Dimanche  11  Février  2024

Ce qui nous frappe tout de suite dans ce récit, c’est la foi et la détermination du lépreux. Il se jette aux pieds de Jésus et le supplie : Si tu le veux, tu peux me purifier. Il ne doute pas que Jésus puisse le délivrer de sa lèpre. En bon croyant, il ne demande même pas sa guérison, mais sa purification, car on croyait alors que la lèpre était le châtiment divin d’un péché grave et rendait impur celui qui en était frappé. Sa foi lui donne le courage de se mélanger à la foule et de s’approcher de Jésus, alors que selon la Loi, les lépreux devaient se tenir à l’écart, habiter hors des villages où il leur était interdit d’entrer et si quelqu’un s’approchait d’eux sur le chemin, ils devaient l’avertir de s’écarter en criant : impur ! impur ! Jésus, bouleversé de voir ce malheureux qui le supplie à genoux, étendit la main, le toucha et lui dit je le veux, sois purifié. Non seulement Jésus l’a laissé approcher sans lui faire de reproches, mais il l’a touché, ce qui était formellement interdit. Personne n’a songé à protester. Tout le monde était fasciné de voir le lépreux soudainement guéri.

Mais alors que jusqu’ici Jésus avait eu envers le lépreux une attitude bienveillante, il va maintenant se montrer brusque Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt (et le mot grec employé ici signifie il le chassa) va te montrer aux prêtres, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit. Pourquoi se montrer aux prêtres ? Parce que les prêtres exerçaient la fonction d’officiers de santé, eux seuls pouvaient attester officiellement de la guérison des lépreux et les autoriser à reprendre une vie normale dans la société. Mais pourquoi le Seigneur chasse-t-il le lépreux en lui demandant de ne rien dire à personne ? C’est que le peuple avait du Messie et de sa mission une conception quasi mythique. On pensait que le Messie mettrait fin à l’occupation romaine et restaurerait la royauté d’Israël, qu’il ferait disparaître de la terre tous les maux, (famine, maladies, mort) et qu’il restaurerait le paradis terrestre. Jésus ne veut pas qu’on ait cette vision de sa personne et de sa mission. Il ne veut pas être pris pour un guérisseur. C’est pourquoi Jésus renvoie le lépreux en lui demandant de ne rien dire à personne.  

Et pourquoi le Seigneur ajoute-t-il : cela sera pour les gens un témoignage. Témoignage de quoi ? Témoignage de la présence agissante de Dieu. Car on pensait la guérison de la lèpre était réservée à Dieu seul. Lui qui l’avait envoyée comme un châtiment, était le seul à pouvoir en délivrer. Donc, quand Jésus renvoie le lépreux en lui disant ce sera pour eux un témoignage, cela veut dire : maintenant, va t’en ; te voir guéri sera pour les gens un témoignage, une preuve, que le Messie est arrivé au milieu d’eux.

Une fois encore, dans ce récit de guérison, l’attitude de Jésus nous étonne. Pourquoi chez lui ce parti-pris constant envers les pauvres, les pécheurs, les malades, les malheureux, les exclus ? Pourquoi se laisse-t-il approcher par un lépreux rejeté par tous, exclu de la société ?  Sa maladie, repoussante, faisait fuir et en plus, on se demandait quel horrible forfait il avait pu commettre pour que Dieu l’ait frappé ainsi. Jésus lui, saisi de compassion, viole les interdits, ose affronter les regards hostiles et la désapprobation de tous, il accueille ce lépreux, allant jusqu’à le toucher et le guérit. Nous avons du mal à saisir tout le poids de ses paroles quand il nous dit : je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10). Nous avons du mal à comprendre que notre Dieu est un Dieu aimant. La préoccupation de ceux qui vont mal ne le quitte pas et il est toujours en train de chercher à leur venir en aide : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux est le pauvre et le cœur contrit nous disait -il déjà dans Isaïe (66,1).  

Tout cela nous invite à nous interroger sur notre comportement envers les malades, surtout aujourd’hui en ce dimanche de la santé. Si nous voulons être chrétiens il faut nous comporter envers les malheureux et les malades comme le Christ. Où en sommes-nous ? En allant visiter et porter la communion aux personnes âgées, isolées et malades de la paroisse, j’ai pu me rendre compte qu’elles n’étaient pas abandonnées. Tant mieux ; mais soyons attentifs. Est-ce que nous en faisons assez ? Est-ce que nous n’oublions personne ? Peut-être que nous pourrions prier davantage pour eux ou avec eux. Est-ce que nous pensons à leur rendre visite de temps en temps ?

Et puis pensons à toutes les personnes : médecins, infirmiers, infirmières, et autres personnels de santé qui se dévouent auprès des malades dans des conditions pas toujours idéales. Vous avez sûrement remarqué, comme moi, que lors des grèves récentes les infirmiers et infirmières ne revendiquaient pas seulement des augmentations de salaire ou des aménagements du temps de travail, mais ils demandaient aussi de pouvoir passer davantage de temps aux côtés des malades, pour parler avec eux et les accompagner dans leurs souffrances Nous avons la chance en France, même si tout n’est pas parfait, d’avoir à peu près partout des médecins compétents, des hôpitaux bien équipés, des médicaments, et un système de sécurité sociale qu’on nous envie à l’étranger. Nous ne réalisons pas les chances que nous avons. Ce dimanche de la santé nous rappelle, si nous l’avions oublié, le devoir qui est le nôtre de prier pour tous ceux qui oeuvrent dans les services de santé … et de leur manifester notre estime et notre reconnaissance, lorsque nous avons recours à leur dévouement.

Mais que notre reconnaissance aille aussi et d’abord au Seigneur. Nous sommes bouleversés en voyant dans l’évangile le Christ approcher le lépreux, le toucher et le guérir. Eh bien aujourd’hui encore, toujours pas rebuté par la lèpre du péché qui nous contamine, le Seigneur étend la main, touche les lépreux que nous sommes et nous rend capables de faire le bien. Prenons le temps de regarder les merveilles que réalisent les docteurs, les chirurgiens, les ingénieurs, grâce aux talents que le Seigneur leur a donnés. Prenons le temps de chercher à reconnaître la présence du Seigneur et l’action de sa main bien-faisante, qui fait le bien dans nos cœurs et dans nos vies. Et aujourd’hui dans notre messe, présentons tout cela au Seigneur avec reconnaissance.

Que retenir de tout cela ?

D’abord la foi et la confiance du lépreux qui ose s’approcher de Jésus et lui demander sa guérison. Le Seigneur n’impose pas ses bienfaits. Dans la délicatesse de son amour, Il veut que nous nous approchions de lui qui s’approche de nous, pour lui demander avec confiance ce qu’ il s’apprête déjà à nous donner.

Aujourd’hui encore, le Seigneur, toujours pas rebuté par la lèpre du péché qui nous contamine, continue à s’approcher de nous Tâchons de ne pas freiner l’action de sa main bien-faisante qui  délivrant nos cœurs de tout mal nous rend capables de mettre un peu plus de paix , de justice et de charité dans notre monde.



  Dimanche  4  Février  2024                     Beaucamps

C’était un jour de sabbat. Sortant de la synagogue où il venait d’enseigner Jésus entre avec ses disciples chez Simon et André. Leur belle mère est alitée avec la fièvre. Mis au courant, Jésus la guérit. Le bruit de cette guérison se répand dans la ville et le soir venu, on se presse à la porte pour écouter Jésus tandis que les malades et les possédés accourent pour se faire délivrer de leurs maux. Il va en guérir beaucoup. Toutes ces guérisons miraculeuses comportent bien des ambigüités et du côté des malades et du côté de Jésus. Essayons d’y voir un peu plus clair.

Les malades qu’est-ce qu’ils veulent ? Se faire guérir. Bien sûr, mais pas seulement. Car pour eux, une maladie n’est jamais un pur désordre physique, elle a toujours un lien avec le péché. Parfois même, comme dans le cas de la lèpre, elle est considérée comme une punition divine. Si bien que lorsqu’ils demandent la guérison d’une maladie, ils demandent peut-être en même temps une certaine purification spirituelle.

 Et Jésus, quel est son but lorsqu’il guérit les malades ou délivre les possédés ?  Pris de pitié, il veut soulager leur souffrance, mais en même temps il veut leur donner un signe, une preuve de sa présence, de la présence de Dieu au milieu d’eux. Et cela on ne le voit pas parce qu’on en reste à l’aspect prodige du miracle et au bienfait immédiat qu’il apporte. Jésus le reprochera durement à la foule qui le rejoint, le lendemain de la multiplication des pains : Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé du pain à satiété. (Jean 6,26 ) Dans un miracle, il y a toujours un prodige. Sur une simple parole de Jésus la maladie disparait, le démon est chassé. C’est tellement impressionnant qu’on en reste là. Or pour Jésus un miracle, c’est plus qu’un simple prodige ; c’est, au-delà du prodige et à travers ce prodige, un signe accordé à quelqu’un qui a déjà un peu la foi, afin que, éclairé par ce signe il reconnaisse la présence de Dieu dans sa vie et soit plus uni à lui. D’ailleurs Jésus dit souvent à celui qu’il guérit ta foi t’a sauvé (Mt.9,22) ou qu’il soit fait selon ta foi (Mt.9,29) Et sans la foi, Jésus ne fait pas de miracles. St.  Mt nous rapporte qu’au cours d’une de ses visites à Nazareth, il ne fit pas beaucoup de miracles parce qu’ils ne croyaient pas.  (Mt.13,58 ) 

 Pour Jésus les miracles c’est aussi une manière d’exercer son ministère, c’est une prédication par gestes : multiplier les pains, c’est une manière de dire par gestes : Je suis le pain de vie (Jean 6,48) ; guérir un aveugle, c’est dire par gestes Je suis la Lumière du monde (Jean 8, 12) ; ressusciter un mort, c’est dire par gestes : Je suis la Résurrection et la Vie (Jean 11,25 ).

Donc, quel est le but de Jésus lorsqu’il fait un miracle ? C’est d’apporter un signe, une preuve que Dieu est présent, agissant au milieu de nous, à travers le bienfait accordé, une guérison par exemple Au fond, le véritable miracle, ce n’est pas une guérison, du pain multiplié, une tempête apaisée, mais à travers la guérison, le pain multiplié, la tempête apaisée, la présence du Seigneur au milieu de nous. Malheureusement presque toujours on en reste au bienfait accordé et au prodige. C’est à cause de de ces graves malentendus que Jésus s’entoure de précautions quand il fait des miracles. Souvent il emmène le malade à l’écart avant de le guérir et lui commande sévèrement (Mt.9,30) de ne rien dire à personne. Il ne veut pas qu’on le prenne pour un Messie aux pouvoirs impressionnants voire terrifiants. Il est venu révéler un Dieu Amour.

Mais l’évangile d’aujourd’hui ne nous parle pas seulement de la guérison de la belle-mère de Pierre. En nous rapportant comment, le lendemain matin bien avant l’aube, Jésus se rendit dans un endroit désert pour prier, il nous apprend quelque chose de fondamental sur la prière. Il n’avait pas besoin de l’aide ou du pardon de Dieu, comme nous qui sommes des créatures faibles

et des pécheurs, alors pourquoi priait-il ? Il avait besoin de retrouver la paix et le calme de l’intimité avec le Père, lui qui était assiégé par la foule qui l’écrasait, (Marc 5,24) Elle le pressait tellement qu’il ne pouvait plus rentrer dans les villes, il devait rester en dehors, en des endroits déserts  (Marc 5,24) D’autre part, les prêtres, les scribes et les pharisiens le harcelaient sans cesse, essayant de dresser tout le monde contre lui.. Il avait donc besoin de s’isoler de temps en temps pour retrouver la paix dans l’intimité du Père.

 Certainement que nous aussi, qui sommes souvent débordés par toutes nos activités, nous aurions besoin de nous retrouver devant le Seigneur de temps en temps, pour réfléchir calmement à notre situation, retrouver la paix et faire le point avec lui, dans une prière désintéressée. En nous montrant comment Jésus priait pour retrouver un moment d’intimité avec son Père, l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle que la prière n’est pas uniquement une démarche pour demander quelque chose à Dieu mais qu’elle est fondamentalement une démarche où on s’approche de lui pour être en communion avec lui, le retrouver, retrouver sa mentalité, son point de vue, et voir comment faire.

Et la fin de l’évangile d’aujourd’hui nous laisse entrevoir le dynamisme infatigable du Christ que nous sommes invités à imiter. Au matin, voyant que Jésus a disparu, Pierre et ses compagnons se mettent à sa recherche et l’ayant trouvé lui disent : Tout le monde te cherche. Cela se comprend : heureux de voir les nombreuses guérisons opérées par Jésus, les habitants de Capharnaüm veulent le garder chez eux. Mais Jésus répond : Allons ailleurs dans les villages voisins, afin que là aussi, je proclame l’évangile ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. Ce qui veut dire deux choses :

1°) d’abord qu’on ne peut pas garder le Christ pour soi, il faut le partager avec les autres. On n’avait pas encore compris qu’il n’était pas venu pour quelques bourgades de Palestine seulement mais, comme le dira plus tard St Paul, pour que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (2Tim.2,4) Est-ce clair pour nous aujourd’hui que nous ne pouvons pas garder le Christ pour nous tout seuls, pour qu’il nous vienne en aide dans les moments difficiles quand nous en avons besoin, mais que nous devons garder le souci de tous ceux, en particulier dans notre entourage, qui ne connaissent pas ou qui ne veulent plus connaître le Seigneur 

2°) Ensuite l’attitude de Jésus qui va toujours de l’avant et entraîne ses apôtres avec lui doit nous faire comprendre que quand on a commencé à suivre le Christ, on ne peut jamais s’arrêter, on a toujours à s’efforcer de mieux le connaître, de mieux comprendre sa parole et de mieux la mettre en pratique. C’est urgent pour chacun de nous et pour tous ceux qui attendent notre témoignage pour se mettre en route.

Que retenir de tout cela ?

Trois choses 1°) Les miracles de l’évangile ne sont pas simplement des prodiges.  Le miracle, ce n’est pas la guérison obtenue ou la tempête apaisée, mais le signe, la preuve de la présence de Dieu parmi nous à travers un prodige et un bienfait. Le miracle, c’est aussi une prédication par gestes. Multiplier les pains, c’est une manière pour Jésus de dire par gestes Je suis le Pain de Vie.

2°) En nous montrant comment Jésus prie pour retrouver l’intimité avec le Père l’évangile nous rappelle que notre prière ne doit pas être seulement une prière de demande, Nous qui sommes si souvent débordés, nous aurions bien besoin de nous retrouver devant le Seigneur pour retrouver la paix, réfléchir à notre situation, faire le point, et voir avec lui comment faire.

3°) Enfin, le Christ qui ne s’arrête jamais, mais va toujours de l’avant, nous rappelle que quand on se met à sa suite, il n’y a pas de pause prévue. Comme disait Saint Exupery : Il n’y a pas de repos, sinon dans la paix des moissons, quand Dieu engrange.

Dimanche  28  Janvier  2024

On était frappé de voir avec quelle autorité Jésus enseignait. Il ne se contentait pas  de répéter ce que disait la Loi et les prophètes, comme faisaient les scribes. Lui, il parlait en son nom propre. Tout en s’appuyant sur l’Ecriture, il allait plus loin. Par exemple il disait : Vous avez appris qu’il a été dit tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis … afin d’être comme votre Père du ciel qui fait lever son soleil et tomber sur la pluie sur les bons et sur les méchants (Mt.5,43…) Et surtout sa parole était chargée de pouvoir : d’un mot, il guérissait les malades, chassait les démons et ressuscitait les morts. Il disait : je le veux, sois guéri (Jean8,3) et le malade était guéri instantanément.

Ce jour-là, un jour de sabbat, dans la synagogue où il est en train d’enseigner, se trouve un possédé. Par sa bouche l’esprit impur apostrophe  Jésus : Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu, c’est-à-dire : tu es en totale et parfaite union avec Dieu, tu es Dieu. Mais Jésus l’interpelle vivement : Tais-toi ! Sors de cet homme…et l’esprit impur sortit de lui. Les assistants sont effrayés et frappés de stupeur en voyant que Jésus commande aux esprits impurs et qu’ils lui obéissent. Nous aujourd’hui, ce qui nous étonne, ce n’est pas tellement que l’esprit mauvais soit chassé et le possédé soit délivré, nous sommes habitués à lire dans l’évangile des récits de miracles, ce qui nous étonne c’est que Jésus fasse taire le démon quand ce dernier atteste : Tu es Dieu……Il vient de commencer à enseigner, il devrait donc désirer qu’on le reconnaisse comme le Messie. Il devrait donc être heureux que le démon lui rende témoignage ainsi devant tout le monde. Pourquoi le fait-il taire ?  

C’est que le témoignage de l’esprit impur risquerait de donner une fausse idée du Messie qu’on prendrait alors pour un Messie à la toute puissance effrayante. Or il ne veut pas qu’on le prenne pour un Dieu tout puissant, terrifiant.  Il est venu révéler que Dieu est un Dieu Amour.  Un Dieu Amour n’est pas révélé par des prodiges spectaculaires plus ou moins terrifiants mais par l’amour manifesté dans les paroles et les actes de son Messie. Lorsque les Scribes et les Pharisiens lui demanderont un signe comme preuve de sa divinité, il leur répondra : il ne sera pas donné d’autre signe  à cette génération …que le signe de Jonas, comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. (Mt.12,39) Autrement dit, ce qui permet de reconnaître que Jésus est Dieu, et que Dieu est Amour, plus que la profondeur de son enseignement ou le caractère spectaculaire de ses miracles, c’est sa mort sur la croix et sa résurrection parce que c’est là, en donnant sa vie pour nous, que se révèle l’infini de son amour.

Mais nous aujourd’hui, est-ce que nous sommes tellement intéressés par un Dieu Amour ? Est-ce que, plus ou   moins consciemment, nous ne rêvons pas d’un Dieu qui montrerait davantage sa puissance et remettrait un peu d’ordre dans notre monde débordant d’injustices et de misères ? Je pense à tous ces pays dont les habitants sont obligés d’émigrer pour tenter de survivre tandis que leurs dirigeants s’enrichissent honteusement. Quand je vois des snobs parader avec leurs jeans déchirés, je pense aux familles de mes paroissiens en brousse à Madagascar où il n’y avait même pas un habit décent par enfant pour lui permettre d’aller à l’école en semaine et à l’église le dimanche. Je pense aux millions d’hommes persécutés, victimes d’idéologies inhumaines, enfermés dans des camps, souffrant du froid et de la faim pendant que dans nos pays riches les poubelles sont remplies de nourriture et de vêtements qu’on jette, tandis que jour après jour remontent à la surface les échos d’horribles abus dont sont victimes des milliers d’enfants innocents. Nous n’allons peut-être pas jusqu’à dire comme les incroyants : s’il y avait un Dieu, il  

ne permettrait pas que tout cela arrive, mais nous aimerions bien qu’il intervienne davantage  et  

nous sommes tentés de crier vers le ciel comme Isaïe Ah ! si déchirant le ciel, tu venais ! (Is.64,1)


Eh bien, non ! il ne viendra pas en force rétablir les choses. Il n’est pas venu et il ne viendra pas dans le tonnerre et les éclairs. Sa manière, c’est Bethléem, c’est Nazareth. Sa manière, c’est le service humble et discret par amour. Sa manière, c’est le lavement des pieds. C’est ça la politique qu’il pratique et qu’il nous demande de pratiquer. Le Jeudi St au soir, après qu’il eut achevé de laver les pieds de ses disciples il leur dit comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Dès lors que je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné. Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. Non seulement il ne viendra pas en force rétablir les choses lui-même, mais il nousconfie la charge de continuer son œuvre en nous mettant nous aussi, comme lui,  au service des autres. Si le Christ nous révèle que notre Dieu n’est pas un Père Fouettard dont il faut avoir peur, mais un Père qui aime et veut le bonheur de tous ses enfants, il nous révèle aussi que notre Dieu n’est pas non plus un Père Noël qui règlerait touts les problèmes du monde sans que nous ayons à soulever le petit doigt.  

Dans l’évangile, regardez bien, le Christ ne cherche pas à grouper autour de lui des disciples qui écouteraient  son enseignement mais des apôtres, c’est-à-dire des envoyés chargés de répandre son enseignement et de poursuivre son action  Car le mot apôtre vient du verbe  grec « apostellô » qui veut dire envoyer. St Luc le précise bien : il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres, c’est-à-dire d’envoyés. (Luc 6,13) Un chrétien ce n’est pas un disciple qui écoute, prie et médite  l’enseignement du Christ dans l’évangile, ce n’est pas un bon paroissien qui écoute attentivement l’homélie de son curé, à la messe le dimanche, c’est un autre Christ, un autre messie, un autre envoyé qui continue l’œuvre de salut du monde commencé par le Christ, en oeuvrant tous les jours pour qu’il y ait davantage de paix, de justice et de charité dans sa vie, dans sa familles et dans son entourage.

Que retenir de tout cela ?

Pourquoi disait-on que le Seigneur enseignait avec autorité ? Parce qu’il ne se contentait pas de répéter ce que disait l’Ecriture et la Tradition, comme les scribes. Son enseignement allait plus loin  que l’Ecriture et la Tradition. Mais ce qui manifeste   surtout l’autorité de sa parole, c’est le pouvoir qui accompagnait cette parole : d’un mot, il guérit les malades, délivre les possédés et ressuscite les morts. Sa parole fait des miracles. Nous aujourd’hui, sommes-nous suffisamment attentifs à laisser pénétrer cette parole dans nos cœurs ? Elle ferait des miracles…

Dans l’histoire du possédé délivré, Jésus empêche le démon de proclamer qu’il est Dieu. Pourquoi ? Il ne veut pas être montré comme un Dieu à la toute puissance terrifiante. Il est venu révéler un Dieu Amour qu’on ne peut reconnaître que par le coeur lorsqu’on est bouleversé par l’amour manifesté par ses paroles ou ses actes et surtout par sa Passion  et sa Résurrection parce que c’est là, en donnant sa vie pour nous, que se révèle l’infini de son amour.

Mais si notre Dieu n’est pas un Père Fouettard dont on devrait avoir peur, il n’est pas non plus un Père Noël qui transformerait notre monde  d’injustices et de misères en un monde où règneraient la paix, la justice et la charité, sans que nous ayons à lever le petit doigt, Tous nous sommes envoyés continuer l’œuvre de salut commencée par le Christ afin que dans nos vies, dans nos familles, dans notre entourage, il y ait chaque jour un peu plus de paix, de justice et de charité.


Dimanche  21  Janvier  2024

Jésus sort de l’anonymat, quitte Nazareth et commence son ministère public. Sa première prédication va reprendre celle de Jean Baptiste : Repentez-vous, le royaume de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.

L’expression convertissez-vous traduit le mot grec Métanoïa qui signifie deux choses : changement de mentalité et retour vers Dieu. Changer de mentalité, c’est plus que se repentir et regretter ses fautes. Avec le repentir, nous restons enfermés dans le passé. Le Seigneur nous demande plus que de nous repentir du passé, il nous demande de pousser ce repentir jusqu’à nous convertir c’est -à-dire jusqu’à orienter autrement notre vie à l’avenir, jusqu’à changer notre vie à l’avenir.

Orienter autrement notre vie. Mais dans quelle direction ? Vers Dieu, car le terme métanoïa signifie changement de mentalité et retour vers Dieu. S’il faut que nous revenions vers Dieu, c’est que nous nous sommes éloignés de lui. Comment peut-on s’éloigner de Dieu ? Soit en s’opposant à lui, en agissant contre sa volonté, soit encore en ne s’occupant pas de lui ni de sa volonté, en faisant comme s’il n’existait pas. Dans un cas comme dans l’autre, nous prenons la place de Dieu, décidant par nous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Même s’il nous arrive parfois, malheureusement, de faire le mal, nous ne sommes quand même pas de ceux qui choisissent délibérément d’orienter toute leur vie dans un sens contraire à l’évangile. Mais peut-être sommes-nous de ceux qui dirigent leur vie sans trop s’occuper de la volonté de Dieu, nous appuyant sur notre intelligence, notre jugement, notre bon sens, notre bon cœur, avec le souci de ne faire de mal à personne. Cela pourrait être pire ! Mais sans nous en rendre compte, nous éliminons Dieu de notre vie, décidant par nous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il est donc urgent de changer de mentalité et de réintégrer le Seigneur dans notre vie. Comment cela ? C’est très simple : au lieu de nous demander : que dois-je faire, comment dois-je réagir dans telle situation, me demander : qu’est-ce que le Seigneur voudrait que je fasse ? Comment veut-il que je réagisse ? St Ignace appelait cela : garder Dieu devant les yeux en toute occasion.

La deuxième partie de l’évangile nous montre Jésus appelant des pêcheurs à devenir ses disciples. Simon et André sont en train de jeter leurs filets dans la mer. Jésus passe et leur dit venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt laissant leurs filets ils le suivirent. Un peu plus loin, il voit Jacques et Jean en train de réparer leurs filets. Il les appelle et eux aussi, laissant tout, partirent à sa suite. Il y a là quelque chose de très surprenant : ils sont en plein travail, Jésus les appelle, aussitôt ils lâchent tout, leurs filets, leur barque, leur père et suivent Jésus. Qu’est-ce qui les a poussés à tout laisser, comme ça, tout de suite ? Il faut que l’appel du Seigneur les ait touchés très profondément pour que tout de suite ils partent avec lui. C’est là le secret de la vocation : c’est un appel qui vous touche très profondément, qui bouscule tout dans votre vie et vous emporte. Un prêtre âgé me racontant sa vocation me disait : j’avais dix ans, j’étais en sixième. Au cours d’une journée de récollection, le prédicateur a parlé de la Passion du Christ. Alors j’ai pensé : le Christ a fait ça pour moi, eh bien moi je serai prêtre. C’est tout. Cela m’a mis dans une espèce de sérénité et de certitude. Il était clair que je devais être prêtre. C’est cela qui me comblait. On est comme séduit. C’est d’ailleurs le terme qu’emploie Jérémie, quand il dit à propos de sa vocation  : Tu m’as séduit Yahvé et je me suis laissé séduire. (Jer.20,7)

Autre chose encore de très surprenant dans cet appel des premiers apôtres. Jésus ne les a pas choisis parmi les prêtres, les scribes, les docteurs de la Loi, des gens qui connaissaient les choses de la religion, qui avaient étudié dans les écoles rabbiniques Il a choisi des matelots, des pêcheurs qui n’avaient aucune formation. St Pierre ne savait ni lire ni écrire. Mais il leur a dit en les appelant : JE FERAI DE VOUS des pêcheurs d’hommes. Tous ceux qui ont été appelés  au sacerdoce ou à la vie religieuse vous le diront : ils ont toujours été sûrs de ne pas avoir ce qu’il fallait pour répondre à l’appel qui leur a été adressé, mais  le Seigneur les a formés au long des années,  à travers les personnes qu’il a mises sur leur chemin, à travers les années d’études et surtout  à travers l’expérience de la prière car la formation d’un apôtre du Christ, c’est plus et autre chose que les fruits d’années d’études de philosophie et de théologie. La formation d’un apôtre du Christ c’est surtout une formation spirituelle que seul le Christ peut donner dans l’intimité de la prière. Vous me dites quelquefois : Merci ! vos homélies, c’est intéressant. Je suis content, ça me fait plaisir, mais savez-vous que parfois je me dis : mais qu’est-ce qu’ils ont pu trouver d’intéressant dans cette homélie ? Et une fois rentré chez moi, je la relis pour essayer de voir ce que vous y avez trouvé. Je pense souvent à une réflexion de Georges Bernanos qui disait : Le Seigneur nous envoie porter chez les autres des cadeaux que nous ne possédons pas, des présents dont nous ne connaissons pas le prix. Et ce n’est pas seulement à moi que ça arrive. Tous, prêtres aussi bien que laïcs, combien de fois n’avons-nous pas apporté aux autres une parole qui venait d’au-delà de nous ? Combien de fois n’avons-nous pas éprouvé le sentiment d’être dépassés par la tâche à accomplir, incapables de faire ce que le Seigneur nous demandait et puis finalement nous y sommes parvenus. Pourquoi ? Ma mère disait : Le Bon Dieu y a mis les mains. Aujourd’hui l’évangile nous montre à travers l’appel des disciples ce que le Seigneur est arrivé à faire avec quelques matelots sans spécialité, comme on dit dans le milieu des inscrits maritimes En quelques centaines d’années ils ont porté l’évangile jusqu’aux extrémités du monde. Cela devrait nous donner de l’élan pour construire autour de nous dans nos familles, nos milieux, nos villages, un monde où il y a un peu plus de justice, de paix, de charité.

Que retenir de tout cela ?

Le Christ nous le demande : convertissez-vous et croyez à l’évangile. C’est-à-dire : changez de mentalité, regrettez et reniez vos fautes passées jusqu’à vous engager dans une voie nouvelle. Cette voie nouvelle, c’est de remettre Dieu dans notre vie. Trop souvent, nous l’éliminons de nos journées, dirigeant notre vie tout seuls, en nous appuyant sur notre raison, notre bon sens, notre jugement, sans vouloir faire de tort à personne, mais persuadés que nous sommes assez intelligents pour pouvoir décider par nous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal, sans avoir besoin de Dieu pour cela. Voilà ce qu’il faut changer dans notre manière de faire : garder Dieu devant les yeux. Au lieu de dire : qu’est-ce que je dois faire, me demander qu’est-ce que le Seigneur veut que je fasse. Au lieu de faire route tout seuls, garder Dieu devant les yeux et marcher à sa lumière qui éclaire mieux que la modeste lumière de notre intelligence et de notre raison.

Le Seigneur appelle de simples pêcheurs pour être ses apôtres. Ils en sont incapables, c’est une affaire entendue, mais il leur dit :  JE FERAI de vous des pêcheurs d’hommes. Et ça a marché. De même, nous aussi, comme les apôtres, nous sommes appelés à faire des choses qui nous dépassent. Pourtant il nous est arrivé plus d’une fois de constater que nous étions parvenus à faire des choses qui nous paraissaient impossibles. Parce qu’il est avec nous, Lui, dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)Mais le travail n’est pas fini. Aujourd’hui encore le Seigneur nous envoie apporter autour de nous, un peu plus de paix, de justice, de charité. Beaucoup attendent que quelqu’un fasse quelque chose pour eux. Resterons nous  sans rien faire ?

Voici l’Agneau de Dieu DIMANCHE    14 JANVIER   2024 Ennetières

Jean Baptiste voyant Jésus aller et venir dit en le regardant : Voici l’Agneau de Dieu. Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est une parole codée qui fait  allusion à l’agneau pascal immolé par  chaque famille juive avant de quitter l’Egypte terre d’esclavage, et d’ entrer en terre promise, où ils seront libres.  Le  sang de cet agneau immolé  dont ils avaient marqué les linteaux de leurs portes  était le signe grâce auquel l’ange exterminateur chargé de frapper tous les premiers nés des Egyptiens les avait épargnés. Donc, quand J.B.dit : Voici l’Agneau de Dieu cela veut dire : voici  le Messie, celui qui a reçu l’onction, qui va  vous guider aujourd’hui et vous faire passer des ténèbres à la pleine lumière du Royaume, comme l’agneau pascal autrefois vous avait fait passer de l’esclavage à la liberté.

Deux des disciples de Jean, entendant cela se mirent à suivre Jésus. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils faisaient là ces deux disciples ? Ils étaient  venus écouter celui qui se présentait comme le précurseur du Messie et qui prêchait :  Convertissez vous, le Règne de Dieu s’est approché (MT.3,3) Il n’y a plus de temps à perdre, déjà la cognée est à la racine des arbres, tout arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu (Luc 3,9).   Il avait révélé à ses auditeurs qu’il avait vu l’Esprit, tel une colombe descendre du ciel et demeurer sur Jésus . Et il avait ajouté : celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptisera dans l’Esprit  et moi j’ai vu et j’atteste que c’est lui, le Fils de Dieu. (Jean 1,32,34). Dès lors, les deux disciples n’hésitent plus. Ils décident de suivre Jésus.

Ce dernier en les voyant le suivre leur demande : Que cherchez-vous ? Il sait bien ce qu’ils cherchent mais il veut le leur faire dire. Toujours il insiste pour que nous disions ce que nous attendons de lui, comme pour nous faire exprimer notre confiance en lui.  A l’aveugle qui le supplie Seigneur aie pitié de moi, il demandera : Que veux-tu que je fasse pour toi ? alors qu’il sait très bien  ce que veut cet aveugle :  recouvrer la vue.  Les deux disciples répondent à la question de Jésus par une autre question Rabbi, où demeures-tu ? Ce qui est une manière de dire : Rabbi,: toi qui es un Maître en Israël, nous voulons te suivre, rester avec toi, demeurer auprès de toi, dis nous où tu habites.

Que s’est-il    passé ? Pourquoi André et son compagnon  sont-ils venus écouter Jean Baptiste ? Parce que quelque chose dans la prédication de J.B.correspondait à une certaine attente en eux .Ils ne le savaient pas clairement, mais ils commençaient à ressentir en eux l’appel que le Seigneur leur adressait. Et quand J.B. a désigné Jésus comme le Sauveur, le Messie, ils se sont décidés à le suivre. Ils n’étaient pas les seuls qui soient  venus écouter J.B.. Ils étaient des foules à venir écouter Jean parce qu’ils cherchaient quelque chose. Et ils étaient encore plus nombreux ceux qui ne se sont pas déplacés pour venir écouter Jean Baptiste. Pourquoi certains sont venus écouter Jean tandis que d’autres ne se sont pas dérangés ? André et son compagnon ont ressenti un appel et ils y ont prêté attention. D’autres aussi ont entendu cet appel, mais ils n’y ont pas prêté attention. C’est encore comme ça aujourd’hui. Le Seigneur appelle tout le monde à quelque chose Certains prêtent attention à cet appel, d’autres ne veulent pas être dérangés.  Sommes nous de ceux qui ont prêté attention au Seigneur qui nous  appelle ou sommes nous de ceux  qui ne veulent pas être dérangés ? Et si nous avons prêté attention au Seigneur qui nous a appelés, est-ce que nous continuons à prêter attention aux appels qu’il nous adresse chaque jour ? En plus de lui demander dans nos prières de nous aider à réaliser nos projets ou nos désirs légitimes, comme il nous invite à le faire, Demandez et vous recevrez (Jean16,24)  est-ce que nous avons le courage de lui demander : Toi, Seigneur, que veux tu que je fasse aujourd’hui ? Est-ce que nous osons dire Seigneur qu’aujourd’hui ton nom soit sanctifié dans ma vie, dans ma famille et dans mon entourage,  que ton règne vienne aujourd’hui dans ma vie, dans ma famille et dans mon entourage  que ta volonté soit faite aujourd’hui, dans ma vie  dans ma famille et dans mon entourage ?

Mais l’évangile ne s’arrête pas seulement à nous rapporter la décision d’André et de son compagnon de se mettre à la suite du Christ. Tout heureux d’avoir trouvé le Messie, André communique cette bonne nouvelle à son frère et l’amène  à Jésus. Celui ci l’accueille et lui donne un nouveau nom : Tu es Simon, fils de Jean, tu t’appelleras Kephas, ce qui veut dire pierre. Il y a là trois choses à relever : 1°) d’abord André ne peut pas garder pour lui tout seul sa joie d’avoir trouvé le Messie, il faut qu’il partage cela avec son frère. 2°) Ensuite Jésus donne un nouveau nom à Simon : Tu es Simon, fils de Jean, tu t’appelleras Kephas c’est-à-dire Pierre. Or le  nom dans la Bible,  indique le rôle, la fonction de quelqu’un. En donnant à Simon un nouveau nom et en l’appelant  Pierre Jésus lui donne un nouveau rôle, une nouvelle fonction. Ce Simon qui était pécheur de poisson, Jésus en lui donnant le nom de Pierre en fait la pierre de fondation de l’Eglise. 3°) Mais et c’est là la troisième chose à relever, le Seigneur n’appelle pas Simon directement, il passe par un intermédiaire. C’est  André qui va amener à Jésus celui dont il fera le chef de l’Église. Le Seigneur ne veut pas opérer le salut du monde à lui tout seul. Il veut passer par nous,  nous associer à son œuvre de salut.

Pour nous aujourd’hui cela veut dire que , devant la misère, les conflits,les injustices, les guerres, qui s’étalent partout dans le monde, inutile de  demander à Dieu dans notre prière : Mon Dieu faites que ça cesse et que règnent partout la paix, la justice, la charité, il ne veut pas faire cela tout seul, c’est à nous que le Seigneur demande de transformer le monde, de le convertir. D’un autre côté,  nous les hommes, nous sommes incapables, à nous seuls, de ramener la paix, la justice et la charité dans le monde.  Mais si nous laissons l’Esprit d’amour de Dieu pénétrer en nous, alors le Seigneur ramènera à travers notre collaboration, la paix, la justice, la charité dans notre monde car nous pouvons tout si le Seigneur est avec nous : Je puis tout en celui qui me fortifie (Phil.4,13 ) disait St Paul. Le Seigneur ne nous demande peut-être pas de ramener la paix à Gaza ou en Ukraine ? Mais certainement qu’il attend de nous que nous mettions un peu plus de paix, de justice et de charité, dans notre famille, notre village,notre milieu et nous n’avons aucune excuse pour ne pas nous y mettre, dès maintenant , tout de suite, sérieusement et avec détermination.

Que retenir de tout cela 

Voici l’agneau de Dieu, le Messie envoyé du Père pour sauver le monde est là a dit J.B. à André et à son compagnon. Aujourd’hui l’évangile nous délivre le même message et nous savons  que depuis le premier Noël, le Christ est avec nous. Il nous en a donné l’assurance Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. (Mt.28,20) Il ne veut pas opérer ce salut lui seul, mais il nous demande de nous laisser pénétrer de son Esprit et de son amour pour que, unis à Lui,  nous puissions changer notre monde de conflits et d’injustice en un Royaume de justice, de paix, de charité.Car la grâce nous transforme, elle fait de nous des êtres nouveaux en J.C. en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Ephes.2,10)

Dimanche  8  Janvier  2024       Epiphanie                                                           Ennetières

Epiphanie est un mot grec qui signifie manifestation. Aujourd’hui nous célébrons la manifestation du Messie à toutes les nations représentées par les Mages venus d’Orient . Jusque là, la naissance du Sauveur était restée quelque chose de confidentiel. Seuls quelques bergers des environs de Bethléem étaient au courant. Même les responsables religieux Juifs l’ignoraient encore . Or voici que des mages venus de l’étranger viennent présenter leurs hommages à l’enfant de la crèche.

Qui sont les Mages ? Ce ne sont pas des rois mais des astronomes originaires de Chaldée. Ils étaient aussi astrologues et devins, pratiquaient la médecine et interprétaient les rêves.  En observant le ciel ils ont repéré une étoile nouvelle. Or à cette époque, on croyait que l’apparition d’une nouvelle étoile annonçait la naissance d’un roi, d ‘un grand conquérant ou d’un prophète. Les Mages se sont donc mis en route,suivant la trajectoire de cette nouvelle étoile. Arrivés à Jérusalem, ils demandent naïvement aux autorités Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquent. Hérode craint que ce nouveau roi ne le détrône. Les Juifs, troublés, se demandent si cette nouvelle étoile n’annoncerait pas la naissance du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque alors les scribes et les chefs des prêtres pour leur demander s’ils savent où doit naître le Messie. S’appuyant sur des prophéties de Samuel et de Michée, ils répondent que cela pourrait être à Bethléem. Hérode invite donc ls mages à se rendre là-bas et leur demande de venir le renseigner à leur retour afin qu’il puisse lui aussi présenter ses hommages à ce nouveau roi. En réalité, il veut l’éliminer.

St Mt écrit son évangile pour des Juifs qui voudraient devenir chrétiens mais qui hésitent encore, parce qu’ils craignent que le Christ ne prêche une nouvelle religion différente du judaïsme, et parce qu’ils ont du mal à accepter qu’il apporte le salut  à toutes les nations et pas seulement au peuple Juif, il est tout heureux de rapporter la visite des Mages car ce récit montre  que la naissance du Christ à Bethléem était annoncée par les prophètes ce qui prouve que le christianisme est bien en continuité avec le judaïsme. De plus,c’est une clarté venue du ciel,une étoile, qui annonce le salut  aux nations étrangères et non pas un enseignement que le Christ aurait inventé. Il n’y a donc plus d’obstacles pour des catéchumènes Juifs à devenir chrétiens.

Pour nous aujourd’hui, l’universalité du christianisme ne nous trouble pas. Au contraire, nous sommes fiers lorsque notre voisin à la messe est un étranger venu d’Amérique Latine, du Vietnam ou d’Afrique. Mais cette histoire des Mages a quand même  de quoi nous étonner et nous faire réfléchir. D’abord le fait que ce sont des étrangers et des païens, des mages babyloniens,  qui ont vu l’étoile, et non pas des croyants Juifs.  Même les grands prêtres,  les scribes, les docteurs de la Loi n’ont rien vu venir. Cela nous invite  à ne jamais nous croire supérieurs à ceux qui ne partagent pas notre foi. Tant mieux si nous avons eu la chance de connaître l’évangile depuis notre enfance parce que nous avons vu le jour dans un milieu chrétien. Tant mieux, même si c’est sur le tard, au hasard d’une heureuse rencontre que nous avons rejoint la foi chrétienne, mais il n’y a pas grand mérite de notre part. C’est  le Seigneur qui nous a éclairés et il continue de faire luire son étoile au dessus de tous les hommes de bonne volonté. Rappelons nous toujours comment le Seigneur remet durement en place ceux qui se croient meilleurs que les autres. Il n’hésitait pas à dire aux Grands Prêtres et aux Anciens : Les publicains et les prostituées passeront avant vous dans le Royaume des Cieux (Mt.21,31) Le fait d’être chrétien ne nous donne pas le droit de nous croire supérieurs. Il nous donne simplement le devoir d’être pour ceux qui n’ont pas encore découvert le Christ, l’étoile qui les guide vers la lumière .

Et puis un autre fait doit retenir notre attention : ils ont découvert l’étoile, non pas alors qu’ils étaient en train de prier, mais alors qu’ils faisaient leur travail d’astronomes, en scrutant le ciel. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu aussi bien que la prière. Même si bien souvent le travail nous éloigne nous coupe complètement du Seigneur, parce qu’on ne  voit le travail et l’activité humaine que comme un moyen de rechercher avidement des richesses en éliminant les autres et qu’il devient un lieu de luttes et de rivalités sans merci : conflits économiques,conflits sociaux ou guerres entre les nations, il est tout aussi vrai que le travail nous maintient en communion avec Dieu. Au travail, nous utilisons l’intelligence, la force et les talents que Dieu nous a donnés. Toujours le travail a une dimension de service des autres, que nous soyons en train de préparer le repas de la famille, de construire une maison ou de réparer une voiture et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40). Et puis notre travail contribue toujours, ne fut-ce que modestement à développer et à épanouir la création. Et ceci est tellement important que St Ignace insistait beaucoup pour que les jeunes religieux en formation trouvent Dieu dans leur travail, dans leurs études,  plutôt que dans de longues oraisons. Mais cela suppose qu’on ne se laisse pas abrutir  dans le travail, ce qui est bien difficile lorsqu’on est soumis à des rythmes de travail impossibles. Cela suppose également qu’on ne se laisse pas noyer sans la multiplicité des tâches à accomplir, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air !

Que retenir de tout cela ?

Aujourd’hui, célébrant la manifestation du Seigneur à tous les hommes de toutes les nations, réjouissons nous de ce qu’à travers le monde, des millions d’hommes de toutes les couleurs et et toutes les cultures partagent la même foi. Remercions le Seigneur qui nous a donné des parents, des éducateurs, des amis qui nous ont éclairés et menés à lui. N’oublions pas ceux qui n’ont toujours pas découvert le Christ, autour de nous et jusque parmi nos proches. Serons nous pour eux l’étoile qui les guide vers la lumière ?

 D’autre part l’histoire des Mages nous montre qu’ils ont découvert l’étoile menant au Sauveur alors qu’ils étayent plongés dans leur travail d’astronomes. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu, autrement peut-être, mais tout autant que la prière. Les Mage ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Tâchons d’avoir nous aussi, comme les Mages, de temps en temps,  le nez en l’air ! Ainsi soit-il !!!

Sainte Famille ILE Maurice dimanche 31 décembre 2023

 

Cet évangile nous parle de la purification de Notre Dame, puis de la présentation de Jésus au Temple, avant de nous faire part des réactions étonnantes d’Anne et de Syméon. Selon les prescriptions du Lévitique, Marie se soumet aux rites de purification imposés à toute nouvelle accouchée. Et comme dans la religion juive, le premier né n’appartient pas à ses parents mais à Dieu, Marie et Joseph viennent offrir le sacrifice prescrit pour le rachat de l’enfant : un couple de tourterelles ou deux petites colombes. (Lev.12,8) C’est là une démarche privée qu’accomplit toute famille de bons pratiquants.

Mais les propos de Syméon et d’Anne vont donner une résonance imprévue à ce qui n’était qu’une cérémonie familiale privée. Eclairés par l’Esprit Saint, ils proclament que l’enfant présenté par Marie et Joseph est le Messie attendu par les Juifs  et que ce messie est envoyé à toutes les nations. Ils le présentent comme le salut préparé à la face des peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire pour le peuple d’Israël. Pour tout bon Juif, ces paroles qui annoncent un Messie venu apporter la lumière aux nations païennes et un salut à tous les peuples, sont choquantes. On  pensait alors que le Messie ne viendrait que pour les Juifs, peuple choisi, avec qui Yahvé qui avait fait alliance aux jours d’Abraham…

On n’était pas absolument opposé à la possibilité d’un salut pour les païens, mais à condition qu’ils passent à la religion juive. On racontait avec complaisance la conversion de Ruth, la Moabite ou d’Achior, l’Ammonite, environ mille ans avant J.C. et on faisait bon accueil aux païens convertis qu’on appelait prosélytes, mais en même temps on se tenait à l’écart des païens, car on redoutait que leur mentalité et leurs cultes ne corrompent la pureté religieuse juive. Au début de son ministère,  Jésus recommande encore à ses apôtres de ne pas prendre le chemin des païens, de ne pas entrer dans une ville des Samaritains et d’aller plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt.10,5). Mais rapidement, devant la mauvaise volonté des brebis perdues d’Israël, il ne ménagera pas son admiration pour les  étrangers qui croient en lui : le centurion romain, le lépreux samaritain, la cananéenne. Il ira même jusqu’à dire que les étrangers venant du levant  et du couchant prendront place au festin du royaume, tandis que les héritiers du royaume seront jetés dehors. (Mt.8,11). Les propos d’Anne et de Syméon étonnent doublement. Non seulement ils annoncent que le messie est arrivé maisils insistent pour dire que le Messie ne vient pas uniquement pour les Juifs, mais aussi pour toutes les nations.

 Et la suite  de leurs propos va prendre une tournure inquiétante : Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction, et toi,  (Marie) ton âme sera transpercée d’un glaive_ ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent au coeur d’un grand nombre. Le glaive de douleur qui transpercera le coeur de Marie, on voit bien ce que cela veut dire : elle souffrira de voir Jésus rejeté, elle sera avec lui dans toutes ses épreuves jusqu’au calvaire, où elle assistera, debout au pied de la croix, à la mort de son fils. Mais pourquoi Jésus causera-t-il la chute des uns et le relèvement des autres ? C’est moins clair. On comprend bien que ceux qui accueilleront les parole de salut  et les mettront en pratique seront sauvés, mais et-ce qu’il faut comprendre que ceux qui n’accueilleront pas ces paroles seront perdus ? Et comment se fait-il que les Juifs qui pourtant attendaient le messie ne l’ont pas accueilli ? Et comment se fait-il qu’aujourd’hui encore beaucoup ne l’accueillent pas ? Certains contemporains de Jésus avaient une certaine idée de la religion, de Dieu, du Messie à venir et ne voulaient pas en démordre. Lorsqu’il a commencé à enseigner, ils ont refusé d’accepter son enseignement. Pourquoi ? Parce que cet enseignement les dérangeait. Ils voulaient en rester à leur façon de voir les choses.    

Aujourd’hui si beaucoup autour de nous ne reçoivent pas le Christ et son évangile, c’est pour les mêmes raisons. On ne veut pas être dérangé. On a son travail, ses occupations ses soucis ; sa famille, ses amis et même sa religion. On n’a pas beaucoup le temps de réfléchir, on court d’une occupation à l’autre. On n’arrive pas à tout faire. Il n’y a pas de place pour incorporer des nouveautés qui bouleverseraient le programme surchargé de nos journées. Ce n’est pas qu’on soit opposé au Christ et à son évangile, mais on n’a pas le temps de s’occuper de ça, on est pris par autre chose. Et puis la venue d’un Dieu  apportant le salut et la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.. ;quand on voit tout ce qui se passe….. les drames à nos portes, la misère , les injustices et plus loin dans le monde les conflits à Gaza, en Ukraine, en Ethiopie, au Soudan, au Nigeria, etc…On finit par se dire que Noël, la venue d’un sauveur, tout ça  c’est trop beau pour être vrai, ça ne  peut être que de la légende, on n’y croit plus.

Alors est-ce que ceux qui n’accueillent pas le Seigneur sont irrémédiablement perdus ? Certaines paroles du Seigneur peuvent le laisser penser, par exemple lorsqu’il dit : Si je n’étais pas venu, si je ne leur avais pas adressé la parole, ils n’auraient pas de péché, mais à présent leur péché est sans excuse (Jean15,22) A moins que, encore une fois, in extremis, le Seigneur n’intercède pour nous : Père, pardonne -leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc22,34). Que fera le Seigneur ? Nous n’en savons rien. Nous, au moins, tâchons de bien écouter pour comprendre ce qu’il dit. Et si malgré tout nous n’arrivons pas à voir clair, demandons lui simplement comme  St François d’Assise:Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Parce que Noël, c’est Dieu avec  nous, alors nous, débrouillons nous pour rester avec lui.

Que retenir de tout cela ?

Joseph et Marie sont arrivés au Temple pour, selon les prescriptions de la Loi, accomplir la purification à laquelle tout nouvelle accouchée devait se soumettre et présenter leur enfant au Seigneur. Mais voilà que Syméon, éclairé par l’Esprit Saint, proclame qu’on est en train d’assister à l’arrivée du Messie venu apporter le salut à toutes les nations. Du coup, ce qui devait être une simple cérémonie privée devient la proclamation solennelle d’un salut offert à tous les hommes.

Cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.Ceux qui accueilleront ce salut seront sauvés. Ceux qui ne l’accueilleront pas seront-ils irrémédiablement perdus ? L’évangile nous donne de bonnes raisons de le penser, à moins qu’à la dernière minute, le Christ n’étende sur eux le manteau de sa miséricorde. Que décidera-t-il de faire? Nous n’en savons rien . L’évangile nous invite à saisir notre chance, à tout faire pour écouter la voix du Seigneur. Son Esprit est en nous pour nous guider et pour  nous permettre d’ aider les autres à trouver le bon chemin. Nous pouvons avancer sans inquiétude. On ne saurait trouver de meilleur GPS.


Homélie pour Noël 2023. Ile Maurice

Cela s’est passé dans une sorte de grotte qui servait d’étable. Il ne nous viendrait pas à l’idée de célébrer Noël dans une étable… Pourtant c’est là que ça s’est passé… Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles…

Il n’a pas joué au Dieu avec nous…Il ne tient même pas debout tout seul. Il faut le tenir, le nourrir, l’habiller, le changer…Il a voulu avoir besoin des mains d’une mère, de la protection d’un père. Il aurait accepté la tendresse des siens, mais ils ne l’ont pas reçu.

De tous les mystères de la vie du Christ, il n’y en a peut-être pas qui nous touche davantage que ce mystère de Noël. Les paroles du Christ nous les avons entendues si souvent, sans toujours les comprendre d’ailleurs, les gestes du Christ, nous en avons tellement entendu parler qu’ils ne nous surprennent plus tellement. Même sa mort et sa résurrection, c’est trop grand pour que nous arrivions à en saisir l’énormité. Mais Dieu qui se fait petit enfant cela nous touche toujours. Même si nous ne savons pas très bien qui est Dieu, même si nous n’apprécions pas comme il faudrait à quel point il s’est abaissé, parce que nous voyons autour de nous aujourd’hui encore des petits enfants, par là nous arrivons à remonter jusqu’à Celui qui s’est fait petit enfant. Par les plus petits, il nous est donné de remonter jusqu’au plus haut des cieux, parce que le plus haut des cieux s’est fait le plus petit sur la terre, pour que par lui nous puissions remonter jusqu’au plus haut des cieux.

Il n’a pas joué au Dieu avec nous…Dans une étable…On ne pouvait pas descendre plus bas. Comme ça, il ne laisserait personne en dessous. Il vient pour tout le monde… Ce soir, c’est Emmanuel, Dieu avec nous, le Dieu du don et du pardon qui vient chez nous. Il ne demande de comptes à personne et ce n’est pas le moment de ressasser notre indignité et nos péchés. Il vient pour tout le monde. On comprend qu’un tas de gens n’y croient pas : c’est trop beau pour être vrai… Tout ce que nous avons à faire, c’est d’aller vers Lui, source des grâces attendues, les mains tendues, pour recevoir ses dons et son pardon, sa paix et sa joie afin d’en vivre et de les partager autour de nous, maintenant et toujours. Il ne faudrait pas que Noël ne soit qu’une vague fête de l’amitié , avec des cadeaux et un bon repas, pour 24h. seulement. Ce soir, il y a du nouveau. Dieu vient chez nous, pas simplement en passant mais pour y rester. On ne peut pas le laisser dehors. Qu’il rentre chez nous et en nous, alors nous arriverons comme lui à donner et à pardonner, nous arriverons comme lui à apporter la paix et la joie autour de nous. Et pour tous ceux que poursuit leur foi d’enfant comme quelque chose qui leur a échappé et qu’ils voudraient tellement retrouver, alors nous serons  peut-être pour eux le signe auquel ils reconnaîtront que c’est bien vrai,

Il y a un Dieu qui les aime,

Il y a un Dieu qui vient pour eux aussi.

Alors ce ne sera plus seulement de quelques églises, à la messe de minuit, mais du coeur de chacun que montera le chant des anges dans la nuit de Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! »


Promesse et accomplissement

4e dimanche de l’Avent (B), 24/12/2023 Église Saint Vincent de Paul à Lille

Les lectures de ce 4e dimanche de l’Avent, nous montrent l’accomplissement d’une promesse faite au roi David dans l’incarnation de Jésus, qui est maintenant imminente dans la liturgie et que nous célébrerons dès cette nuit.

Jésus Christ, nous dit St Paul dans la seconde lecture, est la révélation d’un mystère gardé depuis toujours dans le silence, mystère annoncé dans les écritures comme nous en avons un exemple dans la première lecture.

Arrêtons nous pour contempler ce diptyque, comme deux vitraux dans une cathédrale nous racontent la promesse et son accomplissement. Au passage nous nous reconnaitrons en David et trouverons un chemin à la suite de Marie.

D’un côté nous pouvons contempler le prophète Nathan qui se trompe, peut être aveuglé par la bonne volonté de David, puis qui donne du temps à la prière la nuit suivante et entend la promesse de Dieu comme un retournement de l’action de l’homme vers l’action de Dieu.

Le Seigneur t’annonce
qu’il te fera lui-même une maison.
Quand tes jours seront accomplis
et que tu reposeras auprès de tes pères,
je te susciterai dans ta descendance un successeur,
qui naîtra de toi,
et je rendrai stable sa royauté.
Moi, je serai pour lui un père ;
et lui sera pour moi un fils.


De l’autre nous voyons l’ange Gabriel qui délivre le message de l’accomplissement de la promesse tant attendue. Le Messie annoncer va prendre corps en Marie :

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;
tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand,
il sera appelé Fils du Très-Haut ;
le Seigneur Dieu
lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob,
et son règne n’aura pas de fin. »

D’un côté nous voyons David qui nous ressemble tant, qui fait des projets, qui paraissent bon en apparence, mais où se cachent un peu d’orgueil. David voudrait bien peut être se faire un nom en étant le bienfaiteur de Dieu, celui qui aura bâti le temple du Très Haut, celui dont le nom sera gravé dans la pierre…

Le prophète le remet en place en lui rappelant que c’est Dieu qui est le bienfaiteur et que tout ce que David a fait, ce n’est que parce que Dieu l’a choisi et protégé pour le bien de son peuple. Nathan rappelle à David que c’est Dieu qui a fait un nom à David et non pas son action propre.

Est-ce toi qui me bâtiras une maison
pour que j’y habite ?
C’est moi qui t’ai pris au pâturage,
derrière le troupeau,
pour que tu sois le chef de mon peuple Israël.

J’ai été avec toi partout où tu es allé,
j’ai abattu devant toi tous tes ennemis.
Je t’ai fait un nom aussi grand
que celui des plus grands de la terre.

De l’autre nous voyons Marie, que l’ange salue et appelle « Comblée de grâce ». Elle en est « toute bouleversée » et « se demand[e] ce que p[eut] signifier cette salutation. Elle est l’humilité même et sait bien qu’elle n’a aucun mérite à être nommée ainsi. Elle n’a probablement non plus aucune idée que son nom restera écrit dans l’histoire, elle qui dira à sa cousine « désormais tous les âges me diront bienheureuse ». Surtout, nous contemplons sa disponibilité à l’initiative de Dieu, « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » En cela est-elle la figure inverse de David. David projette et se projette, Marie accueille et se rend disponible.

D’un côté nous voyons David faire des plans de stabilité sur une comète : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre,et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » Il voudrait enfermer le Seigneur habite une maison solide, alors que le Seigneur est le Rocher spirituel, ce roc de souffle qui a conduit le peuple au désert en l’abreuvant. David n’a pas encore compris que le projet du Seigneur est en apparence infiniment plus fragile, mais en réalité beaucoup plus stable. La maison qu’il bâtit pour David, c’est une descendance de chair et de sang, qui sera stable parce qu’envahie par l’Esprit.

C’est une maison de souffle faite d’amour. Le psaume le dit : « c’est un amour bâtit pour toujours, ta fidélité est plus stable que les cieux »

De l’autre nous voyons Marie qui demande comment cette descendance de chair et de sang pourrait bien advenir en elle alors qu’elle ne connait pas d’homme. C’est le souffle qui fera tout cela. « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du très haut viendra sur toi »

Que retenir de tout cela frères et sœurs, sinon que nous sommes David et que par notre baptême nous pouvons vivre de la grâce qui a fait un corps à Jésus dans le sein de Marie.

Nous pouvons retenir que la promesse de Dieu est infiniment plus riche que nos projets à court termes et prendre le temps de la prière, comme Nathan, pour nous ouvrir aux projets du Seigneur.

Nous pouvons retenir que même si nous ne savons pas comment toutes ces choses merveilleuses vont se faire, nous pouvons déjà, comme de petits serviteurs dans la crèche devant Notre Dame, nous mettre à sa disposition « Voici le serviteur, la servante du Seigneur qu’il me soit fait selon ta parole. »

Dimanche  17  Décembre  2023                                Ile Maurice

Tous les textes de la messe d’aujourd’hui nous parlent de joie. Dans l’évangile Jean Baptiste nous annonce la venue du Seigneur. Dans la première lecture, Isaïe explique que ce messie vient annoncer la bonne nouvelle aux humbles, autrement dit même les petites gens, Dieu s’en occupe, qu’il vient guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour ceux qui sont dans la peine, c’est un réconfort de savoir qu’ils ne sont pas oubliés, qu’il il vient proclamer aux captifs leur délivrance et aux prisonniers leur libération, pour nous qui sommes bien souvent enfermés dans nos soucis, emmurés dans nos inquiétudes, le Seigneur ouvre des issues. Et dans la deuxième lecture St Paul conclut : mais soyez donc dans la joie.

D’un autre côté, c’est l’hiver, c’est vrai, il fait froid, il fait gris, nous avons des soucis parfois très graves, et notre monde est loin d’être en paix : la guerre en Ukraine et au Moyen Orient pourrait dégénérer en conflit mondial, en Afrique, comme si la misère ne suffisait pas, des rivalités ethniques ou religieuses sèment un peu partout la ruine et la mort. Quelquefois nous sommes prêts de perdre coeur en voyant notre monde dans un tel état, tandis que la fête de Noël elle-même est devenue une fête largement païenne, avec des illuminations, des guirlandes de papier doré, des Pères Noël dans les vitrines des magasins et des sapins dans les rues. On parle cadeaux, vacances, sports d’hiver, réveillons avec huîtres et vin blanc. Il est question de tout sauf de la venue du Sauveur. Mais malgré tout cela le Seigneur s’approche. Rien ne saurait venir à bout de son parti pris absolu, inconditionnel, de venir nous sauver. Vous tous qui portez des charges très lourdes,et qui êtes fatigués, venez à moi et je vous soulagerai. (Mt.11,28)

Du temps de Jésus aussi, il y avait des virus nocifs répandus dans l’air ambiant. On attendait ardemment la venue du Messie, mais à condition qu’il ne dérange pas trop, à condition qu’il vienne combler les désirs de chacun surtout ceux des prêtres, des pharisiens et de l’ensemble du milieu clérical qui tenaient le haut du pavé et prétendaient imposer au reste de la population ses règles de conduite. Or voici que J.B sans demander aucune permission à personne se met à proclamer qu’il vient ouvrir la voie au Messie. Inquiets, l’ensemble du milieu clérical et les Pharisiens, confinés dans leurs préjugés envoient quelques représentants voir ce qui se passe : pour qui se prend-il ? Qui lui a donné autorité pour prêcher et baptiser ?

Il est embarrassant ce J.B. : il ne se met pas en avant. Ceux qui l’interrogent auraient préféré qu’il prétende être le Messie. Ils l’auraient fait taire, leur prestige aurait été sauf, ils auraient gardé leur place prépondérante dans la société. Ce n’était pas la première fois que des illuminés se présentaient comme le Messie et causaient des troubles avant que les autorités ne les arrêtent et ramènent le calme… Mais J.B.ne se met pas en avant, il s’efface derrière le Messie dont il n’est pas digne de dénouer la courroie de la sandale. Il se contente de prêcher tout simplement : Aplanissez le chemin du Seigneur, laissez le aller son chemin, ne lui imposez pas votre itinéraire. .Ne lui demandez pas de faire ce que vous, vous voulez qu’il fasse. Ne lui demandez pas de dire ce que vous, vous voulez qu’il dise Laissez le d’abord dire ce qu’il veut vous dire, faire ce qu’il veut faire. Après, s’il reste du temps, vous pourrez dire ce que vous avez à dire. Comme dans le Notre Père. On dit d’abord : que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite. Et puis ensuite, mais ensuite seulement : Donne nous aujourd’hui notre pain quotidien, pardonne nous nos offenses, ne nous laisse pas entrer en tentation. Etc. ETC,c’est à dire demandez tout ce que vous voudrez,car il est dit Demandez et vous recevrez. (Jean 16,24) Avant même que vous lui demandiez, votre Père sait de quoi vous avez besoin (Mt.6,8) mais d’abord laissez le dire, laissez le faire .Nous ne pouvons pas prétendre être ses disciples et lui imposer nos volontés, Nous ne pouvons pas prétendre accueillir le Seigneur et lui imposer nos volontés. Sommes-nous prêts à accueillir le Seigneur, à le laisser nous emmener là où il veut nous emmener ? Qu’est-ce qui fait que nous ne sommes pas capables de dire comme Notre Dame à l’ange de l’annonciation : Qu’il me soit fait selon ta parole (Luc1,38)) ou comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux ? Je ne pense pas que délibérément nous ayons des projets opposés à la volonté de Dieu, mais peut-être que tout simplement nous ne croyons pas vraiment que le Seigneur a des projets pour chacun d’entre nous, qu’il appelle chacun d’entre nous à une vocation spéciale . D’ailleurs presque toujours quand on parle de vocations, on pense que cela ne concerne que les prêtres, les religieux et les religieuses . .Donc par conséquent, avec une entière bonne conscience, nous élaborons nos projets de vie tout seuls, comme s’il n’y avait pas de Dieu, comme s’il n’avait pas lui aussi des projets pour nous. Et si nous ne croyons pas que Dieu a des projets pour nous, si nous ne croyons pas vraiment que le Seigneur qui s’approche de nous à Noël veut nous faire avancer, nous emmener plus avant dans une vie meilleure avec lui, comment voulez vous que nous l’accueillions tout heureux de le laisser nous emmener là où il veut nous emmener ?

C’est là que nous avons à nous convertir, à nous demander : qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? Qu’est-ce qu’il voudrait que je fasse de ma vie ? Cessons de nous prendre pour des électrons libres, dérivant n’importe où et n’importe comment, dans l’univers. C’est Dieu qui nous a donné la vie. Il sait ce qu’il fait et il sait ce qu’il veut. Il sait bien mieux que nous ce qui est le meilleur pour nous.Dans ce temps de Noël, où il s’approche de nous pour nous guider et nous remettre sur le bon chemin, ayons le bon sens de lui demander très simplement, comme st François d’Assise :Seigneur que veux-tu que je fasse ?afin de profiter le mieux possible de tout ce qu’il vient nous donner.

Que retenir de tout cela ?

Soyons dans la joie parce que le Seigneur, jamais découragé de notre médiocrité et de nos fautes vient encore parmi nous pour nous relancer sur la bonne trajectoire. Alors aplanissons le chemin du Seigneur, aplanissons les trous et les bosses de nos projets et de nos désirs. maladroits. Oserons nous raser tout cela et lui laisser l’initiative ? Oserons nous lui dire : Seigneur, venez, entrez chez nous ? Vous avez carte blanche !!!