homélie

Dimanche  25  Mai  2025

6e dimanche de Pâques année C ( Actes 15,1-2. 22-29)  (Apoc. 21,10-14.22-23)  (Jean 14,23-29)

Je commenterai la première partie de l’évangile d’aujourd’hui où le Christ nous parle de la Parole de Dieu. Si quelqu’un m’aime, dit le Christ, il gardera ma parole. C’est évident. Si on aime quelqu’un on fait attention à ce qu’il dit, on retient ce qu’il dit. Mais comment en arriver là ? Comment arriver à connaître Dieu, et à l’aimer ? Il est hors de notre atteinte. C’est vrai. Mais lui s’approche de nous. Depuis toujours il se révèle à nous, à Je travers les prophètes, à travers le Christ et son Evangile  et par l’Esprit Saint qui nous inspire chaque jour. Pourtant,  si à certains jours nous avons envie d’aimer Dieu et de garder sa parole parce que nous trouvons que c’est un Dieu bon, qui pardonne, un Père attentif à nos besoins, parfois nous rejetons sa parole trouvant   qu’elle nous dérange et nous empêche de mener notre vie comme nous le voulons.

Vais-je accueillir Dieu et sa parole ou les rejeter ? Il va falloir trancher. Il va falloir que je décide. Car Dieu n’entre pas en force dans nos cœurs. Il est Amour et en amour, on ne force pas. C’est moi qui vais décider d’accueillir et d’aimer ou non le Seigneur et sa parole. Aimer ce n’est pas se laisser emporter par une inclination ou se laisser aller à un attrait ; cela implique un choix libre et une décision de la volonté. Aimer Dieu, cela ne va pas tout seul. Quelquefois on l’accueille, quelquefois on le rejette. Il y a deux mille ans, il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11) Et encore aujourd’hui, on ne l’accueille pas toujours.

Si, touchés par l’amour de Dieu, nous répondons à son amour, alors, nous accueillons sa parole. Et que va-t-il se passer ? Celui qui garde ma parole, dit le Seigneur, mon Père l’aimera.  Bien sûr, c’est normal, puisque la parole qu’il entend n’est pas de Jésus, elle est du Père qui l’a envoyé. Mais ce n’est pas tout. Jésus poursuit : nous viendrons chez lui et chez lui nous ferons notre demeure. Et ça, ce n’est pas normal du tout. Qui sommes-nous pour que Dieu vienne habiter en nous ? Qu’il vienne de temps en temps éclairer notre intelligence ou enflammer notre cœur, ce serait déjà énorme, mais qu’il vienne en permanence habiter en nous, des êtres contaminés par le péché, orgueilleux, envieux, égoïstes, voilà qui est incroyable ! Voilà que le créateur de toutes choses nous aime au point de venir vivre avec nous, habiter en nous, cela dépasse tout ce que nous pourrions imaginer !

Et s’il vient s’installer en nous, qu’est-ce qu’il va faire ? Il va nous communiquer son Esprit qui nous enseignera tout et nous fera souvenir de tout ce que le Christ nous aura déjà dit. (Jean 14,26) Car tant que nous n’avons pas l’Esprit Saint en nous, nous ne comprenons pas comme il faut la parole de Dieu. L’exemple des apôtres dans l’évangile nous le montre bien. Méfiez-vous du levain des Pharisiens, leur dit Jésus (Mt.16,6) mais eux croient qu’il leur parle du ravitaillement en pain pour la journée. Lorsqu’il les invite à aller avec lui auprès de Lazare qui est mort, pour être témoins de sa résurrection, Thomas répond complètement à côté : Allons et mourons nous aussi avec lui. (Jean 11,16) Le Seigneur finira par leur dire : J’ai encore bien des choses à vous dire, mais vous n’êtes pas en état de les porter, quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière. (Jean 16,13) Si même les apôtres qui voyaient le Seigneur de leurs yeux et l’entendaient de leurs oreilles, n’arrivaient pas à comprendre sa parole, à plus forte raison, nous autres aujourd’hui. Sans l’Esprit Saint qui nous enseigne, nous ne comprenons pas grand-chose à la parole de Dieu. Mais dans l’évangile d’aujourd’hui, une fois encore, le Seigneur nous le  promet : L’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom , lui, vous enseignera tout. En pénétrant en nous, l’Esprit nous fait avancer toujours davantage dans l’amour de Dieu et la communion avec lui. St Paul exprime cela dans une formule saisissante :Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2Cor. 3,18)

Et comme d’autre part cette parole n’est pas seulement une parole à comprendre par mon intelligence, mais une parole qui touche aussi mon cœur,  je ne suis plus le même après l’avoir entendue. Si j’apprends que Tokyo est la capitale du Japon, cela ne me change en  rien. C’est un savoir que ma mémoire va enregistrer et puis c’est tout.  Tandis que la parole de Dieu  va changer ma manière de vivre.  Face à la parole du Seigneur :  Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, (Jean 13,14), je ne vais pas me contenter de stocker cela dans ma tête, à côté du théorème de Pythagore et des règles d’accord du participe passé, je me retrouve  provoqué à mettre en pratique cette  parole. Parfois elle me comble et me remplit de joie. Mais quelquefois elle vient déranger mes projets et m’emmener dans une direction où je ne voudrais pas aller. C’est ainsi que la parole que le Seigneur envoie Jérémie annoncer au peuple, annonce des épreuves et des catastrophes. et pas du tout la paix et la prospérité espérées.  Résultat : tout le monde persécute le prophète qui, découragé, est tenté de tout plaquer : Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois proclamer violence et ruine. La parole de Dieu a été pour moi opprobre et raillerie tout le jour. Je me disais : je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom ; alors c’était en mon cœur comme un feu dévorant, je m’épuisais à le contenir sans y réussir. (Jer.20,7….)   Jérémie a résisté à la tentation de déserter.  La parole de Dieu qui était un obstacle à sa tranquillité, il n’a pas pu la rejeter. Pourquoi ? Il le reconnaît, il le constate : Tu m’as séduit, Yahvé et je me suis laissé séduire. (Jer.20,7)  Pourquoi acceptons-nous de nous compliquer la vie avec une parole dérangeante ? Parce que cette parole nous séduit et nous l’aimons,  même si nous voyons clairement l’inconfort de ses exigences, car l’Esprit nous fait voir encore plus clairement qu’il n’y a aucune autre parole qui lui soit supérieure. Un jour où beaucoup de disciples se retiraient, Jésus demanda aux douze : Allez-vous partir vous aussi ? Pierre répondit : A qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. (Jean 6,68)

L’évangile d’aujourd’hui nous met au pied du mur : Sommes-nous vraiment convaincus que le point de vue de Dieu est le meilleur, qu’il sait, mieux que nous, quel est le mieux pour nous ? Ou sommes-nous assez bêtes pour croire que nous sommes plus malins que lui ?

Que retenir de tout cela ?

La Parole de Dieu est hors de notre portée. Mais le Seigneur nous donne son Esprit qui nous enseigne tout et nous fait comprendre cette parole. La  Parole de Dieu ne touche pas seulement notre intelligence, elle touche aussi notre cœur. Je ne suis plus le même après l’avoir entendue. Elle me séduit et je l’aime. Je suis poussé à la mettre en pratique. Même si cette parole me dérange. Les publicités commerciales ont beau essayer de me persuader que la savonnette machinchouette ou la voiture de tel type me donneront le bonheur, les idéologies et les programmes politiques ont beau essayer de me faire croire qu’elles seules sont capables d’apporter la paix au monde je vois bien que tout cela ne fait pas le poids. Les conflits incessants qui éclatent partout avec les malheurs, les désastres et les ruines qu’elles entraînent, démentent cruellement l’inanité et le mensonge de toutes ces prétentions. Et me revient en tête un passage du Deutéronome : Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois, et  ses coutumes tu vivras. Mais si ton cœur se dévoie, si tu ne m’écoutes pas, alors tu périras, … Choisis donc la vie pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, vous attachant à lui, car là est la vie.  (Deut. 30, 15…..19)

Dimanche  18  Mai  2025 5e dimanche de Pâques

(Actes 14,21b-27)  (Apoc.21,1-5a)  (Jean 13, 31-33a.34-35)

Je commenterai deux phrases de cet évangile : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié et 

le commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Nous sommes le Jeudi Saint au soir. A la fin du repas au cours duquel le Seigneur a institué l’Eucharistie, et célébré la Pâque juive avec ses apôtres dont il a lavé les pieds, il leur fait ses adieux avant d’entrer dans sa Passion. Il vient de leur annoncer que l’un d’entre eux allait le trahir, ce qui les a profondément troublés. Et il poursuit : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié. A quel  moment précis ce maintenant fait-il allusion ? Judas vient de sortir pour aller livrer le Seigneur  à ses ennemis, le processus de la Passion est enclenché, c’est à cela que le Christ fait allusion avec son « maintenant » Ce qu’il veut nous dire, c’est : Maintenant que la Passion a débuté,  le Fils de l’homme est glorifié, il est glorifié par sa passion.

Comment peut-on dire une chose pareille ? Dans sa Passion, est-ce que le Christ n’est pas humilié, vaincu ? Ses adversaires se sont emparés de lui, il est dépouillé de ses vêtements, battu, torturé et finalement il meurt cloué sur une croix. Quelle glorification y a-t-il là-dedans ? Pourtant à plusieurs reprises, Jésus parle de sa Passion comme de quelque chose de glorieux. Quelques jours auparavant, parlant de sa passion imminente, il avait dit à ses apôtres : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23) Pour comprendre que la passion du Christ est quelque chose qui le glorifie, il faut bien voir que contrairement aux apparences, ce ne sont pas les adversaires du Christ qui s’emparent de lui, mais lui qui se livre volontairement. Quelques jours auparavant il avait dit explicitement aux apôtres : Ma vie, nul ne me l’enlève, je la donne de moi-même (Jean 10,10). Il faut bien voir qu’il Il est monté à Jérusalem sachant ce qui allait lui arriver. Par trois fois, il avait annoncé à ses apôtres, qui n’y avaient rien compris, sa passion, sa mort et sa résurrection. C’est volontairement qu’il va laisser déferler toute la puissance du mal, du péché et de la mort. Mais tel un tsunami, la toute puissance de son amour infini va recouvrir toutes  ces forces du mal du péché et de la mort dont elle va triompher. Au moment où on le cloue sur la croix, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34). Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi je vous aime encore C’est là que la gloire du Christ se révèle. Son amour est plus fort que tout.

Voir dans la passion et la crucifixion un Christ humilié et vaincu par ses ennemis, c’est voir les choses à l’envers, un peu on  regarderait à l’envers un tapis. On ne verrait alors que des fils de toutes les couleurs, en désordre, mais on ne verrait pas le dessin que  composent tous ces fils. Par contre, si on voit bien clairement que dans la passion, ce ne sont pas les ennemis du Christ qui s’emparent de lui, mais lui qui se livre par amour pour nous, alors on voit la passion à l’endroit comme une victoire de son amour infini qui tel un tsunami a noyé les forces du péché et de la mort. La passion et la mort du Christ, loin de montrer un Christ humilié et vaincu montrent au contraire , et avant même le triomphe de la résurrection, un Christ triomphant par la puissance de son amour dont rien ne peut venir à bout. Avec la résurrection, la gloire et le triomphe du Christ seront complets puisqu’il aura vaincu le mal, le péché et la mort . Mais déjà avec la passion et sa mort sur la croix où son amour infini triomphe du mal et du péché, le Christ est glorifié.

Poursuivant son discours d’adieu, le Seigneur donne ses consignes aux apôtres, insistant sur le devoir de s’aimer : Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns

les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Il ne s’agit pas ici d’aimer seulement ceux dont nous apprécions la compagnie parce qu’ils ont les mêmes idées et les mêmes goûts que nous. Il s’agit de nous aimer comme le Christ nous aime. C’est à dire sans sélectionner les uns et rejeter les autres. Dès le début de son enseignement, il s’en est expliqué clairement : il ne s’agit pas d’aimer ceux qui nous aiment seulement Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi Et moi je vous dis aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber sa pluie sur les justes et sur les injustes. (Mt.5,43-46) Il s’agit d’aimer tous les autres, quels qu’ils soient. Il s’agit de vouloir ce qui est bien pour eux, de vouloir leur épanouissement. Et même d’avoir une préférence pour ceux qui sont en difficulté Jésus ne fréquentait pas tellement  les gens bien, les bons croyants. Au  contraire, il était toujours fourré avec les pécheurs, et beaucoup le lui reprochaient. Mais  il répétait sans cesse  : Je  suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Mt.9,17)

                                        C’était le sauveur, le SAMU spirituel. Le SAMU ne vient pas pour ceux qui sont en bonne santé mais pour les malades et les accidentés. Jésus répétait tout le temps Je suis venu pour chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10) Il n’aimait pas  les pécheurs parce qu’ils étaient des pécheurs, mais parce qu’il voyait au milieu de l’ivraie chez les voleurs, les alcooliques ou les femmes de mauvaise vie, le petit rien de bon grain qui subsistait au fond de leur coeur et à partir de quoi une conversion pouvait encore s’édifier

 Mais allons-nous être capables de nous aimer comme le Christ nous aime ? Oui parce que le Seigneur nous en rend capables : depuis le jour de notre baptême, nous sommes greffés sur le Christ, et parce que  à chaque messe à laquelle nous participons nous nous offrons et nous prions : Dieu tout-puissant, nous te supplions de consacrer ces offrandes par ton Esprit pour qu’elle deviennent, c’est-à-dire pour que nous devenions le corps et le sang de JCNS, capables de nous aimer les uns les autres comme lui nous aime. Chaque messe nous christi-fie toujours davantage rend toujours  plus semblables au Christ toujours plus capables d’aimer comme lui.

Que retenir de tout cela ?

Oui, dans sa Passion le Christ est glorifié,  parce que ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c’est lui qui s’est livré, par amour pour nous offrant sa vie pour nous sauver et parce que dans sa Passion, son amour, dont rien ne peut venir à bout a triomphé du mal et du péché. Le matin de Pâques avec la résurrection , sa glorification sera complète puisqu’il aura triomphé du mal, du péché et de la mort. Mais déjà le Vendredi Saint le Christ est glorifié  il a vaincu le mal et le péché. D’où la célébration de la croix glorieuse, chaque année le 15 Septembre.

                    Le Christ nous demande de nous aimer les uns les autres comme il nous aime. Par nous-mêmes, cela nous est impossible, mais comme par le baptême nous sommes greffés sur le Christ et comme chaque messe à laquelle nous participons nous christi-fie toujours davantage nous devenons capables de nous aimer les uns les autres un peu comme le Christ nous a aimés. Peut-être n’arriverons-nous jamais à nous aimer les uns les autres aussi parfaitement que lui nous aime, mais ce n’est pas une raison pour  ne pas tout faire, pour apporter tout l’amour dont le Seigneur nous rend capables, à notre monde qui en manque si cruellement.

Dimanche 11 Mai  2025 4e dimanche de Pâques

(Actes 13,14,43-52)  (Apoc.7,9,14b-17)  (Jean 10, 27-30)

Mes brebis écoutent ma voix. Ce n’est pas les brebis qui découvrent leur pasteur. C’est le pasteur qui les appelle. Il les connaît. Il s’intéresse à elles. Du coup, elles écoutent sa voix et elles le suivent. Pour les auditeurs de Jésus qui étaient des agriculteurs et des éleveurs la parabole du Bon Pasteur était parlante. Pour nous qui sommes des citadins, cela ne nous dit pas grand-chose. Des bergers, des moutons, nous n’en voyons guère qu’à la télévision, dans la publicité pour les fromages de brebis ! C’est seulement au hasard d’un séjour en montagne, pendant les vacances, que parfois, nous découvrons, étonnés, les relations étroites des éleveurs avec leurs bêtes. Je vous ai déjà parlé de ce berger qui, ayant amené en train son troupeau de cinq cents têtes depuis la Provence jusque dans les Alpes, m’avait  rapporté : lorsque les agents de la SNCF ont fait descendre les bêtes sur le quai de la gare de Modane, j’ai vu tout de suite qu’il en manquait deux !!! Pour nous toutes les têtes d’un troupeau se ressemblent et de même qu’il nous parait incroyable que le berger puisse distinguer un mouton d’un autre mouton, de même nous avons de la peine à croire que le Seigneur puisse connaitre et s’intéresser à chacun des milliards d’hommes qui peuplent la terre. Sans compter que la majorité d’entre eux l’ignore ou l’offense.

Le plus souvent, sans oser l’avouer ouvertement, nous voyons Dieu comme une sorte de PDG d’une énorme multinationale à qui on ne peut pas demander de connaître chacun de ses employés personnellement. Pourtant, notre Dieu est un Père qui ne laisse de côté aucun de ses enfants. Pour chacun, il a des ambitions,  des projets et à tous il pardonne leurs errements. Il n’aime pas qu’on le craigne. Sans cesse,  au long des siècles, par la bouche des prophètes il apaise et rassure chacun : Ne crains pas, car je t’ai racheté ; je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi, dit-il en Isaïe,…. Parce que tu comptes beaucoup à mes yeux, que tu as du prix et que moi, je t’aime. (Isaïe 43,1,,4) Et lorsqu’il envoie son Fils achever la réconciliation et nous greffer sur lui, pour éviter de nous effrayer, celui-ci se fait tellement l’un de nous, qu’on a du mal à le reconnaître. Il est arrivé non pas entouré du décorum qui s’imposait, mais comme un petit bébé venu au monde à l’écart d’un village perdu, Bethléem, il a vécu ensuite dans un petit bourg inconnu, Nazareth,  et tout le monde le prenait pour un charpentier de village. Il n’a pas joué au Dieu avec nous. Il nous faudra longtemps pour comprendre,  St Irénée sera le premier à le dire clairement : Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu.

Il n’est pas venu pour les meilleurs, pour les justes, il le dit explicitement : je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs. (Marc 2,17) Il était toujours au milieu de tout le monde, avec n’importe qui, et souvent avec ceux qui étaient au plus bas de l’échelle sociale. Il a recruté ses apôtres parmi des pêcheurs du lac, des hommes sans grande instruction, et au grand scandale des bien-pensants, il était toujours fourré avec les pécheurs. D’ailleurs, il le dit et le répète : moi, je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) La vie de Jésus nous le montre clairement : notre Dieu n’est absolument pas une espèce de PDG qui ne fréquenterait que les membres de son conseil d’administration ! Il s’intéresse à tout le monde.  L’Ecriture nous le redit constamment : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (2 Tim.2, 4) Et c’est pourquoi, il veille sur chacun et le guide tous les jours. Mais le croyons-nous vraiment ?

Si on nous demandait : quand est-ce que vous avez entendu la voix du Seigneur vous guider pour la dernière fois ? nous serions sûrement bien embarrassés pour répondre. Par contre si on nous demandait : quand est-ce que le démon vous a tenté pour la dernière fois ? nous arriverions beaucoup plus facilement à répondre! C’est vexant ! On dirait que nous croyons mieux au démon qu’au Bon Dieu ! Lorsque  nous faisons  quelque chose de mal, nous n’avons guère de difficulté à reconnaître que nous avons été poussés à  le  faire par une force qui ne vient pas de nous et nous reconnaissons : cela vient  du démon. Notre éducation chrétienne nous a appris à reconnaître les tentations, et à nous y opposer. C’est très bien, mais pourquoi, quand nous faisons quelque chose de bien,  ne sommes-nous pas capables de reconnaître que là aussi,  nous avons été poussés par une force qui ne vient pas de nous, pourquoi ne reconnaissons nous pas : Cela vient de l’Esprit de Dieu ?  Tout se passe comme si une mauvaise humilité nous persuadait que Dieu n’a pas de temps à perdre pour s’occuper de gens ordinaires comme nous. Qu’il s’occupe du  pape, des grands saints,  de personnes comme Mère Thérèsa des chrétiens d’élite, d’accord, mais qu’il s’occupe de gens ordinaires comme nous, cela ne nous parait pas envisageable. Ceci est complètement faux. A la fin de son séjour sur la terre, le Christ nous a clairement déclaré qu’il s’en allait (Jean 16,16 ) mais que désormais son Esprit prendrait le relais. Parlant de l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité, il confie aux douze : je prierai le Père qui vous donnera un autre Conseiller qui restera avec vous pour toujours. (Jean 14,16)       

                         Nous sommes obligés de le reconnaître : Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Alors si nous, qui  sommes des pécheurs, orgueilleux égoïstes, etc., nous arrivons à faire ou à dire des choses bien, il faut que Dieu soit avec nous et que, nous aussi,  nous soyons avec lui,  Donc,  lorsque nous disons ou faisons quelque chose de bien, peut-être que, sans trop nous en rendre compte, nous avons écouté sa voix et marché avec lui………………. Exactement comme les justes dans le récit du jugement dernier de l’évangile  de St Mt. Le  Seigneur  nous explique que lorsqu’il leur dira: Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume…car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire…. Ils lui répondront : Seigneur quand nous est-il arrivé de faire cela ?  quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? (Mt.25,34…) Ils ne se sont pas rendus compte qu’ils suivaient la voix du Seigneur  et marchaient avec lui , quand ils faisaient ou disaient quelque chose de bien.

Tant mieux s’il nous arrive d’écouter la voix du Seigneur et de suivre ses conseils, sans nous en rendre compte. Ce serait tout de même mieux de nous en rendre compte. Que faire pour repérer la voix du Seigneur qui nous guide ? Je dirai deux choses. D’abord lui demander dans la prière Seigneur, que veux- tu que je fasse ? Fais-moi connaître ta volonté, comment veux tu que je réagisse  devant telle  situation qui se présente ? Et puis deuxième chose, prendre un moment tous les jours pour faire notre examen de conscience et voir : Qu’est-ce que j’ai fait de bien aujourd’hui, qu’est-ce que les autres ont fait de bien aujourd’hui ? Comme il n’y a qu’une source de bien dans le monde, Dieu, chaque fois que j’ai fait ou que quelqu’un a fait quelque chose de bien,  même  sans nous en rendre compte nous avons écouté sa voix et fait sa volonté.

Je vous ai déjà dit une fois ou l’autre que chaque fois que je venais célébrer la messe chez vous, j’étais fier d’offrir tout ce qui s’était vécu de bien  de bien dans vos familles pendant la semaine. Aujourd’hui,  au début de cette messe nous avons prié Avant de célébrer cette eucharistie reconnaissons que nous sommes pécheurs, très bien. Eh bien  maintenant réfléchissant à tout ce que nous avons fait de bien cette semaine prions : Avant d’offrir cette eucharistie, reconnaissons que nous avons écouté la voix du Seigneur et fait sa volonté. Si vous voulez, pendant quelques instants de silence, réfléchissons à tout ce que nous avons fait de bien et ensemble nous le présenterons au Seigneur.

Dimanche 4 Mai 2025

3 e dimanche de Pâques (Actes 5, 27b-32. 40b-41) (Apoc.5, 11-14) (Jean 21, 1-19)

Nous sommes quelques jours après Pâques. Les apôtres ont quitté Jérusalem et sont rentrés en Galilée. Ils ont repris leur métier de pêcheurs. Justement ce matin-là, alors qu’ils ont pêché toute la nuit sans rien prendre, quelqu’un, sur le bord du lac les hèle, leur demandant un peu de poisson. Comme ils lui répondent qu’ils n’ont rien, il leur dit de jeter leur filet sur la droite. L’ayant fait, ils pèchent aussitôt une telle quantité de poisson, qu’ils ont de la peine à tirer le filet à bord. Cela est tout-à-fait anormal parce que c’est de nuit lorsque le poisson remonte des profondeurs, qu’il se prend dans les mailles des filets tendus en rideau depuis la surface. Mais au lever du jour, le poisson s’enfonce dans les profondeurs, les pêcheurs n’ont plus aucune chance de prendre quoi que ce soit ! Devant cette prise exceptionnelle, St Jean a réalisé tout de suite : C’est le Seigneur ! Aussitôt Simon se jette à l’eau pour rejoindre Jésus suivi par les autres apôtres qui traînent le filet plein de poisson. On peut imaginer leur joie de revoir Jésus. Nous sommes dans ce temps « intermédiaire » entre Pâques et l’Ascension où Jésus n’est pas encore retourné définitivement auprès du Père, mais n’est plus à plein temps parmi les hommes. Il leur apparaît seulement de temps en temps. Mais ils ne sont pas au bout de leur surprise…..et nous non plus. Descendus à terre, les apôtres découvrent un feu de braise avec du poisson déposé dessus et du pain. Et Jésus les invite: Venez déjeuner. Question : Qui a préparé le repas ? On a un Bon Dieu qui fait la cuisine. ! Un tas de gens s’imaginent que le Bon Dieu est loin, tout là-haut, dans le ciel, pour ne pas dire dans la lune ! et qu’il a autre chose à faire qu’à penser à nos petites histoires. Eh bien, non ! le Seigneur est près de nous Quand il veut apparaître à ses apôtres, il ne leur apparaît pas à l’église, dans le Temple, revêtu d’ornements sacerdotaux, au beau milieu d’une cérémonie officielle où on chante plein de psaumes, non, il les retrouve là où ils sont tous les jours, en train de faire leur métier de pêcheurs et il les invite à un barbecue sur la plage au bord de la mer ! Là encore il est déconcertant. Comme toujours. Les Juifs s’attendaient à voir le Messie apparaître comme un personnage imposant proclamant son enseignement depuis le parvis du Temple. C’est un petit bébé qui se présente. On s’attendait à le voir fréquenter les Docteurs de la Loi, les Scribes, les Grands Prêtres. En réalité, il n’a pas beaucoup de sympathie pour eux, il est plutôt anticlérical ! Par contre on le voit souvent avec des pécheurs publics, des fonctionnaires plus ou moins corrompus comme Zachée ou des femmes de mauvaise vie comme Marie Madeleine. Il est passé en faisant le bien, mais il est arrivé à se mettre tout le monde à dos. Il a fini condamné à mourir sur une croix, supplice réservé aux esclaves. Une fois ressuscité, il n’a pas cherché à se montrer à Pilate, à Hérode ou au Sanhédrin pour faire casser son procès. Il apparait discrètement à quelques femmes et toujours aussi discrètement aux apôtres qui se cachent, enfermés par crainte des Juifs. Jamais il ne leur apparaît dans un cadre un peu solennel au temple de Jérusalem, ou dans une synagogue où ils seraient en train de prier. Il les surprend alors qu’ils sont en train de manger ou de marcher sur le chemin d’Emmaüs ou encore, comme ici, en pêche sur le lac, dans l’ordinaire de leur vie, dans le banal de leurs tâches quotidiennes. Nous voilà prévenus. Ce n’est pas exclu que le Seigneur vienne à notre rencontre quand nous sommes à l’église. Cela nous est arrivé à tous qu’une parole nous touche dans la liturgie de la messe, dans l’homélie ou dans le recueillement d’un moment de prière, mais le Seigneur peut très bien nous visiter lorsque nous sommes au travail, dans la rue, au supermarché ou au volant de notre voiture. Et chaque fois qu’il vient, ce n’est pas seulement pour dire un petit bonjour en passant, il vient pour renouveler son appel, comme nous le voyons dans le récit de cette apparition où après la pêche miraculeuse et le repas qui l’a suivie, de nouveau, il demande à nouveau à Pierre de prendre en charge le troupeau : Sois le berger de mes brebis. Le Christ ressuscité ne commence pas au matin de Pâques une existence de jeune retraité. Il se lance au contraire et lance avec lui ses apôtres dans une nouvelle croisade. Par trois fois il amène Pierre à renier son reniement et le place à la tête d’une nouvelle campagne d’évangélisation qui reposera non pas sur une quelconque puissance mais sur la force irrépressible de l’amour.D’où l’insistance de Jésus à demander à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? Nous aussi aujourd’hui le Christ nous lance dans cette nouvelle croisade où forts de la vie du Christ ressuscité vivant en nous depuis notre baptême nous avons à changer un monde d’injustice, de violence et de haine en un royaume de paix de justice et d’amour. Que retenir de tout cela ?Sa nouvelle existence de ressuscité, le Christ n’entend pas la garder pour lui tout seul. Il entend bien la partager avec nous. Il ne reste pas dans les hauteurs de sa toute puissance. Sans attendre, il rejoint ses disciples dans leur quotidien, il vient les surprendre au retour de la pêche, les invite à un barbecue sur la plage et les envoie avec Pierre à leur tête répandre partout l’existence ressuscitée qui vient de commencer en lui. Comme Jésus a rejoint ses apôtres là où ils étaient, en train de pêcher, il nous rejoint aujourd’hui là où nous sommes et nous envoie répandre partout autour de nous l’existence ressuscitée où il vient d’entrer. Au matin de Pâques, le Christ ressuscité n’entre pas dans une existence de jeune retraité. Il lance une nouvelle croisade dans laquelle il nous appelle tous à œuvrer avec lui dans le monde d’injustice de violence et de haine qui est le nôtre, pour en faire un monde de paix de justice et de charité

Dimanche  27  Avril  2025 2 dimanche de Pâque

( Actes 5,12-16)  (Apoc.1,9-11a.12-13.17-19)  (Jean 20, 19-31)

Nous sommes au soir du jour de Pâques. Les apôtres se sont regroupés. Par crainte des Juifs, ils se sont enfermés. Assommés par le drame de la passion, ils n’arrivent pas encore à croire en  la  résurrection. Ils n’ont pas cru Marie de Magdala ni les disciples d’Emmaüs qui disaient avoir vu le Seigneur ressuscité. Ils sont encore repliés dans la crainte. Et tout-à-coup voilà que Jésus surgit  au milieu d’eux. Avant qu’ils n’aient le temps de s’affoler, Jésus les rassure, les apaise  et leur montre les plaies  de ses mains et son côté: La paix soit avec vous !  Cette fois-ci, chez les apôtres, l’incertitude et le doute disparaissent sous la joie qui les transporte !

Des deux apparitions que nous rapporte l’évangile d’aujourd’hui se dégagent trois conclusions. 1°) D’abord tous les apôtres  et pas seulement Thomas ont eu bien du mal à croire en la résurrection du Seigneur. 2°) Ensuite, même s’il  n’a rien d’un fantôme ou d’un esprit quelconque, (les apôtres le voient de leurs yeux et  touchent de leurs mains les cicatrices des plaies sur son corps,) le Christ n’est plus tout-à-fait  comme avant. Il apparaît soudainement au milieu des apôtres alors que toutes les portes sont verrouillées et disparait tout aussi soudainement. Le corps ressuscité du Seigneur, même s’il est incontestablement réel, est nouveau et  différent de son corps d’avant la passion. Les théologiens appellent cela un corps spirituel. Ceci est extrêmement important car nous qui ressusciterons un jour, comme le Christ nous ressusciterons avec notre corps mais un corps nouveau. Concrètement, pour moi, cela veut dire que je ne vais pas me promener dans l’éternité avec ma surdité et mon arthrose !!! La vie du Christ ressuscité est une vie nouvelle, différente de sa vie d’avant la passion. De même notre existence ressuscitée sera différente de notre vie d’avant notre mort.  

3°) Enfin, troisième conclusion : le Christ ressuscité envoie ses disciples en mission : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Non seulementil n’a pas un mot de reproche à leur égard pour l’avoir abandonné et s’être enfuis lors de son arrestation, mais il leur fait encore confiance. Il souffle sur eux, reproduisant ainsi le geste primordial où le créateur a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre, explique le livre de la Sagesse, (Sag.15,11) Il s’agit donc ici d’une sorte de nouvelle création par laquelle le Seigneur insuffle à ses disciples la vie nouvelle ressuscitée qui leur donne la force de remettre les péchés, de purifier le monde du péché. La résurrection n’est donc pas la fin d’une histoire qui se terminerait bien, c’est le début d’une nouvelle ère pour l’humanité et tout l’univers. Désormais les hommes qui depuis toujours avaient été créés à l’image de Dieu sont maintenant recréés en Jésus-Christ-Envoyé. La vie nouvelle du Christ ressuscité, dans laquelle nous sommes plongés le jour de notre baptême, nous constitue propagateurs de cette vie nouvelle. Contaminés par la vie nouvelle du Christ ressuscité,  nous voilà porteurs d’une espèce de virus, d’une espèce de super-COVID universel. Pourvu que nous ne maintenions pas ce virus à l’état de virus dormant quelque part au fond de nos cœurs. !!! Pourvu que nous soyons vraiment contagieux !!!

De même que ce jour là il a envoyé ses disciples travailler à l’édification du Royaume, de même, il nous envoie aujourd’hui poursuivre la construction de ce royaume dans un monde qui n’en veut pas, uniquement préoccupé par la recherche, du profit à tout prix et  la domination sur les autres. C’est une tâche difficile. St Paul lui-même en convenait : Qui donc est à la hauteur d ’une telle tâche ? (2Cor.2,16) Mais il ajoutait tout de suite après : notre assurance ne vient pas de nous, c’est de Dieu

que vient notre capacité (2Cor.3,5). Quelle que soit notre faiblesse, avec la force du Christ ressuscité vivant en nous, nous sommes désormais capables d’affronter un monde hostile et d’y œuvrer pour le transformer en royaume de paix, de justice et d’amour. N’oublions pas que le Christ, ignorant les élites, même les élites religieuses, a recruté ses apôtres parmi des gens très simples, des pécheurs plus ou moins illettrés qui  avaient,  certes, des qualités, mais aussi de sérieux défauts. On trouve chez eux des incrédules comme Thomas, des renégats comme Pierre et même des adversaires comme Paul qu’il retournera et convertira sur le chemin de Damas. Et surtout n’oublions jamais ce qu’il dit aux premiers apôtres qu’il a appelés : JE FERAI de vous des pécheurs d’hommes. Il prend n’importequi pour être ses apôtres, mais il les forme et les transforme ! St Paul dira plus tard avec beaucoup de lucidité : le Père fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph.2,10)

Concrètement que faut-il faire pour construire le Royaume ? Rien de spécial, rien d’autre que ce que nous faisons déjà. Mais il faut le faire autrement, en voyant le sens et la portée devant Dieu de notre travail. Car c’est à travers  notre travail de tous les jours que nous construisons le Royaume.

La plupart du temps, nous pensons que le travail, c’est ce qui permet de subvenir aux besoins de mes proches, un point c’est tout. C’est faux. N’importe quel travail déborde mon petit milieu, moi et les miens. Il est toujours un service des autres. Le commerçant rend service aux habitants du quartier, le médecin vient au secours des malades, l’enseignant assure l’éducation des plus jeunes. Or ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez (Mt.25,40) D’autre part, n’importe quel travail prolonge toujours d’une manière ou d’une autre la création divine. Les maisons que nous habitons, ce n’est pas Dieu qui les a construites, ce n’est pas lui qui y a installé l’électricité et l’eau courante, ce n’est pas le créateur qui a fabriqué nos voitures, ni les vêtements que nous portons ou les chaises sur lesquelles nous sommes assis. Il est donc tout à fait juste de dire qu’à travers notre travail qui prolonge la création, nous construisons le Royaume. mais il va falloir veiller à ne pas faire n’importe comment ce travail, chercher le profit à tout prix ou exploiter  les autres. Comme vous voulez que les autres agissent envers vous, agissez de même envers eux. (Luc 6,31) Pour nous chrétiens, l’évangile est le mode d’emploi de la vie, pas toujours facile à suivre, mais infiniment plus sûr que bien des idéologies et des propagandes d’apparence plus séduisante. Parfois notre confiance vacille, mais du plus profond de nous remonte la réflexion de St Pierre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. (Jean 6,68)

Que retenir de tout cela ?

La résurrection du Christ, loin de marquer la fin d’une histoire qui se termine bien,  donne le coup d’envoi d’un nouveau chapitre de l’histoire de l’humanité. La résurrection, ce n’est pas seulement un triomphe personnel du Christ mais aussi un bouleversement capital pour le destin des hommes : il est arrivé quelque chose à la mort, on n’en meurt plus. Et le Christ nous en a averti clairement : Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais (Jean 11,25,26). Comme il a envoyé ses  apôtres, il nous envoie aujourd’hui partager la vie nouvelle qu’il nous donne avec ceux qui nous entourent.

Devant la résurrection du Christ nous ne pouvons donc pas nous laisser aller seulement à des sentiments légitimes de soulagement et de joie en célébrant le triomphe d’un juste, il s’agit d’aller répandre partout le virus de la vie nouvelle ressuscitée dont nous sommes contaminés depuis le jour de notre baptême.

Pâques dimanche 20 avril ils courent…nous courons

Deux hommes courent vers un tombeau. Quelle idée de courir vers un tombeau ! Généralement on peut prendre son temps. Le mort ne risque pas de partir !

Mais justement, s’ils courent, c’est que Marie de Magdala s’est écriée, « ils ont enlevé du tombeau et nous ne savons pas où ils l’ont mis ». Alors ils courent…et même ils courent tous les deux ensembles. Pierre et Le disciple que Jésus aimait c’est l’Église qui court. C’est nous qui courons ensemble, en synodalité.

Le disciple que Jésus aimait qui est le plus jeune court plus vite que Pierre, il arrive le premier, se penche et voit les bandelettes posées, mais n’entre pas…

Pierre court, mais il est lourd. Le poids des ans certainement, un peu d’embonpoint accumulé ? Je crois que l’évangéliste veut nous dire quelque chose à travers cette course matinale, de notre difficulté à croire en la résurrection. Pour certains il faut du temps. En effet, Pierre s’en retourne chez lui après avoir inspecté le linceul et le suaire posé à part, tandis que l’autre disciple entre à son tour, il voit et il croit.

La course des disciples est une image de leur chemin vers la foi en la résurrection.

Pierre est lourd du drame de la trahison qu’il a vécu sous l’effet de la peur. En quelques instants il a renié l’engagement de sa vie. Et il a pleuré.

Le disciple que Jésus aimait, est resté jusqu’au pied de la croix. Il s’est engagé à prendre chez lui la mère de Jésus. Le disciple que Jésus aimait c’est l’image de « ceux qui mettent leur espérance dans le Seigneur [et] trouvent des forces nouvelles ; ils déploient comme des ailes d’aigles, ils courent sans se lasser, ils marchent sans se fatiguer » Is 40,31.

Et toi qui es-tu ce matin ? Pierre ou le disciple que Jésus aimait ?

Si la résurrection est évidente pour toi, attend ton frère à l’entrée du tombeau. Humblement, aide le à faire son chemin.

Si comme Pierre tu as plus de mal, ne désespère pas, retourne en Galilée, retourne à la pêche…le Seigneur de l’espérance te rejoindra certainement.

Libre partage des participants…

Dimanche 20 Avril 2025 Pâques

Joie et soulagement. Tels sont nos sentiments en ce matin de Pâques. Il nous est insupportable de voir un juste persécuté et mis à mort. A plus forte raison lorsqu’il s’agit du Christ, lui qui est passé en faisant le bien, soulageant toutes les misères physiques aussi bien que morales, plein de miséricorde pour n’importe quel pécheur dévoyé, que ce soit un fonctionnaire douteux comme Zachée, une malheureuse femme adultère ou même les bourreaux qui l’ont crucifié et pour qui il implore la miséricorde du Père : Pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34). Penser aux souffrances de sa passion et de sa mort sur la croix nous est intolérable. D’autant que tout cela est arrivé à cause de nos péchés. Nous sommes donc heureux et soulagés de le voir ressuscité en ce matin de Pâques, victorieux et triomphant du mal, du péché et de la mort. Mais cette résurrection du Christ n’est pas une sorte de « happy end », une histoire qui se termine bien, marquant la fin de la mission du Seigneur sur la terre et la réconciliation de l’humanité pécheresse avec le Père. C’est au contraire le début d’une histoire nouvelle pour toute l’humanité. Car la résurrection du Christ n’est pas un évènement qui ne touche que lui, elle nous concerne tous. Ce Jésus Christ qui ressuscite, c’est Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme. Ce n’est pas seulement sa divinité qui triomphe de la mort. Son humanité aussi a triomphé de la mort. En Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme ressuscité, un homme comme nous est ressuscité, le premier, à la tête d’une foule innombrable d’hommes, promis comme lui à ressusciter et à entrer dans une vie nouvelle ainsi qu’il l’affirme solennellement et à plusieurs reprises dans l’évangile : Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jean 11,25,26)Mais qu’est-ce que c’est que cette résurrection à laquelle nous sommes tous promis ? Cela reste quelque chose de mystérieux, mais l’évangile nous donne trois certitudes. D’abord il nous dit que nous allons ressusciter comme le Christ, pour une vie nouvelle, qui ne finit pas, éternelle et non pas pour une simple prolongation de notre vie terrestre comme ce fut le cas pour la résurrection de Lazare et de la fille de Jaïre qui après avoir ressuscité moururent de nouveau.Ensuite, et c’est la deuxième information sûre que l’évangile nous donne sur notre résurrection à venir, comme le Christ nous ressusciterons avec notre corps. Les apôtres ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains le corps du Christ ressuscité. Il a mangé avec eux un morceau de poisson grillé (Luc 23,42,43) Il n’avait rien d’un fantôme ou d’un esprit quelconque. Mais le corps du Christ ressuscité est un corps nouveau, pas exactement semblable à son corps d’avant la Passion. Le Christ ressuscité apparaissant à ses disciples, mange avec eux exactement comme avant sa Passion, oui, mais il apparait soudainement au milieu d’eux sans passer par la porte. Et dans toutes ses apparitions le Seigneur apparaît et disparait soudainement. C’est pourquoi on dit que le corps du Christ ressuscité est un corps spirituel. Nous ressusciterons avec ce genre de corps, un corps spirituel, comme le Christ, c’est la troisième et dernière information sûre que l’évangile nous donne sur notre résurrection. Pour le reste, ………………. nous verrons quand nous y serons !Mais ce n’est pas seulement après notre mort que nous tirons parti, si j’ose dire, de la résurrection du Christ. Dès le jour de notre baptême, nous avons reçu la vie du Christ, non pas la vie du petit Jésus, ni la vie du Christ parcourant la Palestine en prêchant l’évangile, c’est la vie du Christ ressuscité que nous avons reçu. Cela veut dire que dès maintenant nous avons en nous la vie et la force du Christ ressuscité, vainqueur du mal, du péché et de la mort. Nous sommes armés pour lutter au milieu des difficultés, des épreuves et des tentations. A nous de développer cette vie jour après jour jusqu’à notre mort. A ce moment là, le Seigneur rendra à chacun selon sa conduite. (Mt.16,27) Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour une résurrection qui mène à la vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection qui mène au jugement. (Jean 5,29) Le Christ ressuscité n’est pas seulement au ciel, là-haut seulement. Il est aussi avec nous et en nous tous les jours.Que retenir de tout cela ?Le Christ est ressuscité ! Pâques, c’est le triomphe absolu du Christ sur le mal, le péché et la mort. Lui qui est passé en faisant le bien, soulageant les souffrances physiques aussi bien que morales, s’approchant de tous, ne laissant personne de côté, nous sommes infiniment heureux qu’il soit sorti vainqueur de sa Passion et de sa mort sur la croix ! Mais Pâques n’est pas seulement la célébration d’un triomphe personnel du Christ. Par sa résurrection, Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme a bouleversé notre destin : il est arrivé quelque chose à la mort, on n’en meurt plus.En Jésus Christ le premier homme comme nous est ressuscité et il veut nous entraîner avec lui dans son existence ressuscitée. Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi. (Jean 17,24) Nous savons désormais que notre vie ne se limite pas à nos années sur la terre. Comme le Christ ressuscité nous entrerons après notre mort dans une vie nouvelle, éternelle. Comme le Christ ressuscité nous entrerons dans cette vie nouvelle avec notre corps mais un corps nouveau, spirituel.Mais ce n’est pas après notre mort seulement que nous sommes rattrapés par la résurrection du Christ. Déjà, depuis le jour de notre baptême, nous sommes greffés sur le Christ ressuscité, vainqueur du mal, du péché et de la mort. Nous pouvons compter sur lui dans les épreuves et les tentations qui jalonnent notre route. Le Christ ressuscité, il est avec nous et en nous tous les jours.Nous avons donc d’excellentes raisons de chanter alleluia !Mais cela ne pourrait nous faire oublier tous ceux qui, trop éprouvés par la vie, n’osent plus croire en la résurrection. Cela leur parait trop beau pour être vrai. Ces nouveaux disciples d’Emmaüs qui avancent accablés sans voir le Seigneur marchant à leurs côtés, puisse notre manière de vivre leur apporter la lumière et la chaleur dont ils ont tant besoin dans les ténèbres où ils sont enfermés.

Dimanche  des Rameaux   13  Avril  2025

Après le récit de l’entrée à Jérusalem

Pourquoi le Seigneur a-t-il accepté d’entrer triomphalement à Jérusalem, monté sur un ânon, lui qui, d’ordinaire est extrêmement discret ? C’est que l’heure est venue pour celui qui aimait apparaître comme un humble charpentier de village, de se révéler aux yeux de tous comme le Messie annoncé par le prophète Zacharie : Voici ton roi qui vient vers toi, juste et victorieux, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne…il proclamera la paix parmi les nations. (Zach.9,30) Il n’avance pas monté sur un cheval, monture guerrière, mais sur un ânon, symbole de paix  et de simplicité. C’est Jésus, doux et humble de cœur (Mt.11,29), mais c’est aussi le véritable Messie envoyé par le Père et annoncé par les prophètes.

Après la lecture de la Passion

Le récit de la Passion que nous venons d’entendre nous plonge dans des sentiments contradictoires. D’un côté, nous sommes submergés par un profond sentiment de tristesse et de honte, parce que c’est à cause de nos péchés qu’il a souffert tout cela. Mais d’un autre côté, voyant comment les forces du mal ne peuvent venir à bout de l’amour infini de N.S. : alors qu’on est en train de le tuer il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. ( Luc 23,34), c’est-à-dire : vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi je vous aime encore, nous somme émerveillés et remplis d’action de grâces envoyant la puissance de l’amour de Dieu l’emporter sur les forces du mal

Qu’un juste soit persécuté, un innocent persécuté et mis à mort, nous ne pouvons pas le supporter. Notre gêne et notre malaise sont d’autant plus grands que, nous le savons bien, nous avons notre part de responsabilité dans ce crime. Jésus pourrait dire à chacun d’entre nous : j’ai versé telle goutte de mon sang à cause de toi. C’est bien pourquoi nous ne pouvons pas en rester à des regrets sincères, peut-être, mais stériles. Après avoir entendu le récit de tout ce que le Christ a souffert à cause de nous, nous ne pouvons pas ne pas nous décider à changer de vie pour suivre le Christ plus fidèlement à partir de maintenant.

Mais assez parlé de nous, de nos péchés et de notre responsabilité dans la passion de Notre Seigneur. Voyons comment lui a abordé ces heures tragiques. Ce n’est pas quelque chose qu’il a subi, qui lui a été imposé, c’est quelque chose qu’il a voulu. Car ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui pour le tuer, c’est lui qui a donné sa vie. Il l’a bien précisé à ses apôtres le soir du Jeudi Saint : Ma vie, on ne me l’ôte pas, je la donne de moi-même. (Jean 10,18) Il a voulu en donnant librement sa vie, montrer comment la puissance de son amour, en dominant les forces du mal, allait manifester sa gloire. C’est pourquoi, ce même Jeudi Saint , il dit encore aux apôtres, parlant de sa passion et de sa mort imminentes : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23). Il a laissé déferler sur lui les forces du mal, du péché et de la mort, mais, tel un tsunami, les forces de son amour infini ont recouvert toute la puissance du mal, du péché et de la mort qui ont été balayées et vaincues définitivement. Ce qui inspirera à St Paul son hymne à l’amour de Dieu : Qui nous séparera de l’amour du Christ ? ………J’en ai l’assurance, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu, manifesté en Jésus Christ Notre Seigneur. (Rom.8,35,38,39)

En ce jour des Rameaux,  nous voyons le Seigneur face à deux genres de triomphe : le triomphe humain de l’entrée à Jérusalem et le triomphe divin de son amour infini dominant les forces du mal, de péché et de la mort, dans la Passion.

Le revirement de la foule qui exige la mort du Christ cinq jours seulement après l’avoir acclamé comme roi, trahit l’extrême fragilité des triomphes humains. Cinq jours seulement après son entrée triomphale dans Jérusalem, il ne reste rien de ce triomphe.

Par contre, le triomphe divin du Seigneur dont l’amour infini est venu à bout des forces du mal, du péché et de la mort dans sa Passion, rien ne peut le détruire. Rien ne peut venir à bout de la toute puissance de son amour, comme nous le rappelait St Paul, il y a un instant.

Eh bien, aujourd’hui, nous autres, quel genre de triomphes, quel genre de succès allons-nous rechercher? Les triomphes et les succès humains sont tentants. Allons-nous nous laisser séduire ? Ou allons-nous nous décider à rechercher les succès et les triomphes aux côtés du Seigneur, dont la puissance agissant en nous, nous dit St Paul, peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer ? (Eph 3,20)

Dimanche  6  Avril  2025

5e dimanche de carême année C (Isaïe 43,16-21)  (Phil.3,8-14)  (Jean 8,1-11)

Les Pharisiens amènent à Jésus une femme surprise en situation d’adultère et l’interrogent : la Loi de Moïse dit qu’il faut lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? La démarche des Pharisiens relève d’un souci de justice : il convient de respecter la Loi. Il n’y a plus de vie possible en société si on ne respecte plus les lois. Personne ne le conteste et Jésus non plus. Seulement il évalue différemment les choses. Pour les Pharisiens, ce qui compte, c’est la Loi, qu’elle soit respectée. Pour Jésus, ce qui compte, ce sont les personnes, qu’elles soient sauvées, restaurées dans une vie digne et honnête. Pour lui, dans le cas présent, ce ne serait  pas assez de venger la Loi bafouée en imposant une sanction, Il veut aller jusqu’à relancer la femme adultère, dans une vie droite en lui accordant le pardon. Pour les Pharisiens, il n’y a pas d’autre solution que la sanction. C’est pourquoi ils posent la question à Jésus : la Loi de Moïse dit qu’il faut lapider les femmes adultères. Et toi, que dis-tu ? Mais derrière leur souci légitime du respect de la Loi, se cache un piège. Si Jésus répond : Non il ne faut pas lapider ces femmes-là, alors il ne respecte pas la Loi de Moïse et se range parmi les impies, s’il dit oui, il faut lapider ces femmes là comme le prescrit la Loi de Moïse, alors il doit cesser de prêcher un enseignement nouveau qui sème le trouble parmi les croyants. Apparemment le dilemme est imparable.

Mais Jésus ne se laisse pas enfermer dans ce dilemme. Pour lui la solution, ce n’est pas la sanction, mais la conversion, fruit du pardon accordé à un vrai repentir.  Pourquoi la solution n’est-elle pas la sanction ? Parce que, même si la crainte de la sanction peut retenir celui qui est tenté d’enfreindre la loi, cela ne résout pas le problème, cela ne fait que le repousser. Dès que les représentants de l’autorité ne sont plus là, les adultères, les voleurs, et les malfaiteurs en tout genre récidivent. La vraie solution c’est que les adultères, les voleurs et les malfaiteurs en tous genres se convertissent. Or qu’est-ce qui peut amener à la conversion ? D’abord et avant  tout, le repentir. Prenant conscience  du mal commis, on le regrette et on décide de changer de conduite. On voit très bien les deux temps du repentir chez le fils prodigue quand il dit : J’irai vers mon père et je lui dirai : père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Par ces paroles il reconnaît sa faute et exprime le regret de sa conduite passée. Et il ajoute : Traite-moi comme un de tes ouvriers. Il exprime là sa volonté de changer de conduite. Désormais, il veut cesser de mener une vie de plaisir et se remettre au travail sous les ordres de son père. Du simple repentir, il passe à la vraie conversion. En plus de la contrition et du regret du passé, il y a la décision de changer et de faire autrement à l’avenir.

Mais plus encore que le repentir, ce qui permet d’arriver à la conversion, c’est le pardon accordé par le Seigneur au pécheur. Car, ainsi qu’il est dit en Ézéchiel, le pardon donné par le Seigneur, en plus d’effacer le péché, donne un cœur nouveau au pécheur et lui donne la force de changer de vie :  Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau……je mettrai mon esprit en vous et JE FERAI QUE vous marchiez selon mes lois et que vous observiez mes coutumes. (Ez.36,2-,27)Le pécheur pardonné est dynamisé. En nous donnant son pardon le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre. Nous avons désormais la force de changer de vie.

Les scribes et les pharisiens, un peu dépités de voir que Jésus ne répond pas à leur question le relancent pour qu’il se prononce. Apparemment le Seigneur avait laissé tomber l’affaire et écrivait

sur le sol avec son doigt. Finalement  il se redresse et leur répond en les renvoyant à leur conscience d’une phrase devenue une expression proverbiale  Que celui qui est sans péché,  lui jette  la première pierre, puis il  se remet à écrire sur le sol.Complètement désarçonnés, un par un les scribes et les  pharisiens quittent le terrain. Aucun d’entre eux n’ose condamner la femme qui reste seule avec Jésus. Ce dernier conclut le débat : Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus. En même temps qu’il l’acquitte, Jésus invite  la femme à la conversion. Il n’est pas venu pour juger mais pour sauver ce qui était perdu. Nous qui lisons cet évangile aujourd’hui nous sommes invités, comme la femme, à ne pas nous enfermer dans le passé même pour regretter le mal qu’il pourrait abriter, mais à marcher désormais vers l’avant, dans l’avenir, avec le Christ. D’ailleurs, Isaïe dans la première lecture nous donnait la même consigne : ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé Et St Paul dans la deuxième lecture insistait lui aussi Oubliant ce qui est en arrière,   c’est-à-dire mon passé de pharisien, et lancé vers l’avant je cours vers le but…auquel Dieu nous appelle …dans le Christ Jésus.

Pour nous aujourd’hui, l’objectif est clair : en ce temps de carême, il s’agit de regarder le Christ, afin de mieux le connaître, l’aimer et le servir et non pas nous tourner vers nous et perdre notre temps à ressasser nos faiblesses et nos péchés, même pour les regretter Le carême n’est pas un moment où il faut lutter contre nos défauts et ses péchés en vue d’améliorer notre standing spirituel, c’est un moment où il faut lutter contre ses défauts et nos péchés  en vue d’être plus comme le Christ, davantage en communion avec lui. Le but, ce n’est pas moi, mon standing spirituel, c’est le Christ,  ma communion avec lui.

Que retenir de tout cela ?

Devant la femme adultère qui a transgressé la Loi, les scribes et les Pharisiens veulent sauver la Loi. Le Christ lui, veut sauver la femme. La justice des pharisiens est une justice de règlement de comptes, qui fonctionne à coups de sanctions et tournée vers le passé. La justice de Jésus est une justice de miséricorde qui fonctionne à coups de pardon et tournée vers l’avenir.

Le pardon du Seigneur n’est pas une simple décision par laquelle  le Seigneur déciderait d’oublier nos fautes et d’effacer  nos péchés passés. En plus de cela, en nous pardonnant, Christ transforme notre cœur, il  nous donne un cœur nouveau, un esprit nouveau, il transfère son cœur dans le nôtre. Forts de la force du Christ, nous pouvons repartir dans un avenir nouveau. Le pardon du Seigneur, c’est un geste d’amour qui nous ré-unifie avec lui, sans que nous l’ayons mérité, par conséquent en toute injustice. Le pardon, c’est l’injustice de l’amour.

Mais nous ne pouvons pas nous contenter  d’applaudir le Seigneur qui nous pardonne encore et toujours sans jamais se décourager devant nos rechutes. Nous aussi nous devons pardonner à ceux qui nous font du tort. Le Seigneur est clair sur ce point. Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi, mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes. (Mt.6,14)

Dimanche  30  mars  2025

4e dimanche de carême année C (Josué 5, 9a, 1-41)  (2Cor.5,17-21)  (Luc 15,1-3. 11-32)

Les pharisiens et les scribes avaient de bonnes raisons de récriminer. Ils trouvaient les manières de faire de Jésus choquantes. Il adressait la parole à des dissidents comme les Samaritains, il s’approchait d’intouchables comme les lépreux, il fréquentait les pécheurs et mangeait à leur table. Par contre, il critiquait durement les prêtres, et s’en prenait souvent aux docteurs de la Loi et aux  pharisiens, pourtant observateurs minutieux des moindres prescriptions de la Loi. Un tel non-conformisme ne pouvait que   provoquer des réactions de méfiance sinon d’hostilité.

De plus on en était resté à la prédication de Jean Baptiste qui annonçait la venue du Messie comme celle d’un justicier sévère. Il apostrophait ses auditeurs sans ménagements : Bande de vipères repentez-vous, déjà la cognée est à la racine des arbres, tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. (Luc 3,7,9) Jésus au contraire délivrait un message de miséricorde et de réconciliation. Il enseignait que Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. (Jean 3,17), il expliquait  que le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10) et qu’il y avait plus de joie au ciel pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Luc 15,7) Avec la parabole de l’enfant prodigue, il va essayer, une fois encore, de faire comprendre qu’il n’est pas venu pour condamner mais pour sauver et rattraper ce qui était perdu.

Le fils prodigue ne vole rien à personne. Il demande à son père la part d’héritage qui lui revient. Son père la lui remet. Tout cela est légal. Mais sa démarche du fils prodigue n’en est pas moins profondément choquante. Emporté par un égoïsme sans retenue, il ne pense qu’à lui, il ne pense qu’à satisfaire tous ses désirs, à s’accorder tous les plaisirs dont il a envie, en toute indépendance, sans s’occuper de personne. Il se moque pas mal de laisser tout le travail de la ferme à son père et à son frère, il n’a pas une pensée pour sa mère dont l’évangile ne nous parle pas mais qui devait être bien malheureuse de voir son enfant quitter la maison. Une fois parti, il dépense tout ce qu’il a à faire la fête, et son argent épuisé, il se retrouve dans une misère noire, réduit à garder les cochons, ce qui pour les  Juifs est le comble de la déchéance, le porc étant pour eux un animal impur. Alors  il décida de rentrer chez lui et de  demander pardon à son père : je dirai à mon père : j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils …et St Luc explique il rentra en lui-même et se dit les ouvriers de mon père on du pain à satiété et moi je meurs de faim.

Qu’est-ce ce que cela veut dire exactement il rentra en lui- même ? je trouve le texte de l’évangile en malgache plus clair qui dit : izay vao nody ny sainy c’est-à-dire mot à mot  à ce moment là, son intelligence lui est revenue, autrement dit : il retrouve ses esprits. Ce qui laisse entendre que lorsqu’on se laisse emporter par la tentation, on n’est plus soi-même, on a perdu son bon sens et son jugement, on est hors de soi, le démon nous plonge dans un monde d’illusions et quand on se convertit on revient dans le monde réel. C’est bien ce qui est arrivé au fils prodigue. Le démon l’a trompé, lui faisant miroiter la perspective d’une vie de plaisir, bien plus attirante que de labourer les champs ou de nettoyer les étables, mais en lui cachant la grossièreté de sa conduite, la peine qu’il cause aux siens en les quittant et surtout le fait que sa vie de plaisir n’aura qu’un temps et qu’une fois qu’il aura dépensé tout son argent  il se retrouvera dans la misère Il a réussi à lui faire perdre son bon sens et son jugement. Mais quand il se convertit, le prodigue retrouve ses esprits et rejoint le monde réel.

                                                         Il s’attendait, bien sûr, à se faire accueillir fraîchement par son père qui lui ferait des reproches mérités. Mais les choses se passent tout autrement. Il est encore loin de sa maison lorsque son père, l’aperçoit et , pris de pitié, court se jeter à son cou. Le fils prodigue n’a même pas le temps de finir son petit discours d’excuses, à peine a-t-il commencé à demander pardon, que son père lui coupe la parole et l’embrasse, appelle ses serviteurs et le malheureux prodigue en haillons, pieds nus, misérable, se retrouve habillé de neuf, des sandales aux pieds, son père lui passe même un anneau au doigt, signe qu’il est réintégré dans la famille et restauré dans sa dignité de fils. Et tout le monde passe à table pour le festin des retrouvailles. Le message est clair. Jésus veut nous faire comprendre l’attitude de notre Père du ciel. Blessé par nos offenses, loin de ressasser sa rancœur et de guetter la première occasion pour nous punir,  il est malheureux de voir la misère dans laquelle nous plongent  nos errances. Il le disait déjà en Jérémie : Est-ce bien moi qu’ils blessent avec leurs péchés, n’est-ce pas plutôt eux-mêmes pour leur propre confusion ? C’est pourquoi, tel le père du prodigue  dans la parabole, il guette notre  premier mouvement de repentir  pour nous pardonner et nous faire rentrer à nouveau dans l’intimité familiale.

Mais la parabole ne s’arrête pas là. L’apparition du fils aîné vient troubler l’atmosphère euphorique et gâcher la fête. En entendant la musique et les danses célébrant le retour de son frère, il se laisse emporter par la colère et la jalousie. Il refuse de se joindre à la fête. Il trouve injuste qu’on fasse la fête pour le retour de son frère, alors que son père n’en a jamais fait autant pour lui qui a toujours été un fils obéissant et dévoué. C’est vrai qu’il s’est toujours conduit mieux que son frère. Mais est-ce que cela lui donne le droit d’exiger quoi que ce soit de son père ? Il n’a pas mérité d’être le fils de son père. Son père lui a donné la vie sans qu’il y soit pour quelque chose. Dans son amour et sa tendresse, son père l’a accueilli dans la chaleur du foyer et lui a toujours donné accès à tout. Avec raison il peut lui dire : Tout ce qui est à moi est à toi. Moi, ton père, je t’ai tout donné. Tout ce que tu as, tu l’as reçu de moi. Tu n’as aucun droit à exiger de moi quoi que ce soit. A travers le comportement du fils ainé, c’est celui des Pharisiens que le Christ condamne ici. Les Pharisiens estiment que compte tenu de leur observation scrupuleuse des moindres prescriptions de la Loi, ils ont le droit d’exiger de Dieu quelque chose en retour. Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que nous non plus, nous ne pouvons jamais nous considérer comme des justes, ayant des droits et pouvant exiger du Seigneur quelque chose en retour. Si nous sommes des gens honnêtes et d’assez bons chrétiens, nous le devons surtout au Seigneur qui nous en rend capables. Rappelons-nous la parole de St Paul : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu ? Et si vous l’avez reçu, pourquoi vous enorgueillir comme si vous ne l’aviez pas reçu ? (1Cor.4,7)

Que retenir de tout cela ?

L’histoire de l’enfant prodigue nous permet de découvrir comment dans la tentation le démon, menteur et père du mensonge, comme dit st Jean (8,44) nous fait perdre notre bon et notre jugement et nous plonge dans l’illusion. tandis que  la conversion au contraire, nous ramène dans la vérité du réel.

Mais le  but principal de Jésus à travers cette parabole est de nous faire réaliser que notre Père du ciel nous aime d’un amour inconditionnel. Sans jamais se lasser, toujours, il est prêt à passer par-dessus nos manquements. Il n’a pas envoyé son Fils parmi nous pour mener une expédition punitive mais pour sauver ce qui était perdu Au moindre signe de repentir de notre part, comme le père de l’enfant prodigue qui guette le retour de son fils au bord du chemin, il vient au-devant de nous pour nous réintégrer dans la tendresse de l’intimité familiale. Nous sommes confus et émerveillés d’être aimés à ce point, malgré nos offenses et nos infidélités. Il demeure celui qui nous disait déjà dans Jérémie Je ne cesserai pas de vous faire du bien. Je trouverai ma joie à vous faire du bien. (Jr 32, 40,41)