir le courage de parler, de parler vrai, de dire notre foi avec intelligence, avec la grâce de l’Esprit Saint. Demandons la grâce de regarder en notre cœur ce qui a du poids, ce qui donne la vie et ce qui n’en a pas, ce qui nous rend insignifiants.

Amen.

Dimanche 14 juin, 11e dimanche du T.O. la mission

Frères et sœurs,

au football, il y a des gens qui jouent perso et d’autres qui jouent collectif. Jouer perso, c’est-à-dire prendre le ballon et aller vers le but pour essayer de marquer tout seul. Ce n’est pas le style de Jésus. Jésus, lui, il joue collectif. C’est pour cela que, ce dimanche, nous lisons dans les textes l’envoi des apôtres en mission. Jésus aurait certainement pu accomplir la mission tout seul, mais cette mission n’aurait pas eu d’avenir.

Dès le début de son ministère, Jésus nous dit que, comme disciples, nous sommes appelés à être des missionnaires. Alors arrêtons-nous un instant sur ces aspects de la mission. Parce que, par notre baptême, nous aussi, nous sommes, comme dit la première lecture, une nation sainte, un peuple de prêtres. On pourrait dire aussi un peuple de prêtres, prophètes et rois. Et donc la mission, c’est à nous de la vivre. Il y a trois mots qui me sont venus en pensant à cette mission à partir de l’Évangile.

Le premier mot, c’est le mot de contemplation. Jésus commence par contempler la foule qui est devant lui. Il voit ce peuple et il est pris de pitié.

Le mot qui est utilisé pour dire que Jésus est pris de pitié pourrait se traduire aussi par : Jésus a des entrailles de mère pour ce peuple qui est devant lui. Ils sont comme des brebis harassées et prostrées. Il faut s’imaginer le peuple occupé par l’armée romaine, trahi certainement par ses chefs religieux.

Ce peuple aussi renvoie à différentes pages de la Bible, par exemple en Ézéchiel 34, où Dieu dit qu’il est tellement déçu par les pasteurs de son troupeau qu’il va venir lui-même et qu’il sera le pasteur de son troupeau. Lorsque Jésus est touché aux entrailles, nous pouvons nous demander si nous sommes touchés aux entrailles ou non devant les personnes qui sont prostrées, qui sont sans berger, qui sont perdues.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je vois tellement de misère autour de moi, en particulier dans le quartier où j’habite, que le risque, c’est de finir par se blinder, de finir par s’habituer, parce que nous ne pouvons pas répondre à toutes ces misères. Mais Jésus, lui, reste avec des entrailles de mère. Le risque pour nous, devant toutes ces foules sans berger qui sont autour de nous, c’est de nous décourager.

Mais Jésus nous montre que, dans la contemplation, il n’y a pas seulement la contemplation de la misère des foules. Il y a plusieurs manières de voir le monde, et c’est pour ça que Jésus change d’image. Il passe de l’image du troupeau perdu à l’image du champ à moissonner. Parce que Dieu n’abandonne jamais son peuple et que, comme dans le désert, à la première goutte d’eau, il y a beaucoup de petites plantes qui naissent.

Et c’est ce que nous voyons autour de nous actuellement, dans l’Église, dans le monde. Il y a beaucoup de gens qui s’interrogent sur le sens de leur vie. Il y a beaucoup de gens qui frappent à la porte de l’Église, qui cherchent du sens, qui ont fait l’expérience de la Bonne Nouvelle de Jésus.

Voyez, le monde autour de nous, ce n’est pas simplement des gens perdus, ce sont des gens que Dieu rejoint. Voilà ce que nous pouvons contempler.

Ça, c’est le premier point : la contemplation.

Le deuxième mot qui me venait, c’est le mot de prière. On peut se demander pourquoi Jésus, qui voit ce champ à moissonner, ne dit pas : « Bon, toi tu vas là-bas, on va faire ceci, cela. »

Non, il ne commence pas comme ça. Il dit : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Et le plus étonnant, c’est que les gens à qui il demande de prier, ce sont eux qui vont être envoyés quelques minutes plus tard.

Pourquoi ?

Jésus veut nous dire que la mission, ça commence toujours par la prière. Même Jésus commence toujours la mission par la prière. C’est-à-dire que la mission ne nous appartient pas ; la mission, elle se reçoit d’un autre, elle se reçoit du Père. C’est pour cela que Jésus nous invite à nous tourner vers le maître de la moisson. Pour découvrir que c’est lui le maître de la moisson et c’est lui qui a fait germer tout ce qu’il y a dans le champ. Donc c’est à lui que nous devons nous remettre.

Et puis la deuxième utilité de la prière, c’est sans doute de nous transformer nous-mêmes, d’être prêts à accueillir la mission. Donc, quand Jésus dit : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson », il ne s’agit pas simplement de penser que Dieu pourrait envoyer quelqu’un d’autre, mais aussi qu’il pourrait m’envoyer moi et de préparer son cœur.

Et le troisième mot, c’est la mission. Etre en mission, ça veut dire « être envoyé », et apôtre, ça veut dire « envoyé » également.

Ce qui est très important dans la mission, et Jésus le dira plus tard dans l’Évangile de Matthieu : « Celui qui m’accueille, c’est moi qu’il accueille. » C’est-à-dire que celui qui est envoyé est le représentant de celui qui l’envoie. Il est la présence de celui qui l’envoie au milieu de son peuple. C’est très fort, ça. Ça veut dire que les apôtres sont appelés à être comme Jésus au milieu de leur peuple.

On ne le voit pas dans cette découpe de l’Évangile, mais nous voyons que Jésus demande à ses disciples de faire exactement ce qu’il a fait : annoncer que le Royaume des cieux est tout proche, guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, expulser les démons.

Donc Jésus nous appelle à être sa présence au milieu du monde et à faire ce qu’il a fait. Demandons-nous si notre présence est une présence guérissante pour les autres.

Demandons-nous aussi si nous avons assez de foi dans la mission. Jésus dit : « Ressuscitez les morts. » C’est pour bien nous faire comprendre que cette mission est beaucoup plus forte que nous. Jésus nous dit : « Ressuscitez les morts. » Autrement dit, il nous dit que cette mission vous dépasse. Mais ayez foi.

Demandons la grâce de nous laisser toucher.

Demandons la grâce de prier le maître de la moisson pour renvoyer tout à lui.

Demandons la grâce d’être la présence de Jésus au milieu de ceux qui en ont besoin.

Amen

Homélie du 22 mars 2026, 5e dimanche de carême année A.

Un signe pour la foi. La résurrection de Lazare, dont nous venons d’entendre le récit, est un signe pour la foi. Et le cœur du message de cet évangile, c’est ce que dit Jésus à Marthe :

« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra.

Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Et Jésus lui demande « Crois-tu cela ? »

Alors nous, qui sommes ici ce matin, croyons-nous que Jésus est la résurrection et la vie ?

Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Je crois que ce que Jésus nous montre à travers la résurrection de Lazare, c’est que la puissance de l’amour de Dieu est plus forte que la mort.

L’amour est plus fort que la mort. Comment l’amour se manifeste à travers cet évangile ? Nous voyons que Jésus nous rejoint dans nos douleurs face à la mort. Nous avons vu que par deux fois les sœurs de Lazare disent « Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Et puis, les Juifs disent « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » La mort nous révolte. La mort nous dit « Mais est-ce que Dieu agit, oui ou non ? ». Et à travers ce geste, Jésus nous montre qu’il est plus fort que la mort.

Mais ce qui est frappant, c’est sa compassion, son amour qui le fait pleurer. Jésus a été homme comme nous. Et devant des gens qui pleurent, devant le tombeau de son ami, il pleure lui-même.

Lazare, c’est l’ami de Jésus. Nous tous, nous sommes les amis de Jésus, parce que nous sommes ici. On peut dire que Jésus, quelque part, pleure devant nos tombeaux.

Il pleure avec nous lorsque nous pleurons un proche, mais il pleure aussi lorsque nous ne prenons pas les chemins de la vie. Et il veut tout donner pour nous sauver de la mort.

Alors, au moment de ce miracle, il y a un échange qui se passe. On est à 15 stades de Jérusalem. Si Jésus fait ce miracle de réanimer Lazare, il sait que dans quelques jours, c’est lui qui sera dans un tombeau. Parce que faire un miracle aussi éclatant, c’est provoquer la jalousie et la peur des chefs religieux qui vont le tuer.

Donc on peut dire que Jésus, devant nos tombeaux, a choisi d’échanger les places. Il a choisi d’entrer dans nos tombeaux. Et c’est ça l’amour.

L’amour, c’est dire à quelqu’un pour moi, tu es éternel (François Varillon). Je t’aime, donc tu ne mourras pas. Et cet amour, il existe entre le Père et le Fils. Et cet amour, il est tellement fort que le Fils, qui donne sa vie, est ressuscité par le Père. Cet amour entre le Père et le Fils fait dire au Père je t’aime, tu ne mourras jamais. Et cet amour, Jésus ressuscité nous le transmet. Et c’est pour cela qu’il peut nous dire « je suis la résurrection et la vie ».

La résurrection, ce n’est pas pour demain, la résurrection c’est pour aujourd’hui. Aujourd’hui dans notre vie.

Et comment ? Comment est-ce que nous pouvons expérimenter et vivre la résurrection ? C’est par l’Esprit, ce que Saint Paul appelle la vie dans l’Esprit et qu’il oppose à l’emprise de la chair. Si nous accueillons l’Esprit en nous, l’Esprit qui est « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité douceur et maîtrise de soi ». (Ga 5,22-23), c’est déjà la vie éternelle qui est en nous.

Saint François d’Assise au moment de sa mort a été couché sur la terre nue et a chanté. C’était pour dire que pour lui la vie de l’Esprit continuait et que la mort ne serait qu’un passage.

La puissance de l’amour de Dieu, nous sort de nos tombeaux.

Est-ce que nous croyons que face à nos tombeaux, l’Esprit peut nous sortir, peut nous remettre debout, y compris dans les difficultés les plus grandes de la vie ? Est-ce que nous y croyons ?

La foi en la résurrection, c’est la condition pour que l’Esprit en nous puisse vivre.

Et vous voyez, et je terminerai par-là, lorsque Jésus est devant le tombeau, ce n’est pas lui qui enlève la pierre. Il dit « enlevez la pierre ».

Et Marthe, repond « mais Seigneur, il sent déjà c’est le quatrième jour qu’il est là », et Jésus répond, « ne te l’ais-je pas, dis, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » Et à ce moment-là, on enlève la pierre, parce que Marthe, elle croit.

Donc ce matin, Jésus nous dit, enlevez la pierre de vos cœurs pour que l’Esprit puisse y entrer et l’Esprit puisse y jaillir.

Si nous croyons, si nous croyons vraiment que Jésus est notre sauveur, qu’il nous aime, qu’il nous envoie son Esprit au quotidien dans les choses les plus simples de la vie, alors c’est déjà la vie éternelle qui est en nous. Et la mort n’est qu’un passage. Aussi dure soit-elle, elle n’est qu’un passage. Demandons la grâce de cette foi en la résurrection. Demandons la grâce d’accueillir Jésus en son Esprit qui est en nous la résurrection.

3e dimanche de carême année A, 8 mars 2026.

L’eau, c’est la vie !

Cette petite phrase de Laurent m’a réconcilié avec la pluie. L’eau, c’est la vie en effet : notre corps est composé en grande partie d’eau et, si nous restons trop longtemps sans boire, nous mourons rapidement.

Dans l’Évangile de Jean, qui utilise souvent les choses de la vie courante pour nous parler des réalités d’en haut, cette soif est le symbole d’une autre soif : une soif d’infini qui habite notre cœur. Une soif tellement grande que nous ne la connaissons jamais entièrement et qui se manifeste par d’autres soifs : la soif de l’affection, la soif de la sécurité, la soif de la reconnaissance, la soif d’être compris, la soif de donner la vie, la soif de la paix.

Toutes ces soifs, nous pouvons les combler pendant un moment. Mais très vite, une autre surgit du puits sans fond qu’est notre cœur.

« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi », disait saint Augustin.
Il n’y a finalement que Dieu qui peut étancher la soif de notre cœur, car Dieu est toujours nouveau. Dieu est le jaillissement de la vie.

Et Jésus, dans l’Évangile, fait accéder la Samaritaine à ce jaillissement de vie.

Voilà une femme que la soif d’affection a conduite à avoir cinq maris, qui vit maintenant avec un homme qui n’est pas son mari. Elle vient puiser de l’eau à l’heure la plus chaude pour ne rencontrer personne, pour n’être pas regardée en coin, pour n’être pas l’objet des moqueries et des cancans.
Une femme seule.

Jésus, comme nous, a soif physiquement et s’assoit pour se reposer. Il ne devrait pas s’adresser à une femme, et encore moins à une Samaritaine. Mais il a soif de faire naître en elle la source jaillissante. Et cette soif est plus forte que les conventions sociales.

Cette soif le conduira d’ailleurs à donner sa vie. Et sur la croix, il dira encore : « J’ai soif. »
Il donnera sa vie pour que jaillisse de son cœur l’eau vive et qu’elle jaillisse aussi dans notre cœur.

Le dialogue entre Jésus et la Samaritaine commence par un quiproquo. Jésus lui parle d’eau vive et la femme reste au niveau matériel. Elle pense à une eau qui éviterait de revenir au puits.

Alors Jésus va la conduire plus profondément, dans les profondeurs de son cœur. Il lui rappelle ses soifs d’affection successives, jamais comblées. Mais il le fait avec délicatesse. Il souligne même qu’elle dit vrai lorsqu’elle affirme qu’elle n’a pas de mari.

Peu à peu, quelque chose se dégage en elle. Puis Jésus se révèle à elle comme le Messie.

Alors elle court vers les gens du village pour leur parler de cet homme qui pourrait bien être le Messie. Et détail magnifique : elle laisse sa cruche. Elle est venue pour puiser de l’eau… et voilà que la source a jailli en elle.

Mais comment son cœur a-t-il été dégagé des pierres et du sable qui l’obstruaient ?

Par la foi.

Cette foi dont saint Paul nous dit qu’elle « nous donne accès à la grâce », c’est-à-dire à la source de l’amour qui a été répandue dans nos cœurs : l’Esprit Saint.

La foi ouvre notre cœur à la relation avec Jésus. Et Jésus nous donne l’Esprit, cette source intérieure qui ne cesse de jaillir et qui nous pousse aussi à le faire connaître.

Dans la première lecture, les Hébreux, soumis à la soif et menacés de mort dans le désert, mettent Dieu à l’épreuve en disant :
« Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? »

Qui d’entre nous ne s’est pas posé cette question aux heures sombres de la vie ?

Oui, le Seigneur est au milieu de nous. Il est, par l’Esprit reçu à notre baptême, présent au fond de notre cœur.

Si nous connaissons l’épreuve des différentes soifs, il est avec nous pour nous aider à tout traverser. Il est celui qui ne finit jamais de jaillir en nous. Il est celui qui nous donne l’énergie, qui nous fait vivre la surprise de nous sentir bien et d’avancer.

Alors rendons grâce à Dieu pour l’Esprit, sa vie même, qui ne demande qu’à jaillir et à se faire connaître à tous les hommes.

La soif de Jésus de la faire jaillir est contagieuse.

Loué sois-tu, Seigneur.

DIMANCHE 8 Février 2026

(Isaïe 58, 7-10) (1Cor.2, 1-5) (Mt.5,13—16)

Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Nous sommes bien embarrassés en entendant cela. Parce que nous savons bien que nous ne sommes pas le sel de la terre, ni la lumière du monde. C’est le Christ qui est le sel de la terre et la lumière du monde. Nous, nous sommes loin derrière. Pourtant quand il affirme : Je suis la lumière du monde, (Jean 8,12), il ajoute tout de suite après : Celui qui marche à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière qui conduit à la vie. Nous devrions donc refléter quelque chose de sa lumière. Pourquoi sommes-nous si peu lumineux ? Certains disciples sont lumineux,.. Je pense aux douze apôtres. Comment ces hommes à peu près ignorants ont-ils fait pour devenir lumineux ? Ils ont accueilli la parole du Seigneur, alors sa lumière s’est reflétée en eux comme se réverbère dans les carreaux d’une fenêtre l’éclat du soleil qui les frappe. Mais qu’est-ce que c’est accueillir la parole du Seigneur ? Ce n’est pas simplement l’entendre de ses oreilles. Tout le monde entendait de ses oreilles le Christ qui parlait. Mais seuls les apôtres et quelques autres reconnaissaient dans ses paroles la Parole de Dieu. Pourquoi ? Sans doute parce qu’ils écoutaient avec une curiosité bienveillante, l’esprit et le cœur ouverts, tandis que d’autres l’écoutaient avec méfiance ou hostilité : « Qu’est-ce que c’est que ces idées nouvelles, ? On n’a pas besoin de ça. » Parce que les apôtres attendaient le Messie qui viendrait les guider, parce qu’ils guettaient sa venue, quand il est venu, ils l’ont reconnu et quand il s’est mis à parler, ils ont décelé dans ce qu’il disait, la parole de Dieu. Celui qui cherche peut arriver à trouver, mais celui qui ne cherche rien ne risque pas de trouver quoi que ce soit. Déjà du temps de Jérémie le Seigneur l’avait promis : Je me laisserai trouver par vous. Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer29, 13,14)Nous aujourd’hui, comment faire pour entendre la parole de Dieu ? D’abord, il faut croire qu’il vient, chaque jour et qu’il vient pour nous dire quelque chose, pour nous guider Lorsqu’il a fait ses adieux à ses apôtres le jour de l’Ascension, il nous en a donné l’assurance : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. (Mt.28,20) Mais cherchons-nous vraiment ? Qui de nous se lève le matin en pensant : qu’est-ce qu’il va encore me dire aujourd’hui ? Comment se manifeste la parole de Dieu ? Dans l’Ancien Testament elle se manifestait au cours d’un songe ou d’une apparition de Dieu en personne ou d’un ange. Dans le Nouveau Testament, les apparitions sont extrêmement rares, par contre un acteur nouveau apparait : l’Esprit Saint, que les sacrements de baptême et de confirmation introduisent en nous. Autrement dit, aujourd’hui, fonctionne de façon permanente, chez tout baptisé, un appareil récepteur capable de lui transmettre directement la parole de Dieu, sans qu’il soit besoin de passer par un songe ou une apparition La parole de Dieu va se manifester dans le flux des pensées qui nous traversent l’esprit, comme le disait déjà le Deutéronome : Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les hauteurs qu’il te faille dire : qui montera pour nous aux cieux pour nous la chercher que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire : qui ira pour nous au-delà des mers pour nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique, ? Car la Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. (Deut.30,13,14) Autrement dit, dans le flot des pensées qui traversent notre esprit, certaines viendraient de Dieu. Comment les reconnaître ? La plupart du temps, nous n’essayons même pas de les identifier parce que, au fond, nous ne croyons pas que Dieu parle à des gens ordinaires comme nous. Si vous demandez à n’importe quel bon chrétien : quand est-ce que le Seigneur vous a parlé pour la dernière fois ? il reste bouche bée. Tandis que si vous lui demandez : quand est-ce que le démon vous a parlé pour la dernière fois?, il trouve une réponse à votre question. Notre éducation chrétienne nous a appris à reconnaître les tentations du démon mais pas les interventions du Seigneur.Alors, quoi faire pour repérer les interventions du Seigneur dans nos vies? Peut-être tout simplement commencer par repérer le bien en nous et autour de nous. Même si nous sommes pécheurs ,orgueilleux, égoïstes etc , il nous arrive de faire et de dire des choses bien. Or il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent chaque fois que je fais ou que quelqu’un fait ou dit quelque chose de bien, quelque part dans le monde, Dieu est là. Cela vaudrait la peine de le relever. Il nous arrive d’être touchés par une pensée qui nous apprend quelque chose sur Dieu ou qui nous pousse vers le bien, que ce soit en priant, en assistant à la messe, en écoutant une homélie, au cours d’une conversation, dans la rue, en regardant la télé, en discutant avec des amis, en lisant le journal, attention ! Dieu est là ! Pourquoi ne pas faire tous les jours notre examen de conscience sur le bien que nous avons fait ou que les autres ont fait dans la journée afin d’y repérer la présence de Dieu agissant en nous et autour de nous ? Ce serait une bonne manière de nous entraîne à guetter et à repérer la présence de Dieu agissant en nous et autour de nous. Du même coup, cela nous permettrait de voir que le Seigneur est en train de nous faire refléter un peu de sa lumière et que c’est bien vrai que nous sommes, sinon tout le temps, du moins par moments, la lumière du monde. St Paul osait dire aux Corinthiens : Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2Cor.3,18)Que retenir de tout cela ?Oui, nous les chrétiens, nous sommes Lumière du monde et Sel de la terre. Mais c’est la parole de Dieu qui, pénétrant dans nos cœurs nous transforme en Christ et nous rend comme Lui, Lumière du monde et Sel de la terre, exactement comme la lumière du soleil frappant les carreaux d’une fenêtre leur permet de réverbérer tout l’éclat du soleil qui les frappe. Par nous-mêmes nous ne sommes rien. Il est donc extrêmement important pour chacun de nous de repérer au long de nos journées la présence du Seigneur qui pénétrant dans nos cœurs transforme notre manière de vivre et d’agir. Pour cela n’hésitons pas à faire notre examen de conscience tous les jours sur le bien qu’il nous permet de faire, nous et les autres autour de nous. Car il est là, il nous a assuré de sa présence : Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) et il nous envoie apporter un peu de lumière autour de nous. Moi, Yahvé, je t’ai appelé, je t’ai pris par la main, je t’ai formé, je t’ai désigné comme lumière, nous dit -il en Isaïe (42,6). Autour de nous, dans notre quartier, dans notre rue, tant d ’hommes voudraient sortir de leur ténèbres, il n’y a pas de temps à perdre. Le Seigneur compte sur nous. Je ne sais plus qui l’a dit : Si noble est le poste que Dieu nous a confié qu’il ne nous est pas permis de déserter.

Faites cela en mémoire de moi, 22 juin 2025

Solennité du corps et du sang du Seigneur. année C. (Gn 14,18-22 ; 1 Co 11,23-26 ; Lc 9,11b-26)

« Ceci est mon corps qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Frères et sœurs, dans cette lettre de Saint Paul aux Corinthiens, Saint Paul nous redit ce qu’il a entendu des Apôtres. Ce commandement de faire l’Eucharistie en mémoire de Jésus.

Et aujourd’hui, ce que nous faisons, nous le faisons en mémoire de Jésus. Et faire cela, cela nous rappelle chaque dimanche que Jésus est mort pour nous. Et nous proclamons sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. Et le Seigneur vient. Il vient dans son Eucharistie. Il vient dans son Esprit Saint. C’est ça l’essentiel de ce que nous vivons dans l’Eucharistie.

Jésus nous dit, faites cela en mémoire de moi. Il ne nous dit pas, recevez le corps et le sang en mémoire de moi. Il nous dit, faites cela. C’est-à-dire que lorsque nous sommes réunis et que nous faisons ces gestes en mémoire de lui, nous devenons davantage le corps du Christ. C’est pour ça que les théologiens du Moyen-Âge disaient que l’Eucharistie fait l’Église.

L’Église, elle fait l’Eucharistie parce que Jésus le lui a demandé. Mais l’Eucharistie, elle nous rend davantage un, elle nous rend davantage frères et sœurs, elle nous rend davantage cette capacité d’aimer avec la force de Dieu. Et cela, c’est très important parce que, surtout dans les temps modernes, il y a une tendance à l’individualisme : je viens à l’Eucharistie, je reçois le corps et le sang du Seigneur. Et nous n’avons pas de difficulté de nos jours à croire que c’est réellement le corps et le sang du Seigneur qui sont présents. (Je parle pour les pratiquants). Mais par contre, nous avons une tendance à l’individualisme, à penser que je viens pour recevoir mon petit morceau de Dieu et que je repars chez moi. Mais frères et sœurs, c’est oublier une partie de l’Eucharistie parce que l’Eucharistie, elle fait l’Église, elle fait le corps du Seigneur. Et cela, nous le retrouvons très nettement dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’Eucharistie, elle part toujours d’une situation de manque. Vous voyez ces foules qui sont venues à Jésus pour être guéries, pour entendre sa parole, et tout à coup, elles ont faim. Et la réaction des disciples, c’est notre réaction quand nous voyons une détresse qui nous dépasse. Quand nous voyons une grande détresse, nous sommes tentés de dire « Eh bien, allez voir telle personne, allez voir telle institution. » Et là, Jésus nous dit « Donnez-leur vous-même à manger ». Donnez-leur vous-même à manger, c’est-à-dire, prenez en charge les faim et les soifs de l’humanité. Si nous regardons dans notre quartier, il y en a des faims et des soifs. Il y en a énormément !

Alors, devant ces faims et ces soifs qui nous dépassent complètement, nous voyons nos forces. Combien sommes-nous ici aujourd’hui ? Trente, quarante peut-être ? Et alors nous sommes comme les disciples. Qu’est-ce que nous pouvons faire ? Nous avons cinq pains et deux poissons.

Mais le Seigneur ne se décourage pas avec nous. Il ne se décourage pas du fait que nous ne soyons que trente ou quarante. Il nous dit simplement d’apporter à Lui ce que nous avons. Chacun a des talents, chacun a un cœur et nous sommes invités à le mettre dans les mains de Jésus. Et c’est cela que nous ferons tout à l’heure dans les offrandes. Si nous avions des enfants dans cette communauté, nous pourrions faire une magnifique procession d’offrandes. Nous avons Isaac, mais on ne va pas lui demander de venir tout seul. Et donc nous apportons nos cinq pains et nos deux poissons. Mais ce qui est très important, c’est que nous ne sommes pas seuls pour répondre aux faims et aux soifs.

Ces cinq pains et ces deux poissons, nous sommes appelés à les mettre dans les mains de Jésus. Et Jésus va les bénir. Jésus va les présenter à son Père et il va rendre grâce. Et ensuite, Jésus va les partager. Les partager parce que c’est le sens de ce qu’il a fait de sa propre vie. Il s’est partagé au point d’en mourir.

Et nous, les chrétiens, nous sommes appelés à partager nos vies aussi. Mais par la puissance de l’Esprit Saint, et bien c’est là que la merveille s’accomplit. Il partage, il donne, il redonne aux disciples et les disciples doivent distribuer. Et là, il y en a assez pour tout le monde. Frères et sœurs, c’est là que le peuple de Dieu, le corps du Christ est constitué. Dans le partage du corps du Seigneur.

Et on nous dit que tous furent rassasiés. Et à la fin, il reste douze corbeilles. Alors, je me suis parfois demandé pourquoi on ramassait les morceaux qui restaient. Je pensais que, comme c’était une image de l’Eucharistie, il s’agissait du corps eucharistique et donc il fallait aller le mettre dans un tabernacle ! Jusqu’au jour où j’ai partagé ce texte avec des personnes en difficulté et qui me disaient non ! il faut le mettre dans les paniers parce qu’il y a certainement d’autres personnes qui ont faim. Voilà.

L’Eucharistie, elle nous convoque au partage avec ce que nous avons. Mais non pas simplement avec nos propres forces, mais en les mettant dans les mains du Seigneur. Le Seigneur rend grâce, le Seigneur les bénit et le Seigneur transforme ce que nous donnons en sa présence, son amour, concrètement sous la forme du pain et du vin qui va nous remplir de son amour.

On pourrait dire que c’est le pain de l’amour dont tous nous avons besoin. Mais le pain de l’amour que nous recevons, eh bien, nous conduit à nous donner, comme Jésus qui nous a tout donné. Amen.

Homélie de Pentecôte 8 juin 2025

 Ô Seigneur, envoie ton esprit qui renouvelle la face de la terre !

C’est ce que nous avons chanté tout à l’heure au moment du psaume.

Je crois que l’Esprit-Saint est véritablement ce qui renouvelle la face de la terre et qui nous renouvelle également de l’intérieur. Je crois que pour comprendre les textes d’aujourd’hui, il faut comprendre que l’Esprit vient renouveler entièrement la religion juive qui était celle des apôtres. L’Esprit est toujours celui qui renouvelle.

À Pâques, nous avons vu que l’Esprit a ressuscité Jésus et qu’il a renouvelé le sens de la Pâques. La Pâques, c’était le passage de la Mer Rouge et c’est devenu le passage de la mort à la vie pour Jésus-Christ.

Alors quel est ce renouvellement pour la fête de la Pentecôte ?

La fête de la Pentecôte, pour les juifs qui étaient réunis à Jérusalem, c’est la fête du don de la loi aux Sinaï, 50 jours après la fête de la Pâques. Ceci nous permet de comprendre pourquoi lorsque les disciples sont réunis avec Marie au Cénacle, tout à coup il y a un violent coup de vent et comment tout à coup des langues de feu arrivent sur chacun des apôtres. Il s’agit pour Luc de nous montrer qu’à ce moment-là, il y a comme un renouveau du don de la loi. Mais cette fois-ci, la loi de Dieu n’est plus inscrite comme avec Moïse sur des tables de pierre, elle est inscrite sur des tables de chair qui sont nos propres cœurs.

Donc avec la fête de Pentecôte, nous passons de la loi à l’Esprit. Et cette loi qui était pour le peuple d’Israël, elle est accomplie dans l’Esprit, non seulement pour le peuple d’Israël, mais pour tous les peuples. Et nous ne serions pas chrétiens s’il n’y avait pas eu la Pentecôte. Nous voyons que ce matin, nous sommes originaires de différents endroits du monde et partout où l’on va sur la terre, on trouve des chrétiens. Ce mouvement de la mission, il a commencé le jour de la Pentecôte.

Si on regarde l’Évangile, on voit aussi qu’on trouve ce renouvellement de la loi. Vous savez que Jésus est celui qui a renouvelé la compréhension de la Loi. Le chrétien n’est pas celui qui applique les 613 commandements de la Loi, mais Jésus nous a dit qu’il s’agissait d’aimer Dieu et son prochain. Jésus nous dit dans l’Évangile que : « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole. Mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui nous ferons une demeure. » Avec le don de l’Esprit Saint, c’est l’amour pour Jésus qui grandit. Vous savez que l’Esprit Saint, comme nous dit Saint Paul en Galates 5,22, est amour, paix, joie, confiance, bienveillance, douceur, maîtrise de soi… toute une liste.

Mais la première de la liste, c’est l’amour, la charité. L’Esprit Saint est violent dans sa puissance, mais il est doux. Il rentre dans le cœur de chacun.

Il est amour. Et c’est pour cela que les gens qui étaient réunis le jour de la Pentecôte disaient que les apôtres, qui étaient galiléens, parlaient dans leur langue. C’est parce que l’Esprit est la douceur même. L’Esprit nous rejoint au plus profond de nous-mêmes. Qu’est-ce qu’il y a de plus profond pour un être humain que la langue qu’il a apprise de sa propre maman ? Ça commence par « maman », ensuite peut-être « papa », ensuite « manger ». Voilà, il n’y a rien de plus profond qu’une langue maternelle.

Et bien l’Esprit Saint, il est celui qui nous parle au cœur au plus profond. L’Esprit, il est l’Esprit de Jésus. Et cet Esprit, il est amour.

Et si nous gardons la parole, c’est une nouvelle manière de vivre la loi et de l’accomplir pleinement. Et l’Esprit de Jésus nous donne de l’accomplir. Parce que cette loi, elle n’est plus seulement une loi écrite, elle nous habite profondément, elle nourrit notre cœur et elle nous pousse à vivre.

Saint Paul le dit aussi d’une autre manière. Il nous explique comment, avec l’Esprit, nous commençons une vie nouvelle. Et il oppose deux réalités, ce qu’il appelle la chair et l’Esprit.

La chair, il faut comprendre que c’est notre nature humaine dans ce qu’elle a de faillible, de faible, de pécheresse. Et un petit peu plus avant ce passage de la lettre aux Romains, Saint Paul nous explique que celui qui vit sous l’emprise de la chair ne peut pas plaire à Dieu, qu’il ne peut pas accomplir la loi, qu’il n’en est même pas capable. Parce que toutes ces actions finissent par se dévier de leur trajectoire, pour finir dans l’égoïsme, dans la recherche du plaisir, dans la recherche de l’argent, de la gloire.

Et tout ça, nous savons que cela ne fait pas l’unité, comme le jour de la Pentecôte, mais ça fait la division et cela produit la mort à la fin. Et Saint Paul nous dit qu’avec l’Esprit, nous avons une force qui nous permet d’être plus forts que cette loi de la chair, contre laquelle nous avons à combattre tous les jours de notre vie. C’est ce qu’on appelle le combat spirituel.

Mais aujourd’hui, nous sommes vainqueurs en celui qui nous a aimés. Nous avons dans notre cœur, depuis notre baptême, mais nous pouvons aussi sentir ce renouvellement de la grâce de Dieu au moment de la Pentecôte. Nous avons dans notre cœur cet esprit, cet esprit qui nous permet de vivre de l’intérieur l’Évangile.

Alors rendons grâce à Dieu pour cela, et puis essayons d’être fidèles à cette grâce de l’Esprit. Essayons de le suivre maintenant que nous l’avons reçu. Prenons le temps de prier à la fin de chaque journée, par exemple, de voir où était l’Esprit, où est-ce qu’il était présent aujourd’hui ? comment est-ce qu’il m’a conseillé ? quelle force est-ce qu’il m’a donnée ? Comment a-t-il a transformé mes pensées ? Comment il m’a amené à plus de paix, plus d’amour, plus de joie, plus de douceur, plus de bienveillance ?

Voilà comment l’Esprit agit dans notre vie. L’Esprit n’est pas simplement quelque chose de spectaculaire qui arrive dans le vent, qui fait trembler les vitraux, mais il est aussi ce murmure de fin silence dont parlait Élie à l’Horeb. Demandons la grâce d’être dociles à l’Esprit Saint. Amen.

dimanche 25 mai

6e dimanche de Pâques, ( d’après un enregistrement audio)

Frères et sœurs, dans cet évangile, nous sommes juste après le lavement des pieds, juste avant la nuit où Jésus va être livré par Judas pour être arrêté et subir sa passion. Jésus le sait et ses disciples aussi sans doute un peu. Donc l’atmosphère est très lourde et il y a de l’angoisse dans le cœur des disciples. Alors Jésus répète ses paroles, que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé.C’est pour cela que Jésus veut rassurer ses disciples en leur confiant ce qui est le plus important de son message, de sa vie, pour qu’à sa suite ils continuent l’œuvre de son Père. Mais quel est ce message, cette réalité si importante pour Jésus ? Elle se résume dans ce que Jésus nous dit.Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et chez lui nous ferons une demeure. Voilà un mystère très grand, celui de l’habitation de Dieu en nous. Je crois que nous n’aurons jamais fini de le comprendre. Mais quelle est cette parole qui est à garder pour que le Seigneur habite en nous ? Cette parole c’est le commandement de l’amour que Jésus nous a dit juste après le lavement des pieds.Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. Ce que Jésus nous dit, c’est que si nous gardons ce commandement de l’amour dans notre vie, c’est-à-dire si nous faisons de Jésus lui-même notre modèle en essayant d’aimer comme il nous a aimé, c’est-à-dire d’un amour sans limite, d’un amour qui pardonne toujours, d’un amour qui se donne aux autres sans jamais revenir sur soi, alors Dieu lui-même, Père, Fils et Esprit viendront demeurer en nous.Pour comprendre cela, Jésus nous dit qu’il nous enverra l’Esprit Saint. En effet, pour comprendre un tel mystère, comment Dieu lui-même peut habiter en nous, il nous faut la grâce de l’Esprit Saint. Et en ces jours qui précèdent la Pentecôte, jeudi ce sera l’Ascension et puis il y aura neuf jours pour arriver à la Pentecôte, nous pouvons demander avec insistance la grâce de l’Esprit Saint.Jésus nous dit que l’Esprit Saint c’est notre défenseur. Mais défenseur contre qui ? Eh bien défenseur contre l’esprit du mal. Vous savez qu’en nous il y a divers esprits qui vont et viennent dans nos pensées. Eh bien le défenseur c’est lui qui nous conseille. Lorsque nous voulons prendre des chemins qui ne sont pas ceux de l’amour de Dieu, il nous indique : « Non, ça ce n’est pas le bon chemin. », « Ça ce n’est pas l’amour. », « Ça c’est de la colère. », « Ça c’est de l’égoïsme. » Et il nous conseille et il nous défend aussi face à l’adversaire, celui qui veut toujours nous culpabiliser, celui qui veut toujours nous décourager par de fausses raisons, par la peur, par la culpabilité. Alors dans ces situations-là, l’Esprit Saint il est toujours celui qui nous dit : « Ne crains pas. Le Père et le Fils t’aiment. », « Ne crains pas, lève-toi, marche, je suis avec toi. », « Si tu passes un moment difficile, si tu passes par le feu, si tu passes par les eaux, je serai toujours avec toi. »Voilà notre défenseur. Et comment est-ce que nous saurons que cet esprit habite en nous ? Comment est-ce que nous saurons qu’il est là ? Eh bien, vous vous souvenez de saint Paul dans la lettre aux Galates, il nous parle du fruit de l’esprit : « Amour, Paix, Joie, Patience• Bonté, Bienveillance, Douceur, Maîtrise de soi ». Et aujourd’hui, Jésus nous parle de la paix. Le signe de l’Esprit Saint, c’est la paix, la paix que Jésus lui-même nous donne. Jésus nous dit que ce n’est pas une paix comme le monde vous la donne. Vous savez, la paix dans le monde, elle est toujours précaire, c’est toujours un compromis, c’est toujours « Je ne t’attaque pas si tu ne m’attaques pas. Mais le jour où tu m’attaques, …attention ! », la paix que donne Jésus, c’est la paix de celui qui est mort pour nous. C’est la paix de celui dont nous n’avons rien à craindre. Et surtout, c’est une paix qui fait l’unité.

Et ça, nous le voyons dans la première lecture. Les chrétiens d’Antioche étaient divisés. Il y avait d’un côté les chrétiens d’origine païenne et de l’autre les chrétiens d’origine juive. Et les chrétiens d’origine juive voulaient obliger ceux d’origine païenne à devenir juifs avant de devenir chrétiens. Alors il y a eu un concile à Jérusalem. Et les apôtres ont discuté, ont prié et ils ont envoyé Silas et Barsabas pour donner la décision qui a été prise. Et si vous entendez bien le message qu’ils leur envoient, ils leur disent : »L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles qui s’imposent, vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang des viandes non saignées et des unions illégitimes. » Alors cette décision, frères et sœurs, elle fait l’unité. Elle respecte la communauté d’origine juive parce que les personnes qui joindront la communauté ne feront pas n’importe quoi. Mais elle n’impose pas non plus aux chrétiens d’origine païenne toute la loi avec ses pesantes prescriptions. L’Esprit Saint est toujours celui qui fait l’unité. Quand une décision est prise selon l’Esprit Saint, l’unité s’en ressent dans la communauté.

Alors, frères et sœurs, nous sommes toujours en chemin. Et par notre baptême, nous avons reçu cet Esprit. Parfois nous nous décourageons, mais nous devons toujours fixer notre regard vers Dieu. C’est ce qu’on appelle avoir un idéal. Et cet idéal, il nous est présenté dans la deuxième lecture à travers la vision de la Jérusalem céleste. Vous vous souvenez, on en a déjà entendu des extraits lors des dimanches précédents.Cette demeure de Dieu avec les hommes, cette Jérusalem céleste, c’est une cité qui est habitée de lumière, qui est lumineuse. Qu’est-ce que cela veut dire ? Eh bien, cela veut dire qu’ensemble, nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres pour que notre communauté, nos relations deviennent lumineuses. C’est-à-dire qu’elles portent un témoignage d’amour autour de nous. Plus nous aimons, plus nous rayonnons de ce qu’est Dieu lui-même, car Dieu est Amour. Plus nous nous aimons, plus le monde deviendra lumineux et plus les ténèbres reculent.L’horizon qui doit nous guider, c’est cette espérance de la Jérusalem céleste, tellement remplie de l’Amour de Dieu qu’elle est totalement lumineuse, qu’elle est une création nouvelle qui n’a plus besoin de soleil, parce que son soleil, c’est Jésus lui-même.

Alors, frères et sœurs, gardons ce commandement de l’amour en fixant notre regard sur Jésus, cet amour lumineux qui nous a aimés et qui nous donne son esprit pour aimer comme lui. Amen.

Pâques dimanche 20 avril ils courent…nous courons

Deux hommes courent vers un tombeau. Quelle idée de courir vers un tombeau ! Généralement on peut prendre son temps. Le mort ne risque pas de partir !

Mais justement, s’ils courent, c’est que Marie de Magdala s’est écriée, « ils ont enlevé du tombeau et nous ne savons pas où ils l’ont mis ». Alors ils courent…et même ils courent tous les deux ensembles. Pierre et Le disciple que Jésus aimait c’est l’Église qui court. C’est nous qui courons ensemble, en synodalité.

Le disciple que Jésus aimait qui est le plus jeune court plus vite que Pierre, il arrive le premier, se penche et voit les bandelettes posées, mais n’entre pas…

Pierre court, mais il est lourd. Le poids des ans certainement, un peu d’embonpoint accumulé ? Je crois que l’évangéliste veut nous dire quelque chose à travers cette course matinale, de notre difficulté à croire en la résurrection. Pour certains il faut du temps. En effet, Pierre s’en retourne chez lui après avoir inspecté le linceul et le suaire posé à part, tandis que l’autre disciple entre à son tour, il voit et il croit.

La course des disciples est une image de leur chemin vers la foi en la résurrection.

Pierre est lourd du drame de la trahison qu’il a vécu sous l’effet de la peur. En quelques instants il a renié l’engagement de sa vie. Et il a pleuré.

Le disciple que Jésus aimait, est resté jusqu’au pied de la croix. Il s’est engagé à prendre chez lui la mère de Jésus. Le disciple que Jésus aimait c’est l’image de « ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur [et] trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer » Is 40,31.

Et toi qui es-tu ce matin ? Pierre ou le disciple que Jésus aimait ?

Si la résurrection est évidente pour toi, attend ton frère à l’entrée du tombeau. Humblement, aide le à faire son chemin.

Si comme Pierre tu as plus de mal, ne désespère pas, retourne en Galilée, retourne à la pêche…le Seigneur de l’espérance te rejoindra certainement.

Libre partage des participants…

Notre sœur la cendre 5 mars 2025

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Homélie Cendres 2025

Chers frères et sœurs,  

Ce matin j’ai fait un petit feu de buis dans mon jardin pour préparer les cendres !

Et lorsque les rameaux se sont enflammés j’ai pensé à ce grand feu que nous ferons dans 40 jours pour la vigile pascale, accompagnant les catéchumènes pour le grand jour de leur baptême.

Ça y est, nous y sommes, c’est le carême ! Le chemin de conversion qui nous conduira à Pâques s’ouvre aujourd’hui.  

En effet, dans un instant nous recevront un peu de cendre sur le front et nous entendrons la parole : Convertis-toi et crois à l’Evangile !

Notre sœur la cendre pour parler comme St François est bonne conseillère : elle nous dit tu vois ce que je suis, eh bien dans peu de temps tu seras comme moi. Autrement dit dépêche-toi de te convertir, de vivre l’essentiel car notre sœur la mort arrive vite !

Mais qu’est-ce que la conversion ?

La conversion, ou metanoïa, dans les Evangiles, « c’est un mouvement de retournement de tout l’être vers Dieu », comme quelqu’un qui de nouveau regarderait le visage de celui à qui il tournait le dos parce qu’il était fâché. Il s’agit non seulement de tourner son regard vers Dieu mais tout son être, c’est à dire revenir à Dieu de tout notre cœur, comme disait le prophète Joel dans la première lecture.  

Et c’est là que l’évangile que nous venons d’entendre peut nous aider. Nous sommes dans le sermon sur la Montagne dans l’Evangile de Matthieu. Jésus parle à ses disciples de ce qui est essentiel pour lui. Et s’il y a quelque chose qui est important pour Jésus c’est d’être vrai, et libre…Se libérer du regard des autres.

Jésus nous parle de l’aumône, le fait de partager avec ceux qui ont besoin, de la prière et du jeûne qui étaient à son époque les trois pratiques fondamentales de la religion juive.

Le Père nous voit dans le secret et le carême est fait pour être avec lui dans le secret du cœur.  

Mais comment revenir à lui?

Par la prière d’abord. La prière c’est regarder Jésus, le visage du Père, le regarder tellement pendant ces 40 jours que nous l’aimerons davantage et que nous lui ressemblerons à force de le regarder, alors se dissipera notre laideur et reviendra sur notre visage la joie d’être aimé. Comment le regarder ? En lisant


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une page d’évangile chaque jour et en contemplant sa manière d’être, de parler, d’agir, ou bien en contemplant une icône ou répétant pendant la journée une parole de psaume, une parole de l’Evangile qui exprime ce que nous portons dans le coeur…Je vous promets que si vous faites cela vous ne serez plus les mêmes à Pâques…Qui regarde vers Dieu resplendira…

Faire ainsi c’est revenir à Dieu de tout notre cœur, comme disait le prophète Joel, c’est déchirer son cœur et non pas ses vêtements.

Ensuite à chacun de voir ce qui sera meilleur l’aider

-Ce pourra être se libérer de ces réflexes qui viennent de la peur de manquer, ou de la peur du vide qui nous conduisent à nous remplir de ce qui nourrit mal : nourriture, informations, écrans, relations superficielles sur les réseaux. Cette peur fondamentale qui nous empêche si bien d’être en relation à Dieu : c’est le sens du jeûne, découvrir que je peux me remplacer tout cela par l’écoute de la parole (cf Mt 4,4)

l’aumône, c’est-à-dire le partage m’aidera aussi à revenir à Dieu, parce que lui-même est amour, don de soi, partage. Partager de l’argent, mais si on n’en a pas il y a encore beaucoup de richesses que l’on peut partager : un sourire, passer un coup de fil à une personne qui en a besoin, partager de son temps pour rendre service.

Tout cela fera grandir la joie dans ma vie.  

Amen