Dimanche 13 Septembre 2026 24e TO A

(Si 27,30-28,7) (Rm 14,7-9) (Mt 18,21-35)

L’enseignement de Jésus sur le pardon va plus loin que celui de l’Ancien Testament qui déjà interdisait toute haine ou toute rancune envers son frère. De plus, la loi du talion mettait une limite à la vengeance et le Siracide prescrivait : pardonne à ton prochain ses torts ; alors à ta prière, tes péchés seront remis. (Ecles.28,2). Jésus, lui demande encore davantage : qu’on pardonne à tous, même à ses ennemis, et à Pierre demandant s’il faut pardonner jusqu’à sept fois, c’est-à-dire jusqu’à un nombre infini de fois, Jésus répond qu’il faut pardonner un nombre infini d’infinis de fois ! Mais, qu’est-ce que c’est exactement pardonner ? C’est renoncer à punir ou à se venger d’une offense, c’est disculper celui qui vous a offensé et renouer avec lui les bonnes relations qu’on entretenait avec lui auparavant, alors que rien ne vous oblige à agir ainsi. C’est une démarche de bonne volonté de la part de celui qui est offensé et qui fait à l’offenseur un cadeau qu’il n’a pas mérité. Au contraire, il aurait mérité une réaction hostile, voire une vengeance. Le pardon est une injustice, l’injustice de la charité.Mais alors, pourquoi pardonner ?. Nous ne pouvons pas faire autrement. Parce que, nous-mêmes, nous sommes des pardonnés. Il y a en nous de l’orgueil, de l’égoïsme et un tas de choses détestables dont nous voudrions bien être libérés et nous sommes gênés de voir que Dieu, malgré tout, ne nous rejette pas. Au lieu de nous laisser tomber comme nous le mériterions, il nous pardonne et continue de nous pardonner jour après jour….Dans ces conditions, nous ne pouvons plus nous permettre de nous venger de ceux qui agissent mal envers nous, et nous le pouvons d’autant moins que nous sommes transformés en nouveaux Christs par les sacrements ; le baptême nous a donné la vie même du Christ, la confirmation nous fait partager son esprit, sa mentalité, chacune de nos communions nous renforce dans notre union à lui, et dans le sacrement de réconciliation, il ne se contente pas d’effacer nos péchés, comme un coup de chiffon fait disparaître la poussière sur un meuble, il transfère son cœur dans le nôtre Mais nous n’arrivons toujours pas à comprendre pourquoi il nous pardonne ainsi toujours, sans se lasser, alors que nous ne le méritons pas et que cela ne lui rapporte rien ? La question est double : pourquoi, à cause de quoi ? et pourquoi, dans quel but ? Pourquoi, en raison de quoi, nous pardonne-t-il ? Parce qu’il est Amour. Il ne peut pas faire autrement, il ne sait pas faire autrement. Si nous tombons, à chaque fois il nous relève. Nous n’arrivons pas à comprendre ce parti-pris. Le livre de la Sagesse tente de nous l’expliquer : Tu fermes les yeux des hommes pour qu’ils se repentent. Oui, tu aimes tous les êtres et n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment subsisterait-elle si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sg 11,23-25)………Tu nous donnes le temps de nous défaire de notre perversité…pour nous apprendre, quand nous jugeons à songer à ta bonté et quand nous sommes jugés, à compter sur ta miséricorde. (Sg 12,22)Et pourquoi, en vue de quoi, nous pardonne-t-il ? Pas seulement pour effacer des fautes du passé mais pour nous permettre dès maintenant et pour le futur de repartir du bon pied. Le Seigneur nous pardonne pour que nous redevenions capables à nouveau de faire le bien. Son pardon n’est pas simplement un règlement de compte à propos d’une faute passée : c’est fini, on n’en parle plus, c’est un renfort pour l’avenir : il nous transforme et nous devenons capables de faire le bien à nouveau. Car en nous pardonnant le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre, comme il l’explique déjà en Ézéchiel : je vous donnerai un cœur nouveau, un esprit nouveau….. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et suiviez mes coutumes. (Ez 36,26-27). Le pardon du Seigneur nous rend capables, nous pécheurs, de faire le bien à nouveau, de construire un petit bout de royaume de Dieu là où nous vivons, de transformer notre monde plein de conflits, d’injustices et de violence en un monde où il y a un peu plus de paix, de justice et de charité. Moi, l’offensé, non seulement je dois éteindre toute rancune en moi, mais je dois devenir un foyer de charité rayonnant sur mon entourage. En transférant son cœur dans le mien, le Seigneur m’en rend capable. Que retenir de tout cela ?Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous demande de toujours pardonner. Pourquoi faut-il pardonner ? D’abord parce que nous sommes nous-mêmes des pardonnés. Notre Père, c’est la générosité absolue envers tous 24 h/24 ; Il est comme à l’affût, et au moindre mouvement de repentir, il se précipite pour nous pardonner et nous relever, alors que nous ne le méritons pas. En ce sens, le pardon est une injustice, l’injustice de la charité. Étant des pardonnés à qui le Seigneur remet beaucoup, nous ne pouvons pas ensuite, comme le mauvais serviteur de la parabole, nous montrer sans pitié envers ceux qui nous doivent un petit quelque chose.Il ne se contente pas d’effacer le péché, comme un coup de chiffon fait disparaître la poussière sur un meuble, il transfère son cœur dans le nôtre, nous rendant capables dès maintenant et pour l’avenir de faire le bien à nouveau. Nous ne pouvons donc pas nous prétendre chrétiens et agir autrement que lui. Jamais nous n’arriverons à faire aussi bien que lui, c’est vrai, mais chaque jour nous pouvons et même nous devons nous efforcer de faire toujours un peu mieux. L’évangile d’aujourd’hui, on pourrait peut-être le résumer en retournant les parolesdu Notre Père : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés et dire : Pardonnons-nous nos offenses comme il pardonne à ceux qui l’ont offensé !!!

Dimanche 6 septembre 2026 23e T.O. A

(Ez 33, 7-9) (Rm 13, 8-10) (Mt 18, 15-20)

Si ton frère a péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, essaie encore avec une ou deux personnes ou avec l’aide de la communauté. De quoi s’agit-il ? De gagner celui qui a commis une faute, c’est-à-dire d’amener celui qui a mal agi à repartir du bon pied. Souvent, nous pensons que le pardon ou la réconciliation ne concernent que le passé, qu’il s’agit seulement d’opérer un règlement de comptes portant sur le passé, de tirer un trait sur le passé. Nous pensons que si l’offenseur manifeste un regret sincère de ses fautes passées et que si l’offensé fait preuve d’indulgence et de bonté, il y a pardon et réconciliation. Nous oublions que le pardon et la réconciliation entraînent un changement pour l’avenir de l’offenseur et de l’offensé. Pour Jésus en tout cas, l’avenir compte plus que le passé. Dès le tout début de son enseignement, dans le cas où des fautes ont été commises, le Seigneur ne dit pas simplement : repentez-vous, regrettez vos fautes passées, il exige davantage : « Convertissez-vous », dit-il, c’est-à-dire : en plus de vos regrets portant sur le passé, engagez votre avenir dans une nouvelle voie, changez de mentalité, revenez vers Dieu. C’est exactement ce que signifie le mot grec de l’évangile, métanoeïté, : changez de mentalité et revenez vers Dieu.

Le regret, le repentir, ce sont de très beaux sentiments, absolument nécessaires si on veut s’éloigner du mal et revenir vers le bien, mais ils demeurent parfaitement stériles, si on ne va pas plus loin. Par contre, ils cessent d’être stériles dès qu’ils deviennent changement de mentalité et retour vers Dieu. En face du mal et du péché, le seul remède efficace, c’est la conversion. Toute autre réaction est insuffisante. En effet, quelles sont les réactions possibles ? Laisser faire ? Ce serait catastrophique. Si on laisse faire celui qui agit mal, il en profitera pour recommencer. Punir ? Le résultat n’est pas garanti. La punition peut dissuader celui qui agit mal de recommencer, c’est vrai ; mais, mal appliquée, elle peut rendre le malfaiteur pire qu’avant ; c’est semble-t-il ce qui se passe avec la prison, d’où on ressort quelquefois pire qu’on n’est entré. Pardonner ? C’est très bien et le Christ nous en fait un devoir. Mais pardonner trop facilement peut encourager celui qui fait mal à récidiver. Ni l’indulgence, ni les sanctions, ni même le pardon, ne sont, en soi, efficaces. La seule solution vraiment efficace, est d’amener celui qui fait mal à changer, à se convertir. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais être indulgent, jamais punir, jamais pardonner. Mais cela veut dire que l’indulgence, la sanction ou même le pardon, ne sont des remèdes efficaces que lorsqu’ils emmènent plus loin, jusqu’à la conversion.

Eh bien justement, est-ce que nous nous préoccupons vraiment des conversions que nous devrions opérer pour être plus sérieux dans notre vie de chrétiens ? On a toujours à se convertir. En général, nous sommes capables de regretter le mal que nous avons fait. Nous sommes sincères lorsque nous récitons au début de la messe le ‘ je confesse à Dieu’ ou lorsque dans une prière personnelle nous récitons un acte de contrition, mais j’ai peur que nous ne pensions pas beaucoup aux changements que nous devrions faire pour être de meilleurs chrétiens. Quand nous allons nous confesser par exemple, nous faisons notre examen de conscience pour nous rappeler les fautes que nous avons commises, les regretter et en demander pardon. Très bien. Mais est-ce qu’il ne faudrait pas aussi chercher quelle conversion nous devrions faire, quel changement nous devrions opérer dans notre manière de vivre ? Dans la manière traditionnelle d’administrer le sacrement de réconciliation il y a la ‘pénitence’ donnée par le confesseur au pénitent après que celui-ci ait achevé son accusation. Mais souvent, cette pénitence paraît bien inappropriée. Je me souviens qu’un jour, j’étais alors étudiant, j’ai entendu un camarade qui disait en causant avec un autre : oh ! l’abbé un tel, tu lui dirais en confession que tu as tué trois fois ton père et ta mère, il te donnerait comme pénitence un Notre Père et deux Je vous salue Marie ! Cette réflexion m’a beaucoup frappé. Je me suis promis de faire attention, lorsque je serais prêtre à proposer aux pénitents des ‘pénitences’ plus adaptées à leur cas. C’est pourquoi, maintenant, lorsque j’entends des confessions, je m’efforce de demander au pénitent après qu’il a achevé son accusation : à votre avis, qu’est-ce qui est le plus grave dans tout ça, qu’est-ce qu’il faudrait changer tout de suite ? Ou bien je lui propose moi-même : d’après tout ce que vous dites, je pense que le plus urgent serait peut-être de changer votre manière de faire sur ceci ou cela, qu’est-ce que vous en pensez ? Je ne sais pas si cette manière de faire est parfaite, mais je n’ai pas trouvé mieux pour nous aider à comprendre que dans le sacrement de réconciliation, le but n’est pas de régler des comptes du passé, ni même de repartir comme avant, mais de changer et de repartir autrement et mieux qu’avant, forts de la grâce qu’on vient de recevoir.

Car, ne l’oublions pas, le pardon du Seigneur n’est pas quelque chose comme un coup de chiffon qui enlèverait la poussière sur un meuble. En même temps que le pardon du Seigneur efface, détruit le péché, il change notre cœur. Et nous rend capables de changer ; il l’avait déjà bien précisé par la bouche d’Ézéchiel : Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau… Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez mes coutumes. (Ez 36, 26-27). En malgache, c’est une belle expression, on dit que le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile le Seigneur nous demande, lorsque quelqu’un a mal agi envers nous, de le gagner, c’est-à-dire de l’amener à repartir du bon pied. Devant le mal, pas question de laisser faire sans réagir, bien sûr. Punir ou pardonner, ce n’est pas suffisant, cela ne donne pas toujours de bons résultats et on ne peut pas se contenter de regretter le mal commis dans le passé, il faut aller jusqu’à s’engager à faire autrement dans l’avenir. L’idéal, c’est d’arriver à ce que celui qui fait mal se convertisse. C’est pourquoi le Christ ne se contente pas de prêcher le repentir et le regret de ses fautes, plus exigeant, il nous dit : Convertissez-vous, c’est-à-dire : en plus de vos regrets portant sur vos fautes passées, engagez votre avenir dans une nouvelle voie, changez votre manière de faire et revenez vers Dieu.

Le Seigneur nous entraîne toujours à aller de l’avant. De même que la source emmène l’eau toujours plus loin, de même le Christ nous emmène toujours plus loin dans la connaissance et l’amour de Dieu. Si une source n’emmène plus l’eau un peu plus loin, c’est qu’elle est tarie. Si notre foi et notre pratique religieuse cessent de nous emmener plus avant, c’est figé et bientôt ce sera complètement mort. On ne peut pas rester figé dans le passé. Les traditions du passé, ce sont les fondations de l’avenir, elles constituent une sorte de tremplin qui donne de l’élan pour aller plus loin. Un tremplin cesse d’être un tremplin si on ne s’en sert pas pour aller plus loin. Les traditions cessent d’être des traditions si elles ne servent plus à aller plus loin. Elles ne sont plus que des fétichismes plus ou moins, mais toujours ridicules.

Dans la vie chrétienne, on ne peut jamais s’arrêter en pensant qu’on en a fait assez. J’aime l’expression de Saint-Exupéry qui disait : Il n’y a pas de repos, sinon dans la paix des moissons, quand Dieu engrange.

Dimanche  23  Août  2026, 21e dim. T.O. A

(Is 22,19-23) (Rm 11,33-36) (Mt 16,13-20)

Pour vous, qui suis-je ? C’est cette question adressée par Jésus à ses apôtres que je commenterai dans l’homélie aujourd’hui. Jésus intriguait. On se demandait : qui est-il vraiment ? Beaucoup voyaient en lui un prophète. Sa prédication faisait penser à celle d’Élie qui ne s’adressait pas seulement aux Juifs, mais aussi aux étrangers. Parfois, il répétait mot pour mot des paroles de Jean Baptiste : « Convertissez-vous ; le Règne de Dieu s’est approché. » (Mt 3,2) (Mt 4,17) Et, comme Jérémie, il annonçait la ruine du Temple (Mt 24,2). Certains se demandaient s’il ne serait pas le Messie. En général, il était bien vu ; son enseignement comme ses miracles impressionnaient les foules. Par contre, les prêtres, les docteurs de la Loi, l’ensemble du milieu clérical et les pharisiens lui étaient profondément hostiles, lui reprochant de violer la Loi, d’introduire des nouveautés et de détruire la religion. D’après eux, il fallait respecter la Loi jusque dans les moindres détails, et surtout ne rien changer aux coutumes habituelles. Tout était affaire de pratiques extérieures.

Jésus critiquait une telle interprétation légaliste de la religion. Pour lui, l’important était d’aimer Dieu et l’amour devait inspirer toute la vie. Il était bon et miséricordieux, même envers les pécheurs. Les prêtres, les docteurs de la Loi et les pharisiens, au contraire, passaient leur temps à juger, condamner et mépriser les gens simples, lesquels étaient heureux d’entendre Jésus remettre en place tous ces notables arrogants. On ne savait plus que penser. Fallait-il suivre l’opinion du plus grand nombre qui voyait en Jésus un prophète et un juste ? Ou fallait-il se rallier au point de vue des officiels de la synagogue, prêtres, docteurs de la Loi, lévites, etc., et d’un grand nombre de pharisiens qui voyaient en Jésus un révolutionnaire et un impie qui détruisait la religion ?

C’est dans ce contexte troublé que Jésus demande à ses disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, toujours le premier à réagir, répond : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Tu es le Christ, c’est-à-dire celui qui a reçu la consécration, l’investiture. Jésus avait reçu cette investiture le jour de son baptême, lorsque l’Esprit Saint était descendu sur lui, tandis qu’une voix venue du ciel disait : « Tu es mon Fils bien-aimé. » (Mt 3,17) Tous les assistants en avaient été témoins. Pierre affirme donc ici : tu es le Christ, c’est-à-dire consacré, mais pas comme un simple prophète, tu es aussi Fils de Dieu. Reprenant la parole, Jésus félicite alors Pierre, soulignant qu’il n’a pas trouvé cela tout seul : « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui es aux cieux. » Carpersonne ne peut connaître Dieu. Notre intelligence est trop courte pour l’atteindre et notre cœur trop étroit pour le comprendre. Pour que quelqu’un croie que le Christ est Dieu, il faut que le ciel l’éclaire. « Nul ne vient à moi si mon Père ne l’attire » (Jn 6,44), disait Jésus à ses auditeurs, et saint Paul écrira plus tard aux Corinthiens : « Nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint. » (1 Co 12,3) Mais tout le monde n’accueille pas cette révélation. « Ils ont des yeux pour voir et ne voient point, des oreilles pour entendre et n’entendent pas, car c’est une engeance de rebelles. » (Ez 12,2), disait déjà le prophète Ézéchiel. Combien ont vu le Christ de leurs yeux et l’ont entendu de leurs oreilles, mais ne l’ont pas reconnu ?

Et pour nous aujourd’hui, qui est le Christ ? Un certain nombre d’incroyants le regardent comme un grand sage qu’ils estiment et respectent. Ils le rangent quelque part entre Socrate et Confucius.

Ils ont une Bible dans leur bibliothèque, mais l’ouvrent rarement. Le Christ n’a pratiquement rien à voir avec leur vie de chaque jour.

Parmi les croyants, certains, tout en le reconnaissant comme Dieu, le considèrent comme encore assez lointain, sans grande incidence sur leur vie quotidienne, mais il a quand même une certaine place dans leur existence. Surtout en cas de difficulté ou d’épreuve où ils font appel à lui. Ils ont confiance en lui, sûrs que, dans sa bonté, il va leur venir en aide, mais le reste du temps, quand tout va bien, il n’est guère présent. C’est un peu comme s’il était une sorte de roue de secours. La comparaison peut paraître incongrue, mais, en fait, elle convient tout à fait. Sa roue de secours, on y tient. On veille à ce qu’elle soit toujours à sa place dans le coffre de la voiture, mais on ne s’en sert pas tous les jours, et même, on espère qu’on n’aura pas à s’en servir. Elle est toujours là, en cas de coup dur, mais on espère bien qu’on n’en aura pas besoin. De même, pour certains croyants, le Christ est toujours là quelque part en réserve, mais on espère bien pouvoir résoudre les problèmes quotidiens avec ses moyens ordinaires : son intelligence, son argent, sa débrouillardise, sans avoir à faire appel à lui.

Et puis, il y a des croyants qui regardent le Christ comme celui qui leur a donné la vie, l’intelligence et tous les talents qu’ils possèdent. Ils le voient comme l’origine de tout ce qu’il y a de bien en eux et dans le monde. Ils croient que, depuis leur baptême, ils sont greffés sur le Christ et qu’il leur a confié la tâche de construire, là où ils sont, un petit bout de royaume de Dieu où il y ait un peu plus de paix, de justice et de charité. Du coup, le Christ n’est plus simplement une sorte de « Dieu-roue-de-secours », précieux, certes, mais utile seulement en cas de crevaison. Il serait plutôt une sorte de « Dieu-moteur » qui permet à la voiture de rouler, et même une sorte de « Dieu-GPS » qu’ils consultent constamment pour rester sur le bon chemin. Ils demeurent donc continuellement attentifs à la présence du Christ dans leur vie, mais sans tension ni inquiétude parce qu’ils savent que le Christ les aime et veut le meilleur pour eux. Saint Paul appelait cela rester sur le qui-vive dans l’action de grâces. (Col 4,9) Je suis sûr que chacun de nous voudrait bien faire partie de ce genre de chrétiens.

Que retenir de tout cela ?

Pour vous, qui suis-je ? Avec cette question, le Seigneur nous met au pied du mur. Est-ce que, comme les incroyants, je le considère simplement comme un sage que je range entre Socrate et Platon ? Ou bien est-ce que, pour moi, il est Dieu, mais un Dieu encore lointain qui n’a guère d’incidence sur ma vie de chaque jour, mais assez proche cependant pour être secourable, venir à ma rescousse quand je suis en difficulté, mais le reste du temps, quand tout va bien, je l’ignore ? Ou bien le Christ est-il pour moi le Dieu qui a créé toutes choses, qui est la source de ma vie, de tout ce qu’il y a de bien dans le monde et qui vit en moi ? Est-ce que je ne veux rien faire qui m’écarte de lui ? Est-ce que je voudrais qu’il m’inspire et avec qui je voudrais être toujours en parfaite communion ? Est-ce que, dans mes meilleurs moments, je dis comme Claudel : « Je vois bien des manières de ne pas être, mais il n’y a qu’une manière seule d’être, qui est d’être en vous. »

Tout heureux d’entendre de la bouche de Pierre une profession de foi vibrante qui répond à la question qu’il avait posée, Jésus reprend la parole et l’institue chef de l’Église : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église… Je te donnerai les clés du Royaume. » Jésus sait bien que Pierre n’a pas toutes les qualités qu’il faudrait pour cela, mais, de toute façon, le Christ sait bien que personne n’a jamais les qualités nécessaires pour répondre à la vocation à laquelle il est appelé ; c’est pourquoi il se charge lui-même de nous former : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mc 1,17), dit-il à ses apôtres lorsqu’il les choisit. Aujourd’hui encore, le Seigneur demande à ceux qu’il appelle de faire des choses qui dépassent leurs capacités. Mais la grâce, qui est le pouvoir donné aux hommes de faire par eux-mêmes ce qu’ils ne peuvent pas faire par leurs propres forces, nous permet de nous en sortir.

L’évangile d’aujourd’hui se termine par une consigne surprenante de Jésus qui demande à ses apôtres de ne révéler à personne qu’il était le Messie.

Dimanche 12 juillet  2026 15e dim. T.O. A

(Is 55,10-11) (Rm 8, 18-23) (Mt 13,1-23)

Après la parabole du semeur, l’évangile d’aujourd’hui nous rapporte une longue discussion où le Christ répond à la question des apôtres ’Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?’

Comme souvent, Jésus ne répond pas directement à la question posée. Il explique simplement : ‘A vous, il a été donné de comprendre les mystères du Royaume, mais ce n’est pas donné à ceux là…….ils regardent sans regarder, ils entendent sans entendre ni comprendre.’ Autrement dit : quand je parle en paraboles, un tri s’opère : certains comprennent, d’autres non. Pourquoi ? Est-ce Dieu qui ne veut parler qu’à certains, ignorant les autres ? Certainement pas. Car ‘Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité’ (1Tm 2,4) Il a toujours mis tout en œuvre pour cela, à travers l’envoi de sages et de prophètes, puis à travers l’envoi de son propre Fils. Si certains ne comprennent pas, c’est qu’ils ne veulent pas s’ouvrir à la connaissance de la vérité. En effet une parabole pique la curiosité. Ceux qui sont vraiment intéressés par ce qu’ils entendent, réfléchissent, se posent des questions, cherchent à comprendre, et le Seigneur les éclaire ; tandis que ceux qui ne sont pas intéressés, ne prêtent pas attention, s’enferment sur eux-mêmes, ne cherchent pas à comprendre, et le Seigneur ne les éclaire pas.

C’est une chose curieuse que le dialogue entre Dieu et l’homme. Au départ, le contact parait impossible. De notre côté, nous ne pouvons pas rejoindre Dieu. Notre intelligence est trop courte pour comprendre sa pensée.  ‘Dieu est plus grand que notre cœur.’ (1 Jn 3,20). Du côté de Dieu, il ne veut pas nous contraindre à recevoir sa parole, ni entrer en force dans notre cœur.

 Mais, chacun faisant un pas en direction de l’autre, le contact s’établit. De son côté, sans jamais parler trop fort le Seigneur lance des appels discrets : ‘Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !’ Et il nous a promis de se laisser rejoindre. ‘Cherchez et vous trouverez. (Mt 7,7) Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. Je me laisserai trouver par vous.’ (Jr 29,13-14). De notre côté, notre liberté reçoit ou refuse le message. Le Seigneur nous laisse le dernier mot.

Mais comment se fait-il que nous refusions d’entendre le Seigneur ? Il peut y avoir plusieurs raisons à cela et la parabole du semeur les passe en revue. Parfois nous ne recevons pas la parole de Dieu parce que la Parole du Seigneur tombe sur nous comme une graine qui tomberait sur le bord du chemin où il n’y a pas de terre du tout. C’est lorsque nous ne ressentons pas le besoin ou la nécessité de la religion qui nous apparait comme quelque chose de complètement étranger et inutile par rapport à notre vie quotidienne. Cela nous apparaît comme un luxe superflu ou un loisir facultatif. Nous n’y sommes pas opposés, nous ne sommes pas contre Dieu, nous regardons même avec sympathie ceux qui s’y intéressent comme on regarde avec sympathie ceux qui font de la musique ou du yoga. Mais tout ça, ne nous paraît pas sérieux, c’est pour des gens qui ont du temps à perdre. Nous, nous avons à nous occuper de notre vie de chaque jour. Dieu, c’est du temps perdu.

Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme du grain sur un sol pierreux. Il y a un peu de terre, mais pas assez. C’est lorsque nous accueillons avec joie la parole de Dieu, et nous lui accordons une certaine place dans notre vie, mais quand un souci ou une préoccupation surviennent alors nous estimons plus urgent de nous en occuper et nous laissons tomber la parole

de Dieu. Ce n’est pas que nous ne l’aimions pas au contraire, nous voudrions bien l’accueillir mais nous avons d’autres choses à faire qui nous paraissent nettement plus urgentes.

Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme du grain sur un sol déjà entièrement occupé par des ronces. Le grain ne peut pas entrer dans la terre, il n’y a plus de place. C’est lorsque nous sommes complètement absorbés par les préoccupations immédiates, noyés dans les choses à faire aujourd’hui, immédiatement, dans les obligations quotidiennes : la bonne marche du foyer, l’éducation des enfants, les problèmes de santé, les soucis professionnels, les problèmes d’argent etc. tout cela est urgent, cela ne peut pas attendre. Dieu, encore une fois, on n’est pas contre, mais pour le moment, on n’a vraiment pas de temps à lui consacrer, on verra après.

Et puis, heureusement, parfois le grain tombe sur de la bonne terre, c’est lorsque nous sommes réceptifs, pas encombrés, pas noyés dans le quotidien. Une idée nous est venue à l’esprit quelque chose a touché notre cœur. Mais ce sont des moments trop rares.

En un mot, nous sommes peut-être rarement comme le terrain des bords des chemins où il n’y a pas du tout de terre où le bon grain pourrait pousser.  Mais la plupart du temps nous sommes soit comme le terrain pierreux : nous voudrions bien accueillir la parole de Dieu, mais débordés par nos préoccupations nous n’y arrivons pas, ou comme le terrain plein de ronces, encombrés par  soucis immédiats, le bon grain de la parole de Dieu, nous n’avons plus de temps à lui consacrer. Dans un cas comme dans l’autre nos soucis sont un obstacle à la parole de Dieu.

Comment faire pour nous occuper de nos soucis sans négliger l’écoute de la parole de Dieu ? peut-être tout simplement en intégrant le Seigneur à nos soucis : au lieu de nous dire : comment réagir devant telle difficulté dans ma profession ou ma vie de famille, nous dire : comment le Seigneur veut-il que je m’y prenne ? Car c’est dans l’exercice de ma profession et dans le déroulement de ma vie de famille, que le Seigneur veut que je fasse sa volonté. En portant nos soucis devant le Seigneur dans la prière, au lieu d’être des obstacles qui nous empêchent d’écouter la parole de Dieu et de faire sa volonté, nos soucis deviennent le lieu, le chemin et le moyen par lequel nous mettons en œuvre la parole de Dieu et réalisons sa volonté.

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur sème sa parole dans le cœur de tous les hommes, sans laisser personne de côté. Souvent ce sont nos soucis et nos préoccupations quotidiennes qui nous empêchent d’entendre sa parole. Pourtant loin d’être des obstacles qui nous séparent de Dieu, nos soucis et nos préoccupations de chaque jour sont le lieu où il nous attend pour nous communiquer ses volontés et le chemin qu’il nous offre pour aller vers lui.

C’est lorsque nous essayons de nous sortir de nos difficultés tout seuls, par nous-mêmes, que nos travaux, nos préoccupations, nos soucis deviennent des obstacles qui nous séparent de lui, et nous empêchent d’entende sa parole ; mais si, devant nos difficultés, nous nous tournons vers le Seigneur pour lui demander : Comment veux-tu que je fasse ? Que veux-tu que je fasse ? Alors, il nous répond, non pas à travers des apparitions ou des manifestations spectaculaires mais simplement à travers des idées qui nous viennent à l’esprit ou des sentiments qui touchent notre cœur, nous rapprochent de lui et nous amènent à faire sa volonté. Alors nos travaux nos soucis et nos préoccupations deviennent le chemin par lequel nous avançons vers le Seigneur, ils deviennent le moyen par lequel nous édifions le petit bout de Royaume que le Seigneur nous invite à construire.

Dimanche 28 juin 2026 13e dimanche T.O. A

Dimanche 28 juin 2026(2 R 4,8-11.14-16a) (Rm 6,4-8.11) (Mt 10,37-42)

Qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… il ne peut être mon disciple. Au premier abord, nous trouvons de telles exigences bien sévères. Mais en y réfléchissant, il n’y a peut-être là rien d’exagéré. Si j’aime quelqu’un plus que Dieu, c’est lui qui est devenu mon Dieu. De plus, mon père, ma mère, mon fils ou ma fille, c’est le Seigneur qui me les a donnés. Celui qui donne, on doit l’aimer plus que ce qu’il donne. C’est du bon sens.Devant les dons de Dieu, deux attitudes sont possibles. Ou bien je vais me jeter dessus et en profiter sans aucune retenue, comme j’en ai envie, ou bien, réalisant qu’ils viennent de Dieu, je vais tenir compte de son point de vue à lui, qui me les a donnés. Les dons de Dieu sont à mon entière disposition, mais il va falloir les utiliser dans sa pensée à lui. C’est déjà vrai pour n’importe quel bien que nous nous procurons. Si j’achète une voiture, elle est à mon entière disposition. Mais je ne peux pas en faire n’importe quoi. Je suis bien obligé de l’utiliser dans la pensée de son constructeur, c’est-à-dire pour rouler sur la route et pas pour grimper aux arbres !!! De même avec les dons de Dieu, comme le laisse entendre une des prières de la messe : Père très saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour : tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. L’expérience nous le montre : si nous utilisons les dons de Dieu selon l’intention du créateur, alors tout va bien, nous dominons la création, mais si nous n’utilisons pas les dons de Dieu selon son intention, alors tout va mal, c’est le désordre, la violence, les guerres et les malheurs de toutes sortes.Poursuivant son discours, Jésus précise encore que pour être des siens il faut prendre sa croix et suivre son exemple. Ce n’est pas très engageant. Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Est-ce que le but du Christ serait de voir des disciples souffrir toute leur vie ? C’est blasphémer que de dire des choses pareilles. Qu’est-ce qu’il veut dire par prendre sa croix ? Vue de notre côté, et à première lecture, la croix, la mort du Christ sur la croix, voir un juste persécuté, supplicié et exécuté ainsi, c’est insupportable, inadmissible. Ce genre de mort, qui était le genre de mort réservé aux esclaves, est non seulement cruel mais honteux et humiliant, et c’est d’autant plus honteux et insupportable que tout cela est arrivé à cause de nos péchés.Mais en y réfléchissant davantage, et vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix se révèlent beaucoup plus complexes. D’abord Jésus n’est pas la victime de ses ennemis qui se seraient emparés de lui par la force. Il s’est offert lui-même à ses bourreaux. Au soir du Jeudi saint, il le confiait à ses disciples : Ma vie, personne ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jn 10,18) Il est monté à Jérusalem, sachant ce qui l’attendait. Par trois fois, il avait annoncé à ses apôtres, à l’avance, sa passion, sa mort et sa résurrection. Il s’est offert à ses bourreaux. Il ne considérait pas du tout son supplice et sa mort sur la croix comme quelque chose de honteux. Ce même soir du Jeudi saint, parlant à ses apôtres de sa passion, de sa mort et de sa résurrection imminentes, il a cette parole étonnante : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jn 12,23) Où est la gloire dans ce drame cruel et honteux ? En ceci que, vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, par-delà la cruauté et la honte de ce drame, révèlent le triomphe de l’amour du Christ. Lorsqu’on est en train de le tuer, il prie le Père : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Lc 23,34) Autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, moi je vous aime encore. L’amour de Dieu est plus fort que le mal et la haine des pécheurs. On ne pouvait pas faire pire. Faire mourir le Christ en croix, c’est le pire que le mal et le péché pouvaient faire, c’est le summum du mal et du péché, mais toute la puissance du mal et du péché ont été vaincues par la toute-puissance de l’amour du Christ qui, tel un tsunami, a recouvert et noyé le mal, le péché et la mort. C’est là que se révèle la gloire du Christ à travers la toute-puissance de son amour vainqueur du mal, du péché et de la mort.Vues de notre côté, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est un crime abominable et honteux.Vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est le triomphe glorieux de l’amour du Christ sur la haine, le mal et le péché des hommes. C’est pourquoi on parle de la croix glorieuse du Christ, et qu’on la célèbre chaque année solennellement le 14 septembre.Dès lors, quand le Christ nous dit que pour être son disciple, il faut prendre sa croix, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que pour être son disciple, il faut l’aimer d’un amour assez fort pour accepter de souffrir pour lui, et même jusqu’à accepter de mourir pour lui s’il le faut, mais c’est là une hypothèse tout à fait improbable. Accepter de souffrir pour ceux qu’on aime, il n’y a rien là d’exceptionnel. On vit cela partout dans toutes les familles. Cela ne veut pas dire que ce soit facile.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, le Seigneur nous demande de l’aimer par-dessus tout autre amour, même par-dessus l’amour qu’on doit à ses proches, à ses parents, à son mari, à sa femme, à ses enfants. Cela peut paraître abusif, exagéré. Mais si on y réfléchit, c’est du bon sens : en effet, ceux que j’aime, c’est Dieu qui me les a donnés. Mes parents, mon conjoint, mes enfants, c’est Dieu qui me les a donnés, il est donc normal que je l’aime encore plus, lui le donateur, que les dons qu’il m’a faits.L’amour que j’ai pour mes proches devrait me conduire à aimer Dieu toujours plus, toujours mieux. Jamais il ne devrait être rival ou opposé à mon amour pour Dieu. Normalement nous devrions aimer Dieu, être si attachés à lui que tout autre attachement devrait lui être subordonné et en harmonie avec lui. Si j’aime quelqu’un ou quelque chose plus que lui, ce quelqu’un ou quelque chose devient Dieu à la place de Dieu. C’est contre nature, absurde et vicieux.Dans cet évangile le Christ nous demande aussi de l’aimer tellement que nous soyons prêts à souffrir pour lui et porter notre croix. Quand on aime, non seulement on accepte de se sacrifier pour ceux qu’on aime, mais on est heureux de le faire. Cela se voit et se vit dans toutes les familles. Antoine de Saint-Exupéry disait : « Que ton Dieu te soit plus réel que le pain où tu plantes tes dents ; alors t’enivrera jusqu’à ton sacrifice, lequel sera mariage dans l’amour. »

Dimanche 21 juin 2026, 12e dim T.O. A

Frères et sœurs,

L’Évangile que nous venons d’entendre a un message simple : « Vous serez persécutés à cause de mon nom, mais ne craignez pas, n’ayez pas peur, car je suis avec vous. » Voilà le résumé de cet Évangile.

Cet Évangile est adressé aux apôtres dans la suite de ce que nous avons entendu dimanche dernier lorsqu’il les envoyait proclamer que le royaume des cieux est proche et guérir. Mais juste après, il leur disait aussi : « Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Et il prédisait aussi que, pour les communautés chrétiennes qui naîtraient de leurs prédications, viendraient la persécution, les procès, les flagellations, les condamnations à mort et même les trahisons à l’intérieur des familles.

Et c’est dans ce contexte que Jésus parle à ses apôtres, un contexte de persécution. La persécution, le prophète Jérémie la connaît aussi. Le prophète Jérémie a prêché pendant quarante ans à Jérusalem, durant la période qui a précédé l’exil à Babylone, une époque marquée par une grande corruption dans le monde politique et dans le monde religieux.

Et Jérémie n’y allait pas par le dos de la cuillère. Dans le passage qui précède juste la première lecture, il nous dit qu’il sentait la parole à l’intérieur de lui comme un feu dévorant, que c’était plus fort que lui, qu’il essayait de la contenir, mais qu’elle sortait quand même. Et cette parole lui vaut la persécution.

Il perd ses amis, mais au milieu de cette persécution, il garde la foi, il nous dit : « Le Seigneur est avec moi, un guerrier redoutable. »

Frères et sœurs, nous pouvons nous demander, quant à nous, quelle persécution pour notre foi est-ce que nous vivons aujourd’hui ? Nous avons la chance de vivre dans un pays où nous avons la liberté religieuse, mais nous vivons parfois quelque forme de persécution subtile.

Dans la famille, cela peut arriver lorsqu’il s’agit de baptiser un enfant alors que tout le monde n’est pas d’accord. Cela peut arriver aussi lorsqu’on découvre la foi, lorsqu’on est catéchumène dans une famille qui n’est pas chrétienne.

Cela peut arriver à l’université si l’on apprend que vous êtes « catho ». Cela peut arriver dans le travail. La persécution n’est bien sûr pas aussi forte que dans des pays où la liberté d’être chrétien n’est pas présente, mais elle est là.

Et par trois fois, Jésus va nous dire de ne pas craindre.

Il nous dit d’abord de ne pas craindre de parler. Il nous dit que ce qu’il nous a dit dans le creux de l’oreille, c’est-à-dire son enseignement qui était d’abord interpersonnel avec les apôtres, ce que nous avons reçu dans le creux de l’oreille, n’ayons pas peur de monter sur les terrasses des maisons pour le proclamer.

C’est une interrogation qui peut être la nôtre aussi aujourd’hui. Qu’est-ce que nous faisons de notre foi ? Est-ce que nous en parlons autour de nous ? Est-ce que nous la laissons transparaître par notre vie ?

Bien sûr, il s’agit de le faire avec intelligence, en demandant la grâce de l’Esprit Saint, en demandant son aide. Il ne s’agit pas de faire un contre-témoignage, il ne s’agit pas de condamner les autres, il ne s’agit pas de prendre des réflexes qu’on qualifie aujourd’hui d’identitaires et qui ne proclament pas l’Évangile, mais il y a à avoir le courage de parler.

Et parfois, parler nous amène à craindre pour notre vie.

« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, dit Jésus, sans pouvoir tuer l’âme. » Autrement dit, Jésus nous dit : ne craignez pas, parce que, si vous parlez, ceux qui vous persécuteront, ceux qui vous en voudront, ceux qui vous dénigreront, ceux qui se moqueront de vous ne pourront pas atteindre le centre de votre personne, votre âme.

Je suis certain que vous avez déjà rencontré des personnes qui vous expliquent qu’elles ont changé de travail, qu’elles ont changé d’orientation dans leur vie et elles vous disent : « Je ne pouvais pas faire autrement, je ne voulais pas perdre mon âme. » On entend souvent cela.

C’est cela que Jésus nous dit de craindre : « Craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. » Celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps, c’est celui qui veille sur nous, celui pour lequel nous avons du prix plus que deux petits moineaux, celui qui connaît le nombre de cheveux de notre tête : notre Père du Ciel.

Bien entendu, il ne veut pas nous jeter dans la géhenne. La géhenne, c’est le nom d’une décharge publique qui était tout en bas de Jérusalem, dans la vallée du Hinnom. C’était un endroit où l’on déposait tout ce dont on ne voulait pas et qui brûlait en permanence.

Et on peut se demander, on peut interpréter ce texte comme le faisait le pape François il y a quelques années, en se demandant si finalement périr dans la géhenne, ce n’est pas perdre son âme au point de devenir insignifiant, de vivre une vie qui n’ait plus de poids. De devenir comme un déchet, comme quelqu’un qu’on jette, comme du sel qui n’a plus de saveur et que l’on met sur la route.

Frères et sœurs, aujourd’hui, la persécution dont nous pouvons souffrir est beaucoup plus subtile, mais peut-être aussi plus dangereuse. Je crois que c’est la persécution de la corruption.

Et c’est celle-là qui peut nous faire perdre notre âme.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas soumis au pouvoir romain ni au pouvoir des autorités juives de l’époque, mais à d’autres autorités : les autorités numériques, les autorités économiques, qui veulent nous forcer, avec leurs algorithmes, à leur donner quelques instants d’attention, quelques parties de notre cerveau. Et nous finissons par adorer les idoles, par donner notre temps à ce qui n’en vaut pas la peine.

Le danger, c’est que nous perdions notre âme dans ces activités. Le risque est de nous laisser endormir, de ne plus voir les enjeux, de ne plus savoir nous déclarer pour Dieu devant les hommes.

Demandons la grâce de voir clair en nous-mêmes, demandons la grâce d’avoir le courage de parler, de parler vrai, de dire notre foi avec intelligence, avec la grâce de l’Esprit Saint. Demandons la grâce de regarder en notre cœur ce qui a du poids, ce qui donne la vie et ce qui n’en a pas, ce qui nous rend insignifiants.

Amen.

Dimanche  21 Juin  2026, 12e dim. T.O. année A

(Jr 20, 10-13) (Rm 5, 12-15) (Mt 10, 26-33)

Le Christ vient d’envoyer les douze apôtres en mission. Il leur a donné ses consignes : Soyez prudents comme des serpents et candides comme des colombes. Il les a prévenus Prenez garde aux hommes, les autorités tant civiles que religieuses vous traîneront devant les tribunaux et vous maltraiteront, mais ne vous inquiétez pas de savoir que dire ou comment parler! l’Esprit que le Père vous enverra  parlera en vous. (Mt.10,16,17,20) Aujourd’hui il conclut sa mise en garde : Ne les craignez donc pas, ayez confiance dans le Père : Pas un moineau ne périt sans que votre Père le veuille.  A ses yeux vous valez bien plus que tous les moineaux du monde, les apôtres ont bien reçu le message. Ils ont fait face à toutes sorte d’oppositions et de persécutions. Presque tous sont morts martyrs, mais l’évangile s’est répandu par toute la terre.

Devant cela, aujourd’hui, nous qui sommes aussi disciples du Christ, nous ne pouvons pas nous contenter d’applaudir les performances des douze et de leurs successeurs qui nous ont apporté la foi. Pouvons-nous être disciples du Christ-envoyé-du-Père sans être aussi envoyés ? Baptisé dans la vie du Christ envoyé du Père , tout chrétien  participe à sa vie d’envoyé. Il ne peut pas faire autrement. Même s’il n’a pas à prêcher l’évangile comme le Christ à travers les villes et les villages ou comme un curé de paroisse  à la messe le dimanche, il va transmettre sa foi à travers sa manière de vivre et la communiquer à ses enfants, à ses proches et à son entourage. On ne peut pas être un chrétien passif. Si on est chrétien, on est contaminé par l’élan et le dynamisme du Christ envoyé. On ne peut pas ne pas partager à son entourage ce qu’on a reçu du Seigneur, avec force et efficacité, mais aussi avec simplicité et discrétion, sans recourir à une publicité indiscrète ou une propagande tapageuse. Regardez le coronavirus, il ne fait pas beaucoup de bruit, mais il est terriblement contagieux !!! Sommes-nous suffisamment contagieux ?

Dans le monde qui nous entoure, ce n’est pas facile d’être témoins de l’évangile. Dans notre pays, il n’y a pas de persécutions à proprement parler, c’est vrai  La législation officielle vise à faire régner une laïcité respectueuse de toutes les opinions et de toutes les croyances. Dans la réalité toutefois, cette laïcité n’empêche  pas toujours une sourde hostilité. Dans tel secteur de la défense nationale, on filtre le nombre d’officiers chrétiens. Dans l’administration, il n’est pas bien vu qu’un fonctionnaire aille à la messe le dimanche. Dans les milieux universitaires, on n’égorge pas les chrétiens, mais souvent, l’atmosphère est agressivement antireligieuse, ce qui étonne et scandalise les étudiants étrangers. Un éditorialiste de la Vie catholique a pu faire remarquer ;“la notion de Dieu a été supprimée des programmes de philo, alors même que le questionnement métaphysique est  à l’origine de la discipline. Tout se passe comme si la laïcité s’était transformée en athéisme et en athéisme militant agressif qui exclut l’expression religieuse de tous les compartiments de la société. “ (N°3747 du 27/6/2017) Ne soyons pas naïfs mais ne dramatisons pas. La situation chez nous n’a rien de tragique. Pensons plutôt à tous ces chrétiens obligés de quitter leur travail, leur famille et même leur pays devant les persécutions violentes dont ils sont l’objet, en particulier dans les pays où sévit l’extrémisme islamiste.

Ce qui gêne le plus, peut-être, dans nos efforts pour témoigner de l’évangile, c’est l’énorme indifférence envers tout ce qui est religieux d’une grosse majorité de gens qui ne pensent qu’à l’argent. Les pauvres sont pris à la gorge par le souci de trouver assez d’argent pour satisfaire

leurs besoins quotidiens immédiats. Les riches sont obsédés par la préoccupation d’accroître leur fortune. Dans certains pays, des lois sociales empêchent le pire, mais ailleurs, pour survivre, même des jeunes enfants qui n’iront jamais à l’école, sont déjà soumis à des travaux très durs, qui mettent parfois leur vie en péril et des millions d’hommes sont obligés d’émigrer pour tenter de survivre. On ne cherche pas un progrès qui soit un progrès de la qualité de  la vie mais un progrès qui augmente la rentabilité des capitaux engagés. L’argent est LA référence. C’est curieux de voir, par exemple,  qu’on ne dit pas que telle chanson est belle, on dit que son enregistrement s’est vendu à tant de millions d’exemplaires…

Pourtant, personne n’est heureux de vivre dans un tel univers où il n’y a guère de place pour la paix, la justice et la charité de l’évangile. Tout le monde voudrait pouvoir vivre autrement. Cela veut dire que Dieu reste présent dans notre monde et continue de nous appeler à le transformer en un monde où enfin règneraient la paix, la justice et la charité. C’est pourquoi chacun, là où il vit, s’efforce de faire régner un climat chrétien autour de lui, afin que chaque personne soit respectée, quelle que soit la couleur de sa peau, sa religion ou son rang dans la société. Enfin on   garde le souci du bien commun, parfois même jusqu’à s’engager en politique, ne serait-ce qu’au niveau du quartier ou de la commune où nous vivons parce que le pape Paul VI osait le dire la politique est une forme privilégiée de la charité.

 Et dans la réalité, c’est un fait, même si la situation est loin d’être idéale, il faut le reconnaître outre l’engagement individuel des chrétiens, l’Eglise en tant qu’institution, exerce une influence non négligeable dans la société pour limiter les dégâts que pourrait causer la course sauvage d’un progrès matérialiste inhumain. Il est incontestable que les lois sociales qui, dans un certain nombre de pays, protègent les travailleurs contre les excès d’un progrès matérialiste aveugle, sont d’inspiration chrétienne, Des encycliques comme Rerum Novarum  qui, lors de la première révolution industrielle, a réaffirmé les impératifs d’une morale sociale chrétienne, ou, tout récemment  l’encyclique Magnifica Humanitas qui vise à protéger l’humanité contre les dangers potentiels de l’Intelligence Artificielle, sont prises très au sérieux par tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de l’humanité, en particulier les économistes et les hommes politiques, même s’ils ne sont pas chrétiens. Donc n’exagérons rien. Oui, celui qui veut témoigner de sa foi et mettre en avant les valeurs de l’évangile rencontrera de l’hostilité et de l’opposition, mais ce n’est pas  insurmontable.

En conclusion

Si nous sommes chrétiens nous sommes contaminés par l’élan et le dynamisme du Christ envoyé, vivant en nous depuis le jour de notre baptême. Nous sommes devenus contagieux. Nous ne pouvons pas ne pas partager autour de nous ce que nous avons reçu. Si le Christ lui-même a rencontré de l’opposition et de l’hostilité, il ne faut pas nous étonner d’en rencontrer nous aussi : le disciple n’est pas au-dessus du maître. Cependant il n’y a pas  que cette opposition et cette hostilité, dans nos vies. Le Seigneur aussi y est présent avec toute la force et l’efficacité de sa grâce. C’est pourquoi le Christ peut nous dire : Ne craignez pas. Il sait qu’il ne nous propose pas une tâche facile. Mais il sait aussi qu’il demeure à nos côtés pour nous assister dans nos efforts. Et ça marche ! Une douzaine de pécheurs à peu près illettrés ont réussi à répandre l’évangile par toute la terre. Un de mes profs de théologie disait : la grâce, c’est le pouvoir donné à l’homme de faire par lui-même ce qu’il ne peut pas faire par ses propres forces. Et tous ceux qui se sont lancés d’une manière ou d’une autre pour proclamer en pleine lumière et crier l’évangile sur les toits savent qu’ils peuvent compter sur Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Ep 3,20)

Dimanche 14 juin, 11e dimanche du T.O. la mission

Frères et sœurs,

au football, il y a des gens qui jouent perso et d’autres qui jouent collectif. Jouer perso, c’est-à-dire prendre le ballon et aller vers le but pour essayer de marquer tout seul. Ce n’est pas le style de Jésus. Jésus, lui, il joue collectif. C’est pour cela que, ce dimanche, nous lisons dans les textes l’envoi des apôtres en mission. Jésus aurait certainement pu accomplir la mission tout seul, mais cette mission n’aurait pas eu d’avenir.

Dès le début de son ministère, Jésus nous dit que, comme disciples, nous sommes appelés à être des missionnaires. Alors arrêtons-nous un instant sur ces aspects de la mission. Parce que, par notre baptême, nous aussi, nous sommes, comme dit la première lecture, une nation sainte, un peuple de prêtres. On pourrait dire aussi un peuple de prêtres, prophètes et rois. Et donc la mission, c’est à nous de la vivre. Il y a trois mots qui me sont venus en pensant à cette mission à partir de l’Évangile.

Le premier mot, c’est le mot de contemplation. Jésus commence par contempler la foule qui est devant lui. Il voit ce peuple et il est pris de pitié.

Le mot qui est utilisé pour dire que Jésus est pris de pitié pourrait se traduire aussi par : Jésus a des entrailles de mère pour ce peuple qui est devant lui. Ils sont comme des brebis harassées et prostrées. Il faut s’imaginer le peuple occupé par l’armée romaine, trahi certainement par ses chefs religieux.

Ce peuple aussi renvoie à différentes pages de la Bible, par exemple en Ézéchiel 34, où Dieu dit qu’il est tellement déçu par les pasteurs de son troupeau qu’il va venir lui-même et qu’il sera le pasteur de son troupeau. Lorsque Jésus est touché aux entrailles, nous pouvons nous demander si nous sommes touchés aux entrailles ou non devant les personnes qui sont prostrées, qui sont sans berger, qui sont perdues.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je vois tellement de misère autour de moi, en particulier dans le quartier où j’habite, que le risque, c’est de finir par se blinder, de finir par s’habituer, parce que nous ne pouvons pas répondre à toutes ces misères. Mais Jésus, lui, reste avec des entrailles de mère. Le risque pour nous, devant toutes ces foules sans berger qui sont autour de nous, c’est de nous décourager.

Mais Jésus nous montre que, dans la contemplation, il n’y a pas seulement la contemplation de la misère des foules. Il y a plusieurs manières de voir le monde, et c’est pour ça que Jésus change d’image. Il passe de l’image du troupeau perdu à l’image du champ à moissonner. Parce que Dieu n’abandonne jamais son peuple et que, comme dans le désert, à la première goutte d’eau, il y a beaucoup de petites plantes qui naissent.

Et c’est ce que nous voyons autour de nous actuellement, dans l’Église, dans le monde. Il y a beaucoup de gens qui s’interrogent sur le sens de leur vie. Il y a beaucoup de gens qui frappent à la porte de l’Église, qui cherchent du sens, qui ont fait l’expérience de la Bonne Nouvelle de Jésus.

Voyez, le monde autour de nous, ce n’est pas simplement des gens perdus, ce sont des gens que Dieu rejoint. Voilà ce que nous pouvons contempler.

Ça, c’est le premier point : la contemplation.

Le deuxième mot qui me venait, c’est le mot de prière. On peut se demander pourquoi Jésus, qui voit ce champ à moissonner, ne dit pas : « Bon, toi tu vas là-bas, on va faire ceci, cela. »

Non, il ne commence pas comme ça. Il dit : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Et le plus étonnant, c’est que les gens à qui il demande de prier, ce sont eux qui vont être envoyés quelques minutes plus tard.

Pourquoi ?

Jésus veut nous dire que la mission, ça commence toujours par la prière. Même Jésus commence toujours la mission par la prière. C’est-à-dire que la mission ne nous appartient pas ; la mission, elle se reçoit d’un autre, elle se reçoit du Père. C’est pour cela que Jésus nous invite à nous tourner vers le maître de la moisson. Pour découvrir que c’est lui le maître de la moisson et c’est lui qui a fait germer tout ce qu’il y a dans le champ. Donc c’est à lui que nous devons nous remettre.

Et puis la deuxième utilité de la prière, c’est sans doute de nous transformer nous-mêmes, d’être prêts à accueillir la mission. Donc, quand Jésus dit : « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson », il ne s’agit pas simplement de penser que Dieu pourrait envoyer quelqu’un d’autre, mais aussi qu’il pourrait m’envoyer moi et de préparer son cœur.

Et le troisième mot, c’est la mission. Etre en mission, ça veut dire « être envoyé », et apôtre, ça veut dire « envoyé » également.

Ce qui est très important dans la mission, et Jésus le dira plus tard dans l’Évangile de Matthieu : « Celui qui m’accueille, c’est moi qu’il accueille. » C’est-à-dire que celui qui est envoyé est le représentant de celui qui l’envoie. Il est la présence de celui qui l’envoie au milieu de son peuple. C’est très fort, ça. Ça veut dire que les apôtres sont appelés à être comme Jésus au milieu de leur peuple.

On ne le voit pas dans cette découpe de l’Évangile, mais nous voyons que Jésus demande à ses disciples de faire exactement ce qu’il a fait : annoncer que le Royaume des cieux est tout proche, guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, expulser les démons.

Donc Jésus nous appelle à être sa présence au milieu du monde et à faire ce qu’il a fait. Demandons-nous si notre présence est une présence guérissante pour les autres.

Demandons-nous aussi si nous avons assez de foi dans la mission. Jésus dit : « Ressuscitez les morts. » C’est pour bien nous faire comprendre que cette mission est beaucoup plus forte que nous. Jésus nous dit : « Ressuscitez les morts. » Autrement dit, il nous dit que cette mission vous dépasse. Mais ayez foi.

Demandons la grâce de nous laisser toucher.

Demandons la grâce de prier le maître de la moisson pour renvoyer tout à lui.

Demandons la grâce d’être la présence de Jésus au milieu de ceux qui en ont besoin.

Amen

Dimanche 14 juin 2026, 11e dimanche du T.O. année A


(Ex 19, 2-6a) (Rm 5, 6-11) (Mt 9, 36 – 10, 8)

Comme le Christ est triste en voyant les foules sans pasteurs, nous aussi aujourd’hui nous sommes tristes de voir autour de nous tant de fidèles abandonnés, et tant d’églises fermées en raison du manque de prêtres. Personnellement, en plus, je suis en colère. Pourquoi ? Pendant vingt ans j’ai été curé de brousse à Madagascar : six ans en charge d’un district de 18 paroisses et quatorze ans d’un district de 32 paroisses. Dans mon district, comme dans tous les districts de brousse de tous les pays de mission, aucune église n’était fermée le dimanche. Dans chaque paroisse, un catéchiste laïc — la plupart du temps un homme, mais parfois une femme — réunissait la communauté en l’absence du prêtre, pour l’assemblée de prière du dimanche, et faisait une homélie sur l’évangile du jour. Ce qui suppose que tout prêtre en charge d’un district missionnaire assurait la formation de ces catéchistes laïcs. Habituellement, il y avait pour eux une grosse journée de formation par mois, sur place, car la plupart d’entre eux ne pouvaient pas aller en ville suivre les cours de l’école de catéchistes, qui duraient un ou deux ans. (Pendant ce temps-là, comment assurer le travail des rizières de la famille et la scolarisation des enfants ?) Ce qui me peine, me scandalise et suscite ma colère, c’est qu’ici on ferme les églises, et qu’on ne cherche pas à s’inspirer de ce système de catéchistes laïcs assurant avec le comité paroissial l’assemblée de prière du dimanche en l’absence du prêtre, la préparation au baptême et à la première communion des enfants — alors qu’on a, en bien des endroits, des laïcs qui ont déjà un certain niveau et à qui les prêtres pourraient facilement donner une formation complémentaire convenable, comme je l’ai fait moi-même pendant 20 ans, ainsi que tous mes confrères. Puisque la France se trouve aujourd’hui dans la même situation que celle des pays de mission, avec le même manque de prêtres, pourquoi ne pas s’inspirer des méthodes d’évangélisation de ces pays ?

En France, d’énormes avancées ont déjà été opérées dans la pastorale des paroisses. La participation des assemblées à la messe n’a plus rien à voir avec ce qui se passait il y a 50 ou 70 ans. Partout des équipes liturgiques de laïcs s’activent, et on n’entend que des éloges à propos de la célébration des funérailles par des laïcs. Mais on s’est arrêté au pied d’un seuil qu’on se refuse à franchir : à savoir faire faire l’homélie par un laïc (homme ou femme), et ordonner des hommes mariés, ou même des femmes. Il faut rappeler qu’il n’y a à cela aucun obstacle d’ordre théologique. Bien plus, la liturgie du baptême précise explicitement que tout baptisé participe à la vie du Christ prêtre, prophète et roi. D’ailleurs, il y a déjà des prêtres mariés dans notre Église catholique, chez les Maronites au Liban. Et dès le premier siècle de l’ère chrétienne, des femmes exerçaient déjà des responsabilités, voire des ministères institués dans les communautés chrétiennes, ainsi qu’en témoigne saint Paul au chapitre 16 de l’Épître aux Rm. L’obligation du célibat pour les prêtres relève d’une décision de la hiérarchie de l’Église prise aux IIIe ou IVe siècle, décision qu’elle peut toujours abolir. On peut dire que, malgré des défaillances malheureuses, en gros, la pratique actuelle du célibat par les prêtres dans l’Église catholique romaine relève d’une bonne décision — mais ce n’est pas là un dogme intouchable : la hiérarchie peut modifier les lois qu’elle a instituées ! Pendant des siècles, on s’est éclairé à la bougie dans les églises et c’était très bien. Maintenant on est passé à l’électricité ou au néon, c’est très bien aussi. Jusqu’à maintenant, la coutume dans l’Église est que ce sont les hommes seuls qui sont ordonnés prêtres. Mais cette coutume peut changer. Ce n’est qu’une coutume, un usage. Dans un monde qui change, les coutumes et les usages changent aussi. Aujourd’hui des femmes sont chefs d’État, Premiers ministres ; en France, les deux principaux syndicats, la CGT et FO, sont dirigés par des femmes ; partout il y a des femmes chefs d’entreprises et responsables d’un grand nombre d’organismes : personne ne s’en offusque. Mais quand on parle d’ordonner prêtres des femmes, on saute au plafond. Nous sommes chez les talibans, ou quoi ?

Soyons réalistes. L’ordination de prêtres mariés soulèverait bien des problèmes, à commencer par la délicate question de leur fournir une rémunération qui leur permette de faire vivre leur famille. Mais peut-être pourrait-on d’abord appeler au sacerdoce de jeunes retraités, menant déjà une vie de famille stabilisée, disposant de davantage de temps que des hommes pris par leur activité professionnelle. Leur retraite leur assurerait déjà, au moins en partie, un certain revenu. Et surtout, en procédant ainsi, l’Église du XXIe siècle, loin de se lancer dans des nouveautés farfelues, rejoindrait la tradition la plus authentique des débuts de l’Église, où c’était un ancien — le presbyteros — qui était choisi pour présider l’assemblée.

Les dernières lignes de l’évangile d’aujourd’hui, où Jésus recommande aux apôtres qu’il envoie de ne pas aller vers les nations païennes ni vers les Samaritains, mais seulement vers les brebis perdues de la maison d’Israël, peuvent peut-être nous choquer et nous paraître opposées à l’universalisme de l’évangile. En fait, ces propos de Jésus soulignent simplement une évidence de bon sens : il faut commencer par enseigner le prochain le plus proche avant de pouvoir s’ouvrir à tous ensuite. Jésus et son évangile sont résolument opposés à tout sectarisme nationaliste. Plus d’une fois, il a prévenu ses concitoyens qu’ils risquaient d’être exclus du Royaume, tandis que beaucoup viendront du levant et du couchant y prendre place, pendant qu’eux seraient jetés dans les ténèbres (Lc 13, 28-29). Jésus et son évangile sont ouverts à tous les hommes de bonne volonté, d’où qu’ils viennent. Il est tout heureux de relever la foi de païens comme le centurion romain, le lépreux samaritain ou la Cananéenne ; et le jour de l’Ascension, en prenant congé de ses apôtres, il les envoie annoncer l’évangile dans le monde entier : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19).

Que retenir de tout cela ?

La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Il convient donc de prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Mais ne lui demandons pas à lui tout seul de régler ce problème tandis que nous restons les bras croisés. Avant de demander au Seigneur de multiplier les vocations sacerdotales, que chacun s’occupe de répondre à sa vocation à lui. Ensuite, que chacun dans l’Église, à commencer par la hiérarchie, prenne ses responsabilités devant les exigences de la situation présente. Dès le premier siècle, l’Église a dû opérer des changements bien plus révolutionnaires que ne le seraient aujourd’hui l’ordination de prêtres mariés ou de femmes. Il a fallu passer d’un judaïsme étroitement nationaliste à un christianisme universel. On a abandonné la circoncision, les interdits alimentaires, et plus de 1 200 prescriptions de la Loi. Devant l’intervention divine et la descente de l’Esprit Saint sur les païens incirconcis, ce fut la stupeur parmi les croyants circoncis — mais Pierre décida tout de suite de les admettre dans l’Église : « Quelqu’un pourrait-il empêcher de baptiser ces gens qui, tout comme nous, ont reçu l’Esprit Saint ? » (Ac 10, 45-47). Serions-nous devenus des chrétiens timorés, craintifs, frileusement assoupis dans des habitudes que nous aurions décidé hypocritement de considérer comme « La Tradition » ?

D’autre part, le sacerdoce des fidèles est tombé dans l’oubli. Tout se passe comme si on avait oublié que tout baptisé, qu’il soit homme ou femme, participe de la vie du Christ prêtre, prophète et roi, ainsi que le formule la liturgie du baptême. On a oublié que le Christ, dans l’évangile, invite chacun des siens à participer à son sacerdoce : tout disciple doit prendre sa croix (Mt 16, 24), boire sa coupe (Mt 20, 22) ; chacun doit porter son message (Lc 9, 60), lui rendre témoignage, jusqu’à en mourir s’il le faut (Mt 10, 17-42). De même que Jésus fait participer tous les hommes à ses titres de Fils et de Roi-Messie, Jésus les fait prêtres avec lui.

Il est de la responsabilité de la hiérarchie d’agir sans attendre pour modifier les coutumes en usage dans l’Église, et de préciser jusqu’où la participation des fidèles au sacerdoce du Christ peut aller. Les prudents diront : pas au-delà de balayer l’église et de mettre des fleurs sur l’autel. À l’opposé, les plus enthousiastes diront : permettre à tout le monde de tout faire, y compris présider l’Eucharistie et donner les sacrements. Une chose est certaine : on ne peut pas continuer à prier pour les vocations sacerdotales et religieuses pendant qu’en même temps on étouffe ces vocations. On ne peut pas demander au Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la moisson, et en même temps refuser d’embaucher de potentiels ouvriers pour cette moisson.

Dimanche  7  Juin  2026, Solennité du Saint Sacrement

(Dt 8, 2-3.14b-16a) (1 Co 10, 16-17) (Jn 6, 51-58)

Le Saint Sacrement, qu’on appelle aussi sacrement de l’Eucharistie, c’est le sacrement du Christ qui donne son corps livré en nourriture pour alimenter, au jour le jour, la vie divine que nous avons reçue au baptême.

Pourquoi parler de Saint Sacrement ? Tous les sacrements sont saints. C’est vrai, mais le Saint Sacrement n’est pas un sacrement comme les autres. C’est un sacrement spécial en ce sens qu’il ne nous donne pas une grâce particulière, comme le sacrement de réconciliation qui donne la grâce du pardon des péchés ; il nous donne le Christ en personne, et plus exactement le-Christ-qui-donne-sa-vie, afin de nourrir, d’entretenir, de développer la vie divine reçue au baptême. Car si le baptême nous donne la vie divine, il faut encore que le Saint Sacrement, ou Eucharistie, entretienne, nourrisse, développe cette vie divine reçue au baptême, de même que si la naissance donne la vie naturelle, humaine, au nouveau-né, il faut encore qu’une nourriture appropriée entretienne, nourrisse, développe cette vie naturelle humaine reçue à la naissance. L’Évangile nous dit que le Christ prit du pain, le rompit et le donna à ses apôtres en disant : « Ceci est mon corps, livré pour vous. » Quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le Christ enfant à Nazareth, ou le Christ faisant des miracles, mais le Christ qui donne sa vie. Il prit du pain, en offrit à ses apôtres : « Prenez, mangez » (Mt 26, 26), et il expliqua : ce pain-là, c’est moi qui me livre pour vous ; mangez de ce pain-là ; ce pain-là, c’est ma chair livrée pour la vie du monde (Jn 6, 51). « Je suis le pain de vie » (Jn 6, 48).

Mais pourquoi le corps livré est-il pain de vie, pain qui donne la vie, pain qui entretient la vie ? Parce que seul le sacrifice du Christ peut nous faire entrer et nous maintenir dans la vie divine. Tant que le Christ ne s’est pas offert en sacrifice par amour pour nous, le péché n’est pas encore vaincu et demeure un obstacle entre Dieu et nous. Ni l’enseignement du Christ, ni ses miracles ne peuvent donner la vie divine. Mais lorsque le Christ donne sa vie pour nous, meurt pour nous sur la croix, son amour triomphe du mal, du péché et de la mort ; le péché qui faisait obstacle entre Dieu et nous est vaincu. Désormais, la vie divine peut passer de Dieu à nous.

Par conséquent, explique le Seigneur, « si vous mangez de ce pain, vous vivrez pour l’éternité » (Jn 6, 51) ; « si vous n’en mangez pas, vous n’aurez pas la vie en vous » (Jn 6, 53). Cette vie qu’il nous donne et dont il veut que nous vivions, c’est une vie qui se donne par amour pour les autres. Par conséquent, vivre une vie chrétienne, être chrétien, c’est donner sa vie pour les autres. Saint Jean le dira plus tard : « Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16). Pour un chrétien, donner sa vie pour les autres, ce n’est donc pas facultatif, comme d’assister aux vêpres, de faire une neuvaine ou de dire son chapelet ; c’est indispensable, nécessaire, essentiel. Si je ne dis pas mon chapelet, si je n’assiste pas aux vêpres, je peux quand même être chrétien. Mais si je ne donne pas ma vie pour les autres, je ne suis pas chrétien.

Mais pratiquement, concrètement, c’est quoi donner sa vie pour les autres ? Il ne faut pas dramatiser ! Le service des autres dans l’amour n’est pas un martyre, loin de là, même si cela demande des efforts et des sacrifices. Il ne viendrait à l’idée de personne de dire d’une maman qui se consacre à ses enfants toute la journée qu’elle mène une existence de martyre ! Une maman fait passer ses enfants avant elle, elle se donne du mal pour eux, ils lui causent bien du tracas. Mais pour rien au monde elle ne voudrait en être débarrassée ! C’est le miracle de l’amour : quand on aime, il n’y a pas de peine ; et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Il n’y a qu’au cinéma que l’amour consiste à s’embrasser. Dans la vie courante, c’est à travers le service des autres que se manifeste l’amour qu’on a pour eux, dans la banalité des gestes quotidiens. Malheureusement, comme ils sont quotidiens, on ne remarque plus la grandeur, l’amour et le don de soi qu’ils contiennent et on les regarde comme simplement banals, insignifiants. Nous ne voyons pas leur valeur devant Dieu. Nous ne soupçonnons pas qu’à ce moment-là, nous sommes tout autant en communion avec le Christ que si nous recevions une hostie consacrée en assistant à la messe. Car ce n’est pas seulement en recevant une hostie que nous sommes en communion avec le Christ, mais aussi à travers n’importe quel geste de don de soi pour le service des autres.

Je me souviens qu’un jour, dans un village de brousse à Madagascar, je donnais une retraite à une centaine d’enfants qui se préparaient à leur première communion. Vers 17 h, je célèbre la messe à laquelle ils assistent ainsi qu’un certain nombre de leurs parents qui les accompagnent et à qui je donne la communion. Mais à ce moment-là, je me suis dit : ces parents qui accompagnent leurs enfants à la messe, ils communient ; mais les autres parents qui n’assistent pas à la messe parce qu’ils sont dans la cour de l’église, occupés à cuire le riz pour le repas du soir, eux qui se donnent pour le service des autres, est-ce qu’ils ne sont pas eux aussi en communion avec le Christ tout autant que ceux qui, assistant à la messe, reçoivent une hostie ?

Dans le récit du jugement dernier dans l’Évangile, le Christ tient à nous montrer que les élus le sont parce qu’ils ont fait des choses apparemment banales : « Venez ici, les bénis de mon Père… car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire… » Mais ces gestes sont un authentique service de Dieu, même s’ils ne s’en rendent pas compte, parce que « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 34-35.40).

Que retenir de tout cela ?

Le Saint Sacrement, c’est le sacrement du Christ qui donne sa vie pour nous. Quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le Christ enfant à Nazareth ou le Christ enseignant les foules, mais le Christ en train de se donner. La vie qu’il nous donne et dont il veut que nous vivions, c’est une vie qui se donne pour les autres. Être chrétien, c’est donc donner sa vie pour les autres. Saint Jean nous le rappelle : « Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3, 16).

Le Saint Sacrement, c’est une nourriture qui entretient au jour le jour la vie divine reçue au baptême, nous permet de résister aux tentations d’égoïsme et d’avoir la force et le courage de communier avec le Christ en nous donnant au service des autres. Car le service des autres est une authentique communion avec le Christ tout autant que le fait de recevoir une hostie consacrée, même si, la plupart du temps, nous ne nous en rendons pas compte.