homélie

Dimanche 4 décembre

2e dimanche de l’Avent – Année A – Mt 3,1-12

« Convertissez vous car le Royaume des Cieux est tout proche »

Les foules attendaient le Messie. Elles étaient sur le qui vive. Déjà deux ou trois faux messies s’étaient présentés mais leur supercherie avait été rapidement dévoilée. Jean Baptiste surgit qui annonce comme imminente l’arrivée du Messie. On se précipite pour l’écouter. Il faisait sérieux. Son apparence et son comportement étaient ceux d’un vrai prophète. Il portait un vêtement de poils de chameau et une ceinture autour des reins, comme le font traditionnellement les prophètes et il se nourrissait comme eux de miel sauvage et de sauterelles . D’autre part il ne se mettait pas en avant. Aux prêtres et aux lévites qui lui demandent Qui es-tu ? il répond clair e net : Je ne suis pas le Messie, précisant bien, citant Isaïe : Je suis celui qui crie dans le désert Aplanissez le chemin du Seigneur. (Jean 1,21-23) Et, avec humilité il explique Celui qui vient après moi est plus fort que moi, je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.Enfin et surtout , la vigueur de son enseignement et sa franchise plaisaient à ses auditeurs. Il osait attaquer de front les Pharisiens et les Saducéens qui se prenaient pour des modèles et regardaient les autres de haut : Engeance de vipères, repentez vous Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres; tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Evidemment les foules, très contentes de voir Jean Baptiste remettre durement en place ceux qui d’ordinaire les méprisent, sont d’autant mieux disposés à son égard et accueillent volontiers son message de conversion, même s’il est exigeant et sévère.

Ses instructions sont claires : Convertissez vous, car le Royaume de Dieu est tout proche et même menaçantes : le bon grain sera ramassé et la paille brûlée au feu qui ne s’éteint pas. En d’autres termes, il tape du poing sur la table exigeant : il faut que ça change. Le changement, c’est d’ailleurs très exactement le sens du mot conversion qui vient du grec métanoïa lequel signifie changement de mentalité (repentir) et retour vers Dieu. Pourquoi faut-il que les auditeurs de Jean Baptiste se convertissent ? Parce qu’ils sont orgueilleux. Surtout les Pharisiens, les Saducéens et le milieu clérical en général, dont beaucoup de membres croient que leur observance pointilleuse de la Loi, a fait d’eux des justes. Dieu, ils en arrivent presque à traiter avec lui d’égal à égal, persuadés que il leur doit quelque chose en retour de leur pratiques minutieuses. Les autres qui ne font pas comme eux, ils les méprisent. C’est pourquoi Jean Baptiste et Jésus sont si sévères à leur égard.

Jean Baptiste invite tout le monde à se convertir. Et nombreux sont ses auditeurs qui s’avancent pour faire le geste de conversion auquel il les invite : se plonger dans l’eau, signifiant par là symboliquement leur volonté d’être purifiés de leurs fautes.Ce baptême, bien sûr, n’a rien à voir avec le sacrement de baptême. Les sacrements n ‘existent pas encore et en outre, à cette époque, le mot baptême signifie simplement plonger; et au sens figuré s’engager. La baptême de Jean c’est un engagement de pénitence en vue d’obtenir le pardon des péchés. Et Jean Baptiste explique clairement que le Messie qui va venir invitera à un engagement beaucoup plus important : Moi je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion. Celui qui vient derrière moi… vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Ce baptême là sera le sacrement de baptême qui est un engagement en vue d’être fait enfant de Dieu.

Pour nous aujourd’hui, quel est le message de cet évangile ? Le même que celui que Jean adresse à ses auditeurs : Convertissez vous car le Royaume de Dieu est tout proche. Quelle conversion devons nous faire ? Il y a certainement des choses à changer dans notre vie. En ce moment où nous nous réparons à fêter Noël, la venue du Seigneur parmi nous, voyons ce qui nous empêche de l’accueillir comme il faut. Personne ne veut le laisser à la porte de chez lui. Le triste constat dressé par St Jean il y a deux mille ans : il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu (Jean 1,11)

nous reste en travers de la gorge. Nous avons envie de faire mieux cette année.Que faut-il donc changer dans nos habitudes pour mieux accueillir le Seigneur dans notre vie quotidienne ? Peut-être y a-t-il tel ou tel domaine de ma vie personnelle, familiale ou professionnelle où je veux en faire à ma tête et où je ne veux pas trop qu’il mette le nez ? A chacun de voir.

Mais indépendamment de la conversion particulière que chacun doit faire, il y a me semble-t-il une conversion que tous nous devons faire, c’est d’accueillir le Seigneur de telle manière qu’il nous accompagne et que nous soyons avec lui tout au long de nos journées, et non pas à certains moments seulement. J’ai peur que trop souvent le Seigneur soit, sinon totalement en dehors de nos vies, du moins un peu à l’écart, bien rangé dans un coin et qu’on ne s’en occupe qu’en cas de besoin flagrant. J’ai peur que notre Dieu soit un peu comme une roue de secours. On y tient à sa roue de secours, on l’entretient, on ne partirait jamais nulle part sans l’emmener . Mais elle est bien rangée dans le coffre de la voiture, on ne s’en sert pas, elle ne sert à rien et même on espère bien qu’on n’aura pas à s’en servir. De même, Dieu, dans la vie courante, dans notre travail de chaque jour on n’en a pas besoin, il ne sert à rien, on ne s’en sert pas. Nous nous débrouillons tout seuls, avec bon sens, raisonnablement, intelligemment, honnêtement, en essayant de ne faire de tort à personne. En dehors de tout cela, il y a un peu de prière par ci par là et la messe du dimanche. Si une épreuve, une difficulté, des ennuis de santé surviennent, alors tout de suite, on se tourne vers le Seigneur, avec une confiance très sincère et très grande dans sa bonté. Mais dans la vie courante, on ne s’en occupe pas, il est absent.

Et puis nous oublions complètement qu’il nous a placés quelque part dans le monde avec une tâche à accomplir : construire un petit morceau de royaume de Dieu c’est à dire mettre un peu plus de justice de paix et d’amour dans notre vie personnelle, dans notre famille dans notre métier, dans notre village Si nous prétendons accueillir Dieu et faire un peu mieux que les Juifs qui l’ont laissé dehors quand il est arrivé, il faudrait tâcher de ne plus mettre Dieu, bien rangé dans un coin, comme une roue de secours dans un coffre de voiture, mais de garder Dieu devant les yeux de manière à faire jour après jour, avec lui qui est à nos côtés, ce qu’il attend de nous. J’ai envie de dire que notre conversion pourrait être de passer d’un Dieu roue de secours dont on ne se sert pas à un Dieu GPS qu’on garde constamment devant les yeux pour avancer sur la bonne route.

Que retenir de tout cela ? 

La consigne que nous donne l’évangile d’aujourd’hui est claire : Convertissez vous. Se convertir, du grec métanoïein, c’est changer sa manière de vivre et revenir vers Dieu. Pour nous, en ce temps de préparation à Noël, nous convertir c’est changer tout ce qui nous empêche d’accueillir le Seigneur et d’avancer avec lui au long de nos journées. Il est là avec nous. Mais nous ne le voyons pas. Pourtant, si nous sommes encore vivants aujourd’hui, c’est parce qu’il nous maintient dans l’existence. Si de temps en temps nous arrivons, nous et une foule de gens autour de nous, à mettre un peu plus de justice, de paix et d’amour autour de nous, c’est parce qu’il est là avec nous. Il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est lui. Donc, chaque fois que quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, il est là, agissant à travers nous. Ce serait une bonne chose à faire que de nous exercer à le prendre en flagrant délit, quand nous faisons notre prière du soir, repensant à tout ce qui s’est passé dans la journée.

Le voici qui vient pour nous aider à faire plus. Ne le laissons pas dehors… Il y a encore bien des choses à améliorer en chacun de nous, dans nos familles, dans notre monde. C’est urgent de nous y mettre sérieusement. Ouvrons nos coeurs pour qu’il puisse les transformer et nous rendre capables de faire davantage.

Dimanche 27 novembre

1er dimanche de l’Avent – Année A – Mt 24,37-44

« Veillez pour être prêts »

Nous entrons aujourd’hui dans le temps de l’Avent qui nous prépare à la fête de Noël. Les textes de la messe des quatre dimanches qui viennent nous invitent à nous préparer à accueillir le Seigneur lors de sa venue. Mais on ne voit pas très bien de quelle venue il s’agit. Tantôt ils parlent de sa venue à la fin des temps, tantôt de sa venue à Noël ou encore de sa présence chaque jour au milieu de nous, car Il nous l’a bien dit : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. ? (Mt.28,20) Aujourd’hui dans l’évangile le Christ nous presse vivement d’être prêts pour sa venue à la fin des temps : Tenez vous prêts, c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra. C’est vrai que cela peut arriver n’importe quand et qu’il faut être prêts. Mais très vraisemblablement personne d’entre nous ne verra ce jour. C’est pourquoi je vous propose de laisser de côté la venue du Seigneur à la fin des temps et de réfléchir quelques instants sur deux questions plus urgentes: comment nous préparer à la venue du Seigneur à Noël c’est dans un mois, et comment mieux l’accueillir chaque jour.

Comment préparer sa venue à Noël ? Noël c’est Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu, comme l’exprime très justement St Irénée. Attention à ne pas en rester au niveau d’une sentimentalité superficielle qui nous ferait voir Noël seulement comme l’histoire touchante d’un petit poupon bien mignon dormant paisiblement entre Marie et Joseph. Non, Noël ce n’est pas seulement le mystère de Dieu qui se fait homme mais le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Ce jour là, dans l’extrême discrétion de la naissance d’un petit enfant se produit un extraordinaire rebondissement dans l’histoire de la création de l’homme. Jusque là les hommes créés à l’image de Dieu étaient encore comme en face de lui ; il y avait encore une certaine distance entre lui et nous. Mais quand Jésus se fait homme, il n’y a plus de distance entre Dieu et l’homme, la divinité est entrée dans l’humanité. Dieu entre dans l’homme. Mais l’humanité n’ est pas pour autant entrée en Dieu, les hommes ne sont pas pour autant devenus automatiquement uns avec Dieu. C’est seulement s’ils le reçoivent qu’il leur est donné de pouvoir devenir uns avec lui. A tous ceux qui le reçoivent etqui croient en son nom est donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, ainsi que le dit l’évangile de St Jean (1,12)

Malheureusement quand il est venu il y a 2.000 ans on ne l’a pas reçu. Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu nous dit St Jean (Jean 1,10) nous dit l’évangile. Seuls quelques bergers itinérants l’ont accueilli, des gens assez mal vus, qu’on soupçonnait de voler des poules dans les villages qu’ils traversaient. Nous aimerions que cette année cela se passe mieux. Mais les choses ne se présentent pas tellement bien. Certes on parle énormément de Noël, des fêtes de Noël, du réveillon de Noël, des cadeaux de Noël, des vacances de Noël, du marché de Noël, du Père Noël mais on ne parle guère de la naissance du Sauveur à Bethléem. Le Seigneur est le grand absent de cette fête de Noël qui devient une fête profane pour ne pas dire profanée. Que pourrions nous faire pour mieux accueillir le Seigneur à Noël, pour qu’il soit davantage présent dans nos coeurs et dans nos vies ? A Noël, on s’offre des cadeaux. Qu’est-ce que nous pourrions offrir au Seigneur pour son Noël ?

Peut-être que le plus beau cadeau que nous puissions lui offrir serait de mieux l’accueillir lorsqu’il vient nous rejoindre dans notre vie de chaque jour. Mais nous avons bien du mal à repérer sa venue. Que faut-il faire pour ne pas le rater ? D’abord il faut croire en sa venue ainsi qu’il nous l’a promis Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Ensuite, il faut le chercher, l’attendre, non pas tel que nous l’imaginons, tel que nous le rêvons, mais tel qu’il est en réalité et c’est cela qui est difficile. Les Juifs attendaient le Messie avec impatience et ferveur. Pourtant ils l’ont manqué. Pourquoi ? Parce qu’ils l’attendaient selon leurs idées. Ils attendaient un Messie venant en gloire, ils n’ont pas pu le reconnaître dans le petit bébé de Bethléem Ils attendaient un Messie conquérant venant restaurer la grandeur d’Israël, ils n’ont pas pu le reconnaître dans un charpentier de village. Ils l’attendaient comme un justicier vengeur venant punir les pécheurs, ils n’ont pas pu le reconnaître dans celui qui venait sauver les pécheurs. Ils cherchaient un Messie là où il n’était pas et ne le voyaient pas là où il était.

J’ai bien l’impression qu’aujourd’hui nous ne sommes pas plus malins. Nous cherchons le Seigneur là où il n’est pas dans de l’extraordinaire, du miraculeux, des apparitions spectaculaires.Si on nous disait qu’il vient d’apparaître à 100 km. d’ici, il y aurait des bouchons sur les routes ! Mais nous ne le voyons pas là où il est, c’est à dire là où se dit et se fait le bien. Car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là, présent, qui agit. C’est lui qui l’ a inspiré. La présence réelle n’est pas seulement dans le tabernacle fermé à clef. Elle est aussi dans tout ce qui se fait de bien dans le monde.Est-ce que nous prenons le temps de remarquer ce que nous faisons et ce que les autres autour de nous font de bien ? Nous arrive-t-il de faire notre examen de conscience sur le bien que nous faisons ? C’est vrai que nous sommes tous pécheurs, égoïstes, orgueilleux etc ., mais il nous arrive quand même, parfois, de faire le bien. Nous n’y prêtons guère attention. Pourquoi ? Peut-être parce que nous désirons tellement que tout soit parfaitement réussi dans notre vie et dans le monde, ce qui accroche notre attention c’est ce qui ne va pas, ce qui est mauvais ou raté. Sans nous en rendre compte nous nous installons dans une culture du négatif, de l’échec et du malheur. S’il se produit un incendie important, un crime particulièrement horrible ou un tremblement de terre, quelque part dans le monde, nous y aurons droit en premier dans le prochain bulletin d’information de la radio ou de la télévision et ce sera en première page de tous les journaux.

Si nous voulons nous préparer à accueillir le Seigneur à Noël, commençons par l’accueillir chaque fois qu’il intervient au long de nos journées. Nous pourrions nous mettre à faire tous les jours notre examen de conscience sur le bien que nous faisons et le bien que les autres font autour de nous. Et puis, pensez à toutes les associations de type Secours Catholique, Restos du coeur, accueil des migrants qui sont à l’oeuvre un peu partout. Qui d’entre nous pense quelquefois à faire une litanie d’action de grâces pour le dévouement des personnels soignants dans les hôpitaux, les cliniques, les maisons de retraite ? Qui d’entre nous pense quelquefois à louer le Seigneur pour toute la délicatesse et l’amour qui se vivent chaque jour dans les familles. ? Vous ne croyez pas qu’avec tout ça, il y aurait de quoi faire un gros paquet-cadeau pour l’offrir à l’enfant Jésus pour son Noël ?

Que retenir de tout cela ? 

Que pouvons nous faire pour nous préparer à mieux accueillir le Seigneur à Noël ? Peut-être tout simplement mieux l’accueillir tous les jours quand il nous inspire de mettre un peu plus de paix, de bonne entente, de justice ou d’amour autour de nous. Sachons repérer ses interventions et le prendre en flagrant délit ! Et si nous n’avons pas réussi le prendre sur le fait dans le courant de nos journées, le soir dans notre prière, prenons un petit moment pour nous remémorer toutes les occasions où quelque chose de bien a été dit ou été fait.Il était là à chaque fois. Ne soyons pas de ceux dont l’Ecriture dit avec tristesse : Ils ont des yeux et ne voient pas (Ez.12,2) Et demandons à Notre Dame de nous aider à bien voir et bien accueillir son Fils présent au milieu de nous. Si vous voulez prenons ensemble ce beau chant à Marie (Refrain, 3°couplet, refrain)

Chercher avec toi dans nos vies, les pas de Dieu, Vierge Marie,
Par toi accueillir en nos vies le don de Dieu, Vierge Marie.

Dimanche 20 novembre

Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers – année C – Luc 23,35-43

« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »

Nous célébrons aujourd’hui le Christ-Roi. Pourquoi peut-on donner au Christ ce titre de Roi ?

Comme St Paul le laisse entendre dans la deuxième lecture : le Christ est Roi en tant que Créateur et en tant que Rédempteur.

En tant que Créateur, bien sûr, puisque c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre…Il est avant toute chose et tout subsiste en lui. Tout subsiste en lui, cela veut dire que ce qui existe aujourd’hui, c’est lui qui le maintient dans l’ existence. Il n’a pas créé l’univers il y a un certain nombre de millions d’années et depuis il aurait pris sa retraite. Non le Christ Roi est un roi en exercice, il continue de créer, de maintenir en existence jour après jour tout ce qui est. La vie dont nous jouissons en ce moment, c’est lui qui la crée, pas seulement notre vie physique, mais aussi notre vie de communion avec lui, avec son Esprit présent en nous depuis notre baptême et notre confirmation.

Et puis le Christ mérite encore le titre de Roi en tant que Rédempteur. L’humanité qui s’était séparée de lui par le péché, Il l’a reconquise en offrant sa vie pour nous, à travers le sacrifice de la croix où la toute puissance de son amour a vaincu toute la puissance du mal et du péché qui nous séparaient de lui. Trop souvent nous pensons que le Christ est vaincu dans sa passion et sa mort sur la croix et qu’il faut attendre sa résurrection au matin de Pâques pour voir son triomphe. C’est une erreur. Son triomphe éclate déjà dans sa passion et sa mort sur la croix puisque là, déjà, son amour l’emporte sur toute la puissance du mal déchaînée contre lui. Alors qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34 ) Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi, je vous aime encore.Rien ne peut venir à bout de son amour.Son titre de Roi, il l’a conquis sur la croix C’est là que se manifeste la toute puissance de son amour triomphant définitivement de toutes la puissance du mal du péché et de la mort.

Il n’est donc pas étonnant que l’évangile choisi pour la célébration de la fête du Christ-Roi nous montre le Christ mourant sur la croix puisque c’est là, que se révèle le triomphe royal de son amour sur toutes les puissances du mal, du péché et de la mort, beaucoup plus que le jour de son entrée triomphale à Jérusalem ou le jour de la Transfiguration. D’ailleurs, le Jeudi Saint au soir, parlant à ses apôtres de sa passion et de sa mort imminente sur la croix il leur confie : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Luc23,34). Et le calendrier liturgique de l’Eglise consacre une journée, le 14 Septembre, à la célébration de la croix glorieuse du Christ. Et puis dans bien des églises, (comme par exemple au Portel ou à Mons en Baroeul), on peut voir le Christ crucifié représenté en gloire, une couronne royale sur la tête.

Mais le Christ-Roi, nous ne pouvons pas nous contenter de l’admirer à distance. Il se trouve que nous sommes impliqués dans sa royauté depuis le jour de notre baptême. Au cours de la cérémonie, juste avant l’onction avec le saint chrême, le célébrant nous a notifiés : Vous êtes maintenant membres du Christ , vous participez à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi.Comment se manifeste la royauté du Christ ? Non pas dans la puissance de ses armées ou le prestige de richesses somptueuses, mais dans le service des autres dans l’amour jusqu’à conduire le Christ à donner sa vie pour nous. Par conséquent, participer à la royauté du Christ, c’est faire quoi ? C’est, comme lui, se consacrer au service des autres par amour. Nous n’aurons sans doute pas à aller jusqu’à donner notre vie pour eux, le plus souvent souvent cela va se jouer dans l’ordinaire d’une foule de gestes quotidiens qui n’ont rien de spectaculaire mais qui ont cependant une haute valeur aux yeux de Dieu. Regardez, dans la parabole du jugement dernier, qu’est-ce qui a valu aux justes d’être comptés parmi les élus ?

Venez à moi, les bénis de mon Père, dit le Seigneur, recevez en partage le Royaume qui vous a été préparé parce que…parce que quoi? Parce que vous avez fait des choses extraordinaires? Non. Parce que vous êtes allés à la messe le dimanche et fait un tas de prières ? Même pas. Mais parce que j’ai eu faim vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez recueilli, malade et vous m’avez visité. Et les justes diront Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire…(Mt.2534…) Ils ne se seront pas rendus compte que ce qu’ils auront fait pour n’importe qui, un enfant, un conjoint, un ami, un inconnu, c’est comme s’ils l’avaient fait pour le Christ en personne car ce que vous aurez fait pour l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait.

Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que lorsqu’une maman prépare le repas des siens, lorsqu’un instituteur apprend à lire à ses élèves, lorsqu’un médecin soigne des malades, lorsque les employés municipaux vident les poubelles, lorsqu’un boulanger prépare le pain pour les habitants du quartier, il y a du service des autres là dedans,et un peu d’amour et cela a du prix aux yeux de Dieu. Par là nous sommes unis au Christ Roi qui se donne au service des autres, par amour. Mais nous avons du mal à y croire. Nous pensons généralement que nos tâches quotidiennes sont des choses banales, ordinaires, matérielles sans valeur aux yeux de Dieu. La preuve en est qu’on ne voit jamais une statue ou une image de Notre Dame en train de faire la soupe ou le ménage. Pourtant elle n’était pas moins sainte lorsqu’elle balayait que lorsqu’elle chantait des psaumes. Tenir son foyer faisait partie des tâches que le Seigneur lui avait confiées. Mais on n’ose pas le reconnaître. Eh bien la fête du Christ-Roi nous invite à ouvrir les yeux pour voir l’amour et le service des autres qu’il y a dans nos tâches familiales ou professionnelles et à prendre conscience que par là nous sommes unis au Christ-Roi dont la royauté s’exerce dans le service des autres par amour.

Que retenir de tout cela ? 

Parce que dans son amour il a voulu créer tout ce qui existe et le mettre à notre disposition le Christ mérite le titre de Roi. Il mérite aussi le titre de Roi parce que, sur la croix, la toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal et du péché, Sa royauté, bien sûr, n’a rien à voir avec celle des rois de ce monde qui s’imposent par l’importance de leurs richesses, l’habileté de leur politique ou la puissance de leurs armées. Le Christ-Roi, qui est décidément un roi très spécial, s’impose lui, par la toute puissance de son amour. Son sceptre, c’est la croix et sa politique le lavement des pieds.

Depuis le jour de notre baptême, comme le souligne le rituel, membres du Christ, nous participons à sa dignité de Roi. Comment se manifeste cette participation ? De même que la Royauté du Christ se manifeste dans le don de soi pour ceux qu’il aime, de même notre participation à sa royauté se manifeste par le don de soi et l’amour qu’il y a dans tout ce que nous faisons pour le service des autres à travers nos tâches familiales ou professionnelles de tous les jours, même si nous n’en sommes pas conscients. M

Saint Exupery parlant de quelques dames âgées qui brodaient des chasubles d’or pour leur dieu écrivait « Elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles » Eh bien, quand vous êtes au travail tous les jours, dans un bureau ou un magasin, sur un chantier ou au volant de votre voiture, quand vous faites le ménage ou préparez le dîner, moi, je crois que vous aussi, vous allez, ne le sachant pas les mains pleines d’étoiles et je suis fier d’offrir tout cela au Seigneur dans cette messe avec le sacrifice du Christ.

Dimanche 13 novembre

33° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 21,5-19

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

Jésus et ses disciples admirent le Temple. Il est comme neuf. Sa restauration commencée dans les annes19, 20 vient d’être achevée. Ce temple n’est pas une sorte de grande cathédrale, c’est un ensemble de 400m. sur 300 m. environ comprenant autour de l’autel des sacrifices situé en plein air, le Saint des Saints, l’Arche d’Alliance, le temple de Salomon et différents parvis, le tout entouré de hautes murailles. En contemplant cet édifice impressionnant,les apôtres ressentent un fort sentiment de sécurité et de puissance. Dieu est là. L’Arche d’Alliance est le symbole de sa présence au milieu d’eux. Le Seigneur a fait alliance avec leur ancêtre Abraham. Il ne peut rien leur arriver. Ils sont le peuple de Dieu. Mais le Seigneur refroidit leur enthousiasme en leur révélant que des jours viendront où il ne restera pas pierre sur pierre de la magnifique construction qu’ils ont sous les yeux : tout sera détruit. A quoi le Seigneur fait-il allusion ? A la destruction de Jérusalem par les Romains qui aura lieu en 70 ? Peut-être, mais il fait surtout allusion aux bouleversements qui marqueront son retour à la fin des temps. Stupéfaitsles apôtres lui demandent QUAND cela arrivera-t-il ?Le Christ ne répond pas la question des disciples. Sa réponse porte sur COMMENT attendre ce jour là et s’y préparer.

D’abord il les met en garde contre les fausses annonces d’un retour prochain du Seigneur. Beaucoup viendront et diront « c’est moi »ou « le moment est tout proche »Ne marchez pas derrière eux. De fait dans le premiers temps de l’Eglise, tout de suite après la Pentecôte, certains parmi les premiers chrétiens, persuadés que le retour du Seigneur est imminent, vont cesser de travailler et mener une existence désordonnée, d’où les remontrances de St Paul que nous avons entendues dans la deuxième lecture, par lesquelles il exhorte tous les croyants à travailler dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

Ensuite le Seigneur annonce une série de malheurs guerres, famines, épidémies, tremblements de terre qui accompagneront son retour à la fin de ce monde, lequel sera précédé de violentes persécutions contre les croyants. Mais en même temps le Seigneur rassure : Vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer…Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Et un peu plus loin, au verset 28, il va même jusqu’à dire : Quand ces évènements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche.Ce qui veut dire que la fin de ce monde sera en même temps l’avènement d’un monde nouveau. D’ailleurs dans la première lecture nous avons entendu le prophète Malachie présenter le jour du Seigneur comme celui du jugement entraînant la ruine de ceux qui commettent l’impiété et le triomphe des justes : Pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera, il apportera la guérison dans son rayonnement.

En d’autres termes, cet évangile nous fait savoir deux choses. D’abord que le monde présent, un jour viendra où il n’en restera rien. Ensuite que le retour du Seigneur à la fin de ce monde marquera en même temps pour les justes l’heure de la délivrance dans un monde nouveau. Il est donc inexact de parler de la fin du monde,comme si, après, il n’y avait plus rien. Il serait plus exact de parler de la fin de ceun monde qui marque l’avènement d’un monde nouveau délivré du mal, du péché et de la mort.

Le monde que nous avons sous les yeux disparaîtra un jour. Tout le monde en convient. Au point que ces temps ci les milieux scientifiques et écologistes tiennent des propos alarmants : des frontières auraient été franchies, notamment en matière de climat et de biodiversité, dans quelques dizaines d’années il n’y aurait plus de terres cultivables, des bouleversements semblables à ceux qui ont causé la disparition des dinosaures pourraient se produire. Peut-être… . En tous cas l’ Ecriture nous présente le dernier jour de ce monde comme le jour du jugement qui marquera l’entrée dans un monde nouveau où les pécheurs seront condamnés et où les justes triompheront, ainsi que le dit Malachie dans la première lecture. L’évangile de St Matthieu est plus clair encore : Alors deux hommes seront aux champs, l’un sera pris et l’autre laissé Veillez donc car vous ne savez pas quel jour le Seigneur va venir. (MT.24,40-42) On comprend que le Christ ne réponde pas à la question des apôtres qui demandent quand est-ce que cela va arriver, mais qu’il leur indique, c’est plus urgent, comment attendre et se préparer à ce jour : Loin de les plonger dans l’angoisse, il les rassure :C’est par votre persévérance que vous serez sauvés.

La question se pose pour nous aujourd’hui : comment attendre et se préparer à la venue du Seigneur à la fin des temps ? Mais ce n’est peut-être pas le plus pressant. Très probablement la fin des temps, ce n’est pas pour tout de suite. Par contre, la fin de mon temps, cela pourrait être aujourd’hui, je ne suis pas sûr et personne n’est sûr d’être encore là demain ! Alors quoi faire ? Pas question d’être inquiets ou angoissés. Ce serait insultant envers le Seigneur,Lui qui a donné sa vie pour nous, et dans quelles conditions ! Ce serait injurieux de le voir comme un flic en embuscade cherchant à appréhender des délinquants. Ce qu’il veut c’est que tous les hommes soient sauvés (1Tim.2,4) Sûrs que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, nous pouvons donc avancer à sa rencontre sereinement mais appliqués, chaque jour, avec sérieux, à accomplir sa volonté. J’en reviens toujours à ceci : lorsqu’on achète quelque chose, on l’utilise toujours dans la pensée de celui qui l’a fabriquée. Eh bien la vie il s’agit de l’utiliser aussi dans la pensée de celui qui l’a fabriquée ! Et j’aime me reporter à cette expression d’une des prières de la messe : Tu as créé l’homme à ton image et Tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant Toi son créateur, il règne sur la création ce qui laisse entendre que si dans notre usage de la création nous cessons de servir Dieu, de suivre sa volonté, ça va coincer. Et en effet, nous le voyons tous les jours, lorsqu’on se laisse prendre par la passion de l’orgueil, de la volonté de puissance, de l’égoïsme, du profit, de l’argent, on tombe dans toutes sortes de désordres et de conflits économiques, sociaux, voire de guerres entre nations avec toutes les souffrances que cela entraîne. Quoi faire ? Etre attentif à la volonté du Seigneur. Il nous a placés chacun à un endroit donné en ce monde et nous a confié des responsabilités dans le cadre de notre famille, du quartier, du village ou de la ville où nous habitons. Nous avons tous quelque chose à faire pour que, là où nous sommes, s’établisse un petit coin de royaume de Dieu, avec davantage de paix, de justice et de charité.Chaque jour, dans notre prière, comme St François d’Assise, cherchons : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

Que retenir de tout cela ? 

Le monde que nous avons sous les yeux et la vie présente, cela ne durera pas toujours. C’est certain. Mais l’évangile nous enseigne que la fin de ce monde marquera en même temps l’avènement du jour du Seigneur, jour de condamnation pour les pécheurs mais jour de joie et de libération définitive pour les justes dans un monde nouveau libéré du mal, du péché et de la mort. Il convient donc de nous préparer à ce jour là sereinement, sûrs de la bienveillance et de la miséricorde du Seigneur, mais sérieusement appliqués à accomplir sa volonté.

Cependant, il y a plus urgent et il y a mieux à faire qu’à nous préparer à la fin de ce monde. Très vraisemblablement aucun de nous ne verra ce jour là. Par contre chacun de nous verra la fin de son monde à lui,le jour de sa mort ! C’est surtout à ce jour là qu’il faut nous préparer. Sachons lever le nez au dessus du quotidien et garder Dieu devant les yeux pour accomplir, jour après jour, la tâche que le Seigneur nous a confiée de construire un petit bout de royaume de Dieu où règnent la paix la justice et la charité.En attendant de rencontrer le Christ qui nous attend au bout du chemin pour nous accueillir auprès de lui et nous réunir à nos parents, à nos amis, et à tous eux qui qui nous auront précédés auprès de lui.

Dimanche 6 novembre

32° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 20,27.34-38

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. »

Avant de commenter la discussion de Jésus avec les Saducéens à propos de la résurrection, j’aimerais faire une remarque cocasse. Beaucoup, aujourd’hui disent ne pas croire à la résurrection. Mais croit-on à la mort ? On peut se le demander quand on constate que tout le monde a peur des morts. Si on croyait qu’ils sont vraiment morts,…….en aurait-on encore peur ?

Les Saducéens étaient un groupe de Juifs pratiquants. très conservateurs, adeptes d’une interprétation littérale de la Loi de Moïse. Ils estimaient que la résurrection n’est pas fondée dans cette Loi. Ils la considéraient donc comme une innovation. Pour eux, Jésus est un dangereux novateur qui met en péril la vraie foi. Ils s’efforcent donc de l’attaquer sur ce point précis de la résurrection, en présentant le cas de sept frères qui épouseraient successivement la femme de leur aîné mort sans enfant, ainsi que l’exigeait la loi du lévirat. A la résurrection, demandent-ils à Jésus, duquel des sept frères la malheureuse femme sera-t-elle l’épouse ? Jésus leur rétorque aussitôt que dans la vie nouvelle de la résurrection, la vie est différente de la vie présente, on ne prend ni femme ni mari et en ce qui concerne la foi en la résurrection, il leur cite un passage de l’Exode auquel ils prétendent être fidèles, qui présente le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob comme le Dieu des vivants et non pas le Dieu des morts. (Ex.3,6)

__Nous aujourd’hui, pourquoi croyons-nous en la Résurrection ?

__ Que savons nous de cette vie nouvelle ressuscitée à laquelle nous croyons ?

__Que faut-il faire pour avoir part à cette vie nouvelle ressuscitée avec le Christ ?

Pourquoi croyons-nous en la résurrection ? Principalement pour deux raisons ; d’abord le Christ nous a dit on ne peut plus clairement : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jean11,25,26) et d’autre part, nous croyons en la résurrection parce qu’il est lui-même ressuscité. Et ce n’est pas seulement Jésus Christ vrai Dieu qui est ressuscité mais Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme . Donc quelqu’un comme nous, semblable à nous, l’un de nous, est assis à la droite du Père. Il est arrivé quelque chose à la mort, on n’en meurt plus.

Que savons nous de cette vie nouvelle ressuscitée qui sera la nôtre, un jour ? Ni plus ni moins que ce que nous savons de la vie nouvelle du Christ ressuscité. C’est-à-dire trois choses : Elle sera éternelle. Elle sera différente de la vie présente.Les ressuscités auront un vrai corps mais différent de leur corps d’ici-bas.

D’abord la vie du Christ ressuscité est une vie éternelle, qui n’a pas de fin. Nous ressusciterons donc nous aussi pour une vie éternelle qui n’aura pas de fin.

Ensuite la vie du Christ ressuscité est une vie autre, différente de sa vie d’avant le Vendredi Saint, ce n’est pas une simple prolongation de sa vie d’avant sa mort sur la croix. A quoi repère-t-on que cette vie est nouvelle, autre, différente ? Par exemple au fait que, lorsqu’il apparaît à ses apôtres, il apparaît et disparaît soudainement. S’ils sont dans une salle il apparaît et disparaît tout-à-coup sans entrer ni sortir en passant par la porte. Le soir de Pâques et huit jours après, les apôtres étant réunis dans une maison et, nous dit St Jean, alors que toutes les portes étaient verrouillées, Jésus vint et se tint au milieu d’eux (Jean20,19 et 26) De même, il disparaît soudainement sans passer par la porte de l’auberge lors de son apparition aux disciples d’Emmaüs. Il prit le pain , le bénit, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible. (Luc 24,31) nous rapporte St Luc. La vie du Christ ressuscité est donc bien une vie autre, différente de sa vie d’avant la Passion.Par conséquent notre vie de ressuscités sera comme la vie du Christ ressuscité, une vie autre, différente de la vie présente.

Cela ne veut pas dire que le Christ ressuscité est un espèce de fantôme Il a un corps. C’est la troisième chose que nous savons de façon sûre, à propos de la vie nouvelle du Christ ressuscité. Il a un corps qu’il invite les apôtres à toucher : Regardez mes mains et mes pieds; c‘est bien moi. Touchez moi, regardez, un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai. Comme ils étaient encore incrédules, il leur demanda à manger. Ils lui offrirent du poisson grillé ; il le prit et le mangea sous leurs yeux. (Luc 24, 39 et 43) Donc comme le Christ ressuscité nous ressusciterons pas à l’état de fantômes, mais avec un corps mais un corps différent de notre corps actuel.

Que faut-il faire pour avoir part à la vie nouvelle ressuscitée avec le Christ ? Le Seigneur veut que tous nous soyons avec lui. Je veux que là où je suis, mes disciples soient eux aussi avec moi (Jean14,6) Mais il ne nous entraîne pas de force. Il n ‘a jamais dit que tous nous serions avec lui obligatoirement et nécessairement. Il a dit au contraire qu’il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus (Mt.22,14) et que le Seigneur rendra à chacun selon sa conduite (Mt.16,27) ceux qui ont fait le bien, ressusciteront d’une résurrection qui mène à la vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection qui mène au jugement (Jean 5,29) les uns pour la vie éternelle, les autres pour le châtiment éternel. (Mt.25,46).Pas de quoi nous plonger dans la frayeur ou l’angoisse. Rappelons nous que le premier homme dont nous sommes sûrs qu’il soit sauvé, c’est un gangster, le bon larron, auquel le Christ a dit Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis (Luc 23,43) Dès lors, nous qui ne sommes tout de même pas des gangsters, nous pouvons raisonnablement estimer que nous avons nos chances!!! Mais pratiquement, qu’est-ce qu’il faut faire ? Tout simplement garder Dieu devant les yeux Ne pas nous noyer dans le détail de nos occupations présentes, comme ces malheureux travailleurs d’un chantier naval dont parle Antoine de Saint-Exupery :le charpentier te parle de ses planche, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles et tous oublient la mer. Ne pas nous noyer dans l’immédiat mais nous maintenir la tête hors de l’eau,. Ne pas perdre de vue le Seigneur, lui demander en toute occasion dans notre prière : Seigneur, que veux-tu que je fasse, comment veux-tu que je réagisse ? Et lui qui est La Voie, la Vérité, la Vie (Jean 14,6)nous mènera à bon port.

Que retenir de tout cela ? 

Pourquoi croyons nous en la résurrection ? Parce que le Christ nous dit dans l’Evangile Je suis la Résurrection et la Vie.Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra (Jean 11,25). Je veux que là où je suis, vous soyez, vous aussi, avec moi (Jean 17,24 ) Ne confondons pas la résurrection avec une simple réanimation, comme dans le cas de Lazare ou de la fille de Jaïre que le Christ a ramenés à leur vie précédente mais qui sont morts quelque temps après.

Qu’est-ce que nous savons de notre résurrection ? Trois choses. D’abord, comme celle du Christ, notre résurrection marque l’entrée dans une vie qui n’aura pas de fin. Ce sera une vie différente de notre vie présente. Nous ressusciterons avec un corps différent de notre corps actuel.

Personne n’échappera à la résurrection ni à la vie éternelle. Mais pour les justes, cette vie éternelle sera une éternité de bonheur et pour les autres une éternité de châtiment. Que faut-il donc faire pour entrer dans une éternité de bonheur ? Le Seigneur, de son côté, nous y appelle tous, il ne met personne à l’écart. Mais encore faut-il que, de notre côté, nous répondions à cette invitation en marchant chaque jour dans la bonne direction. On ne peut pas dire : la résurrection, la vie éternelle, on verra ça plus tard. Non, c’est maintenant que cela se joue. La perspective de la résurrection et de la vie éternelle, c’est ce qui doit inspirer notre manière de vivre chaque jour. Ne nous laissons pas abrutir dans les planches, les clous, les voiles,… en oubliant la mer …Ne nous laissons pas abrutir dans le quotidien immédiat étriqué …en oubliant le Seigneur qui nous attend au bout du chemin,pour nous accueillir au seuil d’un bonheur éternel qu’il a préparé pour nous.

Dimanche 30 octobre

31° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 19,1-10

« Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Jésus accompagné de ses disciples est en route vers Jérusalem. Il leur a expliqué que c’est là que doit s’accomplir tout ce que les prophètes ont annoncé au sujet du Fils de l’homme(Luc 18,31). Comme ils n’avaient pas l’air de comprendre, ne fois encore il leur a expliqué qu’il aurait à souffrir sa Passion, qu’il serait mis à mort mais qu’il ressusciterait le troisième jour. Mais, nous rapporte St Luc, ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire. (Luc 18,34) En attendant ils poursuivent leur chemin, accompagnés d’une foule de gens qui se pressaient autour de Jésus. Et voilà que juste avant d’arriver à Jéricho, il guérit un aveugle qui mendiait au bord du chemin et St Luc commente : Tout le peuple v,oyant cela, fit monter à Dieu sa louange (Luc 18,43) Jésus entre donc dans Jéricho accompagné d’une foule enthousiaste. Il remarque alors un homme grimpé dans un arbre. C’est Zachée, un chef des collecteurs d’impôts. Il collectait les impôts pour les colonisateurs romains. Les collecteurs d’impôts étaient mal vus. On leur reprochait d’être des traîtres à la patrie, de détourner à leur profit l’argent de l’état et de plus, comme ils côtoyaient tous les jours des romains, donc des païens, ils encouraient une impureté légale. Universellement méprisés, les collecteurs d’impôts étaient considérés comme des pécheurs publics, d’où leur surnom de publicains. Ils étaient exclus de la société des croyants et des gens honnêtes.

Comment se fait-il que Zachée cherchait à voir Jésus ? Il avait certainement entendu parler de lui, de ses miracles et de son enseignement. Mais, de plus, il avait une raison spéciale de s’intéresser à Jésus, c’est ce qu’on est en droit d’appeler son « anticléricalisme ». Le Christ en effet critiquait ouvertement et remettait sèchement en place, les scribes, les prêtres, les lévites, les docteurs de la Loi, et les Pharisiens, tous ces bien pensants qui justement étaient les plus acharnés à exclure des gens comme Zachée. Ce dernier voulait donc absolument voir à quoi ressemblait ce Jésus qui s’attaquait à ses détracteurs. Comme il était de petite taille, il n’a pas hésité à grimper dans un arbre pour arriver à bien voir Jésus qu’on avait de la peine à apercevoir au milieu de la foule qui le serrait de près. C’est tout de même cocasse : un haut fonctionnaire grimpé dans les branches d’un arbre pour regarder passer la procession ! Et voilà que Jésus levant les yeux l’interpelle : Zachée, descends vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Il n’aurait jamais imaginé une chose pareille : Jésus, cet homme de Dieu que certains regardaient comme le Messie en personne qui s’invite chez lui, lui qui était regardé comme un exclu, absolument infréquentable. On comprend l’indignation de tous les assistants, profondément choqués. Imaginez le pape en visite à Lille qui irait prendre son repas chez le tenancier d’une boîte de nuit au lieu d’aller dîner à l’archevêché !

Mais pourquoi donc Jésus s’intéresse-t-Il à Zachée que tout le monde regarde comme quelqu’un de peu recommandable ? Nous avons du mal à admettre que Jésus n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs et qu’il y a plus de joie dans les cieux pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion (Luc 13,7) Comment le Christ regarde-t-il Zachée ? Il sait très bien qu’il est ce qu’il est, mais il sait aussi qu’il reste en lui un petit rien de bon grain au milieu de l’ivraie Et cela suffit pour qu’il se tourne vers lui, le relève, le sorte du mal et du péché dans lesquels il patauge, pour le replacer sur un terrain ferme où il pourra se développer et s’épanouir. Tandis que nous, c’est le contraire. Il suffit qu’il y ait un petit rien d’ivraie au milieu de beaucoup de bon grain chez quelqu’un, pour que nous nous détournions de lui, dégoûtés. Pour apprécier le comportement de Jésus envers Zachée, nous pouvons reprendre, goûter et méditer ce passage de la première lecture que nous avons entendu tout à l’heure : « Tu a pitié de tous les hommes parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se repentent. Oui, Tu aimes tous les êtres et n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait; car si Tu avais haï quelque chose, Tu l‘aurais pas formée etcomment une chose subsisterait elle si Tu ne l’y avais appelée ! Mais Tu épargnes tout parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie » (Sagesse 11, 13-16).

Zachée est retourné par ce qui lui arrive. Il est submergé par une joie profonde en voyant que jésus ne le condamne pas, ne le rejette pas. Malgré tout le mal qu’il a pu faire, le Christ l’aime encore au point de s’inviter à sa table et de s’afficher avec lui devant tout le monde. Zachée réalise qu’il est pardonné, réintégré, qu’il n’est plus exclu, rejeté du mauvais côté de la vie; Jésus l’a remis au monde, du bon côté de la vie. Alors lui qui était trop attaché à l’argent et qui n’avait pas toujours été honnête, décide de se convertir, de changer de vie. Voici Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.

L’histoire de Zachée, c’est aussi la nôtre. Jésus s’intéresse à nous, alors qu’il sait très bien qui nous sommes et ce que nous sommes. Il n’est pas dégoûté ce nous. Il voit bien que chez nous, comme chez Zachée, il y a pas mal d’ivraie, mais il voit aussi le petit rien de bon grain qu’il a semé en nous et que nous ne sommes pas parvenus à étouffer. Et à chacun de nous il dit aussi Vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi. Eh bien, comme Zachée, descendons vite de notre arbre, de nos abris, de nos routines, pour rencontrer le Seigneur qui vient nous relancer dans une vie renouvelée.

Que retenir de tout cela ? 

D’abord l’esprit d’initiative et la débrouillardise de Zachée. Décidé à voir Jésus, il va jusqu’à grimper dans un arbre comme un gamin espiègle, sans craindre le qu’en dira-t-on. S’il était resté dans son bureau, il ne se serait rien passé.

Mais ce qu’il faut retenir de cet évangile avant tout, c’est l’extrême patience et l’extrême bienveillance de Jésus envers nous. Jamais découragé de nos médiocrités, il suffit qu’il reste au fond de nous un tout petit rien de bon grain , même perdu au milieu de beaucoup d’ivraie, pour qu’il se penche sur nous et nous relève. Alors que nous, au contraire, il suffit qu’il y ait chez quelqu’un un tout petit rien d’ivraie, même au milieu de beaucoup de bon grain, pour que nous nous détournions, écoeurés.

Enfin, cet évangile nous montre comment le Seigneur, dans sa miséricorde et son pardon ne se contente pas d’effacer les fautes mais transforme le coeur du pécheur, le refait à neuf, comme l’explique St Paul aux Ephésiens Il fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph. 2,10)a

Dimanche 23 octobre

30° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 18,9-14

« Le publicain redescendit dans sa maison ; c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien »

A travers la parabole du Pharisien et du Publicain, le Seigneur fait ici l’éloge de l’humilité. Qu’est-ce que c’est vraiment un Pharisien ou un publicain ? Et qu’est-ce qu’il faut entendre par humilité ?

Un pharisien, c’est un croyant plutôt fervent qui observe minutieusement les préceptes de la Loi, les ablutions rituelles avant les repas, le repos du sabbat, il pratique les jeûnes d’obligation, paye la dîme et bien sûr, fait toutes les prières prescrites. Tout cela est très bien. Malheureusement trop souvent leur orgueil gâche tout. Ils font leurs bonnes oeuvres et leurs prières pour être vus et admirés. Ils se croient justes et méprisent les autres. Toutefois un certain nombre de pharisiens demeurent d’honnêtes croyants. Tels Nicodème, ils s’intéressent à la prédication de Jésus, l’invitent à leur table et n’hésitent pas à prendre  sa défense. Un jour, nous rapporte St Luc, ils s’approchèrent de lui et lui dirent Va-t-en, pars d’ici, car Hérode cherche à te faire mourir. (Luc 13,31). Mais comme le peuple touché par la profondeur de l’enseignement de Jésus et l’éclat de ses miracles, accorde à Jésus de plus en plus d’autorité et de prestige, la majorité des pharisiens voient en Jésus un rival et un ennemi à abattre. Faisant cause commune avec les prêtres et les docteurs de la Loi, ils cherchent par tous les moyens à le faire périr.

Un publicain, c’est un fonctionnaire qui perçoit les impôts pour le gouvernement romain. Les publicains sont généralement méprisés. On les considère comme  des  collaborateurs au service des colonisateurs romains  et des voleurs qui détournent l’argent de l’ état pour le mettre dans leurs poches.

Dans sa prière, le pharisien se glorifie d’être un juste, supérieur aux autres. Il rend grâces à Dieu parce qu’il n’est pas comme tant d’autres qui sont voleurs, injustes, adultères ou encore comme ce publicain qui est un fonctionnaire corrompu. Il rend grâce aussi parce qu’il jeûne deux fois par semaine et donne en autmônes le dixième de tout ce qu’il gagne. Tout cela est sûrement vrai. Il n’y a là probablement aucun mensonge ni aucune exagération. Pourtant Jésus n’approuve pas la prière du pharisien. Pourquoi ? Parce que sa prière est centrée sur lui et sur sa propre glorification, il ne se remet pas en face de Dieu mais se compare aux autres qu’il méprise, il s’estime être un juste irréprochable,  il ne fait aucune mention de ses défauts  de ses manques   ou de ses fautes. Il ne parle que de ce qu’il fait de bien, le pire étant qu’il ne reconnaît même pas  que toutes ses qualités, ses talents sont des dons de Dieu, source de tout bien, soit qu’il les lui ait donnés directement, par grâce, soit qu’il les lui ait donnés par l’intermédiaire de l’éducation et de la formation reçues de ses parents, de ses maîtres, de ses amis, ou des croyants  qu’il a mis sur son chemin. St Paul dira plus tard : »Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu ? Et si vous l’avez reçu, de quoi vous glorifiez vous, comme si vous ne l’aviez pas reçu ? »(1 Cor.4,7 )Pour beaucoup de Pharisiens, le culte, la religion, ce ne sont pas  des moyens de servir Dieu, mais des moyens de se servir de Dieu pour leur propre gloire. Ils en arrivent à croire qu’ils ont des droits sur Dieu en  raison de leurs pratiques. Jésus les critique souvent avec sévérité.

Dans sa prière, le publicain lui, fait tout le contraire de ce que fait le pharisien.Il ne parle pas de ses talents ni de ses qualités comme le pharisien,  Il ne se  compare pas aux autres pour les mépriser et s’estimer supérieur, comme le pharisien, mais  il se remet en face de Dieu et d’emblée se reconnaît pécheur « Il se frappe la poitrine en disant : mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis »Le Seigneur fait l’éloge de sa prière. Il le félicite. Pourquoi ?Parce que le publicain   se présente  tel qu’il est, en vérité, avec réalisme  : un pécheur  et il demande au Seigneur de l’aider à s’en sortir. Cela ne pouvait pas  tomber mieux , parce que justement  chaque fois  que quelqu’un  se reconnaît pécheur devant  lui, le Seigneur   tout heureux ne peut pas s’empêcher  de le relever et de le faire rebondir. La meilleure illustration en est ce qui arrive à Pierre après la pêche miraculeuse. Pierre et ses compagnons avaient péché toute la nuit, moment favorable pour attraper le poisson qui remonte vers la surface et se prend dans les mailles des filets, tendus en rideau depuis la surface. Arrive Jésus qui leur demande de jeter leurs filets. C’est idiot parce  qu’au matin les poissons s’enfoncent dans les profondeurs, et on n’a aucune chance de prendre quoi que ce soit.  Pierre, sans trop y croire, jette quand même les filets. Et contre toute attente, il fait une pêche extraordinaire. Il  se jette alors aux pieds de Jésus Seigneur éloigne toi de moi car je suis un pécheur. Réaction de Jésus Sois sans crainte, désormais  ce sont des hommes que tu auras à pécher. (Luc 5,1-11 ) Autrement dit : St Pierre va à confesse « je suis un pécheur ». Réaction de Jésus : « Oui d’accord, c’est vrai. Eh bien comme pénitence tu seras pape ! » Devant Dieu, celui qui s’abaisse est élevé.

Avec la prière du publicain ou la réaction  de Pierre après le pêche miraculeuse, nous sommes en pleine humilité. Pourquoi ? Le publicain et St Pierre se jugent avec réalisme. Ils se reconnaissent pécheurs. Devant Dieu tout homme est pécheur. C’est la réalité. L’humilité, c’est voir les choses avec réalisme. Le mot humilité vient du latin humus, la terre. Quelqu’un qui est humble c’est quelqu’un qui est réaliste, qui a le pieds par terre.  II ne se vante pas, il n’enjolive pas les faits,  mais il ne noircit pas la situation  non plus, il regarde les choses telles qu’elles sont. Car contrairement à ce qu’on pense souvent, mais à tort,  l’humilité ne consiste pas à se rabaisser. St Paul l’explique bien dans l’épître aux Romains : « Ne vous surestimez pas plus qu’il ne faut, mais gardez de vous une sage estime, à la mesure de la foi que Dieu vous a départi » (Rom.12,3) Notre Dame, dans son Magnificat,  nous donne une parfaite illustration de l’humilité. Se remettant devant Dieu, elle parle de « la bassesse de sa servante » Je ne suis rien du tout, une petite jeune fille de la campagne, mais elle ajoute :« désormais toutes les générations me diront bienheureuse » autrement dit  « désormais je suis au-dessus de tout le monde »mais elle précise bien : ce n’est pas de ma faute, je ne l’ai pas fait exprès, c’est parce que le Puissant  a fait pour moi des merveilles. (Luc 1,47…)

Que retenir de tout cela ? 

L’humilité, c’est une attitude par laquelle nous nous présentons  devant le Seigneur, en vérité, avec réalisme, sans nous surestimer ou nous sous estimer, nous reconnaissant pécheurs, sans être catastrophés pour autant. L’évangile d’aujourd’hui nous le montre : l’humilité   nous met dans la situation idéale pour que le Seigneur nous vienne en aide. En effet, Il est venu   pas  pour les justes, mais pour les pécheurs, pour les relever, les relancer  Chaque fois qu’il tombait sur des gens qui se rendaient compte  qu’ils n’arrivaient pas à être comme ils voulaient, parce  qu’ils étaient  pleins de défauts, orgueilleux, égoïstes,… mais  qui voulaient s’en sortir, c’était sa joie  de les relancer. Il  leur disait : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai » (Mt.11,28 ) Par conséquent, lorsque nous sommes au bord du découragement, parce que nous voyons que nous ne sommes décidément pas à la hauteur, « je n’arrive pas à aimer ma femme, mon mari, comme je le voudrais, je ne sais pas élever mes enfants comme je voudrais »,  ne nous laissons pas abattre, nous sommes dans la situation idéale   pour que le Seigneur prenne la  relève Déjà il nous l’avait dit par Isaïe « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied…mais celui sur qui je jette les yeux c’est le pauvre  et le coeur contrit » (Isaïe 66,1)Et St Paul disait :moi, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2Cor. 12,10 ) parce qu’il y a Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20 )

Dimanche 16 octobre 2022

29° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 18,1-8

« Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui »

Dans cette parabole le Seigneur nous invite à la confiance, à prier sans nous décourager : si un juge injuste comme celui de la parabole, qui se moque de la Loi divine et des lois humaines en vient à céder aux prières instantes d’une veuve, combien plus le juste juge écoutera-t-il les supplications incessantes des élus. Le Dieu que les Juifs appelaient Yahvé et qu’ils voyaient comme un être tout puissant,  mystérieux et redoutable, le Christ est venu  révéler qu’il était en fait un Dieu Amour, un Père qui aime les hommes ses enfants et veut leur bonheur. Donc   quand on prie, on ne s’adresse pas à un Dieu indifférent ou hostile qu’il faudrait convaincre    de s’intéresser un peu à nous, à coups d’interminables supplications. Désormais on s’adresse à un Dieu attentif,qui veille sur nous sans cesse. Par conséquent, »quand vous priez ne rabâchez pas comme les païens  : ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez pas car votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. » (Mt. 6,7,8)

N’empêche qu’il reste des raisons de se décourager. Comment cela ? D’abord,   comme  le Seigneur n’exauce  pas toujours nos prières, par moments nous sommes tentés de nous demander s’il y a vraiment un Dieu qui nous écoute. Et puis, comme  malgré toutes les prières des justes,  les violences les guerres,les injustices    ne cessent de s’étaler partout dans le monde, nous en venons à penser que s’il y avait un Dieu il ne permettrait pas que tout cela se passe. Notre foi vacille.

D’où  cela vient-il que le Seigneur n’écoute pas nos prières et ne  nous donne pas toujours ce que nous lui demandons ? Est-ce que c’est lui qui ne veut pas  ? Impensable. Dans l’évangile de St Mt et de St Jean, même s’il ne dit jamais : demandez et vous recevrez ce que  vouss demandez,  le Seigneur  a quand même promis : « Demandez et vous recevrez, frappez on vous ouvrira. Quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira (Mt.7,7)  Alors, si le Seigneur n’exauce pas nos prières, cela doit venir de nous,  de nos prières qui sont inappropriées. Il peut arriver que ce que nous demandons et que nous pensons être bon pour nous, en fait ne l’est pas. C’est pourquoi le Seigneur ne nous l’accorde pas. Exactement comme une maman ne donne pas à son enfant le couteau avec lequel il veut jouer.  Cela, nous pouvons le comprendre…………………….. Mais  parfois le refus de Dieu d’écouter notre prière est vraiment incompréhensible. Un petit enfant est gravement malade. Tout le monde prie pour qu’il guérisse. Et il meurt. Nous ne pouvons pas comprendre. Impossible. Nous sommes au bord du désespoir, notre foi ne parvient pas à nous réconforter. D’un autre côté, il faut bien nous rendre compte que dans ce cas précis, une partie des chose nous échappe. Nous ne savons  pas comment ce petit enfant a été reçu dans le royaume et quel avenir lui est réservé.  Nous restons seulement anéantis  devant le petit cercueil blanc. Nous ne pouvons pas comprendre. Comme un  petit enfant que sa maman a conduit au dispensaire pour être vacciné. L’enfant hurle, la piqûre lui a fait mal, mais surtout il hurle de désespoir : sa maman qui l’aime bien, en qui il avait entière confiance, c’est elle qui l’a conduit au dispensaire où on l’a fait souffrir. Il ne peut absolument pas comprendre que la souffrance causée par le vaccin douloureux auquel le soumet sa maman, est quelque chose de bon pour lui. Il comprendra plus tard. 

Et puis, autre raison de nous décourager : quand on voit tout ce qui se passe dans le monde, les injustices, les violences, les guerres actuellement en Ukraine, en Ethiopie, au Moyen Orient, tous ces peuples victimes de dictateurs paranoïaques en Asie, ou des cartels de la drogue en Amérique Latine, on se demande comment Dieu qui est bon peut tolérer tout cela, pourquoi il n’intervient pas. C’est vrai que Dieu qui est Amour respecte la liberté des hommes. En amour, on ne force pas. Mais quand même…Nous ne comprenons pas. Notre foi vacille. Oui, à certains

moments, découragés,  nous sommes tentés de penser : ce n’est pas possible, il n’y a pas de Dieu. S’il y avait un Dieu il ne permettrait pas que tous ces malheurs se produisent. Le Christ avait pressenti la possibilité de tels reniements. C’est ce qui lui fait dire :  Le Fils de l’homme quand il reviendra,  trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Devant le refus de Dieu d’exaucer certaines prières qui nous paraissent indiscutablement bonnes, comme une prière pour obtenir la guérison d’un  petit enfant gravement malade ou devant l’apparent manque de réaction de Dieu face au mal qui prolifère dans le monde, oui, découragés, nous sommes fortement tentés de douter. Nous ne comprenons pas. Nous comprendrons plus tard.Comme le petit enfant qui sort du dispensaire en hurlant de désespoir parce que  c’est sa maman en qui il avait toute confiance  qui l’a emmené au dispensaire où on l’a fait souffrir. Il doute de sa maman. il ne croit plus en sa maman. Pourtant sa maman l’aime encore et elle est bouleversée de voir son petit sangloter.Comme le Christ est bouleversé de voir les foules errant sans pasteur. Il pleure sur Jérusalem promise à la destruction (Luc 19,41) Et nous avons toutes les raisons de croire qu’il pleure actuellement sur les malheurs des Ukrainiens, des  Yénénites, des Ethiopiens,  de toutes les victimes de violence ou d’injustice dans  notre  monde. Touché par la souffrance des malades, il les guérissait. Au tombeau de Lazare, même s’il savait  que dans quelques instants il allait  le ramener à la vie, devant la tristesse  et les pleurs de sa famille et de ses amis, il a craqué et n’a pas pu  retenir ses larmes. Alors on  peut prier un Dieu comme ça. Nos peines, nos souffrances, nos tristesses, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous. On peut avoir confiance en lui.  Notre foi peut vaciller à certains moments, mais elle ne saurait s’effondrer. Oui, c’est vrai, parfois, il ne nous donne pas ce que nous lui demandons. Mais qui sait le mieux, quel  est le meilleur pour nous?  Lui ou nous ? Si c’est lui, alors il faut lui laisser le choix de nous donner ce qu’il veut nous  donner, et  de nous refuser  ce qu’il veut nous refuser.

Que retenir de tout cela ? 

Dans l’évangile d’aujourd’hui le Christ nous presse de toujours prier sans nous décourager. Nous sommes tentés de nous décourager quand nous voyons que le Seigneur ne nous donne pas ce que nous lui demandons et quand nous voyons que le Seigneur n’intervient pas pour faire cesser les crimes, les violences et les injustices dans notre monde. Nous ne pouvons pas comprendre. Exactement  comme le petit enfant  ne peut pas comprendre que sa maman lui fasse subir une vaccination douloureuse. Il comprendra plus tard. Nous aussi, ce que nous ne pouvons pas comprendre maintenant, nous le comprendrons plus tard.

En attendant, quoi faire ? Faire comme le petit enfant qui pleure après la vaccination  douloureuse. Il est désespéré. La cause de son chagrin, plus que   le vaccin douloureux, c’est le fait que c’est sa maman qui l’a  amené au dispensaire où elle l’a laissé souffrir.   Mais comment réagit-il ?  Qu’est-ce qu’il fait ?  Il se serre plus fort contre sa maman. Il ne s’éloigne pas  de sa maman, il s’accroche plus fort à son cou. Eh bien nous aussi, quand,  découragés, notre foi vacille, comme le petit enfant qui s’accroche plus fort au cou de sa maman,raccrochons nous  plus fort à notre foi qui nous dit que notre Dieu est un Père qui nous aime et veut ce  qu’il y a de  meilleur pour nous, même si ce que sa Providence nous envoie n’ a pas l’air si bon que ça. Qui donc sait le mieux quel est le meilleur pour nous ? Lui ou nous ?  Si c’est lui qui sait quel est le meilleur pour nous, laissons lui le choix de nous donner ce qu’il veut nous donner et de nous refuser ce qu’il veut nous refuser. Peut-être qu’un jour nous aurons suffisamment confiance en lui  pour  dire comme Ste Thérèse de Lisieux : « C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux »

Dimanche 9 octobre 2022

28° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 17,118-19

« Jésus, Maître, prends pitié de nous ! »

En route vers Jérusalem Jésus arrive à l’entrée d’un village, lorsqu’un groupe de dix lépreux vient à sa rencontre. A cette époque, la lèpre n’était pas considérée seulement comme une terrible maladie, mais comme un châtiment divin et celui qui en était atteint était regardé comme en état de péché. La Loi interdisait aux lépreux de pénétrer dans les agglomérations et même d’approcher les personnes croisées en chemin. C’est pourquoi ils restent à distance lorsqu’ils supplient le Seigneur : « Jésus, Maître, prends pitié de nous.«  Cette supplique est une manière indirecte, respectueuse des usages de l’époque, d’implorer leur guérison. Marthe et Marie n’agissent pas autrement lorsqu’ils envoient dire à Jésus « Celui que tu aimes est malade« . C’était une façon polie de lui demander : Viens rendre visite à notre frère Lazare. Jésus, qui comprend bien la supplique des lépreux leur dit alors : « Allez vous montrer aux prêtres« . Selon laLoi, quand un lépreux était guéri, il devait aller se montrer aux prêtres qui, jouant le rôle d’officiers de santé, attestaient de sa guérison et lui donnaient l’autorisation de vivre de nouveau en société. Mais ici, les lépreux se mettent en route pour aller se montrer aux prêtres alors qu’ils ne sont pas encore guéris, c’est bien parce qu’ils ont confiance que Jésus va exaucer leur demande. Ils montrent là une foi peu ordinaire. Et voilà qu’en cours de route, ils sont guéris.

L’un d’entre eux, seul parmi les dix, revient alors vers Jésus. « Glorifiant Dieu à pleine voix, il se jette aux pieds de Jésus en lui rendant grâces«  .Or c’était un Samaritain. Les Samaritains, ce sont des Juifs souvent métissés, qu’on regardait comme des étrangers. Depuis 700 ans ils s’étaient séparés des autres Juifs, ils ne priaient plus au Temple de Jérusalem mais dans leur propre temple à Samarie. On ne leur adressait pas la parole, on les méprisait, on les regardait comme des bâtards et des hérétiques. Jésus est heureux de souligner le geste de ce Samaritain « Il ne s’est trouvé que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre grâces à Dieu ? Où sont les neuf autres ?«  Il ne rate jamais une occasion de remettre en place les Juifs qui se prennent pour un peuple supérieur. Parce que Yahvé a fait alliance avec leur ancêtre Abraham, ils en concluent un peu vite qu’ils sont, eux et eux seuls, le peuple de Dieu, et que le salut leur est réservé, à eux et eux seuls, tandis que les autres nations, des païens de race inférieure, en sont exclus . Toutes les fois qu’il le peut, le Christ souligne la foi des étrangers et des païens, que ce soit un centurion romain, une femme syrophénicienne ou cananéenne. Petit à petit il fait ainsi pénétrer dans l’ esprit de ceux qui l’écoutent, l’idée que la volonté de Dieu c’est que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.«  (1Tim.2,4) afin qu’il n’y ait plus « qu’un seul pasteur et un seul troupeau.« (Jean 10,16)

Devant tout le monde, il conclut en disant au Samaritain prosterné : « Relève-toi et va, ta foi t’a sauvé.« Sous entendu : Vous voyez ce Samaritain que tout le monde méprise ? vous voyez sa foi ? Dieu l’a éclairé et il a reconnu son Messie. Vous l’avez entendu glorifier Dieu à pleine voix ? Eh bien il est entré dans le monde des sauvés maintenant. Ce Samaritain, en effet, n’est pas seulement guéri de sa lèpre, il n’a pas obtenu seulement la guérison de son corps comme ses neuf autres compagnons, mais en plus, il a trouvé Dieu. Il a reconnu en Jésus le Messie, envoyé du Père. Nous autres en Europe, actuellement, nous sommes délivrés de la lèpre qui a complètement disparu je crois, mais avons-nous trouvé Dieu, avons nous trouvé le salut ?

Qu’est-ce que c’est être sauvé ? Quelqu’un qui est sauvé, c’est quelqu’un qui croit que Dieu est un Père qui l’aime et qui veut son bonheur, qu’Il lui a donné la vie, qu’ il l’a placé sur la terre à un endroit donné pour faire quelque chose de précis, et qu’après sa mort, il sera réuni à Dieu avec tous les autres sauvés, dans une vie autre, nouvelle, qui n’aura pas de fin. Il s’efforce donc de vivre chaque jour en accord avec la volonté de ce Dieu là. Etre sauvé, c’est avoir trouvé Dieu qui donne sens à sa vie. Tant qu’on ne l’a pas découvert, on marche à côté de sa vie. On rate sa vie, on végète dans un univers étriqué, coincé dans le train train quotidien et les nécessités immédiates. On fait les choses les unes après les autres, au coup par coup, sans savoir où on va. J’aime ce verset du ps. 118 qui dit « Fais moi comprendre et je vivrai ». Comprendre la parole de Dieu, la Loi de Dieu, la volonté de Dieu, cela ne donne pas seulement un savoir pour l’intelligence qu’on rangerait dans sa tête entre le théorème de Thalès et les règles d’accord du participe passé ; le psaume ne dit pas: Fais moi comprendre et je saurai, mais fais moi comprendre et jevivrai.Laparole de Dieu donne plus qu’un savoir, c’est une parole de vie, une parole à vivre.Comprendre la parole de Dieu, sa Loi, sa volonté, cela donne sens à notre vie, cela nous donne de vivre et de vivre à plein, parce que nous sommes alors en communion avec celui qui est « la Voie, la Vérité, la Vie » (Jean14,6 )

Aujourd’hui, nous autres, est-ce que nous sommes des sauvés ou est-ce que nous sommes des paumés ? Comme tous ces braves gens qui nous entourent, qui n’ont toujours pas découvert le mode d’emploi de leur vie, je veux dire l’évangile, et qui vont, le nez sur l’écran de leur portable, pressés de répondre aux exigences immédiates du quotidien, sans trop savoir où cela les mène. Nous autres, chrétiens, même si nous sommes déjà dans le camp des sauvés parce que, par grâce, nous avons un peu compris un peu quelque chose du sens de notre vie, ne nous faisons pas d’illusions, il nous reste encore beaucoup à comprendre de la parole de Dieu pour vivre à plein et accomplir pleinement notre destinée. Cherchons toujours à comprendre un peu plus, c’est urgent, afin de vivre chaque jour un peu mieux, et afin de pouvoir aider les autres, ceux qui autour de nous n’ont pas encore trouvé la voie, la vérité, la vie. Parce que malgré nos maladresses et nos insuffisances, nous avons tout de même quelque chose à apporter aux plus désemparés. Dans ce mois d’Octobre qui est le mois des missions, plus encore que d’habitude, ayons le souci des plus pauvres que nous. Prions pour eux, bien sûr mais surtout que notre façon de vivre, à nous, chrétiens, puisse leur apporter un peu d ‘aide. Encore une fois, ce n’est pas que nous soyons tellement supérieurs, pas du tout. Mais il paraît qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !!!

Que retenir de tout cela ? 

D’après la Loi, un lépreux guéri devait aller se montrer aux prêtres qui authentifiaient sa guérison et le réintégraient dans la société. Les dix lépreux donnent le témoignage d’une foi peu ordinaire en partant se montrer aux prêtres alors qu’ils ne sont pas encore guéris. Pourtant neuf d’entre eux ratent le meilleur. Il sont guéris mais ils ratent l’occasion de trouver Dieu alors que leur guérison leur donnait l’occasion de prendre Dieu en flagrant délit, en train d’agir dans leur vie. Seul le dixième a saisi l’occasion. Non seulement il est guéri de sa lèpre, mais en plus, il a trouvé Dieu.

Et nous aujourd’hui ? Comme les dix lépreux nous avons une certaine foi. Mais est-ce que nous allons jusqu’à trouver Dieu dans le quotidien de nos vies ? Ce n’est pourtant pas compliqué. Il suffit de repérer ce qui se dit ou se fait de bien soit à travers nous, soit à travers les autres. Dieu est là en train d’agir. Parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est lui. Par conséquent chaque fois que, quelque part dans le monde, quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là, présent,en train d’agir.

Enfin, cet évangile nous invite à n’exclure personne, comme le Christ qui est ouvert et accueille tout le monde, même les Samaritains et les païens. Ceux qui ne pensent pas comme nous et que, si souvent, nous tenons à distance : les étrangers, les SDF, le Christ est mort pour eux comme il est mort pour nous. Les voleurs et les assassins, nous les excluons de notre monde. Mais n’oublions pas : le premier homme dont nous sommes sûrs qu’il soit entré au paradis, c’est un gangster, le bon larron.

Dimanche 2 octobre 2022

27° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 17,5-10

« Si vous aviez de la foi !»

Jésus vient de dire aux disciples : « Si sept fois le jour ton frère t’offense et que sept fois il revienne vers toi en te disant « Je me repens », tu lui pardonneras. » Ils s’inquiètent: comment arriver à respecter de telles exigences ? Il faut que le Maître les aide. Ils ont tout quitté pour le suivre. Donc ils ont déjà une certaine foi en lui. Mais ils le sentent bien : il faudrait qu’ils en aient davantage. C’est pourquoi ils lui demandent : Augmente en nous la foi.Qu’est-ce quec’est avoir foi en quelqu’un ? C’est avoir confiance en lui. Comme les apôtres, nous avons déjà une certaine foi dans le Christ. Nous avons déjà une certaine confiance en lui. Mais nous voyons bien que nous devrions en avoir davantage C’est pourquoi, nous aussi, comme les apôtres nous sentons le besoin de lui demander Augmente en nous la foi.

Pour avoir foi, pour avoir confiance en quelqu’un, il faut bien le connaître. Or connaître Dieu, pour nous, c’est impossible. Il est totalement hors de notre portée. Notre intelligence est trop courte pour le saisir. St Grégoire de Naziance le disait déjà dans son hymne célèbre « O Toi, l’au-delà de tout ! Quel esprit pourrait te saisir ? Tu es au-delà de toute intelligence, Tu es inconnaissable ! « Pourtantnous ne pouvons pas dire que nous ne connaissons pas du tout Dieu, ni que nous n’avons pas du tout la foi Comment se fait-il que nous arrivions à avoir une certaine connaissance de Dieu, une certaine foi en lui ? Parce qu’il a voulu se faire connaître de nous. Je vous donnerai un coeur capable de me connaître nous dit-il en Jérémie.(24,7 ) Ce n’est pas nous qui, par l’habileté de notre intelligence arrivons à comprendre qui il est, c’est lui qui se révèle à nous, surtout à travers Jésus Christ et son évangile. Bien plus il nous a greffé sur lui et nous a communiqué sa vie dans le sacrement de baptême. Et l’ Esprit St reçu à la confirmation nous communique l’esprit de famille de la Trinité, la mentalité de Dieu. Désormais Lui, l’au-delà de tout, complètement inconnaissable, totalement inaccessible à nos intelligences et à nos coeurs d’hommes, non seulement il est maintenant connu, proche de nous, mais il est en nous,il pénètre en nous, dans l’intime de notre intelligence et de notre coeur.Grâce aux sacrements de baptême et de confirmation, la connaissance que nous avons de lui a tourné en co-naissance avec lui. Il y a désormais communion entre nous. Dieu n’est plus en dehors, au-delà de tout, inconnaissable.. Mais que ce soit bien clair : Si nous avons quelque connaissance de Dieu, quelque foi en lui, c’est uniquement parce qu’il nous donne cette connaissance et cette foi.

Mais cette foi est encore bien maladroite et insuffisante. Pourquoi ? Ce n’est sûrement pas le Seigneur qui ne veut pas nous en donner davantage. Alors cela doit être nous qui mettons obstacle. Qu’est ce qui, dans nos manières de faire, empêche le Seigneur d’augmenter la foi en nous ? Normalement la foi s’exprime, se vit à travers des oeuvres, à travers un service de Dieu. Dans son épître, St Jacques dit quelque chose d’éclairant, il dit « sans oeuvres la foi est morte »(2,14…).Si notre foi est faible, insuffisante, c’est sans doute parce qu’elle ne s’exprime pas assez à travers notre vie de chaque jour, à travers nos actes, par exemple à travers notre activité professionnelle. Pourquoi ? Parce que trop souvent nous séparons notre vie de notre foi. Nous pensons : je suis un assez bon chrétien, je vais à la messe le dimanche, je fais mes prières. Mais le reste du temps, je fais mon métier, je fais de la comptabilité, de l’informatique, je construis des immeubles, je gère mon foyer, j’enseigne les mathématiques ou je cultive des betteraves, la foi n’a rien à voir là-dedans, il n’y a pas de betteraves chrétiennes ou de comptabilité chrétienne. Mais du même coup, sans nous en rendre compte, nous enfermons foi et vie chrétienne dans nos moments de prière et la plus grande partie, pour ne pas dire la quasi totalité de notre vie se retrouve en dehors de de la foi et n’a plus rien de spécialement chrétien.

Pour que nos oeuvres, notre travail soient une expression de notre foi, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Rien, rien de spécial, rien en plus, mais faire autrement ce que nous faisons. Comment cela ? Au lieu de dire « la foi, la vie chrétienne n’ont rien à voir là-dedans », prenons conscience de la valeur de nos actes devant Dieu. Vous enseignez les mathématiques, ça a de la valeur devant Dieu, parce que vous êtes utile à vos élèves dont vous développez l’intelligence. Vous cultivez des betteraves, cela a de la valeur devant Dieu parce que vous êtes utiles à la société qui a besoin de ces betteraves. Vous construisez un immeuble, cela a de la valeur aux yeux de Dieu parce que vous êtes utile aux gens qui ont besoin de logements. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait(Mt.25,40 ) D’autre part le salaire de votre travail vous permet de faire vivre votre famille, dont le Seigneur vous a confié la charge et par là vous répondez à la vocation de chef de famille à laquelle il vous a appelé .De plus en enseignant les maths en cultivant les betteraves, ou en construisant un bâtiment vous utilisez les talents que Dieu vous a donnés,la force physique, la santé, l’intelligence etc. Sans oublier que par notre activité professionnelle, quelle qu’elle soit, nous contribuons à continuer ou perfectionner la création. Alors ne dites pas que la foi et la vie chrétienne n’ont rien à voir dans votre activité professionnelle ! Sous l’apparence profane et matérielle de nos actions, il y a du spirituel. Mais nous ne savons pas le voir. Ces actions que nous jugeons bêtement profanes ou matérielles, ont un sens devant Dieu mais nous ne savons pas le voir

Exactement comme les justes dans la parabole du jugement dernier Lorsque le Roi leur dit Venez à moi, les bénis de mon Père parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire , les justes interrogent : Quand est-ce que nous t’avons donné à manger et à boire. ? Ils n’ont pas vu sous l’apparence d’un geste profane et matériel, un bout de pain, un verre d’eau offerts, le spirituel sous-jacent , la valeur aux yeux de Dieu du bout de pain ou du verre d’eau.

Que faire pour que nos oeuvres, notre travail soient une expression de notre foi ? Nous exercer à voir leur sens aux yeux de Dieu. Si nous voyons ce sens, alors nous continuons à faire les mêmes choses qu’avant , mais nous les faisons autrement. Le comptable, le cultivateur s’ils voient qu’à travers leur travail, ils remplissent la charge que Dieu leur a confiée dans le monde, et contribue au développement de la création, leur comptabilité,leurs betteraves, deviennent expression de leur foi, leur activité professionnelle est devenue service de Dieu. Avec St Paul remercions le Seigneur car il a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph.2,10 )

Que retenir de tout cela ? 

Avoir foi en Dieu, c’est avoir confiance en lui. Cette foi, c’est un don de Dieu. Impossible de l’acquérir par nous-mêmes. Dans son amour, Dieu fait nous a fait ce don .En toute vérité nous pouvons dire que nous avons déjà une certaine foi. Mais nous savons bien qu’il faudrait que nous en ayons davantage. C’est pourquoi prions le Seigneur, comme les apôtres : Augmente en nous la foi. Si notre foi est insuffisante, ce n’est pas parce que le Seigneur ne veut pas nous en donner davantage, mais parce que notre foi n’est pas assez nourrie par des oeuvres. Or, sans les oeuvres la, foi est morte dit St Jacques .

Que faire pour que nos oeuvres, notre travail deviennent de la foi en actes ? Veiller toujours à voir le sens et la valeur devant Dieu de ce que nous faisons. Si nous voyons qu’à travers nos travaux nous accomplissons une tâche que le Seigneur nous a confiée et nous contribuons à faire que le monde du Bon Dieu tourne plus rond, alors nos travaux deviennent de la foi en actes, car Dieufait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions.