Dimanche 27 Mars 2022

4° Dimanche de Carême Luc 15,1-3, 11 32

Un homme avait deux fils…

Les scribes et les pharisiens avaient de bonnes raisons de récriminer. Jésus avait des manières de faire choquantes. Toujours fourré avec les pécheurs, il fréquentait des dissidents comme les Samaritains, et s’approchait des intouchables que sont les lépreux et les possédés d’esprits impurs. On le voyait même adresser la parole à des femmes pas très recommandables  Par contre il regardait de travers les prêtres et mettait plus bas que terre les scribes, les docteurs de la Loi et les pharisiens. Un tel non conformisme et un anticléricalisme aussi caractérisé ne pouvaient que heurter et provoquer des réactions de méfiance sinon d’hostilité chez les scribes et les pharisiens qui se croyaient justes et irréprochables. Le Messie d’après eux devait être un justicier implacable qui écraserait leurs opposants Ils n’aimaient pas entendre Jésus enseigner que Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui. (Jean 3,17 ). Avec la parabole du Fils prodigue, Jésus essaye, une fois encore, de faire comprendre que le Messie n’est pas venu pour condamner mais pour sauver ce qui était perdu, et en même temps, il nous donne un enseignement lumineux sur la tentation, sur le péché sur le repentir et surtout cette parabole nous éclaire sur le pardon et l’attitude de Dieu vis-à-vis du pécheur.

La parabole du fils prodigue montre bien comment dans la tentation, le démon nous trompe. Il dissimule le mal, il cache au fils prodigue la souffrance qu’il va causer à son père et à toute la famille et présente le mal comme quelque chose de bien et de bon, d’agréable et de profitable. Vas y, laisse tomber la famille, tu ne fais rien de mal, tu ne voles rien à personne, ton héritage, c’est à toi.Tu es jeune, tu as bien le droit d’en profiter et de faire la fête . Ilcache également au prodigue les conséquences du mal, il lui cache qu’il va se retrouver dans la misère quand il aura dilapidé son héritage. Dans la tentation le démon parvient à nous faire croire que le mal est un bien, quelque chose de bon et de profitable.

La parabole du fils prodigue nous montre aussi que le péché, présenté par le diable sous des aspects attrayants, en plus d’être une offense envers Dieu qui nous aime, se révèle toujours catastrophique pour le pécheur. Ainsi que le Seigneur nous l’enseigne déjà dans Jérémie Est-ce bien moi qu’ils blessent, n’est-ce pas plutôt eux-mêmes pour leur propre confusion ? (Jer.7,19) Le fils prodigue se retrouve obligé de garder les cochons, le pire qui puisse arriver à un Juif pour qui les porcs sont des animaux impurs Il touche le fond de la misère.

Mais sous l’impact de la réalité qui s’impose à lui cruellement, les mirages de la tentation s’estompent, il reprend pied dans le réel et s’engage dans la voie du repentir. Onpeut distinguer trois niveaux dans ce repentir. hors de soi. Le premier niveau du repentir nous fait reprendre pied dans la réalité. Le fils prodigue rentra en lui-même, il reprit ses esprits, comme si dans le temps de latentation on avait perdu perdu son bon sens et son jugement comme si on était en dehors de soi. Il voit : je me suis laissé avoir. J’ai cru que ce serait mieux pour moi d’aller faire la fête avec mes amis plutôt que de rester travailler avec mon père. Maintenant je vois que j’ai mal fait. J’ai offensé mon père en l’abandonnant alors qu’il ne m’a fait que du bien depuis que je suis tout petit. Et je n’ai récolté que du malheur.

Le deuxième niveau du repentir conduit le fils prodigue à un sentiment de regret et à présenter des excuses à son père  : Je vais aller vers mon père et je lui dirai :Père j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Cela lui a demandé un sérieux effort de volonté.

Enfin, troisième niveau, le repentir va plus loin qu’une contrition qui même sincère reste tournée vers le passé, il nous amène à un changer de vie à l’avenir. Le fils prodigue décide de se remettre au travail et de demander à son père Traite moi comme un de tes ouvriers . Son repentir qui jusque là restait tourné vers le passé se transforme en conversion engageant l’avenir.

Mais le plus important et le plus beau dans cette parabole, c’est l’attitude du père. Il aurait plus de motifs qu’il n’en faut pour se montrer sévère et vouloir punir son fils qui l’a tant fait souffrir. Pas du tout, le pauvre prodigue n’a même pas le temps de finir son petit discours d’excuses, son père lui coupe la parole et l’embrasse, il se retrouve habillé de neuf, des sandales au pied, une bague au doigt, signe de son rang de fils recouvré, et tout le monde passe à table pour le festin des retrouvailles. Pas question d’expiation ou de sanction, pas la moindre condamnation. Pas de temps à perdre avec tout ça. Son amour pour son fils balaye toute velléité de reproches. Il est tout à la joie de voir son fils de retour dans l’intimité familiale. Le Christ veut ici nous faire comprendre que notre Père du ciel est dans les mêmes dispositions envers nous. Il ne cherche pas à nous juger, à nous punir ou à nous condamner. Quels que soient nos torts et nos offenses envers lui, dès que nous revenons vers lui, il nous accueille, tout à la joie de nous voir revenir Je vous le déclare, dit le Seigneur il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Luc15,7)

Le fils aîné lui ne comprend pas cette logique là. Il pense que son frère dévoyé ne mérite pas d’être ainsi accueilli. Sommes nous meilleurs que ce fils aîné ? Pas sûr !!! Supposons que Poutine se convertisse. Quelle tête ferions nous en le retrouvant à côté de nous au ciel ?

Que retenir de tout cela ? 

Trois choses

1°) Notre Dieu est un Père qui nous aime, comme le père de l’enfant prodigue .Quelles que soient nos fautes, dès que nous revenons vers lui, il nous réintègre dans l’intimité de son amour, il ne cherche pas à nous juger et encore moins à nous condamner. Il n’a qu’une idée en tête : nous pardonner et nous faire rentrer à nouveau dans l’intimité familiale .

2°) Le repentir n’est pas seulement le regret des fautes passées, il nous amène jusqu’à changer désormais notre manière d’agir Il est donc tourné aussi vers l’avenir.

3°) Le prodigue a eu le courage de retourner vers son père et lui demander pardon.Et ce pardon, non seulement a effacé ses fautes passées mais l’a relancé à nouveau dans la paix et le bonheur de la vie de famille retrouvée Aujourd’hui encore le Seigneur nous guette, comme le père de l’enfant prodigue guettait le retour de son fils, pour nous accorder son pardon dans le sacrement de réconciliation, par lequel il efface nos fautes passées, et, transfèrant son coeur dans le nôtre, il nous donne sa force pour redémarrer et changer de vie ainsi que l’explique le prophète Ezechiel  : Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiéje mettrai en vous MON esprit et je ferai que vous marchiez selon mes lois. (Ez.36,26,27)Mais, aurons nous le courage, comme le prodigue, d’aller demander ce pardon  et chercher la vie nouvelle que le Seigneur veut nous donner ?

Dimanche 13 février 2022

6ème dimanche du temps ordinaire – Année C – Lc 6, 17.20-26

« Heureux les pauvres ! Quel malheur pour vous les riches ! »

Nous sommes au début de la vie publique de Jésus. Il vient juste de choisir parmi ses disciples les douze apôtres. Depuis quelque temps déjà, il avait commencé à enseigner, impressionnant son auditoire par la profondeur de sa parole. Il avait également opéré quelques miracles, de sorte que sa renommée s’était répandue à travers tout le pays. Il n’est donc pas étonnant que ce jour là, une grande multitude de gens se soit pressée autour de lui. On venait de partout, aussi bien de la Judée au sud, que des territoires païens de Tyr et de Sidon au nord, il va alors prononcer le fameux discours des Béatitudes que l’on peut considérer comme un discours programme puisque, à travers ces Béatitudes, le Seigneur indique les dispositions nécessaires et le programme à suivre pour entrer dans le Royaume.

Souvent les paroles du Christ sont déconcertantes, mais là, il bat tous ses records. Comment peut on dire que les pauvres, ceux qui ont faim, ceux qui pleurent ceux qui sont haïs et rejetés par leur entourage sont bienheureux ? Personne ne souhaiterait à ceux qu’il aime d’être pauvres, de souffrir de la faim, d’être dans la tristesse, d’être insultés et rejetés par leur entourage, et le Seigneur ne nous le souhaite pas non plus. Alors qu’est ce qu’il veut dire?  

Impossible de reprendre toutes les Béatitudes dans le cadre d’une courte homélie. Je reprendrai simplement la première : Heureux VOUS les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. C’est d’ailleurs la plus importante. Le passage parallèle de St Mt précise : Bienheureux les pauvres de cœur, le royaume de Dieu est à vous. Mais qu’est-ce que c’est un pauvre de cœur ? Ce n’est pas un nécessiteux qui n’a pas de logement, de voiture, ni de vêtements convenables, ce n’est pas non plus quelqu’un qui n’a pas d’instruction ni d’éducation, ni quelqu’un n’a pas un rang honorable dans la société. Les élus ne sont pas des clochards, des SDF, des ignorants ou des ratés. Un pauvre de cœur c’est quelqu’un qui est pauvre sur le plan moral et spirituel, c’est quelqu’un qui n’arrive pas à aimer son mari, sa femme, ses enfants comme il le voudrait, c’est quelqu’un qui n’ arrive pas à être honnête comme il le voudrait. Il peut être très fortuné ou indigent. Mais malgré la richesse ou la culture qu’il peut avoir, malgré la renommée dont il peut jouir, il se rend compte comme St Paul: le bien que je veux, je ne le fais pas; elle mal que je ne veux pas je le fais … malheureux homme que je suis (Rom.7,19) Il est intéressant de remarquer que la traduction malgache dit : Hélas, je suis pauvre·.

Mais pourquoi le fait d’être pauvre de cœur, incapable de s’en sortir dans la vie, rend-il bienheureux ? Normalement, cela devrait être le contraire. Je devrais être malheureux de me voir pauvre, incapable de rien réussir par moi-même. En fait, me sentant pauvre et démuni, je vais penser à me tourner vers Dieu pour avoir son appui. Comme Dieu est un père qui m’aime, il va me tirer d’affaire. Moi je suis pauvre et malheureux mais le Seigneur pense à moi dit le ps. 40. Les pauvres de cœur sont les préférés du Seigneur, comme il le dit par la bouche d’Isaïe. Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur qui je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit (Is 6,8). Quel paradoxe étonnant et merveilleux ! Les pauvres de cœur qui devraient être malheureux de voir qu’il n’arrivent à rien, se retrouvent bienheureux parce que dans leur malheur, ils se tournent vers Dieu qui va leur donner ce que les richesses, le savoir ou une bonne réputation ne pourraient jamais leur procurer. C’est pour cela que le fait de se sentir pauvre, finalement rend heureux. Que je sois pauvre, que je n’arrive à rien par moi-même, qu’est-ce que ça peut faire, puisque Dieu est avec moi. Je peux dire comme St Paul Je puis tout en celui qui me fortifie (phil.4,13) Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2Cor.12,10) Le pauvre de cœur n’est pas bienheureux parce qu’ il est pauvre, mais parce que, conscient de sa pauvreté il se tourne vers Dieu dont l’aide va le combler bien au-delà de ce que les richesses de la terre pourraient lui apporter. Tandis que le riche parce que son argent, son instruction, sa culture lui permettent de se procurer à peu près tout ce qu’il veut, ne ressent pas le besoin d’appeler Dieu à l’aide. Les riches croient n’avoir besoin de rien ni de personne. Leur cœur épaissi se ferme dit le ps (16,10) et ils chassent Dieu hors de leur vie. C’est pourquoi même si en principe on peut trouver des pauvres de cœur parmi les riches, en fait, il est beaucoup plus difficile aux riches d’être des pauvres de cœur.

Mais que les choses soient claires. La pauvreté est un mal. que ce soit la pauvreté matérielle ou la pauvreté de cœur. Personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvre. Mais la pauvreté est un mal qui peut avoir des effets secondaires positifs. Comme on se sent dans le besoin, on se tourne vers Dieu pour lui demander son aide. La richesse, elle, est un bien, qu’il s’agisse de la richesse matérielle ou spirituelle. D’ailleurs l’Ecriture nous dit que Dieu comble de richesses spirituelles et même matérielles ceux qu’il aime. Mais la richesse est un bien qui peut avoir des effets secondaires négatifs. Souvent elle nous coupe de Dieu et des autres. Et le Christ va jusqu’à dire Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux (Mt. 19,24) Devant les problèmes que peuvent causer aussi bien la richesse que la pauvreté le sage du livre des Proverbes dit à Dieu dans sa prière : Ne me donne ni pauvreté ni richesse, laisse moi goûter ma part de pain, de crainte qu’étant indigent je ne dérobe et ne profane le nom du Seigneur, ou encore, qu’étant comblé je ne me détourne et ne dise: qui est Yahvé ? (Prov.30,8)

Mais la pauvreté de cœur dont parle le Seigneur dans l’évangile d’aujourd’hui, qui est une chose distincte de la pauvreté et de la richesse en soi, ce n’est pas une qualité facultative qu’on peut avoir ou non, c’est une qualité indispensable, absolument nécessaire pour entrer dans le royaume des cieux parce qu’elle nous ouvre à Dieu, elle nous fait sentir le besoin de Dieu. Les pauvres de cœur sont bienheureux parce que n’étant pas satisfaits de leur pauvreté, ils cherchent la vraie richesse auprès de Dieu. De même ceux qui pleurent sont bienheureux parce que non satisfaits des joies d’ici-bas, ils cherchent la vraie joie auprès de Dieu. De même encore ceux qui ont faim et soif de justice sont heureux parce que, non satisfaits de la justice d’ici-bas, ils aspirent à la vraie justice que seul Dieu peut leur offrir.

Autrement dit, l’attitude de base pour suivre le Christ et entrer dans le Royaume, c’est d’être un homme de désir, qui n’est pas satisfait des richesses de la terre, impuissantes à faire de lui l’homme qu’il voudrait être. Toujours, il cherche mieux. Au plus profond de lui, il est convaincu comme St Augustin : Tu nous as faits Seigneur pour Toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi.

Que retenir de tout cela ?

Heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous, qu’est-ce que cela veut dire ? La pauvreté dont parle le Christ n’est pas d’ordre économique et social. L’indigence et la pauvreté matérielle n’ouvrent pas, de soi, les portes du Royaume. Le fait de ne pas posséder de richesses ne fait pas de vous automatiquement un juste. Les pauvres dont parle le Christ sont des pauvres de cœur. Voyant que les richesses de la terre sont impuissantes à les sortir de leur misère et à combler leurs aspirations les plus profondes, ils se tournent vers Dieu Pourquoi les pauvres de cœur sont ils bienheureux ? Pas parce qu’ils sont pauvres, mais parce que leur pauvreté qui est un mal a des effets secondaires positifs : elle les amène à découvrir que le Seigneur est seul capable de combler leurs aspirations les plus profondes et qu’Il est bien comme dit St Paul celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)