Christ Roi de l’univers, 24 novembre 2024

(Daniel 7,13-14)  (Apoc.1,5-8)  (Jean 18,30b-37)

Pilate interroge directement Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Il voudrait y voir clair. Il sait que les Juifs attendaient un Messie qui restaurerait la souveraineté d’Israël en chassant le colonisateur romain. Il est donc inquiet. Il veut clarifier la situation. Jésus aussi. C’est pourquoi il demande à Pilate si c’est lui qui le traite de roi ou si c’est la foule. Pilate se défend : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait de mal ? Autrement dit : moi je ne comprends rien à vos histoires de Juifs, ce que je veux savoir, c’est ce qu’on te reproche. Jésus ne répond pas à cette dernière interrogation de Pilate mais revient sur la question de la royauté : ma royauté n’est pas de ce monde. Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut la reléguer dans un domaine supraterrestre, en dehors de ce monde. Si on regarde de près le texte grec de l’évangile on voit que le Christ dit :  ma royauté ne vient pas de ce monde : è basileia è émè ouk estin ek tou kosmou toutou mais il ne dit pas : ma royauté ne s’exerce pas dans ce monde. Et il continue en expliquant : si ma royauté était de l’espèce des royautés qui viennent de ce monde mes troupes se seraient battues pour que je ne sois pas arrêté, avant de répéter une deuxième fois : ma royauté ne vient pas d’ici.

Les royautés qui viennent d’ici, c’est quoi ? Ce sont des royautés reposant sur un pouvoir politique, sur la puissance des richesses ou sur la force des armes. Le royaume du Christ ne repose pas sur de telles bases d’ordre terrestre. Mais comment peut-on encore lui donner le titre de roi si son pouvoir royal ne repose  ni sur le pouvoir politique, ni sur la puissance militaire ni sur le prestige de richesses comme le pouvoir de tous les rois que nous connaissons. Pourquoi lui donner encore  le titre de Roi ? Pour deux raisons : en tant que Créateur et en tant que Rédempteur.

En tant que Créateur, maître de l’univers, on peut légitimement le considérer comme Roi. Encore faut-il bien voir que cette création n’est pas une manifestation de puissance. S’il a tout créé, alors qu’il n’avait besoin de rien ni de personne, c’est parce que, poussé par son amour,  il a voulu partager avec nous sa vie et son bonheur. Sa création est donc une manifestation d’amour. Le Christ n’est donc pas Roi en tant que créateur tout puissant, il est Roi en tant que Créateur par la toute-puissance de son amour.

Mais surtout on peut donner au Christ le titre de Roi en tant que Rédempteur. Et là encore, si par sa passion et sa résurrection, il nous a rachetés et a vaincu le mal, le péché et la mort, ce n’est pas en vertu de sa toute-puissance, mais par la toute-puissance de son amour. En effet pourquoi a-t-il voulu nous racheter ? Il n’avait pas besoin de nous. Si par le péché, nous étions séparés de lui, lui n’y perdait rien, et pour nous eh bien  tant pis ! Mais dans son amour, il n’a pas voulu que nous restions séparés de lui, il a voulu que nous puissions partager sa vie et son bonheur. C’est par amour pour nous qu’il s’est livré à ses ennemis. Déjà vainqueur du mal et du péché par sa mort sur la croix, sa résurrection au matin de Pâques manifestera son triomphe sur la mort. Un tel triomphe du Rédempteur sur le mal, le péché et la mort légitime son titre de Roi. Sa  royauté, il ne l’a pas conquise à coups de canons ni à coups de dollars mais à coups d’amour, si j’ose dire.  


Mais si la royauté du Christ, ne repose  pas comme les royautés que nous connaissons  sur des fondements terrestres : un  pouvoir politique, une force militaire ou  une puissance financière, néanmoins elle s’exerce quand même, comme toute autre royauté, dans le quotidien de la vie d’ici-bas et il explique à Pilate que sa tâche de roi consiste à rendre témoignage à la vérité. Qu’est-ce que ça veut dire ? De quelle vérité  et de quel témoignage s’agit-il ?  

Dans le langage courant, la vérité, c’est ce qui est conforme au réel. La vérité se dit dans des paroles qui expriment elles-mêmes des idées qui correspondent à la réalité. La vérité, c’est un contenu intellectuel. Dans la Bible, la vérité, c’est ce qu’on expérimente comme solide, sûr, digne de confiance, sur quoi on peut s’appuyer, c’est-à-dire Dieu, la fidélité de son amour, La vérité, dans la Bible, ce n’est donc pas une somme de connaissances à conquérir par un effort de penséec’est une manière de vivre en communion avec ce qu’on expérimente comme solide, sûr, digne de confiance, c’est-à-dire avec Dieu et la fidélité de son alliance avec nous dans l’amour.

Et quand le Christ dit Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité, cela veut dire qu’il est venu exposer par toute sa vie, son enseignement et ses miracles qui est Dieu, quelle est sa sagesse, sa justice, comment est son amour dans une fidélité qui ne vacille jamais. Qui est Dieu, comment Dieu est, cela nous dépasse tellement, qu’il n’arrive même pas à nous le faire comprendre mais il promet d’envoyer son Esprit qui nous fera accéder à la vérité tout entière. (Jean 16,13) Mais cette vérité encore une fois, n’est pas un savoir pour l’intelligence c’est une parole de vie, une parole à vivre. Déjà dans l’Ancien Testament, le psalmiste lorsqu’il prie ne dit pas : Fais moi comprendre et je saurai, il dit Fais moi comprendre et je vivrai (Ps.118,144)

Dire que le Christ est Roi et que sa royauté est fondée sur l’amour, qu’est-ce que ça change pour  nous ? Dire que la royauté du Christ est fondée sur l’amour, c’est dire aussi qu’elle est fondée sur le service. Car l’amour n’est pas un sentiment agréable niché dans le fond du cœur et dont il n’y aurait  plus qu’à jouir confortablement. L’amour s’exerce toujours dans le service de ceux qu’on aime, dans la peine qu’on prend pour ceux qu’on aime et cela peut aller jusqu’au sacrifice suprême, le Christ en sait quelque chose. Or depuis notre baptême, greffés sur le Christ, nous sommes aussi greffés sur cette royauté qui s’exerce dans le service et le don de soi. Cela veut dire que si nous sommes chrétiens, notre vie doit être une vie de service et de don de soi. St Jean nous prévient dans sa première épître : Celui qui prétend demeurer en lui doit se conduire comme lui-même s’est conduit. (1 Jean 2,6) Lui Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1 Jean 3,16) cela ne veut pas dire que nous sommes tous destinés à mourir en croix ou promis à des sacrifices héroïques et spectaculaires, mais cela veut dire que notre vie doit être une vie de service, chaque jours, dans la banalité du quotidien, que ce soit pour passer la nuit au chevet d’un enfant malade ou pour passer le sel à son voisin de table, ne perdant jamais de vue que ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Que retenir de tout cela ?

Le Christ est Roi et plus que n’importe que roi de la terre, en tant que maître de l’univers qu’il a créé non pas pour donner un peu d’exercice à sa toute-puissance, comme un athlète ferait jouer ses muscles, mais parce que, poussé par son amour, il a voulu partager avec nous sa vie et son bonheur.

Il est Roi plus que n’importe quel roi de la terre parce qu’à travers sa Passion et sa Résurrection, son amour a triomphé du mal, du péché et de la mort, en même temps qu’il nous a réconciliés avec le Père. Sa royauté, il ne l’a pas conquise à coups de canon ou à coups de dollars, mais par la puissance de son amour dont rien ne peut venir à bout. C’est une royauté d’amour qui s’exerce dans le service et le don de soi ;

Et nous, greffés sur le Christ par notre baptême nous partageons sa royauté c’est-à-dire le devoir de service et de don de soi par lesquels s’exerce la royauté de ce roi dont le sceptre est la croix et la politique, le lavement des pieds, la réconciliation  avec le Père dont personne n’est exclu.

En découvrant l’infinie générosité de Dieu, tout ce qu’il a fait et continue de faire pour nous, naturellement s’éveille en nous un sentiment de reconnaissance qui nous fait aimer Dieu en retour.

Plus besoin d’explications, plus besoin d’ordre ni de commandement. La reconnaissance nous amène à l’aimer. Cela va de soi. On ne peut pas faire autrement. Non seulement il nous donne la vie et l’univers qu’il nous confie, mais il veut partager avec nous tout ce qu’il est et tout ce qu’il a. Il nous montre par là ce que c’est qu’aimer quelqu’un : ce n’est pas seulement être attiré par lui  et jouir de ses qualités, (même si cela commence par là), c’est surtout le faire être, tout faire pour qu’il soit heureux et trouver sa joie et son bonheur jusque dans la peine qu’on se donne pour lui. Comme dit l’adage bien connu : Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Donc, pour nous, aimer Dieu, ce n’est pas seulement jouir, profiter de ses bontés, c’est aussi tout faire pour que sa volonté soit faite et que son règne advienne sur toute la terre.

Mais le Christ ajoute au premier commandement d’aimer Dieu, le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même et il précise :  il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. Impossible de séparer ces deux commandements. Comme Dieu aime tous les hommes sans exclure personne, si je prétends aimer Dieu, il faut aussi que comme lui, j’aime mon prochain, sans exclure personne. D’ailleurs le Christ le demande: Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. (Jean 15,12) Comment nous aimait-il ? Il n’excluait personne, mais il n’aimait pas forcément tout le monde de la même manière. Il avait des préférences. L’évangile nous parle de Jean comme du disciple que Jésus aimait (Jean 13,23) il est donc normal et légitime d’aimer davantage ceux qui nous sont proches ou ceux dont nous apprécions les qualités que les habitants de Tokyo ou de Vladivostok dont nous ignorons tout ! Mais nous devons avoir envers tous les hommes, comme le Seigneur, ce parti pris de vouloir les faire être, de vouloir leur bien, leur prospérité, leur bonheur.

Les vraies difficultés commencent avec ceux qui ne nous sont pas sympathiques ou pire encore les malfaiteurs caractérisés, voleurs ou assassins. Le Seigneur est mort pour eux aussi, nous ne pouvons pas les exclure. Comment pouvait-il les aimer ? Il ne les aimait pas pour le mal qu’ils avaient commis mais parce que tout pécheurs qu’ils étaient, il les voyait comme encore capables de se repentir un jour… Cela ne veut pas dire que sous prétexte de charité chrétienne je dois faire confiance aux escrocs et confier la garde de mes enfants à mon voisin qui est pédophile quand je vais faire mes courses. Cela veut dire que, comme le Christ nous ne devons jamais juger quelqu’un comme définitivement mauvais et le rejeter, mais nous devons le regarder comme un malheureux toujours capable de revenir vers le bien. Comme le Christ nous devons toujours être à l’affût du moindre signe de repentir chez lui pour l’accueillir comme il a fait avec le bon larron.

Par la manière dont Dieu nous aime, il nous apprend qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement jouir des qualités qui nous attirent chez lui, c’est aussi tout faire pour le rendre heureux et trouver joie et bonheur dans la peine qu’on se donne pour lui.

Pourquoi aimer Dieu ?  Parce qu’il ne se dresse pas devant nous comme une Toute Puissance redoutable qui garderait ses distances avec nous, mais comme un Dieu-Amour qui dans la toute puissance de son amour nous regarde comme ses enfants avec qui il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Nous lui devons tout : la vie, toutes nos qualités et nos talents, l’univers qui nous entoure avec toutes ses merveilles. Même lorsque nous nous rebellons contre lui, il nous pardonne et persiste à vouloir nous rendre semblables à lui. C’est pourquoi, avant même d’être un commandement, aimer Dieu c’est un devoir de reconnaissance, nous ne pouvons pas faire autrement.

Pourquoi aimer les autres ? Parce que le Seigneur les aime, tous, sans exclure personne, même les pécheurs et les mauvais que le Seigneur regarde comme toujours capables de revenir vers le bien. Si nous avons du mal à y parvenir, rappelons nous que le premier dont nous nous sommes sûrs qu’il est au ciel c’est un gangster. Le Seigneur lui a donné sa parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23,43).

Myopes, dimanche 17 Novembre 2024

33e dimanche T.O. B : Dn 12,1-3 ;He 10,11-14,18; Mc 13,24-32.

Cet évangile annonce le retour triomphal du Fils de l’homme venant sur les nuées avec grande puissance et grande gloire rassembler les élus des quatre coins du monde, après une grande détresse, où le soleil, la lune et les étoiles s’obscurciront tandis que les puissances célestes seront ébranlées. Comme nous ne connaissons pas la culture de l’orient antique nous pensons : cet évangile nous parle de deux choses ; d’abord il y aura la fin du monde et puis après il y aura le retour triomphal du Seigneur qui rassemblera les élus. C’est faux. Dans l’antiquité orientale, les astres étaient les divinités païennes maitresses de l’univers. Par conséquent, lorsque Jésus annonce l’éclipse du soleil et de la lune et la chute des étoiles il n’annonce pas la fin du monde il annonce le triomphe du Dieu unique sur l’idolâtrie païenne. Il ne parle que d’une chose : du retour triomphal du Seigneur venant rassembler les élus, ce qui entraînera la fin du vieux monde en vue de l’apparition du monde nouveau. Mais cette fin du monde n’est qu’un moment du retour triomphal du Seigneur dans le monde nouveau, pas davantage. La fin du monde n’est pas une réalité à part mais seulement une partie du processus de l’avènement d’un monde nouveau. Il me semble que l’évangile d’aujourd’hui nous invite à changer notre manière de parler, donc notre manière de penser et donc aussi notre manière de croire. Nous souffrons d’une myopie spirituelle qui nous enferme dans un univers étriqué et pessimiste. Pourquoi parlons-nous toujours de la fin du monde et n’allons-nous pas jusqu’à parler de l’avènement du monde nouveau qui lui succèdera ? Myopie. Le projet de Dieu n’est pas de détruire le monde mais d’instaurer un monde nouveau. Pourquoi parlons-nous toujours de la mort et n’allons-nous pas jusqu’à parler de la vie nouvelle auprès du Seigneur, qui nous attend après la mort ? Myopie. Pourquoi parlons-nous toujours d’enterrement, ce qui convient puisque le corps des défunts est déposé en terre, mais pourquoi n’allons-nous pas jusqu’à parler d’enciellement, ce qui conviendrait tout autant ? Myopie. Pourtant le Seigneur est formel : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi. (Jean 14,3) Je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés, Père, soient eux aussi, avec moi. (Jean 17,24) Il faudrait songer sérieusement à extirper de notre foi le masochisme qui nous pousse à croire que tout ce qui touche la religion doit être triste, pénible, voire angoissant. C’est vrai qu’on ne voit nulle part une statue ou une image du Christ riant ou simplement souriant ! Pourtant St Luc, même en parlant des catastrophes qui accompagneront la fin du monde, laisse percer l’espérance : Quand ces évènements commenceront à se produire, dit-il, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche. (Luc 21,28) La fin du monde, il faut la remettre à sa place, il faut la prendre pour ce qu’elle est : ce n’est qu’un effet secondaire de l’avènement d’un monde nouveau où la mort ne sera plus il n’y aura plus ni deuil, ni cri ni souffrance car le monde ancien aura disparu dit l’Apocalypse(21,4) Toutefois l’avènement de ce monde nouveau s’accompagnera, il ne faut pas l’oublier, du jugement où il sera rendu à chacun selon ses œuvres. Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire du Père ; et alors il rendra à chacun selon sa conduite nous dit l’évangile de St Mt.( 16,27). Il faudrait donc penser à gérer notre vie en gardant en point de mire la rencontre avec le Seigneur lors de la fin de notre temps. Il faudrait envisager de soigner notre myopie spirituelle qui nous empêche de voir la véritable fin de notre vie et la valeur de nos actes par rapport à cette fin.Myopes, nous voyons notre vie comme une réalité qui se déroule dans un univers profane. Notre vision, trop courte, ne va pas jusqu’à voir que notre vie, dès le départ, vient déjà de Dieu, que chaque jour de notre vie nous rapproche de Dieu et que finalement le jour de notre mort elle nous ramène chez Dieu. Myopes, nous voyons notre travail comme une activité profane : le moyen gagner honnêtement notre vie, de subvenir aux besoins d’une famille ou de développer l’économie d’ un pays. Notre vision, trop courte, ne va pas jusqu’à voir la valeur spirituelle devant Dieu de tout travail. Myopes, nous ne voyons pas qu’en travaillant nous restons connectés avec Dieu, puisqu’en travaillant nous mettons en jeu les talents que le Seigneur nous a donnés : l’intelligence, le courage etc. et puisqu’ en travaillant nous accomplissons la vocation que le Seigneur nous a confiée en nous plaçant quelque part dans le monde pour y accomplir une tâche précise. Myopes, nous ne voyons pas la valeur de service des autres que comporte notre travail, au minimum je travaille pour assurer un niveau de vie décent aux miens, toujours, à travers mon travail, je rends service aux autres autour de moi, que je sois femme au foyer, instituteur, infirmière, commerçant, conseiller municipal, chauffeur d’autobus etc. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40) dit le Seigneur. Et enfin, myopes, nous ne voyons pas que notre travail transforme, améliore, développe la création. Pensez aux réalisations extraordinaires qui ont transformé le monde rien que dans les cent dernières années dans tous les domaines, la médecine, la chirurgie, la radio, la télévision, les transports, les télécommunications, l’informatique, etc. Par conséquent au lieu de voir notre travail avec un regard myope comme un simple moyen de bien gagner sa vie dans un emploi intéressant, prolongeons notre regard jusqu’à voir que notre travail, bien plus qu’un simple gagne-pain, est une collaboration au développement et à l’épanouissement de la création. Alors nous aborderons avec sérénité le jour du jugement où le Fils de l’homme rendra à chacun selon sa conduite, puisque nous aurons accompli la tâche qu’il nous a confiée. Lui qui, une prière de la messe nous le rappelle, nous a confié l’univers afin qu’en le servant nous régnions sur la création.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui qui nous annonce le retour triomphal du Seigneur venant rassembler les élus des quatre coins du monde, à la fin des temps, nous invite à mener notre vie en gardant en point de mire ce jour où il sera rendu à chacun selon sa conduite. Cela ne veut pas dire que nous aurons à vivre dans la crainte. Ce serait blasphématoire d’imaginer Dieu nous attendant au tournant pour nous coincer. Le Seigneur qui s’est imposé cette vie dure que fut la sienne de la crèche à la croix ne va pas ensuite chercher à nous piéger. L’évangile d’aujourd’hui nous demande simplement de ne pas nous enfermer dans nos étroitesses, de dépasser la signification immédiate de notre vie et de notre travail dans laquelle notre myopie nous confine, il nous invite à voir la grandeur de notre destinée et l’infini du bonheur auquel nous sommes appelés. Myopes et le nez contre, nous sommes peut-être comme ces ouvriers d’un chantier naval dont parle saint Exupery dans une parabole que je vous ai déjà citée : le charpentier te parle de ses planches, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles, mais tous oublient la mer.

Le service, expression de l’amour        

      (Fromelles, 10 novembre 202431e dimanche T.O. année B, 1 R 17, 10-16, He 9,24-28, Mc 12,38-44)

L’évangile d’aujourd’hui nous transporte au Temple de Jérusalem où Jésus regardant la foule qui circule sur les parvis met en garde ceux qui l’écoutent contre l’orgueil et l’hypocrisie des scribes tandis qu’il fait l’éloge de la pauvre veuve qui passe inaperçue de tous quand elle dépose une offrande apparemment modique mais pourtant très généreuse.

Qui sont les scribes ?  Ce sont des copistes, des greffiers attachés au service du culte. La plupart d’entre eux faisaient partie de la secte des Pharisiens. Ceux-ci formaient une confrérie de dévots très soucieux de se maintenir avec ferveur dans la fidélité à la Loi. Ce qui était très bien, sauf que, fiers de leur savoir en matière de religion et de leur zèle à pratiquer minutieusement la Loi, ils regardaient de haut la masse des croyants peu instruits pour ne pas dire ignorants. Ils tenaient à être vus faisant de longues prières dans les lieux publics, cherchant par tous les moyens à être admirés, comme d’ailleurs un certain nombre de prêtres et de docteurs de la Loi.

Qu’est-ce que Jésus leur reprochait exactement ? Leur orgueil, bien sûr, mais plus encore leur hypocrisie. Faisant semblant de servir Dieu, en fait, ils se servaient de la religion pour satisfaire leurs ambitions, apparaître aux yeux de tous comme des notables dignes d’estime et acquérir ainsi les premières places dans la société. Ils n’ont pas manqué d’imitateurs au cours des siècles. Pensez à Henri IV se convertissant au catholicisme, non par conviction religieuse, mais parce que cette conversion lui donnait les clés de Paris et du royaume de France. On lui prête la boutade bien connue : « Paris vaut bien une messe Et aujourd’hui encore vous pouvez voir à la télévision tel chef d’état notoirement athée s’exhiber faisant de multiples signes de croix en compagnie du métropolite de Moscou, en vue de s’assurer la bienveillance et le vote des croyants abusés. De tous temps il y a eu et il y a encore des pseudos croyants et même de vrais croyants qui utilisent la religion comme moyen pour acquérir de l’autorité et du pouvoir dans la société.

Rien n’est plus opposé au Christ et à son évangile que la recherche du pouvoir. La politique du Christ, ce n’est pas le pouvoir, c’est le service. Il est venu pour servir et pas pour être servi (Marc 10,45) ni pour se servir. Le soir du Jeudi Saint, après avoir lavé les pieds de ses disciples, il nous a laissé une consigne claire : Si je vous ai lavé les pieds, moi le Maître et le Seigneur, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné, ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi. (Jean 13, 14-15). Le Christ  revendique haut et fort sa condition de serviteur, il se présente comme tel : Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert. (Luc 22,27) Par conséquent si je prétends être chrétien, suivre et imiter le Christ, je dois, comme lui, vivre à plein temps dans une attitude de service.

 Cette attitude de service n’est pas une qualité secondaire ou facultative qu’un chrétien pourrait avoir ou ne pas avoir, et pratiquer de temps à autre, c’est une qualité nécessaire à tous ceux qui veulent suivre et imiter le Christ. Parce que le service, c’est l’agir de l’amour, c’est l’amour en actes. L’amour se vit à travers des actes où on se met au service de ceux qu’on aime. L’attitude de service est à l’opposé de la recherche du pouvoir, source du cléricalisme qui à travers les siècles et encore aujourd’hui ne cesse de ronger et de détruire l’Église. Il sévit à tous les niveaux, depuis les petits enfants de chœur qui se battent pour savoir qui va tenir l’encensoir à la grand-messe, jusqu’aux dignitaires ecclésiastiques qui dans certains pays cherchent à détenir le pouvoir politique; depuis les théologiens qui veulent imposer leurs théories personnelles à l’ensemble de l’Eglise, jusqu’au modeste curé de campagne qui arrivant dans une nouvelle paroisse, dissout immédiatement tous les comités existants, afin de détenir seul tous les pouvoirs. Ou bien encore, ce sont des séminaristes qui se lancent dans la course aux diplômes, plus désireux d’avoir un doctorat et d’enseigner à l’université que d’apporter l’évangile en brousse. Mais les clercs ne sont pas les seuls à s’accrocher au pouvoir, les laïcs aussi parfois en font autant. Dernièrement, on m’a rapporté que dans un village, une équipe de paroissiens en charge des enterrements avait empêché un prêtre venu assister aux obsèques d’un membre de sa famille de célébrer la messe de funérailles. Grâce à Dieu, ils sont très loin de constituer la majorité, mais il reste encore des scribes et des pharisiens assoiffés de pouvoir et d’honneurs dans l’Eglise du XXI° siècle et tous nous devons veiller à ne pas nous laisse avoir par les subtiles tentations de l’orgueil et du pouvoir.

Mais en nous demandant de rester constamment dans une attitude de service, est-ce que le Christ ne fait pas de nous un peuple d’esclaves ?   Si je suis obligé de me mettre au service de quelqu’un, parce que j’y suis contraint par la misère ou la nécessité, je me retrouve à un niveau inférieur dans la société, c’est vrai. Mais si c’est par amour que je me mets au service de quelqu’un, au contraire, je m’en retrouve anobli, car le service auquel je me soumets est expression de mon amour pour lui, c’est de l’amour en actes. Une maman qui, toute la journée, se consacre à ses enfants, tout le monde la respecte et l’estime. Pourquoi ? Parce que tous ces travaux, toutes ces corvées qui l’accaparent toute la journée, ce ne sont plus des travaux, ce ne sont plus des corvées, c’est de l’amour qui se déploie. Quand le service des autres est l’expression de l’amour qu’on a pour eux, ce qu’il pourrait contenir de servitude disparaît, il ne reste plus que de l’amour. La vie du Christ en est la plus éclatante illustration.

Alors que les scribes et les pharisiens imposaient jusque 613 préceptes de la Loi à respecter. Le Christ, reprenant l’enseignement du Seigneur dans le prophète Osée : C’est l’amour que je veux et non les sacrifices (Osée 6,6) ne nous lègue en tout et pour tout qu’un seul commandement : Aimer, aimer Dieu et le prochain. C’est pourquoi il tient à faire l’éloge de la veuve qui vient déposer son offrande modeste pour les frais du culte et le secours des pauvres. Financièrement cette offrande est insignifiante : deux petites pièces de monnaie. Mais aux yeux du Seigneur qui connaît la valeur des choses elle pèse plus lourd que les grosses sommes données par les riches, elle pèse le poids de la ferveur d’un cœur simple qui donne non pas de son superflu, mais de son nécessaire pour l’amour de son Dieu et des plus pauvres qu’elle, en ayant l’élégance de cacher sa générosité et sa délicatesse en s’approchant discrètement, sans se faire voir.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, le Seigneur nous met en garde contre la recherche du pouvoir, de l’autorité, du prestige comme faisaient les scribes et les pharisiens, parce qu’une telle attitude est en parfaite contradiction avec ce qu’il nous demande. Qu’est-ce qu’il nous demande ? Une seule chose : Aimer. Aimer Dieu et aimer son prochain. Or l’amour se vit à travers des actes où on se met au service de ceux qu’on aime. C’est seulement au cinéma que l’amour consiste à s’embrasser. Dans notre vie de chaque jour, l’amour se vit dans ce qu’on fait pour ceux qu’on aime, dans la peine qu’on se donne pour ceux qu’on aime, dans le service de ceux qu’on aime. Chaque fois que nous avançons dans l’esprit de service, nous nous approchons du Christ. Chaque fois que nous avançons dans   la recherche du pouvoir nous nous éloignons du Christ.

Finalement l’évangile d’aujourd’hui nous amène à nous demander : Est-ce que je marche vraiment à la suite du Christ ? Qu’est-ce qui compte pour moi, le pouvoir ou le service ?

Aimer Dieu et le prochain 3 novembre 2024

Dimanche 3  Novembre  2024, 31e dimanche T.O. année B : Dt 6, 2-6 ; He 7,23-28 ; Marc 12, 28b-34

Le premier de tous les commandements, c’est d’aimer Dieu et le second c’est d’aimer son prochain. Mais comment peut-on parler ici de commandement ? Aimer, ça ne se commande pas.

Qu’est-ce qu’il se passe quand on aime quelqu’un ? On découvre en lui quelque chose qui vous plaît, qui vous attire. On a envie de le revoir, de faire plus ample connaissance et quelque fois ça se termine par un mariage. Mais Dieu…Qu’est-ce qu’il se passe quand on aime Dieu ? Qu’est-ce qu’on découvre en lui qui nous attire ? On découvre qu’il nous aime. Dans pratiquement toutes les religions, Dieu est un être tout puissant, mystérieux, lointain. C’est le créateur de tout ce qui existe, et comme il est lointain et mystérieux, on en a peur, on le craint. On ne sait pas comment l’approcher. Pour obtenir ses faveurs et se protéger de ses colères, on lui offre des sacrifices onéreux : les plus belles bêtes de son troupeau, parfois même des sacrifices humains.

 Mais pour nous chrétiens, notre Dieu n’est pas d’abord tout puissant. Il est d’abord Amour, c’est un Dieu dont l’amour est tout puissant. La toute puissance en lui obéit à l’amour. La Trinité, c’est un dynamisme d’amour où aucune des trois personnes n’est centrée sur elle-même, chacune est ouverture vers les deux autres. Et ce dynamisme d’amour ne reste pas confiné, enfermé sur lui-même, il éclate au dehors et cela donne la création au sommet de laquelle il place les hommes. Dans son amour, le Père les a créés à son image, Il a voulu les considérer comme ses enfants et leur a confié la gestion de toute cette création Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la. ( Gn 1, 28) Pourquoi a-t-il fait tout cela ?  Cela ne lui rapporte rien, d’ailleurs il n’a besoin de rien ni de personne. Simplement, parce qu’il est un Père aimant, il a voulu partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. Dans le credo, on ne dit pas : je crois en Dieu tout puissant mais je crois en Dieu, le Père tout puissant.   

Au contraire des autres dieux, notre Dieu parce qu’il est un Père aimant, n’est pas un Dieu lointain qui s’enferme dans son mystère. Il s’approche et se fait connaître des hommes, ses enfants. Même lorsque ceux-ci se rebellent contre lui, voulant être comme lui et décider par eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal, Il ne les abandonne pas mais suscite des guides, des prophètes pour les remettre sur le bon chemin, pour leur enseigner qui il est vraiment et ce qu’il veut. Finalement il a envoyé sur la terre son Fils qui, en se faisant homme, a uni l’humanité à la divinité comme jamais elles ne l’avaient été auparavant. Jusque là l’homme créé à l’image de Dieu restait encore comme en face de lui, à une certaine distance de lui. Désormais, avec Jésus, vrai Dieu qui, se faisant homme, entre dans l’humanité, il n’y a plus de distance entre Dieu et l’homme, si toutefois nous acceptons de le recevoir, d’être baptisés, car en amour on ne force pas. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu disait St Irénée. Mais ce n’est ni automatique, ni obligatoire. Dieu pousse la délicatesse jusqu’à attendre que nous acceptions d’être unis à lui, pour nous donner part à sa divinité, même si nous sommes pécheurs. Par sa mort sur la croix et sa résurrection, le Christ vainqueur du mal, du péché et de la mort nous a obtenu le pardon de nos péchés et   une réconciliation avec le Père dont personne n’est exclu.

En découvrant l’infinie générosité de Dieu, tout ce qu’il a fait et fait encore pour nous, s’éveille naturellement en nous un sentiment de reconnaissance qui nous fait aimer Dieu en retour. Plus besoin d’explications, plus besoin d’ordre ni de commandement. La reconnaissance nous amène à l’aimer. Cela va de soi. On ne peut pas faire autrement. Non seulement il nous donne la vie et l’univers qu’il nous confie,  mais il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il nous montre par là ce que c’est qu’aimer quelqu’un : ce n’est pas seulement être attiré par lui et jouir de ses qualités (même si cela commence par là) c’est surtout le faire être, tout faire pour qu’il soit heureux et trouve sa joie et son bonheur jusque dans la peine qu’il se donne pour lui… Comme dit l’adage bien connu :Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s ’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Donc pour nous, aimer Dieu, ce n’est pas seulement jouir, profiter de ses bontés, c’est aussi tout faire pour que sa volonté soit faite et que son règne advienne sur toute la terre.

                      Mais le Christ ajoute au premier commandement d’aimer Dieu, le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même et il précise : il n’y a pas de commandement plus grand que  ceux-ci. Impossible de séparer ces deux commandements. Comme Dieu aime tous les hommes, sans exclure personne, si je prétends aimer Dieu, il faut aussi que, comme lui, j’aime mon prochain sans exclure personne. D’ailleurs le Christ le demande : Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Comment nous aimait-il ? Il n’excluait personne, mais il n’aimait pas forcément tout le monde de la même manière. Il avait des préférences. L’évangile nous parle de Jean comme du disciple que Jésus aimait. (Jean 13,23) Il est donc normal et légitime d’aimer davantage ceux qui nous sont proches ou ceux dont nous apprécions les qualités que les habitants de Tokyo ou de Vladivostok dont nous ignorons tout ! Mais nous devons avoir envers tous les hommes, comme le Seigneur, ce parti pris de vouloir leur bien, leur prospérité, leur bonheur.

Les vraies difficultés commencent avec ceux qui ne nous sont pas sympathiques ou pire encore, les malfaiteurs caractérisés, les voleurs et les assassins. Le Seigneur est mort pour eux aussi. Nous ne pouvons pas les exclure. Comment pouvait-il les aimer ? Il ne les aimait pas pour le mal qu’ils avaient commis mais parce que tout pécheurs qu’ils étaient, il les voyait comme encore capables de se repentir un jour… Cela ne veut pas dire que sous prétexte de charité chrétienne, je dois faire confiance aux escrocs et confier la garde de mes enfants, quand je vais faire mes courses, à mon voisin qui est pédophile. Cela veut dire que, comme le Christ, nous ne devons jamais juger quelqu’un comme définitivement mauvais et le rejeter, mais nous devons le regarder comme un malheureux toujours capable de revenir vers le bien. Comme le Christ nous devons toujours être à l’affût du moindre signe de repentir chez lui, pour l’accueillir, comme il a fait avec le bon larron.

Que retenir de tout cela ?

Par la manière dont Dieu nous aime, il nous apprend qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement jouir des qualités qui nous attirent chez lui, c’est aussi tout faire pour le rendre heureux et trouver joie et bonheur dans la peine qu’on se donne pour lui.

Pourquoi aimer Dieu ? parce qu’il ne se dresse pas devant nous comme une Toute Puissance redoutable qui garderait ses distances avec nous, mais comme un Dieu-amour qui dans la toute puissance de son Amour nous regarde comme ses enfants avec qui il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Nous lui devons tout : la vie, toutes nos qualités et nos talents, l’univers qui nous entoure avec toutes ses merveilles. Même lorsque nous nous rebellons contre lui, il nous pardonne et persiste à vouloir nous rendre semblables à lui. C’est pourquoi, avant même d’être un commandement, aimer Dieu c’est un devoir de reconnaissance, nous ne pouvons pas faire autrement.

Pourquoi aimer les autres ? Parce que Dieu les aime, tous, sans exclure personne, même les pécheurs et les mauvais que le Seigneur regarde comme toujours capables de revenir vers le bien. Si nous avons du mal à y parvenir, rappelons nous que le premier dont nous sommes  sûrs qu’il est au ciel, c’est un gangster. Le Seigneur lui a donné sa parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23,43)

Dimanche 27 Octobre 2024

30e dimanche T.O. B Jérémie (31,7-9)  Hébreux (5, 1-6) Marc (10,46b-52)

Voilà une histoire qui se termine bien. Au début Bartimée est aveugle, à la fin il voit clair. Au début, c’est un mendiant, un clochard, un exclu. Il n’est pas dans le match, il est sur la touche, assis sur le côté de la route. A la fin du récit il est rentré dans le match, il est intégré à l’équipe des disciples. Avec  eux, il suit Jésus sur le chemin.

Il était aveugle, mais ce n’était pas un paumé. Comme tout le monde, il avait entendu parler de Jésus et, réfléchissant en lui-même sur ce qu’on lui avait rapporté, il avait reconnu en lui le Messie. Il était aveugle, mais il voyait clair. Quand il a entendu Jésus et la foule qui l’accompagnait arriver, il l’a salué du titre traditionnellement réservé au Messie :  Fils de David, prends pitié de moi ! ça n’a pas plu. On a essayé de le faire taire. On voulait bien reconnaître en Jésus un prophète à l’enseignement remarquable et aux miracles impressionnants, mais pas au point de voir en lui le Messie. Mais l’aveugle, obstiné, n’en criait que plus fort : Fils de David, prends pitié de moi ! Jésus s’arrête alors et le fait appeler. Du coup la foule qui le rabrouait fait volte-face et l’encourage : Lève-toi, il t’appelle. Et lui, jetant son manteau, court vers Jésus.

Peu familiers avec la culture juive, la signification de ce geste risque de nous échapper. Le manteau symbolise l’état, la personnalité de celui qui le porte. Quand Élie jette son manteau sur Élisée, (1Rois19,16) son manteau était le symbole de sa condition de prophète, il jette sur Élisée la condition de prophète dont il le recouvre, il en fait son disciple. Quand l’aveugle jette son manteau, cela veut dire qu’il rejette l’état dans lequel il était jusque-là pour prendre un nouveau départ. Les gens l’ avaient d’ailleurs poussé à prendre ce nouveau départ, car le mot qu’ils emploient en lui disant lève-toi ne veut pas dire simplement : ne reste pas assis, mets-toi debout. Dans le grec de l’évangile, il signifie aussi ressusciter, repartir dans une nouvelle vie.

   Voilà que, arrivé devant Jésus celui-ci lui demande : Que veux tu que je fasse pour toi ? Pourquoi Jésus pose-t-il cette question ? Il sait très bien ce que désire ce pauvre aveugle. Mais il veut que Bartimée exprime tout haut sa demande, manifestant ainsi sa confiance, sa foi. Il sera alors clair pour tout le monde qu’un miracle c’est un geste religieux, c’est la réponse à une prière faite avec foi, et non pas une sorte de coup de force de la toute puissance divine. Jésus n’accorde pas salut, grâce ou guérison, à celui qui ne demande rien. Dieu ne vient pas au secours de celui qui reste couché, dit un proverbe malgache, que ce soit par découragement, paresse ou désespoir qu’il reste couché. Dans sa délicatesse, le Seigneur veut que nous participions à notre salut. Il ne veut pas nous sauver comme on tire de l’eau une épave inerte, mais comme on tire de l’eau un nageur en difficulté qui tend la main vers son sauveteur. Tout heureux de voir l’aveugle jeter son manteau, bondir, courir vers lui et lui demander : Rabbouni, fais que je retrouve la vue, Jésus lui dit : Va, ta foi t’a sauvé ! Aussitôt Bartimée recouvra la vue. Mais St Luc n’arrête pas là son récit,  il ajoute que Bartimée  se mit à la suite de Jésus. Il y a là comme un deuxième miracle du Seigneur. Il n’a pas seulement rendu la vue à Bartimée, il en a fait un disciple.

Comment Bartimée s’est il retrouvé disciple du Seigneur ? Reprenons son cheminement depuis le départ.  Comment se fait-il qu’il soit là, sur le passage du Christ ? Comment se fait-il qu’il l’appelle à son secours ? Il y avait sûrement d’autres aveugles dans la région. Ils ne se sont pas déplacés. Pourquoi lui, Bartimée s’est-il mis en route ? Il faut qu’il ait entendu parler de Jésus, de son enseignement et de ses miracles, mais surtout il faut qu’il ait réfléchi sur tout cela. Et peut-être que justement parce que, étant aveugle, il n’était pas distrait par tout ce qui aurait pu retenir son attention s’il avait été un voyant, il pouvait se concentrer plus facilement sur ce qu’il ressentait intérieurement, réfléchir, méditer là-dessus et finalement il en a conclu : quelqu’un qui parle comme ce Jésus, qui fait des miracles comme ce Jésus , ça doit être le Messie. Alors il est parti de là où il habitait, il s’est mis en route et il a supplié Jésus : Fais que je retrouve la vue Mais le Seigneur a fait davantage, il a donné bien plus que ce qui lui était demandé.

 En disant à Bartimée : Va, ta foi t’a sauvé il le reconnait comme sien, comme disciple, et il l’envoie témoigner : Va ! Il n’y a pas là un miracle, mais deux. Premier miracle Bartimée recouvre la vue. Deuxième miracle Bartimée se retrouve disciple. Il était venu simplement demander de recouvrer la vue, il se retrouve, en plus, disciple. St Paul parlera plus tard du Seigneur comme de celui   dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)

Dans l’histoire de Bartimée, il y a pour nous un enseignement précieux : Dans son malheur d’être aveugle, il avait la chance de ne pas pouvoir être distrait par tout ce qu’il avait sous les yeux, et il avait tout le temps de réfléchir sur ce qu’il ressentait intérieurement. Et c’est à partir de cela qu’il s’est mis en route pour aller se poster sur le chemin du Seigneur. Nous autres, nous sommes bien souvent tiraillés de tous côtés, l’esprit encombré d’une foule de préoccupations, sautant d’une tâche à une autre. Nous pourrions peut-être faire comme Bartimée, prendre le temps de réfléchir sur tout ce que nous avons ressenti intérieurement et relever ce qui nous a touchés et rapprochés de Dieu pendant la journée : la beauté de la nature en automne, quelque chose que nous avons surpris en regardant la télé, ou dans une conversation, en voyant le dévouement et la générosité de quelqu’un, en écoutant une homélie ou une lecture de l’Écriture à la messe. On nous a appris à faire notre examen de conscience pour voir le mal que nous avons fait et nous en repentir, c’est très bien. Mais pourquoi examiner sa journée pour n’y rechercher et n’y voir que le mal ? C’est absurde. Il faut être tordu pour faire ça. Pourquoi ne pas regarder aussi tout ce qui s’est passé de bien et qui est la trace de Dieu dans nos journées ? Parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Alors assez de temps perdu. Mettons nous sérieusement à recenser tout ce que nous avons vu, senti, éprouvé, dit ou fait de bien dans nos journées. Même s’il s’agit de choses banales et ordinaires. Dieu est là. Si on nous disait que le Christ vient d’apparaître sur la Place de la Concorde, entouré d’une escorte d’anges en grand uniforme, avec chacun une paire d’ailes dorées dans le dos, ce serait la ruée, mais comme il est là en permanence dans le dévouement discret mais soutenu à toute heure du jour et de la nuit du personnel soignant des hôpitaux et des Ephad, dans le quotidien pas spectaculaire du tout de tant d’ obscurs prêtres de paroisse au service de tous, dans les efforts  soutenus dans les familles pour que chacun  de leurs membres puisse être heureux, personne ne s’en aperçoit. Nous sommes tous des disciples d’Emmaüs, cheminant tristement, accablés par l’absence de Dieu sans voir qu’il et là marchant  à nos côtés. Chaque fois qu’il y a quelque part dans le monde quelque chose de bien, Dieu est là. Chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Est-ce que nous savons le voir ? Au lieu de méditer et de contempler Bartimée nous ferions mieux de faire comme lui et de supplier le Seigneur Fais que je recouvre la vue !

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, il y a le miracle où Jésus guérit Bartimée de sa cécité et puis il y a le miracle spirituel où le Seigneur transforme le mendiant, le clochard, l’exclu, en disciple. Mais pourquoi tout cela s’est-il passé ? parce que Bartimée, touché par ce qu’il avait entendu dire de Jésus,  touché par ce qu’il avait ressenti au fond de son cœur a reconnu : ça, c’est le Seigneur, c’est lui qui est là.

                        Aujourd’hui encore, le Seigneur passe au milieu de nous. Saurons-nous le reconnaître ? Pensons à reconnaître chaque jour tout ce qui est beau, tout ce qui a été bon, tout ce qui a été bien et qui est la trace de Dieu dans nos journées. Il est là, prêt à nous guérir de nos aveuglements, à l’affût, guettant u signe, un appel de notre part, pour y répondre. Ne laissons pas passer notre chance.

Dimanche 20 Octobre 2024


Isaïe (53,10-11) Heb.(4,14-16) Marc (10,40-45)
Lorsque Jacques et Jean demandent à Jésus de siéger à ses côtés dans sa gloire, ils ne se rendent pas compte que cette gloire telle qu’ils se l’imaginent n’a rien à voir avec ce qu’elle est en réalité. Pour eux, la gloire, c’est le prestige, l’honneur, la renommée, tandis que la gloire pour Jésus, c’est le resplendissement de son amour dans toutes les circonstances quelles qu’elles soient, même et surtout dans les circonstances éprouvantes. La gloire de Jésus, c’est le resplendissement de son amour dans le dénuement de Bethléem, dans la pauvreté de Nazareth dans l’hostilité et l’incroyance des coeurs fermés auxquels il se heurte tous les jours et par-dessus tout, la gloire de Jésus, c’est cette gloire qui resplendit quand il passe à travers les terribles souffrances de la Passion et de la mort sur la croix avant de ressusciter au matin de Pâques, sans que jamais ne fléchisse son amour pour nous. Car c’est surtout dans sa passion et sa mort sur la croix que la gloire du Christ se manifeste.
Mais nous avons du mal à l’admettre. Obsédés par le fait que ce sont nos péchés qui ont causé la passion du Christ et sa mort sur la croix, la plupart du temps nous considérons la Passion et la mort du Christ en croix comme un crime épouvantable dont nous portons la responsabilité et nous avons du mal à voir que vues du côté du Christ, sa Passion et sa mort sur la croix sont la plus haute manifestation de sa gloire puisque c’est là que se manifeste de la manière la plus éclatante son amour sans limites. Lui-même a essayé de le faire comprendre à ses apôtres lorsqu’au soir du Jeudi Saint évoquant sa passion et sa mort imminentes, il leur a confié : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23) Nous disons souvent que ses ennemis se sont emparés de lui, ce qui est faux, puisque c’est lui qui s’est livré. Il est monté à Jérusalem sachant bien ce qui l’attendait et à trois reprises, il l’avait annoncé à ses disciples, tout en leur précisant bien : Ma vie nul ne me l’enlève, mais je m’en dessaisis de moi-même. (Jean 10,18) Lorsqu’ils demandent à Jésus les premières places dans sa gloire, Jacques et Jean ne se rendent pas compte qu’ils demandent aussi le premières places à ses côtés dans sa Passion. C’est bien pourquoi Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Dans la deuxième partie de l’évangile, le Christ explique à ses apôtres en quoi consiste la grandeur dans le Royaume. Comme toujours son enseignement est déconcertant. D’habitude, la grandeur on la trouve chez ceux qui dominent en maîtres et font sentir leur pouvoir Dans le Royaume, dit le Christ, la grandeur, on la trouve chez ceux qui se mettent au service des autres, celui qui veut être le premier doit se faire l’esclave des autres. Comment servir les autres, se faire leur esclave peut-il faire de nous les premiers et nous conférer quelque grandeur ?
Si, poussé par la misère, je suis obligé de me mettre au service de quelqu’un, il n’y a rien là de glorieux, je me retrouve à un niveau inférieur dans la société. Mais si c’est par amour que je me mets au service de quelqu’un, c’est autre chose. Une maman par exemple qui toute la journée se consacre à ses enfants, tout le monde la respecte et l’estime. Pourquoi ? Parce que tous ces travaux toutes ces corvées qui l’accaparent toute la journée, elle ne les fait pas parce qu’elle est forcée de le faire par quelqu’un qui la contraint, elle ne les fait pas pour un salaire, elle les fait parce qu’elle aime ses enfants. Tous ces travaux, toutes ces corvées, ce ne sont plus des travaux, ce ne sont plus des corvées, c’est de l’amour en actes, c’est de l’amour qui se déploie. Quand le service des autres, est l’expression de l’amour qu’on a pour eux, ce qu’il pourrait contenir de servitude disparaît, on n’y voit plus que de l’amour. La vie du Christ en est la plus éclatante illustration.
Et pour que nous comprenions bien, Jésus ajoute : moi, je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. Le Jeudi Saint au soir, il en fera la démonstration en lavant les pieds de ses disciples et en leur laissant une consigne on ne peut plus claire : Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné ; ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi. (Jean 13,14,15) Or ce geste de laver les pieds des hôtes était courant dans l’Orient pour honorer un hôte qui était arrivé par de chemins poussiéreux ou boueux. Mais il était considéré comme un geste humiliant qu’on ne pouvait même pas demander à un esclave juif. C’est pourquoi en voyant Jésus leur laver les pieds les apôtres ont été extrêmement choqués.
Si vous voulez, pour essayer de transposer de nos jours et dans notre culture, je dirais imaginez que l’archevêque que vous avez invité à dîner se lève de table et s’en aille nettoyer les cabinets. Impensable, inadmissible. Les apôtres ont eu du mal à accepter ce geste et cet enseignement du Christ. Nous aussi, aujourd’hui. Le Seigneur est formel : Si quelqu’un veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce. (Marc 8,14) ; Si je veux être disciple du Christ, il faut que je m’efface, que je me taise, que je le laisse parler, que j’accueille sa parole, qu’elle me plaise ou non, qu’elle aille dans mon sens ou qu’elle me dérange. Quelquefois on croit accueillir le Christ alors qu’on accueille seulement un Christ tamisé, filtré ; On n’a laissé entrer en nous que ce qui s’accorde avec nos manières et ne tranche pas trop avec nos usages. L’évangile d’aujourd’hui est inquiétant. Il nous accule à vérifier. Est-ce que c’est bien le Christ tout entier que je reçois ? Ou est-ce que je le censure, n’accueillant qu’un Christ tamisé, filtré, rétréci à la taille de mon étroitesse d’esprit ? retaillé à nos dimensions.


Que retenir de tout cela ?
Que Jacques et Jean aient le désir de siéger aux premières places dans le Royaume, après tout, il n’y a rien de mal, ils veulent être le plus près possible du Seigneur, rien là que de très louable. D’ailleurs dans n’importe quel domaine, que ce soit dans les études, le sport ou les affaires il n’y a rien de mal à vouloir être le premier, à condition que ce ne soit pas en trichant, en fraudant ou en causant du tort injustement au prochain.
Vouloir être parmi les premiers dans le Royaume des cieux, c’est très bien, mais le chemin à suivre pour y parvenir est ardu et ne mène pas à la célébrité des vedettes du sport, aux richesses des grands hommes d’affaires, ou au prestige et à la puissance des grands hommes politiques. Vouloir être parmi le premiers dans le Royaume, c’est viser à suivre le Christ, au plus près, sur la voie de l’amour et du service. Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous, ou aussi nous devons donner notre vie pour nos frères écrit St Jean (1 Jean, 310) Est-ce que, enfermé dans mon univers mesquin, je n’accueille qu’un Christ tamisé, censuré, compatible avec mes étroitesses ? Suis-je capable de me renoncer, de m’effacer, de laisser parler le Christ, d’écouter sa parole sans chercher à la filtrer et à ne retenir que ce qui ne me gêne pas trop ?

Dimanche 13  Octobre  2024

(Sag,7,7-11)—(Heb.4,12-13)—(Marc 10,17-30)

Aujourd’hui dans l’évangile, le Christ nous parle du danger des richesses. Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu, dit-il.…Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Ses propos sont durs. Pourquoi est-ce si difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ? Qu’est-ce qui est si mauvais dans les richesses ?

Cet homme riche qui se jette aux pieds de Jésus, c’est certainement quelqu’un de fervent. Depuis sa jeunesse, il a observé les commandements. Il a entendu parler de Jésus et il a été tellement touché par son enseignement qu’il vient se jeter à ses pieds pour lui demander conseil : Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? Cependant, lorsque Jésus lui propose de vendre ses biens, de les donner aux pauvres et de le suivre, trop attaché à ses richesses, il cale. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens nous dit l’évangile. Comment se fait-il que la richesse arrive à détourner du Christ cet homme plein d’ardeur dont l’enthousiasme avait ému le Seigneur qui posa son regard sur lui et l’aima ? Qu’y a-t-il donc de si pernicieux dans la richesse ?

La richesse, ce n’est pourtant pas quelque chose de mal. C’est un don de Dieu, un signe de la générosité divine, de plus, elle consacre la réussite de l’effort. Dieu enrichit ceux qu’il aime. La Bible  nous rapporte qu’Abraham était très riche (Gen.13,2) et qu’Isaac et Jacob étaient eux extrêmement riches (Gen.26,13…30,43). La richesse est un bien que tout le monde recherche. Personne ne veut être pauvre, personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvres. Pourtant, l’évangile d’aujourd’hui nous le montre, la richesse peut être un mal qui détourne de Dieu.

Comment la richesse qui au départ est un don de Dieu, devient-elle un mal qui nous détourne de lui ? En permettant à celui qui en possède de se procurer tout ce qu’il veut et de satisfaire tous ses désirs, la richesse peut donner au riche un sentiment de toute puissance absolue et d’indépendance totale, comme si  elle  le créait à nouveau, faisant de lui quelqu’un de tout puissant. Le riche se retrouve alors dans une attitude diamétralement opposée à celle du croyant qui, devant Dieu se reconnaît faible limité et essentiellement dépendant. La richesse, au lieu de renforcer son attachement à Dieu puisqu’elle est un don venant de lui, peut l’amener à le renier comme le disait le Deutéronome : Quand tu auras mangé et te seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et y habiteras, quand tu auras vu se multiplier ton gros et ton petit bétail, abonder ton argent et ton or, s’accroître tous tes biens, n’oublie pas alors Yahvé ton Dieu. Garde toi de dire en ton coeur : c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’a donné ce pouvoir. Souviens-toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné ce pouvoir. (Deut.8,12). Pour le croyant c’est Dieu qui le crée, qui le fait être ce qu’il est. Pour le riche, c’est la richesse qui le fait être ce qu’il est Autrement dit la richesse a pris la place de Dieu dans le cœur du riche. Pour lui son dieu, c’est la richesse.

De plus, la plupart du temps le riche, n’est jamais satisfait, il en veut toujours plus, il n’a plus qu’un but dans l’existence : amasser toujours plus de richesses par tous les moyens. Et c’est là que la richesse qui nous a déjà  coupé de Dieu va nous couper maintenant de l’autre qui n’ est plus quelqu’un à aimer, mais un rival à dépasser, un concurrent à écraser.  La passion des richesses balaye tout scrupule tout souci de justice et toute sollicitude pour les autres. L’histoire nous le montre au long des siècles : la recherche effrénée de l’argent et du profit, l’amour des richesses sont à l’origine de toutes les luttes, de tous les conflits sociaux de toutes les crises économiques   et de toutes les guerres. On en arrive à des sociétés comme la nôtre où le progrès ne vise pas à ce que les hommes vivent mieux, mais à ce que le profit et la rentabilité financière soient toujours meilleurs, même si les rythmes de travail inhumains compromettent la santé des travailleurs déclenchant des « burn out » à tous les niveaux, depuis le grand patron jusqu’au dernier des manoeuvres sans spécialité. St Paul l’avait vu bien avant nous qui disait, péremptoire : La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. (1Tim.6,10)

Mais l’amour de l’argent ne touche pas seulement les riches, il peut atteindre aussi les pauvres, qui, ressentant durement le manque, sont quelquefois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir par tous les moyens. Madeleine Delbrel, l’apôtre des déshérités d’Ivry disait : Il y a pire que les riches, c’est les pauvres. Si tout le monde, aussi bien les riches que les pauvres peut être contaminé par l’amour de l’argent qui ruine toute vie religieuse, sociale, familiale ou personnelle, alors, qui peut être sauvé ? Pour les hommes, c’est impossible, nous dit le Christ, mais pas pour Dieu. Comment cela ? Par son Esprit qui nous éclaire, le Seigneur nous fait prendre conscience de notre misère : nous n’arrivons pas à faire le bien que nous aimons et nous faisons le mal que nous n’aimons pas (Rom 7,17,24). A partir de là, nous allons nous tourner vers lui, lui demander son aide. Lui, dont l’amour jamais ne varie, va nous sauver. C’est plus fort que lui, il ne peut pas faire autrement, il ne  peut pas se détourner d’un pauvre qui appelle au secours. Il ne cesse de le répéter au long de siècles : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Isaïe 66,1,2)

Que retenir de tout cela ?

La richesse est un don de Dieu qui enrichit ceux qu’il aime et la récompense de l’effort. Mais elle devient un cancer mortel lorsque le désir des richesses tourne à l’addiction et prend toute la place dans notre cœur. Les riches sont plus exposés que les pauvres à attraper ce cancer. Enivrés par l’amour de l’argent et le désir d’en avoir toujours plus, emportés par un orgueil illusoire, ils croient n’avoir plus besoin de rien ni de personne  et surtout pas de Dieu. C’est pourquoi, oui, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux.

Mais les pauvres ne sont pas à l’abri du danger des richesses. Car, ressentant durement le manque, ils sont parfois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir à tout prix. Pour eux aussi, la richesse peut devenir une addiction mortelle.

On pourrait dire que la richesse est un bien qui peut avoir des effets secondaires mortels lorsque devenue une véritable addiction elle nous détourne de Dieu et ruine toute vie sociale, familiale et même personnelle, tandis que la pauvreté est un mal qui peut avoir des effets secondaires positifs dans la mesure  où nous faisant prendre conscience de tout ce qui nous manque, elle  nous aide à nous faire sentir que nous avons besoin de l’aide de Dieu et nous amène à  nous tourner vers Lui.

C’est pourquoi le mieux est encore d’en revenir à la prière d’Agur dans le livre de la Sagesse : ne me donne ni pauvreté ni richesse. Laisse moi goûter ma part de pain, de peur qu’étant comblé je ne me détourne et ne dise : Qui est Yahvé ? ou encore qu’étant indigent je ne dérobe et ne profane le nom du Seigneur. (Prov.30,9)

les trois regards de Jésus

Mc 10, 17-30

L’Évangile que nous venons d’entendre nous raconte une histoire de rencontre qui se termine mal entre Jésus et un homme riche. Ce qui conduit Jésus à nous dire que les richesses rendent très difficile l’entrée dans le Royaume de Dieu.

Pour nous guider dans cet évangile, je vous propose de nous laisser guider les trois regards de Jésus qui rythment ce passage.

Le premier regard de Jésus, c’est le regard pour cet homme qui accourt et s’agenouille devant lui alors que Jésus se met en route. Cet homme demande : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus ne lui permet pas de l’appeler bon, sans doute parce qu’il soupçonne derrière ce qualificatif, une forme de flatterie, une manière pour l’homme de s’attirer les faveurs de Jésus. Or Jésus ne veut jamais être obligé par personne, à quoi que ce soit. Jésus ne suit que la volonté de son Père. Il veut rester libre et répond : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements ». Et Jésus de citer parmi les dix paroles, celles qui concernent la relation au prochain, avec cette particularité : alors que ces commandements commencent par « honore ton père et ta mère », Jésus cite ce commandement en dernier. C’est comme si Jésus voulait changer la manière de voir la vie de cet homme. Cet homme a observé les commandements depuis sa jeunesse, il les a certainement reçus de ses parents et il s’adresse à Jésus de manière à chercher son affection, pour qu’il lui donne la recette pour « avoir la vie éternelle en héritage », comme il a reçu de ses parents les commandements et la richesse. Pour cet homme la vie éternelle est du même ordre que tout ce qu’il a reçu de ses parents, quelque chose que l’on peut posséder comme un héritage, quelque chose qui nous assure un avenir et des lendemains heureux.
Quelque part dans la vie de cet homme, la relation à ses parents, à l’héritage qu’il reçoit d’eux a pris la place de Dieu est devenue une idole dont Jésus veut le débarrasser.

C’est pour cela qu’il le regarde et l’aime. C’est parce que le don de la vie éternelle, est de l’ordre de l’être et non pas de l’avoir. La vie éternelle c’est connaitre ce regard de Jésus qui nous aime et nous libère !

Jésus a vu que cet homme est chargé comme un chameau de tout ce qu’il a reçu depuis sa jeunesse, que l’héritage reçu de ses parents, ses richesses qui auraient pu l’aider, sont pour lui un fardeau sur le chemin de la vie éternelle parce qu’elles ont pris la place de Dieu. Alors il l’invite à tout laisser pour que Dieu lui-même soit son unique trésor.

On pourrait objecter que cet homme devait avoir une vocation bien particulière et que tout laisser pour suivre Jésus est réservé à quelques-uns, et que cela ne nous concerne pas ! Pourtant le deuxième regard de Jésus vient nous montrer que cette invitation à tout laisser pour suivre Jésus nous concerne tous. « Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Qui possède des richesses ici ? Nous tous. C’est donc pour nous tous ce matin que Jésus dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu !Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »

Pourquoi est-ce que Jésus dit cela ? Pourquoi est-ce que les richesses rendent si difficile l’entrée dans le royaume de Dieu ?

Les richesses ne sont pas mauvaises en soi, elles sont des moyens que Dieu nous donne pour vivre les uns avec les autres, et lui rendre gloire par notre vie. Le problème c’est que nous préférons souvent les richesses à celui qui en est la source, les dons au donateur.

Or, le Royaume de Dieu, ce n’est pas posséder des richesses, ce n’est pas de l’ordre de l’avoir, mais c’est une relation d’amour, un échange de regard entre Dieu et nous. Les richesses que nous avons (les biens, les qualités, l’expérience, la réputation, le regard des autres, la sécurité, le confort, les projets) peuvent petit à petit prendre la place de Dieu dans notre vie, c’est-à-dire nous donner l’impression que nous avons de la valeur, que nous sommes quelqu’un, parce que nous les possédons. Nous pouvons faire un test : que devenons nous quand soudain nous perdons ce qui fait notre richesse, tel bien, tel poste, telle reconnaissance sociale, tel revenu. Si cela ne nous dérange pas, cela veut dire que nous n’y sommes pas attaché et que Dieu garde sa place dans notre cœur. Si au contraire cela provoque une tempête en nous, c’est que petit à petit cette chose avait pris la place de Dieu dans notre vie et nous empêchait d’entrer dans le Royaume ;

Dieu ne nous interdit pas de posséder des richesses et d’en faire profiter les autres, mais nous demande d’être vigilant à ce que ces richesses ne prennent pas sa place.

C’est difficile ? Oui et non. Oui parce qu’il n’est jamais facile de se détacher des richesses et non parce qu’il y a le dernier regard de Jésus : « Jésus les regarde et dit:
« Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Laissons-nous habiter, posséder parce de regard de Jésus qui est le trésor de notre vie et peu nous rendre libre par rapport à toutes les idoles que nous accumulons et qui nous empêchent d’entrer dans la joie du Royaume de Dieu. Nous sommes aimés de Jésus, infiniment, c’est la richesse des pauvres et cette richesse-là personne ne nous l’enlèvera jamais. Amen.

Dimanche 6 octobre 2024

Genèse (2,18-24)  Hébreux (2,9-11)  Marc (10,12-16)

Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Difficile d’accepter cette parole. De nos jours, lorsqu’un homme et une femme se marient, ils considèrent que c’est leur choix, leur décision. Ils acceptent de bonne grâce les félicitations et les vœux de bonheur de leurs parents et amis mais n’aiment pas beaucoup qu’on interfère dans leur décision Leur mariage, c’est leur affaire à eux, leur volonté à eux. S’ils sont chrétiens ils acceptent volontiers que le Seigneur bénisse leur union, parfois même ils vont  jusqu’à reconnaître que c’est Dieu qui a mis leur fiancé(e) sur leur chemin, Mais est-ce qu’ils croient vraiment que c’est Dieu qui les a unis ? J’en doute fort.

Et pourtant…On pense généralement que c’est l’amour qui est à la base de l’union des conjoints dans le mariage. Or il n’y a qu’une seule source d’amour dans le monde, c’est Dieu. Donc c’est bien Dieu qui unit les conjoints, puisque l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre ne peut venir que de lui. Mais encore faut-il que les mariés s’aiment d’amour.

Car on peut aimer quelqu’un sans l’aimer d’amour. Il y a de tas de gens qu’on aime bien sans les aimer d’amour. On goûte, on apprécie  les qualités, les talents, ses capacités d’une personne, il est sympathique, on l’aime bien, sans plus. Je peux aimer le général de Gaulle, pour  sa personnalité  et son génie politique ou Kylian Mbappé pour son adresse au football,  il n’y a pas d’amour là-dedans !  

Et surtout, en toute bonne foi, on peut prendre pour de l’amour les sentiments sincères, l’attachement profond qu’on  a pour quelqu’un. C’est ainsi que dans beaucoup de films, de romans ou de chansons, l’amoureux c’est une personne qui a très envie de l’autre à qui elle déclare avec une entière sincérité: « je ne peux pas vivre sans toi » ou « j’ai besoin de toi ». Mais où est l’amour de l’autre là-dedans ? Quand je dis « j’ai besoin de toi, je ne peux pas vivre sans toi », ce n’est pas toi que j’aime c’est moi profitant de tes qualités. Des couples se forment ainsi, croyant s’aimer, en toute bonne foi, alors qu’il n’y a pas amour entre eux. Chacun prend plaisir à être en compagnie de l’autre, il apprécie son caractère, son physique, il prend plaisir à parler ou à travailler avec lui donc il pense :  je l’aime.  Oui, mais il ne l’aime pas d’amour ; d’ailleurs, ce n’est pas l’autre qu’il aime, mais lui jouissant des qualités, des talents, de la personnalité de l’autre. Souvent, au bout d’un certain temps, l’un des deux ou chacun des deux se rend compte que l’autre le consomme, le consume, le détruit et le couple se sépare. Il arrive aussi, grâce à Dieu,  que le couple évolue et que les sentiments que chacun éprouve pour l’autre se transforment en véritable amour où chacun construit l’autre.

Qu’est-ce qu’il faut pour qu’il y ait amour ?  Il faut que les sentiments, l’attachement, le désir que je peux avoir pour quelqu’un en arrivent à un point où je mets l’autre au-dessus de moi, je le fais passer avant moi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire. Regardez un bébé dans son berceau : il attrape tout ce qui passe à portée de ses mains, même son pied et le porte à sa bouche. Par nous-mêmes, étant donnée notre psychologie, par nature, nous sommes centrés sur nous-mêmes, incapables de mettre quelqu’un au-dessus de nous, de le faire passer avant nous, de l’aimer d’amour. Autrement dit, l’amour n’est pas un sentiment humain. Pourtant nous arrivons à aimer d’amour. Autour de nous des couples s’aiment d’amour, des parents et des enfants s’aiment d’amour. Comment est-ce possible ? Il faut que l’amour que nous avons dans le cœur vienne d’ailleurs, d’au-dessus de nous. C’est Dieu, qui nous a créés à son image, qui  nous rend capables


d’aimer. Quand dans un couple, un homme et une femme s’aiment, c’est que Dieu a donné à cet homme-ci un amour spécial pour cette femme-ci et à cette femme-là un amour spécial pour cet homme-là.1°) Le Christ peut donc dire à propos du mariage : ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Il n’y a là rien de choquant. Et cela n’empêche pas chacun des époux de s’engager par une décision libre et personnelle.

2°) D’autre part il est juste de parler du mariage comme d’un engagement vocationnel comme le fait le pape François dans son exhortation apostolique La joie de l’amour. Le mariage est bien une vocation puisque le Seigneur en donnant à chacun des époux de s’aimer  les appelle à cet engagement.  

3°) Et enfin, puisque Dieu est à la base du mariage dans lequel s’engagent les époux, ils peuvent s’engager pour la vie, c’est du solide, cela ne repose pas sur des sentiments humains incertains et fluctuants, Dieu est derrière. Cela ne veut pas dire que tout sera facile. Car même si des époux ont dans le coeur un amour authentique venant de Dieu, chacun aura tous les jours à lutter pour se maintenir à ce niveau-là et  persister à mettre l’autre avant lui chaque jour.

Maintenant supposons un couple tout à fait de bonne foi, qui se marie à l’église mais qui n’y voit pas très clair, il ne croit pas vraiment que l’amour qui les unit vient de Dieu et que leur mariage est un engagement vocationnel, Y a-t-il sacrement ? Non. Pour qu’il y ait sacrement, il ne suffit pas que les paroles sacramentelles soient prononcées : « Consentez-vous… ? J’y consens, » il faut qu’elles soient prononcées dans la foi et avec l’intention de faire ce que veut l’Eglise. Quand je célèbre la messe, lorsque, ayant l’hostie en mains , je prononce les paroles de la consécration, le pain devient corps du Christ. Mais si, ayant en mains mon trousseau de clefs, je prononce les paroles de la consécration, mon trousseau de clefs ne devient pas le corps du Christ. Et si ce couple qui s’est marié à l’église sans trop comprendre de quoi il s’agit, se sépare,  y a-t-il divorce religieux ? Non, leur mariage était  invalide. D’où la prise de position du pape François d’autoriser, après enquête, un certain nombre de divorcés à recevoir la communion. Il ne change rien à l’indissolubilité du mariage, mais il se trouve que certains mariages, quoique célébrés à l’église sont nuls, il n’y a pas eu sacrement. Le 16 Juin 2016, lors de l’ouverture du congrès ecclésial du diocèse de Rome, le pape François interrogé par des laïcs est allé jusqu’à dire : La grande majorité des mariages célébrés dans l’Eglise catholique sont nuls.(La Croix du lundi 15 Octobre 2018). Raison de plus pour nous de ne pas jamais juger et encore moins condamner des divorcés. Nous ne connaissons pas leur histoire. Et surtout il faut savoir que ceux qui se marient sans comprendre qu’il s’agit d’un engagement sacramentel, ne sont pas mariés selon ce que l’Eglise voit dans le sacrement de mariage.

Que retenir de tout cela ?

Il ne convient  pas  d’appeler amour n’importe quel attachement qu’on peut avoir pour quelqu’un. On peut aimer quelqu’un sans l’aimer d’amour. Quand est-ce qu’on aime d’amour ? Lorsque les sentiments qu’on a pour quelqu’un sont tels qu’on met ce quelqu’un au-dessus de soi, on le fait passer avant soi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire. Par nature nous sommes centrés sur nous-mêmes. C’est pourquoi l’amour qui nous fait mettre un autre avant et au-dessus de nous-mêmes n’est pas un sentiment humain. C’est quelque chose que Dieu, seule source d’amour, nous donne. En nous créant à son image et en nous unissant à lui en Jésus Christ et par notre baptême, Dieu nous fait participer à son Etre d’Amour et nous rend capables d’aimer d’amour. C’est pourquoi le Christ peut dire tout-à-fait légitimement à propos du mariage : Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Cela n’altère en rien le consentement libre et personnel de chacun des conjoints, mais nous invite à admirer la délicatesse de l’intervention de Dieu au plus


intime de nous. « Dieu plus intime encore que le plus intime de moi, meilleur encore que le meilleur de moi » disait, je crois, St Augustin. (Deus intimior intimo meo, superior summo meo)


Dimanche 29 Septembre 2024, Fromelles

26e dimanche T.O. B : Nombres (11,25-29) Jacques (5,1-6) Marc (9,38-43.45.47-49)

Je commenterai seulement la première partie de cet évangile où le Christ nous dit : Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

Devant l’initiative d’un étranger au groupe des apôtres qui expulsait des démons, les douze ont réagi en l’en empêchant. D’après eux, pour expulser des démons, il faut faire partie de ceux qui suivent le Maître. Jésus n’est pas d’accord avec cette intransigeance et cet esprit de clocher. Il explique à ses apôtres que celui qui fait un miracle en son nom ne peut être exclu. La puissance de Dieu est nécessairement en lui. Celui qui n’est pas contre nous est avec nous. Ceci est encore vrai aujourd’hui. La grâce de Dieu travaille partout dans le monde et pas seulement à l’intérieur de l’Église officielle, auprès des croyants pratiquants. L’Esprit Saint ne demande pas qu’on lui présente ses jetons de présence à la messe du dimanche pour éclairer les hommes et leur donner d’agir selon la vérité et la justice. Chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là agissant. Celui qui fait le bien est de Dieu, car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu. Réjouissons-nous donc de ce que partout où quelque chose de bien est fait, Dieu soit là, agissant, même si celui qui fait le bien n’est pas un croyant fervent ni un fervent pratiquant.

Mais alors qui est du Christ et qui n’en est pas ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ce n’est pas clair. Qui est du Christ ? Les baptisés, croyants, pratiquants, on peut les considérer comme des disciples du Christ même s’ils ne sont jamais parfaits, et demeurent des pécheurs. 

Mais il y a les baptisés, croyants qui pratiquent peu ou pas leur religion, plus ou moins Judas. Est-ce qu’ils sont encore du Christ ? Dieu seul le sait. Et nous, nous ne pouvons pas en juger.

Et puis il y a des non baptisés qui parfois sont des croyants. Croyants en qui, en quoi ? Eux-mêmes ne le savent pas toujours. Sont-ils des nôtres ? Dieu seul le sait. Et là encore nous ne pouvons pas en juger.

Et puis enfin il y a des incroyants Pour ceux-là, on est tenté de dire, c’est clair, ils ne sont pas du Christ. Oui mais ces gens là sont bien souvent des braves gens, qui font le bien autour d’eux. Mais alors s’ils font le bien, Dieu est avec eux, puisqu’il n’y a qu’une source de bien, c’est Dieu. Alors, qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? La frontière entre les deux n’est pas nette.

Qui est d’Église ? et qui n’est pas d’Église ? Qu’est-ce que ça veut dire Église ? Cela désigne ceux qui sont appelés par convocation, du grec ek-kaleô. Qui fait partie de l’Église ? Il est sûr que ceux qui ont répondu à l’appel, sont baptisés et pratiquants en font partie, mais ça ne veut pas dire que les autres n’en font pas partie, cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas appelés, eux   aussi.   Est-ce qu’on peut imaginer que Dieu, notre Père laisserait de côté une partie de ses enfants ?

Trois choses sont sûres.

La première c’est que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, comme l’écrit St Paul à Timothée (1Tim.2,4) Tous les hommes sont appelés à être sauvés.

-La deuxième, c’est que ceux qui ont répondu à l’appel, sont croyants, baptisés et pratiquants, on peut penser qu’ils sont du Christ et de l’Église,

-La troisième c’est que ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, même s’ils ne sont pas baptisés ni pratiquants, le Christ les revendique comme siens lorsqu’il dit Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

De cette parole découlent deux conséquences : d’abord nous ne pouvons pas juger, jamais nous ne pouvons exclure quelqu’un et dire qu’il n’est pas du Christ. Ensuite, la parole du Christ nous montre que ce à quoi on reconnaît un Chrétien, c’est à sa manière de vivre en faisant le bien Un chrétien c’est quelqu’un qui fait le bien, qui agit comme ferait le Christ. Déjà le prophète Osée l’enseignait : On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu. (Osée 6,8)

Nous ne sommes pas quittes une fois que nous avons fait des prières et assisté à la messe le dimanche. Par nos prières et notre assistance à la messe nous nous rapprochons du Seigneur afin de puiser auprès de lui la force d’agir ensuite comme lui. Une prière qui ne débouche pas sur une action est une prière avortée. En venant à la messe ce matin qu’est-ce que nous faisons ? Nous nous approchons du Seigneur, pour lui offrir, en même temps que le sacrifice du Christ,  nos travaux de la semaine passée, la peine que vous les chefs de famille vous vous êtes donné pour que vos femmes et vos enfants aient tout ce qu’il faut ; le soin que vous avez pris, vous les mères de famille, pour que tout le monde soit heureux dans une maison confortable où personne ne manque de rien ; les efforts que vous  les enfants et les jeunes vous avez faits pour développer dans l’étude les talents que le Seigneur vous a donnés. En le remerciant de nous en avoir rendu capables, nous offrons au Seigneur tout ce bien que nous sommes parvenus à faire avec son aide et nous nous offrons pour qu’il nous transforme, nous rende toujours plus pareils à lui et nous rende capables de faire mieux la semaine qui vient. C’est ce que dit le prêtre dans la prière qui précède l’élévation : nous te supplions Père de consacrer ces offrandes que nous apportons : sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent, le corps et le sang  de Jésus Christ Notre Seigneur qui nous a dit de célébrer ce mystère, c’est-à-dire pour que nous devenions comme Jésus Christ., capables d’agir comme lui.

Que retenir de tout cela ?

Qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ceux qui font le bien et agissent comme le Christ agirait. Normalement ceux qui sont croyants, baptisés et pratiquants sont du Christ et de l’Église. De plus, ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, le Christ, en disant : Celui qui n’est pas contre nous est avec nous les reconnait comme siens, même si ce sont des migrants, musulmans, pas baptisés ni croyants ni pratiquants.

D’autre part cet évangile nous enseigne deux choses.

– La première c’est qu’un chrétien c’est quelqu’un qui agit comme le Christ agirait. On ne peut pas définir les chrétiens comme on le fait trop souvent comme ceux qui vont à la messe. Le sacrifice de la messe c’est ce qui transforme des chrétiens déjà uns avec le Christ depuis leur baptême pour les rendre toujours davantage semblables au Christ, en vue d’être capables de faire le bien et d’agir comme lui. N’oublions jamais la parole du Seigneur : Il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume, il faut faire la volonté de mon Père. (Mt.7,21)

-Deuxième enseignement de cet évangile : si c’est à leur manière de vivre, au bien qu’ils font, qu’on reconnait les chrétiens, il est extrêmement important pour nous de relever au long de nos journées tout ce que nous faisons et tout ce que les autres font de bien, parce qu’à chaque fois Dieu est là présent, qui nous inspire. Ne soyons pas de ceux qui ont des yeux pour voir mais ne voient pas, comme le déplorait Ézéchiel (Ez 12,2). Ne soyons pas de ces nouveaux disciples d’Emmaüs qui vont tout tristes sur le chemin, persuadés qu’il n’y a plus d’espoir : le Christ est mort ! le nombre de pratiquants ne cesse de diminuer ! il y a de moins en moins de prêtres ! on ferme les églises !  Pendant que nous égrenons notre litanie de lamentations, il est là marchant à nos côtés. Mais qu’est-ce que nous attendons pour nous en apercevoir ?