Gn 2,7-9 ;3,1-7a ; Rm 5,12-19 ; Mt 4,1-11
Avant de parler de l’évangile, quelques mots sur la première lecture qui nous présente le récit du péché originel. Pourquoi l’appelle-t-on originel ? Non pas tant parce qu’il est le premier péché, mais parce qu’il est le péché type que reproduisent tous les péchés quels qu’ils soient. Ce récit du péché originel est présenté sous forme de mythe, c’est à dire sous la forme d’un récit mettant en scène des êtres et des actions imaginaires à travers lesquels sont transposées des réalités incontestables. Un peu comme dans les fables de La Fontaine, le corbeau et le renard, le loup et l’agneau n’existent pas mais nous transmettent des vérités indéniables. Dans notre récit, le serpent, le fruit défendu, la pomme, n’existent pas, mais ce récit nous éclaire sur trois réalités auxquelles nous sommes confrontés tous les jours : le démon, la tentation et le péché.
Qu’est-ce qu’il nous apprend sur le démon ? En nous le présentant sous l’apparence d’un serpent qui se dissimule en rampant silencieusement ce récit veut nous faire comprendre que le démon agit en se cachant. De plus le déroulement du récit de la tentation nous montre que le démon est menteur et rusé. En effet il dit à Eve : Si vous désobéissez, si vous mangez du fruit défendu, vous ne mourrez pas mais Dieu sait que le jour où vous en mangerez, vous serez comme des dieux connaissant le bien et le mal. (Connaître dans la Bible signifie : avoir l’expérience, connaître par soi-même. Vous connaitrez le bien et le mal signifie donc : vous serez capables de décider par vous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal sans être bridés par Dieu et ses commandements. En désobéissant, vous pourrez faire tout ce que vous voulez.) Le démon essaye par-là de nous faire croire que Dieu n’est pas un être généreux qui nous donne la vie et veut notre bonheur, mais un être qui nous empêche de vivre, et dont les interdits contrarient nos désirs, nous empêchant ainsi d’être heureux.
De la tentation, le récit du P.O. nous apprend qu’elle est une ruse et un mensonge par lesquels démon essaye de nous faire croire deux choses : d’abord que le mal, le péché, n’est pas du tout un mal, source de tous les maux : divisions, haine, violence et mort, mais au contraire un bien avantageux pour nous et ensuite que Dieu n’est pas un être bienveillant qui nous donne la vie et veut notre bonheur mais un rival qui nous empêche de vivre et dont les interdits contrarient nos désirs et s’opposent à notre bonheur.
Et enfin le récit du péché originel nous montre clairement ce qu’est le péché : c’est rejeter Dieu, c’est vouloir être Dieu à la place de Dieu parce que, d’après le démon, Dieu étant un gêneur qui nous empêche de vivre, il vaut mieux le rejeter et nous mettre à sa place, nous, nos désirs et notre volonté. N’importe quel péché reproduit toujours ce schème-là. C’est pourquoi on appelle le péché d’Adam et Eve, péché originel.
Quant à l’évangile, il nous montre comment à travers trois tentations, le démon tente Jésus de rejeter la volonté du Père pour faire n’importe quoi. Première tentation : le démon tente Jésus de changer des pierres en pain. Jésus vient de jeûner quarante jours, il a faim, c’est normal. D’autre part il a le pouvoir de faire des miracles et donc de changer en pain des pierres. Alors pourquoi pas ? Où est le mal là-dedans ? En ceci que le pouvoir de faire des miracles est donné à Jésus non pas en vue de satisfaire ses désirs ou ses besoins personnels, mais en vue de donner aux hommes des signes de la présence de Dieu parmi eux. Si Jésus changeait les pierres en pains pour apaiser sa faim, il détournerait à son profit un pouvoir qui lui est donné en vue de son ministère auprès des hommes. Deuxième tentation : le démon suggère à Jésus de se laisser tomber du haut du pinacle du Temple et d’atterrir sans dommage sur le parvis au milieu de la foule. Le Christ a le pouvoir de faire un tel miracle. En voyant ce prodige, la foule croirait en lui. Apparemment il n’y a pas de mal là-dedans. En réalité, si le Seigneur cédait à la tentation de faire ce prodige, il lancerait les hommes sur une fausse piste, les menant à croire en un Dieu tout puissant, un peu fakir, alors que le vrai Dieu qu’il doit révéler est un Dieu Amour, tellement bon et miséricordieux que rien ne peut venir à bout de son amour. Dans la troisième tentation, le démon propose à Jésus tous les royaumes du monde avec toutes leurs richesses qui procurent pouvoir et domination, s’il accepte de se prosterner devant lui. Jésus refuse. Il est venu pour rallier à lui tous les royaumes de la terre, oui, mais pas n’importe comment. Pas par le prestige ou la terreur, en manifestant sa toute-puissance par des miracles spectaculaires, pas en les soudoyant par la richesse, mais uniquement en les convertissant à son amour. Si le Seigneur cédait à cette tentation, il amènerait les foules à croire en un Dieu riche et puissant qui domine à la manière des puissants de ce monde, alors que le vrai Dieu qu’il est venu révéler est un Dieu qui aime et dont la toute-puissance c’est l’amour.
Que retenir de l’évangile et de la première lecture d’aujourd’hui ?
L’évangile nous montre, à travers le récit des trois tentations du Christ comment le démon essaie de le détourner de la mission que lui a confiée le Père. Première tentation : changer les pierres en pain. Le Christ refuse. Le pouvoir de faire des miracles lui a été donné pour servir les hommes, pas pour se servir. Pour nous aujourd’hui, c’est la tentation de faire ce qui nous plaît, en se moquant du reste, des autres, de Dieu et de sa volonté. Deuxième tentation : se laisser tomber du haut du pinacle. Le Christ refuse. Il est venu révéler un Dieu Amour et pas un Dieu fakir aux pouvoirs étonnants ou effrayants. Pour nous aujourd’hui c’est la tentation de chercher la renommée, la gloriole et tant pis pour le reste : les autres, la volonté de Dieu. Troisième tentation : dominer le monde par les richesses et le pouvoir. Le Christ refuse. Il est venu rassembler tous les hommes en les attirant par son amour et sa miséricorde et non pas par le prestige du pouvoir et de l’argent. Pour nous c’est la tentation de mettre l’argent et le pouvoir au-dessus de tout, le démon nous cachant soigneusement qu’ils sont la source de tous les conflits et de toutes les guerres avec leur cortège de violences, de ruines et de morts.
La première lecture, elle, nous éclaire sur le démon, la tentation et le péché. Le démon nous est présentécomme un être rusé et menteur qui agit en se dissimulant tel un serpent qui rampe silencieusement. La tentation apparaît comme une tentative du démon pour nous faire croire que le mal, le péché, est en réalité un bien par lequel on se débarrasse de Dieu qui n’est pas un être bienveillant qui veut notre bonheur, mais un gêneur, un rival dont les interdits visent à nous empêcher d’être heureux. Et enfin le péché est présenté comme le fait de rejeter Dieu parce que c’est un gêneur qui nous empêche de vivre pour nous mettre à sa place, nous, nos désirs et nos volontés. C’est croire que je sais mieux que Dieu ce qui est bon pour moi. Le péché, c’est vouloir être Dieu à la place de Dieu.
Il me semble qu’en ce premier dimanche de carême l’évangile nous invite à faire le point sur notre vie chrétienne : est-ce que Dieu est encore Dieu pour moi ou est-ce qu’en pratique, subrepticement j’ai pris sa place et que mon Dieu c’est moi, ce qui me plaît, ma volonté ? Si c’est le cas, qu’est-ce que je dois changer dans ma manière de vivre pour remettre les choses en ordre ? C’est cela qui doit constituer mon effort de carême.