Dimanche  21 Juin  2026, 12e dim. T.O. année A

(Jr 20, 10-13) (Rm 5, 12-15) (Mt 10, 26-33)

Le Christ vient d’envoyer les douze apôtres en mission. Il leur a donné ses consignes : Soyez prudents comme des serpents et candides comme des colombes. Il les a prévenus Prenez garde aux hommes, les autorités tant civiles que religieuses vous traîneront devant les tribunaux et vous maltraiteront, mais ne vous inquiétez pas de savoir que dire ou comment parler! l’Esprit que le Père vous enverra  parlera en vous. (Mt.10,16,17,20) Aujourd’hui il conclut sa mise en garde : Ne les craignez donc pas, ayez confiance dans le Père : Pas un moineau ne périt sans que votre Père le veuille.  A ses yeux vous valez bien plus que tous les moineaux du monde, les apôtres ont bien reçu le message. Ils ont fait face à toutes sorte d’oppositions et de persécutions. Presque tous sont morts martyrs, mais l’évangile s’est répandu par toute la terre.

Devant cela, aujourd’hui, nous qui sommes aussi disciples du Christ, nous ne pouvons pas nous contenter d’applaudir les performances des douze et de leurs successeurs qui nous ont apporté la foi. Pouvons-nous être disciples du Christ-envoyé-du-Père sans être aussi envoyés ? Baptisé dans la vie du Christ envoyé du Père , tout chrétien  participe à sa vie d’envoyé. Il ne peut pas faire autrement. Même s’il n’a pas à prêcher l’évangile comme le Christ à travers les villes et les villages ou comme un curé de paroisse  à la messe le dimanche, il va transmettre sa foi à travers sa manière de vivre et la communiquer à ses enfants, à ses proches et à son entourage. On ne peut pas être un chrétien passif. Si on est chrétien, on est contaminé par l’élan et le dynamisme du Christ envoyé. On ne peut pas ne pas partager à son entourage ce qu’on a reçu du Seigneur, avec force et efficacité, mais aussi avec simplicité et discrétion, sans recourir à une publicité indiscrète ou une propagande tapageuse. Regardez le coronavirus, il ne fait pas beaucoup de bruit, mais il est terriblement contagieux !!! Sommes-nous suffisamment contagieux ?

Dans le monde qui nous entoure, ce n’est pas facile d’être témoins de l’évangile. Dans notre pays, il n’y a pas de persécutions à proprement parler, c’est vrai  La législation officielle vise à faire régner une laïcité respectueuse de toutes les opinions et de toutes les croyances. Dans la réalité toutefois, cette laïcité n’empêche  pas toujours une sourde hostilité. Dans tel secteur de la défense nationale, on filtre le nombre d’officiers chrétiens. Dans l’administration, il n’est pas bien vu qu’un fonctionnaire aille à la messe le dimanche. Dans les milieux universitaires, on n’égorge pas les chrétiens, mais souvent, l’atmosphère est agressivement antireligieuse, ce qui étonne et scandalise les étudiants étrangers. Un éditorialiste de la Vie catholique a pu faire remarquer ;“la notion de Dieu a été supprimée des programmes de philo, alors même que le questionnement métaphysique est  à l’origine de la discipline. Tout se passe comme si la laïcité s’était transformée en athéisme et en athéisme militant agressif qui exclut l’expression religieuse de tous les compartiments de la société. “ (N°3747 du 27/6/2017) Ne soyons pas naïfs mais ne dramatisons pas. La situation chez nous n’a rien de tragique. Pensons plutôt à tous ces chrétiens obligés de quitter leur travail, leur famille et même leur pays devant les persécutions violentes dont ils sont l’objet, en particulier dans les pays où sévit l’extrémisme islamiste.

Ce qui gêne le plus, peut-être, dans nos efforts pour témoigner de l’évangile, c’est l’énorme indifférence envers tout ce qui est religieux d’une grosse majorité de gens qui ne pensent qu’à l’argent. Les pauvres sont pris à la gorge par le souci de trouver assez d’argent pour satisfaire

leurs besoins quotidiens immédiats. Les riches sont obsédés par la préoccupation d’accroître leur fortune. Dans certains pays, des lois sociales empêchent le pire, mais ailleurs, pour survivre, même des jeunes enfants qui n’iront jamais à l’école, sont déjà soumis à des travaux très durs, qui mettent parfois leur vie en péril et des millions d’hommes sont obligés d’émigrer pour tenter de survivre. On ne cherche pas un progrès qui soit un progrès de la qualité de  la vie mais un progrès qui augmente la rentabilité des capitaux engagés. L’argent est LA référence. C’est curieux de voir, par exemple,  qu’on ne dit pas que telle chanson est belle, on dit que son enregistrement s’est vendu à tant de millions d’exemplaires…

Pourtant, personne n’est heureux de vivre dans un tel univers où il n’y a guère de place pour la paix, la justice et la charité de l’évangile. Tout le monde voudrait pouvoir vivre autrement. Cela veut dire que Dieu reste présent dans notre monde et continue de nous appeler à le transformer en un monde où enfin règneraient la paix, la justice et la charité. C’est pourquoi chacun, là où il vit, s’efforce de faire régner un climat chrétien autour de lui, afin que chaque personne soit respectée, quelle que soit la couleur de sa peau, sa religion ou son rang dans la société. Enfin on   garde le souci du bien commun, parfois même jusqu’à s’engager en politique, ne serait-ce qu’au niveau du quartier ou de la commune où nous vivons parce que le pape Paul VI osait le dire la politique est une forme privilégiée de la charité.

 Et dans la réalité, c’est un fait, même si la situation est loin d’être idéale, il faut le reconnaître outre l’engagement individuel des chrétiens, l’Eglise en tant qu’institution, exerce une influence non négligeable dans la société pour limiter les dégâts que pourrait causer la course sauvage d’un progrès matérialiste inhumain. Il est incontestable que les lois sociales qui, dans un certain nombre de pays, protègent les travailleurs contre les excès d’un progrès matérialiste aveugle, sont d’inspiration chrétienne, Des encycliques comme Rerum Novarum  qui, lors de la première révolution industrielle, a réaffirmé les impératifs d’une morale sociale chrétienne, ou, tout récemment  l’encyclique Magnifica Humanitas qui vise à protéger l’humanité contre les dangers potentiels de l’Intelligence Artificielle, sont prises très au sérieux par tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de l’humanité, en particulier les économistes et les hommes politiques, même s’ils ne sont pas chrétiens. Donc n’exagérons rien. Oui, celui qui veut témoigner de sa foi et mettre en avant les valeurs de l’évangile rencontrera de l’hostilité et de l’opposition, mais ce n’est pas  insurmontable.

En conclusion

Si nous sommes chrétiens nous sommes contaminés par l’élan et le dynamisme du Christ envoyé, vivant en nous depuis le jour de notre baptême. Nous sommes devenus contagieux. Nous ne pouvons pas ne pas partager autour de nous ce que nous avons reçu. Si le Christ lui-même a rencontré de l’opposition et de l’hostilité, il ne faut pas nous étonner d’en rencontrer nous aussi : le disciple n’est pas au-dessus du maître. Cependant il n’y a pas  que cette opposition et cette hostilité, dans nos vies. Le Seigneur aussi y est présent avec toute la force et l’efficacité de sa grâce. C’est pourquoi le Christ peut nous dire : Ne craignez pas. Il sait qu’il ne nous propose pas une tâche facile. Mais il sait aussi qu’il demeure à nos côtés pour nous assister dans nos efforts. Et ça marche ! Une douzaine de pécheurs à peu près illettrés ont réussi à répandre l’évangile par toute la terre. Un de mes profs de théologie disait : la grâce, c’est le pouvoir donné à l’homme de faire par lui-même ce qu’il ne peut pas faire par ses propres forces. Et tous ceux qui se sont lancés d’une manière ou d’une autre pour proclamer en pleine lumière et crier l’évangile sur les toits savent qu’ils peuvent compter sur Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Ep 3,20)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *