Dimanche  21  Septembre   2025

(Amos 8,4-7)  (1Tim. 2,1-8)  (Luc 16, 1-13) ; Englos  Ennetières

Le gérant malhonnête de cette parabole, apprenant qu’il est renvoyé, ne reste pas sans réagir.  Il convoque aussitôt les acheteurs qui doivent de l’argent à son maître et leur accorde d’importantes remises en truquant les factures. C’est du vol. Mais il espère que ces acheteurs, reconnaissants, l’aideront à se trouver une nouvelle situation, maintenant qu’il se trouve à la rue.  Le Christ, sans faire le moins du monde l’éloge de sa malhonnêteté, le propose en exemple pour sa débrouillardise.

Par ailleurs, le Christ regrette d’avoir à le constater, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Qu’est-ce que le Christ reproche aux fils de la lumière ? Il leur reproche, me semble-t-il, un certain immobilisme. Les prêtres, les lévites, les docteurs de la Loi et les Pharisiens, mettent en avant un souci légitime de prudence pour refuser toute évolution,   ou  tout changement qui selon eux ne pourraient qu’introduire des hérésies. En réalité, comme  leur   manière de pratiquer la religion leur vaut prestige et autorité dans la société, ils n’ont pas envie que ça change et s’accrochent à leurs habitudes. Pour eux il faut figer et fixer la religion. C’est cela qu’ils veulent par-dessus tout. Au contraire, Jésus veut faire avancer les choses. A six reprises dans le Sermon sur la Montagne que l’on peut regarder comme son discours inaugural, sans jamais aller contre la Loi, mais en la renforçant au contraire, il répète :Vous avez appris qu’il a été dit… et moi je vous dis. Par exemple, à propos de l’adultère, Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Et moi je vous dis quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son coeur, commis l’adultère. Et quand on veut le retenir quelque part, il refuse : Il faut que j’aille annoncer l’Evangile  aux autres villes d’Israël (Luc 4,43) dit-il par exemple aux habitants de Capharnaüm. Jésus veut toujours faire avancer les croyants dans leur connaissance et leur amour de Dieu. En face de lui les prêtres les docteurs de la Loi, toute l’Eglise établie, s’efforcent de freiner  tout changement et d’empêcher toute innovation par crainte des déviations et des hérésies Mais  derrière cette préoccupation respectable se cache le cléricalisme de tous ceux qui veulent préserver leur autorité et  leur prestige. C’était vrai du temps de Jésus et c’est encore vrai aujourd’hui.

 Aujourd’hui encore le Christ pourrait nous reprocher sinon l’immobilisme qui régnait dans l’Eglise de son temps, du moins une certaine lenteur excessive à réaliser les ajustements nécessaires. Dans notre société où tout change et de plus en plus rapidement, l’Eglise elle aussi change mais beaucoup trop lentement, handicapée par l’inertie entraînée par la lourdeur des coutumes établies. Certes des avancées spectaculaires ont été faites. Aujourd’hui, notre participation à la messe du dimanche n’a plus rien à voir avec ce qui se passait il y a 60 ou70 ans ! Les laïcs prennent une place toujours plus grande dans la préparation aux sacrements, baptêmes, premières communions, mariages, ou dans la célébration des funérailles. Les diacres et les comités paroissiaux dynamisent avec bonheur la réforme liturgique et l’élan donné par le concile Vatican II. Mais il reste des progrès à faire. Notre Eglise en France reste en retard par rapport à l’Eglise des pays de mission

Pour moi qui ai été 36 ans à Madagascar, ce retard me peine et me choque beaucoup. Par exemple, dans notre paroisse de Ste Thérèse en Weppes qui compte je crois 10 clochers, chaque dimanche une église est ouverte où on célèbre la messe et les 9 autres sont fermées. Dans le district dont j’avais la charge à Madagascar et qui comptait 32 clochers, comme dans tous les districts  de brousse de tous les diocèses, en mission, toutes les églises étaient   ouvertes tous les dimanches. Dans chaque église où le prêtre n’était pas présent,  un  catéchiste, le plus souvent un homme, mais quelquefois une femme présidait la prière dominicale de l’assemblée et faisait  l’homélie. Parfois il avait étudié un an dans une école de catéchistes, mais dans la plupart des cas,  c’est le curé du district qui assurait la formation théologique et spirituelle des catéchistes  Or leur niveau comme le niveau des membres des comités paroissiaux là-bas  était  certainement  inférieur au niveau des membres des EAP d’ici. Pourquoi ici, reste-t-on en-deça de ce qui se fait couramment en pays de mission et qui a fait ses preuves depuis des générations ? Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, n’importe comment, c’est vrai. Et il revient aux prêtres et spécialement à la hiérarchie de veiller à ce que la doctrine de l’Eglise soit partout respectée. Les déviations que l’on constate dans les sectes nous invitent à la prudence. Mais  la prudence est parfois aussi source de maladresses et de catastrophes. Au XVII° siècle, lors de la querelle des rites,  par prudence, le Vatican a condamné le culte des ancêtres en Chine comme une superstition. Nous savons aujourd’hui que c’était une erreur. Cela a définitivement stoppé l’évangélisation de la Chine. Sans cette condamnation, la Chine serait chrétienne aujourd’hui. Et nous avons encore tous en mémoire l’arrêt malencontreux,  décidé par la hiérarchie, de l’expérience des prêtres ouvriers et des ADAP.  Le Christ a-t-il toujours été prudent ? Il ne faut pas que, par peur de tomber, on renonce à aller de l’avant. On a parfois l’impression que l’Eglise avance  à reculons, le dos tourné à l’avenir, les yeux fixés sur ce qui se faisait il y a  50 ou 60 ans,  que l’on considère comme la seule Tradition respectable et qu’il faut  observer sous peine de péché mortel !!!

Au cours des premiers siècles, avant qu’il y ait des prêtres, l’Eucharistie était célébrée  et présidée par un laïc, un ancien, le presbuteros. Des femmes occupaient des rôles importants  à la tête des communautés chrétiennes. (Voyez  la fin de l’épitre aux Romains) Cela aussi c’est la Tradition de l’Eglise. Pourquoi l’ignorer systématiquement ? Pendant des siècles, les assemblées chrétiennes étaient surtout composées de personnes ne sachant ni lire ni écrire, les clercs  étant les seuls instruits ont pris toute la place. On ne pouvait pas faire autrement. Mais aujourd’hui non  seulement tout le monde sait lire et écrire mais on peut trouver ici ou là des laïcs plus diplômés en théologie et en ecclésiologie que leur curé !  Il est temps de rendre aux laïcs la place qui leur revient. La liturgie du baptême le dit explicitement Tout baptisé est membre du Christ prêtre, prophète et roi. Tout baptisé participe au sacerdoce du Christ qui nous envoie tous à travers le monde. Allez, enseignez toutes les nations. (Mt.28,19) pour répandre l’évangile, avec, si possible, autant de dynamisme et d’esprit d’entreprise que les fils de ce monde, les industriels pour répandre leurs produits sur tous les marchés du monde.

Que retenir de tout cela ?

Dans cette page d’évangile, le Seigneur nous invite à être aussi dynamiques et entreprenants que les fils de ce monde dans la gestion de leurs affaires, sans pour autant faire de l’argent notre Dieu.  Il nous invite à ne pas rester figés dans nos pratiques et nos habitudes, même bonnes, mais à toujours chercher à mieux  le connaître et l’aimer  afin de pouvoir entraîner à sa suite tous les braves gens qui nous entourent et qui ne le connaissent pas. Un chrétien doit toujours être sur une voie de progrès. Pour un chrétien , partout et toujours, la consigne,  c’est « Stationnement interdit » !!!

Dimanche 14 septembre 2025

Dimanche  14  Septembre  2025

(Nombres 21,4b-9)  (Phil.2,6-11)  (Jean 3,13-17)

Nicodème, intrigué par l’enseignement de Jésus et par les miracles éclatants qu’il accomplissait, voulait en savoir plus sur le Maître. Il a donc décidé de le rencontrer. De nuit, pour ne pas se faire voir de ses confrères pharisiens en majorité hostiles au Seigneur, il est donc venu le voir. L’évangile d’aujourd’hui nous rapporte la fin de leur entretien dans le Royaume où  Jésus esquisse une synthèse du dessein du salut.

D’abord, il va préciser que lui seul peut apporter le salut. Impossible aux hommes de l’acquérir par eux-mêmes .En effet, comme le salut vient du ciel, les hommes ne peuvent pas se le donner à eux-mêmes. Seul Jésus, parce qu’il est descendu du ciel, peut opérer le salut. Comment cela va-t-il se dérouler? De même qu’ autrefois il a fallu que le serpent de bronze soit élevé par Moïse pour que tous ceux qui lèvent leurs yeux vers lui soient sauvés, de même aujourd’hui, il va falloir que le Christ soit élevé, sous-entendu sur la croix, pour que tous ceux qui lèveront  les yeux sur lui soient  sauvés, car quiconque croit  en lui a la vie éternelle. Pourquoi le Christ élevé sur la croix sauve-t-il les hommes ?  C’est que, contrairement aux apparences, le Christ n’est pas mort sur la croix parce que ses ennemis se sont emparés de lui par force et l’ont tué. C’est lui qui s’est livré à ce supplice par amour pour nous. Lorsqu’on est en train de le tuer, ce qui est le pire qu’on puisse faire, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, moi je vous aime encore. Son amour qui est plus fort que   le maximum de mal qu’on puisse lui faire, l’emporte sur tout. La toute puissance de son amour triomphe de toute la puissance du mal, du péché et de la mort, opérant ainsi  le salut et manifestant en même temps l’infini de sa gloire. Et c’est pourquoi il convient de fêter  la croix glorieuse du Christ.

Nous avons du mal à parler de la croix comme de quelque chose de glorieux. Vue de notre côté, la croix est quelque chose d’infiniment triste et honteux. Infiniment triste  parce que c’est insoutenable  de penser que le Christ, lui le juste qui est passé en faisant le bien, (Actes10,38) ait pu être rejeté, humilié, supplicié et finalement cloué sur une croix pour y mourir comme un esclave. Et infiniment honteux parce que, pour une part, nous sommes responsables de ces supplices et de cette mort atroce,  puisque tout cela est arrivé à cause de nos péchés. Pourtant, le Jeudi Saint au soir, parlant de sa passion et de sa mort imminente, le Christ lui-même  déclare  : Elle est venue l’heure où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23). Comment peut-il parler de la croix comme de quelque chose de glorieux ?

 C’est que, vue du côté du Christ, la croix manifeste le triomphe de l’Amour sur le mal, le péché et la mort. Lorsqu’au moment où ils sont en train de le tuer, au moment où les hommes sont en train de faire le pire mal qu’ils puissent commettre, le Christ prie pour  eux: Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) manifestant ainsi que même à ce moment-là, son amour demeure plus fort que leur haine. Ils ont tué le Christ, mais ils n’ont pas tué son amour.  Vue de notre côté, la croix c’est quelque chose d’infiniment triste et honteux, parce que ce sont nos péchés qui en sont la cause,  mais vue du côté du Christ c’est quelque chose d’infiniment glorieux parce que c’est la victoire de son amour infini sur le mal, le péché et la mort. 

Jésus explique ensuite à Nicodème que si le Fils de l’homme élevé sur la croix va apporter aux hommes un tel salut, c’est parce que Dieu est un Père qui les aime tellement qu’il  a voulu envoyer  son Fils unique   parmi eux, pour que quiconque croit en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle. Un des buts principaux de la venue du Messie parmi les hommes est de leur révéler que Dieu est d’abord un Père qui les aime et non pas d’abord un Etre tout puissant. Dans l’Ancien Testament Dieu apparaît surtout comme le Créateur Tout Puissant, un Maître et un Juge qu’il faut craindre avant tout, qui peut être, mais comme secondairement, un père bon, aimant  et miséricordieux. D’où le ton très sévère des prophètes lorsqu’ils rappellent à  l’ordre le  peuple de Dieu. Rappelons nous les prédications véhémentes de Jean Baptiste : Engeance de vipères, repentez vous… Déjà la cognée est à la racine des arbres, tout arbre qui ne donne pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. (Mt.3,7,10) Le Christ au contraire enseigne que Dieu est d’abord un Père aimant qui est aussi mais comme secondairement le créateur tout puissant. En Dieu, la toute puissance obéit à l’amour. Ce n’est donc pas étonnant si le Christ, lorsqu’il  aborde les gens, les salue toujours en les rassurant : Ne craignez pas ! ou en  leur souhaitant  la paix : La paix soit avec vous !

 Et ici, alors qu’ilvient d’expliquer à Nicodème qu’il est le seul à pouvoir lui procurer le salut parce que le Père l’a envoyé porter ce salut aux hommes, il  poursuit son explication en précisant que si le Père l’a envoyé apporter ce salut aux hommes, c’est parce que sa volonté profonde, son projet fondamental, ce n’est pas de juger ni de condamner les hommes mais de les sauver tous. Là encore, le Christ veut nous enseigner que Dieu est essentiellement et avant tout un Père aimant. C’est une révolution. Depuis des siècles, dans la quasi-totalité des religions, Dieu était  un être tout puissant, mystérieux, imprévisible, on ne savait comment faire pour attirer son attention, quelles prières lui adresser, quels sacrifices lui offrir pour arriver à  obtenir ses bienfaits. Chez les Juifs, grâce à l’enseignement des prophètes on savait déjà que Dieu  tout puissant était aussi mais comme secondairement, quelquefois, dans ses bons moments  bon et miséricordieux. Jésus vient bousculer ces timides affirmations en  enseignant que Dieu est d’abord et essentiellement Amour. C’est un Père aimant.  Chez lui, l’Amour est premier.

Que retenir de tout cela ?

Dans cette page d’évangile qui présente une synthèse du dessein du salut et manifeste l’ampleur universelle du projet de Dieu, Jésus explique à Nicodème le déroulement du salut.

D’abord, comme ce salut vient du ciel, les hommes ne peuvent pas se le procurer par eux-mêmes, Jésus seul peut le leur apporter puisque lui seul est descendu du ciel.

 Ensuite, il faut bien voir que si le Christ  est descendu du ciel, c’est parce que le Père l’a envoyé.

Et  enfin, on n’a encore rien compris si on ne voit pas que si le Père l’a envoyé, c’est parce que, à la base de tout, il y a sa volonté profonde, son  projet fondamental qui n’est pas de juger ni de condamner, mais de sauver tous les hommes.

  Comment ce salut va-t-il s’opérer ? Par la croix, qui n’est pas seulement quelque chose d’infiniment triste et honteux parce que nos péchés en sont la cause, ça c’est l’envers du mystère de la croix, vue de notre côté. Vue à l’endroit, du côté du Christ, la croix, c’est le triomphe de la toute puissance de son amour infini sur toute la puissance du péché, du mal et de la mort. C’est pourquoi aujourd’hui, nous pouvons célébrer sans retenue dans la joie et l’allégresse la croix  glorieuse du Christ

Dimanche  7  Septembre  2025

(Sag.9,13-18)  (Ep. à Philémon,9b-10.12-17)  (Luc 14,25-33)

Dans cet évangile, le Seigneur expose les exigences requises pour se mettre à sa suite. Il faut le préférer à tout, le faire passer en premier, toujours. Jeanne d’Arc disait : Messire Dieu, premier servi ! Celui qui veut se mettre à la suite du Christ doit le faire passer avant tout, avant tous ceux qu’il aime, même les plus chers,  comme ses parents, son mari, sa femme, ses enfants. Il faudra aussi qu’il se renonce, qu’il renonce à ses projets à lui, à ses désirs à lui, pour faire passer d’abord la volonté du Seigneur.  Ce ne sera pas facile. Certes, on comprend de telles exigences : quand on aime quelqu’un, on le fait passer avant soi. On ne rejette pas les autres pour autant, mais on les aime moins. Aimer Dieu par-dessus tout n’empêche pas qu’on aime aussi sa femme, son mari ses enfants etc. Simplement tout autre amour doit être subordonné et en harmonie avec l’amour de Dieu. Tout cela est clair dans notre tête. Mais cela reste difficile à vivre au quotidien. D’autant plus qu’on ne voit pas toujours très clairement qui est le Seigneur, ni ce qu’il veut.

 Sans oser le dire tout haut, nous ne croyons pas vraiment que Dieu est un père qui a des projets précis pour chacun de ses enfants, nous le voyons plutôt comme une sorte de super PDG, très bienveillant certes, mais qui ne peut pas connaître personnellement chacun des employés de son énorme multinationale, s’intéresser et avoir des projets précis pour chacun d’eux. Mais si nous ne voyons pas clairement qui est Dieu, comment pourrions-nous le mettre avant quiconque ?  Et si nous ne voyons pas clairement ce qu’il attend de nous concrètement dans notre vie quotidienne, comment pourrions-nous faire passer ses projets avant les nôtres ?

Connaître Dieu et sa volonté, nous ne pourrons jamais y arriver. Notre intelligence est trop courte. Dieu, l’au-delà de tout, est hors de notre atteinte. Mais c’est lui qui va s’approcher de nous, se faire connaître et faire connaître sa volonté en même temps. Cette Loi que je te prescris aujourd’hui, elle n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte dit le livre du Deutéronome, qu’il te faille dire : qui montera pour nous aux cieux, que nous l’entendions pour la mettre en pratique… la Parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. (Deut.30,11-12,14) Non seulement il s’approche de nous pour se faire connaître, mais il entre dans notre coeur: Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur.  (Jer.31,34) Du fait qu’il entre dans notre cœur, la connaissance de Dieu devient plus qu’une connaissance pour l’esprit parmi d’autres, mais une véritable   co-naissance avec lui, une expérience de lui.

Mais pour cela, pour que Dieu entre en nous, il faut faire place nette, il faut faire le vide. C’est-à-dire non seulement repousser au second plan ce qui fait obstacle pour faire passer au premier plan la volonté de Dieu,  mais il faut encore que nous écartions complètement nos projets personnels, que  nous renoncions à nos projets, pour adopter les siens, il faut  que nous soyons persuadés que ce qu’il veut pour nous est meilleur que ce que nous voulons pour nous. C’est seulement à ce moment là que nous pourrons dire en toute sincérité, lorsque nous récitons le Notre Père : Que ta volonté soit faite,  Mais, j’en ai peur,  est-ce que, lorsque nous prions, les trois quarts du temps,  nous ne demandons pas  à Dieu  son aide pour que nos désirs à nous se réalisent, pour que notre volonté à nous soit faite ?  Certes nous prions avec confiance, persuadés que le Seigneur veille sur nous  et qu’il est toujours prêt  à nous secourir en cas de nécessité. Nous croyons, nous avons confiance que le Père sait de quoi nous avons besoin, avant même que nous le lui demandions (Mt.6,8)mais en attendant nous n’avons en vue que nos projets à nous, nos désirs à nous et pas tellement ceux du Seigneur ; il  faudrait que nous en arrivions à penser et à dire comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’l veut que j’aime le mieux !

Et le Christ  poursuit dans l’évangile : celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à sa suite ne peut être mon disciple. Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Le Christ ne va tout de même pas demander à ses disciples de vivre un calvaire permanent, de s’engager dans une vie de souffrances ininterrompues. Mais est-ce que porter sa croix veut dire souffrir ? Le Christ en croix souffre, les deux voleurs crucifiés en même temps  que lui souffrent aussi, mais ce n’est pas la même souffrance.  Les voleurs souffrent d’une souffrance qui leur est imposée de force, contre leur gré. Le Christ lui souffre d’une souffrance qu’il a acceptée et même voulue par amour pour nous. Les deux voleurs subissent le supplice de la croix, le Christ s’offre librement au supplice de la croix et à la mort, par amour pour nous. Ma vie, nul ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jean 10,10) dit-il en St Jean. La croix pour les deux voleurs c’est un supplice, c’est de la souffrance. La croix pour le Christ c’est de l’amour, un amour poussé jusqu’à l’acceptation de la souffrance et de la mort. Quand le Christ nous demande de porter notre croix, il ne nous demande pas de souffrir, il nous demande d’aimer jusqu’à accepter de souffrir. Porter sa croix ne veut pas dire souffrir, cela veut dire aimer jusqu’à accepter de souffrir pour ce qu’on aime. Et c’est quand on accepte de souffrir pour ce qu’on aime qu’on peut dire, sans se faire illusion, qu’on aime vraiment.

Jésus termine son enseignement aujourd’hui par un raisonnement qui n’est pas très logique. Il commence par dire :  quand on veut construire une tour, il faut d’abord entreprendre de réfléchir pour voir si on a les moyens de mener son projet jusqu’au bout. On s’attendrait donc à ce qu’il ajoute : ainsi donc  si vous voulez vous engager à ma suite, voyez si vous avez les moyens de mener votre projet à terme. Eh bien pas du tout. Il termine son discours en réaffirmant : Ainsi donc, celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut être mon disciple.  Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’on n’a jamais ce qu’il faut pour se mettre à la suite du Seigneur, donc inutile de perdre son temps pour constater qu’on n’a pas les qualités nécessaires et s’en désoler. D’autre part il est intéressant de remarquer que lorsqu’il appelle ses disciples, il ne leur demande pas s’ils ont les qualités nécessaires pour le suivre, il leur dit simplement je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. (Marc 1,17) Autrement dit : Contentez-vous de laisser vos barques et vos filets, le reste, je m’en charge. Donc pour nous aujourd’hui, inutile de nous torturer pour voir si nous avons les qualités nécessaires pour être de bons chrétiens et nous désoler de constater que nous ne les avons pas ! Il suffit que nous laissions nos filets, nos idées, nos projets et nos craintes et pour le reste, laissons le Seigneur agir, faire de nous ses disciples.

Que retenir de tout cela ?

Pour être disciple du Christ il faut l’aimer plus que tout. Tel est le message de l’évangile d’aujourd’hui. Et l’amour se vit dans le service, le renoncement et le sacrifice. Il ne faut pas le nier. Mais ce n’est pas un supplice pour autant. Jamais on ne dira d’une maman qui vient de mettre au monde son enfant : la pauvre ! qu’est-ce qu’elle va se payer comme couches à laver et comme nuits sans dormir pour bercer son petit ! Ce serait de mauvais goût…Il ne faut pas cacher la nécessité des renoncements qui s’imposent à quiconque essaye d’être un disciple du Christ  mais il y a de l’indécence à trop en parler. Le renoncement n’est jamais autre chose que l’envers de l’amour  Puisse le Seigneur nous donner de l’aimer davantage. Alors nous viendrons à bout de tous les renoncements  que demande l’amour, sans  nous croire obligés pour cela de jouer aux martyrs et d’arborer des têtes de carême sans Pâques, comme disait le pape François.

Dimanche 31  Août  2025

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31  Août  2025

(Eccles.3,17,18.20.23-29) (Heb.12,18-19.22-24a) (Luc 14,1.7-14)

Ce jour là, un jour de sabbat, Jésus était invité à souper chez un Pharisien. C’était une invitation pleine d’arrière-pensées. On en profiterait pour le piéger et si possible le discréditer définitivement.

Au début du repas, un accrochage s’était déjà produit, que l’évangile d’aujourd’hui ne nous rapporte pas : un malade était venu implorer sa guérison, suscitant une discussion : peut-on guérir un malade le jour du sabbat ? Jésus s’en était tiré habilement et avait guéri le malade. Les pharisiens embarrassés avaient été réduits au silence. Mais les hostilités étaient déclenchées. Jésus, voyant  les invités se bousculer pour chercher les premières places lance un nouveau débat.

Une fois encore, ses propos sont surprenants et même choquants. Il conseille, quand on est invité d’aller se mettre à la dernière place. Personne ne cherche jamais la dernière place nulle part,  dans aucun domaine, que ce soit dans les affaires, les études, le sport ou la politique. Tous les parents cherchent à voir leurs enfants premiers en tout. Ce n’est pas possible que le Seigneur souhaite que ses disciples soient les derniers partout ! D’ailleurs il leur propose un programme d’excellence extrêmement ambitieux : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ! (Mt.5,48) Alors, qu’est-ce qu’il veut dire exactement ?

A regarder le texte de plus près, on constate qu’il ne nous invite pas tant  à choisir la dernière place, qu’à ne pas nous précipiter pour chercher la première place en pensant qu’elle nous revient de droit et il nous invite à nous comporter comme si nous estimions les autres supérieurs à nous. On cherchera donc les dernières places en laissant le maître de maison nous faire monter plus haut, s’il estime convenable de le faire. Est-ce de l’humilité ? N’est-ce pas plutôt du bon sens ou du réalisme ? En effet, si nous avons des qualités et des talents, d’où cela nous vient-il ? Cela vient du Seigneur qui nous les a donnés, soit directement, soit à travers nos parents, nos éducateurs ou des amis qu’il a placés sur notre route. Peut-être avons-nous quelque mérite si nous avons fait fructifier ces talents, mais c’est tout. Ce qu’il y a de bien en nous, c’est Dieu qui l’y a mis. De nous-mêmes, par nous-mêmes, qu’est-ce que nous valons ? Pas grand-chose. St Paul nous le rappelle sans ménagements : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu et si vous l’avez reçu, de quoi vous glorifiez-vous comme si vous ne l’aviez pas reçu ? (1Cor.4,7)

Mais il y a une autre raison pour ne pas chercher les premières places et rechercher plutôt les dernières, c’est qu’en agissant ainsi, nous suivons l’exemple du Christ. Il s’est considérablement abaissé en se faisant homme comme nous. Lui, de condition divine, écrit St Paul, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est dépouillé de son rang de Dieu, prenant condition d’esclave, devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6,7)   S’il voulait se faire homme, il aurait pu le faire d’une manière moins choquante. Il aurait pu apparaître soudainement sur le parvis du Temple de Jérusalem, comme un respectable docteur de la Loi ou un grand prêtre imposant, solennel dans ses vêtements sacerdotaux. Pourquoi ce scenario invraisemblable : naître comme un petit bébé et dans une étable, même pas dans une maison correcte. Il a fallu qu’il apprenne à marcher, à parler, à faire ses prières. Plus tard,   il a vécu entouré de gens si frustes que


même les meilleurs, ses apôtres,  ne comprenaient pas grand-chose à ce qu’il disait. Et puis l’histoire atroce de sa passion, de sa mort sur une croix comme un criminel. Pourquoi un tel scenario ? Nous ne comprenons pas. Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles. En tous cas,  

une chose est claire : si le Christ s’est abaissé ainsi, nous ne pouvons pas nous prétendre chrétiens et avoir une attitude opposée à la sienne en cherchant les premières places en toute occasion. Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus, écrit St Paul. Lui qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est dépouillé de son rang de Dieu, devenant semblable aux hommes. Il s’est abaissé jusqu’à se mettre au dernier rang parmi les hommes, dit St Paul, faites en autant. Et il poursuit : il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix (Phil.2,5-8)  

Et puis, tout d’un coup, St Paul change complètement de ton, il ajoute : C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse et que toute langue confesse que le Seigneur , c’est Jésus  Christ à la gloire de Dieu le Père. (Phil. 2,9-11) C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé. Comment Dieu peut-il souverainement élever Jésus parce qu’il est extrêmement humilié, rabaissé ? Comment l’extrême abaissement de Jésus peut-il être un motif d’élévation ? L’abaissement de Jésus, en soi, c’est une extrême humiliation, un point, c’est tout. Oui, mais regardons la motivation de cet abaissement, de cette humiliation. Pourquoi Jésus a-t-il non seulement accepté, mais voulu cet abaissement ? A cause de son extrême amour pour nous. Le Christ n’est pas souverainement élevé à cause de son extrême abaissement, mais à cause de l’extrême amour que manifeste cet extrême abaissement.    L’extrême humiliation du Christ mourant pour nous sur la croix révèle en même temps l’extrême amour qu’il a pour nous et manifeste du même coup sa gloire infinie. Voilà le genre de dernière place que le Christ veut nous voir prendre : la dernière place qu’on choisit par amour, pour le service des autres, et qui vous propulse du même coup à la première place.

Que retenir de tout cela ?

Cherchez la dernière place, non pas parce que cette dernière place est désirable en soi, mais parce qu’en allant vous mettre à la dernière place, vous manifestez votre lucidité et votre humilité, voyant clairement que, par vous-mêmes, vous ne valez pas grand-chose et que tout ce qu’il y a de valable en vous, vient du Seigneur qui vous l’a donné.  

Mais surtout cherchez la dernière place parce qu’en allant vous mettre à la dernière place, vous faites comme le Christ qui s’est abaissé jusqu’à prendre la dernière place par amour pour vous. S

nous prétendons être ses disciples, il faut, nous aussi, comme lui, nous abaisser jusqu’à prendre la dernière place en nous mettant, comme lui, au service des autres.

Le Christ nous demande  de chercher la dernière place, mais pas n’importe quelle dernière place, pas la dernière place qui ferait de nous des nuls, mais le genre de  dernière place qu’on choisit, comme lui, par amour pour le service  des autres et qui vous propulse du même coup à la première place.


Dimanche  24  Août   2025

(Isaïe 66,18-21)  (Heb.12,5-7.11-13)  (Luc 13,22-30)

Ce n’est pas étonnant que quelqu’un ait demandé à Jésus : N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? A l’époque, les opinions étaient partagées. Certains rabbins enseignaient que tous les israélites seraient sauvés en tant que fils d’Abraham, d’autres prétendaient que ceux qui périraient seraient plus nombreux que ceux qui seraient sauvés. Jésus ne répond pas directement à la question posée, mais il recommande à chacun de faire ce qu’il faut pour être sauvé. En d’autres termes : le nombre des sauvés, cela ne vous regarde pas ; occupez-vous de votre salut à vous : efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à rentrer et n’y parviendront pas.

Profitant de l’occasion, il répète une fois encore ce qu’il avait déjà répété bien des fois : Produisez des fruits de repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham. Car je vous le dis, des pierres que voilà, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. (Mt.13,8,9) Aujourd’hui il insiste : vous aurez beau dire : Seigneur nous avons mangé et bu en ta présence et tu as enseigné sur nos places, le Maître vous répondra : Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.

Produire des fruits de repentir, Qu’est-ce que le Christ entend par là ? Tout simplement ne pas commettre d’injustice, mais  pratiquer la justice. Il insiste là-dessus parce que la pratique religieuse de l’époque se contentait trop souvent de célébrations festives et de sacrifices, laissant de côté les devoirs de justice, alors que justement l’Ecriture et la Tradition enseignaient le contraire : pratiquer la justice et le droit vaut mieux que les sacrifices, lit-on au livre des Proverbes, (21,3) tandis qu’à travers Amos et Osée le Seigneur est catégorique : Je hais, je méprise vos fêtes, pour vos solennités je n’ai que dégoût…Vos oblations, je n’en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Eloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas le son de tes harpes, mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. (Amos 5,21-24) C’est l’amour que je veux, non les sacrifices. (Osée 6,6)  

Pour un certain nombre d’auditeurs de Jésus, leur monde s’écroule. Ils étaient pratiquement sûrs d’être sauvés puisqu’ils étaient fils d’Abraham et  observaient soigneusement les pratiques pieuses en usage. Et voilà que Jésus leur explique que tout cela ne vaut rien aux yeux de Dieu si cela ne débouche pas sur un changement de vie, une conversion et la pratique de la justice. Et le Seigneur achève de les assommer en ajoutant que tous ceux qui se seront convertis et auront pratiqué la justice et la charité seront sauvés, même s’il s’agit de païens, de collecteurs d’impôts ou de prostituées : IIs entreront avant vous dans le Royaume de Dieu. Jean est venu …et vous ne l’avez pas cru, collecteurs d’impôts et prostituées l’ont cru. (Mt.21,31-32) Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers. (Mt.19,30)

Nous aussi aujourd’hui nous avons besoin d’entendre ce rappel à l’ordre de Jésus. Comme les Juifs de son temps, nous avons tendance à croire que pour être un bon chrétien, il suffit de  faire quelques prières et d’aller à la messe le dimanche. D’ailleurs comment définit-on un chrétien ? On dit : C’est quelqu’un qui va à la messe. On devrait dire c’est quelqu’un qui pratique la justice ou qui fait la volonté de Dieu. Le Christ est formel : il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur… il faut  


faire la volonté de mon Père (Mt.7,21).  700 ans auparavant Michée enseignait déjà : On t’a fait savoir homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec le Seigneur ton Dieu. (Michée 6,8) On dirait que les croyants de tous les temps ont toujours essayé de tricher avec Dieu et de se persuader qu’il suffisait de dire quelques prières et d’accomplir quelque rites liturgiques pour régler la question de nos devoirs envers lui et qu’ensuite, on pourrait faire ce qu’on veut. On a toujours été d’accord pour reconnaître que la prière était absolument nécessaire pour se rapprocher de Dieu et entrer en communion avec lui, mais il semble bien que souvent on ait oublié que  le but de la prière,  en définitive, c’est  de trouver dans cette communion avec Dieu l’inspiration de notre vie et de nos activités. Une prière qui ne débouche pas dans une action est une prière avortée. Consacrer un temps à l’adoration du St Sacrement, c’est très bien, mais on ne peut pas en rester à chanter le Tantun Ergo. L’adoration du Sacrement par lequel le Christ donne sa vie pour nous demande que nous allions jusqu’à donner nous aussi notre vie pour les autres. Bien sûr, ce ne sera pas d’une manière spectaculaire en mourant crucifié sur une croix, ce sera en gardant chaque jour et durant toute la journée une attitude de service envers ceux qui nous entourent. C’est exigeant, mais de toute façon on ne peut pas y échapper : si on prétend être chrétien, il faut faire comme le Christ. Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères, dit St Jean (1 Si bien que tout cela nous amène à nous demander si notre idéal est toujours d’imiter le Christ à Jean,4,7)travers le service des autres ? Est-ce que c’est cela que nous avons en tête chaque matin quand nous commençons notre journée ?  

nous ne sommes pas de grands criminels ni des pécheurs notoires, mais ce qui ruine notre vie chrétienne et nous maintient dans la médiocrité, c’est que nous nous laissons enfermer dans l’univers étriqué des nécessités immédiates dont il est urgent de s’occuper : la visite de sécurité de la voiture, le repas de midi à préparer, les enfants à aller chercher à l’école,  sans voir plus loin, sans voir leur sens devant Dieu. Je pense souvent à ces ouvriers d’un chantier naval dont parle saint Exupery : le voilier te parle de ses voiles, le charpentier te parle de ses planches le cloutier te parle de ses clous… et tous oublient la mer. Comme si la bonne marche du foyer, l’éducation des enfants n’étaient pas aussi des manières de remplir des tâches que le Seigneur nous confie, comme si ce n’était pas là ce qui constitue l’accomplissement de notre vocation. Obstinément nous persistons à ne voir dans tout cela que des tâches profanes. C’est faux. Mais cette erreur  est ancrée depuis des siècles dans la mentalité des croyants. Avez-vous quelquefois vu une image ou une statue de Notre Dame la montrant en train de faire le ménage ou la cuisine ? Surtout pas. Il est entendu une fois pour toutes que tout ça c’est profane. Désolé, le Seigneur n’a jamais demandé à personne de passer sa vie les mains jointes en récitant son chapelet. L’Evangile est clair : le Seigneur dira aux élus  venez les bénis de mon Père recevoir en partage le Royaume…parce que vous êtes restés tout le temps les mains jointes à dire votre chapelet ? Non mais parce que j’ai eu faim vous m’avez donné à manger …..parce que vous avez fait plein de choses que bêtement vous appelez profanes (Mt.25, 34)

Que retenir de tout cela ?

Cherchez à rentrer par la porte étroite. Produisez des fruits de repentir…Que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. Alors, qu’est-ce qu’il faut faire ? Rien.  Rien d’autre que ce que nous faisons déjà. Mais le faire autrement, le faire en voyant le sens,


la portée, le poids de tout cela devant  Dieu. Continuez à vous occuper de vos voiles, de vos clous et de vos planches,  mais n’oubliez pas la mer. Continuez à vous occuper de la visite de sécurité de votre voiture, de préparer votre repas, de vous occuper de l’éducation de vos enfants, parce que c’est cela que le Seigneur attend de vous. Et n’oubliez pas de perdre un peu de temps à prier parce que c’est en riant que vous découvrirez la valeur de tout ça devant Dieu.


Dimanche 10 août 2025

(Sagesse 18,6-9)  (Hébreux 11,1-2.8-19)  (Luc 12,32-48)

L’évangile d’aujourd’hui renforce l’enseignement de l’évangile de dimanche dernier où le Seigneur critiquait   ceux qui ne voient pas que leur avenir s’étend beaucoup plus loin que leur vie ici-bas, mais va jusqu’à tout ce qui suit leur retour auprès du Père après la mort. Aujourd’hui l’évangile nous invite à ne pas nous assoupir dans le train-train de la vie quotidienne, mais à nous tenir prêts pour la venue du Fils de l’homme, d’autant plus que c’est à l’heure où nous n’y pensons  pas qu’il viendra.  Comme le Seigneur  sait bien qu’une telle perspective nous fait peur, il nous rassure tout de suite : sois sans crainte, petit troupeau, votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Autrement dit : rassurez vous ! Il n’y a rien à craindre. Ce que le Père a prévu pour nous, c’est une vie dans la justice, la paix et l’amour dans le  Royaume. Et comme pour renforcer cette invitation à la confiance, la deuxième lecture de la liturgie d’aujourd’hui nous donne l’exemple d’Abraham et de Sara. Ils ont osé croire à des promesses très incertaines, Quitte ton pays, ta parenté… pour le pays que je t’indiquerai, avait demandé Yahvé.(Gen.12,1) Abraham  est parti dans l’inconnu sans savoir aucune idée de l’endroit où le Seigneur l’emmènerait… Résultat : lui qui n’était qu’un  modeste éleveur païen est devenu   l’ancêtre de la  multitude des croyants répandus aujourd’hui dans tout l’univers. Sara,  de son côté, a cru l’incroyable. Elle, une femme, stérile,  et qui avait  passé l’âge d’avoir des enfants,  est devenue la mère fondatrice du peuple immense des croyants.

Mais la venue du Seigneur et notre entrée dans le Royaume peuvent paraître des évènements encore lointains. Aussi l’évangile nous propose-t-il quelques conseils utiles pour nous y préparer dès maintenant en particulier en ce qui concerne l’attitude à avoir devant l’argent. Les propositions du Christ sont radicales : vendez ce que vous possédez et donnez le en aumône. St Pierre qui trouve cela un peu raide demande au Seigneur : une telle consigne, c’est pour nous, tes disciples proches ou pour tout le monde ? Jésus ne répond pas directement à la question mais précise sa pensée en expliquant que dans tous les cas, personne n’est propriétaire des richesses qu’il a entre les mains, il ne peut pas en faire n’importe quoi. Nous sommes seulement des gérants,  administrateurs des biens que le Maître nous a confiés pour que nous les partagions entre tous et un jour, nous aurons à rendre compte un jour de notre gestion.  

Dans l’Ecriture, la richesse apparaît comme un bien et un don de Dieu  qui comble de biens ceux qu’il aime. Abraham était très riche. Isaac et Jacob extrêmement riches, nous dit la Genèse (13,2. 26,12) Sans compter que la richesse est le fruit et la  récompense du travail et de l’effort. Mais la richesse apparait aussi comme  un bien dangereux, qui peut avoir des effets secondaires négatifs, voire mortels. Si vous êtes riche, votre argent, votre instruction, votre culture qui sont aussi des richesses,  vous permettent de vous procurer tout ce que vous désirez. Très facilement, vous en venez à penser que vous n’avez besoin de rien ni de personne, pas même de Dieu. Déjà l’auteur du Deutéronome nous mettait en garde :Quand tu auras vu abonder ton argent et ton or, s’accroître tes biens, n’oublie pas alors Yahvé ton Dieu. Garde-toi de dire en ton cœur :


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c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’ont procuré ce pouvoir. Souviens-toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné cette force, qui t’a procuré ce pouvoir. (Deut.8, 12) Les riches, disait le prophète Osée, Leur cœur s’est enflé, c’est pourquoi ils ont oublié Dieu.(13,6)   Le Christ lui, est catégorique : Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. (Mt.6,24)Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Mt.19,24) Donc l’évangile d’aujourd’hui nous dit : Non à l’argent comme maître et idole dirigeant notre vie.

Maintenant en ce qui concerne la consigne de vendre tout ce qu’on possède et de  le donner en aumône, St Luc évoque deux manières de faire différentes, l’une obligatoire pour tous les croyants qui consiste à toujours partager ses richesses et l’autre, facultative, réservée à ceux qui font l’objet d’une vocation spéciale et qui consiste à abandonner tous ses biens pour suivre le Christ. Il est évident qu’un père de famille ne peut pas vendre ses biens et les distribuer en aumônes, alors que le Seigneur lui a confié l’entretien d’une famille. De même un chef d’entreprise ne doit pas liquider son affaire et mettre ses employés en chômage, ce serait aller contre la volonté de Dieu qui lui confie la tâche de subvenir à leurs besoins et d’assurer une certaine prospérité autour de lui dans la société. Par conséquent, Oui à l’argent comme moyen pour faire la volonté de Dieu et construire le Royaume.

Il convient de nous garder d’affirmations hâtives selon lesquelles, l’argent, les richesses seraient à damner et la pauvreté à canoniser. L’argent, les richesses sont des biens, des dons de Dieu qui les accorde, cf. la prospérité des patriarches et des rois d’Israël. Mais ils  entraînent  souvent des effets secondaires extrêmement nocifs, ils nous ferment à Dieu et aux autres, nous enferment dans l’égoïsme et l’orgueil  et sont à l’origine de tous les conflits  sociaux et de toutes les guerres avec leur cortège de ruines et de morts. La pauvreté de son côté est un mal, on ne la souhaite  à personne, mais elle entraîne ses effets secondaires positifs. En nous faisant prendre conscience de notre misère, elle nous invite à rechercher l’aide de Dieu et des autres.

En fait, la richesse comme  la pauvreté sont des valeurs ambigues. Elles peuvent être bonnes, et elles peuvent être mauvaises. Tellement, que le sage Agur dans le livre des Proverbes ose dire à Dieu : Ne me donne ni pauvreté ni richesse, laisse-moi goûter ma part de pain, de crainte qu’étant comblé je ne me détourne et ne dise : Qui est Yahvé ? Ou encore, qu’étant indigent je ne dérobe et ne profane le nom du Seigneur. (Prov.30,8)

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui nous invite à préparer notre avenir et à ne pas nous assoupir dans le train-train de la vie quotidienne. Le Seigneur nous invite particulièrement à nous méfier de l’argent et des richesses. On ne peut pas leur faire confiance.  Ce  sont des biens que le Seigneur  met à notre disposition, mais qui deviennent des poisons mortels dès que  nous laissons notre égoïsme et notre orgueil  ériger l’argent et les richesses en idoles qui gouvernent notre vie. Ils deviennent  alors la cause de tous les conflits et de toutes les guerres avec leur cortège de ruine et de mort.  


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Dimanche dernier je vous rappelais cette prière de la messe qui nous fait dire  au Seigneur : Tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en Te servant, Toi son créateur, il règne sur la création. Ce qui laisse entendre clairement que nous avons le choix :si nous utilisons l’argent et les richesses qui sont des dons de Dieu selon sa volonté pour construire un monde de paix, de justice et de charité alors nous régnerons sur le monde, tandis qu’autrement nous deviendrons  esclaves de notre orgueil et de notre égoïsme dans un monde  de conflits, d’injustice et de haine. A chacun de choisir.  


Dimanche 20 Juillet 2025

(Gen.18,1-10a) (Col.1,24-28) (Luc 10,38-42)

Tu te donnes bien du mal et tu t’agites pour bien des choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. En entendant cela nous sommes tentés de penser : le Seigneur nous enseigne ici que ce qui est bien, c’est la prière, la contemplation, tandis que dans le travail et dans l’action, on se disperse et on se coupe de Dieu. Ceci est complètement faux. Malheureusement beaucoup de nous le croient, sans se rendre compte des désastres que cela entraîne pour une vie qui se veut chrétienne , comme le souligne le P. Teilhard de Chardin dans “Le Milieu Divin: ” ‘Je ne pense pas exagérer, écrit-il, en affirmant que pour les neuf dixièmes des chrétiens pratiquants, le travail humain reste à l’état d’encombrement spirituel. Malgré la pratique de l’intention droite et de la journée quotidiennement offerte à Dieu, une masse de chrétiens garde obscurément l’idée que le temps passé aux champs ou à l’usine est quelque chose de distrait à l’adoration et qui nous coupe de Dieu… Sous l’empire de ce sentiment, une foule de chrétiens mènent une existence parfaitement double ou gênée. Il leur faut quitter leur vêtement d’homme pour se croire chrétiens et chrétiens inférieurs seulement.“En réalité, jamais le Seigneur ne condamne l’action, le travail ou les tâches matérielles. D’ailleurs dans le passage précédant immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, il fait l’éloge du bon Samaritain qui se démène pour soigner le malheureux blessé, le charge sur sa monture et le conduit jusqu’à l’auberge où il s’assure qu’il sera bien soigné. Rappelons-nous aussi la mise en garde très claire du Seigneur à propos de certaines prières : Il ne suffit pas de me DIRE : Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume des Cieux ; il faut FAIRE la volonté de mon Père qui est aux cieux. (Mt.7,21) Et quand il met en scène le jugement dernier, les élus ne sont pas élus parce qu’ils ont fait des prières, mais parce qu’ils ont fait de ces actions que nous appelons bêtement matérielles ou profanes : Venez les bénis de mon Père, car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire…(Mt.25,34,35) Dans cette rencontre avec Marthe et Marie, Jésus ne condamne absolument pas le dévouement de Marthe qui s’active pour le servir, il relève simplement que Marie a choisi la meilleure part. Qu’est-ce que c’est exactement cette MEILLEURE PART ? C’est s’asseoir aux pieds de Jésus pour recevoir un enseignement. Or l’enseignement de Jésus, ce n’est pas un savoir dormant que l’on rangerait dans sa tête entre le théorème de Pythagore et les règles d’accord du participe passé. Son enseignement, c’est une parole de vie, une parole à vivre, qui pousse à agir et donne tout son sens au travail et à l’agir humain. La meilleure part que Marie a choisie n’est donc pas la prière opposée à l’action, la prière contre l’action, mais une écoute en vue de recevoir du Seigneur, un enseignement qui pousse à l’action, au travail, dont il révèle tout le sens et toute la valeur.Prenons par exemple le travail d’un maçon qui construit une maison. Ce faisant, il gagne sa vie et subvient aux besoins de sa famille. Bien sûr, mais il y a plus ;Et la parole et l’enseignement du Christ mettent en lumière ce plus. 1°) Dans son travail, le maçon met en œuvre les talents que le Seigneur lui a donnés et qu’il a développés. 2°) Son travail lui permet de subvenir aux besoins de sa famille, mais du même coup, il accomplit la tâche et remplit la vocation de père de famille que le Seigneur lui a confiées. 3°) La maison que construit ce maçon fera le bonheur de ceux qui l’habiteront Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait.(Mt.25,40) 4°) Et enfin, la maison nouvelle qu’il a construite constitue un agrandissement, un développement de la création. Donc, loin de nous éloigner ou de nous couper de Dieu, l’action et le travail sont, comme la prière, mais d’une autre manière, un moyen de nous unir à Dieu et de faire sa volonté. Mais nous avons du mal à le croire.La preuve en est qu’on ne voit jamais une image ou une statue représentant Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage. Pourtant elle était aussi sainte lorsqu’elle faisait la cuisine que lorsqu’elle chantait des psaumes !!! Mais nous n’osons pas croire que ce que nous appelons matériel ou profane a sens et valeur devant Dieu. Rien n’est profane disait Teilhard. Mais nous avons d’autant plus de mal à le croire que, très facilement, tout peut être profané. La recherche effrénée de l’enrichissement ainsi que les rythmes de travail démentiels qu’elle engendre, entraînent la dégradation de la qualité de la vie et nous coupent de Dieu. Ce n’est que trop vrai. Il est donc nécessaire de prendre le temps de se mettre à l’écoute de Dieu, car c’est dans l’écoute de sa parole que nous découvrons tout le sens et toute la valeur devant Dieu de notre agir et de notre travail qui, affranchis du désir effréné d’enrichissement et de rentabilité à tout prix se révèlent comme une autre manière que la prière de rester unis à Dieu et de faire sa volonté. Une des prières de la messe nous fait dire : Seigneur, Tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. (sous-entendu : si on s’écarte du service de Dieu, ça va coincer !) Selon le Christ et son évangile, la prière n’est pas le seul moyen d’être uni à Dieu. St. Ignace de Loyola l’avait bien compris qui ne voulait pas que les jeunes jésuites en formation trouvent Dieu seulement dans l’oraison. Il désire qu’ils ne trouvent pas moins de dévotion en n’importe quelle œuvre de charité et d’obéissance que dans l’oraison et la méditation (Christus N°6, Avril 1955, p.177) Tant il est vrai que l’agir et le travail ne sont pas ennemis de la prière mais permettent, comme la prière, encore que d’une manière différente, de vivre en communion avec Dieu…Il revient constamment là-dessus dans ses lettres « Il serait bon que l’on considère que l’homme ne sert pas Dieu uniquement lorsqu’il prie ; ou alors elles seraient courte les oraisons qui n’atteindraient pas 24 heures sur 24…puisque tout homme doit se donner à Dieu aussi complètement que possible » (Ibid p. 183)

Que retenir de tout cela?

Dans cette scène d’évangile, non le Seigneur ne nous met pas en garde contre l’action, le travail et les tâches matérielles qui nous détourneraient de lui. Il ne nous invite pas à fuir l’action pour nous consacrer à la prière. Il n’y a pas à choisir entre la prière et l’action. Loin de nous couper de Dieu l’action et le travail sont, comme la prière, mais d’une autre manière, un moyen de nous unir à Dieu et de faire sa volonté. Or très souvent nous sommes tentés de ne voir dans l’action et le travail qu’un obstacle qui nous détourne de Dieu tandis que nous pensons que la prière est le seul vrai moyen de rester en communion avec le Seigneur. Comme s’il fallait canoniser la prière et damner le travail et l’action. Pas du tout. Que ce soit la prière ou l’action et le travail, ils peuvent être aussi bien des moyens de nous mettre en communion avec Dieu pour faire sa volonté que des occasions de nous couper de Dieu et de nous éloigner de sa volonté. Quand nous cherchons Dieu dans la prière, elle nous rapproche de Lui, mais elle nous éloigne de Lui lorsque nous prions comme des pharisiens qui disent et ne font pas ou qui prient pour être vus et admirés. Le travail et l’action nous rapprochent de Dieu, lorsqu’ils sont pour nous l’occasion de faire fructifier les talents qu’il nous a donnés, de servir les autres et de prolonger la création. Mais ils nous éloignent de Dieu lorsque nous n’y voyons que des moyens d’accaparer avec rapacité des richesses, du prestige, et du pouvoir en écrasant les autres. L’évangile d’aujourd’hui insiste donc pour que toujours, comme Marie, nous demeurions à proximité, avec, en communion avec le Seigneur; sinon notre prière, ce n’est plus que des mots et notre action comme notre travail, ce n’est plus que de l’agitation prétentieuse et inutile.

Dimanche 6 Juillet 2025

(Isaïe 66,10-14c) (Gal.6,14-18) (Luc 10,1-12.17-20)

Le Seigneur avait déjà envoyé les douze proclamer l’évangile et faire des guérisons. Pourquoi envoie-t-il encore d’autres disciples en mission ? Et pourquoi au nombre de 72 ? Peut-être y a-t-il là une allusion aux 72 peuples de la terre dont parle la Genèse (Gen.10,2-31) ? En tous cas cela manifeste que l’évangélisation n’est pas réservée à quelques-uns dans l’Eglise, elle est confiée à tous.. D’ailleurs il est écrit en toutes lettres dans la liturgie du baptême que tout baptisé participe de la vie du Christ prêtre, prophète et roi. Malheureusement de nos jours, le sacerdoce des laïcs est largement oublié dans l’ensemble de l’Eglise, sauf en pays de mission où, à cause du manque de prêtres, (mais peut-être faudrait-il dire grâce au manque de prêtres) dans toutes les églises, en particulier en brousse, tous les dimanches, un laïc, le plus souvent un homme, mais parfois c’est une femme, après une formation appropriée, dirige l’assemblée de prière dominicale et prononce l’homélie. Ceci en parfaite conformité aux traditions les plus anciennes de l’Eglise. J’en ai été le témoin durant les vingt années où j’ai été curé en brousse à Madagascar. Rappelons-nous que dans l’Eglise, on a célébré l’Eucharistie bien avant qu’il y ait des prêtres ! C’était le presbyteros, un ancien de la communauté qui présidait la célébration. A la fin de l’épitre aux Romains, St Paul fait même allusion à des femmes qui présidaient la communauté chrétienne et donc présidaient aussi le repas eucharistique, avec la fraction du pain (J.Moingt : L’Evangile sauvera l’Eglise p.41). Comme dans la suite des siècles, le bon peuple chrétien était illettré, les clercs, qui eux savaient lire et écrire, étaient les seuls à pouvoir enseigner. Ils en ont malencontreusement profité pour monopoliser la fonction sacerdotale. Si bien qu’aujourd’hui, lorsqu’on suggère qu’on pourrait peut-être ordonner des hommes mariés ou des femmes, le bon peuple chrétien est horrifié par ce qu’il pense être des nouveautés dangereuses. Et ne parlons pas de la hiérarchie et de la majorité du milieu clérical qui sont toujours les derniers à s’affranchir des habitudes acquises. Du temps du Christ il en était déjà ainsi. La majorité du milieu clérical, les prêtres, les lévites, les scribes et les docteurs de la Loi faisaient bloc contre lui. D’après eux il ne fallait surtout pas changer quoi que ce soit aux pratiques en usage. Ils accusaient Jésus d’être un révolutionnaire impie qui voulait détruire la religion traditionnelle et en introduire une nouvelle parce qu’il s’élevait contre leur interprétation légaliste et figée de la religion. Ils ne voulaient pas entendre parler d’une compréhension meilleure et plus profonde de l’Ecriture et de la Tradition., telle qu’il la proposait. Vous avez appris qu’il vous a été dit… et moi je vous dis. (Mt.ch. 5 et 6) répète -t-il six fois dans son grand discours inaugural qu’on appelle le sermon sur la montagne. Toujours le Christ voulait faire évoluer les choses. Mais toujours la hiérarchie et l’ensemble du milieu clérical de l’époque s’opposaient farouchement à tout changement.Aujourd’hui, le peuple chrétien n’est plus un peuple illettré. On rencontre même parmi les laïcs des diplômés en théologie, en Ecriture Sainte ou en ecclésiologie. Et de toutes façons, même sans être diplômé en sciences religieuses, tout chrétien est éclairé par l’Esprit Saint. Le pape François aimait à souligner que L’Eglise n’est pas animée seulement par l’Esprit Saint descendant de l’archevêché en direction du peuple chrétien, mais aussi par le l’Esprit Saint montant de la base, de la foule des laïcs, mais il n’était guère écouté . Mais de toutes façons, c’est le Seigneur qui appelle et envoie. Personne ne peut se donner à soi-même autorité pour partir en mission. Si quelqu’un ressent le désir de s’engager, c’est que le Seigneur lui a ouvert l’esprit et le cœur. Il a mis en lui le désir, l’élan et la force nécessaires. Le Seigneur le dit bien dans l’évangile d’aujourd’hui : N’emportez ni bourse, ni sac, ni besace, c’est-à-dire : ce n’est pas l’argent, les ordinateurs, les diplômes de théologie ou d’écriture sainte qui vous permettront d’accomplir votre mission, mais l’amour que je mettrai dans vos cœurs, la passion que je planterai en vous, de faire connaître l’amour de Dieu et l’enseignement que je vous apporterai. Il l’a dit clairement aux quatre premiers apôtres qu’il a appelés : je vous ferai pêcheurs d’hommes (Mt.4,19) Puisque c’est le Seigneur qui appelle et qui forme les ouvriers pour sa moisson, c’est à lui qu’il faut demander d’en envoyer si on en manque, l’évangile d’aujourd’hui nous le rappelle : Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. On le fait. Partout on prie pour les vocations, on organise des journées des vocations, chaque année, on consacre au moins un dimanche aux vocations, mais à l’évidence sans grand succès. Les séminaires et les noviciats restent désespérément vides. Pourquoi ? Ce n’est sûrement pas le Seigneur qui n’appelle pas ou ne veut pas appeler. Si nos prières n’aboutissent pas, cela ne peut venir que de nous.Pourquoi ? Pour beaucoup de raisons, je n’en soulignerai que deux qui me paraissent les deux principales. D’abord nous ne croyons pas que notre Dieu est un Père qui a un projet pour chacun de ses enfants, il n’en laisse aucun de côté et il appelle chacun à faire quelque chose de précis dans le monde afin d’y mettre un peu plus de paix, de justice et de charité . Nous pensons généralement que les vocations, cela ne concerne que les prêtres, les religieux et les religieuses et que le Seigneur ne s’occupe pas des autres. Comme si les prêtres, les religieux, les religieuses, seraient les vrais enfants de Dieu dont ils s’occupe, les autres, il ne s’en occuperait pas vraiment, ce serait des sortes de bâtards. C’est insultant Tous les jours en récitant le Notre Père nous prions que ta volonté soit faite mais qui s’interroge : c’est quoi sa volonté pour moi aujourd’hui, qu’est-ce qu’il attend de moi aujourd’hui ? Il m’appelle à quoi aujourd’hui ? Est-ce que nous apprenons aux enfants à se poser cette question ? Comment pouvons-nous prier : Seigneur appelle nombreux des ouvriers pour travailler à la moisson, quand, en même temps, nous n’écoutons pas les appels qu’il nous adresse chaque jour, quand en même temps, nous ne cherchons même pas à écouter, étant persuadés d’avance qu’il n’y a rien à entendre ?Une autre raison pour laquelle nos prières pour les vocations n’aboutissent pas, c’est notre étroitesse d’esprit. Nous ne voulons pas entendre parler de vocations d’un type différent de celles auxquelles nous sommes habitués. Pas question d’ordonner des hommes mariés ou des femmes, Pourquoi ? Aucune raison théologique ne s’y oppose, le pape pourrait très bien changer les règlements actuels. D’ailleurs il y a déjà des prêtres mariés chez les catholiques maronites au Moyen Orient. Quant à l’ordination des femmes, nous sommes tout simplement prisonniers des coutumes et de la culture des cent dernières années. Nous refusons de voir que le monde autour de nous a changé. C’est une femme qui est à la tête de la banque mondiale, il y a des femmes chefs d’état, premiers ministres, hauts fonctionnaires, maires de villes importantes ou chefs d’entreprises En France les deux plus importants syndicats sont dirigés par des femmes. Mais dans l’Eglise de3 / 3France, si, dans beaucoup de paroisses des femmes font les lectures et distribuent la communion, il y a encore des prêtres qui ne veulent pas de filles ou de femmes dans le service de l’autel. C’est minable. Nous prions pour les vocations, mais en même temps nous les étouffons, les vocations.Que retenir de tout cela ?En envoyant, outre les 12 apôtres, 72 autres disciples annoncer l’évangile, le Christ nous rappelle que l’évangélisation n’est pas réservée à un petit groupe de prêtres et de religieux mais qu’elle est confiée à tous les baptisés qui participent de la vie du Christ prêtre. Ces 72 disciples que le Christ envoie annoncer l’évangile sont les ancêtres fondateurs des laïcs catéchistes, des équipes de laïcs qui célèbrent les enterrements et des équipes liturgiques de nos paroisses d’aujourd’hui. Il n’y a pas place pour les chômeurs dans l’Eglise. Tous les baptisés sont appelés à travailler sur le chantier de l’évangélisation‘

29 juin 2025 St Jean Baptiste

(Actes 12,1-11) (2Tim.4,6-8.17-18) (Mt.16,13-19)Jésus intriguait. On se demandait qui il était vraiment. Un prophète ? Peut-être ! Sa prédication faisait penser à celle d’Elie qui s’adressait lui aussi aux étrangers. Parfois aussi il répétait mot pour mot des paroles de Jean Baptiste, et comme Jérémie, il annonçait la ruine du Temple. Certains se demandaient même s’il ne serait pas le Messie. En général, il était bien vu, mais les prêtres, les docteurs de la Loi et l’ensemble du milieu clérical lui étaient profondément hostiles. Ils lui reprochaient de s’opposer à la Loi et aux traditions, d’introduire des nouveautés, et de changer la religion. D’après eux, il fallait respecter la Loi jusque dans les moindres détails et surtout, il ne fallait rien changer. Jésus critiquait cette interprétation légaliste de la religion. Pour lui, l’important était d’aimer Dieu et son prochain et l’amour devait inspirer toute la vie. Il était bon et miséricordieux même envers les pécheurs. Au contraire, les prêtres, les docteurs de la Loi et les Pharisiens étaient stricts et passaient leur temps à juger, condamner et mépriser les petites gens, lesquels étaient heureux d’entendre Jésus remettre à leur place tous ces notables arrogants. Si bien que l’opinion publique était de plus en plus favorable à Jésus, tandis que la réputation des prêtres et des Pharisiens s’effondrait. Vexés et jaloux, ils voulaient à tout prix faire passer Jésus pour un révolutionnaire et un impie.C’est dans ce contexte troublé que Jésus demande à ses disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pierre, toujours le premier à réagir, répond : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Christ, c’est-à-dire celui qui a reçu l’onction, la consécration, l’investiture. Le Christ avait reçu cette investiture le jour de son baptême. L’Esprit Saint était descendu sur lui tandis qu’une voix venue du ciel disait : Tu es mon Fils bien-aimé (Mt.5,17). Tous les assistants en avaient été témoins. Pierre affirme donc ici : Tu es Christ, c’est-à-dire consacré, mais pas comme un simple prophète, tu es Fils de Dieu. Jésus reprend alors la parole pour le féliciter et souligner qu’il n’a pas trouvé cela tout seul : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. Personne ne peut connaître Dieu. Notre intelligence est trop courte pour l’atteindre et notre cœur trop étroit pour le comprendre. Lui, l’au-delà de tout…Lui, l’indicible car tout ce qui se dit est sorti de lui…lui, l’inconnaissable comme dit l’hymne de St Grégoire de Naziance. Si quelqu’un croit que le Christ est Dieu, c’est parce que l’Esprit l’éclaire. St Paul .l’écrit aux Corinthiens :Nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint (1Cor.12,3) Mais encore faut-il avoir le cœur et l’esprit ouverts pour recevoir la révélation. Combien ont vu le Christ de leurs yeux et entendu de leurs oreilles, mais ne l’ont pas reconnu ? Alors, moi, aujourd’hui, est-ce que je le reconnais ? Et je le reconnais comme quoi ? Peut-être que je le reconnais comme un Dieu un peu lointain, je crois qu’il est Dieu, comme je crois que Tokyo est la capitale du Japon, mais cela ne change rien à ma vie de tous les jours …. Peut-être que je le reconnais, c’est déjà mieux, comme tenant une certaine place dans ma vie, à certains moments. En cas de difficulté ou d’épreuve, je me tourne vers lui, j’ai confiance que, dans sa bonté, il va me venir en aide, mais le reste du temps, quand tout2 / 3va bien, il n’est guère présent dans ma vie. C’est un peu comme s’il était une sorte de roue de secours. On y tient à sa roue de secours. Elle est toujours dans le coffre de la voiture, mais on ne s’en sert pas tous les jours et même on espère qu’on n’aura pas à s’en servir ! ……..Ou bien alors, ce serait l’idéal, peut-être que je regarde le Christ comme celui qui m’a donné la vie, l’intelligence et tous les talents que je possède. Je le vois comme celui qui est à l’origine de tout ce qu’il y a de bien en moi, comme celui qui me confie un petit bout de son royaume à édifier, afin que là où je suis, grâce à lui, il y ait un peu plus de paix, de justice, de charité. Alors là, le Christ n’est plus simplement un Dieu-roue de secours, précieux, certes, mais à qui on n’a recours qu’en cas de crevaison, il serait plutôt un Dieu-moteur qui à tout instant me permet d’avancer et en même temps un Dieu-GPS, qui me guide tout au long de ma route ! Cela suppose que je sois continuellement vigilant et attentif à suivre ses orientations mais sans tension ni inquiétude, parce que je sais qu’il m’aime et veut le meilleur pour moi…St Paul appelait cela : rester sur le qui-vive dans l’action de grâces.(Col.4,2) Jésus, tout heureux de voir que Pierre a été éclairé par le Père, reprend la parole et lui répond en l’instituant chef de l’Eglise : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise…je te donnerai les clés du Royaume, l’instituant ainsi chef de l’Eglise. Pierre n’a pas les qualités requises pour cela, mais c’est sans importance. Le Seigneur sait bien que personne n’a jamais les qualités nécessaires pour répondre à la vocation à laquelle il l’appelle, aussi se charge-t-il lui-même de soutenir et de former ceux qu’il appelle. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (Marc 1,17) dit-il à ses apôtres lorsqu’il les choisit. Aujourd’hui encore, comme il l’a fait avec ses apôtres, le Seigneur nous demande parfois des choses qui dépassent nos capacités. Mais la grâce, qui est le pouvoir donné aux hommes de faire par eux-mêmes ce qu’ils ne peuvent pas faire par leurs propres forces nous permet de nous en sortir.Et puis l’évangile d’aujourd’hui se termine par la consigne que donne Jésus aux apôtres de ne dire à personne qu’il était le Messie. Pourquoi cette consigne ? Il ne veut pas qu’on le reconnaisse comme Messie pour de mauvaises raisons, parce qu’il parle bien ou parce qu’il fait des miracles étonnants Il est venu parmi nous pour révéler que Dieu est Amour et la seule chose qui puisse vraiment le prouver, c’est sa passion et sa résurrection parce que c’est là ,quand il donne sa vie pour nous, que se manifeste de la manière la plus éclatante l’infini de son amour.Que retenir de tout cela ?L’évangile d’aujourd’hui nous invite à faire le point : Pour moi, qui est le Christ ? Est-ce que je crois que le Christ est Dieu, comme je crois que Tokyo est la capitale du Japon, mais cela n’a aucune incidence sur ma vie ? Est-ce que pour moi, le Christ c’est celui qui vient à ma rescousse quand je suis en difficulté, mais le reste du temps, quand tout va bien, je l’ignore ? Ou bien, ce serait l’idéal, est-ce que le Christ et son évangile sont pour moi une référence constante, je ne fais rien sans lui demander comme St François d’Assise : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? D’autre part l’évangile d’aujourd’hui nous invite à avoir toute confiance dans la grâce de Dieu même s’il nous demande des choses qui dépassent nos capacités. A travers l’exemple de St Pierre nous voyons que la grâce nous permet de faire par nous-mêmes ce que nous sommes incapables de faire par nos propres forces. St Pierre proclame : Tu es le Messie Fils de Dieu, alors que l’intelligence humaine, trop courte ne peut affirmer une vérité de cet ordre. Appelé par Jésus à3 / 3être le chef de l’Eglise, alors qu’il n’a pas les qualités nécessaires, il y parviendra malgré tout. Et puis dans l’évangile d’aujourd’hui le Christ nous fait comprendre : la preuve que je suis le Christ, bien plus que la profondeur de mes paroles ou les merveilles de mes miracles, c’est l’amour qu’il y a dans tout ça, et surtout dans ma mort et ma résurrection. Pour nous aujourd’hui cela veut dire que la preuve qu’un chrétien est chrétien ce n’est pas qu’il aille à la messe le dimanche et fasse un peu de bien autour de lui de temps en temps, c’est que l’amour inspire toute sa vie. Impossible. C’est vrai. Mais, comme disait St Paul, il y a celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout c que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)

Faites cela en mémoire de moi, 22 juin 2025

Solennité du corps et du sang du Seigneur. année C. (Gn 14,18-22 ; 1 Co 11,23-26 ; Lc 9,11b-26)

« Ceci est mon corps qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Frères et sœurs, dans cette lettre de Saint Paul aux Corinthiens, Saint Paul nous redit ce qu’il a entendu des Apôtres. Ce commandement de faire l’Eucharistie en mémoire de Jésus.

Et aujourd’hui, ce que nous faisons, nous le faisons en mémoire de Jésus. Et faire cela, cela nous rappelle chaque dimanche que Jésus est mort pour nous. Et nous proclamons sa mort jusqu’à ce qu’il vienne. Et le Seigneur vient. Il vient dans son Eucharistie. Il vient dans son Esprit Saint. C’est ça l’essentiel de ce que nous vivons dans l’Eucharistie.

Jésus nous dit, faites cela en mémoire de moi. Il ne nous dit pas, recevez le corps et le sang en mémoire de moi. Il nous dit, faites cela. C’est-à-dire que lorsque nous sommes réunis et que nous faisons ces gestes en mémoire de lui, nous devenons davantage le corps du Christ. C’est pour ça que les théologiens du Moyen-Âge disaient que l’Eucharistie fait l’Église.

L’Église, elle fait l’Eucharistie parce que Jésus le lui a demandé. Mais l’Eucharistie, elle nous rend davantage un, elle nous rend davantage frères et sœurs, elle nous rend davantage cette capacité d’aimer avec la force de Dieu. Et cela, c’est très important parce que, surtout dans les temps modernes, il y a une tendance à l’individualisme : je viens à l’Eucharistie, je reçois le corps et le sang du Seigneur. Et nous n’avons pas de difficulté de nos jours à croire que c’est réellement le corps et le sang du Seigneur qui sont présents. (Je parle pour les pratiquants). Mais par contre, nous avons une tendance à l’individualisme, à penser que je viens pour recevoir mon petit morceau de Dieu et que je repars chez moi. Mais frères et sœurs, c’est oublier une partie de l’Eucharistie parce que l’Eucharistie, elle fait l’Église, elle fait le corps du Seigneur. Et cela, nous le retrouvons très nettement dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’Eucharistie, elle part toujours d’une situation de manque. Vous voyez ces foules qui sont venues à Jésus pour être guéries, pour entendre sa parole, et tout à coup, elles ont faim. Et la réaction des disciples, c’est notre réaction quand nous voyons une détresse qui nous dépasse. Quand nous voyons une grande détresse, nous sommes tentés de dire « Eh bien, allez voir telle personne, allez voir telle institution. » Et là, Jésus nous dit « Donnez-leur vous-même à manger ». Donnez-leur vous-même à manger, c’est-à-dire, prenez en charge les faim et les soifs de l’humanité. Si nous regardons dans notre quartier, il y en a des faims et des soifs. Il y en a énormément !

Alors, devant ces faims et ces soifs qui nous dépassent complètement, nous voyons nos forces. Combien sommes-nous ici aujourd’hui ? Trente, quarante peut-être ? Et alors nous sommes comme les disciples. Qu’est-ce que nous pouvons faire ? Nous avons cinq pains et deux poissons.

Mais le Seigneur ne se décourage pas avec nous. Il ne se décourage pas du fait que nous ne soyons que trente ou quarante. Il nous dit simplement d’apporter à Lui ce que nous avons. Chacun a des talents, chacun a un cœur et nous sommes invités à le mettre dans les mains de Jésus. Et c’est cela que nous ferons tout à l’heure dans les offrandes. Si nous avions des enfants dans cette communauté, nous pourrions faire une magnifique procession d’offrandes. Nous avons Isaac, mais on ne va pas lui demander de venir tout seul. Et donc nous apportons nos cinq pains et nos deux poissons. Mais ce qui est très important, c’est que nous ne sommes pas seuls pour répondre aux faims et aux soifs.

Ces cinq pains et ces deux poissons, nous sommes appelés à les mettre dans les mains de Jésus. Et Jésus va les bénir. Jésus va les présenter à son Père et il va rendre grâce. Et ensuite, Jésus va les partager. Les partager parce que c’est le sens de ce qu’il a fait de sa propre vie. Il s’est partagé au point d’en mourir.

Et nous, les chrétiens, nous sommes appelés à partager nos vies aussi. Mais par la puissance de l’Esprit Saint, et bien c’est là que la merveille s’accomplit. Il partage, il donne, il redonne aux disciples et les disciples doivent distribuer. Et là, il y en a assez pour tout le monde. Frères et sœurs, c’est là que le peuple de Dieu, le corps du Christ est constitué. Dans le partage du corps du Seigneur.

Et on nous dit que tous furent rassasiés. Et à la fin, il reste douze corbeilles. Alors, je me suis parfois demandé pourquoi on ramassait les morceaux qui restaient. Je pensais que, comme c’était une image de l’Eucharistie, il s’agissait du corps eucharistique et donc il fallait aller le mettre dans un tabernacle ! Jusqu’au jour où j’ai partagé ce texte avec des personnes en difficulté et qui me disaient non ! il faut le mettre dans les paniers parce qu’il y a certainement d’autres personnes qui ont faim. Voilà.

L’Eucharistie, elle nous convoque au partage avec ce que nous avons. Mais non pas simplement avec nos propres forces, mais en les mettant dans les mains du Seigneur. Le Seigneur rend grâce, le Seigneur les bénit et le Seigneur transforme ce que nous donnons en sa présence, son amour, concrètement sous la forme du pain et du vin qui va nous remplir de son amour.

On pourrait dire que c’est le pain de l’amour dont tous nous avons besoin. Mais le pain de l’amour que nous recevons, eh bien, nous conduit à nous donner, comme Jésus qui nous a tout donné. Amen.