homélie

Dimanche 12 février

6ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5, 20-22a.27-28.33-34a.37

« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis. »

Jésus sème le trouble dans l’opinion. On ne sait plus quoi penser. D’un côté on admire la profondeur de son enseignement et les miracles qu’il accomplit. Mais d’un autre côté, ses critiques incessantes des prêtres, des scribes et des pharisiens qui observent minutieusement les prescriptions religieuses le font apparaître comme un adversaire de la Loi. Or la Loi avec l’enseignement des prophètes, c’est le socle sur lequel repose la religion et l’unité de la nation. Dans l’évangile d’aujourd’hui le Christ se défend vigoureusement de vouloir détruire la Loi, il explique qu’il est venu au contraire l’accomplir, la porter à sa perfection. Et pour preuve, il montre comment sur cinq points importants : le meurtre, l’adultère, les serments, la loi du talion et la charité, ses exigences vont dans le même sens mais plus loin que celles de la Loi. Alors que la Loi se contente d’interdire le meurtre du prochain, Jésus pousse l’exigence jusqu’à interdire de se mettre en colère ou d’insulter autrui. Alors que la Loi se contente d’interdire l‘adultère Jésus exige plus : ne pas regarder une femme avec convoitise. Alors que la Loi se contente d’interdire le parjure, Jésus interdit tout serment. Alors que la Loi se contente de limiter toute vengeance avec la loi du talion, Jésus va jusqu’à recommander la non résistance au mal et alors que la loi limite la charité à l’amour de ses amis Jésus étend la charité jusqu’à l’amour des ennemis.

Mais pourquoi ne cesse-t-il pas de s’en prendre à ceux qui sont le plus respectueux des obligations de la Loi, les scribes et les pharisiens ?Comment peut-il être à la fois pour la Loi et contre ceux qui la pratiquent le plus minutieusement ? Il lui arrive de louer le zèle des Pharisiens, leur souci de perfection et leur respect des traditions, mais le plus souvent il les condamne et dans les termes les plus vifs. Qu’est-ce que le Seigneur reproche aux Pharisiens ? Essentiellement leur orgueil, leur façon de prier sur les places publiques pour être vus, de chercher toujours les premières places dans les dîners et les synagogues, de rechercher les honneurs, et de chercher par tous les moyens à se faire saluer sur les places publiques et à s’entendre appeler Maîtres. (Mt.23,7)

Leur orgueil les amène à adopter vis à vis des autres et vis à vis de Dieu une attitude incompatible avec celle d’un croyant Les autres, ils les méprisent sans complexes, comme le pharisien de la parabole du Pharisien et du Publicain. Et vis à vis de Dieu, persuadés que leur pratique minutieuse des obligations de la Loi les rend justes et irréprochables devant lui, ils en arrivent à croire que, étant donné tout ce qu’ils font pour Dieu, celui-ci leur doit quelque chose en retour. Ils en arrivent à traiter avec Dieu presque d’égal à égal. Une telle attitude est exactement à l’opposé de celle que préconise le Seigneur lorsque dans l’évangile il indique les dispositions nécessaires pour entrer dans le Royaume. La première et la plus fondamentale de ces dispositions c’est d’être pauvre de coeur, c’est à dire se rendre compte de sa misère et de son besoin criant de l’aide de Dieu. Un pauvre de coeur c’est celui qui se rend compte qu’il n’arrive pas à aimer son mari, sa femme, ses enfants, son prochain comme il le voudrait, à être honnête comme il le voudrait. Il se rend compte comme St Paul :« Le bien que je veux, je ne le fais pas,le mal que je ne veux pas je le fais. « (Rom.7,19,24 ) Malheureux homme que je suis poursuit le texte français, la traduction malgache, plus éclairante dit « Hélas je suis pauvre » Lorsqu’on est dans une telle attitude, le Seigneur vient immédiatement à notre secours. Il ne peut pas faire autrement, c’est plus fort que lui. Dans son amour pour nous, il ne résiste pas à nos appels au secours. Il nous le disait déjà dans Isaïe, :« Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit » (Is.66,8 ). Le Seigneur nous demande d’être humbles au sens propre du terme, c’est à dire réalistes.( Le mot humilité vient du latin humus : la terre.) Etre humble, c’est avoir les pieds par terre, être réaliste, se reconnaître pécheur. Dans leur orgueil les Pharisiens qui se croient justes sont dans une attitude totalement contraire à celle que demande le Christ, en même temps qu’ils sont dans l’illusion et le mensonge. Et c’est pourquoi le Seigneur nous dit avec insistance :« Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux »

Mais qu’est-ce que c’est cette justice des pharisiens ? Et quelle justice le Christ veut il nous voir pratiquer? Pour les pharisiens, la justice, c’est respecter les commandements, les obligations, les rubriques, à la lettre. Pour eux, le juste c’est celui qui applique les prescriptions de la Loi méticuleusement. Pour le Christ, la justice, celle qu’il souhaite que nous ayons, c’est une justice qui demande davantage que le simple respect d’un certain nombre de lois ou de préceptes, elle demande la fidélité à la volonté de Dieu par amour pour lui.Le Seigneur ne s’intéresse pas au respect des lois mais à l’amour qu’on met dans le respect de ces lois.Pour le Christ, est juste celui qui, parce qu’il aime Dieu, obéit à ses prescriptions. On peut même dire que la matérialité du geste n’ a guère de sens et de valeur devant lui; ce qui qui compte, c’est l’amour qu’on met dans l’ accomplissement de ce geste. Par exemple ne pas se marier, cela n’a pas en soi de valeur spéciale devant Dieu, mais quand un prêtre ou une religieuse renonce à fonder un foyer par amour de Dieu pour se consacrer à lui, à son service et au service des autres, un tel engagement a de la valeur aux yeux de Dieu. Déjà dans l’A.T. le Seigneur nous le faisait savoir sans circonlocutions : « C’est l’amour que je veux, non les sacrifices«  (Osée 6,6 )

Prisonniers de leur orgueil, les pharisiens se croient parfaits avec leurs pratiques, par conséquent ils ne veulent surtout pas entendre parler d’idées ou de façons de faire nouvelles. Qu’on ne touche à rien ! Or le Christ arrive qui bouscule tout et invite tout le monde à aller de l’avant :« Vous avez appris qu’il a été dit …eh bien ! moi je vous dis » En entendant cette parole, aujourd’hui, nous aussi nous sommes bousculés, parce que sans être des pharisiens à proprement parler , sans nous croire parfaits, quelquefois, il nous arrive peut-être parfois de penser que finalement nous ne sommes pas si mal que ça. : je prie de temps en temps, je vais à la messe le dimanche, je rends service autour de moi, inutile de me compliquer l’existence ! Et nous sommes tentés de rêver d’ une vie chrétienne, qui se déroulerait tranquille, en roue libre. Et voilà que le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui vient ébranler notre bonne conscience.

Que retenir de tout cela ? 

Jésus et son évangile bousculent et dérangent. Il a devant lui des scribes et des pharisiens qui ont bricolé, accommodé, domestiqué la Loi pour qu’elle ne les dérange pas. Ils respectent la Loi et la Tradition dans le but que ce respect leur procure autorité et prestige aux yeux de tous, et par tellement pour servir Dieu dans l’amour. Dans leur orgueil, ils se croient justes et ne veulent surtout pas qu’on change quoi que ce soit au statu quo. Mais le Messie arrive qui pousse à aller de l’avant . Il vient pour accomplir la Loi, la porter à sa perfection. Scribes et pharisiens ne peuvent accepter cela.

Nous, aujourd’hui, sommes nous prêts à nous laisser bousculer par le Christ et son Evangile ? Nous sommes probablement des chrétiens sincères et de bonne volonté, mais sommes-nous assez réalistes pour voir que nous avons encore des progrès à faire, que nous avons encore besoin de conversion ? Dans cet évangile le Christ nous invite à secouer notre médiocrité tranquille et à le suivre là où il nous emmènera sans crainte, avec confiance, sûrs de son amour Puissions nous avoir la même disponibilité que Notre Dame, disant au Seigneur « Que tout se passe pour moi selon ta parole » (Luc 1,38 )

Nous somme

Dimanche 5 février

5ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5,13-16

« Vous êtes la lumière du monde. »

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » Nous sommes bien embarrassés en entendant ces paroles du Christ parce que nous savons bien que nous ne sommes pas le sel de la terre ni la  lumière du monde. C’est le Christ qui est le sel de la terre et la lumière du monde, pas nous.Mais quand il affirme en St Jean : »Je suis la lumière du monde » (8,1) il ajoute : « Celui qui marche à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière qui conduit à la vie »  Donc il nous donne  part à sa lumière. Donc nous devrions  refléter quelque chose de sa lumière. Comment se fait-il que nous soyons si peu lumineux ? Que faut-il faire pour capter la lumière du Christ ? Les apôtres, comment se sont-ils débrouillés ? Au départ, c’était un groupe de pêcheurs assez frustes, mais au contact du Seigneur ils sont devenus lumière du monde, sel de la terre. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Ils ont accueilli la parole du Seigneur, alors sa lumière s’est reflétée en eux comme se reflète dans les carreaux d’une fenêtre la lumière du soleil qui les frappe.

Comment les apôtres ont-ils fait pour   repérer la parole de Dieu ?   On a envie d dire : pour eux c’était facile, ils entendaient de leurs oreilles les paroles du Christ. Mais c’est faux. Tout le monde entendait de ses oreilles le Christ qui parlait, mais seuls les apôtres et quelques autres avec eux  reconnaissaient dans ses paroles la Parole de Dieu. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils attendaient  le Messie qui devait  venir les guider, alors ils guettaient sa venue, ils attendaient un message. Quand il est arrivé, ils l’ont reconnu et quand il s’est mis  à parler, ils ont décelé dans ce qu’il disait la parole de Dieu. Pourquoi  les apôtres ont-ils  repéré la parole de Dieu alors que les autres autour d’eux ne l’ont pas repéré  ? Parce que croyant que le Messie allait venir, ils le cherchaient. Et quicherchetrouve. Déjà du temps de Jérémie il l’avait promis« Je me laisserai trouver par vous .Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre coeur. » (29,13-14)

Et nous aujourd’hui, comment faire pour entendre la Parole de Dieu ? D’abord, comme les apôtres, croire qu’il vient et qu’il vient pour nous dire quelque chose, pour nous enseigner et comme les apôtres, demeurer dans une  attitude de recherche et d’écoute.  Il nous a avertis lorsqu’il a fait  ses adieux aux apôtres :« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt.28,20) Est-ce que nous guettons sa venue ? Qui de nous s’éveille le matin en pensant « Qu’est-ce qu’il va encore me dire aujourd’hui »? Mais nous , qui ne pouvons plus voir Jésus de nos yeux ni l’entendre de nos oreilles comme les apôtres,comment pouvons nous le voir et l’entendre ?  Comment repé est là et qu’il me dit quelque chose ?  Je vous  suggère trois moyens d’y arriver.

 D’abord demandons au Seigneur dans notre prière de se révéler à nous et de nous faire connaître sa volonté,  il nous éclairera. Deuxièmement, soyons attentif à ce qui se passe en nous, dans notre coeur. Le Petit Prince de Saint Expery disait « On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les  yeux. Si quelque chose touche notre esprit ou notre coeur et nous rapproche de Dieu, attention, ! le Seigneur est là, en train de nous dire quelque chose. Cela peut se produire n’importe où n’importe quand, pendant que nous prions, que nous écoutons une homélie,  en voyant quelque chose  dans la rue ou à la télé, ou encore en pensant à une idée  qui nous est passée par la tête. Et puis, troisième moyen de repérer la présence de Dieu  et les messages qu’il nous a adressés dans la journée, chaque soir, prenons un moment pour rechercher ce que nous avons fait de bien, ce que les autres autour de nous  ont fait de bien, ce que nous avons vu de beau ou de bien dans la journée.  Parce qu’il Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent chaque fois que quelqu’un, quelque part  dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là présent en train d’agir. Il ne faut pas le rater. Le Seigneur se plaignait déjà de l’aveuglement  des hommes à travers le prophète Ezechiel : »Ils ont des yeux pour voir et ne voient rien, des oreilles pour entendre et n’entendent pas. »(12,2)

Tout se joue dans la manière d’accueillir la parole. Il ne faudrait  pas qu’elle entre par une oreille et sorte par l’autre. Il ne faudrait pas l’accueillir simplement comme un savoir parmi d’autres, qu’on range dans sa tête entre le théorème de Pythagore et les règles d’accord du participe passé. La Parole de Dieu est une parole de vie, une parole à vivre. Accueillir la parole de Dieu c’est la laisser pénétrer au plus profond de notre coeur et modifier notre manière d’être et d’agir .Nous ne sommes peut-être pas  pas lumière du monde tout comme les carreaux d’une fenêtre ne sont pas éblouissants par eux-mêmes. Mais tout comme les carreaux d’une fenêtre vont réverbérer l’éblouissement de la lumière du soleil qui les frappe, nous allons réverbérer l’éblouissement de la Parole du Christ si nous la laissons pénétrer au fond de  notre coeur.   et transformer notre manière d’agir. Ce que St Paul exprime dans une formule  particulièrement heureuse :« Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. » (2Cor.3,18) La parole de Dieu en pénétrant en nous, nous transforme en Christ et nous rend comme lui Lumière du monde et Sel de la terre.

Pourtant autour de nous, que ce soit dans les familles, dans le monde du travail et de l’économie, de la politique au plan national et international, que de ténèbres que la lumière n’arrive pas à dissiper. Où donc est-il le sel de la terre qui devrait donner sa saveur à la vie du monde quand des millions d’hommes plongés dans le malheur là où ils sont, fuient  désespérément  vers un ailleurs plus hospitalier ? Bien sûr ce n’est pas à nous, à notre petite paroisse d’illuminer l’univers et d’apporter  à l’humanité la saveur de la vie qu’elle a perdu. Mais nous pouvons tout de même nous demander si nous faisons vraiment tout ce qui est en notre pouvoir  pour apporter un peu plus  de lumière  et un peu plus de saveur à la vie quotidienne de ceux qui nous entourent.

Que retenir de tout cela ? 

Nous sommes la lumière du monde, nous sommes  le sel de la terre pourvu que nous acceptions d’accueillir en nous sa Parole et de la mettre en pratique. La Parole de Dieu pénétrant en nous  nous transforme en Christ et nous rend comme Lui Lumière du monde et Sel de la terre.Comme les carreaux d’une fenêtre réverbèrent l’éblouissement de la lumière du soleil qui les frappe, de même nous devrions  réverbérer l’éblouissement de la lumière du Christ qui pénétrant dans nos coeurs transforme notre manière de vivre et d’agir.  Le Seigneur ne nous demande pas d’éclairer l’univers. Mais  il nous envoie  apporter un peu de lumière autour de nous.  « Moi Yahvé je t’ai appelé, je t’ai pris par la main et je t’ai formé, je t’ai désigné comme lumière » nous dit-il en Isaïe. (42,6)  Autour de nous, dans notre village, dans notre rue, certains voudraient sortir de leurs ténèbres.Il y a urgence. Nous ne pouvons pas nous dérober.

Dimanche 29 janvier

4ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5,1-12a

« Heureux les pauvres de coeur. »

L’évangile aujourd’hui nous donne le début du discours sur la Montagne où Jésus présente son programme ainsi que les dispositions nécessaires pour entrer dans le Royaume. Première indication: Ceux qui entrent dans le Royaume, sont heureux. Le but de notre Père du ciel c’est que nous soyons heureux, d’ailleurs tous les efforts du Christ au long de son ministère ici-bas visent à ce que nous ayons la vie en abondance (Jean 10,10).Avis à tous ceux qui pensent que la religion, c’est l’austérité, la rigidité, l’ascétisme et qu’un bon croyant doit toujours faire « une tête de carême sans Pâques » comme dit le pape François. Mais, deuxième indication :les modèles de bienheureux que nous présente l’évangile : des pauvres de coeur, des gens qui pleurent, qui sont persécutés ou insultés ne correspondent guère à l’image que nous nous faisons des gens heureux et dans notre monde de compétition où la concurrence est rude,les doux, les pacifiques, les miséricordieux ne font pas partie des modèles qu’on se propose d’imiter. Que veut donc nous dire le Seigneur ? Regardons de près ses propos pour essayer de comprendre.

Bienheureux les pauvres de coeur, car le Royaume des cieux est à eux. Qu’est-ce que c’est un pauvre de coeur ? Ce n’est pas un nécessiteux qui n’a pas d’argent, pas de maison, pas de voiture, pas de vêtements convenables, ce n’est pas non plus quelqu’un qui n’a pas d’instruction ni d’éducation, ce n’est pas davantage quelqu’un qui n’a pas une situation en vue dans la société. Un pauvre de coeur ce n’est pas un clochard, un ignorant, ou un raté . Un pauvre de coeur, c’est quelqu’un qui est pauvre au niveau de l’être, au plan moral et spirituel, c’est quelqu’un qui n’arrive pas à aimer sa femme, son mari, ses enfants comme il le voudrait, qui n’arrive pas à être honnête comme il le voudrait. Malgré les richesses, l’instruction ou la culture qu’il peut avoir, il se rend compte, comme St Paul : « le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas je le fais……malheureux homme que je suis » (Rom.7, 19,24) dit la traduction française mais la traduction malgache est plus éclairante qui dit « Hélas, je suis pauvre ».

Mais pourquoi le fait de se sentir pauvre va-t-il me rendre heureux ? Je devrais me sentir malheureux au contraire en voyant que je n’arrive pas à faire ce que je veux, en constatant que je suis incapable de rien réussir par moi-même. En fait, me sentant pauvre et démuni, je vais ressentir vivement le besoin de l’aide de Dieu et je vais me tourner vers lui pour obtenir son appui, Et comme Dieu est un Père aimant, il va me tirer d’affaire. Moi je suis pauvre et malheureux dit le ps.40, mais le Seigneur pense à moi. Il se trouve que les pauvres de coeur sont les préférés du Seigneur. Il nous le disait déjà dans Isaïe « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit » (Is.66,8). Quel paradoxe étonnant et merveilleux ! Voilà que les pauvres de coeur qui devraient être malheureux parce qu’ils n’arrivent à rien se retrouvent bienheureux parce que dans leur malheur ils se sont tournés vers Dieu qui leur donne ce que ni les richesses, ni le savoir ni une bonne réputation ne pouvaient leur donner. C’est pour cela que le fait de me sentir pauvre, incapable de m’en sortir par moi-même finalement me rend heureux. Que je sois pauvre, que je n’arrive à rien par moi-même, qu’est-ce que ça peut faire, puisque Dieu est avec moi, qui m’aide. Comme St Paul, tout heureux, je dis : « Je peux tout en Celui qui me fortifie »(Phil.4,13) « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Cor.12,10) Le pauvre de coeur n’est pas heureux parce qu’il est pauvre, mais parce que sa pauvreté l’a conduit à se tourner vers Dieu source de tout bien qui le comble bien au delà de ce que les richesses de la terre pourraient lui apporter.

Il y a là un paradoxe étonnant : la pauvreté qui est un mal, que ce soit la pauvreté matérielle ou spirituelle, (personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvre) peut avoir des effets secondaires positifs. Et le plus important de ces effets secondaires positifs, c’est qu’elle nous ouvre à Dieu source de tout bien, qui veut rassasier ses fidèles, ne leur laissant rien à regretter ni personne à envier. « Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jean 6,35)Tandis que la richesse, qui est un bien, qu’il s’agisse de richesse matérielle ou spirituelle peut avoir des effets secondaires négatifs. Et le pire de ces effets secondaires négatifs c’est qu’elle nous ferme à Dieu. Les riches, parce qu’ils qu’ils peuvent avec leur argent satisfaire presque tous leurs désirs, sont tentés de croire qu’ils n’ont besoin de rien ni de personne et surtout pas de Dieu. Comme dit le ps.16 : »Leur coeur épaissi se ferme » aussi bien aux autres qu’à Dieu, ce qui amène le Christ à dire qu« il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux » (Mt.19,24)

Voilà pourquoi la pauvreté de coeur n’est pas une qualité facultative qu’on peut avoir ou ne pas avoir pour entrer dans le Royaume, c’est une qualité indispensable, absolument nécessaire, parce qu’elle nous ouvre à Dieu, qui dans son amour veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. C’est pourquoi le Christ place la pauvreté de coeur en tête des dispositions qu’il faut avoir pour entrer dans le Royaume. Les pauvres de coeur ne sont pas bienheureux parce qu’ils sont pauvres, mais parce que leur pauvreté leur fait retrouver Dieu source de tout bien. De même ceux qui pleurent ne sont pas bienheureux parce qu’ils pleurent, mais parce que n’étant pas satisfaits de ce que le monde peut leur offrir, il cherchent autre chose et se tournent vers Dieu. De même encore ceux qui ont faim et soif de justice sont heureux parce qu’insatisfaits de la justice des hommes, ils aspirent à une justice que seul Dieu peut leur offrir.

Autrement dit, l’attitude de base pour suivre le Christ et entrer dans le Royaume, c’est d’être un homme de désir, qui n’est pas satisfait avec les biens de la terre, qui trouve qu’il n’arrive pas à être comme il voudrait, qui cherche mieux et qui, plus ou moins consciemment pense comme St Augustin « Tu nous as faits Seigneur pour Toi et notre coeur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi. »

Que retenir de tout cela ? 

L’évangile d’aujourd’hui nous a présenté les dispositions à avoir pour entrer dans le Royaume Avant tout il faut être pauvre de coeur . Le pauvre de coeur c’est celui qui est pauvre au plan moral et spirituel. Il constate qu’il n’arrive pas à faire le bien qu’il aime et qu’il fait le mal qu’il n’aime pas. Heureux celui là ! Il a de la chance ! Parce que dans son malheur, il va se tourner vers Dieu pour demander de l’aide . Et ça tombe bien parce que justement, Dieu est un Père aimant, qui n’a qu’une idée : le bonheur de ses enfants, partager avec eux tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il sait de quoi nous avons besoin avant que nous le lui demandions.« (Mt.6,8) Le ciel est son trône et la terre son marchepied, mais celui vers lequel il porte les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit. Il va donc sauver ce malheureux qui n’arrive à rien par lui-même.

Ensuite, tant mieux si nous ne sommes pas satisfaits de l’état du monde et de l’injustice qui y règne, heureux sommes nous, cela prouve que nous cherchons mieux, que nous avons faim et soif de Dieu, de sa vérité et de sa justice.

A qui s’adresse ce discours de Jésus ? A ceux qui ont envie de quelque chose qu’ils n’ont pas. Heureux ceux qui ont envie d’autre chose. ! Si vous êtes des satisfaits, des repus, ce n’est pas pour vous. Mais si vous avez envie d’autre chose,venez. Si vous n’êtes pas satisfaits de ce que vous êtes, si vous avez envie d’être mieux, alors c’est pour vous ce discours là. Il me semble qu’à travers ces Béatitudes, le Seigneur veut nous dire : Tant mieux si vous n’êtes pas heureux avec ce que le monde peut vous offrir et si, désirant plus et mieux, vous vous tournez vers moi, parce que , justement « Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. » (Jean 10,10 ).

Dimanche 22 janvier

3ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 4,12-17

« Il vint habiter à Capharnaüm pour que soit accomplie la parole d’Isaïe. »

Cette page d’évangile  marque un passage charnière entre l’ère de Jean Baptiste qui se termine,   et l’ère de Jésus qui commence. Jean Baptiste vient d’être arrêté par Hérode à qui il reprochait sa conduite. Sa sécurité étant menacée Jésus se retire près de la mer de  Galilée où il commence à prêcher : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Voyant deux pêcheurs, Pierre et André qui jetaient leurs filets, Jésus leur dit Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Pourquoi se sont-ils mis en route si rapidement, sans attendre, sans poser de questions ? Ils n’étaient même pas de ceux qui entouraient le Christ. Jésus arrive,entouré d’un certain nombre de gens qui l’accompagnent. Pierre et André les voient venir, ils sont en train de pêcher, ils n’interrompent même pas leur travail. Mais dès que Jésus leur dit : Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes, ils laissent là leur barque et leurs filets  et partent avec lui. Qu’est-ce qui a déclenché leur décision de suivre Jésus aussi soudainement ?

C’est difficile de décrire ce qui se passe dans le coeur de celui qui répond à un appel du Seigneur. On peut penser que Pierre et André avaient déjà entendu parler de Jésus, de son enseignement et de ses miracles. Cela a dû les toucher. Pour qu’ils aient répondu ainsi à l’appel du Seigneur, il faut qu’ils aient   été touchés au plus profond d’eux-mêmes auparavant, et quand Jésus les a appelés à le suivre, cet appel a déclenché leur décision.  Pour ceux qui sont appelés par le Seigneur, l’appel est ressenti comme quelque chose qui les atteint profondément, qui les comble, leur apportant paix et sérénité. Ils ont le sentiment qu’ils ne pourraient rien faire de mieux que de répondre à cet appel. Ils décident de répondre à cet appel parce qu’ils sont séduits. Il n’y a pas d’autre explication. Parce qu’une vocation à suivre le Christ c’est toujours une question d’amour. Amour de celui qui appelle, le Christ, pour celui qui est appelé,  et amour de celui qui est appelé pour le Christ qui l’a appelé. Mais pourquoi celui qui est appelé ressent-il de l’amour pour le Seigneur qui l’appelle ? Il est difficile sinon impossible  de donner les raisons pour lesquelles on aime quelqu’un. Pascal disait :(Attention, c’est un peu compliqué : attachez vos ceintures !!!) Les raisons me viennent après, mais d’abord la chose m’agrée ou me choque par cette raison que je ne découvre qu’après. Mais je crois non pas que cela choquait par ces raisons qu’on trouve après, mais qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque. (Pensée 276 classification Brunschwig) Autrement dit, quand j’aime quelqu’un ou quelque chose, j’aime sans savoir pourquoi, je ne sais pas expliquer pourquoi j’aime. Et quand je dis j’aime cette personne ou cette chose pour telle ou telle raison, ce n’est pas vrai, la vérité, c’est que je n’ai trouvé ces raisons que parce que d’abord je l’aimais. Pourquoi Pierre, André, Jacques et Jean sont-ils partis tout de suite, sans attendre, sans poser de questions ?  Parce qu’ils avaient été touchés au plus profond d’eux-mêmes, emportés comme par une force, un courant d’amour, ils  avaient  été séduits.

Mais pourquoi donc Jésus a-t-il appelé ces quatre pêcheurs sans grande instruction, alors qu’il y avait des prêtres, des lévites, des docteurs de la Loi, des scribes beaucoup plus instruits, qui étaient des spécialistes des affaires religieuses, connaissant infiniment mieux l’Ecriture et la tradition que des pêcheurs du lac ?  Jésus fournit lui-même la réponse à cette question quand il dit à ces quatre pêcheurs : »Venez à ma suite et JE VOUS FERAI pêcheurs d’hommes. » Ils ne sont pas qualifiés. Ils ne sont p as capables d’être des apôtres.  Pierre, leur chef, ne sait ni lire ni écrire. Le Seigneur sait tout cela. Mais  il apaise leurs doutes et leurs inquiétudes: Je vous rendrai capables, je vous ferai pêcheurs d’hommes.  Ceux qui sont  appelés au sacerdoce ou à la vie religieuse,  conscients de leur faiblesse et de leur incapacité sont toujours un peu effrayés. Ni dans l’Ancien Testament ni dans les  vingt siècles d’histoire de l’Eglise, on n’a jamais vu quelqu’un, appelé par le Seigneur, s’estimer digne ou capable de répondre à cet appel.  St Luc, qui nous donne plus de détails sur l’appel des premiers apôtres, nous rapporte que Pierre se jeta aux pieds de Jésus :« Seigneur éloigne toi de moi, je suis un pécheur ». (Luc5,8) Il y a 2.600 ans Jérémie appelé à la charge de prophète proteste de son incapacité :« Ah Seigneur Yahvé, vois, je ne sais pas porter la parole, je suis un enfant. Mais Yahvé répondit : ne dis pas je suis un enfant, mais va vers ceux à qui je t’enverrai et tout ce que je t’ordonnerai, dis le. N’aie aucune frayeur, car je suis avec toi pour te protéger. » (Jer.1,6,7) St Paul disait « C’est de Dieu que vient notre capacité » (2Cor.3,5) « Ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu ». (1Cor.15,10 )Le Christ n’a appelé aucun prêtre, scribe, docteur de la Loi,  personne qui ait étudié les Ecritures, il a choisi des hommes simples, sans instruction, se réservant de les former, ce qui faisait dire à St Paul : »Considérez qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les forts. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. »(1Cor.1,25-27) Et aujourd’hui encore, même si on fait étudier  la théologie, l’histoire de l’Eglise et les Ecritures aux futurs prêtres et religieux, ce qui les qualifie, ce ne sont pas leurs études ni leurs diplômes , mais avant toute autre chose, ce qui les qualifie c’est la qualité des grâces que le Seigneur leur accorde au long de leur vie de prière  et de leur intimité avec le Seigneur C’est pour cela que j’ai choisi pour mettre au verso des images-souvenirs de mon ordination ce passage de St Paul aux Ephésiens (3,20) : »A celui dont la puissance agissant en nous peut faite bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, à Lui la gloire pour les siècles des siècles. »

Que retenir de tout cela ? 

Quand le Seigneur appelle, la vocation est ressentie comme quelque chose qui vous touche au plus profond. On est séduit et on a le sentiment qu’on ne pourrait rien faire de mieux que de répondre à cet appel. L’évangile d’aujourd’hui nous parle de la vocation d’apôtre. Cela ne signifie pas que la vocation, c’est uniquement pour ceux qui sont envoyés annoncer la parole de Dieu. Le Seigneur ne laisse personne de côté et il appelle chacun de ses enfants, chaque jour, à une tâche précise, quelque part dans le monde. N’attendons pas que l’ange Gabriel nous apparaisse pour nous dire ce qu’il faut faire. Mais dans notre prière demandons « Seigneur que veux tu que je fasse,  qu’est-ce que tu attends de moi, là, tout de suite, cette semaine ? » Notre Père, disait St Paul auxEphésiens, fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions » (Eph.2,10)

Dimanche 15 janvier

2ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Jn 1,29-34

« Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

Deux vérités capitales dans l’évangile d’aujourd’hui : Jésus,  le vrai Messie est   l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde et Jésus le vrai Messie baptise dans l’Esprit Saint  nous introduisant ainsi  dans la vie divine. Mais »Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », qu’est-ce que cela veut dire exactement  ? Et qu’est-ce que révèle  l’insistance de Jean  répétant par deux fois que l’Esprit Saint demeure en Jésus ?

L’expression « Agneau de Dieu » évoque le repas pascal pris par les Juifs au moment de quitter l’Egypte où ils étaient  esclaves pour rejoindre la Terre promise et recouvrer leur liberté. Moïse avait ordonné à chaque famille, juste avant de se mettre en route, de faire rôtir un jeune agneau, de le consommer pour fêter la Pâque et d’asperger de son sang le linteau de leur porte afin que, voyant ce signe, Yahvé épargne leur maison lorsqu’il passerait pour exterminer les premiers nés des Egyptiens. Pour les Juifs, l’agneau pascal est donc symbole de la libération de leur peuple de l’esclavage en Egypte et le sang de l’agneau est  signe du salut qui les préserve  de l’extermination. Pour nous, appeler le Messie : Agneau de Dieu, c’est dire  qu’il nous libère   du péché et que son sang  nous sauve de la mort du péché. Comme l’agneau pascal est pour les Juifs symbole du passage de l’esclavage en Egypte  à la liberté en Terre Promise, le Messie Agneau de Dieu est pour nous symbole du passage de l’esclavage du péché à la liberté des fils dans le Royaume.

D’autre part, St Jean, évoquant le baptême de Jésus, souligne  qu’il a vu l’Esprit descendre sur Jésus et demeurer sur lui.  Qu’est-ce  que signifie cette descente de l’Esprit sur Jésus? Jésus étant Dieu, est-ce qu’il n’est pas déjà en communion avec le Père et l’Esprit ? Pourquoi faut-il encore que l’Esprit descende sur lui  ? C’est que, en se faisant homme, Jésus s’est séparé de ses pouvoirs divins   « Il ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu explique St Paul dans sa lettre aux Philippiens, il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Les théologiens appellent cela la kénose du Christ (du grec kenoô se vider). Autrement dit,  en devenant homme Jésus qui reste Fils de Dieu, en communion avec  le  Père et l’Esprit,  s’ est dépouillé  des  pouvoirs divins normalement rattachés à cette communion. Il faut donc  que ces pouvoirs lui soient rendus pour qu’il puisse  exercer son ministère de Messie.   l’Esprit Saint descendant sur lui le jour où il reçoit le baptême de Jean lui rend l’exercice de ses pouvoirs divins de communion avec le Père et  l’Esprit. Désormais, Jésus va pouvoir baptiser dans l’Esprit Saint et nous introduire dans la vie nouvelle. Et Jean Baptiste le souligne explicitement. Il ne dit pas seulement :« Moi j’ai vu et je témoigne que c’est Lui le Fils de Dieu » mais il précise explicitement :Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer,  CELUI-LA BAPTISE DANS L’ESPRIT SAINT.

En d’autres termes, Jean Baptiste  ne nous dit pas seulement  : le Messie  est là présent au milieu de nous, comme s’il était venu en touriste passer un moment parmi  nous,  ou comme s’il était venu seulement apporter un enseignement, Jean Baptiste nous dit : le Messie est venu pour nous plonger (baptizein veut dire plonger) dans l’Esprit Saint qui nous fait accéder à une vie nouvelle.  On  dit souvent: Le Christ est venu sur la terre pour nous apporter le pardon de nos péchés et nous réconcilier avec le Père, ce n’est pas faux, mais c’est incomplet  Encore faut-il  ajouter que

ce pardon et cette réconciliation nous sont donnés en vue de nous faire accéder à  la  vie nouvelle que  procure le baptême dans l’Esprit. Le Messie ne vient pas seulement régler les dettes du passé, il vient ouvrir un avenir nouveau, il vient nous plonger dans l’Esprit Saint qui nous fait accéder à la  vie divine : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés…je vous donnerai un coeur nouveau et un esprit nouveau, j’ôterai de vous le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez mes coutumes. (Ez.36,26,27 )

Jean Baptiste disait aux Juifs : Jésus, c’est le vrai Messie. Il nous dit aujourd’hui la même chose : Jésus est le vrai Dieu, il n’y en a pas d’autre. C’est lui la Voie, la Vérité, la Vie (Jean14,6 ), c’est lui qui donne  sens à notre vie. Nous le croyons.  Mais est-ce que nous arrivons à mettre notre vie en accord avec notre foi ? Est-ce que nous gardons toujours le souci de vérifier que notre volonté soit en accord avec celle du Seigneur ? Ce n’est pas facile parce que la société où nous vivons  cherche à s’affranchir toujours plus de toute sagesse, et bien sûr de toute transcendance et de tout Dieu extérieurs à elle-même Chacun se décrète infaillible et cherche à réaliser dans sa vie ce qui lui parait le mieux , selon son  propre jugement, en  rejetant  toute influence extérieure. On peut voir aujourd’hui un tas d’honnêtes gens, de braves gens, tout juste capables de faire leur signe de croix, qui  se croient capables de juger de tout dans l’Eglise  et qui, sans se rendre compte du ridicule de la situation,   se  croient naïvement  plus catholiques que le pape !!! Sans parler de ceux qui rejoignent des sectes…Le Christ pourrait redire aujourd’hui ce qu’il disait   il y a 2.000 ans « Ils m’ont abandonné moi la source  d’eau vive pour se creuser des citernes lézardées qui ne retiennent pas l’eau » (Jer. 2,13 ) « Le coeur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouchés les yeux pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur coeur et je les aurais guéris » (Mt.13,14,15)

L’Evangile d’aujourd’hui nous invite à vérifier nos manières de faire. Quand nous le prions, est-ce que nous le  prions vraiment pour que sa volonté soit faite ou est-ce que nous prions seulement  pour  que notre volonté à nous se réalise ? Il n’y a rien de mal à  prier Dieu pour qu’il nous aide à réaliser nos projets, pour qu’il vienne à notre secours dans nos difficultés, mais ce serait dommage de prier Dieu seulement pour qu’il s’abaisse à exaucer nos souhaits, en oubliant qu’il veut aussi nous hausser jusqu’ au niveau où ses souhaits à lui se réalisent. Qui sait le mieux ce qui est le mieux pour nous, lui ou nous ? Si nous croyons vraiment que c’est lui, si nous croyons vraiment que c’est lui la Voie, la Vérité, la Vie,  alors osons dire  aussi quand nous prions  : Que ta volonté soit faite.

Que retenir de tout cela ? 

Comme l’Agneau Pascal était  pour les Juifs symbole du passage de l’esclavage en Egypte à  la liberté en Terre Promise, le Messie Agneau de Dieu est pour nous symbole du passage de l’esclavage du péché à la liberté des Fils du Royaume.

L’Esprit Saint qui descend sur Jésus le jour de son baptême et y demeure rend au Christ les pouvoirs divins dont il s’était séparé en se faisant homme ce qui lui permet de nous baptiser  dans sa vie divine. Ayant reçu cette vie, ne nous contentons pas d’en profiter  égoïstement, mais ayons à coeur de nous en servir  pour mcontinuer son oeuvre afin que notre monde devienne toujours davantage un royaume de paix, de justice et de charité.

Dimanche 8 janvier

Épiphanie du Seigneur – Année A – Mt 2,1-12

« Nous sommes venus d’Orient adorer le roi. »

Epiphanie est un mot grec qui signifie manifestation. La fête de l’Epiphanie célèbre le jour où le Messie se manifeste à tous les peuples de la terre représentés par ceux qu’on appelle les rois mages.

Qui sont les Mages ? Ce ne sont pas des rois mais des astronomes originaires de Chaldée. Ils étaient aussi astrologues et devins, pratiquaient la médecine et interprétaient les rêves. En observant le ciel, ils ont remarqué une étoile nouvelle. Or à cette époque on croyait que l’apparition d’une nouvelle étoile annonçait la naissance d’un roi, d’un grand conquérant ou d’un prophète. Les Mages se sont donc mis en route, suivant la trajectoire de cette nouvelle étoile. Arrivés à Jérusalem ils demandent tranquillement aux autorités : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquent. Hérode craint que ce nouveau roi ne le détrône et les Juifs croyants, troublés, se demandent si cette étoile nouvelle n’annoncerait pas l’arrivée du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque alors les grands prêtres et les scribes pour leur demander où doit naître le Christ. S’appuyant sur des textes des prophètes Samuel et Michée, ils répondent que cela doit être à Bethléem. Hérode invite donc les Mages à se rendre là-bas en leur demandant de revenir le renseigner afin qu’il puisse lui aussi aller se prosterner devant ce roi.

St Mt. est le seul évangéliste à nous rapporter la visite des Mages. Il y tient parce que ce récit l’aide à évangéliser ses lecteurs, des Juifs qui envisagent de devenir chrétiens, mais qui hésitent encore parce qu’ils trouvent que le Christ prêche une religion nouvelle, en rupture avec le judaïsme et ensuite ils parce qu’ils pensent que le Messie ne doit s’adresser qu’aux Juifs qui, d’après eux, sont les seuls à constituer le peuple de Dieu Or le récit de la visite des Mages réduit à rien ces objections puisqu’il montre que la naissance de Jésus à Bethléem était annoncée par les prophètes, donc le christianisme n’est pas en rupture mais bien en continuité avec le judaïsme et comme c’est une lumière venue du ciel qui annonce la naissance du Sauveur aux nations étrangères, on ne peut pas prétendre que le Messie ne doit s’adresser qu’aux Juifs seulement.

Pour nous aujourd’hui, l’universalité du christianisme ne nous trouble pas. Au contraire. nous sommes fiers quand notre voisin à la messe est un étranger originaire du Brésil, du Vietnam ou d’un pays d’Afrique. Et nous sommes heureux de voir la diversité des liturgies qui expriment la même foi d’un bout du monde à l’autre. Mais dans cette histoire des Mages certains détails doivent retenir notre attention. D’abord le fait que ce sont des païens, des mages babyloniens qui ont vu l’étoile,et pas des croyants. Même les grands prêtres, les scribes et les docteurs de la Loi, malgré leur connaissance approfondie de l’Ecriture et de la Tradition n’ ont rien vu venir. Pour nous aujourd’hui, cela nous invite à ne jamais nous croire supérieurs à ceux qui ne partagent pas notre foi . Peut-être n’ont ils pas eu toutes les chances et toutes les grâces que nous avons eues. Tant mieux si nous avons été initiés à la foi dès notre plus jeune âge parce que nous vu le jour dans une famille et un milieu chrétiens, mais il n’y a là aucun mérite de notre part. Et de toutes façons A qui on a beaucoup donné, on redemandera davantage (Luc12,48 )

Sans compter que le Seigneur peut très bien éclairer ceux qui sont actuellement derrière nous et les faire passer devant . Rappelons nous ce qu’il a osé dire aux Grands Prêtres et aux Anciens : Les collecteurs d’impôts, regardés comme des voleurs, et les prostituées passeront avant vous dans le Royaume des cieux. (Mt.21,31) de toute façon lLe fait d’être chrétiens ne nous donne pas le droit de nous croire supérieurs aux autres, il nous donne seulement le devoir d’être, pour tous ceux qui n’ont pas encore découvert le Christ, l’étoile qui les guide vers la lumière.

Et puis un autre fait est remarquable dans cette histoire des Mages : Ils ont découvert l’étoile qui les a conduits à Dieu non pas dans la prière mais en faisant leur travail d’astronomes, en scrutant le ciel Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. C’est vrai que le travail nous coupe de Dieu, parce que trop souvent il n’est qu’un moyen de rechercher avidement des richesses et qu’il est le lieu de luttes sans merci : conflits sociaux entre groupes rivaux ou guerres entre nations, mais il est tout aussi vrai que le travail nous maintient aussi en communion avec Dieu. C’est le lieu où nous utilisons les talents, l’intelligence, le courage que le Seigneur nous a donnés, il nous permet de servir notre prochain, que nous soyons en train de préparer le repas de la famille, de construire une maison ou de fabriquer des médicaments. car ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens , c’est à moi que vous l’aurez fait nous dit le Seigneur Mt.25,40 ). Et puis, notre travail contribue à développer et à améliorer la création. Et ceci est tellement important que St Ignace, le fondateur des jésuites insistait beaucoup pour que les jeunes religieux en formation soient appris à trouver Dieu dans leur travail plutôt que dans de longues oraisons. Mais cela suppose qu’on ne se laisse pas abrutir dans le travail, ce qui est très difficile quand on est soumis à des rythmes de travail impossibles Cela suppose aussi qu’on ne se laisse pas noyer dans la multiplicité de ses occupations, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Nous qui sommes souvent des super-actifs, cela devrait nous faire réfléchir.

Que retenir de tout cela ? 

Aujourd’hui célébrant la manifestation de Dieu à tous les hommes de toutes les nations, réjouissons nous de ce qu’à travers le monde des millions d’hommes de toutes les couleurs et de toutes les cultures partagent notre foi. Tant mieux si nous sommes des croyants depuis notre petite enfance Remercions le Seigneur qui a mis sur notre chemin des parents, des éducateurs, des prêtres qui nous ont éclairés et amenés vers Lui. Mais n’oublions pas ceux qui, autour de nous, parfois dans notre propre famille, n’ont pas encore découvert le Christ. Serons nous, pour eux, l’étoile qui les guide vers la lumière ?

D’autre part, c’est dans leur travail d’astronomes que les Mages ont découvert l’étoile qui les a conduits jusqu’à Dieu. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. Mais encore faut-il ne pas nous laisser noyer ou abrutir par toutes ce que nous avons à faire. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Tâchons d’avoir, de temps en temps, nous aussi, comme les Mages, le nez en l’air . Ainsi soit-il !!!

Dimanche 1er janvier

Sainte Marie, mère de Dieu – Lc 2,16-21

« Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né. Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus.  »

Nous fêtons aujourd’hui Marie, mère de Dieu, qui nous a donné le Messie Sauveur. Mais, chose curieuse, les textes liturgiques de ce jour parlent étonnamment peu de Marie L’évangile est centré sur le personnage de l’enfant nouveau-né, il rapporte la réaction des bergers qui repartent en louant et en glorifiant Dieu pour ce qu’ils ont vu et entendu, mais il fait peu de place à Notre Dame dont il fait mention sans s’y attarder. Elle reste au second plan. Pourtant lorsqu’il y a une naissance dans une famille, on se réjouit avec les parents, on les félicite et c’est surtout la maman que l’on met à l’honneur. Comment se fait-il que le jour où on fête la maternité de Marie tout soit centré sur l’enfant nouveau-né ?

C’est que Notre Dame est tellement toute donnée à Dieu qu’elle est comme inséparable et inséparée de lui . Lorsqu’elle parle d’elle-même, elle se présente toujours comme étroitement en lien avec Dieu. Elle se définit comme étant « du Seigneur » « Je suis la servante du Seigneur »(Luc 1,38) dit elle à l’Annonciation. Exprimant sa joie dans le Magnificat elle ne dit pas : « je suis contente » mais je suis contente en Dieu. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur (Luc1,46,47). Toute donnée à Dieu, sa vie, c’est de faire ce qu’il attend d’elle. Sa présence est très discrète dans l’évangile qui nous rapporte très peu de paroles de la Vierge. Même son Magnificat est truffé de citations des psaumes et des prophètes. Elle est rarement au premier plan. Mais elle est toujours là, comme en filigrane, discrète mais efficace. A Cana elle est la première à se rendre compte de ce qui se passe et à réagir. Au calvaire, alors que presque tous les apôtres se sont enfuis, elle est là, ferme, au pied de la croix. Toute sa vie est pour le Seigneur et toutes ses paroles conduisent au Seigneur.

Aujourd’hui nous ne fêtons pas seulement Marie, parce qu’elle est la mère de Jésus, celle qui nous a donné Jésus, nous la fêtons également parce qu’elle est notre mère à nous depuis le jour où du haut de la croix Jésus l’a donnée comme mère à Jean et à travers lui à tous ses disciples. Elle est celle qui nous conduit à Jésus. Nous ne saurions trouver un meilleur guide. Etant sa mère, elle le connaît mieux que personne. Elle sait combien et comment il nous aime, son désir passionné de nous voir en communion avec lui. Mais elle sait également combien c’est difficile pour nous d’y parvenir. Avant nous, elle a expérimenté la distance qui demeure entre lui et nous et la difficulté de le comprendre. Lorsque, après trois jours d’angoisse, elle le retrouve au milieu des docteurs et comme elle lui reproche :« Mon enfant pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi nous te cherchons tout angoissés. » il leur répond :« Ne saviez vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? » EtSt Luc nous rapporte que Joseph et Marie « ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. » (Luc 2,48-50) Aujourd’hui nous qui avons si souvent des difficultés à discerner quelle peut être la volonté du Seigneur, c’est auprès de Notre Dame que nous pouvons trouver le meilleur appui.

Et son intervention à Cana nous montre combien elle a le souci de nous venir en aide dans nos difficultés. Voyant l’embarras des parents des mariés, avant même que quiconque lui demande quoi que ce soit, elle intervient auprès de son fils pour qu’il fasse quelque chose. Et même si Jésus n’a pas l’air décidé à intervenir parce que son heure n’est pas encore venue, alors même qu’elle ne sait pas ce qu’il va faire, mais sûre qu’il fera ce qu’il faut faire, elle dit aux serviteurs « Quoi qu’il vous dise, faites le » (Jean 2,1….) Aujourd’hui, voyant les difficultés dans lesquelles nous nous débattons, sûrement qu’elle intervient auprès de son fils pour qu’il nous vienne en aide. Raison de plus pour la prier avec confiance. Nous pouvons compter sur la puissance de son intercession.

Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui, elle a eu à les affronter avant nous. Elle a eu à subir les pressions d’un milieu hostile au Seigneur et à sa prédication. Sa famille elle-même disait : « il a perdu la tête » (Marc 3,2) et cherchait à la persuader d’intervenir auprès de Jésus pour qu’il arrête sa prédication. Aujourd’hui lorsque nous subissons les poussées de l’esprit antireligieux de notre société, lorsque nous entendons tant de voix critiques de l’Eglise et de son chef, c’est auprès de Marie que nous pouvons trouver le meilleur soutien et le meilleur modèle de fermeté. Elle ne s’est pas laissé détourner par le tapage qui l’entourait. Attentive à tout ce qui se passait, elle poursuivait sa route, discrète mais inébranlable, fidèle et sûre de son Seigneur.

En ce premier jour de la nouvelle année, confions nous à Marie, qu’elle nous conforte dans notre foi toujours trop courte pour comprendre l’amour infini de Dieu qui nous dépasse.

Demandons lui de veiller sur nous, de soutenir l’Eglise dans l’opposition voire le mépris et la haine qu’elle rencontre trop souvent.

Qu’elle nous garde dans une humilité confiante et une fermeté tranquille afin que sans nous laisser prendre par le clinquant des illusions à la mode, nous avancions chaque jour de cette année vers Celui qui seul est la Voie, la Vérité, la Vie.

Dimanche 25 décembre

Nativité du Seigneur – Année A – Mt 1,18-24

« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous.  »

Nous fêtons aujourd’hui la venue du Christ parmi nous. Pourquoi vient-il ? Pour nous apporter le pardon et la réconciliation avec le Père. Les hommes en effet avaient rejeté Dieu, ils s’étaient laissé avoir par le démon qui leur avait fait croire que s’ils laissaient tomber toutes ces histoires de religion, de commandements de Dieu, non, ils ne mourraient pas, au contraire, ils seraient comme des dieux, décidant par eux mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Evidemment, ça n’a pas marché. Car le péché, qui est une offense faite à Dieu, est aussi la source de tous nos malheurs.Comme il le dit à Jérémie : « Est-ce bien moi qu’ils blessent avec leurs péchés n’est-ce pas plutôt eux-mêmes, pour leur propre confusion ?« (7,29 ) Encore aujourd’hui nous voyons toutes les injustices, les souffrances, les ruines, les violences, les crimes, les massacres qu’entraîne le péché. Mais parce qu’il nous aime, le Seigneur n’a jamais envisagé de se venger ou de nous punir. »Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère car je suis Dieu et pas homme et je n’aime pas à détruire« confie-t-il à Osée (11,9 ) Mais pourquoi veut-il nous pardonner et nous réintégrer dans son intimité ? Cela ne lui rapporte rien, il n’a besoin de rien. C’est vrai, mais parce qu’il est Amour, c’est plus fort que lui, il ne peut pas rester tout seul à profiter de sa vie éternelle et de son bonheur infini. Il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. C’est ça Noël, le mystère de Dieu qui nous aime tant qu’il se fait homme pour que l’homme puisse partager sa vie et son bonheur éternels.

On peut quand même se demander pourquoi il a voulu se déplacer en personne et venir jusqu’à nous. Ce n’était pas nécessaire, il aurait pu envoyer un prophète à sa place ou nous annoncer son pardon du haut du ciel. De même qu’un jour une voix venue du ciel annoncera « Celui ci est mon fils bien aimé, écoutez le« (MT.3,17) la même voix aurait pu annoncer « Sachez qu’à partir d’aujourd’hui, moi, Dieu, je vous pardonne ». Mais Il n’a pas voulu pardonner avec des mots seulement, cela eût été en quelque sorte trop superficiel. Il ne veut pas d’un pardon qui serait comme une couche de peinture propre plaquée sur un mur sale, mais le mur reste sale en dessous. Il a voulu d’un pardon quinon seulement efface les péchés en surface, mais qui purifie le pécheur en profondeur, ainsi qu’il l’avait annoncé il y a plus de 2.600 ans au prophète Ezechiel : « Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, je mettrai en vous mon esprit et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et suiviez mes coutumes.« (36,26) C’est pour ça que le Christ a voulu se faire homme. En se faisant homme, il fait rentrer la divinité dans l’humanité. En Jésus, Dieu et l’homme sont un. Désormais « à tous ceux qui le reçoivent et qui croient en son nom est donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.« (Jean 1,12) Désormais peuvent devenir fils de Dieu, comme le Christ ceux qui le reçoivent. Car cette adoption divine n’est ni automatique ni obligatoire. En amour, on ne force pas. Il faut que nous fassions la démarche de demander à recevoir la vie de Dieu par le baptême.

Le drame c’est qu’Il est venu chez lui et que les siens ne l’ont pas reçu. Pourtant, Il a tout fait pour ne pas nous effrayer. Il n’est pas apparu au milieu du tonnerre et des éclairs, il n’est pas apparu dans le triomphe de sa gloire comme le jour où il s’est montré transfiguré à trois de ses apôtres. Il est arrivé dans une extrême discrétion. Dans une une grotte qui servait d’étable. Un nouveau né couché dans une mangeoire. La prochaine fois que vous verrez un petit bébé dans son berceau, regardez bien. Il a voulu apparaître comme ça. C’est certainement autour d’ un berceau qu’on peut le mieux saisir l’énormité de ce geste, l’énormité du mystère de Noël. Parce qu’enfin s’il voulait se faire homme, il aurait pu apparaître comme un personnage important, un notable, un grand prêtre faisant des déclarations solennelles quelque part dans le Temple de Jérusalem, mais pas dans une étable. Et s’il avait des choses à dire, un enseignement

à donner, il aurait tout de même pu attendre l’invention de l’imprimerie , du téléphone, d’internet et des ordinateurs. Le créateur du ciel et de la terre qui se fait petit enfant , petit bébé, venant au monde à une époque reculée, à l’écart d’un village perdu, dans une grotte qui servait d’étable… … Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles. Qu’est-ce que ça veut dire ? On ne peut pas descendre plus bas. Comme ça, il ne laisserait personne en dessous. Il ne joue pas au Dieu avec nous.

Tout ce mystère de Noël, la naissance virginale, le Tout Puissant qui se fait petit enfant, ce n’est pas étonnant que beaucoup n’y croient pas. Pour eux tout cela, c’est de l’ordre des légendes et des contes de fées. Cela leur paraît trop beau pour être vrai. Leur médiocrité trop épaisse ne laisse pas pénétrer une telle qualité d’amour et de délicatesse. Finalement, leur incrédulité rend témoignage à la grandeur et à la tendresse du Seigneur qui nous dépassent tellement que nous n’arrivons pas à admettre que ce soit possible.

Mais pour tous ceux qui croient en ce Dieu invraisemblable, Noël est une espérance folle. La naissance du Messie dans l’étable de Bethléem, c’est Dieu qui se met au niveau des plus bas, au niveau des plus pauvres et nous relève tous. Il ne laisse personne en dessous.Il s’abaisse jusqu’à notre humanité pour rehausser notre humanité jusqu’à sa divinité. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Cette expression de St Irénée est la plus juste qu’on ait jamais trouvé pour définir le mystère de Noël  » Il a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ écrivait St Paul aux Ephésiens, en vue des oeuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions.« (Eph.2,10) C’est cela la joie de Noël, beaucoup plus que l’attendrissement sentimental autour d’un petit poupon dans son berceau. La joie de Noël, c’est un nouvel élan, un renouveau pour les hommes désormais recréés de l’intérieur, relancés, renouvelés, désormais uns avec Dieu qui est en eux et « dont la puissance agissant en eux peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer.« (Eph.3,20) comme dit St Paul. Tous les espoirs sont permis. Avec Dieu en nous, il n’est rien que nous ne puissions faire .C’est pour cela que cette nuit là à Bethléem « une troupe céleste louait Dieu en disant « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.« 

Que retenir de tout cela ? 

Noël c’est beaucoup plus que l’histoire touchante du petit Jésus. C’est même beaucoup plus que le mystère de Dieu qui se fait homme. Comme l’a dit St Irénée, c’est le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Pour la première fois en Jésus un homme est à la fois Dieu et homme. Et tous ceux qui l’accueillent sont transformés en lui.

Il n’a pas joué au Dieu avec nous. On ne peut pas s’abaisser plus qu’il ne l’a fait. Il ne laisse personne en dessous. Il vient pour entrer en chacun de nous. Laissons le entrer. Si nous l’accueillons, alors forts de sa divinité qui habite en nous, nous pourrons tout en celui qui nous fortifie. et changer notre monde de violences en un monde de paix, de justice et de charité.

C’est cela la joie de Noël, la folle espérance de Noël. Le monde, encore plein d’injustices, de violences et de malheurs a besoin de nous, besoin de Lui, besoin de Lui en nous. Il n’est pas venu pour que tout continue comme avant mais pour que tout recommence mieux qu’avant. Ce soir, tout pourrait recommencer mieux qu’avant. Cela dépend de nous. Il y a 2.000 ans « il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu.« (Jean 1,11). Ce soir, tout pourrait changer. Cela dépend de nous. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je serai près de lui et lui près de moi.« (Apoc. 3,20 ) Alors qui oserait le laisser dehors ?

Dimanche 18 décembre

4e dimanche de l’Avent – Année A – Mt 1,18-24

« Jésus naîtra de Marie, accordée en mariage à Joseph, fils de David  »

Marie avait été accordée en mariage à Joseph. A cette époque, les jeunes époux étant souvent encore adolescents, un certain temps s’écoulait entre l’engagement matrimonial et le transfert de l’épouse sous le toit de son mari. C’est dans ce laps de temps que Marie se trouva enceinte. Malgré sa déception, Joseph ne manifesta ni reproches ni colère, il décida, pour ne pas faire de tort à Marie de la renvoyer secrètement, même si, selon la Loi, les répudiations devaient être publiques.

Mais voici que l’ange du Seigneur lui apparaît en songe et lui dit Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint… Tu lui donneras le nomde Jésus..(qui signifie Sauveur).car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Pour tout le monde aujourd’hui, sauf pour les psychiatres qui y voient une manifestation de la personnalité profonde, les songes sont des illusions qui ne correspondent à rien. Dans la Bible, c’est autre chose. Les songes sont un des moyens utilisés par Dieu pour faire connaître aux hommes ses desseins. Dans l’Ancien Testament, des patriarches comme Abraham, des rois comme David, des prophètes comme Daniel en ont bénéficié. Dans le Nouveau Testament, les Actes des Apôtres rapportent plusieurs visions nocturnes qui réconfortent et guident St Paul dans son apostolat.

Mais le songe de Joseph est très spécial. Cela vaut la peine d’y regarder de près. D’abord ce n’est pas un ange mais Dieu lui-même qui intervient, car dans la Bible, l’expression : »l’ange du Seigneur » employée dans l’évangile d’aujourd’hui, désigne Dieu dont, par respect et par crainte, on ne veut pas prononcer le nom. Ensuite l’objet de ce songe n’est pas de révéler tel ou tel dessein divin plus ou moins important, mais de révéler la venue imminente du Messie. D’autre part, il est demandé à Joseph de donner son nom à l’enfant. Or pour les Juifs, le nom ce n’est pas simplement une désignation conventionnelle, il exprime l’activité ou la destinée de celui qui le porte. L’enfant qui va naître, il faut qu’il s’ s’appelle Jésus, c’est -à dire Sauveur. Et pour les Juifs, celui qui donne nom à quelqu’un, a autorité sur lui. Joseph a donc un pouvoir et une autorité toute spéciale sur l’enfant. pour remplir la mission qui lui est confiée ! C’est lui qui doit faire entrer Jésus dans la société, dans une lignée, dans la descendance de David. C’est lui qui, avec Marie doit donner à l’enfant éducation et formation. Ce songe n’apporte donc pas une information insignifiante, il s’agit d’une véritable annonciation. D’ailleurs on qualifie souvent ce songe  » d’Annonciation à Joseph. »

Ce qui est frappant dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est la manière dont Joseph reçoit la parole qui lui est adressée.Il ne pose pas de questions, ne demande pas d’explications, il n’hésite pas une seconde, il croit tout de suite à la parole qu’il a entendue. Quand il se réveilla, il fit ce que l’Ange duSeigneur luiavait prescrit : il prit chez lui son épouse. Pour Joseph, il est bien entendu que le Seigneur veille sur chacun, qu’il n’est jamais loin, il est évident qu’il a des projets pour chacun. Joseph trouve donc normal qu’il intervienne dans sa vie pour lui confier une mission. Pour lui, il n’y a là rien d’extraordinaire. Ce qui le surprend peut-être un peu c’est que que le Tout Puissant lui confie, à lui, modeste charpentier de village, une mission aussi importante. C’est lui qui doit introduire le Messie dans le monde, dans une famille, assurer avec Marie son éducation et sa formation.

C’est vraiment une foi extraordinaire que celle de Joseph ! Lorsqu’un ange était venu annoncer à Zacharie que sa femme, bien qu’elle soit très âgée, mettrait au monde un enfant, il n’avait pas voulu le croire. Joseph lui, a cru des choses bien plus extraordinaires : que l’enfant qui allait naître était l’oeuvre de l’Esprit Saint et que lui, simple charpentier de village était appelé à être le père légal du Messie. Comment aurions nous réagi à sa place ? J’ai bien peur que souvent nous n’osons pas croire que le Seigneur s’intéresse à chacun de nous personnellement au point de lui confier une tâche, une mission. Du coup, nous ne cherchons plus à entendre la voix du Seigneur qui appelle. Si vous demandez à n’importe quel bon chrétien : Quand est-ce que le

Seigneur vous a parlé ou demandé quelque chose pour la dernière fois, il reste bouche bée. Nous ne croyons pas vraiment qu’il parle à des gens ordinaires comme nous. Pourtant dans l’évangile ce n’est pas des prêtres, des docteurs de la Loi ou des gens haut placés qu’il appelle, mais des gens ordinaires, des pêcheurs du lac, plutôt situés au bas de l’échelle sociale. On parle souvent de « problème des vocations. » C’est une erreur. vocations Il n’y a pas de problèmes de vocations. Le Seigneur appelle. Des vocations il y en a. Le vrai problème est au niveau de la réponse à la vocation. Comment cela se fait-il qu’on ne réponde pas ? Ce n’est pas qu’on refuse de répondre. C’est plutôt que très souvent on n’entend même pas l’appel, la voix du Seigneur. Que faire pour entendre la parole qui nous est adressée ?

Je dirai deux choses.D’abord, pour entendre les paroles que le Seigneur nous adresse, il convient de se mettre en attitude de recherche, d’écoute. Il nous a promis : Je me laisserai trouver par vous. Vous me trouverez pourm’avoir cherché de tout votre coeur. (Jer. 29,13,14) C’est dans Jérémie. Prions donc comme St François d’Assise :Seigneur, que veux-Tu que je fasse ?Fais moi connaître ta volonté Ensuite, comme le Seigneur nous parle en touchant notre coeur, soyons très attentifs à nos mouvements intérieurs. Il nous parle principalement de deux manières Quelquefois en nous faisant des reproches quand nous avons mal fait. On parlait autrefois de la voix de la conscience, en réalité c’est la voix du Seigneur qui intervient. A d’autres moments il nous parle ennous attirant à lui. Si en priant, en lisant l’évangile, en écoutant une homélie, en voyant quelque chose dans la rue, en causant avec quelqu’un, en regardant la télévision, en lisant le journal, quelque chose nous touche, nous rapproche de Dieu ou nous fait comprendre quelque chose sur Dieu, attention ! il est en train de nous dire quelque chose. C’est quand même invraisemblable : lorsqu’une tentation se présente qui nous fait pencher vers le mal, nous savons reconnaître tout de suite : « le démon est là, il essaye de m’avoir ». Mais quand quelque chose fait pencher notre coeur vers le bien, nous ne sommes pas fichus de reconnaître: « le Seigneur est là » ! On dirait que nous croyons mieux au diable que nous ne croyons en Dieu !!! A quelques jours de Noël, tâchons de réagir. Il ne faudrait pas que le Seigneur en arrivant soit obligé de dire à nouveau ce qu’il disait de ses compatriotes et que nous rapporte St.Mt. : Le coeur de ce peuple s’est endurci, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouchés les yeux pour ne pas voir de leurs yeux, entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur coeur.(Mt.13,14,15 )

Que retenir de tout cela ? 

Dans ce récit de l’Annonciation à Joseph, le plus frappant, c’est la foi de Joseph. Il n’a pas dit en se réveillant Tiens j’ai fait un drôle de rêve cette nuit ! Il a cru tout de suite que son rêve était une communication divine et quand il s’est réveillé, il a fait tout de suite ce que le Seigneur lui avait demandé. Exactement comme Notre Dame qui répond tout de suite à l’ange Je suis la servante du Seigneur, que tout s’accomplisse pour moi selon ta parole. Ces deux là étaient faits pour s’entendre !!!

En voyant comment dans l’Evangile le Seigneur appelle des petites gens, Joseph, un charpentier de village, Marie, une petite jeune fille de la campagne, les apôtres, des pêcheurs sans instruction, cessons de penser : le Seigneur ne peut pas s’intéresser à des gens ordinaires comme moi ! ! Non, le Seigneur ne laisse personne de côté. Il l’ a promis le jour de l’Ascension : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Tous les jours il est avec nous et nous parle. Comment cela ? Principalement de deux manières. Soit il nous fait des reprochesquand nous faisons mal; ce n’est pas la voix de la conscience qui se fait entendre, c’est sa voix à lui. Soit il nous parle en nous attirant à lui lorsque quelque chose nous touche cela peut être quand nous sommes en train de prier, d’écouter une homélie, de regarder la télé, de parler avec quelqu’un, de lire le journal. Et si pendant la journée, trop pris par ce que nous faisons, nous n’avons pas fait attention, nous n’étions pas en ligne tandis qu’il nous parlait, prenons un moment dans notre prière du soir pour passer en revue notre journée et relever les messages.

Dimanche 11 décembre

3e dimanche de l’Avent – dimanche de Gaudete – Année A – Mt 11,2-11

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?  »

Jean Baptiste ne doutait pas que Jésus soit le Messie. Lorsque ce dernier était venu recevoir le baptême, Jean Baptiste avait vu l’Esprit Saint descendre sur lui sous l’apparence d’une colombe et il avait entendu la voix venue du ciel proclamer Celui-ci est mon Fils bienaimé(Mt.3,17) Et puis l’ enseignement de Jésus et ses miracles l’impressionnaient profondément Mais ses disciples, eux, se posaient des questions.

C’est que Jésus était déconcertant.. C’était quelqu’un comme tout le monde. Mais justement Jean Baptiste, comme tous les croyants, pensait que le Messie ne pourrait être que quelqu’un de différent, d’imposant, quelque chose comme un grand-prêtre ou au moins comme un scribe versé dans les Ecritures… Or qui voit-il arriver ? Son cousin, charpentier à Nazareth. Jean Baptiste annonçait un Messie qui viendrait en juge sévère châtier les pécheurs, il prêchait avec violence et colère Engeance de vipères, repentez vous tandis que Jésus, lui, c’était plutôt Laissez venir à moi les petits enfants.(Luc,18,16) Et puis il y avait l’anticléricalisme véhément de Jésus, qui n’arrêtait pas de s’en prendre aux prêtres, scribes, docteurs de la loi,lévites et aux bien pensants :Pharisiens et saducéens. Alors, Jean Baptiste ne doutait pas, mais il était quand même perplexe à certains moments. Il est donc bien content d’envoyer ses disciples demander à Jésus de régler la question une fois pour toutes : Es-tu celui qui doit venir ou devons nous en attendre un autre ?

Face aux questions des disciples de Jean, Jésus les renvoie à leur propre jugement : regardez ce qui se passe et jugez par vous mêmes. Voyez les guérisons des aveugles, des boiteux, des sourds, la résurrection des morts et l’annonce de la bonne nouvelle aux pauvres. Or ces paroles de Jésus qui rapportent ce qu’il fait sont en même temps des citations d’Isaïe où le prophète décrit les oeuvres qu’accomplira le Messie lorsqu’il viendra.De sorte que dans sa réponse Jésus ne dit pas simplement « Oui, je suis celui que vous attendez », mais il laisse entendre en même temps « d’ailleurs, je suis bien tel que l’ont annoncé les prophètes ».

Aujourd’hui, nous aussi, comme les disciples de Jean Baptiste,nous avons des raisons de douter. Nous pouvons nous demander comme eux : est-ce que c’est bien lui le Messie Sauveur, ou faut-il en attendre un autre ? Après vingt siècles de christianisme, où en sommes-nous ? Scandales de moeurs dans l’Eglise…Dans la société, ce n’est pas mieux. Selon des enquêtes sérieuses, en France, plus de 80% des crimes de pédophilie seraient commis au sein des familles. D’un bout à l’autre du monde, partout des injustices, des guerres, des ruines, des inégalités scandaleuses et des persécutions ethniques ou religieuses plutôt en hausse. Certains osent s’inquiéter d’une possible pénurie de foie gras pour leur réveillon tandis que le Secours Catholique, le Secours Populaire et les banques alimentaires voient se multiplier le nombre de nécessiteux à leurs portes. On en vient à se demander à qui on va pouvoir encore souhaiter un joyeux Noël.

Mais si après vingt siècles de christianisme, on en est encore là, est-ce que c’est parce que le Sauveur n’est pas le sauveur et qu’il n’a rien sauvé du tout ou est-ce que c’est nous qui l’empêchons de faire son oeuvre de salut ? En réalité le Christ a réellement apporté un salut au monde. Par sa mort et sa résurrection, il a vaincu le mal, le péché et la mort. Mais c’est nous aujourd’hui qui bloquons le salut que le Christ veut continuer d’ apporter. Alors qu’il nous confie la tâche de poursuivre son oeuvre de salut en faisant régner partout où nous sommes la loi d’amour et de charité de l’évangile,bien souvent nous nous détournons de lui en allant chercher ailleurs salut et bonheur, dans la raison, le progrès, la science ou dans n’importe quelle idéologie douteuse, quand ce n’est pas dans l’alcool, la drogue ou la violence. Pourtant, les faits le montrent : toutes les tentatives de remplacer l’idéal chrétien par autre chose ont

toujours amené de cruelles désillusions. Les philosophes des Lumières et leurs disciples se sont efforcés de détruire la religion chrétienne persuadés qu’une fois affranchis de ce qu’ils estimaient, eux, n’être que des fables et des légendes, les hommes suivraient la raison et adopteraient alors unanimement une morale et un art de vivre supérieurs. C’est l’inverse qui s’est produit. L’humanité a régressé, s’enfonçant dans la cruauté et la sauvagerie. Pensez aux millions de victimes des dernières guerres mondiales et des camps de la mort en URSS, en Chine, au Cambodge, dont on n’est pas sûr qu’ils aient définitivement disparus.Et comme le fait remarquer un historien, les pires régimes de l’histoire moderne ont été ceux qui ont le plus clairement renié la vision chrétienne de la réalité et cherché à la remplacer par autre chose. (Hart « Atheist Delusions »p.107) Il y a 2.700 ans le Seigneur déplorait déjà par la bouche de Jérémie : Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive pour des citernes lézardées qui ne retiennent pas l’eau. (Jer. 2,13 ) On est tenté de dire que les choses n’ont pas changé.

Mais ce serait malhonnête. La réalité nous oblige à reconnaître que le christianisme a fait bouger les choses dans le monde, aussi bien au sommet, au niveau des grandes instances internationales qu’à la base, dans la vie quotidienne d’un chacun. La législation des droits de l’homme au niveau international, le droit du travail, les régimes d’aide sociale mis en place par les gouvernements, les innombrables associations d’entraide officielles ou privées, religieuses ou laïques en faveur des personnes ou des pays les plus défavorisés, des migrants, des réfugiés, sont incontestablement des conquêtes de l’esprit chrétien. On n’admet plus aujourd’hui d’abuser des enfants, de laisser sans soins des malades, d’abandonner à leur solitude des personnes isolées. C’est un fait . Mais c’est un fait aussi que dans la réalité, au quotidien, nous sommes très loin, malheureusement, de mettre en pratique les idéaux que nous professons, et notre monde n’est pas encore le Royaume de paix, de justice et de charité que le Seigneur nous demande de construire.

Alors ? Je ne vais pas sauver le monde à moi tout seul. Ce n’est pas moi qui puis guérir les aveugles, les sourds et les boiteux du monde entier, mais je peux m’attaquer à ce qui est aveugle sourd paralysé et boiteux en moi et autour de moi, et peut-être arriverai-je même à le guérir parce que le Seigneur vient, qui veut apporter du salut dans le monde à travers moi , lui« dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer« comme dit St Paul aux Ephesiens (3,20 ) C’est pourquoi il est urgent que nous nous efforcions de mieux accueillir le Seigneur dans nos coeurs et dans nos vies, de façon à pouvoir apporter un peu plus de paix, de justice et de charité à notre monde.

Que retenir de tout cela ? 

Devant tout ce qui va mal dans le monde, nous pouvons être tentés de questionner comme les disciples de Jean : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? d’autant plus que notre manque de lucidité nous empêche de reconnaître ce que le Christ et son évangile ont déjà apporté au monde. Mais si, après vingt siècles de christianisme le monde est encore dans le triste état que nous constatons, c’est bien parce que le Christ est venu chez les siens et que les siens ne l’ont pas reçu. Aujourd’hui, il continue de venir. Allons nous continuer à ne pas le recevoir ? Le voici qui vient et nous appelle à continuer son oeuvre de salut. Au lieu de perdre notre temps à pleurer hypocritement des larmes de crocodile sur les malheurs du temps, ouvrons tout grand notre coeur pour accueillir celui dont la puissance agissant en nous peut nous rendre capable de déboucher ce qui est sourd et aveugle en nous et autour de nous, et de décoincer ce qui en nous et autour de nous est paralysé ou boiteux. Alors Noël 2022 sera le bon et joyeux Noël que tous, nous espérons.