Dimanche 26 janvier 2025

(Néhémie 8,2-4a.5-6,8-10) (1Cor.12,12-14.27) (Luc1,1-4 ; 4,14-21)  

La deuxième partie de cet évangile nous rapporte la première prédication de Jésus à Nazareth tandis que dans la première partie St Luc nous parle de sa décision d’écrire son évangile J’en profite pour retracer avec vous l’histoire de la composition des quatre évangiles par St Mt, St Marc, St Luc et St Jean.

Dès qu’ils eurent reçu l’Esprit Saint à la Pentecôte, les apôtres commencèrent à annoncer partout l’Evangile. Il n’y avait pas encore de texte écrit. Ils rapportaient de mémoire ce que leurs yeux avaient vu et ce que leurs oreilles avaient entendu. Mais bientôt le nombre de fidèles augmentant considérablement, le nombre des prédicateurs s’accrut aussi et beaucoup d’entre eux n’étaient pas des témoins oculaires ayant suivi Jésus. Pour éviter les erreurs et les inexactitudes, on a donc commencé à écrire des petits résumés d’abord concernant seulement la Passion et la Résurrection, puis, pour répondre aux questions de nouveaux convertis qui voulaient toujours en savoir davantage sur Jésus, on a mis par écrit  les principaux enseignements de Jésus et le récit de certains de ses miracles, c’est ce qui a donné les évangiles que nous connaissons aujourd’hui. Les convertis venant de milieux différents, il fallait présenter l’enseignement du Christ de manière adaptée à leur culture et à leur mentalité particulière. Aux Juifs qui se convertissaient, il fallait expliquer bien clairement que l’enseignement de Jésus ne détruisait pas celui de la Loi et des prophètes mais en réalisait l’accomplissement. C’est pourquoi St Matthieu qui écrit son évangile pour eux cite 53 fois l’A.T., plus que les trois autres évangélistes réunis, afin de souligner : ceci s’est passé afin que se réalise telle parole de tel prophète. St Marc qui écrit son évangile pour des convertis venant de milieux Romains et St Luc qui écrit le sien pour des convertis de culture grecque, écrivirent eux aussi un évangile rapportant l’ensemble de l’enseignement de Jésus et de ses miracles ainsi que les détails principaux de sa vie, mais adapté aux besoins de leur public respectif et sans trop citer les Ecritures juives que leur public ne connaît guère.

Selon les exégètes (spécialistes de l’Ecriture Sainte) Mt et Luc écrits vers les année 80,90, se seraient inspirés de l’évangile de Marc écrit quelques années auparavant vers les années 65,70 et d’une autre source aujourd’hui disparue. Ce qui explique qu’on peut relevcr 330 versets communs aux évangiles de MT, Marc et Luc . On les appelle synoptiques parce que ces trois évangiles  présentent de grandes ressemblances. Le quatrième évangile, écrit par St Jean dans les toutes dernières années du premier siècle, donne un écho de l’enseignement du Christ plus personnel. St Jean rapporte  de nouveaux récits qu’on ne trouve pas chez Mt. Marc ou Luc, mais ne se croit pas obligé de répéter ce que les rois autre évangiles ont déjà exposé. C’est ainsi qu’il consacre cinq chapitres à la veillée du Jeudi Saint, beaucoup plus que les autres évangiles,  racontant  longuement le lavement des pieds dont ne parlent pas les autres évangiles, mais il ne rapporte pas l’institution de l’Eucharistie déjà  mentionnée par les trois autres évangiles.

Quel était le but exact des auteurs lorsqu’ils ont écrit leur évangile ? Ils voulaient présenter un exposé de l’enseignement de Jésus sur la base  d’informations précises, comme le souligne St


Luc, afin que les catéchumènes  puissent bien se rendre compte de la solidité des enseignements reçus (Luc 1,4)  …pour qu’ils croient que  Jésus est le Christ , le Fils de Dieu et pour que, en croyant ils aient la vie en son nom. (Jean 20,31) Il ne faut donc pas chercher dans les évangiles une biographie racontant toutes les péripéties de la vie de Jésus. Ils nous disent très peu de choses sur son enfance et sur les années qu’il a passées à Nazareth  qu’on appelle la vie cachée de Jésus. Ils ne nous parlent que  de l’enseignement qu’il a donné et des miracles qu’il a fait au cours des trois années de sa vie publique. Et encore ils ne nous donnent pas   un compte rendu exhaustif de tout ce qu’il a dit, ni de tous les miracles qu’il a accomplis.  St Jean le dit d’ailleurs explicitement vers la fin de son évangile : Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres miracles qui ne sont pas rapportés dans ce livre. (Jean 20,30)

Voilà donc ce que sont les évangiles, pourquoi et comment ils ont été écrits.

Dans la deuxième partie de l’évangile d’aujourd’hui, Jésus, qui est entré dans la synagogue de Nazareth lit pour l’assemblée un passage du prophète Isaïe : L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. Après quoi, s’étant assis, il ajoute : Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Ecriture que vous venez d’entendre. Sous-entendu parce qu’il parle de moi. Il ne le dit pas ouvertement, mais il laisse entendre qu’il est le Messie La suite de l’évangile que nous ne lisons pas dans la liturgie d’aujourd’hui nous rapporte que les auditeurs d’abord ravis d’entendre les paroles de Jésus commencèrent à s’opposer violemment à lui : N’est-ce pas là le fils de Joseph ? Sous-entendu : pour qui se prend-il ? Et comme ils voulaient s’en prendre à lui, Jésus dût partir précipitamment. Cela montre que même des croyants a priori bien disposés n’arrivent pas à se libérer de leurs préjugés ce qui peut les amener jusqu’à rejeter Dieu. Pour les gens de Nazareth, le Messie ne pouvait pas être un charpentier de village. Dieu, ils étaient pour, le Messie, ils étaient pour, mais à condition qu’il soit comme ils se l’imaginaient. Mais Dieu dépasse tout ce qu’on peut penser  ou dire de lui, comme l’exprime très bien une hymne attribué à St Grégoire de Naziance : O Toi, l’au-delà de tout… Quel langage te dira ? Aucun mot ne t’exprime. A quoi l’esprit t’attachera-t-il ? Tu dépasses toute intelligence.

Aujourd’hui encore, malgré toute notre bonne volonté de croyants sincères nous restons prisonniers de bien des préjugés qui handicapent notre manière de pratiquer notre religion. Pensez à la façon dont nous catholiques romains restons scotchés sur la forme actuelle du sacerdoce comme si c’était un dogme de même ordre que la Trinité ou l’Incarnation !   A l’idée qu’il puisse y avoir des prêtres mariés, les cheveux de  bien des chrétiens se dressent sur leur  tête, alors qu’il y a déjà dans l’Eglise catholique de rite maronite des prêtres mariés et que théologiquement rien ne s’oppose à l’ordination de prêtres mariés ni d’ailleurs à l’ordination de femmes. On met sur le même plan le respect qu’on peut avoir pour les  coutumes culturelles d’une époque et le respect qu’on doit avoir pour les dogmes éternels. Il y a, de nos jours, une manière de s’accrocher au passé qui hélas, ressemble fort à l’attitude des prêtres, des scribes, des docteurs de la Loi et des pharisiens profondément hostiles au Christ parce qu’il renouvelait l’enseignement de l’Ecriture et de la Tradition. Dans l’Evangile, le Christ bouscule l’immobilisme de L’Eglise de son temps. Chaque fois qu’on veut le retenir quelque part, le Seigneur refuse et invite les siens à repartir, à aller de l’avant : Allons ailleurs dans les bourgs voisins pour que j’y prêche aussi l’évangile.


(Marc 1,37 ) Fidèle à la manière de faire du Christ, L’Eglise a toujours évolué au long des âges et continue d’évoluer. Regardez combien notre façon de participer à la messe s’est considérablement améliorée par rapport à ce qu’elle était il y a cinquante ou quatre-vingts ans.

(Marc 1,37) Je ne sais pas, vous ne savez pas, personne ne sait ce que l’avenir nous réserve. Mais il y aura encore certainement des changements, des réformes, des changements dans notre manière de croire, de prier. Et alors ? Pas de quoi s’affoler. Le Christ va de l’avant. Si nous prétendons être des siens, allons nous aussi de l’avant, avec lui.

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Dimanche 19 janvier 2024

2e dimanche T.O. année C (Isaïe 62,1-5) (1 Cor.12,4-11) (Jean 2,1-11)

Une fois encore, le Christ nous surprend. Nous sommes au début de sa vie publique. Il vient de commencer à enseigner. Il doit se faire reconnaître comme Messie. On pourrait donc s’attendre à ce qu’il donne un signe d’ordre religieux prouvant sa divinité. On verrait bien un miracle dans le cadre d’une fête liturgique, quelque chose comme une Transfiguration non pas juste devant trois disciples, mais devant tout le monde, par exemple sur l’esplanade du Temple. Mais non, il fait un miracle profane en quelque sorte, il change de l’eau en vin au cours d’un mariage villageois, à Cana. Par contre, ce qui est frappant, c’est le rôle de Notre Dame dans le déroulement des faits.Nous sommes à Cana, à quatorze km de Nazareth. Jésus et ses disciples ainsi que Marie sa mère ont été invités à une noce. Notre Dame qui a l’œil d’une maîtresse de maison a probablement repéré l’agitation du côté des cuisines. Mise au courant de la situation : il n’y a plus de vin, sa délicatesse et sa sollicitude s’en émeuvent. C’est un désastre ! Ce qui devrait être pour les jeunes époux le plus beau jour de leur vie est en train de tourner au cauchemar ! Les familles des mariés vont perdre la face ! Pendant des années et de années, ils vont être la risée de tout le pays ! Il faut faire quelque chose. Elle se tourne alors vers son fils : « ils n’ont plus de vin.  » Plus qu’une façon de le mettre au courant, en fait, c’est une manière respectueuse mais déterminée de lui demander d’intervenir. Exactement comme Marthe et Marie ne demanderont pas directement à Jésus de venir guérir leur frère, mais elles lui feront savoir : « Celui que tu aimes est malade » (Jean 11,3). Pourquoi Notre Dame se tourne-t-elle ainsi vers son fils ? Parce qu’elle le connaît, elle sait qu’il ne va pas laisser les gens dans l’embarras. Elle ne sait pas ce qu’il va faire, mais elle a confiance en lui. Et même quand Jésus lui répond : Femme que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue, autrement dit : qu’est-ce que tu veux que j’y fasse, le moment n’est pas encore venu pour moi de me manifester comme Dieu, Notre Dame dit tranquillement aux serviteurs : Tout ce qu’il vous dira, faites-le. Elle ne sait pas ce qu’il va faire, mais elle est sûre qu’il va faire ce qu’il faut. Elle a une confiance totale en lui. Il n’y a pas de longues prières ni des supplications sans fin. Le minimum de mots mais le maximum de poids dans ces mots et par suite le maximum d’efficacité. Parce que rien ne résiste à la force tranquille de la foi. Le Christ le dira plus tard : Si quelqu’un ne doute pas en son cœur mais croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé (Marc 11,23). Personne ne le sait encore, mais Notre Dame le sait déjà.Et Jésus intervient. Il donne l’ordre aux serviteurs de remplir les jarres d’eau qu’il va changer en vin. Impossible de ne pas reconnaître l’influence de Marie sur le cœur de son fils, ainsi que la puissance de son intercession. Ce n’est pas elle qui agit. Ce n’est pas elle qui changera l’eau en vin, mais c’est bien elle qui déclenche l’intervention de Jésus. Malgré une première réaction peu engageante de son fils, elle persévère avec une confiance inentamée et obtient finalement qu’il agisse. Il convient de remarquer aussi le fait que Jésus a voulu demander aux serviteurs de remplir d’eau les jarres. Il n’a pas besoin d’eux. Il aurait très bien pu faire que les jarres vides apparaissent soudain pleines de vin. Pourquoi a-t-il voulu que les serviteurs interviennent ? Parce qu’il ne veut pas tout faire tout seul, parce qu’il veut nous associer à son oeuvre. Ce que nous apportons, ce n’est pas grand-chose, cela n’a pas grande valeur, ce n’est rien, mais c’est sa manière : avec rien, lui, le créateur, il fait tout. Aujourd’hui encore, comme autrefois à Cana, le Seigneur veut nous associer à son œuvre. Ce que nous pouvons faire, ce n’est pas énorme, ce n’est peut-être pas de grande qualité, c’est peut-être très ordinaire, comme l’eau qu’ont apportée les serviteurs à Cana. Mais de même qu’il a changé l’eau ordinaire en un très bon vin, de même, il peut transformer nos efforts maladroits entachés d’orgueil et d’égoïsme et en faire quelque chose de valable pour la construction du Royaume. Je pense à tout le dévouement des parents pour bien élever leurs enfants. Je pense aux efforts des hommes d’affaires, des chefs d’entreprise, des commerçants, des agriculteurs, des hommes politiques, des fonctionnaires, des enseignants, de tout un chacun pour mettre davantage de justice, de prospérité, de paix dans la société. Personne n’est content du résultat. Trop souvent l’orgueil, l’arrivisme, la volonté de domination, l’égoïsme défigurent le souci du bien commun et l’idéal chrétien du service des autres. Tout ça ne vaut pas grand-chose, comme l’eau claire dans les jarres à Cana. Mais l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle que c’est ce « pas grand-chose », ce « presque rien » que le Seigneur veut changer en quelque chose de valable pour la construction du royaume dans nos familles, dans nos quartiers, dans notre société. L’évangile d’aujourd’hui nous le montre : il n’y aurait pas eu de miracle à Cana si les serviteurs n’étaient pas allés puiser l’eau et s’ils n’avaient pas rempli les jarres. C’est ainsi qu’il veut que les choses se fassent. Le Seigneur est prêt aujourd’hui à changer notre monde en un royaume de paix de justice et de charité. Mais il veut que nous allions puiser. Il veut que nous nous mettions à construire, là où nous sommes dans notre famille, dans notre quartier dans notre société. Et comme à Cana il y a deux mille ans il a transformé l’eau ordinaire en vin, aujourd’hui il transformera nos modestes efforts et nous verrons s’épanouir la paix, la justice, la charité dans nos familles, dans nos quartiers, dans notre société. Que retenir de tout cela ? D’abord le fait que le premier miracle du Christ ne se passe pas dans un contexte religieux, dans une synagogue ou au Temple de Jérusalem mais dans l’ordinaire de la vie des gens nous montre une fois encore que la vie chrétienne ne se situe pas en plus, ou à côté de la vie ordinaire mais au cœur même de cette vie ordinaire. Mais nous n’arrivons pas à le croire. C’est pourquoi on ne voit jamais une représentation de Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage. Pourtant elle n’était pas moins sainte lorsqu’elle balayait que quand elle chantait des psaumes. D’autre part le fait que ce premier miracle de Jésus se déroule au milieu des réjouissances d’un mariage devrait nous faire réfléchir sur la manière toujours grave sinon austère dont nous imaginons le Christ qu’aucune image ne montre jamais en train de rire ou de sourire. Mais surtout l’évangile de Cana nous révèle en Notre Dame un modèle de foi tranquille, solide, qui ne connaît ni doute ni hésitation. Il nous révèle aussi la puissance de Notre Dame sur le cœur de son fils et nous montre déjà Notre Dame dans le rôle de mère et de médiatrice que le Seigneur lui confiera plus tard, le Vendredi Saint, du haut de la croix. Enfin, en demandant aux serviteurs de remplir d’eau les jarres, le Seigneur montre qu’il veut nous associer à son œuvre. Ce que nous pouvons faire, ce n’est pas grand-chose, ce n’est rien mais lui, le créateur, c’est sa manière, avec rien, il fait tout. Il veut avoir besoin de nous pour transformer notre monde dénaturé par l’orgueil et l’égoïsme en un Royaume de paix, de justice et de charité. Nous ne saurions nous dérober. Je ne sais plus quel Père de l’Eglise disait : si noble est le poste que Dieu nous a confié qu’il ne nous est pas permis de déserter.

Dimanche 12  Janvier  2025

(Isaïe 40,1-5, 9-11)   (St Paul,Tite 2,11-14, 3,4-7)  (Luc 3,15-16, 21-22)

L’évangile d’aujourd’hui nous rapporte que Jésus reçut le baptême de Jean  et comment à cette occasion une intervention céleste se produisit au cours de laquelle l’Esprit Saint descendit sur lui. Ces deux évènements posent question. Pourquoi Jésus demande-t-il à être baptisé d’un baptême qui purifie les péchés ? Il est sans péché, il n’a pas besoin de ce baptême là. Et pourquoi l’Esprit St descend-il sur lui après ce baptême ? Jésus étant Dieu a nécessairement l’Esprit Saint en lui. Il n’a pas besoin de le recevoir.

L’évangile de St Matthieu le précise : c’est bien Jésus qui a pris l’initiative de s’approcher pour demander à Jean Baptiste de lui conférer le baptême de purification,  et il nous rapporte  que Jean Baptiste a d’abord refusé de baptiser Jésus : c’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, dit-il. Mais Jésus ayant insisté : C’est ainsi qu’il faut faire pour accomplir pleinement la volonté du Père (Mt.3,14-15), Jean Baptiste a cédé. Que signifie cette démarche de Jésus ? Elle signifie que Jésus a voulu prendre sur lui nos péchés. En prenant place dans la file des pécheurs et en se faisant baptiser par Jean, il manifeste sa solidarité avec ceux qui se convertissent . Nous avons de la peine à comprendre l’énormité de l’humilité de Jésus qui prend sur lui le poids de nos fautes. Il s’abaisse jusqu’à nous pour nous relever avec lui.

Mais plus incompréhensible encore est la descente de l’Esprit Saint sur Jésus alors que ce dernier,  après avoir reçu le baptême de Jean est en train de prier. Jésus qui est vrai homme est aussi vrai Dieu et, en tant que tel, il est un avec le Père et l’Esprit. Nous sommes donc tentés de conclure : l’Esprit est déjà en lui. Il n’a pas besoin de le recevoir à nouveau……. mais nous oublierions  alors que lorsque Jésus s’est fait homme, volontairement il s’est séparé de ses privilèges divins et de la gloire divine qui lui appartenaient par nature comme l’explique St Paul dans son épître aux Philippiens : Lui, (Jésus) de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur et devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6,7) C’est ce que les théologiens appellent la kénose du grec kénoo : vider. Le Christ, en se faisant homme s’est vidé, s’est privé volontairement de l’exercice de ses privilèges divins. On ne peut pas dire par exemple  que l’enfant Jésus  dans la crèche à Bethléem, voyant arriver deux bergers se dit en lui-même ( puisqu’il est Dieu et donc il sait tout) : tiens voilà Levi et Josaphat ! A partir du moment où il se fait homme, comme il s’est volontairement privé de ses prérogatives divines, l’enfant qui naît à Bethléem est Jésus  un petit bébé impuissant comme tous les petits bébés. Et il va devoir apprendre à parler, à marcher, à prier comme tous les petits enfants. Volontairement il a renoncé à ce que la puissance de l’Esprit Saint s’exerce en lui. L’Esprit Saint est toujours en lui, mais comme dormant. Et au moment où il reçoit le baptême de Jean, au moment où sa vie cachée arrive à son terme, au moment où il va commencer son ministère, l’Esprit Saint qui  descend sur lui, redevient actif en lui et ses prérogatives divines lui sont rendues pour qu’il puisse accomplir sa mission.

C’est alors que la voix du Père venant du ciel se fit entendre : Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi je trouve ma joie. Jésus est intronisé solennellement comme Roi-Messie, Laissant derrière lui sa vie cachée, il entre maintenant dans sa vie publique et va commencer sa prédication

Ce baptême de Jésus, qu’est-ce que ça veut dire pour nous ?

Le baptême de Jésus montre l’extraordinaire renoncement et l’extrême humilité du Christ.  Il ne nous sauve pas en lançant du haut du ciel un communiqué officiel. Dans son amour pour nous, il vient au milieu de nous partager tous les embarras et toutes les misères de la condition humaine, il s’abaisse jusqu’à prendre sur lui nos péchés pour nous relever avec lui. Il laissera déferler sur lui toute la puissance du mal et du péché, que la toute puissance de son amour va  recouvrir et noyer, tel un énorme tsunami. Alors qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi je vous aime encore.

Peut-être faudrait-il s’arrêter pour essayer d’admirer et de comprendre un peu mieux cet amour de Dieu révélé en Jésus-Christ et qui nous dépasse. Mais notre intelligence et trop courte et notre cœur trop étroit. Et puis il y a mieux à faire. Ce n’est pas  assez de contempler ou de méditer ce qu’a fait le Christ pour nous. St Paul ne s’est pas contenté de décrire aux Philippiens l’extrême amour du Christ pour nous, il leur dit : Ayez en vous-mêmes les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus. Lui, de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit……devenant semblable aux hommes. (Ephes.2,5-7) St Paul ne leur a pas dit :

Regardez, méditez, contemplez ce qu’a fait le Christ. Il leur a dit :Faites-en autant. St Jean dans sa première épitre a cette formule lapidaire : Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1 Jean 3,10) Cela ne veut pas dire que nous aurons tous à mourir sur une croix, mais cela veut dire que tout chrétien, comme le Christ, doit être prêt à quitter ses aises et son confort pour se mettre   au service des autres.

Que retenir de tout cela ?

D’abord nous souvenir que le baptême de Jean n’a rien à voir avec le sacrement de baptême. C’est une démarche de pénitence en vue d’obtenir le pardon de ses péchés, une démarche de conversion en vue de changer de vie.

Pourquoi Jésus demande-t-il ce baptême alors qu’il est sans péché et n’a pas besoin de se convertir ? C’est que dans l’énormité de son amour, il a voulu prendre sur lui nos péchés et demander pour nous le pardon du Père.

Pourquoi le Christ reçoit-il l’Esprit Saint lors de son baptême ? Comme en  se faisant homme, il avait renoncé à l’exercice de ses privilèges divins, il fallait que l’Esprit Saint toujours présent en lui, mais comme en sommeil, soit réactivé. Au moment de commencer son ministère, toutes ses prérogatives divines et sa pleine communion avec l’Esprit saint lui sont rendues pour lui permettre d’accomplir sa mission.

Le baptême du Christ est l’occasion pour nous de mieux voir à quel point il s’est abaissé pour nous sauver, allant jusqu’à se dépouiller  de ses privilèges divins pour se mettre totalement à notre niveau. Il n’a pas fait semblant de se faire homme. Il a vécu notre condition d’homme en toute chose excepté le péché dit la quatrième prière eucharistique Il s’est fait totalement semblable à nous pour nous relever jusqu’à lui.

Cet évangile ne nous dit pas : voilà ce qu’a fait le Christ, regardez ! il nous dit : Voilà ce qu’ a fait le Christ pour vous, faites en autant pour les autres ! St Paul le dit sans précautions ni circonlocutions : Ayez en vous-mêmes les sentiments qui étaient dans le Christ Jésus.   Une autre traduction préfère dire Comportez vous comme le Christ Jésus.

Après ces quelques réflexions sur le baptême du Christ, offrons nous maintenant au Seigneur afin que cette Eucharistie que nous célébrons ensemble, nous transforme toujours davantage en Christs.

Épiphanie 5  Janvier  2024 

(Isaïe 60, 1-6)    (Eph.3,2-3a,5-6)  (Mt.2,1-12)

Nous célébrons aujourd’hui l’Épiphanie, c’est-à-dire la manifestation du Seigneur à tous le peuples du monde, représentés ans l’Évangile par les Mages. Qui étaient les mages ? Ce n’était pas des rois comme on le dit souvent, mais des personnages importants, mi-savants, mi-magiciens, qui pratiquaient l’astronomie, la médecine, l’astrologie et interprétaient les songes. Ils venaient de l’Est, de la région où se trouvent aujourd’hui l’Arabie l’Iran, l’Irak. En observant le ciel, ils ont remarqué une étoile nouvelle. Or d’après leurs traditions, l’apparition d’une étoile nouvelle annonçait la naissance d’un roi ou d’un personnage important. Voilà pourquoi quelques uns  d’entre eux se sont mis en route suivant la trajectoire de cette nouvelle étoile. Arrivés à Jérusalem, ils demandent tranquillement aux autorités : Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquent : Hérode craint que ce nouveau roi ne le détrône, et les croyants Juifs se demandent si cette étoile nouvelle n’annoncerait pas l’arrivée du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque les grands prêtres et les scribes pour leur demander ce que disent les Écritures à propos de naissance du Christ.  Ils indiquent alors que selon les prophètes, Samuel, le livre des Rois et surtout Michée, c’est de Bethléem que sortira le chef qui sera le berger d’Israël. (Michée 5,1) Les Mages se remirent donc en route, découvrirent l’enfant roi et se prosternèrent devant lui.

St. Mt. est le seul évangéliste à nous rapporter la visite des Mages.  Il y tient parce que ce récit l’aide à évangéliser ses lecteurs qui sont des Juifs en voie de conversion au christianisme mais  que deux objections empêchent encore de franchir le pas. Ils craignent que le Christ ne prêche une religion nouvelle, en rupture avec le judaïsme, et d’autre part ils pensent que le Messie n’est envoyé qu’aux Juifs qui constituent seuls  le peuple de Dieu, les autres nations en étant exclues. St. Mt. est tout heureux de leur dire: Voyez vous-mêmes : Jésus n’est absolument pas en rupture avec le judaïsme,   même  sa naissance à Bethléem était déjà annoncée par les prophètes. D’autre part ce n’est pas la prédication de Jésus qui étend aux nations païennes le salut, c’est une lumière venue du ciel qui a guidé les païens vers le salut.

Pour nous aujourd’hui, l’universalité du christianisme ne nous trouble pas. Au contraire, nous sommes fiers lorsque notre voisin à la messe est un étranger, originaire d’Amérique latine, d’Afrique ou du Vietnam. Et nous sommes heureux de voir la diversité des liturgies qui expriment la même foi, d’une extrémité du monde à l’autre. L’Épiphanie du Seigneur, sa manifestation à tous les peuples de la terre, n’exclut personne. N’empêche que   les contemporains de Jésus avaient du mal à accepter qu’il s’intéresse à une Samaritaine, aux populations païennes de Sidon  et de Tyr ou encore à  ce  centurion romain dont il donnait la foi en exemple. Nous autres aujourd’hui, il nous arrive encore de regarder de travers ceux qui ne prient pas comme nous ou qui ne sont pas de la même religion et nous croyons un peu trop vite que la seule manière valable de prier c’est la nôtre.

Le Seigneur se révèle à tous les hommes de bonne volonté, mais de manière différente,  selon leur sensibilité. Les uns vont s’approcher de lui avec retenue , de manière un peu guindée, tandis que d’autres vont s’en approcher avec de chants et des danses que d’aucuns  trouvent déplacés. Réjouissons nous de ce que le Seigneur attire les hommes de différentes manières. Quelle que soit notre manière de prier, de toute façon elle est toujours maladroite et insuffisante. Dans notre effort pour nous approcher de Dieu nous sommes toujours  ridicules en même temps que touchants. Ridicules parce que nous ne sommes jamais à la hauteur, mais touchants parce que dans notre maladresse, nous  y mettons quand même tout notre cœur. Ce qu’il faut absolument éviter c’est de se figer dans une façon de faire. Toujours nous devons garder le souci d’avancer et d’améliorer notre façon de faire.

Comme le Christ qui, dans l’évangile, va toujours de l’avant dans une perspective de progrès et d’ouverture, ce qui le met en conflit ouvert avec le milieu clérical de son temps figé et crispé sur les coutumes du passé auxquelles il s’accroche farouchement. Dans son grand discours inaugural, le Sermon sur la montagne, solennellement, à six reprises, il répète :Vous avez appris…et moi je vous dis, il vous a été dit …et moi je vous dis.  Sans jamais rien renier des coutumes du passé il en propose un approfondissement et une amélioration. Mais bien sûr, scribes, prêtres et pharisiens  ne veulent pas entendre parler de ces  « nouveautés » C’est malheureusement une constante universelle : à travers les siècles et sur tous les continents, dans un souci louable d’éviter les hérésies, les Églises institutionnelles et leurs  hiérarchies sont toujours  hostiles à la nouveauté et donnent l’impression d’aller vers l’avenir en avançant à reculons les yeux rivés sur les usages et coutumes des cinquante ou soixante dix dernières années  qu’elles  appellent  LA tradition et qu’il faut respecter sous peine de péché mortel.

D’autre part, dans cette histoire des mages, un autre fait devrait retenir notre attention : ils ont découvert l’étoile qui les a conduits à Dieu non pas dans la prière, mais en faisant leur travail d’astronomes, en scrutant le ciel. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. C’est vrai que bien souvent le travail peut nous éloigner  et nous couper de Dieu. Trop souvent il n’est qu’un moyen de rechercher avidement des richesses, il est la source de conflits sociaux de toutes sortes entre groupes rivaux ou de guerres entre nations. Mais il est tout aussi vrai que le travail peut nous rapprocher et nous maintenir en communion avec Dieu. Le travail, c’est le lieu où nous utilisons le courage, l’intelligence  et les talents qu’il nous a donnés. C’est le lieu où nous sommes au service du prochain, que nous soyons en train de préparer le repas de la famille, de construire une maison ou de fabriquer des médicaments car  ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait nous dit le Seigneur (MT.25,40) Et puis notre travail contribue à développer et améliorer la création. Ceci est tellement vrai que St Ignace de Loyola, le fondateur des jésuites insistait beaucoup pour que les jeunes religieux soient appris à trouver Dieu dans leur travail plutôt que dans de longues oraisons. Mais cela suppose qu’on ne se laisse pas abrutir par des rythmes de travail abrutissants, qu’on ne se laisse pas noyer dans la multiplicité de ses occupations, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air ! Cela devait faire réfléchir les super-actifs que nous sommes.

Que retenir de tout cela ?

Célébrant aujourd’hui la manifestation de Dieu à toutes les nations, réjouissons-nous de ce qu’à travers le monde nous soyons des millions d’hommes de toutes les couleurs et de toutes les cultures à partager la même foi. Mais n’oublions pas ceux qui,  autour de nous, n’ont pas encore découvert le Christ. Serons-nous pour eux l’étoile qui les guide vers la lumière ?

C’est dans leur travail d’astronomes que les mages ont découvert l’étoile qui les a conduits jusqu’à Dieu, parce que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que le prière. Mais encore faut-il ne pas nous laisser noyer dans le travail. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air ! tâchons d’avoir, nous aussi, comme les Mages, de temps en temps le nez en l’air ! Ainsi soit-il !

Sainte Famille dimanche  29  Décembre  2024

(Samuel 1,20-22.24-28)  (1 Jean 3,1-2. 21-24)  (Luc 2, 41-52)

Jésus a douze ans. Il n’est pas encore majeur, mais douze ans, c’était quand même à peu près l’âge de la majorité religieuse, on dirait chez nous, l’âge de la profession de foi. Avec Marie et Joseph, il est monté en pèlerinage à Jérusalem, pour la fête de la Pâque. Dans la cohue de la foule, il s’est trouvé séparé de ses parents. Ceux-ci ont déjà pris la route du retour, alors qu’il est resté au Temple. Au soir du premier jour de route, ne le trouvant pas comme ils s’y attendaient parmi leurs amis et connaissances, inquiets,  ils retournent à Jérusalem et le troisième jour, stupéfaits, ils le découvrent en train de s’entretenir avec les docteurs de la Loi, experts dans l’interprétation des Écritures. Et tous ceux qui sont là sont impressionnés par la profondeur de ses propos comme par la justesse de ses jugements. Marie et Joseph sont déconcertés de le retrouver là. Ce n’était pas le genre d’enfant à faire des fugues. Et puis qu’est-ce qu’il faisait là en grande discussion avec des docteurs de la Loi ? Ils devaient penser : ce n’est pas de son âge. Et pourtant il fait fort impression sur ceux qui l’entendent. Et comme Marie lui reproche : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant, voilà qu’il leur répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Là encore, stupéfaits, ils ne comprennent pas. Jusque là, il s’était comporté comme tous les enfants de son âge. Notre Dame savait que ce n’était pas un enfant tout-à-fait comme les autres. A l’Annonciation, l’ange Gabriel lui avait prédit que son enfant serait le Messie. Mais à part, l’apparition des anges, la nuit de sa naissance, à part Elizabeth saluant Notre Dame comme la mère du Sauveur lors de la Visitation, à part encore les prophéties d’Anne et de Siméon lors de la Présentation de Jésus au Temple,  la vie de la Ste Famille s’était déroulée  de façon tout-à-fait banale et Jésus grandissait absolument comme tous les autres petits garçons du village. Or voilà que lorsque Notre Dame lui reproche de s’être attardé dans le Temple et de leur voir causé de grandes frayeurs, il répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Autrement dit : pourquoi me chercher ? Vous ne savez pas  qu’avant d’être votre enfant, je suis le Fils du Père ? C’est normal que je reste chez lui. Marie et Joseph sont brutalement remis en face de la réalité. Neuf fois dans l’évangile,  le Christ utilise l’expression ; IL FAUT, signifiant que sa présence, ses propos, son action et particulièrement sa Passion et sa Résurrection font partie du plan du salut qu’IL FAUT qu’il assume.

On distingue dans la vie de Jésus, la vie cachée, c’est-à-dire la vie à Nazareth entre Marie et Joseph où sa vie divine est cachée et la vie publique où, manifestant sa divinité il annonce à tous la Bonne Nouvelle du salut. Mais dans  l’évangile d’aujourd’hui lorsque Marie et Joseph retrouvent Jésus au milieu des docteurs, il y a eu comme un éclair dans le courant de la vie banale de Jésus entre Marie et Joseph, dans le courant de la vie cachée de Jésus s’est manifesté comme un éclair soudain, de vie divine. On n’est pas encore dans  la vie publique mais on n’est plus tout-à-fait dans la vie  cachée.   Bien sûr Marie et Joseph en ont été bouleversés et le train-train de leur vie quotidienne secoué.

Nous aussi, cette page d’évangile secoue note train-train quotidien. Parce que chacun de nous peut dire comme Jésus : moi aussi je suis d’abord et avant tout Fils du Père. Moi aussi IL FAUT que j’accomplisse chaque jour la tâche que le Seigneur me confie ici-bas avant de mettre à exécution mes projets personnels, ou les espérances de mes parents et de mon milieu.

Et quelle responsabilité pour les parents. Non seulement ils ne peuvent pas se diriger comme ils

l’entendent, ils doivent d’abord chercher à accomplir ce que le Seigneur veut pour eux, mais ils doivent aussi suivre le même schéma pour leurs enfants. Pas question d’imposer leurs volontés à

leurs enfants, mais pas question non plus de les laisser faire la leur, il va falloir leur apprendre à reconnaître la volonté de Dieu sur eux. Selon une tradition malgache, si dans un troupeau un bœuf naissait avec une tâche blanche sur le front, l’éleveur ne pouvait en être propriétaire, ce bœuf là appartenait au Seigneur de l’endroit. L’éleveur pouvait seulement le mener paître au pâturage. Selon un beau proverbe encore en honneur aujourd’hui, Les parents sont comme les propriétaires de bœufs ayant une étoile blanche sur le front. Ils n’en sont pas vraiment les propriétaires, mais seulement ceux qui les guident de la main vers les pâturages.

Que retenir de tout cela ?

Il n’est pas toujours facile de comprendre la parole de Dieu et de voir quelle est sa volonté. Marie et Joseph ce jour-là, au Temple, ne comprirent pas ce que Jésus leur disait. Et souvent dans l’évangile les apôtres ne comprennent pas ce que Jésus leur dit, en particulier lorsqu’il leur parle de sa Passion et de sa Résurrection à venir. La Parole de Dieu, on ne la comprend que petit à petit en la méditant dans son cœur, comme Notre Dame. (Luc 2,19).

Comme Jésus nous sommes d’abord fils du Père et nous avons à accomplir dans notre vie,  d’abord la tâche qu’il nous confie ici-bas, selon notre vocation, avant de songer à réaliser nos projets personnels. Nous ne sommes pas les maîtres absolus de notre vie. Nous n’avons pas créé notre vie. Elle nous a été donnée et nous l’avons reçue.

Si personne n’est le maître absolu de sa propre vie, les parents ne sont pas non plus les maîtres absolus de leurs enfants, comme le dit le beau proverbe malgache : Isika ray aman dreny dia toy ny tompon’omby vola vita ; tsy tena tompony, fa mpanerin-doha.

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Noël  24  Décembre   2024           Bois-Grenier

(Isaïe,9, 1-6)  (Tite 2 11-14)  (Luc 2,1-14)

Nous fêtons ce soir la Nativité du Seigneur qui s’est fait homme pour réconcilier l’humanité pécheresse avec le Père et réaliser son salut. Cette nativité est l’évènement le plus sensationnel de l’histoire du salut et l’incarnation le plus énorme mystère de notre foi. Les hommes  avaient rejeté Dieu. Ils s’étaient laissé avoir par le démon qui leur avait fait croire que s’ils s’affranchissaient de l’autorité de Dieu, non ils ne mourraient pas, mais ils seraient comme des dieux, parfaitement libres, décidant par eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Évidemment, ça n’a pas marché. Car le péché qui est une offense à Dieu est aussi la cause de tous nos malheurs. Nous voyons tous les jours autour de nous les injustices, les souffrances, les ruines et les violences qu’entraîne le péché. Mais parce qu’il nous aime, le Seigneur ne nous a jamais laissé tomber. Au long des siècles il a envoyé auprès de nous des Sages, des Prophètes pour nous guider, nous  promettant qu’un jour il enverrait un messie pour opérer la réconciliation. C’est son arrivée parmi nous que nous fêtons ce soir. Mais  il va opérer beaucoup plus qu’une simple réconciliation.

Son arrivée pose un certain nombre de questions. Pourquoi le Père veut-il absolument opérer cette réconciliation et nous réintégrer dans son intimité ? Alors que cela ne lui rapporte rien ? Il n’a besoin de rien ni de personne ? C’est qu’il nous aime, il ne peut donc  pas supporter de nous voir déchus, séparés de lui, il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Mais pourquoi envoyer son Fils ? Il aurait pu envoyer un simple prophète faire une proclamation solennelle: Le Seigneur m’envoie vous dire que votre péché est pardonné et qu’à partir de maintenant vous êtes réconciliés avec le Père. Cela aurait suffi. Et puis si le Fils devait venir en personne pourquoi venir au monde comme un enfant nouveau-né et dans une grotte qui servait d’étable, couché dans une mangeoire d’animaux ? C’est indécent, choquant.  Dans les premiers siècles de l’Eglise, les non-chrétiens reprochaient aux chrétiens de manquer de respect pour la divinité, en prêchant un Dieu qui se fait homme et dans de telles conditions. Selon eux Dieu ne saurait se faire homme, se mélanger à l’humanité, repaire de tous les vices. Selon eux la divinité devait  garder son rang et rester à distance des hommes.

Pourquoi le Père a-t-il envoyé son Fils et dans le cadre d’un tel scenario misérable ? Parce qu’il s’agissait de beaucoup plus que de simplement régler un contentieux qui, traînait depuis pas mal de temps, le Père a voulu profiter de l’occasion pour lancer la nouvelle création de l’humanité  à laquelle il pensait depuis toujours. C’est quoi, cette nouvelle création ? Depuis le début du monde jusqu’à Bethléem, l’homme, était un être créé à l’image de Dieu, mais il restait une certaine distance entre lui et Dieu. Désormais en Jésus vrai Dieu  et vrai homme, il n’y a plus de distance entre l’humanité et la divinité et à ceux qui vont le recevoir, nous dit l’évangile de St Jean, il va donner le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1,12) Comme disait la prière de l’offertoire du temps de la messe en latin :Dieu qui avait créé l’homme d’une manière admirable, à Noël,  le recrée d’une manière plus admirable encore. C’est cela la joie de Noël, c’est ce nouvel élan, ce renouveau, ce rebondissement pour les hommes, désormais recréés renouvelés, désormais uns avec Dieu qui est en eux, C’est cette joie que célébraient le chant des anges dans la nuit de Noël :Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.

Et cette nouvelle création, Dieu a voulu qu’elle se déroule doucement, sans violence, au rythme de la croissance de l’enfant de Bethléem

 Sur le coup, personne n’a compris ce qui se passait. L’apparition du Messie sous la forme d’un enfant nouveau-né a déconcerté tout le monde. En Israël on s’attendait à l’arrivée d’un  personnage important quelque chose comme un grand prophète, genre Moïse ou Elie et nous-mêmes aujourd’hui, nous avons du mal à admettre qu’il soit venu comme un petit bébé, que Marie sa mère ait dû lui apprendre à parler, à marcher, à faire ses prières.  Parce qu’en se faisant homme il a voulu se séparer de ses privilèges divins, les théologiens appellent ça la kénose, et ils ne lui seront rendus  que lorsque, recevant le baptême  de Jean  lors de l’inauguration de son ministère, l’Esprit St descendant sur lui les lui rendra. Nous sommes sans voix devant les manières de faire de notre Dieu. Le créateur du ciel et de la terre qui se fait  petit bébé, venant au monde à une époque reculée, à l’écart d’un village perdu dans une grotte qui servait d’étable, couché dans une mangeoire d’animaux…… Quel scenario incroyable ! Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles ! Nous avons un Dieu qui a voulu connaître notre condition humaine. Il a grandi gamin dans un village ;  petit à petit il a découvert tous les aspects de la vie des hommes, les fêtes, les mariages, il y a participé : Cana. Il a connu les soucis les tracas, les drames, les mariages qui ne marchent pas :la Samaritaine, 5 maris .. et alors ? elle n’aurait pas demandé mieux que de trouver le bon du premier coup ! Il ne l’a pas rejetée. Il a connu le poids des soucis, des épreuves, des maladies , le drame de la mort, de la mort d’un enfant, la fille de Jaïre,  12 ans, de la mort d’un ami proche : Lazare. On l’avait appelé : celui que tu aimes est malade (Jean 11,3) mais il est arrivé trop tard. Devant le tombeau de Lazare, en voyant les larmes et le chagrin de ses sœurs et de ses amis, même s’il savait qu’il allait le ramener à la vie d’un instant à l’autre, il a craqué. Il n’a pas pu retenir ses larmes. Il a pleuré. On peut s’entendre avec un Dieu comme ça. On peut parler avec un Dieu comme ça. Tout ce qui peut nous arriver, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous. C’est ça la joie de Noël. Notre Dieu, il est de chez nous et à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1,12)Noël, c’est le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu comme l’a si bien dit St  Irénée. Il ne vient pas pour que tout continuecomme avant, mais pour que tout recommence mieux qu’avant,  et autrement qu’avant avec lui qui nous dit dans l’Apocalypse :Voici que je fais toutes choses nouvelles. (Apoc21,5)

 Que retenir de tout cela ?

Noël, c’est plus qu’une réconciliation après une  brouille qui aurait  duré pas mal de temps c’est même plus encore que le mystère de Dieu qui se fait homme. Comme l’a dit St Irénée,              c’est le mystère de l’homme qui se fait Dieu pour que l’homme soit fait Dieu. Pour la première fois, en Jésus, un homme est à la fois Dieu et homme et tous ceux qui l’accueillent sont transformés en lui .

Il n’a pas joué au Dieu avec nous. On ne peut pas s’abaisser plus qu’il ne l’a fait. Il ne laisse personne en dessous. Il vient pour entrer en chacun de nous. Si nous l’accueillons, alors, forts de sa divinité qui habite en nous, nous pourrons tout en celui qui nous fortifie et changer notre monde de violence en un monde de paix, de justice été de charité.

C’est cela la joie de Noël, la folle espérance de Noël. Le monde encore plein d’injustices, de

Violences et de malheurs a besoin de nous, besoin de Lui, besoin de Lui en nous. Il n’est pas

venu pour que tout continue comme avant mais pour que tout recommence mieux qu’avant. Ce

soir, tout pourrait recommencer mieux qu’avant. Cela dépend de nous. Il y a 2.000ans,   Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11). Ce soir, tout pourrait changer. Cela dépend de nous. Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je serai près de lui et lui près de moi. (Apoc.3,20) Alors, qui oserait le laisser dehors ?

4°Dimanche de l’Avent,  22  Décembre 2024.

Michée (5,1-4a)  Heb. (10,5-10)  Luc (1,39-45)

Elizabeth était âgée et elle allait accoucher. Elle avait besoin d’aide. Marie, sa cousine n’a pas hésité. Elle a traversé tout le pays, du Nord au Sud, de Nazareth en Galilée jusqu’au village d’Aïn Karin  en Judée où habitait Elizabeth. Elle a l’a trouvée rayonnante ! Celle qu’on méprisait parce qu’elle était stérile, voilà qu’elle attendait un enfant ! Ne pas avoir d’enfant était considéré comme une honte ou un châtiment. Dans toutes les familles juives, les enfants étaient regardés comme une bénédiction divine. Et puis surtout comme chacun vivait dans l’attente du Messie, les époux qui avaient des enfants, pouvaient se dire ; peut-être que nous ne verrons pas le  Messie, mais notre descendance, elle, le verra.

Anne et Zacharie étaient un cas à part. On avait vu Zacharie qui était prêtre sortir un jour du temple où il officiait,  fort troublé et devenu soudainement muet. En communiquant par gestes ou par écrit il avait expliqué qu’il avait eu une vision : pendant qu’il officiait un ange lui avait annoncé la naissance d’un fils. Tout le monde était au courant………………….. Marie, Zacharie, Anne, des gens ordinaires, des villageois comme les autres. Les voilà désormais bien en vue, sortis de l’anonymat par le Seigneur qui les appelle à une destinée tout à fait extraordinaire. Lorsqu’ils prennent conscience de ce qui leur arrive, ils laissent éclater leur joie qui s’exprime encore aujourd’hui dans ce qu’on appelle le cantique de Zacharie et le Magnificat.

Mais devant la destinée hors du commun de Marie, d’Anne et de Zacharie, je crains fort que nous en tirions la conclusion fausse qu’une vocation c’est toujours l’histoire d’un homme ou d’une femme que le Seigneur met à part  pour un destin hors du commun, tandis que la masse des autres serait laissée de côté. Comme si notre Père du ciel avait des projets pour certains de ses enfants qu’il appellerait à une tâche spéciale tandis qu’il ne s’occuperait pas des autres ! Impensable ! Sans le dire tout haut, au fond, nous pensons que la vocation c’est toujours et uniquement vocation au sacerdoce ou à la vie religieuse. D’ailleurs, c’est un fait, lors des journées de prières pour les vocations on ne prie que pour les vocations sacerdotales et religieuses. Les prêtres, les religieux, les religieuses seraient-ils les vrais enfants de Dieu ceux pour qui il a des projets tandis que les laïcs, seraient des enfants de Dieude second choix , pour ne pas dire des bâtards ! Quelle horreur ! Notre Dieu est un Père. Même les pères de la terre ont le souci de tous leurs enfants. Ils n’en laisseraient jamais un de côté. A plus forte raison notre Père du ciel. Il a des projets pour chacun d’entre nous.

Zacharie, un ange lui est apparu. Marie, l’ange Gabriel lui a annoncé ce qui allait advenir, St Paul a été jeté à bas de son cheval lors d ’une vision sur le chemin de Damas. Est-ce que cela veut dire que toute vocation doit se dérouler dans le cadre d’un scenario spectaculaire ? Pas du tout, mais on peut être tenté de le croire. Or, c’est un fait, les vocations se déroulent de manière beaucoup plus discrète. Concrètement, comment ça se passe ?  La plupart du temps, c’est une parole qui touche profondément la personne qui est appelée et elle comprend qu’elle doit orienter sa vie dans telle ou telle direction. Comment se fait-il que si peu de personnes se sentent appelées ?  A mon avis, c’est parce que nous ne croyons pas vraiment que le Seigneur communique  et de façon habituelle, avec chacun d’entre nous. Facilement nous pensons qu’il ne parle pas à des gens insignifiants  comme nous, nous voyons Dieu comme le PDG d’une énorme multinationale qui ne peut pas avoir de relations personnelles  avec chacun de ses employés et non pas comme un Père qui a des projets pour chacun de ses enfants. Comme  on pense qu’il n’y a rien à entendre, , parce qu’il ne communique guère avec de gens simples comme nous,on ne cherche pas à écouter. Voilà pourquoi si peu de personnes se sentent appelées. Concrètement que faudrait-il faire ?  Où est le problème ? Ce n’est pas le Seigneur qui n’appelle pas, c’est nous qui n’entendons pas. Concrètement que faut-il faire pour arriver à repérer les appels du Seigneur ?  

D’abord raviver notre foi en Dieu, Père qui s’intéresse à moi comme à n’importe lequel de ses enfants.et non pas comme le PDG d’une multinationale qui ne peut pas s’intéresser à chacun de ses employés. Et ensuite se mettre à l’écouter et à l’interroger, comme    St François d’Assise qui demandait fréquemment dans sa prière : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Nous pourrions faire cette prière tous les matins au départ de nos journées, car chaque jour, le Seigneur espère de nous quelque chose. Ne rêvons  pas de visions ou d’ apparitions. Le Seigneur vient au fil de nos idées nous tentant d’aller vers le bien comme le diable vient au fil de nos idées nous tenter d’aller vers le mal. Généralement nous savons reconnaître après avoir fait une mauvaise action : le diable m’a tenté. Comment se fait-il que nous acceptions que le diable intervient  dans nos vies pour nous tenter de faire le mal et que nous n’acceptions pas que le Seigneur puisse intervenir lui aussi pour nous tenter de faire le bien ? Ne disons pas trop vite ; mais non, ces idées là, ça ne vient pas de Dieu, ça vient de mon imagination. Il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes. D’accord. Mais ce  n’est pas une raison pour prendre prendre les lanternes pour des vessies.

Que retenir de tout cela ?

Dans son amour pour nous, le Seigneur appelle chacun d’entre nous à une tâche précise ici-bas. Il ne laisse personne de côté. Chacun de nous fait l’objet d’une vocation. Il est donc capital pour chacun de discerner sa vocation, sous peine de passer à côté de sa. Prions le Seigneur avec le psaume : Fais-moi comprendre et je vivrai. (Ps.118,144) Fais-moi comprendre ce que Tu attends de moi et je vivrai à plein, comprenant l’importance, l’envergure et la valeur de ma vie.

Des apparitions, des visions, des miracles accompagnent certaines vocations dans la Bible. Cela ne veut absolument pas dire qu’une vocation ne peut voir le jour que dans le cadre d’apparitions,  de visions ou de miracles spectaculaires. La plupart du temps une vocation naît d’une pensée que le Seigneur fait éclore dans le secret du cœur de celui qu’il appelle et le conduit à orienter ses décisions..

 Un jour, sans doute lassé de voir qu’on le comprenait pas, le Christ   a posé brutalement la question : Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? (Jean 8,43) Il pourrait encore aujourd’hui, nous poser la même question. Et il a répondu lui-même à la question qu’il avait posée à ses auditeurs. Il n’a pas dit Vous ne comprenez pas mon langage parce que vous ne voulez pas, il a dit Vous ne comprenez pas mon langage parce que vous ne pouvez pas. Et pourquoi ne pouvaient-ils pas comprendre ? Parce qu’ils s’étaient endurcis dans leurs préjugés. Pour eux Dieu ne pouvait pas s’introduire dans la banalité de leur vie quotidienne. D’après eux, il devait garder son rang. Si Dieu leur parlait ce ne pouvait être que dans le fracas du tonnerre et dans un grand déploiement de prodiges spectaculaires et de toute façon s’ il parlait aux hommes, cela ne pouvait être qu’à de gens importants des prophètes, des grands prêtres et pas à d’obscurs croyants.

Devant la crèche de Noël, devant Dieu qui se fait petit enfant, laissons tomber nos préjugés et taisons nous. Lui qui était de condition divine ne s’est pas accroché à son rang, il s’est fait le plus petit possible pour nous relever et nous rehausser jusqu’à lui. C’est fou ! c’est vrai ! mais St Paul l’a constaté avant nous, ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes. (1Cor 1,25)

3e dimanche de l’Avent, de la joie, 15 Décembre 2024

2e dimanche de l’avent Sophonie (3,14-18a)   St Paul, Phil. (4,4-7)  Luc (3,10-18)

Que devons-nous faire ? demandent, troublées, les foules qui se pressent autour de J.B. Elles sont troublées parce que traditionnellement on pensait que le Messie quand il viendrait supprimerait toute souffrance et toute injustice ; il apporterait paix et  bonheur et restaurerait la grandeur d’Israël actuellement colonisé par les Romains ; en somme, avec lui, ce serait le paradis sur terre. Or J.B. présente le Messie comme un juge sévère qui vient remettre de l’ordre dans le monde pécheur. Dans le passage précédant immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, il interpellait durement ses auditeurs : Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez des fruits de repentir… N’allez pas dire…nous avons pour père Abraham, car je vous le dis, des pierres que voilà, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà la cognée est à la racine de arbres ; tout arbre qui ne porte pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. (Luc 3,6-9) Surpris et effrayés ils demandent donc au prophète : Que devons-nous faire ?

J.B. recommande alors à tous ceux qui ont de quoi vivre de partager avec les pauvres et de venir en aide à ceux qui ont faim, à ceux qui ont le pouvoir ou l’autorité comme les fonctionnaires, les collecteurs d’impôts ou les militaires de ne pas en abuser pour voler, rançonner, piller ou frapper ceux qui sont sans défense. Il ne parle pas d’observation de la Loi ni de pratiques de piété. Il demande à tous de pratiquer la justice et la charité, reprenant ainsi  l’enseignement des prophètes : C’est l’amour que je veux, non les sacrifices. (Osée 6,6) Vos sacrifices, je n’en veux pas … mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. (Amos, 5,22,24) disait déjà le Seigneur par la bouche d’Amos et d’Osée. En demandant de pratiquer la justice et la charité, J.B. exige bien davantage qu’une observation légaliste de la Loi, car la pratique de la justice et de la charité demande une obéissance du cœur inspirée et animée par la sagesse, la miséricorde et la sainteté divines.

Mais peut-on pratiquer en même temps la justice et la charité ? La justice est intraitable tandis que la charité est indulgente. En ce monde, la justice est déterminée par l’autorité du  chef ou des responsables d’une société. Elle peut varier et ne pas être la même partout. Ainsi l ’avortement est autorisé dans certains pays tandis qu’il est considéré comme un crime ailleurs. La justice divine, c’est différent. Il n’existe pas d’autorité supérieure qui puisse la définir. Elle ne peut être définie que par Dieu lui-même qui est Amour et qui ne varie pas. C’est pourquoi le Dieu juste de l’Écriture est aussi et en même temps un Dieu de miséricorde. En lui, la justice  coïncide avec la miséricorde. Les psaumes le répètent sans fin :  Yahvé est justice et pitié (Ps.116,5) Le Seigneur est justice en toutes ses voies, amour en toutes ses œuvres (Ps145,17).  Pratiquer la justice pour un croyant, c’est respecter l’ordre de Dieu et l’ordre de Dieu, c’est l’Amour. Comme en Dieu, la justice est inséparable de la miséricorde, non seulement il est possible de pratiquer à la fois la justice et la charité, mais on ne peut pas pratiquer l’une sans pratiquer l’autre en même temps.

En exhortant ses auditeurs à pratiquer la justice et la charité, J.B. cesse d’annoncer le Messie comme un juge sévère. Son annonce du Messie devient alors une bonne nouvelle. Se rendant compte qu’ils le prennent pour le Messie, il les détrompe : Le Messie  sera bien mieux que moi. Moi, je ne suis qu’un homme et je vous baptise dans l’eau. Lui il va vous plonger dans l’Esprit Saint et le feu. Vous serez avec lui. Il sera avec vous. Il n’y aura plus de distance entre lui et vous. Il sera avec vous pour vous protéger, pas de loin, depuis son ciel, mais tout près de vous, à vos côtés. Jusqu’à maintenant, c’est seulement de temps en temps que le Seigneur vous visitait et communiquait avec vous par les prophètes. Maintenant il vient en personne et va demeurer au milieu de vous, en permanence, tout le temps. C’est nouveau, inouï, infiniment rassurant. On n’a jamais connu ça dans le passé. Et c’est pourquoi toute la liturgie de la parole dans la messe d’aujourd’hui nous invite à la joie : Pousse des cris de joie, fille de Sion… de tout ton cœur, bondis de joie, le Seigneur est en toi, nous dit le prophète Baruch dans la première lecture, tandis que St Paul insiste : Soyez toujours dans la joie… ne soyez inquiets de rien.

Mais comment peut-on parler de joie alors que nous vivons dans un monde frappé de tant de malheurs ? Famine et  misère en Afrique et ailleurs,  guerres au Moyen Orient et en Ukraine, oppression et persécutions à l’Est comme à l’Ouest. Si certaines calamités sont épargnées à notre pays, l’extrême précarité, la drogue, le chômage frappent bien des familles autour de nous et la détresse des migrants s’étale sous nos yeux. Comment rester joyeux au milieu de tant de souffrances ?  Mais St Paul, comment faisait-il, lui qui vivait dans un monde peut-être pis que le nôtre ? Personne parmi nous n’a eu à supporter ce qu’il a enduré. De tous côtés, il était en butte à l’hostilité et à la violence que ce soit de la part des Juifs, des païens ou des Romains. Il détaille aux Corinthiens tout ce qu’il a enduré : des Juifs j’ai reçu cinq fois les 39 coups, trois fois j’ai été flagellé, une fois lapidé, trois fois j’ai fait naufrage…dangers des fleuves, dangers des brigands, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans la ville, dans les déserts, sur mer, dangers des faux frères, fatigue et peines, veilles, faim et soif,  froid et dénuement. Et il mourra  martyr, décapité, en 67. Comment St Paul pouvait-il encore dire, malgré tout : Soyez toujours dans la joie ? c’est que lui vivait vraiment en communion avec le Christ, comme il le dit aux Galates : Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. (Gal 2,20) Il était comme possédé par ce Christ qui l’animait, qui était à la racine de tout lui-même, de   ses paroles, de ses décisions comme de ses actes et dont l’amour le submergeait ainsi qu’il le dit aux Romains Oui j’en ai l’assurance, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, …rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ. (Rom.8, 38,39).

A la différence de St Paul, peut-être que nous ne réalisons pas notre chance d’avoir, depuis le premier Noël, il y a deux mille ans, Dieu avec nous. Il est même mieux présent à nous qu’au temps des apôtres. En ce temps là, s’il était à Jérusalem, les habitants de Capharnaüm ne pouvaient pas le voir et s’il était à Nazareth, les habitants de Béthanie ne pouvaient pas le voir, tandis qu’aujourd’hui que nous soyons à Lille, à Marseille ou à New York , le Seigneur est non seulement avec nous, mais en nous, depuis le jour de notre baptême. L’ennui c’est que nous, nous ne sommes pas toujours avec lui. La plupart du temps, nous agissons pour le mieux, certes, honnêtement, nous n’avons aucune intention de faire le mal, mais nous agissons comme s’il n’existait pas. C’est seulement en cas de coup dur, quand surviennent les difficultés que nous nous tournons vers lui Et encore, c’est pour lui demander de nous aider à réaliser nos projets, parce que nous oublions que lui aussi a des projets pour nous et pour le monde.  Et surtout nous oublions que le Seigneur qui vient nous confie le monde pour le transformer comme il voudrait qu’il soit, et qu’il demande d’en faire un royaume de paix de justice et de charité.

Que retenir de tout cela ?

Que devons-nous faire ? Pour commencer, réjouissons nous. Notre Dieu ne reste pas dans son ciel, loin de nous. Il vient parmi nous, au milieu de nous. Qu’est-ce qu’il vient faire ? Il vient nous  donner  sa vie, son dynamisme, son amour. Que devons-nous faire pour accueillir comme il convient le Seigneur à Noël ? Recevoir avec enthousiasme cette vie, ce dynamisme,  cet amour  qu’il veut partager avec nous pour transformer notre monde encore plein d’injustices, de conflits et de haine en un monde où il y ait  davantage de paix, de  justice et de charité.

2°Dimanche de l’Avent.  8  Décembre 2024  

(Baruc 5,1-9)  (Philippiens 1,4-6 ; 8-11)  (Luc 3,1-6)

Cet  évangile nous rapporte les débuts de la prédication de J.B. où il exhorte ses auditeurs à se convertir, car la venue du Messie est imminente. Reprenant l’enseignement d’Isaïe : Préparez la venue du Seigneur, J.B. y ajoute une invitation à recevoir un baptême de conversion pour le pardon des péchés. De quoi s’agit-il ? Pour bien comprendre, regardons de près le sens des mots dans ces deux expressions : baptême de conversion et pardon des péchés.

Baptême Evidemment, ici, rien à voir avec le sacrement de baptême qui nous donne la vie de Dieu et fait de nous ses enfants. Au moment où J.B. parle, les sacrements n’existent pas encore. Il emploie le mot baptême dans le sens qu’il avait alors, c’est-à-dire engagement, plongée dans. Lorsque quelqu’un s’engageait dans l’armé ou la fonction publique, on parlait de baptême de militaire ou de baptême de fonctionnaire. Recevoir un baptême de conversion, cela veut dire  s’engager dans une démarche de conversion.

Maintenant le mot conversion. Ce mot français n’exprime pas tout ce que dit le mot grec métanoïa employé par St Luc, qui signifie deux choses : changement de mentalité  et retour vers Dieu. Changement de mentalité, donc on abandonne une manière de vivre qui était mauvaise pour en prendre une autre, ce qui implique qu’on se repent, mais on n’en reste pas là, car avec le repentir, on resterait tourné vers le passé. Ce qu’on veut avec la métanoïa, c’est, à partir de maintenant, changer, vivre autrement, s’engager dans l’avenir. Et comme la métanoïa implique le retour vers Dieu, ce changement tourné vers l’avenir, ce vivre autrement à partir de maintenant, ce n’est pas n’importe quoi, c’est revenir vers Dieu, orienter sa vie selon la volonté de Dieu. Donc quand il invite ses auditeurs à recevoir un baptême de conversion, J.B.les invite à faire une démarche de conversion par laquelle ils s’engagent à changer de vie pour désormais diriger leur vie selon la volonté de Dieu.  

Mais pourquoi s’engager dans cette démarche de conversion ? Qu’est-ce que ça rapporte ? Si on  s’engage dans un processus de conversion c’est en vue d’obtenir le pardon des péchés. Et là encore le mot français pardon ne rend pas tout ce qu’exprime le grec : aphèsin amartion. Le mot grec aphèsin dit plus qu’un simple pardon superficiel qui recouvrirait les péchés comme une couche de peinture propre recouvrirait un mur sale, mais la saleté demeurerait en dessous. Le mot aphèsin veut dire extirper, détruire complètement les péchés. Le pardon des péchés obtenu par la conversion, en extirpant complètement le péché, va purifier notre cœur en profondeur et même le changer, suivant la promesse faite en Ezechiel : je vous donnerai un cœur nouveau (Ez.36,26)  

En un mot, devant l’imminence de la venue du Messie, J.B. invite ses auditeurs à se convertir pour obtenir le pardon de leurs péchés. Cette conversion consiste à s’engager, à changer de mentalité et à mener sa vie à partir de maintenant selon la volonté de Dieu. Cet engagement était symbolisé par le geste de se plonger dans l’eau qui purifie. Et le pardon des péchés obtenu fait plus que d’effacer les péchés, il nous purifie en profondeur et change notre cœur jusqu’à le rendre semblable au cœur du Christ. En malgache , on dit que lorsqu’il nous pardonne, le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre.

Nous aussi aujourd’hui, à trois semaines de Noël, l’évangile nous invite à préparer le chemin du Seigneur. Il y a peut-être des broussailles à dégager pour qu’il puisse passer. Nous nous préparons à  la  fête de Noël, mais nos cœurs sont peut-être un peu encombrés pour accueillir vraiment le Seigneur qui vient. Personne ne voudrait le laisser dehors. Quand il est venu pour la première


fois, cela ne s’est pas très bien passé. Toutes les portes se sont fermées devant lui. Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11) Nous n’avons pas envie que cela recommence cette année. Mais peut-être nos cœurs sont-ils quand même encore trop encombrés pour que le Seigneur puisse vraiment y pénétrer. Il y du nettoyage à faire. Traditionnellement des confessions ou des cérémonies pénitentielles sont organisées. Dans le sacrement de réconciliation le Seigneur, en nous accordant son pardon, change notre cœur. Ne ratons pas cette occasion de nous laisser renouveler. Qu’est-ce qu’il faudrait changer dans ma vie pour que ça aille mieux, pour que ça aille comme le Seigneur voudrait que ça aille ?

Si je rencontrais le Seigneur, et c’est ce que nous faisons dans le sacrement de réconciliation, qu’est-ce que je lui demanderais de m’aider à améliorer dans ma vie personnelle, dans mon foyer dans mon travail ?  La conversion la plus urgente que nous avons à faire, c ’est certainement de bazarder nos idées fausses sur la confession. Si vous demandez à n’importe qui : la confession, c’est quoi ? Il vous dira à tous les coups : c’est dire ses péchés. C’est faux. La confession ce n’est pas fait pour les péchés, c’est fait pour après, pour le changement, pour la conversion. On a fait mal, on le reconnaît, on le regrette, mais maintenant, c’est décidé, on va faire autrement.  Et c’est ça le but de la manoeuvre. On ne va pas se confesser pour dire ses péchés,  mais pour obtenir le pardon de ses péchés et s’engager dans une vie renouvelée, dirigée désormais selon la volonté de Dieu.

Comme le plus pénible, c’est l’aveu de fautes on ne voit plus que ça. Au point que quelquefois de bons chrétiens venus se confesser s’en vont après avoir dit leurs péchés, sans attendre l’absolution. Dans mes premières années de sacerdoce, à ce moment là on utilisait toujours les confessionnaux, ça m’est arrivé de voir des personnes quitter le confessionnal aussitôt après s’être accusés de leurs fautes. J’étais embarrassé. Quoi faire ? je leur donnais l’absolution dans le dos !!! Le sacrement de réconciliation comporte quatre temps la contrition, l’aveu des fautes, l’absolution et le 4° temps, le plus important (ce qu’on appelait autrefois pénitence), le changement, la conversion. C’est pourquoi je pense que s’il est indispensable quand nous allons recevoir le sacrement de la réconciliation de faire son examen de conscience pour bien voir : je dois demander pardon pour telle et telle faute que j’ai commise, puisque le but de ce sacrement, c’est la conversion, il faudrait aussi que je réfléchisse : quelle conversion, quel changement dois- je faire dans ma vie. ? Et si vous ne voyez pas quel changement vous devez faire, demandez à votre mari, à votre femme, à votre meilleur ami, vous verrez, eux, ils vous diront tout de suite le changement que vous devriez faire dans vos façons de faire !!!

Que retenir de tout cela ?

A l’approche de Noël, l’évangile nous invite à nous convertir, afin de vivre davantage en accord  avec le Seigneur. Profitons du sacrement de réconciliation en vue de redémarrer autrement, en dirigeant notre vie davantage selon la volonté de Dieu. Regardons vers l’avenir : Qu’est-ce que je dois changer dans ma manière de faire ? A Noël, on se fait des cadeaux. Ce ne serait pas une mauvaise idée d’offrir cet effort de changement, de conversion au Seigneur, comme cadeau de Noël. Profitons de ces trois semaines qui nous restent avant les fêtes  pour y réfléchir.  Cette année, qu’est-ce que je vais lui offrir, au Seigneur, pour son Noël ?



Dimanche 1  Décembre 2024

Jérémie (33,14-16)  Paul (Thess. 3,12-4,2)  Luc (21,25-28 ; 34-36)

Le Seigneur reviendra à la fin des temps rassembler tous les élus. Il faut nous tenir prêts pour ce jour-là. Voilà ce que nous dit l’évangile d’aujourd’hui.  

Après avoir fait un tableau effrayant des évènements terrifiants qui vont s’abattre sur le monde à la fin des temps : la mer et les flots déchainés, des signes dans les cieux, sur la terre les hommes mourront de peur, etc., le Seigneur conclut, c’est étonnant, sur une note optimiste : Quand ces évènements commenceront, redressez-vous et relevez la tête car votre délivrance approche.. En effet, il reviendra rassembler tous ceux qui lui auront été fidèles au cours de leur vie ici-bas dans un monde nouveau où la mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni cri ni souffrance car le monde ancien aura disparu dit l’Apocalypse,(21,43)

Voilà qui bouscule notre manière de voir les choses. Nous, ce qui retient notre attention, parce que cela nous fait peur, c’est la fin du monde. L’évangile d’aujourd’hui remet les choses en place : la fin du monde, ce n’est qu’une partie du processus de l’avènement d’un monde nouveau lors du retour du Seigneur La fin du monde, il faut la prendre pour ce qu’elle est : un effet secondaire de l’avènement d’un monde nouveau. Exactement comme la destruction des champs de blé mûr n’est qu’un moment dans le processus du triomphe de la moisson, un effet secondaire du triomphe de la moisson. La fin des champs de blé ? Peu importe. Ce qui compte c’est la moisson. La fin du monde ? Peu importe. Ce qui compte c’est le monde nouveau dans lequel il faut nous préparer à rentrer.

D’autant plus que St Mathieu dans son évangile précise  Le Fils de l’homme reviendra à la fin des temps dans une nuée avec puissance et grande gloire, (Luc 21,28) pour rendre à chacun selon sa conduite nous dit l’évangile selon St. Mt.(16,27) Il s’agit donc de veiller afin d’être prêt. D’être prêt à quoi ? A rencontrer le Seigneur à la fin de temps ? Oui, mais pas seulement. Comme ce jour-là il rendra à chacun selon  sa conduite durant sa vie, veiller afin d’être prêt à rencontrer le Seigneur à la  fin des temps demande que l’on veille dès maintenant,  à avancer chaque jour avec lui vers ce dernier jour.  Comment faire pour marcher avec le Seigneur, chaque jour ?  Il ne devrait pas y avoir de problème puisqu’en prenant congé de ses disciples, il a promis : Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. (Mt.28,20)

Malheureusement, nous ne savons pas reconnaître sa présence dans le courant de nos journées.  Nous sommes comme les disciples d’Emmaüs qui avancent sur le chemin, pas très gais, se croyant tout seuls alors qu’Il est là, avec eux. Lui est avec nous, mais nous ne sommes guère avec lui. Comme  le dit avec humour la boutade bien connue: Mon Dieu, s’il est vrai que vous êtes partout, comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ? Ce n’est pas que nous ne voulions pas le reconnaître, c’est plutôt que nous ne savons pas le reconnaître  

Comment remarquer sa présence et marcher avec lui ? En relevant tout ce qu’il y a de bien dans notre vie et  dans la vie de ceux qui nous entourent. Parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc, chaque fois que quelqu’un quelque part dans le monde, pense, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là, présent, qui le rend capables de ce bien. Par conséquent, c’est à moi de veiller pour repérer le bien dans le monde et y reconnaître la présence de Dieu…


On nous a appris à faire notre examen de conscience pour repérer le mal que nous avons fait et nous en repentir. C’est très bien et il faut continuer. Mais pourquoi ne regarder que le mal pourquoi ne pas regarder aussi le bien que nous avons fait,  remercier Dieu qui nous en a rendu capables, et lui demander de nous aider à continuer à avancer avec lui.

On peut aussi remarquer la présence de Dieu à l’œuvre dans nos journées, à travers les sacrements, en particulier l’eucharistie Qu’est-ce qui se passe à la messe ? Dans l’action de grâces, nous offrons au Père le sacrifice de du Christ :  Reçois le sacrifice de ton  Fils mort pour nous sur la croix il y a 2.000 ans. Que ce sacrifice nous obtienne aujourd’hui encore le pardon de nos fautes et nous établisse en communion avec Toi. C’est ça l’essentiel de la messe. Mais en même temps nous offrons notre vie, notre travail, à travers le pain et le vin qui ne sont pas symboles du corps et du sang du Christ, mais fruits de la terre et du travail des hommes et nous demandons au Père de consacrer ces offrandes que nous lui apportons pour qu’elles deviennent, pour que nous devenions, le corps et le sang de Jésus Christ Notre Seigneur. Autrement dit la messe nous christi-fie, nous fait christs, nous fait devenir toujours plus un avec le Christ. En sortant de notre messe du dimanche, nous repartons à nos occupations avec le Christ.  Et de semaine en semaine nous avançons ainsi,  prêts pour la rencontre finale avec le Seigneur qui nous attend parce qu’il veut  que là où il est, nous soyons nous aussi avec lui. (Jean17,24)

Que retenir de tout cela ?

Veiller afin d’être prêts à la rencontre avec le Seigneur à la fin de temps demande que l’on veille dès maintenant à marcher avec lui chaque jour vers cette rencontre finale. Comment faire pour marcher avec lui chaque jour ? Il n’y a pas de problème puisque, il nous l’a dit : Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) L’ennui, c’est que nous ne savons pas repérer sa présence à nos côtés. Il faudrait nous exercer à repérer sa présence à travers le bien que nous faisons ou que d’autres font autour de nous. Comme Dieu est la seule source de bien dans le monde, il est là dans tout ce qui se pense se dit ou se fait de bien dans le monde.

Il est là encore à travers les sacrements, en particulier l’Eucharistie qui renforcent notre union avec lui inaugurée le jour de notre baptême et nous permettent d’avancer avec lui jusqu’au jour où il nous accueillera définitivement.

Ces temps-ci, les textes de l’Ecriture nous parlent souvent des bouleversements de la fin des temps. Pourtant cela ne peut pas nous effrayer. Ce serait offenser Dieu que d’en éprouver de la crainte.  Il n’a pas créé le monde dans le but de le détruire ensuite car je suis Dieu et pas homme et je n’aime pas à détruire nous dit-il par la bouche du prophète Osée (Osée11,9) Il n’a pas créé les hommes dans le but de les exterminer ensuite. Ils seront son peuple et lui sera le Dieu qui est avec eux. (Ap. 21,3) dit encore l’Ecriture.