Dimanche 28 juin 2026 13e dimanche T.O. A

Dimanche 28 juin 2026(2 R 4,8-11.14-16a) (Rm 6,4-8.11) (Mt 10,37-42)

Qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi… il ne peut être mon disciple. Au premier abord, nous trouvons de telles exigences bien sévères. Mais en y réfléchissant, il n’y a peut-être là rien d’exagéré. Si j’aime quelqu’un plus que Dieu, c’est lui qui est devenu mon Dieu. De plus, mon père, ma mère, mon fils ou ma fille, c’est le Seigneur qui me les a donnés. Celui qui donne, on doit l’aimer plus que ce qu’il donne. C’est du bon sens.Devant les dons de Dieu, deux attitudes sont possibles. Ou bien je vais me jeter dessus et en profiter sans aucune retenue, comme j’en ai envie, ou bien, réalisant qu’ils viennent de Dieu, je vais tenir compte de son point de vue à lui, qui me les a donnés. Les dons de Dieu sont à mon entière disposition, mais il va falloir les utiliser dans sa pensée à lui. C’est déjà vrai pour n’importe quel bien que nous nous procurons. Si j’achète une voiture, elle est à mon entière disposition. Mais je ne peux pas en faire n’importe quoi. Je suis bien obligé de l’utiliser dans la pensée de son constructeur, c’est-à-dire pour rouler sur la route et pas pour grimper aux arbres !!! De même avec les dons de Dieu, comme le laisse entendre une des prières de la messe : Père très saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour : tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. L’expérience nous le montre : si nous utilisons les dons de Dieu selon l’intention du créateur, alors tout va bien, nous dominons la création, mais si nous n’utilisons pas les dons de Dieu selon son intention, alors tout va mal, c’est le désordre, la violence, les guerres et les malheurs de toutes sortes.Poursuivant son discours, Jésus précise encore que pour être des siens il faut prendre sa croix et suivre son exemple. Ce n’est pas très engageant. Mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Est-ce que le but du Christ serait de voir des disciples souffrir toute leur vie ? C’est blasphémer que de dire des choses pareilles. Qu’est-ce qu’il veut dire par prendre sa croix ? Vue de notre côté, et à première lecture, la croix, la mort du Christ sur la croix, voir un juste persécuté, supplicié et exécuté ainsi, c’est insupportable, inadmissible. Ce genre de mort, qui était le genre de mort réservé aux esclaves, est non seulement cruel mais honteux et humiliant, et c’est d’autant plus honteux et insupportable que tout cela est arrivé à cause de nos péchés.Mais en y réfléchissant davantage, et vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix se révèlent beaucoup plus complexes. D’abord Jésus n’est pas la victime de ses ennemis qui se seraient emparés de lui par la force. Il s’est offert lui-même à ses bourreaux. Au soir du Jeudi saint, il le confiait à ses disciples : Ma vie, personne ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jn 10,18) Il est monté à Jérusalem, sachant ce qui l’attendait. Par trois fois, il avait annoncé à ses apôtres, à l’avance, sa passion, sa mort et sa résurrection. Il s’est offert à ses bourreaux. Il ne considérait pas du tout son supplice et sa mort sur la croix comme quelque chose de honteux. Ce même soir du Jeudi saint, parlant à ses apôtres de sa passion, de sa mort et de sa résurrection imminentes, il a cette parole étonnante : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jn 12,23) Où est la gloire dans ce drame cruel et honteux ? En ceci que, vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, par-delà la cruauté et la honte de ce drame, révèlent le triomphe de l’amour du Christ. Lorsqu’on est en train de le tuer, il prie le Père : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Lc 23,34) Autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, moi je vous aime encore. L’amour de Dieu est plus fort que le mal et la haine des pécheurs. On ne pouvait pas faire pire. Faire mourir le Christ en croix, c’est le pire que le mal et le péché pouvaient faire, c’est le summum du mal et du péché, mais toute la puissance du mal et du péché ont été vaincues par la toute-puissance de l’amour du Christ qui, tel un tsunami, a recouvert et noyé le mal, le péché et la mort. C’est là que se révèle la gloire du Christ à travers la toute-puissance de son amour vainqueur du mal, du péché et de la mort.Vues de notre côté, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est un crime abominable et honteux.Vues du côté du Christ, la croix et la mort du Christ sur la croix, c’est le triomphe glorieux de l’amour du Christ sur la haine, le mal et le péché des hommes. C’est pourquoi on parle de la croix glorieuse du Christ, et qu’on la célèbre chaque année solennellement le 14 septembre.Dès lors, quand le Christ nous dit que pour être son disciple, il faut prendre sa croix, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que pour être son disciple, il faut l’aimer d’un amour assez fort pour accepter de souffrir pour lui, et même jusqu’à accepter de mourir pour lui s’il le faut, mais c’est là une hypothèse tout à fait improbable. Accepter de souffrir pour ceux qu’on aime, il n’y a rien là d’exceptionnel. On vit cela partout dans toutes les familles. Cela ne veut pas dire que ce soit facile.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, le Seigneur nous demande de l’aimer par-dessus tout autre amour, même par-dessus l’amour qu’on doit à ses proches, à ses parents, à son mari, à sa femme, à ses enfants. Cela peut paraître abusif, exagéré. Mais si on y réfléchit, c’est du bon sens : en effet, ceux que j’aime, c’est Dieu qui me les a donnés. Mes parents, mon conjoint, mes enfants, c’est Dieu qui me les a donnés, il est donc normal que je l’aime encore plus, lui le donateur, que les dons qu’il m’a faits.L’amour que j’ai pour mes proches devrait me conduire à aimer Dieu toujours plus, toujours mieux. Jamais il ne devrait être rival ou opposé à mon amour pour Dieu. Normalement nous devrions aimer Dieu, être si attachés à lui que tout autre attachement devrait lui être subordonné et en harmonie avec lui. Si j’aime quelqu’un ou quelque chose plus que lui, ce quelqu’un ou quelque chose devient Dieu à la place de Dieu. C’est contre nature, absurde et vicieux.Dans cet évangile le Christ nous demande aussi de l’aimer tellement que nous soyons prêts à souffrir pour lui et porter notre croix. Quand on aime, non seulement on accepte de se sacrifier pour ceux qu’on aime, mais on est heureux de le faire. Cela se voit et se vit dans toutes les familles. Antoine de Saint-Exupéry disait : « Que ton Dieu te soit plus réel que le pain où tu plantes tes dents ; alors t’enivrera jusqu’à ton sacrifice, lequel sera mariage dans l’amour. »

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