Dimanche 23 Février 2025

7e dimanche T.O. année C (1 Samuel 26,2.7-9.12-13.22-23) (1 Co 15,45-49) (Luc 6,27-38)

Souhaiter du bien à ceux qui vous maudissent, prier pour ceux qui vous calomnient, ça peut encore se faire. Faire du bien à ceux qui vous haïssent, c’est déjà plus difficile. Mais aimer ceux qui vous haïssent, comment est-ce possible ? En aimant ceux qui haïssent, n’est-on pas complice du mal ? La charité chrétienne demande qu’on lutte contre le mal et qu’on s’oppose à ceux qui le commettent. C’est vrai, mais le Christ dans sa Passion donne le témoignage d’une victime qui aime ses ennemis, leur souhaite du bien et prie pour eux : Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) Si le Christ a aimé ceux qui le haïssaient alors nous aussi, nous devons aimer ceux qui nous haïssent. Ces malheureux, le Seigneur voudrait qu’ils sortent de la haine et de la violence dans lesquelles ils sont enfermés. Ce n’est pas le mal qu’il aime, mais ceux qui font le mal… et il ne les aime pas parce qu’ils font le mal mais parce que, même si maintenant ils font le mal, tout à l’heure ou demain ils pourraient très bien se convertir. Le but du Christ n’est jamais de punir le pécheur et encore moins de se venger de lui, mais qu’il se convertisse. Sévère et intraitable avec le mal et le péché, le Christ est bon et miséricordieux avec le pécheur. Il a le cœur tendre et l’esprit ferme.Nous autres au contraire, nous aurions plutôt le cœur dur et l’esprit mou. Nous sommes sévères et intraitables avec ceux qui commettent le mal, notre réaction immédiate est de vouloir les punir ou nous venger d’eux tandis que devant le mal, certes nous sommes contre, mais parfois nous trouvons des accommodements : après tout, ce n’est pas si mal que ça… et puis toute le monde le fait. Dans notre hostilité envers le mal nous voulons punir ceux qui le commettent ou nous venger de ceux qui le commettent Le Seigneur fait autrement, tout en étant plus exigeant. Il ne se contente pas d’être contre le mal, il est pour le bien, il ne se contente pas d’envisager une sanction ou une vengeance à l’encontre du pécheur, il vise son repentir et sa conversion. Et finalement sa façon de faire est plus efficace car imposer une sanction ou se venger de celui qui agit mal ne règle rien. Dès que vous aurez le dos tourné, il recommencera. Tandis que s’il se convertit, les risques de récidives sont bien moindres, voire nuls, si la conversion est totale et définitive. Lorsqu’il nous demande d’aimer nos ennemis, le Christ nous demande de faire comme lui et aussi comme le Père, qui est bon pour les ingrats et les méchants ; il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber sa pluie sur les justes et sur les injustes. (Mt. 5,44) Nous n’arriverons peut-être jamais à aimer nos ennemis et ceux qui nous haïssent , mais nous pouvons toujours avancer dans cette direction D’autant que le Seigneur, sachant bien que cela nous est impossible, nous aidera de sa grâce D’autre part, il faut tenir compte dans les propos de Jésus de la façon de parler à l’époque en Palestine. Il procède souvent par allusions ou paraboles. Il ne faut pas toujours prendre le texte de l’évangile à la lettre. Il nous dit ici de tendre l’autre joue. Mais lorsque le soldat l’a frappé au cours de sa Passion, il n’a pas tendu l’autre joue. Il lui a simplement demandé calmement Si j’ai mal parlé, montre en quoi ; si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? (Jean 18,23). Cela ne veut pas dire que dans l’évangile, il faut en prendre et en laisser. Avec délicatesse et respect nous devons toujours chercher à comprendre ce que le Seigneur veut dire exactement. Ce n’est pas toujours facile. Aujourd’hui encore à Madagascar comme dans d’autres pays on parle volontiers par allusions et sous-entendus. C’est très embarrassant pour les cartésiens que nous sommes. Je me souviens de mon désarroi, un jour à Madagascar, je venais d’arriver en brousse pour y commencer mon ministère, lorsqu’un paysan malgache entré dans mon bureau m’a parlé pendant une vingtaine de minutes. Sachant le malgache, je comprenais tout ce qu’il disait, mais je ne voyais pas du tout ce qu’il voulait dire. J’étais très embêté ! Alors, ne pas refuser ma tunique à celui qui a déjà pris mon manteau, donner à tous ceux qui demandent, ne pas réclamer mon bien à celui qui le prend qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Je ne sais pas trop. Je pense qu’on peut laisser de côté provisoirement ce qu’on ne comprend pas dans l’évangile et se concentrer sur ce qu’on comprend. Et justement dans l’évangile d’aujourd’hui la consigne que nous donne le Christ: ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le, vous aussi, est parfaitement claire, et nous n’aurions aucune excuse de ne pas la mettre en pratique ! Si tout le monde pratiquait cette règle d’or, la vie en société serait certainement plus agréable. Dans cette page d’évangile le Seigneur nous demande d’imiter son parti pris absolu de miséricorde envers et contre tout. Comment fait-il pour ne pas être découragé devant notre indifférence, nos infidélités, ou nos manœuvres pour nous opposer à sa volonté ? Comment fait-il pour supporter la sauvagerie et la cruauté d’un monde où chacun cherche le profit à tout prix, même s’il faut au passage écraser les autres ? Malgré les réussites prodigieuses de la science et de la technique, malgré toute l’intelligence et le courage que nous mettons dans nos entreprises, le résultat final est bien souvent, biaisé, tordu. Ce qu’on persiste à appeler progrès ne vise même plus à apporter davantage de bonheur à l’humanité mais à augmenter le profit et la rentabilité et tant pis si on va de crise en crise, tant pis si les rythmes de travail effrénés entraînent de plus en plus de « burn out », tant pis si notre activité frénétique menace la création elle-même : déforestation sauvage, pollution chimique des sols, pollution de l’air, pollution des océans, mais pollution humaine aussi, perte du sens de l’existence avec la déchristianisation, la dégradation des mœurs, la déstabilisation des familles. Comment fait-il, le Seigneur, pour encore nous faire confiance ?Nous butons ici sur le mystère incompréhensible de son amour qui n’est pas chez lui, une qualité parmi d’autres, c’est le dynamisme même de son existence. Il ne peut pas faire autrement. C’est plus fort que lui. Il faut qu’il fasse être d’autres êtres et si ces autres êtres, en l’occurrence les hommes, dévient dans le mal, il continue de les aimer, il persiste à les ramener vers le bien et l’épanouissement de leur être. Il ne sait faire que ça. L’auteur du livre de la Sagesse disait déjà : Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes (Sagesse 11,22) ……Tu nous donnes le temps et l’occasion de nous défaire de notre perversité, Tu juges avec modération…pour nous apprendre quand nous jugeons à songer à ta bonté et quand nous somme jugés à compter sur ta miséricorde. ( Sg 11,18.20.22.) Que retenir de tout cela ? L’évangile d’aujourd’hui nous remet en face de la bienveillance et de la miséricorde sans limites du Seigneur, fruits de son amour infini pour tous les hommes, même les mauvais. Oui tu aimes tous les êtres et n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait, nous dit encore le livre de la Sagesse, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formée et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi Maître, ami de la vie (11,24-26) L’ennui, c’est qu’il nous demande d’étendre cette bienveillance et cette miséricorde à tous ceux qui nous entourent, même les mauvais. Impossible ? Non, puisqu’il l’a promis Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois. (Ez 36,26,27) Et puis, si vraiment nous n’y arrivons pas, au moins mettons en pratique la règle d’or : ce que nous voulons que les autres fassent pour nous, faisons le aussi pour eux. Ce ne sera déjà pas si mal.

les béatitudes dimanche 16 Février  2025

6e TO C (Jérémie 17,5-8) (St Paul 1Cor.15,12.16-20) (Luc 6,17.20-26)

Nous sommes au début de la vie publique de Jésus. Il a commencé à enseigner, impressionnant les foules par la profondeur de sa parole. Les quelques miracles qu’il a déjà faits ont renforcé sa renommée, il n’est donc pas étonnant que ce jour-là, une grande multitude se soit pressée autour de lui. On venait de partout, de la Judée à l’extrême sud comme des territoires païens de Tyr et de Sidon au nord de la Palestine Il va alors prononcer le fameux discours des Béatitudes que l’on peut considérer comme un discours programme puisque à travers ces Béatitudes, le Seigneur indique les dispositions nécessaires et la conduite à tenir pour entrer dans le Royaume.

Comme dans une courte homélie, il n’est pas possible d’analyser en profondeur toutes ces béatitudes, je ne parlerai que de la première : Bienheureux vous, les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. C’est d’ailleurs la plus importante. Comme très souvent, les paroles de Jésus sont déconcertantes, mais ici, il bat tous les records. Comment peut-on dire que les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent, ceux qui sont haïs méprisés et rejetés sont bienheureux ? Personne ne souhaiterait ce genre de bonheur à ceux qu’il aime, et le Seigneur non plus. Alors qu’est-ce qu’il veut dire ?

Mettons les choses au point. La pauvreté est un mal. Elle peut même être pour le chrétien un mal mortel en ce sens qu’elle peut le plonger dans l’insécurité et l’angoisse. Or un chrétien devrait toujours se sentir en sécurité enveloppé par l’amour du Père. Ne soyez inquiets de rien dit St Paul mais en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâces faites connaître vos demandes à Dieu (Phil.4,6) Personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvres. Et le Christ non plus. Mais la pauvreté est un mal qui peut avoir des effets secondaires extrêmement positifs. Le pauvre, comme il est dans le besoin, cherche à se procurer ce qui lui manque. Il voit bien qu’il ne peut pas s’en sortir tout seul. Il va donc chercher de l’aide auprès de ceux qui l’entourent. Mais on ne peut pas toujours se fier aux autres. Et puis les choses à quoi on tient le plus : le bonheur, la santé, personne ne peut vous les procurer. Finalement, on est obligé de se tourner vers Dieu. L’avantage quand on est pauvre, c’est que l’expérience vous fait sentir plus facilement que vous avez besoin de Dieu. Le pauvre est ouvert à Dieu.

La richesse, elle, est un bien. D’ailleursla Bible nous dit que Dieu comble de biens ceux qu’il aime. Abraham était très riche (Gen.13,2) Isaac et Jacob, extrêmement riches. (Gen.26,12). Sans compter que la richesse est le fruit et la récompense du travail et de l’effort. Mais la richesse est un bien dangereux qui peut avoir des effets secondaires non seulement négatifs mais mortels. Quand vous êtes riche, votre argent, votre instruction, votre culture, qui sont aussi des richesses, vous permettent de vous procurer tout ce que vous désirez. Très facilement vous en venez à penser que vous n’avez besoin de rien ni de personne et pas même de Dieu. Vous vous sentez parfaitement maîtres de votre destinée, au point que renfermés sur vous-mêmes, il n’y a plus de place pour Dieu dans votre vie. Déjà l’auteur du Deutéronome nous mettait en garde : Quand tu auras vu abonder ton argent et ton or, s’accroître tous tes biens, n’oublie pas alors Yahvé ton Dieu. Garde-toi de dire en ton cœur : c’est ma force, la vigueur de ma main qui m’ont procuré ce pouvoir. Souviens-toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné cette force, qui t’a procuré ce pouvoir. (Deut.8,12…) Les riches, disait le prophète Osée, leur cœur s’est enflé, c’est pourquoi ils ont oublié Dieu (13,6) et le Christ est catégorique : Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. (Mt.19,24).Alors que le pauvre est ouvert à Dieu, le riche, lui, est fermé à Dieu.

 Mais tout ça ne nous dit pas comment le pauvre peut être heureux.  Normalement il devrait être malheureux de voir que bien des choses lui manquent et qu’il est incapable de s’en sortir par lui-même. Oui mais, se sentant pauvre et démuni, il va penser à se tourner vers Dieu pour avoir son aide. Et justement il se trouve que Dieu est un Père qui nous aime et qui sait de quoi nous avons besoin, avant même que nous le lui demandions (Mt.6,6). Moi je suis pauvre et malheureux mais le Seigneur pense à moi dit le ps.40. Les pauvres sont les préférés du Seigneur. Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur qui je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. dit-il en Isaïe (6,8) Quel paradoxe étonnant et merveilleux ! Les pauvres qui devraient être malheureux de voir qu’ils n’arrivent à rien vont se retrouver bienheureux parce que, dans leur malheur, ils se tournent vers Dieu qui va leur donner ce que les richesses, le savoir ou une bonne réputation ne peuvent leur donner. Que je sois pauvre, que je n’arrive à rien, qu’est-ce que ça peut faire, puisque Dieu est avec moi ! Je peux dire comme St Paul Je puis tout en celui qui me fortifie (Phil.4,13). Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort 2Cor.12,10) Le pauvre n’est pas bienheureux parce qu’il est pauvre, mais parce que sa pauvreté lui fait retrouver son Dieu source de tout bien, son Dieu capable de le combler bien au-delà de ce que toutes les   richesses de la terre pourraient lui apporter.

Cette pauvreté dont parle le Seigneur n’est pas une qualité facultative qu’un chrétien pourrait avoir ou non, c’est une qualité indispensable, absolument nécessaire pour entrer dans le Royaume de Dieu, parce qu’elle nous ouvre à Dieu, nous fait sentir le besoin de Dieu. Les pauvres sont bienheureux parce que, n’étant pas satisfaits de leur pauvreté, ils cherchent la vraie richesse auprès de Dieu. De même ceux qui pleurent sont bienheureux parce que n’étant pas satisfaits des joies d’ici-bas, ils cherchent la vraie joie auprès de Dieu. De même encore ceux qui ont faim et soif de justice sont heureux parce que n’étant pas satisfaits de la justice d’ici-bas, ils aspirent à la vraie justice que seul, Dieu peut leur offrir. Autrement dit, l’attitude de base pour suivre le Christ, c’est d’être un homme de désir, qui n’est pas satisfait des richesses de la terre, impuissantes à faire de lui l’homme qu’il voudrait être. Toujours il cherche mieux. Au plus profond de lui, il en est convaincu, comme St Augustin : Tu nous as fait Seigneur pour Toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi.

Que retenir de tout cela ?

Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous, qu’est-ce que cela veut dire ?

La pauvreté dont parle Jésus n’est pas d’ordre économique. Le fait de ne pas posséder de richesses ne fait pas de vous automatiquement un juste. L’indigence et la pauvreté matérielle n’ouvrent pas, de soi, les portes du Royaume qui n’est pas un royaume de clochards et de SDF, de ratés et d’ignorants ! Les pauvres dont parle Jésus, sont des pauvres de cœur et on les trouve dans toutes les classes sociales. Qu’ils aient peu ou beaucoup de richesses matérielles, peu ou beaucoup de diplômes universitaires, qu’ils soient très cultivés ou non, ils voient bien qu’ils demeurent incapables de faire le bien qu’ils aiment et que, trop souvent, ils font le mal qu’ils n’aiment pas. Du coup, ils se tournent vers le Seigneur dont ils découvrent qu’il est le seul capable de les sortir de leur misère et de combler leurs aspirations les plus profondes parce qu’il est comme dit St Paul le seul dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Ephes.3,20)

Dimanche 9 février 2025

(Isaïe 6,1-2a,3-8) (1 Cor.15, 1-11) (Luc 5,1-11)

Quand Jésus eut fini de parler, il dit à Pierre : Avance au large et jetez vos filets pour la pêche. Or de jour, le poisson s’enfonce dans les profondeurs, on n’a aucune chance de prendre quoi que ce soit, tandis que de nuit, le poisson remonte et se prend dans les mailles des filets tendus en rideau à partir de la surface.. C’est pourquoi St Pierre, qui connaît son métier, répond à Jésus : Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre. Sous-entendu : au moment où toutes les conditions sont réunies pour faire une bonne pêche, maintenant, ce n’est plus le moment. Mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. Il était sceptique sur ses chances de prendre quelque chose et le reste de l’équipage avec lui. Or voilà que contre toute attente, ils pêchent une telle quantité de poisson que les filets risquent de se rompre. Aussitôt Pierre pare au plus pressé, il appelle au secours ses compagnons de l’autre barque et ils répartissent la pêche dans les deux embarcations. Devant cette pêche non pas exceptionnelle mais véritablement inexplicable, Pierre, bouleversé et même saisi d’effroi, découvre la puissance divine de Jésus et tombant aux pieds de Jésus, lui dit : Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. Mais Jésus, loin d’enfoncer Pierre dans son sentiment d’indignité, le relève au contraire : Ne crains pas, désormais ce sont des hommes que tu prendras. Il le dira plus tard : Celui qui s’abaisse sera élevé. (Luc 18,14)

Mais est-ce que Pierre s’abaisse ? Oui, d’ailleurs il s’agenouille aux pieds de Jésus. Mais d’un autre côté, non, il ne s’abaisse pas, il ne fait que dire les choses telles qu’elles sont : Jésus est saint et lui, Pierre, est pécheur. C’est ça l’humilité. Contrairement à ce qu’on pense bien souvent, l’humilité ne consiste pas à se rabaisser, c’est juger la réalité telle qu’elle est, sans la déformer en bien ou en mal. Le mot humilité vient du latin humus : le sol. Quelqu’un qui est humble c’est quelqu’un qui a les pieds par terre, qui est réaliste. Quand le Seigneur voit quelqu’un reconnaître la vérité, telle qu’elle est : moi je suis pécheur et toi Seigneur, tu es saint, alors il est tout heureux de le relever. Jamais il ne cherche à enfoncer, à condamner le pécheur, toujours il cherche à le relever.

 Les contemporains de Jésus ne comprenaient pas cette manière de faire. Nous aussi aujourd’hui, nous avons du mal à comprendre ce parti pris de miséricorde du Christ pour les pécheurs, Il était toujours fourré avec les pécheurs. Il ne les aimait pas parce qu’ils étaient pécheurs, mais il aimait que ces pécheurs enfoncés dans leur péché s’en sortent : je vous le dis, il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Luc 15,7) Quand il voit que Pierre reconnaît être pécheur, non seulement il ne le condamne pas, mais il le relève Ne crains pas, désormais ce sont des hommes que tu prendras.

Pierre et ses compagnons ramenèrent alors les barques au rivage et laissant tout, ils le suivirent. Ils ont été profondément bouleversés par cette pêche miraculeuse, c’est sûr, mais il est tout de même étonnant qu’ils se soient décidés aussi soudainement. Ils étaient installés dans la vie. Ils avaient une famille, des amis, un métier, une barque, des filets. Qu’est-ce qui leur est arrivé pour que, d’un seul coup, ils lâchent tout pour suivre Jésus ? Il faut que ce qui vient de se passer les ait complètement retournés. Celui qui est appelé par le Seigneur est retourné par une parole qui l’a touché au plus profond de lui-même et s’impose en faisant s’estomper tout le reste et tout d‘un coup il devient évident : c’est ça qu’il faut que je fasse, c’est ça que je dois faire. C’est exactement cela une vocation. Il n’y a pas de phénomène extraordinaire, d’apparition ou de miracle, mais quelque chose, un évènement, une parole vous atteint au plus profond et s’impose. On se sent invité à prendre une certaine orientation de vie. On peut délibérément décider de ne pas y faire attention, alors l’appel disparait. Ou bien on y prête attention et l’appel devient de plus en plus net et pressant. Jérémie disait : Tu m’as séduit Yahvé et je me suis laissé séduire. (Jer.20,7)

On n’a pas vu que cela venait de Dieu. On croit que c’est une idée parmi d’autres qui nous est passée par la tête, et on n’y prête pas attention; C’est là le cœur de la crise des vocations. Nous prions : »Seigneur, envoie nombreux des ouvriers à ta moisson, » il faudrait prier : »Seigneur ouvre nos oreilles et nos cœurs pour que nous reconnaissions ton appel.

Mais pourquoi le Seigneur est-il allé chercher ses apôtres parmi les pêcheurs du lac, des gens peu instruits, (on pense que St Pierre ne savait ni lire ni écrire,) alors qu’il y avait des hommes certainement plus aptes à devenir ses apôtres, plus instruits des choses de la religion, comme les prêtres, les scribes, les lévites, les docteurs de la Loi par exemple ou encore comme les pharisiens qui étaient des pratiquants fervents ? St Paul écrira plus tard aux Corinthiens : Considérez votre appel. Il n’y a pas beaucoup de gens puissants…Où est-il le sage, où est-il l’homme cultivé, où est-il le raisonneur d’ici-bas ?…Mais ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce qu’il a choisi pour confondre les forts, ce qui dans le monde est sans naissance et que l’on méprise, voilà ce que Dieu a choisi. (Cor.1, 26) C’est que Jésus n’aimait pas la suffisance affichée par trop de prêtres et de membres du milieu clérical de son époque. Non seulement ils se jugeaient éclairés mais ils se prétendaient justes et se montraient méprisants vis-à-vis des autres. Devant Dieu, personne n’est juste. Nous sommes tous pollués par l’orgueil, l’égoïsme, l’envie etc. et ce qu’il peut y avoir de bien nous vient de Dieu, seule source de bien dans le monde. St Paul le répète constamment Ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu (1Cor.15,) C’est de Dieu que vient notre capacité (2Cor.3,5)

C’est pour cela que le Christ veut former lui-même ses apôtres. Dans les passages parallèles de l’évangile d’aujourd’hui en St Marc et St Mt., le Seigneur le dit explicitement : Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. (Marc 1,17) (Mt.4,19) . Personne n’est jamais à la hauteur pour être apôtre de Jésus Christ. Les études, les diplômes en philosophie, en théologie, ou en n’importe quoi, ça ne fait pas le poids, jamais. Je ne veux pas dire que l’expérience, les études, la philosophie, la théologie, tout ça ne sert à rien et qu’il suffit d’un peu de piété, de dire son chapelet ou son bréviaire pour être un apôtre de Jésus Christ. La piété ne dispense pas d’être intelligent. Je veux dire que c’est le Seigneur qui agit à travers les formations, les études, les diplômes de philosophie et de théologie. C’est seulement son Esprit qui peut féconder nos études, nos réflexions et nos expériences. St Paul écrira plus tard aux Ephésiens. Nous sommes l’œuvre de Dieu, il a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ , en vue des œuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance, pour que nous les accomplissions (Eph.2,10)

Que retenir de tout cela ?

Derrière le miracle de la pêche miraculeuse que nous rapporte l’évangile d’aujourd’hui, il y a un autre miracle, c’est la transformation opérée par Jésus dans le cœur de ces modestes matelots qui, sans hésiter, ont tout largué pour se mettre à sa suite et devenir les audacieux apôtres que nous connaissons. Ils ne s’y attendaient pas. Ils étaient venus là simplement pour écouter un beau prêche. Le Seigneur les a emmenés beaucoup plus loin qu’il n’      avaient prévu. Aujourd’hui, nous aussi nous sommes là venus seulement écouter une bonne parole. Méfions-nous ! La même chose pourrait nous arriver. Le Seigneur pourrait bien nous appeler et nous emmener plus loin que nous n’avons prévu. Sommes-nous prêts à le suivre ?

Dimanche 2  Février  2025

Présentation de Jésus au Temple

(Malachie 3, 1-4) (Hébreux 2,14-18) (Luc 2, 22-40)

Selon le livre de l’Exode :  Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur  à qui il appartient.(Ex.13,1) C’est pourquoi Marie et Joseph sont montés  à Jérusalem présenter l’enfant au Temple et offrir, selon l’usage, deux colombes pour le racheter. C’était  la démarche privée d’une famille de croyants.

 Mais la réaction et les propos de Syméon vont donner une résonance publique et solennelle à un évènement qui se voulait discret. L’Esprit Saint avait révélé à Syméon qu’il verrait le Messie avant de mourir. Avec Anne, sa femme, il vivait dans l’attente de cette venue. En cela Anne et Syméon sont des modèles pour nous. Car nous aussi nous avons à vivre dans l’attente du Seigneur. Car depuis sa première venue à Bethléem, le Seigneur ne cesse de venir parmi  nous. Il l’a confié aux apôtres  le jour de l’Ascension Moi, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.(Mt.28,20) Même s’il n’est plus visible par nos yeux, il reste présent par son Esprit qui nous guide chaque jour. Encore faut-il que nous demeurions dans une attitude d’attente et d’écoute. Il ne faudrait pas que, découragés par les difficultés ou démoralisés par le triste état du monde qui nous entoure nous nous refermions sur nous-mêmes. Dans son homélie du 2 Février de l’année dernière, le pape François nous mettait en garde : La pire chose qui puisse nous arriver serait de tomber dans le sommeil de l’esprit, l’endormissement du cœur, l’anesthésie de l’âme, le rangement de l’espérance dans les coins sombres de la déception et de la résignation. D’autre part, accaparés  par l’urgence de faire face aux nécessités immédiates de l’existence, il ne faudrait pas que nous nous enfermions dans le présent toujours plus étriqué  d’une existence qui n’a  plus ni sens ni but.

 En voyant l’enfant, Syméon reconnaît en lui celui qui est venu apporter le salut à tous les peuples, et la lumière à toutes les nations, mais en même temps il prédit 1°) que cet enfant sera la cause de relèvement et de chute, et 2°) qu’un glaive de douleurs transpercera le cœur de sa mère. Nous avons ici une des premières affirmations de l’universalité du salut. Dès l’Ancien Testament, on croit que Dieu accorde son salut à tous ceux qui le prient, d’où qu’ils viennent, donc en principe à toutes les nations, mais pratiquement comme les Juifs étaient  persuadés d’être les seuls à prier Dieu comme il faut et comme ils pouvaient constater combien souvent au long de leur histoire le Seigneur était venu au secours de leur petite nation menacée par ses voisins beaucoup plus puissants, Perses, Babyloniens ou Égyptiens, la plupart d’entre eux en était venu à penser que le salut était réservé aux seuls descendants d’Abraham. Ils s’étonnaient de voir Jésus  parler à tout le monde, même aux étrangers ou guérir des païens comme le serviteur du centurion romain ou la fille d’une Cananéenne ; il ne ratait d’ailleurs aucune occasion pour louer la foi de ces étrangers allant même jusqu’à dire que beaucoup viendraient du levant et du couchant prendre place au festin dans le royaume de cieux, tandis que les héritiers du royaume, (c’est-à-dire eux, les Juifs) seront jetés dans les ténèbres du dehors  (Mt.8,11,12) ce qui heurtait les croyants traditionalistes étroits. Mais pour les croyants éclairés comme Syméon, le Messie venait apporter le salut à tous les hommes.

Cependant l’annonce joyeuse  de l’arrivée d’un salut offert à toutes les nations par Syméon s’accompagne d’une autre annonce, inquiétante celle-là, lorsque Syméon dit à Marie : cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, et toi, ton âme sera percée d’un glaive de douleur. Qu’un glaive de douleur doive transpercer le glaive de Marie, c’est clair. Notre Dame souffrira de voir son fils rejeté par les siens, elle sera avec lui dans ses épreuves, jusqu’au calvaire où elle assistera, debout au pied de la croix, à la mort de son fils.

 Par contre, ce qui est moins clair c’est l’oracle menaçant de Syméon :  cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Ceux qui accueilleront le Seigneur et son Evangile seront sauvés, ce sera pour eux un relèvement, cela, c’est encore assez clair.  Mais le reste : cet enfant provoquera la chute de beaucoup, l’est nettement moins. Est-ce que cela veut dire que ceux qui n’accueilleront pas Jésus et son évangile seront irrémédiablement perdus ? Certaines déclarations de Jésus dans l’évangile donnent de bonnes raisons de le penser. Par exemple lorsqu’il dit au soir du Jeudi Saint : Si je n’étais pas venu, si je ne leur avais pas adressé la parole, ils n’auraient pas de péché, mais maintenant, ils n’ont pas d’excuse. (Jean 15,22) ou encore à la fin de la parabole des vignerons homicides qui après avoir malmené les envoyés du maître de la vigne tuent son fils, lorsque Jésus conclut : Que leur fera donc le maître de la vigne ? Il viendra et fera périr ces vignerons. (Luc 20,16). Jésus dans son amour pour nous, nous offre le salut, oui, mais en amour on ne force pas. Depuis toujours, l’Écriture en témoigne, le Seigneur nous presse de faire le bon choix : Vois je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur…Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie. (Dt 30,15…) Si nous refusons le salut qui nous est offert, alors, c’est la chute, sans aucune possibilité de salut. Ce n’est pas le Seigneur qui nous jette en enfer, c’est nous qui choisissons d’y aller.

A moins que, encore une fois, il ne prie en notre faveur comme il l’a fait pour ses bourreaux : Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) Que fera-t-il ? Nous n’en savons rien. Qu’est ce qui attend tous ceux autour de nous qui sont parfois nos amis ou nos proches parents qui ont choisi d’ignorer le Seigneur et son évangile ? Seront-ils irrémédiablement perdus ? Ou seront-il rescapés in extremis parce qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient ? Pour nous aujourd’hui, l’Esprit Saint  nous a été donné pour nous guider sur la bonne route et pour que nous puissions guider les autres vers le Seigneur. Alors veillons à rester connectés car, comme le dit l’Écriture, Il n’y a aucun  autre nom en qui nous devions être sauvés. (Actes 4,12)

Que retenir de tout cela ?

Conformément aux prescriptions de la Loi, Marie et Joseph sont montés au Temple pour présenter leur enfant au Seigneur. Cela devait être une démarche discrète. Mais Syméon, éclairé par l’Esprit proclame que l’on est en train d’assister à l’arrivée du salut accordé par le Seigneur à toutes les nations. Du coup ce qui devait être une cérémonie privée devient une proclamation solennelle de l’universalité du salut et de la révélation de la lumière offerte par le Seigneur à tous les hommes.

                   Mais cet enfant provoquera le relèvement et la chute de beaucoup en Israël.  Ceux qui accueilleront ce salut et cette lumière seront sauvés, les autres seront ils irrémédiablement perdus ? L’évangile nous donne des raisons de le penser, à moins qu’in extremis ils ne soient rescapés parce que le Seigneur dans sa miséricorde aura pensé qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient ? Nous n’en savons rien. Quoi qu’il en soit l’évangile nous invite à saisir notre chance d’avoir l’Esprit Saint avec nous pour nous guider et pour que nous puissions aider les autres à trouver le bon chemin. Il n’y a pas de meilleur GPS.

Dimanche 26 janvier 2025

(Néhémie 8,2-4a.5-6,8-10) (1Cor.12,12-14.27) (Luc1,1-4 ; 4,14-21)  

La deuxième partie de cet évangile nous rapporte la première prédication de Jésus à Nazareth tandis que dans la première partie St Luc nous parle de sa décision d’écrire son évangile J’en profite pour retracer avec vous l’histoire de la composition des quatre évangiles par St Mt, St Marc, St Luc et St Jean.

Dès qu’ils eurent reçu l’Esprit Saint à la Pentecôte, les apôtres commencèrent à annoncer partout l’Evangile. Il n’y avait pas encore de texte écrit. Ils rapportaient de mémoire ce que leurs yeux avaient vu et ce que leurs oreilles avaient entendu. Mais bientôt le nombre de fidèles augmentant considérablement, le nombre des prédicateurs s’accrut aussi et beaucoup d’entre eux n’étaient pas des témoins oculaires ayant suivi Jésus. Pour éviter les erreurs et les inexactitudes, on a donc commencé à écrire des petits résumés d’abord concernant seulement la Passion et la Résurrection, puis, pour répondre aux questions de nouveaux convertis qui voulaient toujours en savoir davantage sur Jésus, on a mis par écrit  les principaux enseignements de Jésus et le récit de certains de ses miracles, c’est ce qui a donné les évangiles que nous connaissons aujourd’hui. Les convertis venant de milieux différents, il fallait présenter l’enseignement du Christ de manière adaptée à leur culture et à leur mentalité particulière. Aux Juifs qui se convertissaient, il fallait expliquer bien clairement que l’enseignement de Jésus ne détruisait pas celui de la Loi et des prophètes mais en réalisait l’accomplissement. C’est pourquoi St Matthieu qui écrit son évangile pour eux cite 53 fois l’A.T., plus que les trois autres évangélistes réunis, afin de souligner : ceci s’est passé afin que se réalise telle parole de tel prophète. St Marc qui écrit son évangile pour des convertis venant de milieux Romains et St Luc qui écrit le sien pour des convertis de culture grecque, écrivirent eux aussi un évangile rapportant l’ensemble de l’enseignement de Jésus et de ses miracles ainsi que les détails principaux de sa vie, mais adapté aux besoins de leur public respectif et sans trop citer les Ecritures juives que leur public ne connaît guère.

Selon les exégètes (spécialistes de l’Ecriture Sainte) Mt et Luc écrits vers les année 80,90, se seraient inspirés de l’évangile de Marc écrit quelques années auparavant vers les années 65,70 et d’une autre source aujourd’hui disparue. Ce qui explique qu’on peut relevcr 330 versets communs aux évangiles de MT, Marc et Luc . On les appelle synoptiques parce que ces trois évangiles  présentent de grandes ressemblances. Le quatrième évangile, écrit par St Jean dans les toutes dernières années du premier siècle, donne un écho de l’enseignement du Christ plus personnel. St Jean rapporte  de nouveaux récits qu’on ne trouve pas chez Mt. Marc ou Luc, mais ne se croit pas obligé de répéter ce que les rois autre évangiles ont déjà exposé. C’est ainsi qu’il consacre cinq chapitres à la veillée du Jeudi Saint, beaucoup plus que les autres évangiles,  racontant  longuement le lavement des pieds dont ne parlent pas les autres évangiles, mais il ne rapporte pas l’institution de l’Eucharistie déjà  mentionnée par les trois autres évangiles.

Quel était le but exact des auteurs lorsqu’ils ont écrit leur évangile ? Ils voulaient présenter un exposé de l’enseignement de Jésus sur la base  d’informations précises, comme le souligne St


Luc, afin que les catéchumènes  puissent bien se rendre compte de la solidité des enseignements reçus (Luc 1,4)  …pour qu’ils croient que  Jésus est le Christ , le Fils de Dieu et pour que, en croyant ils aient la vie en son nom. (Jean 20,31) Il ne faut donc pas chercher dans les évangiles une biographie racontant toutes les péripéties de la vie de Jésus. Ils nous disent très peu de choses sur son enfance et sur les années qu’il a passées à Nazareth  qu’on appelle la vie cachée de Jésus. Ils ne nous parlent que  de l’enseignement qu’il a donné et des miracles qu’il a fait au cours des trois années de sa vie publique. Et encore ils ne nous donnent pas   un compte rendu exhaustif de tout ce qu’il a dit, ni de tous les miracles qu’il a accomplis.  St Jean le dit d’ailleurs explicitement vers la fin de son évangile : Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres miracles qui ne sont pas rapportés dans ce livre. (Jean 20,30)

Voilà donc ce que sont les évangiles, pourquoi et comment ils ont été écrits.

Dans la deuxième partie de l’évangile d’aujourd’hui, Jésus, qui est entré dans la synagogue de Nazareth lit pour l’assemblée un passage du prophète Isaïe : L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Après quoi, s’étant assis, il ajoute : Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre. Sous-entendu parce qu’il parle de moi. Il ne le dit pas ouvertement, mais il laisse entendre qu’il est le Messie La suite de l’évangile que nous ne lisons pas dans la liturgie d’aujourd’hui nous rapporte que les auditeurs d’abord ravis d’entendre les paroles de Jésus commencèrent à s’opposer violemment à lui : N’est-ce pas là le fils de Joseph ? Sous-entendu : pour qui se prend-il ? Et comme ils voulaient s’en prendre à lui, Jésus dût partir précipitamment. Cela montre que même des croyants a priori bien disposés n’arrivent pas à se libérer de leurs préjugés ce qui peut les amener jusqu’à rejeter Dieu. Pour les gens de Nazareth, le Messie ne pouvait pas être un charpentier de village. Dieu, ils étaient pour, le Messie, ils étaient pour, mais à condition qu’il soit comme ils se l’imaginaient. Mais Dieu dépasse tout ce qu’on peut penser  ou dire de lui, comme l’exprime très bien une hymne attribué à St Grégoire de Naziance : O Toi, l’au-delà de tout… Quel langage te dira ? Aucun mot ne t’exprime. A quoi l’esprit t’attachera-t-il ? Tu dépasses toute intelligence.

Aujourd’hui encore, malgré toute notre bonne volonté de croyants sincères nous restons prisonniers de bien des préjugés qui handicapent notre manière de pratiquer notre religion. Pensez à la façon dont nous catholiques romains restons scotchés sur la forme actuelle du sacerdoce comme si c’était un dogme de même ordre que la Trinité ou l’Incarnation !   A l’idée qu’il puisse y avoir des prêtres mariés, les cheveux de  bien des chrétiens se dressent sur leur  tête, alors qu’il y a déjà dans l’Eglise catholique de rite maronite des prêtres mariés et que théologiquement rien ne s’oppose à l’ordination de prêtres mariés ni d’ailleurs à l’ordination de femmes. On met sur le même plan le respect qu’on peut avoir pour les  coutumes culturelles d’une époque et le respect qu’on doit avoir pour les dogmes éternels. Il y a, de nos jours, une manière de s’accrocher au passé qui hélas, ressemble fort à l’attitude des prêtres, des scribes, des docteurs de la Loi et des pharisiens profondément hostiles au Christ parce qu’il renouvelait l’enseignement de l’Ecriture et de la Tradition. Dans l’Evangile, le Christ bouscule l’immobilisme de L’Eglise de son temps. Chaque fois qu’on veut le retenir quelque part, le Seigneur refuse et invite les siens à repartir, à aller de l’avant : Allons ailleurs dans les bourgs voisins pour que j’y prêche aussi l’évangile.


(Marc 1,37 ) Fidèle à la manière de faire du Christ, L’Eglise a toujours évolué au long des âges et continue d’évoluer. Regardez combien notre façon de participer à la messe s’est considérablement améliorée par rapport à ce qu’elle était il y a cinquante ou quatre-vingts ans.

(Marc 1,37) Je ne sais pas, vous ne savez pas, personne ne sait ce que l’avenir nous réserve. Mais il y aura encore certainement des changements, des réformes, des changements dans notre manière de croire, de prier. Et alors ? Pas de quoi s’affoler. Le Christ va de l’avant. Si nous prétendons être des siens, allons nous aussi de l’avant, avec lui.

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Dimanche 19 janvier 2024

2e dimanche T.O. année C (Isaïe 62,1-5) (1 Cor.12,4-11) (Jean 2,1-11)

Une fois encore, le Christ nous surprend. Nous sommes au début de sa vie publique. Il vient de commencer à enseigner. Il doit se faire reconnaître comme Messie. On pourrait donc s’attendre à ce qu’il donne un signe d’ordre religieux prouvant sa divinité. On verrait bien un miracle dans le cadre d’une fête liturgique, quelque chose comme une Transfiguration non pas juste devant trois disciples, mais devant tout le monde, par exemple sur l’esplanade du Temple. Mais non, il fait un miracle profane en quelque sorte, il change de l’eau en vin au cours d’un mariage villageois, à Cana. Par contre, ce qui est frappant, c’est le rôle de Notre Dame dans le déroulement des faits.Nous sommes à Cana, à quatorze km de Nazareth. Jésus et ses disciples ainsi que Marie sa mère ont été invités à une noce. Notre Dame qui a l’œil d’une maîtresse de maison a probablement repéré l’agitation du côté des cuisines. Mise au courant de la situation : il n’y a plus de vin, sa délicatesse et sa sollicitude s’en émeuvent. C’est un désastre ! Ce qui devrait être pour les jeunes époux le plus beau jour de leur vie est en train de tourner au cauchemar ! Les familles des mariés vont perdre la face ! Pendant des années et de années, ils vont être la risée de tout le pays ! Il faut faire quelque chose. Elle se tourne alors vers son fils : « ils n’ont plus de vin.  » Plus qu’une façon de le mettre au courant, en fait, c’est une manière respectueuse mais déterminée de lui demander d’intervenir. Exactement comme Marthe et Marie ne demanderont pas directement à Jésus de venir guérir leur frère, mais elles lui feront savoir : « Celui que tu aimes est malade » (Jean 11,3). Pourquoi Notre Dame se tourne-t-elle ainsi vers son fils ? Parce qu’elle le connaît, elle sait qu’il ne va pas laisser les gens dans l’embarras. Elle ne sait pas ce qu’il va faire, mais elle a confiance en lui. Et même quand Jésus lui répond : Femme que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue, autrement dit : qu’est-ce que tu veux que j’y fasse, le moment n’est pas encore venu pour moi de me manifester comme Dieu, Notre Dame dit tranquillement aux serviteurs : Tout ce qu’il vous dira, faites-le. Elle ne sait pas ce qu’il va faire, mais elle est sûre qu’il va faire ce qu’il faut. Elle a une confiance totale en lui. Il n’y a pas de longues prières ni des supplications sans fin. Le minimum de mots mais le maximum de poids dans ces mots et par suite le maximum d’efficacité. Parce que rien ne résiste à la force tranquille de la foi. Le Christ le dira plus tard : Si quelqu’un ne doute pas en son cœur mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé (Marc 11,23). Personne ne le sait encore, mais Notre Dame le sait déjà.Et Jésus intervient. Il donne l’ordre aux serviteurs de remplir les jarres d’eau qu’il va changer en vin. Impossible de ne pas reconnaître l’influence de Marie sur le cœur de son fils, ainsi que la puissance de son intercession. Ce n’est pas elle qui agit. Ce n’est pas elle qui changera l’eau en vin, mais c’est bien elle qui déclenche l’intervention de Jésus. Malgré une première réaction peu engageante de son fils, elle persévère avec une confiance inentamée et obtient finalement qu’il agisse. Il convient de remarquer aussi le fait que Jésus a voulu demander aux serviteurs de remplir d’eau les jarres. Il n’a pas besoin d’eux. Il aurait très bien pu faire que les jarres vides apparaissent soudain pleines de vin. Pourquoi a-t-il voulu que les serviteurs interviennent ? Parce qu’il ne veut pas tout faire tout seul, parce qu’il veut nous associer à son oeuvre. Ce que nous apportons, ce n’est pas grand-chose, cela n’a pas grande valeur, ce n’est rien, mais c’est sa manière : avec rien, lui, le créateur, il fait tout. Aujourd’hui encore, comme autrefois à Cana, le Seigneur veut nous associer à son œuvre. Ce que nous pouvons faire, ce n’est pas énorme, ce n’est peut-être pas de grande qualité, c’est peut-être très ordinaire, comme l’eau qu’ont apportée les serviteurs à Cana. Mais de même qu’il a changé l’eau ordinaire en un très bon vin, de même, il peut transformer nos efforts maladroits entachés d’orgueil et d’égoïsme et en faire quelque chose de valable pour la construction du Royaume. Je pense à tout le dévouement des parents pour bien élever leurs enfants. Je pense aux efforts des hommes d’affaires, des chefs d’entreprise, des commerçants, des agriculteurs, des hommes politiques, des fonctionnaires, des enseignants, de tout un chacun pour mettre davantage de justice, de prospérité, de paix dans la société. Personne n’est content du résultat. Trop souvent l’orgueil, l’arrivisme, la volonté de domination, l’égoïsme défigurent le souci du bien commun et l’idéal chrétien du service des autres. Tout ça ne vaut pas grand-chose, comme l’eau claire dans les jarres à Cana. Mais l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle que c’est ce « pas grand-chose », ce « presque rien » que le Seigneur veut changer en quelque chose de valable pour la construction du royaume dans nos familles, dans nos quartiers, dans notre société. L’évangile d’aujourd’hui nous le montre : il n’y aurait pas eu de miracle à Cana si les serviteurs n’étaient pas allés puiser l’eau et s’ils n’avaient pas rempli les jarres. C’est ainsi qu’il veut que les choses se fassent. Le Seigneur est prêt aujourd’hui à changer notre monde en un royaume de paix de justice et de charité. Mais il veut que nous allions puiser. Il veut que nous nous mettions à construire, là où nous sommes dans notre famille, dans notre quartier dans notre société. Et comme à Cana il y a deux mille ans il a transformé l’eau ordinaire en vin, aujourd’hui il transformera nos modestes efforts et nous verrons s’épanouir la paix, la justice, la charité dans nos familles, dans nos quartiers, dans notre société. Que retenir de tout cela ? D’abord le fait que le premier miracle du Christ ne se passe pas dans un contexte religieux, dans une synagogue ou au Temple de Jérusalem mais dans l’ordinaire de la vie des gens nous montre une fois encore que la vie chrétienne ne se situe pas en plus, ou à côté de la vie ordinaire mais au cœur même de cette vie ordinaire. Mais nous n’arrivons pas à le croire. C’est pourquoi on ne voit jamais une représentation de Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage. Pourtant elle n’était pas moins sainte lorsqu’elle balayait que quand elle chantait des psaumes. D’autre part le fait que ce premier miracle de Jésus se déroule au milieu des réjouissances d’un mariage devrait nous faire réfléchir sur la manière toujours grave sinon austère dont nous imaginons le Christ qu’aucune image ne montre jamais en train de rire ou de sourire. Mais surtout l’évangile de Cana nous révèle en Notre Dame un modèle de foi tranquille, solide, qui ne connaît ni doute ni hésitation. Il nous révèle aussi la puissance de Notre Dame sur le cœur de son fils et nous montre déjà Notre Dame dans le rôle de mère et de médiatrice que le Seigneur lui confiera plus tard, le Vendredi Saint, du haut de la croix. Enfin, en demandant aux serviteurs de remplir d’eau les jarres, le Seigneur montre qu’il veut nous associer à son œuvre. Ce que nous pouvons faire, ce n’est pas grand-chose, ce n’est rien mais lui, le créateur, c’est sa manière, avec rien, il fait tout. Il veut avoir besoin de nous pour transformer notre monde dénaturé par l’orgueil et l’égoïsme en un Royaume de paix, de justice et de charité. Nous ne saurions nous dérober. Je ne sais plus quel Père de l’Eglise disait : si noble est le poste que Dieu nous a confié qu’il ne nous est pas permis de déserter.

Dimanche 12  Janvier  2025

(Isaïe 40,1-5, 9-11)   (St Paul,Tite 2,11-14, 3,4-7)  (Luc 3,15-16, 21-22)

L’évangile d’aujourd’hui nous rapporte que Jésus reçut le baptême de Jean  et comment à cette occasion une intervention céleste se produisit au cours de laquelle l’Esprit Saint descendit sur lui. Ces deux évènements posent question. Pourquoi Jésus demande-t-il à être baptisé d’un baptême qui purifie les péchés ? Il est sans péché, il n’a pas besoin de ce baptême là. Et pourquoi l’Esprit St descend-il sur lui après ce baptême ? Jésus étant Dieu a nécessairement l’Esprit Saint en lui. Il n’a pas besoin de le recevoir.

L’évangile de St Matthieu le précise : c’est bien Jésus qui a pris l’initiative de s’approcher pour demander à Jean Baptiste de lui conférer le baptême de purification,  et il nous rapporte  que Jean Baptiste a d’abord refusé de baptiser Jésus : c’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, dit-il. Mais Jésus ayant insisté : C’est ainsi qu’il faut faire pour accomplir pleinement la volonté du Père (Mt.3,14-15), Jean Baptiste a cédé. Que signifie cette démarche de Jésus ? Elle signifie que Jésus a voulu prendre sur lui nos péchés. En prenant place dans la file des pécheurs et en se faisant baptiser par Jean, il manifeste sa solidarité avec ceux qui se convertissent . Nous avons de la peine à comprendre l’énormité de l’humilité de Jésus qui prend sur lui le poids de nos fautes. Il s’abaisse jusqu’à nous pour nous relever avec lui.

Mais plus incompréhensible encore est la descente de l’Esprit Saint sur Jésus alors que ce dernier,  après avoir reçu le baptême de Jean est en train de prier. Jésus qui est vrai homme est aussi vrai Dieu et, en tant que tel, il est un avec le Père et l’Esprit. Nous sommes donc tentés de conclure : l’Esprit est déjà en lui. Il n’a pas besoin de le recevoir à nouveau……. mais nous oublierions  alors que lorsque Jésus s’est fait homme, volontairement il s’est séparé de ses privilèges divins et de la gloire divine qui lui appartenaient par nature comme l’explique St Paul dans son épître aux Philippiens : Lui, (Jésus) de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur et devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6,7) C’est ce que les théologiens appellent la kénose du grec kénoo : vider. Le Christ, en se faisant homme s’est vidé, s’est privé volontairement de l’exercice de ses privilèges divins. On ne peut pas dire par exemple  que l’enfant Jésus  dans la crèche à Bethléem, voyant arriver deux bergers se dit en lui-même ( puisqu’il est Dieu et donc il sait tout) : tiens voilà Levi et Josaphat ! A partir du moment où il se fait homme, comme il s’est volontairement privé de ses prérogatives divines, l’enfant qui naît à Bethléem est Jésus  un petit bébé impuissant comme tous les petits bébés. Et il va devoir apprendre à parler, à marcher, à prier comme tous les petits enfants. Volontairement il a renoncé à ce que la puissance de l’Esprit Saint s’exerce en lui. L’Esprit Saint est toujours en lui, mais comme dormant. Et au moment où il reçoit le baptême de Jean, au moment où sa vie cachée arrive à son terme, au moment où il va commencer son ministère, l’Esprit Saint qui  descend sur lui, redevient actif en lui et ses prérogatives divines lui sont rendues pour qu’il puisse accomplir sa mission.

C’est alors que la voix du Père venant du ciel se fit entendre : Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. Jésus est intronisé solennellement comme Roi-Messie, Laissant derrière lui sa vie cachée, il entre maintenant dans sa vie publique et va commencer sa prédication

Ce baptême de Jésus, qu’est-ce que ça veut dire pour nous ?

Le baptême de Jésus montre l’extraordinaire renoncement et l’extrême humilité du Christ.  Il ne nous sauve pas en lançant du haut du ciel un communiqué officiel. Dans son amour pour nous, il vient au milieu de nous partager tous les embarras et toutes les misères de la condition humaine, il s’abaisse jusqu’à prendre sur lui nos péchés pour nous relever avec lui. Il laissera déferler sur lui toute la puissance du mal et du péché, que la toute puissance de son amour va  recouvrir et noyer, tel un énorme tsunami. Alors qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi je vous aime encore.

Peut-être faudrait-il s’arrêter pour essayer d’admirer et de comprendre un peu mieux cet amour de Dieu révélé en Jésus-Christ et qui nous dépasse. Mais notre intelligence et trop courte et notre cœur trop étroit. Et puis il y a mieux à faire. Ce n’est pas  assez de contempler ou de méditer ce qu’a fait le Christ pour nous. St Paul ne s’est pas contenté de décrire aux Philippiens l’extrême amour du Christ pour nous, il leur dit : Ayez en vous-mêmes les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus. Lui, de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit……devenant semblable aux hommes. (Ephes.2,5-7) St Paul ne leur a pas dit :

Regardez, méditez, contemplez ce qu’a fait le Christ. Il leur a dit :Faites-en autant. St Jean dans sa première épitre a cette formule lapidaire : Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1 Jean 3,10) Cela ne veut pas dire que nous aurons tous à mourir sur une croix, mais cela veut dire que tout chrétien, comme le Christ, doit être prêt à quitter ses aises et son confort pour se mettre   au service des autres.

Que retenir de tout cela ?

D’abord nous souvenir que le baptême de Jean n’a rien à voir avec le sacrement de baptême. C’est une démarche de pénitence en vue d’obtenir le pardon de ses péchés, une démarche de conversion en vue de changer de vie.

Pourquoi Jésus demande-t-il ce baptême alors qu’il est sans péché et n’a pas besoin de se convertir ? C’est que dans l’énormité de son amour, il a voulu prendre sur lui nos péchés et demander pour nous le pardon du Père.

Pourquoi le Christ reçoit-il l’Esprit Saint lors de son baptême ? Comme en  se faisant homme, il avait renoncé à l’exercice de ses privilèges divins, il fallait que l’Esprit Saint toujours présent en lui, mais comme en sommeil, soit réactivé. Au moment de commencer son ministère, toutes ses prérogatives divines et sa pleine communion avec l’Esprit saint lui sont rendues pour lui permettre d’accomplir sa mission.

Le baptême du Christ est l’occasion pour nous de mieux voir à quel point il s’est abaissé pour nous sauver, allant jusqu’à se dépouiller  de ses privilèges divins pour se mettre totalement à notre niveau. Il n’a pas fait semblant de se faire homme. Il a vécu notre condition d’homme en toute chose excepté le péché dit la quatrième prière eucharistique Il s’est fait totalement semblable à nous pour nous relever jusqu’à lui.

Cet évangile ne nous dit pas : voilà ce qu’a fait le Christ, regardez ! il nous dit : Voilà ce qu’ a fait le Christ pour vous, faites en autant pour les autres ! St Paul le dit sans précautions ni circonlocutions : Ayez en vous-mêmes les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus.   Une autre traduction préfère dire Comportez vous comme le Christ Jésus.

Après ces quelques réflexions sur le baptême du Christ, offrons nous maintenant au Seigneur afin que cette Eucharistie que nous célébrons ensemble, nous transforme toujours davantage en Christs.

Épiphanie 5  Janvier  2024 

(Isaïe 60, 1-6)    (Eph.3,2-3a,5-6)  (Mt.2,1-12)

Nous célébrons aujourd’hui l’Épiphanie, c’est-à-dire la manifestation du Seigneur à tous le peuples du monde, représentés ans l’Évangile par les Mages. Qui étaient les mages ? Ce n’était pas des rois comme on le dit souvent, mais des personnages importants, mi-savants, mi-magiciens, qui pratiquaient l’astronomie, la médecine, l’astrologie et interprétaient les songes. Ils venaient de l’Est, de la région où se trouvent aujourd’hui l’Arabie l’Iran, l’Irak. En observant le ciel, ils ont remarqué une étoile nouvelle. Or d’après leurs traditions, l’apparition d’une étoile nouvelle annonçait la naissance d’un roi ou d’un personnage important. Voilà pourquoi quelques uns  d’entre eux se sont mis en route suivant la trajectoire de cette nouvelle étoile. Arrivés à Jérusalem, ils demandent tranquillement aux autorités : Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquent : Hérode craint que ce nouveau roi ne le détrône, et les croyants Juifs se demandent si cette étoile nouvelle n’annoncerait pas l’arrivée du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque les grands prêtres et les scribes pour leur demander ce que disent les Écritures à propos de naissance du Christ.  Ils indiquent alors que selon les prophètes, Samuel, le livre des Rois et surtout Michée, c’est de Bethléem que sortira le chef qui sera le berger d’Israël. (Michée 5,1) Les Mages se remirent donc en route, découvrirent l’enfant roi et se prosternèrent devant lui.

St. Mt. est le seul évangéliste à nous rapporter la visite des Mages.  Il y tient parce que ce récit l’aide à évangéliser ses lecteurs qui sont des Juifs en voie de conversion au christianisme mais  que deux objections empêchent encore de franchir le pas. Ils craignent que le Christ ne prêche une religion nouvelle, en rupture avec le judaïsme, et d’autre part ils pensent que le Messie n’est envoyé qu’aux Juifs qui constituent seuls  le peuple de Dieu, les autres nations en étant exclues. St. Mt. est tout heureux de leur dire: Voyez vous-mêmes : Jésus n’est absolument pas en rupture avec le judaïsme,   même  sa naissance à Bethléem était déjà annoncée par les prophètes. D’autre part ce n’est pas la prédication de Jésus qui étend aux nations païennes le salut, c’est une lumière venue du ciel qui a guidé les païens vers le salut.

Pour nous aujourd’hui, l’universalité du christianisme ne nous trouble pas. Au contraire, nous sommes fiers lorsque notre voisin à la messe est un étranger, originaire d’Amérique latine, d’Afrique ou du Vietnam. Et nous sommes heureux de voir la diversité des liturgies qui expriment la même foi, d’une extrémité du monde à l’autre. L’Épiphanie du Seigneur, sa manifestation à tous les peuples de la terre, n’exclut personne. N’empêche que   les contemporains de Jésus avaient du mal à accepter qu’il s’intéresse à une Samaritaine, aux populations païennes de Sidon  et de Tyr ou encore à  ce  centurion romain dont il donnait la foi en exemple. Nous autres aujourd’hui, il nous arrive encore de regarder de travers ceux qui ne prient pas comme nous ou qui ne sont pas de la même religion et nous croyons un peu trop vite que la seule manière valable de prier c’est la nôtre.

Le Seigneur se révèle à tous les hommes de bonne volonté, mais de manière différente,  selon leur sensibilité. Les uns vont s’approcher de lui avec retenue , de manière un peu guindée, tandis que d’autres vont s’en approcher avec de chants et des danses que d’aucuns  trouvent déplacés. Réjouissons nous de ce que le Seigneur attire les hommes de différentes manières. Quelle que soit notre manière de prier, de toute façon elle est toujours maladroite et insuffisante. Dans notre effort pour nous approcher de Dieu nous sommes toujours  ridicules en même temps que touchants. Ridicules parce que nous ne sommes jamais à la hauteur, mais touchants parce que dans notre maladresse, nous  y mettons quand même tout notre cœur. Ce qu’il faut absolument éviter c’est de se figer dans une façon de faire. Toujours nous devons garder le souci d’avancer et d’améliorer notre façon de faire.

Comme le Christ qui, dans l’évangile, va toujours de l’avant dans une perspective de progrès et d’ouverture, ce qui le met en conflit ouvert avec le milieu clérical de son temps figé et crispé sur les coutumes du passé auxquelles il s’accroche farouchement. Dans son grand discours inaugural, le Sermon sur la montagne, solennellement, à six reprises, il répète :Vous avez appris…et moi je vous dis, il vous a été dit …et moi je vous dis.  Sans jamais rien renier des coutumes du passé il en propose un approfondissement et une amélioration. Mais bien sûr, scribes, prêtres et pharisiens  ne veulent pas entendre parler de ces  « nouveautés » C’est malheureusement une constante universelle : à travers les siècles et sur tous les continents, dans un souci louable d’éviter les hérésies, les Églises institutionnelles et leurs  hiérarchies sont toujours  hostiles à la nouveauté et donnent l’impression d’aller vers l’avenir en avançant à reculons les yeux rivés sur les usages et coutumes des cinquante ou soixante dix dernières années  qu’elles  appellent  LA tradition et qu’il faut respecter sous peine de péché mortel.

D’autre part, dans cette histoire des mages, un autre fait devrait retenir notre attention : ils ont découvert l’étoile qui les a conduits à Dieu non pas dans la prière, mais en faisant leur travail d’astronomes, en scrutant le ciel. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. C’est vrai que bien souvent le travail peut nous éloigner  et nous couper de Dieu. Trop souvent il n’est qu’un moyen de rechercher avidement des richesses, il est la source de conflits sociaux de toutes sortes entre groupes rivaux ou de guerres entre nations. Mais il est tout aussi vrai que le travail peut nous rapprocher et nous maintenir en communion avec Dieu. Le travail, c’est le lieu où nous utilisons le courage, l’intelligence  et les talents qu’il nous a donnés. C’est le lieu où nous sommes au service du prochain, que nous soyons en train de préparer le repas de la famille, de construire une maison ou de fabriquer des médicaments car  ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait nous dit le Seigneur (MT.25,40) Et puis notre travail contribue à développer et améliorer la création. Ceci est tellement vrai que St Ignace de Loyola, le fondateur des jésuites insistait beaucoup pour que les jeunes religieux soient appris à trouver Dieu dans leur travail plutôt que dans de longues oraisons. Mais cela suppose qu’on ne se laisse pas abrutir par des rythmes de travail abrutissants, qu’on ne se laisse pas noyer dans la multiplicité de ses occupations, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air ! Cela devait faire réfléchir les super-actifs que nous sommes.

Que retenir de tout cela ?

Célébrant aujourd’hui la manifestation de Dieu à toutes les nations, réjouissons-nous de ce qu’à travers le monde nous soyons des millions d’hommes de toutes les couleurs et de toutes les cultures à partager la même foi. Mais n’oublions pas ceux qui,  autour de nous, n’ont pas encore découvert le Christ. Serons-nous pour eux l’étoile qui les guide vers la lumière ?

C’est dans leur travail d’astronomes que les mages ont découvert l’étoile qui les a conduits jusqu’à Dieu, parce que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que le prière. Mais encore faut-il ne pas nous laisser noyer dans le travail. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air ! tâchons d’avoir, nous aussi, comme les Mages, de temps en temps le nez en l’air ! Ainsi soit-il !

Sainte Famille dimanche  29  Décembre  2024

(Samuel 1,20-22.24-28)  (1 Jean 3,1-2. 21-24)  (Luc 2, 41-52)

Jésus a douze ans. Il n’est pas encore majeur, mais douze ans, c’était quand même à peu près l’âge de la majorité religieuse, on dirait chez nous, l’âge de la profession de foi. Avec Marie et Joseph, il est monté en pèlerinage à Jérusalem, pour la fête de la Pâque. Dans la cohue de la foule, il s’est trouvé séparé de ses parents. Ceux-ci ont déjà pris la route du retour, alors qu’il est resté au Temple. Au soir du premier jour de route, ne le trouvant pas comme ils s’y attendaient parmi leurs amis et connaissances, inquiets,  ils retournent à Jérusalem et le troisième jour, stupéfaits, ils le découvrent en train de s’entretenir avec les docteurs de la Loi, experts dans l’interprétation des Écritures. Et tous ceux qui sont là sont impressionnés par la profondeur de ses propos comme par la justesse de ses jugements. Marie et Joseph sont déconcertés de le retrouver là. Ce n’était pas le genre d’enfant à faire des fugues. Et puis qu’est-ce qu’il faisait là en grande discussion avec des docteurs de la Loi ? Ils devaient penser : ce n’est pas de son âge. Et pourtant il fait fort impression sur ceux qui l’entendent. Et comme Marie lui reproche : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant, voilà qu’il leur répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Là encore, stupéfaits, ils ne comprennent pas. Jusque là, il s’était comporté comme tous les enfants de son âge. Notre Dame savait que ce n’était pas un enfant tout-à-fait comme les autres. A l’Annonciation, l’ange Gabriel lui avait prédit que son enfant serait le Messie. Mais à part, l’apparition des anges, la nuit de sa naissance, à part Elizabeth saluant Notre Dame comme la mère du Sauveur lors de la Visitation, à part encore les prophéties d’Anne et de Siméon lors de la Présentation de Jésus au Temple,  la vie de la Ste Famille s’était déroulée  de façon tout-à-fait banale et Jésus grandissait absolument comme tous les autres petits garçons du village. Or voilà que lorsque Notre Dame lui reproche de s’être attardé dans le Temple et de leur voir causé de grandes frayeurs, il répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Autrement dit : pourquoi me chercher ? Vous ne savez pas  qu’avant d’être votre enfant, je suis le Fils du Père ? C’est normal que je reste chez lui. Marie et Joseph sont brutalement remis en face de la réalité. Neuf fois dans l’évangile,  le Christ utilise l’expression ; IL FAUT, signifiant que sa présence, ses propos, son action et particulièrement sa Passion et sa Résurrection font partie du plan du salut qu’IL FAUT qu’il assume.

On distingue dans la vie de Jésus, la vie cachée, c’est-à-dire la vie à Nazareth entre Marie et Joseph où sa vie divine est cachée et la vie publique où, manifestant sa divinité il annonce à tous la Bonne Nouvelle du salut. Mais dans  l’évangile d’aujourd’hui lorsque Marie et Joseph retrouvent Jésus au milieu des docteurs, il y a eu comme un éclair dans le courant de la vie banale de Jésus entre Marie et Joseph, dans le courant de la vie cachée de Jésus s’est manifesté comme un éclair soudain, de vie divine. On n’est pas encore dans  la vie publique mais on n’est plus tout-à-fait dans la vie  cachée.   Bien sûr Marie et Joseph en ont été bouleversés et le train-train de leur vie quotidienne secoué.

Nous aussi, cette page d’évangile secoue note train-train quotidien. Parce que chacun de nous peut dire comme Jésus : moi aussi je suis d’abord et avant tout Fils du Père. Moi aussi IL FAUT que j’accomplisse chaque jour la tâche que le Seigneur me confie ici-bas avant de mettre à exécution mes projets personnels, ou les espérances de mes parents et de mon milieu.

Et quelle responsabilité pour les parents. Non seulement ils ne peuvent pas se diriger comme ils

l’entendent, ils doivent d’abord chercher à accomplir ce que le Seigneur veut pour eux, mais ils doivent aussi suivre le même schéma pour leurs enfants. Pas question d’imposer leurs volontés à

leurs enfants, mais pas question non plus de les laisser faire la leur, il va falloir leur apprendre à reconnaître la volonté de Dieu sur eux. Selon une tradition malgache, si dans un troupeau un bœuf naissait avec une tâche blanche sur le front, l’éleveur ne pouvait en être propriétaire, ce bœuf là appartenait au Seigneur de l’endroit. L’éleveur pouvait seulement le mener paître au pâturage. Selon un beau proverbe encore en honneur aujourd’hui, Les parents sont comme les propriétaires de bœufs ayant une étoile blanche sur le front. Ils n’en sont pas vraiment les propriétaires, mais seulement ceux qui les guident de la main vers les pâturages.

Que retenir de tout cela ?

Il n’est pas toujours facile de comprendre la parole de Dieu et de voir quelle est sa volonté. Marie et Joseph ce jour-là, au Temple, ne comprirent pas ce que Jésus leur disait. Et souvent dans l’évangile les apôtres ne comprennent pas ce que Jésus leur dit, en particulier lorsqu’il leur parle de sa Passion et de sa Résurrection à venir. La Parole de Dieu, on ne la comprend que petit à petit en la méditant dans son cœur, comme Notre Dame. (Luc 2,19).

Comme Jésus nous sommes d’abord fils du Père et nous avons à accomplir dans notre vie,  d’abord la tâche qu’il nous confie ici-bas, selon notre vocation, avant de songer à réaliser nos projets personnels. Nous ne sommes pas les maîtres absolus de notre vie. Nous n’avons pas créé notre vie. Elle nous a été donnée et nous l’avons reçue.

Si personne n’est le maître absolu de sa propre vie, les parents ne sont pas non plus les maîtres absolus de leurs enfants, comme le dit le beau proverbe malgache : Isika ray aman dreny dia toy ny tompon’omby vola vita ; tsy tena tompony, fa mpanerin-doha.

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Noël  24  Décembre   2024           Bois-Grenier

(Isaïe,9, 1-6)  (Tite 2 11-14)  (Luc 2,1-14)

Nous fêtons ce soir la Nativité du Seigneur qui s’est fait homme pour réconcilier l’humanité pécheresse avec le Père et réaliser son salut. Cette nativité est l’évènement le plus sensationnel de l’histoire du salut et l’incarnation le plus énorme mystère de notre foi. Les hommes  avaient rejeté Dieu. Ils s’étaient laissé avoir par le démon qui leur avait fait croire que s’ils s’affranchissaient de l’autorité de Dieu, non ils ne mourraient pas, mais ils seraient comme des dieux, parfaitement libres, décidant par eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Évidemment, ça n’a pas marché. Car le péché qui est une offense à Dieu est aussi la cause de tous nos malheurs. Nous voyons tous les jours autour de nous les injustices, les souffrances, les ruines et les violences qu’entraîne le péché. Mais parce qu’il nous aime, le Seigneur ne nous a jamais laissé tomber. Au long des siècles il a envoyé auprès de nous des Sages, des Prophètes pour nous guider, nous  promettant qu’un jour il enverrait un messie pour opérer la réconciliation. C’est son arrivée parmi nous que nous fêtons ce soir. Mais  il va opérer beaucoup plus qu’une simple réconciliation.

Son arrivée pose un certain nombre de questions. Pourquoi le Père veut-il absolument opérer cette réconciliation et nous réintégrer dans son intimité ? Alors que cela ne lui rapporte rien ? Il n’a besoin de rien ni de personne ? C’est qu’il nous aime, il ne peut donc  pas supporter de nous voir déchus, séparés de lui, il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Mais pourquoi envoyer son Fils ? Il aurait pu envoyer un simple prophète faire une proclamation solennelle: Le Seigneur m’envoie vous dire que votre péché est pardonné et qu’à partir de maintenant vous êtes réconciliés avec le Père. Cela aurait suffi. Et puis si le Fils devait venir en personne pourquoi venir au monde comme un enfant nouveau-né et dans une grotte qui servait d’étable, couché dans une mangeoire d’animaux ? C’est indécent, choquant.  Dans les premiers siècles de l’Eglise, les non-chrétiens reprochaient aux chrétiens de manquer de respect pour la divinité, en prêchant un Dieu qui se fait homme et dans de telles conditions. Selon eux Dieu ne saurait se faire homme, se mélanger à l’humanité, repaire de tous les vices. Selon eux la divinité devait  garder son rang et rester à distance des hommes.

Pourquoi le Père a-t-il envoyé son Fils et dans le cadre d’un tel scenario misérable ? Parce qu’il s’agissait de beaucoup plus que de simplement régler un contentieux qui, traînait depuis pas mal de temps, le Père a voulu profiter de l’occasion pour lancer la nouvelle création de l’humanité  à laquelle il pensait depuis toujours. C’est quoi, cette nouvelle création ? Depuis le début du monde jusqu’à Bethléem, l’homme, était un être créé à l’image de Dieu, mais il restait une certaine distance entre lui et Dieu. Désormais en Jésus vrai Dieu  et vrai homme, il n’y a plus de distance entre l’humanité et la divinité et à ceux qui vont le recevoir, nous dit l’évangile de St Jean, il va donner le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1,12) Comme disait la prière de l’offertoire du temps de la messe en latin :Dieu qui avait créé l’homme d’une manière admirable, à Noël,  le recrée d’une manière plus admirable encore. C’est cela la joie de Noël, c’est ce nouvel élan, ce renouveau, ce rebondissement pour les hommes, désormais recréés renouvelés, désormais uns avec Dieu qui est en eux, C’est cette joie que célébraient le chant des anges dans la nuit de Noël :Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.

Et cette nouvelle création, Dieu a voulu qu’elle se déroule doucement, sans violence, au rythme de la croissance de l’enfant de Bethléem

 Sur le coup, personne n’a compris ce qui se passait. L’apparition du Messie sous la forme d’un enfant nouveau-né a déconcerté tout le monde. En Israël on s’attendait à l’arrivée d’un  personnage important quelque chose comme un grand prophète, genre Moïse ou Elie et nous-mêmes aujourd’hui, nous avons du mal à admettre qu’il soit venu comme un petit bébé, que Marie sa mère ait dû lui apprendre à parler, à marcher, à faire ses prières.  Parce qu’en se faisant homme il a voulu se séparer de ses privilèges divins, les théologiens appellent ça la kénose, et ils ne lui seront rendus  que lorsque, recevant le baptême  de Jean  lors de l’inauguration de son ministère, l’Esprit St descendant sur lui les lui rendra. Nous sommes sans voix devant les manières de faire de notre Dieu. Le créateur du ciel et de la terre qui se fait  petit bébé, venant au monde à une époque reculée, à l’écart d’un village perdu dans une grotte qui servait d’étable, couché dans une mangeoire d’animaux…… Quel scenario incroyable ! Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles ! Nous avons un Dieu qui a voulu connaître notre condition humaine. Il a grandi gamin dans un village ;  petit à petit il a découvert tous les aspects de la vie des hommes, les fêtes, les mariages, il y a participé : Cana. Il a connu les soucis les tracas, les drames, les mariages qui ne marchent pas :la Samaritaine, 5 maris .. et alors ? elle n’aurait pas demandé mieux que de trouver le bon du premier coup ! Il ne l’a pas rejetée. Il a connu le poids des soucis, des épreuves, des maladies , le drame de la mort, de la mort d’un enfant, la fille de Jaïre,  12 ans, de la mort d’un ami proche : Lazare. On l’avait appelé : celui que tu aimes est malade (Jean 11,3) mais il est arrivé trop tard. Devant le tombeau de Lazare, en voyant les larmes et le chagrin de ses sœurs et de ses amis, même s’il savait qu’il allait le ramener à la vie d’un instant à l’autre, il a craqué. Il n’a pas pu retenir ses larmes. Il a pleuré. On peut s’entendre avec un Dieu comme ça. On peut parler avec un Dieu comme ça. Tout ce qui peut nous arriver, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous. C’est ça la joie de Noël. Notre Dieu, il est de chez nous et à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1,12)Noël, c’est le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu comme l’a si bien dit St  Irénée. Il ne vient pas pour que tout continuecomme avant, mais pour que tout recommence mieux qu’avant,  et autrement qu’avant avec lui qui nous dit dans l’Apocalypse :Voici que je fais toutes choses nouvelles. (Apoc21,5)

 Que retenir de tout cela ?

Noël, c’est plus qu’une réconciliation après une  brouille qui aurait  duré pas mal de temps c’est même plus encore que le mystère de Dieu qui se fait homme. Comme l’a dit St Irénée,              c’est le mystère de l’homme qui se fait Dieu pour que l’homme soit fait Dieu. Pour la première fois, en Jésus, un homme est à la fois Dieu et homme et tous ceux qui l’accueillent sont transformés en lui .

Il n’a pas joué au Dieu avec nous. On ne peut pas s’abaisser plus qu’il ne l’a fait. Il ne laisse personne en dessous. Il vient pour entrer en chacun de nous. Si nous l’accueillons, alors, forts de sa divinité qui habite en nous, nous pourrons tout en celui qui nous fortifie et changer notre monde de violence en un monde de paix, de justice été de charité.

C’est cela la joie de Noël, la folle espérance de Noël. Le monde encore plein d’injustices, de

Violences et de malheurs a besoin de nous, besoin de Lui, besoin de Lui en nous. Il n’est pas

venu pour que tout continue comme avant mais pour que tout recommence mieux qu’avant. Ce

soir, tout pourrait recommencer mieux qu’avant. Cela dépend de nous. Il y a 2.000ans,   Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11). Ce soir, tout pourrait changer. Cela dépend de nous. Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je serai près de lui et lui près de moi. (Apoc.3,20) Alors, qui oserait le laisser dehors ?