homélie

Dimanche 25 septembre 2022

26° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 16,19-31

« Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance »

La parabole de Lazare et du mauvais riche prolonge l’enseignement du Christ sur l’argent que nous avons entendu dans l’évangile de dimanche dernier. et qu’on pourrait résumer ainsi : se servir de l’argent, oui, servir l’ argent non. Servir l’argent, c’est à dire le mettre au dessus de tout, le rechercher avant tout et par tous les moyens. Ce serait faire de l’argent le Dieu qui commande nos vies et du même coup éliminer le vrai Dieu, ça, non. Et le Christ est formel : Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent. (Luc 16,13) Par contre, se servir de l’argent, oui. D’ailleurs on n’a pas le choix. Il est absolument nécessaire pour se procurer ce dont on a besoin. De plus, la richesse est un don de Dieu qui comble de biens ceux qu’il aime. Abraham, Isaac, Jacob, David étaient des riches.Yahvé conduit son peuple vers un pays où on ne manquera de rien, nous dit le Deutéronome (8,9) Et puis la richesse est aussi le fruit des talents : courage, esprit d’initiative, que Dieu donne, ainsi que le produit de nos efforts et de notre travail.

Malheureusement la richesse est un bien qui a souvent des effets secondaires désastreux… L’abondance comme la graisse, bouche le coeur dit le ps (16) et renferme les riches sur eux. Comme avec leur argent ils peuvent acheter tout ce qu’ils désirent, les riches sont tentés de se croire parfaitement autonomes et libres de toute contrainte. Persuadés qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, sans tenir compte de rien ni de personne, ils excluent Dieu de leur vie« Rassasiés, leur coeur s’enfla, c’est pourquoi ils m’ont oublié » déplore le Seigneur dans Osée (13,6 ). Ils ignorent les autres, aveugles et indifférents à la misère qui parfois s’étale à leur porte. Déjà le Deutéronome nous mettait en garde : Garde toi d’oublier ton Dieu, quand tu auras mangé et te seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et y habiteras, quand tu auras vu abonder ton argent et ton or, s’accroître tous tes biens……Garde toi de dire en ton coeur : c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’ont procuré ce pouvoir. Souviens toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné cette force, qui t’a procuré ce pouvoir. (Deut.8,13,17,18)

Si c’est Dieu qui nous permet de nous procurer l’aisance et la richesse, si la richesse est un don de Dieu, alors, nous ne pouvons pas l’utiliser n’importe comment, en faire n’importe quoi. Quand elle n’est pas reçue comme un don de Dieu, rapidement elle va devenir dangereuse. On le voit tous les jours dans notre monde où la recherche sauvage du profit à travers le souci effréné de la productivité et de la rentabilité amène toutes sortes de catastrophes : la nature est menacée par la déforestation et l’épuisement des sols qui entraînent des bouleversements climatiques redoutables. L’économie mondiale va de crise en crise, secouée par la surproduction ici et la disette ailleurs, ainsi que par tous les conflits sociaux, les grèves et les guerres entre nations. La vie des familles est compromise sinon détruite par les horaires de travail impossibles. Les rythmes de travail déments ruinent l’équilibre psychologique personnel de tous, avec l’apparition de nouvelles calamités comme les « burn out » qui frappent tout le monde, sans distinction, depuis les grands patrons jusqu’aux manoeuvres sans spécialité. St Paul disait déjà : L’amour de l’argent est la racine de tous les maux (1Ti.6,10).Mais l’évangile va plus loin encore en nous montrant que le mauvais usage de l’argent ne cause pas seulement des catastrophes en cette vie mais aussi par delà la mort : le mauvais riche se retrouve en enfer.

On peut être choqué de voir le mauvais riche plongé dans les souffrances de l’enfer et même trouver cela incompréhensible. Comment Dieu qui nous aime peut-il jeter quelqu’un en enfer ? En fait Dieu ne jette personne en enfer, c’est nous qui y allons de nous-mêmes. Tant que nous sommes sur cette terre, le Seigneur nous enseigne la voie du salut à travers nos parents, nos éducateurs qui nous transmettent l’évangile. Mais comme il est amour, il ne nous force pas. Il nous laisse la liberté de choisir, comme il le dit dans le Deutéronome : Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, bénédiction ou malédiction… mort ou malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu, que tu aimes Dieu, que tu marches selon ses voies, tu vivras…mais si ton coeur se dévoie, tu mourras certainement. Choisis donc la vie pour que toi et ta descendance vous viviez. (Deut.30,15.) Le mauvais riche de la parabole a fait le mauvais choix. Cependant, il n’est pas complètement mauvais. Il pense à ses cinq frères et demande à Abraham d’envoyer Lazare les mettre en garde afin qu’ils ne soient pas damnés, eux aussi. Mais il lui est répondu : Ils ont Moïse et les prophètes qu’ils les écoutent. S’ils n’écoutent pas les prophètes, même siquelqu’unressuscitant des morts leur apparaissait, ils ne seraient pas convaincus. Comme nous comprenons cette demande du mauvais riche à Abraham ! Nous aussi nous aimerions que des prodiges se manifestent de temps en temps pour rappeler les négligents à leurs devoirs. Au milieu d’un fracas de tonnerre, une grosse voix venant du ciel, le dimanche matin : Allez, tous à la messe ! Et tous ceux qui sont en train de promener leur chien, de faire leurs courses ou leur jogging au lieu d’aller à la messe se précipiteraient dans les églises!!! Le Seigneur n’utilise pas ces méthodes là. Il met en nous son Esprit pour nous guider. A nous d’écouter en nous pour repérer les suggestions de l’Esprit. et la parole qu’il nous adresse. Faites attention à la manière dont vous écoutez dit le Christ dans l’évangile(Luc 16,8 ). D’accord, mais comment faire ?

Peut-être tout simplement en étant attentif tout le long de la journée pour repérer ce qui nous rapproche de Dieu, ce qui nous touche, qui nous fait mieux comprendre la bonté de Dieu, sa miséricorde, son amour. Cela peut se trouver dans une homélie, dans une conversation entendue dans la rue ou en regardant la télé ou tout simplement dans une réflexion qui nous a traversé l’esprit. Car parmi toutes les pensées qui nous passent par la tête, certaines viennent de nous, certaines du démon, mais d’autres viennent de Dieu. Celles qui viennent du démon ce sont des tentations, généralement nous les identifions facilement. Mais il y a aussi des pensées qui nous font comprendre des choses sur Dieu, ou qui nous poussent à faire le bien. Celles là viennent de Dieu mais nous ne savons pas bien les reconnaître. Le plus souvent parce que nous n’arrivons pas à croire que Dieu parle à des gens ordinaires comme nous. Qu’il parle au pape, aux archevêques, ou à quelques prêtres, c’est peut-être possible, mais qu’il parle à des gens ordinaires comme nous, cela nous parait impensable. Pourtant il nous a bien précisé:Cette Loi que je te prescris aujourd’hui, n’est pas au-delà de tes moyens, ni hors de ton atteinte qu’il te faille dire : qui montera pour nous aux cieux pour nous la chercher que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire : qui ira pour nous au-delà des mers pour nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? Car la Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur pour que tu le mettes en pratique. (Deut.30,11-14) Soyons donc attentifs aux mouvements intérieurs de notre esprit et de notre coeur.

Que retenir de tout cela ? 

La richesse, l’argent, ce sont des biens qui viennent de Dieu. Il comble de biens ceux qu’il aime. Abraham était riche, Isaac et Jacob immensément riches nous dit l’Ecriture, (Gen.13,2 .26,12 30,43) Mais il ne nous donne pas ces biens pour en faire n’importe quoi et nous en servir n’importe comment. St Paul disait aux Corinthiens Dieu peut vous combler de toutes sortes de biens, pour que disposant toujours et en tout du nécessaire, vous ayez encore du superflu POUR TOUTE OEUVRE BONNE (2Cor.9,8).Le Seigneur nous laisse libres. L’Esprit Saint qui est en nous depuis notre baptême et notre confirmation nous guide chaque jour La parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur pour que tu la mettes en pratiqueSi nous l’écoutons, alors nous faisons les bons choix et nous avançons jour après jour en direction du royaume. Si par volonté mauvaise ou simplement par inattention ou maladresse, nous n’entendons pas sa voix, nous faisons les mauvais choix, alors nous avançons chaque jour vers notre perte et l’enfer. Il est donc absolument nécessaire d’être très attentifs aux mouvements intérieurs de notre esprit et de notre coeur, tout au long de nos journées pour entendre cette parole envoyée pour nous guider. Et si nous n’étions pas en ligne au moment où l’Esprit nous parlait pendant la journée, alors, le soir, prenons un moment dans notre prière, pour relever les messages.

Dimanche 18 septembre 2022

25° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 16,10-13

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Le gérant malhonnête de cette parabole apprenant qu’il va être renvoyé, ne reste pas inerte, écrasé par cette mauvaise nouvelle, il se démène pour assurer son avenir. Il convoque les acheteurs qui doivent de l’argent son maître et leur accorde d’importantes remises en truquant les factures. C’est du vol. Mais il espère que ces acheteurs, reconnaissants, l’aideront à se trouver une nouvelle situation, quand il se retrouvera à la rue. Le Christ ne veut pas ici nous donner en modèle un filou et à aucun moment il ne loue sa malhonnêteté, mais il le propose en exemple pour sa débrouillardise.

Par ailleurs, le Seigneur regrette d’avoir à le constater, ceux qui ne connaissent que l’argent et le monde présent sont plus habiles que ceux qui , voyant au-delà du monde présent, marchent vers Dieu dans la lumière. Aujourd’hui, dans cette homélie, je ne parlerai pas de l’enseignement de Jésus sur l’argent mais je commenterai sa position vis à vis des fils de lumière. Qu’est-ce que Jésus reproche aux fils de lumière qu’il a sous les yeux ? Il leur reproche, me semble-t-il, un certain immobilisme. Accrochés à leurs habitudes, ils ne veulent surtout pas être bousculés. Pour les Pharisiens,les prêtres,les lévites, les docteurs de la Loi, leur manière de pratiquer la religion leur vaut du prestige et de l’autorité sur les autres, ils n’ont pas envie que ça change. Sous prétexte de préserver l’orthodoxie, ils s’opposent à toute innovation et accusent le Christ de détruire la Loi et d’être un impie qui prêche une nouvelle religion.

Il me semble qu’aujourd’hui le Christ pourrait faire le même constat : les fils de ce monde sont plus habiles que les fils de la lumière. Dans notre société, tout change constamment dans tous les domaines, et à un rythme toujours plus rapide . L’Eglise aussi change, mais beaucoup plus lentement. Handicapée par l’inertie et la lourdeur ambiantes, elle a du mal à réagir face aux situations nouvelles. Certes, des avancées spectaculaires ont été réalisées. Si le nombre des fidèles au culte du dimanche a considérablement diminué, la qualité de leur participation à la messe s’est tout aussi considérablement améliorée. Partout. Le concile Vatican II a donné un nouveau visage et une nouvelle vie à l’Eglise. Il serait trop long d’entrer dans les détails. Je mentionnerai seulement la place toujours plus grande accordée aux laïcs, y compris dans la prise de décisions, leur participation dans la préparation aux baptême, aux premières communions, aux mariages, à la célébration des funérailles, l’institution des diacres permanents, l’action des comités paroissiaux et bien sûr la réforme liturgique dans son ensemble. Mais on ne peut pas dire qu’il y ait dans l’Eglise le même élan, la même fièvre pour le mouvement en avant et le progrès, que dans le reste de la société. Comme du temps du Christ le souci de préserver l’orthodoxie freine les initiatives et l’enthousiasme qui pourraient se manifester ici ou là. . C’est vrai que que sous prétexte de progrès, il ne faudrait pas se lancer dans n’importe quoi. Les déviations que l’on voit dans les sectes nous rappellent à la prudence. Mais il ne faudrait pas non plus que, par peur de tomber, on renonce à aller de l’avant. On a trop souvent l’impression d’avancer à reculons le dos tourné à l’avenir, les yeux fixés sur ce qui se faisait il y a cinquante ans, que l’on considère comme étant la seule tradition valable, qu’il faut respecter scrupuleusement sous peine de péché mortel !

La tradition de l’Eglise, c’est plus et autre chose que ce qu’on faisait il y a cinquante ans. La tradition de l’Eglise, c’est aussi, avant qu’il y ait des prêtres, l’Eucharistie célébrée et présidée par un laïc, un ancien, le presbuteros. Tout baptisé est membre du Christ prêtre, prophète et roi, dit explicitement le texte de la liturgie du baptême. Tout baptisé participe du sacerdoce du Christ. J’ai entendu un jour un curé de paroisse, un très bon curé d’ailleurs, s’indigner avec véhémence « Un laïc faire l’homélie, jamais ! cela revient au prêtre ». C’est faux. En pays de mission, partout, en brousse, des catéchistes laïcs président la prière dominicale de l’assemblée et font l’homélie. Pendant les vingt années où j’étais curé de brousse, six ans dans un district de 18 clochers, quatorze ans dans un district de 32 clochers c’était toujours un laïc catéchiste, homme ou femme, qui présidait la prière dominicale de l’assemblée et faisait l’homélie. Quelques uns avaient étudié un an dans une école de catéchistes, mais pour la plupart c’était moi, curé du secteur, qui assurais leur formation au cours de réunions mensuelles qui étaient un mélange d’enseignement théologique et de récollection spirituelle. Et ces réunions avaient la priorité absolue parmi toutes mes tâches. C’est ainsi que l’Eglise fonctionne dans tous les pays de mission. Et toutes les église sont ouvertes dans tous les villages, tous les dimanches.

Comme tous les missionnaires rentrés en France, je suis choqué de voir que, alors que, en raison du petit nombre de prêtres, notre pays se trouve dans la même situation que celle des pays de mission, on ne se pense pas davantage à s’inspirer de ce qui se fait là-bas. En Europe, on s’efforce de gérer au mieux la fermeture des églises, alors qu’il y a partout des laïcs qui seraient capables d’être des animateurs spirituels de leur clocher. On n’ose pas faire du nouveau. Héroïquement on essaie de faire, dans tout un secteur, avec trois ou quatre prêtres, le plus souvent âgés, ce qui auparavant mobilisait à plein temps vingt prêtres ou plus. On reste figé, scotché sur les structures de l’Eglise d’il y a cinquante ou soixante-dix ans. On n’ose pas inventer pour répondre à la situation et aux besoins d’aujourd’hui. Notre pape François répète continuellement que l’Eglise ce n’est pas une structure qui fonctionne seulement avec l’Esprit Saint descendant du Vatican, des évêques et des prêtres mais qu’elle est animée aussi par l’Esprit Saint montant du peuple de Dieu qu’il anime. Sans cesse notre pape répète qu’il faut être à l’écoute des besoins et des aspirations de la base. C’est pour cela qu’on lance des consultations synodales partout. (sun odos : faire route ensemble) Osons regarder en face le Christ dans l’évangile. Et tant pis ou tant mieux s’il dérange notre timidité et nos craintes, nos lenteurs et nos lourdeurs : le Christ est toujours en mouvement. Passons sur l’autre rive (Mt.8,18) Les gens veulent le retenir, lui refuse Allons ailleurs dans les bourgs voisins pour que j’y prêche aussi l’évangile. (Marc 4,35) Il s’oppose vigoureusement aux prêtres et aux pharisiens qui sont figés sur leur interprétation de la Loi et de l’Ecriture. Dans le sermon sur la montagne, qui est quelque chose comme son discours inaugural, à six reprises, il répète Vous avez appris qu’il a été dit… et moi je vous dis (Mt.5) Notre vie chrétienne, c’est quelque chose qui évolue tout le temps. De même qu’on ne met plus le beau petit pantalon ou la belle petite robe du jour de sa première communion, aujourd’hui on met un pantalon ou une robe à sa taille, de même aujourd’hui à vingt ans, à cinquante ans ou à quatre vingt ans on ne peut plus prier de la même manière qu’à dix ans, on prie avec sa mentalité, son expérience,sa personnalité de 20,50 ou 80 ans.

Que retenir de tout cela ? 

Il faut nous remuer. Le Seigneur constate que ceux qui ne pensent qu’à l’argent sont actifs, industrieux, ils se démènent avec habileté et intelligence et il voudrait voir les fils de la lumière imiter leur dynamisme et leur habileté. Ne jamais pas avoir peur de s’engager dans du neuf, mais être prêt aussi à revenir en arrière et à reconnaître humblement qu’on s’est trompé, s’il le faut. Le Christ nous invite à ne pas rester figés dans nos pratiques et nos habitudes, même bonnes. Il s’agit de chercher toujours à faire mieux, de façon à toujours mieux comprendre qui est le Christ, à l’aimer toujours plus et à le suivre de toujours plus près, avec le souci d’entraîner tous les braves gens qui nous entourent et qui ne le connaissent pas. ( Si vous consultez le site chti jesuites.com, vous trouverez à la suite de cette homélie un texte sur l’Eglise plein d’humour dont je vous recommande la lecture)

L’EGLISE EPOUSE DE DIEU

L’épouse de Dieu, comme une brave femme un peu popote, est exposée à la tentation de vouloir s’installer. Elle fait son trou, pour s’y nicher, elle, ses enfants et ses casseroles. Et, mine de rien, elle décide de réformer son mari, de le domestiquer, de le retenir là où elle veut s’établir. Fixer Dieu à ce qui a a été, c’est l’essence de la religion et la religion, c’est l’origine de la dégradation des relations entre Dieu et l’Eglise. On ne peut pas attacher Dieu à ce qui a été. Il est libre, il est missionnaire,pionnier, explorateur. C’est quelqu’un qui franchit les frontières, le créateur de ce qui n’a jamais existé auparavant. Il ébranle tout statu quo. Il arrache les jours passés du calendrier du monde, si bien que chaque époque est une époque nouvelle, et chaque aujourd’hui une aventure nouvelle, vers un avenir que personne n’a jamais exploré. Dieu, c’est un époux très turbulent. Il est toujours en mouvement. Il est toujours à appeler sa femme pour qu’elle l’accompagne et le suive dans chaque situation nouvelle. Mais l’Eglise sait, au fond de son coeur, que c’est dangereux de quitter ses positions bien établies, à la sécurité assurée, pour suivre le Seigneur. On peut y laisser sa peau à aller là où il veut aller, à faire ce qu’il veut faire.

Où veut-il aller ? Que veut-il faire ? Certains, bigots, font comme si tout ce qu’il voulait, c’était aller à l’église. Bien sûr qu’il y va, à l’église. Juste ce qu’il faut pour causer un peu avec sa femme, lui accorder l’attention, la compréhension profonde, intime, d’un bon mari qui aime sa femme. Et puis, toujours trop tôt pour elle, le voilà qui déclare : Allez, tu viens, on s’en va, on a du travail. Et il s’en va si vite et dans une direction tellement inattendue que les trois quarts du temps, la pauvre fille reste là, bouche bée, à essayer d’empêcher ses jupes de s’envoler dans le courant d’air créé par les allées et venues du Seigneur. Dans les milieux généralement bien informés, on appelle ce courant d’air, « le souffle de l’Esprit Saint. »

Voilà. A nous de choisir. Notre choix sera peut-être celui de la femme de Lot :tourner le dos à l’avenir, statues de sel pétrifiées, figées, qui par là même paralysent tout. Ou au contraire, plaise à Dieu qu’il en soit ainsi, notre choix sera le choix de l’épouse de Dieu : nous nous laisserons entraîner de l’avant, sans crainte, prêts à laisser tomber tous les appuis, tous les systèmes, jusqu’à nous perdre nous-mêmes, pour devenir ce que le Christ nous invite à être :

LE SEL QUI DONNE SA SAVEUR A LA VIE DU MONDE.

(D’après Stuart Coles, cité par Pauline Webb, vice-présidente du Congrès Mondial Méthodiste de 1965)

Dimanche 11 septembre 2022

24° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 15,1-10

« Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pêcheur qui se convertit. »

Miséricorde.  La liturgie aujourd’hui ne nous parle que de miséricorde. Dans la première lecture, miséricorde du Seigneur, renonçant, à châtier Israël qui l’a renié pour se prosterner devant le veau d’or. Dans l’épître, miséricorde du Seigneur  estimant encore St Paul digne  de  confiance, bien qu’il ait été autrefois blasphémateur, persécuteur, ennemi des croyants. Miséricorde enfin du père qui accorde son pardon à son fils   prodigue dans l’évangile.

Les scribes et les pharisiens n’aimaient pas entendre Jésus parler de miséricorde. Eux qui se croyaient justes et irréprochables voudraient que le Messie soit un justicier implacable qui condamne les pécheurs. Ils sont choqués de  voir Jésus fréquenter les pécheurs et leur faire bon accueil. Ils n’aiment pas l’entendre  enseigner que Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui. (Jean 3,17) Dans  les trois paraboles de l’évangile d’aujourd’hui, surtout celle de l’enfant prodigue, Jésus essaye, une fois encore, de faire comprendre que le Messie n’est pas venu pour condamner, mais pour sauver ce qui était perdu, et en  même temps il nous donne un enseignement précieux   sur le pardon principalement,mais aussi sur 1°) la tentation, 2°) le péché, 3°) etle repentir qui débouche dans  la conversion.

 1°) La parabole de l’enfant prodigue nous montre comment, dans la tentation, le démon nous trompe. Il dissimule le mal  qu’il présente comme quelque chose de bien et de bon, d’agréable et de profitable. Il  propose au fils prodigue de s’en aller faire la fête avec de joyeux compagnons.  » Ton héritage, c’est à toi, tu ne voles rien à personne, tu es jeune, tu as bien le droit de faire la fête. »Apparemment, c’est là une perspective agréable,  rien de mal dans tout cela. Par contre il lui cache la souffrance qu’il va causer à son père et à toute la famille en les quittant  et en leur laissant toute la charge de l’entretien de la propriété. Il lui cache également les conséquences néfastes pour lui de sa  conduite, comment il va se retrouver dans la misère, quand il aura dilapidé son héritage.

2°)   La parabole du fils prodigue nous montre aussi comment le péché,  en plus d’être une offense à Dieu et de causer souvent des dommages au prochain, se révèle toujours catastrophique pour le pécheur. Le Seigneur nous l’enseigne déjà dans Jérémie :Avec le péché, Est-ce bien moi qu’ils blessent , n’est-ce pas plutôt eux-mêmes pour leur propre confusion ? (7,19). Le fils prodigue se retrouve dans l’extrême misère, après avoir  dépensé tout son argent, le voilà obligé de garder des cochons, le pire qui puisse arriver à un Juif pour qui les cochons sont des animaux impurs.

3°) Cette parabole nous montre encore le cheminement du repentir, comment on en vient  à s’engager dans cette voie.  D’abord on reprend pied dans  la réalité et  on abandonne les illusions de la tentation. L’enfant prodigue rentra en lui-même nous dit le texte de l’évangile, comme si, sous l’effet de la tentation, il était hors de lui.  On pourrait dire il revint à lui, cela exprime mieux comment,  sous l’emprise  de la tentation, on n’est plus soi-même, on est hors  de soi, on n’a plus la pleine conscience de ce qu’on fait,  exactement comme  sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue on n’ a plus la pleine conscience de ce qu’on fait.Dire il revint à lui  exprimemieux ausi comment le repentir nous ramène  dans le réel. En revenant à lui, le fils prodigue réalise : j’étais dans l’illusion, j’ai cru que ce serait mieux pour moi d’aller faire la fête avec mes amis. Maintenant je vois que j’ai mal fait. J’ai offensé mon père  en l’ abandonnant alors qu’il ne m’avait fait que du bien depuis mon premier jour. J’ai laissé les miens avoir toute la charge de l’entretien de la propriété. J’ai bêtement dépensé tout ce que j’avais. Maintenant je suis dans la misère. En définitive,  je n’ai récolté que du malheur.

Maintenant qu’il réalise avec sa lucidité retrouvée où il en est :  dans une misère extrême,  réduit à garder les cochons,  il avance plus loin dans la voie du repentir. Il se met  à regretter amèrement ce qu’il a fait et décide d’aller demander pardon à son père je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais  il ne se contente pas  de regretter le mal fait dans le passé , il prend la décision de s’engager à l’avenir dans une manière de vivre nouvelle : Traite moi comme un de tes ouvriers. Son repentir qui, jusque là, avec le regret restait  stérile et tourné vers le passé, se transforme en conversion féconde, qui, elle, engage l’avenir.

Mais le plus important et le plus beau dans cette parabole, c’est l’attitude du père. Il a plus de motifs qu’il n’en faut pour se montrer sévère et vouloir punir son  fils qui l’a tant fait souffrir. Pas du tout. Le pauvre prodigue n’a même pas le temps de commencer  son petit discours d’excuses, son père se jette à son cou et l’embrasse.   Le prodigue se retrouve habillé de neuf, des sandales aux pieds, une bague au doigt, signe de son rang de fils recouvré,  et tout le monde passe à table pour le festin des retrouvailles. Pas question d’expiation ou de sanction, pas la moindre condamnation.  L’amour du père, tout à la joie de voir son fils de retour, ne laisse place qu’au pardon qui va le réintégrer dans l’intimité familiale . Le Christ veut  ici nous faire comprendre  que notre Père du ciel, il est comme ça.   Quels que soient nos torts et nos offenses envers lui, dès que nous revenons vers lui , il nous accueille, tout à la joie de nous voir de retour. Je vous le déclare dit le Seigneur, il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Luc 15,7)

Le fils aîné, lui, ne comprend pas cette logique. Il pense que son frère, dévoyé, ne mérite pas d’être ainsi accueilli. Sommes nous meilleurs que ce fils aîné ? Pas sûr !! Supposons que Poutine se convertisse. Quelle tête ferions nous en le retrouvant à côté de nous au ciel ?

Que retenir de tout cela ? 

 Dieu est un Père qui nous aime, comme le père de l’enfant prodigue. Voilà ce que le Seigneur veut d’abord nous faire comprendre dans cette parabole. Quelles que soient nos fautes, dès que nous revenons vers lui, il nous réintègre dans l’intimité  de son amour et c’est sa joie.

Cette parabole nous montre  aussi comment dans la tentation,  le démon nous trompe en  présentant  le mal  comme quelque chose de bien et de bon, d’agréable et de profitable, cachant l’offense faite à Dieu, les torts causés au prochain  et les désastres  que cela va entraîner pour le pécheur lui-même.En nous décrivant  comment le fils prodigue se retrouve finalement dans une extrême misère, elle  souligne  comment le péché entraîne le malheur du pécheur lui-même. Enfin, elle nous montre aussi comment  le repentir se déploie. On commence par reprendre  pied dans la réalité,  abandonnant  les illusions de la tentation puis on regrette  le mal commis pour  arriver finalement à une vraie conversion où  dépassant le simple regret du passé, on  s’avance résolument dans une manière de  vivre nouvelle qui engage l’avenir. Quant au pardon accordé par le père non seulement il efface la faute commise par le prodigue dans le passé,  mais il le relance dans  le bonheur de de la vie de famille retrouvée.

Aujourd’hui encore le Père nous guette comme le père de l’enfant prodigue guettait le retour de son fils pour nous donner dans  le sacrement de réconciliation le pardon qui non seulement efface nos fautes passées,mais nous donne la force  de redémarrer et de changer de vie, comme il  l’explique dans  Ezechiel :Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés… je vous donnerai un coeur nouveau, un esprit nouveau……Je mettrai en vous mon Esprit et je ferai que vous marchiez selon mes lois. (36,26,27) Mais aurons nous le courage, comme le fils prodigue, d’aller demander ce pardon ?

Dimanche 4 septembre 2022

23° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 14,25-33

« Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple »

Dans cet évangile, le Seigneur expose les exigences requises pour se mettre à sa suite. Il faut le préférer à tout et le faire passer avant ceux qu’on aime, même ceux qui nous sont les plus chers, son père, sa mère, sa femme, ses enfants. Il faut aussi se renoncer, faire passer sa volonté à lui, avant ses projets et ses désirs à soi. Ce ne sera pas facile. Certes, on comprend de telles exigences. Quand on aime quelqu’un on le fait passer avant soi. On ne rejette pas les autres, mais ils comptent moins. C’est clair dans notre tête, mais cela reste difficile à pratiquer au quotidien. Pourquoi ? Peut-être parce que tout simplement, nous ne savons pas trop ce que veut le Seigneur. En gros, nous savons qu’il ne faut pas tuer ni voler. Mais qu’est-ce qu’Il attend de nous chaque jour dans notre vie quotidienne, dans le cadre de notre vie familiale ou professionnelle ? Cela reste très vague. Nous ne croyons pas vraiment que notre Dieu est un Père qui a des projets précis pour chacun de ses enfants. Sans oser le dire tout haut nous voyons Dieu comme une sorte de super PDG très bienveillant, certes, mais qui ne peut pas connaître personnellement et s’intéresser à chacun dans l’énorme multinationale qu’il dirige. Mais si nous ne voyons pas ce que c’est, que cette volonté du Seigneur dans l’ordinaire de notre vie quotidienne, comment pourrons nous le faire passer avant nous et faire passer sa volonté avant la nôtre ? Peut-être devrions nous commencer par chercher ce qu’il attend de nous chaque jour et demander comme St François d’Assise : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

Le Christ poursuit : Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut être mon disciple. Qu’est ce que ça veut dire ? Est-ce que marcher à la suite du Christ ce serait s’engager à vivre un calvaire permanent ? Le Christ qui nous aime au point d’avoir accepté de souffrir les tourments de la passion et la mort sur la croix, pour nous réconcilier avec le Père, comment pourrait-il vouloir en même temps nous proposer une vie de souffrances ? Cela ne tient pas debout. Il faut bien comprendre le mystère de la croix. Habituellement nous faisons de la croix un symbole de souffrance. Est-ce que ce n’est pas inapproprié ? Nous considérons la passion et la croix comme un supplice imposé au Christ par ses ennemis. C’est faux. Ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c ‘est lui qui s’est livré : Ma vie, on ne me l’ôte pas, je la donne de moi-même. (Jean 10,18) dit-il à ses apôtres le soir du Jeudi Saint. Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. Par trois fois il avait annoncé à ses apôtres sa passion et sa mort sur la croix. C’est par amour pour nous qu’il a accepté de souffrir cette passion et cette mort sur la croix. Alors qu’ on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) Autrement dit : vous pouvez me tuer, moi je vous aime encore.Par conséquent, il est clair que la croix,plus qu’un symbole de souffrance, est d’ abord et surtout un symbole d’amour.

Si bien que, lorsque le Christ nous dit : pour être mon disciple, il faut porter sa croix, cela ne veut pas dire : pour être mon disciple, il faut souffrir, cela veut dire : pour être mon disciple il faut aimer, et aimer jusqu’à être prêt à porter toutes les croix qui se présenteront. Ce qui n’a plus rien de choquant. Partout, dans toutes les familles on s’impose des sacrifices et on accepte de souffrir pour ceux qu’on aime. Il reste vrai qu’en nous demandant de porter notre croix, le Christ laisse entendre que cela pourra aller jusqu’au sacrifice suprême. Nous n’y pensons guère, mais chaque jour qui passe, actuellement, dans certains pays musulmans ou communistes, des chrétiens, prêtres, religieux, religieuses ou laïcs sont encore martyrisés.

Le Seigneur termine son enseignement sur les exigences demandées à ses disciples par deux paraboles où il invite ceux qui veulent le suivre à ne pas s’engager à la légère. De même qu’un roi avant de partir en guerre réfléchit pour voir s’il a assez de soldats pour vaincre son ennemi, ou qu’un homme qui veut bâtir une tour réfléchit pour voir s’il a assez d’argent pour mener à bien son projet, dit-il, ainsi.…..on s’attend à ce que le Christ dise : ainsi celui qui veut se mettre à ma suite doit réfléchir pour voir s’il a assez de courage et assez de vertus, pour aller jusqu’au bout dans son engagement. Non, il dit ainsi celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.

Pourquoi ne dit-il pas : ainsi celui qui veut me suivre doit réfléchir pour voir s’il a assez de courage et de vertus ? Pour deux raisons peut-être . D’abord parce que, jamais, personne n’aura le courage et les vertus nécessaires pour le suivre. Donc inutile de perdre son temps à réfléchir là-dessus. C’est lui qui, lorsqu’il nous appelle, nous donne la force nécessaire. Quand il appelle ses apôtres, il leur dit Je vous ferai pêcheurs d’hommes. (Mt.4,19). C’est pourquoi, même s’il nous demande de faire des choses qui nous dépassent, ce n’est jamais une raison pour s’affoler. Le Seigneur sachant que nous sommes incapables nous donne l’aide nécessaire. Dans les moments difficiles, rappelons nous comment St Paul qualifie le Seigneur, il l’appelle celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer(3,20).

La deuxième raison pour laquelle au lieu de dire : voyez si vous avez assez de courage et de vertus avant de vous mettre à ma suite, il conclut : ainsi, celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple, c’est que si on renonce à tous nos biens, on remplit, par le fait même, toutes les exigences requises pour se mettre à la suite du Christ. En effet, renoncer à tous nos biens, ce n’est pas seulement renoncer à notre fortune, c’est aussi renoncer à notre savoir, à notre jugement, à notre volonté, à ordonner sa vie à notre gré, comme s’il n’y avait pas de Dieu, c’est se mettre dans une attitude où on est prêt à faire ce que le Seigneur demandera. On rejoint ici Notre Dame répondant à l’ange de l’annonciation : Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole. (Luc 1,38)

Que retenir de tout cela ? 

Se mettre à la suite du Christ demande qu’on le préfère à tout et à tous, même à ses proches. Il faut aller jusqu’à renoncer à soi, à ses projets, à ses objectifs, à ses désirs. Il s’agit d’être si attaché au Seigneur que nos projets, nos objectifs, nos désirs lui soient désormais subordonnés et en harmonie avec lui. Il s’agit d’aimer assez le Seigneur pour pouvoir dire comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux.

Se mettre à la suite du Christ demande qu’on soit prêt à porter sa croix, c’est à dire que pour suivre le Christ, il faut l’aimer tellement qu’on est prêt à supporter toutes les peines, toutes les souffrances, toutes les croix qui se présenteront.

Ce n’est même pas nécessaire de nous demander si nous avons assez de courage et de vertus pour être un vrai disciple. Personne n’aura jamais ce qu’il faut pour suivre le Christ . Mais s’il nous appelle à le suivre, alors lui, dont la puissance agissant en nous peut faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer nous rendra capables de nous mette à sa suite. J’aime cette définition de la grâce d’un de mes professeurs : La grâce, disait-il, c’est le pouvoir donné à l’homme de faire par lui-même ce qu’il ne peut pas faire par ses propres forces.

Dimanche 28 août 2022

22° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 14,1.7-14

« Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé »

Jésus est invité par un des chefs des Pharisiens à souper un vendredi soir. C’est l’ ouverture du sabbat. Traditionnellement, pendant ce repas, les convives discutent de questions religieuses. Cette invitation est pleine d’arrière-pensées. On entend bien épier Jésus, le piéger et si possible le discréditer définitivement. Au début du repas, comme un malade se présente implorant sa guérison, une discussion s’élève sur la question de savoir s’il est permis de guérir le jour du sabbat. Jésus traite la question habilement et guérit le malade. Les Pharisiens embarrassés sont réduits au silence. L’évangile d’aujourd’hui ne rapporte pas cet incident. Mais une chose est certaine, les hostilités sont déclenchées et Jésus voyant comment les invités recherchent les premières places lance un nouveau débat.

Comme d’habitude ses propos sont surprenants et même choquants, ils vont à l’encontre de nos manières de faire et nous mettent mal à l’aise. D’après lui, quand on est invité,il faut aller se mettre à la dernière place. Mais tout le monde recherche toujours les premières places, dans tous les domaines, que ce soit en politique, dans les affaires, les études ou le sport. Tous les parents rêvent de voir leurs enfants premiers en tout ! Ce n’est pas possible que le Seigneur souhaite que les élus soient à la dernière place. D’ailleurs il propose à ceux qui veulent le suivre un programme d’excellence extrêmement ambitieux : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. (Mt.5,48) Alors, qu’est-ce qu’il veut dire exactement ?

A regarder le texte attentivement on constate que le Seigneur ne nous invite pas vraiment à choisir la dernière place et encore moins à désirer être les derniers partout. Il nous demande de ne pas nous précipiter sur les premières places en croyant qu’elles nous reviennent de droit, et à nous comporter comme si nous estimions les autres supérieurs à nous. Par conséquent, lorsqu’on est invité, il vaudra mieux aller vers les dernières places. Et tant mieux si le maître de maison nous fait monter plus haut.

Est-ce de l’humilité ? N’est-ce pas plutôt du bon sens et du réalisme? En effet, si nous avons des qualités et des talents, d’où tirons nous ces qualités et ces talents ? Ils viennent du Seigneur qui nous les a donnés soit directement soit par l’intermédiaire de nos parents, des éducateurs ou des amis qu’il a placés sur notre route. Peut-être avons nous quelque mérite, si nous avons fait fructifier quelque peu ces talents, mais c’est tout. Ce qu’il y a de bien en nous, c’est Dieu qui l’y a mis. De nous-mêmes, par nous-mêmes, qu’est-ce que nous valons ? Pas grand chose, pour ne pas dire rien. St Paul nous le rappelle sans ménagements : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu, et si vous l’avez reçu de quoi vous glorifiez vous ? (1Cor.4,7)

Mais surtout, en nous recommandant de rechercher la dernière place, le Seigneur ne fait que nous demander de suivre son exemple. Il s’est considérablement abaissé en se faisant homme comme nous. Lui, de condition divine, écrit St Paul, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est dépouillé de son rang de Dieu, prenant condition d‘esclave, devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6,7) Il est venu parmi nous pour opérer la réconciliation entre le Père et nous, alors qu’il n’était même pas obligé de se faire homme. Il aurait pu se contenter d’envoyer un prophète proclamer la réconciliation. Et si malgré tout il voulait se faire homme, il aurait pu le faire dans des conditions moins choquantes. Il aurait pu apparaître un beau jour sur le parvis du Temple comme un respectable docteur de la Loi ou un grand prêtre imposant, solennel dans ses ornements sacerdotaux. Pourquoi ce scenario invraisemblable : la naissance dans une étable, des années d’enfance dans un village perdu, une vie adulte au milieu de gens si grossiers que même les meilleurs, les douze apôtres, ne comprenaient pas grand chose à ce qu’il disait, et puis la condamnation à mort comme un criminelet la mort sur une croixentre deux bandits. ? Pourquoi un tel scenario ? Nous ne comprenons pas. Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles. En tous cas, une chose est claire. Si le Christ s’est abaissé ainsi, nous ne pouvons pas nous prétendre chrétiens et avoir une attitude opposée à celle du Seigneur en cherchant à toute occasion, les premières places. Ayez entre vous les mêmes dispositions qui furent dans le Christ Jésus, écrit St Paul. Faites comme lui. Lui qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est dépouillé de son rang de Dieu, prenant condition d’esclave, devenant semblable aux hommes. Il s’est abaissé jusqu à se mettre au dernier rang parmi les hommes. Faites en autant.

Et la suite des propos de St Paul éclaire levéritable sens de cet abaissement où on cherche la dernière place. Il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. (Phil.2,5-8)poursuit St Paul C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. (Phil.2,9-11)

Pourquoi Dieu l’a-t-il souverainement élevé ? Qu’ y a-t-il de si admirable dans l’extrême abaissement du Christ pour que cela lui ait valu d’être élevé au dessus de tout ? L’extrême abaissement du Christ, en soi, ce n’est qu’une extrême humiliation. Rien d’admirable là-dedans. Mais considérons la motivation de cet abaissement. Pourquoi le Christ a-t-il, non seulement accepté, mais voulu cet extrême abaissement ? A cause de son extrême amour pour nous. Si bien que l’ abaissement extrême du Christ qui, au premier abord, apparaît comme une humiliation extrême est en réalité une manifestation extrême de son amour extrême pour nous Voilà pourquoi Dieu a souverainement élevé le Christ au dessus de tout. Le Christ n’est pas souverainement élevé au dessus de tout à cause son extrême abaissement, mais à cause de l’extrême amour que manifeste cet extrême abaissement.

Que retenir de tout cela ? 

Cherchez la dernière place, non pas parce que cette dernière place, en soi, est désirable, mais parce qu’en allant vous mettre à la dernière place vous manifestez votre lucidité et votre réalisme, voyant clairement que par vous-mêmes vous ne valez pas grand chose et que tout ce qu’il y a de valable en vous vient du Seigneur qui vous l’a donné.

Mais surtout, cherchez la dernière place parce qu’en allant vous mettre à le dernière place, vous faites passer les autres avant vous, vous vous sacrifiez pour eux, comme le Christ s’est sacrifié pour vous.

Par amour pour nous, il s’est abaissé jusqu’à prendre la dernière place. Si nous prétendons être ses disciples, il faut nous aussi, comme lui, nous abaisser jusqu’à prendre la dernière place afin de nous mettre,comme lui, au service des autres.

Il l’a dit un jour, sans la moindre précaution oratoire, presque brutalement, c’était après avoir lavé les pieds de ses disciples : Vous m’appelez Seigneur et Maître et vous dites bien car je le suis. Dès lors si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres… Ce que j’ai fait pour vous,faites le vousaussi. (Jean 13,13-15)

Dimanche 21 août 2022

21° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 13,22-30

« N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »

Ce n’est pas étonnant que quelqu’un ait demandé à Jésus : N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? A l’époque, on ne savait que croire. Certains rabbins affirmaient que tous les Israélites seraient sauvés en tant que fils d’Abraham, d’autres disaient que ceux qui périraient seraient plus nombreux que ceux qui seraient sauvés. Jésus ne répond pas directement à la question mais il recommande à chacun de faire ce qu’il faut pour être sauvé. Autrement dit le nombre des sauvés cela ne vous regarde pas, occupez vous de votre salut à vous, c’est plus urgent : efforcez vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à rentrer et n’y parviendront pas.

Il profite de l’occasion pour redire ce qu’il avait déjà dit, dès le début de son enseignement : Ce n’est pas parce qu’on est fils d’Abraham, qu’on est automatiquement sauvé, ce qui compte c’est de produire des fruits de repentir. Produisez des fruits de repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham. Car je vous le dis, des pierres que voilà Dieu peut susciter des enfants à Abraham. (Mt.3,8,9 )Et aujourd’hui il insiste : vous aurez beau dire : Seigneur, nous avons mangé et bu en ta présence et tu as enseigné sur nos places, le maître vous répondra Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignezvous de moi vous qui commettez l’injustice.

Produire des fruits de repentir. Qu’est-ce que le Christ entend par là ? Ne pas commettre d’injustice, pratiquer la justice. Le Christ insiste là-dessus parce que l’enseignement religieux de l’époque recommandait surtout l’observation de pratiques extérieures comme des sacrifices ou des célébrations festives, laissant de côté les devoirs de justice alors que justement l’Ecriture et la tradition enseignaient le contraire Pratiquer la justice et le droit aux yeux de Yahvé vaut mieux que les sacrifices lit-on dans le livre des Proverbes, (21,3) A travers Amos et Osée le Seigneur explique sans ménagements : Je hais, je méprise vos fêtes, pour vos solennités je n’ai que dégoût.Vos oblations, je n’en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Eloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas le son de tes harpes, mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. (Amos 5,21-24 )C’est l’amour que je veux, non les sacrifices. (Osée 6,6)

L’univers des auditeurs de Jésus s’écroule. Ils se croyaient pratiquement sûrs d’être sauvés puisqu’ils étaient fils d’Abraham et puisqu’ils observaient soigneusement des pratiques pieuses comme des célébrations festives ou des sacrifices, et voilà que Jésus leur explique que tout cela ne vaut rien aux yeux de Dieu, mais que ce qui compte pour entrer par la porte étroite, c’est de pratiquer la justice et la charité. Et pour mettre le comble à leur désarroi, il ajoute que tous ceux qui se seront convertis et auront pratiqué la justice et la charité seront sauvés, même s’il s’agit de païens, de collecteurs d’impôts ou de prostituées : les collecteurs d’impôts et les prostituées entreront avant vous dans le Royaume de Dieu. Jean est venu dans le chemin de justice et vous ne l’avez pas cru, collecteurs d’impôts et prostituées au contraire l’ont cru. (Mt.21,11-12) On viendra de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud prendre place au festin.Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.

Mais, aujourd’hui, que veut nous dire le Seigneur à travers cet évangile ? A nous aussi comme aux Juifs d’il y a deux mille ans, le Seigneur nous dit : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Même si nous ne pensons pas comme les Juifs que nous serons sauvés parce que nous sommes descendants d’Abraham, parfois nous nous laissons aller à penser que, si des bons pratiquants comme nous, qui essayons de gérer le mieux possible notre foyer, notre métier, l’éducation de nos enfants, ne sommes pas parmi les élus, qui le sera ? Tant mieux si nous sommes des chrétiens pas trop mauvais. Mais de toute façon, ce n’est pas tout à fait de notre faute, nous devons beaucoup au Seigneur qui nous a aidés de sa grâce et qui a mis des guides sur notre chemin. Avec l’éducation que nous avons reçue et les talents que le Seigneur nous a donnés, peut-être que nous devrions être bien meilleurs que nous ne sommes ? Et nous savons bien que chaque jour nous avons à lutter contre l’égoïsme, l’orgueil, l’esprit de domination, pour arriver à pratiquer tant soit peu la justice et la charité. Le prophète Michée résume bien notre programme : On t’a fait savoir homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : pratiquer la justice, aimer avec tendresse et marcher humblement avec le Seigneur ton Dieu. (6,8 )

Un tel programme, on n’a jamais fini de le remplir. Nous ne pourrons jamais dire : j’en ai fait assez. C’est tous les jours qu’il nous faut veiller à ne pas dévier, à vivre en accord avec la volonté de Dieu. Ce qui est d’autant plus difficile que, soumis à la pression d’un monde où on vit comme s’il n’y avait pas de Dieu, nous sommes tentés de nous laisser aller à « faire comme tout le monde » à sortir le chien ou faire du jogging le dimanche matin plutôt que d’aller à la messe !!!

C’est inquiétant de voir combien facilement la masse , le « tout le monde » se laisse entraîner à faire n’importe quoi, à suivre n’importe quelle idéologie même la plus barbare. Les rétrospectives historiques qu’on peut voir à la télévision nous montrent comment des millions d’hommes qui étaient certainement des braves gens, se sont laissés tromper par des propagandes, que ce soit en Allemagne, en URSS, en Chine, au Moyen Orient ou je ne sais où encore. C’est extrêmement embarrassant, gênant, humiliant, de voir tous ces peuples qui ont donné au monde des intellectuels de valeur, des philosophes réputés, des artistes et des musiciens célèbres se mettre à suivre les pires idéologies . Dans ce monde où beaucoup ont abandonné la source d’eau vive pour se creuser des citernes lézardées qui ne retiennent pas l’eau, comme disait Jérémie, (Jer.2,13), l’évangile nous amène à nous interroger : Et moi, où en suis-je ? Qu’est-ce qui dirige ma vie ? Où est-ce que je place mon idéal ? Est-ce que je suis encore un disciple attentif à suivre celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie ? (Jean 14,6) Un jour, alors que beaucoup de disciples le quittaient, Jésus demanda aux douze s’ils allaient partir eux aussi. Aujourd’hui, Serions nous capables de répondre avec la même conviction que Pierre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle.(Jean,6,68 )

Que retenir de tout cela ? 

Chacun de nous se retrouvera un jour devant cette fameuse porte étroite. Il vaudrait mieux ne pas l’oublier. Il n’y a aucune raison d’être anxieux. Ce que veut le Seigneur, c’est que tous les hommes soient sauvés. Mais cette porte là ne s’ouvre pas automatiquement comme les portes de ces magasins qui s’ouvrent toutes seules dès que quelqu’un s’en approche. Elle s’ouvre seulement devant ceux qui se seront efforcés de pratiquer la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec le Seigneur leur Dieu. ( Michée 6,8 )

Par conséquent soyons toujours attentifs à tenir le bon cap. Ne nous laissons pas entraîner à dériver au fil du train-train quotidien, dans les multitudes de choses à faire en oubliant de vérifier si nous tenons toujours le bon cap. Plusieurs fois, j’ai fait des campagnes de pêche en mer du Nord avec mon père et j’étais fasciné de voir comment les hommes de quart dans la passerelle du chalutier fumaient tranquillement leur cigarette, discutaient entre eux, une nuit, ils se sont même mis à chanter tous les chants de la grand-messe, en latin, Kyrie, Gloria, Credo etc c’était magnifique. Mais jamais ils ne quittaient des yeux la boussole et jamais ils ne cessaient de scruter l’horizon. De même, faisons tout ce que nous avons à faire, mais comme les hommes de quart dans la passerelle ne quittent pas des yeux la boussole, gardons les yeux fixés sur le Seigneur pour ne pas dériver mais aller tout droit vers la porte étroite qu’il nous ouvrira en en nous voyant arriver.

Dimanche 14 août 2022

20° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 12,49-53

« Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division »

Une fois de plus les propos du Christ choquent et déconcertent : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non , je vous le dis, mais bien plutôt la division. Pourtant dès sa naissance à Bethléem, les anges avaient annoncé la paix aux hommes que Dieu aime. (Luc,2,14) Et dans l’évangile le Christ ne cesse de répéter : Je vous laisse la paix, je vous donne la paix. (Jean 14,27) Je vous ai dit tout cela pour qu’en moi vous ayez la paix. (Jean 16,33) Alors que faut-il croire ? Il apporte la paix ou il apporte la division ? St Paul, dans l’épître aux Colossiens, nous permet d’y voir clair. Il explique : le Christ a réconcilié le ciel et la terre, ayant établi la paix par le sang de sa croix. (Col.1, 20) Autrement dit : il a bien apporté la paix, mais d’abord il a dû lutter pour édifier cette paix. Il est arrivé dans un monde où régnaient le mal, le péché et la mort. Il a fallu qu’il en triomphe d’abord. Et lorsque dans son amour infini, il a versé son sang pour nous, alors ce sang versé, tel un tsunami irrépressible a recouvert et noyé le mal le péché et la mort dont il a triomphé, établissant la paix sur le monde. Le Christ n’a pas apporté au monde la paix dans un paquet cadeau tout fait enveloppé d’un beau ruban. Il a bâti cette paix, il l’a édifiée en venant à bout de l’opposition du mal, du péché et de la mort dans le triomphe de la croix.Voilà pourquoi le Christ peut dire sans se contredire Je ne suis pas venu apporter la paix mais bien le glaive et la division (Mt.10,34_Luc 12,51) et dire aussi : Je vous donne la paix. (Jean14,27)

Mais comment se fait-il qu’une opposition au Seigneur se soit manifestée ? Apparemment tout le monde attendait dans la ferveur l’arrivée du Messie. Alors pourquoi, lorsqu’il est arrivé chez les siens, les siens ne l’ont pas reçu ? Curieusement ses plus farouches opposants ont été les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, autrement dit tout le milieu clérical, les cadres de ce qu’on pourrait appeler l’Eglise de l’époque, ainsi que beaucoup des pratiquants les plus fervents : les pharisiens. Ils l’accusaient de vouloir démanteler la Loi et détruire la religion. Dès le début de sa prédication, le Seigneur s’en est défendu très vigoureusement : N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes, je ne suis pas venu abolir mais accomplir (Mt.5,17) c’est-à-dire mener à la perfection et donner son vrai sens au code de vie religieuse qu’est la Loi. Dans le premier grand discours qui expose son enseignement, au début de l’évangile de St Mt, à six reprises, il déclare Vous avez appris qu’il a été dit…eh bien moi je vous dis et à chaque fois, il renforce les exigences de la Loi. Ainsi, à propos de l’adutère : Vous avez appris qu’il a été dit : tu ne commettras pas l’adultère. Et moi je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son coeur, commis l’adultère avec elle. (Mt.5,27,28)

C’est là que nous commençons à comprendre pourquoi Jésus a amené non la paix mais la division : il dérangeait l’ordre établi. Les prêtres et les docteurs de la Loi avaient manipulé la religion, ils avaient faussé le sens de la Loi, imposant une interprétation de la Loi qui leur conférait pouvoir et autorité. Ils avaient fixé ce qu’il fallait faire et ce qu’il ne fallait pas faire, ce qui était permis et ce qui était défendu. Ils s’étaient proclamés les arbitres, les maîtres, les juges du bien et du mal. Ils étaient les détenteurs du pouvoir et de l’autorité. Rien ni personne ne menaçait leur prestige. Ils prétendaient servir Dieu alors qu’en réalité ils se servaient de Dieu pour asseoir leur pouvoir sur le peuple. Ils avaient ramené Dieu au rang d’un subalterne au service de leurs désirs et de leurs ambitions personnelles. Satisfaits d’un tel Dieu, il n’avaient pas du tout envie d’en changer. Or voici que le Christ arrive, appelant à la conversion, rappelant à tous qu’ il s’agit de servir Dieu par amour et non pas de se servir de lui pour satisfaire son orgueil et s’octroyer du pouvoir. Il rappelle à tous qu’il s’agit de vivre selon la volonté de Dieu et non pas d’amener Dieu à faire nos volontés. Certains vont accepter, d’autres vont s’opposer plus ou moins violemment à cette conversion , surtout les prêtres, les scribes et les docteurs de la Loi qui craignaient de voir remis en question leur autorité et leur prestige.

Pour nous aussi aujourd’hui, le Christ apporte non pas la paix, mais la division, le combat, la lutte de la conversion qui amènera le triomphe de la paix Parce que sans le vouloir vraiment, sans le faire exprès, peut-être plus par maladresse que par malice, comme les prêtres, les scribes et les pharisiens, au lieu de servir Dieu nous essayons de mettre Dieu à notre service. Dans nos prières, trop souvent nous demandons à Dieu d’exaucer nos désirs et de faire que notre volonté soit faite. Nous n’arrivons pas à croire que Dieu est un Père qui nous aime, qui n’a qu’un but dans l’existence, notre bien et notre bonheur, si bien que, si son nom est sanctifié, si son règne advient, si sa volonté est faite partout, alors tout ira bien pour nous. Du coup, nous le prions pour que nos désirs à nous se réalisent et nous ne prions plus guère pour que ses désirs à lui se réalisent. Autrement dit, nous avons dévié. Nous ne croyons plus que Dieu sait mieux que nous quel est le meilleur pour nous. Nous sommes persuadés que nous savons mieux que Dieu quel est le meilleur pour nous et nous le prions de bien vouloir exaucer nos désirs.

Comme les prêtres et les docteurs de la Loi, nous avons besoin de nous convertir et de revenir au vrai Dieu en abandonnant nos points de vue erronnés. Sans compter que la mentalité du monde qui nous entoure nous fait dévier du côté de l’orgueil, de l’égoïsme, de la violence, de la recherche de l’argent, de la domination et du pouvoir. Comme les prêtres et les docteurs de la Loi, nous avons besoin d’une conversion qui nous fasse revenir au vrai Dieu. Le Christ et son évangile viennent donc contrarier nos dérives. Et il nous faut lutter d’abord contre le mal et les tentations avant de parvenir à la paix que le Seigneur nous apporte. C’est là que le Christ n’apporte pas la paix, la tranquillité, mais la division, le glaive, le combat. Mais son but n’est pas d’apporter la division et le combat sur cette terre. Son but c’est d’apporter la paix, mais ,au terme du combat de la Passion. C’est pourquoi St Paul, dans l’épitre aux Colossiens, conclut son hymne au Christ chef de l’univers en disant Il a établi la paix par le sang de sa croix. (Col.1,20)

Que retenir de tout cela ? 

Non le Christ n’apporte pas d’abord la paix sur la terre mais bien la division, mais cette division est une division et un combat pour la paix. Et la paix qu’il apporte n’est pas simplement une absence de conflit, mais aussi la santé, la prospérité, le bonheur en plénitude. Une telle paix n’est pas possible, si d’abord le mal sous toutes ses formes n’est pas vaincu, le mal en chacun de nous et le mal dans la société. C’est pourquoi dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ nous invite à nous convertir, à lutter comme lui et avec lui contre toute forme de mal, afin de construire la paix dont nous rêvons et que le Seigneur veut pour le monde.

Il a fallu qu’il passe par sa Passion où son amour a triomphé du mal pour établir la paix. Aujourd’hui, le Seigneur nous envoie pour continuer d’établir la paix dans le monde. Il ne faut pas rêver. Nous aussi il va falloir passer par un combat sans merci contre le mal en nous et autour de nous pour voir s’établir enfin la paix de Dieu dans nos vies et dans notre monde.

Dimanche 24 juillet 2022

17° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 11,1-13

« Demandez, on vous donnera. »

La plupart du temps, nos prières sont des prières de demande. Cela se comprend. Nous avons besoin de l’aide de Dieu, surtout au plan moral et spirituel : nous n’arrivons pas à faire le bien que nous aimons et nous faisons le mal que nous n’aimons pas. Nous sommes donc condamnés à demander tous les jours l’aide de Dieu. D’ailleurs le Christ lui-même nous encourage à le faire : Demandez et on vous donnera… Quiconque demande reçoitLuc 11,9,10) Demandez et vous recevrez (Jean 16,24) Pourtant chacun sait que nos demandes ne sont pas toujours exaucées. D’où la requête des Apôtres à Jésus : Apprends nous à prier.

Et le Seigneur répond en proposant cette prière que nous appelons le Notre Père. Ce qui frappe d’abord dans cette prière, c’est que c’est une prière à l’envers : d’habitude nous commençons nos prières en demandant tout de suite des choses pour nous : la santé, le courage, sortir d’un moment difficile et.c.. tandis que dans la prière qu’il nous enseigne, le Seigneur place en premier des demandes pour Dieu : que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite et refoule vers la fin les demandes pour nous : Donne nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour, pardonne nous nos péchés. Nos prières à nous sont d’habitude centrées sur nous et nos besoins immédiats. La prière que le Seigneur nous enseigne est d’abord orientée vers le Père et centrée sur lui.

Si cette prière est une prière à l’envers, c’est que notre Dieu aussi est un Dieu à l’envers, à l’envers du dieu des païens. 1°) Le dieu des païens est d’abord tout puissant ,notre Dieu lui, est d’abord un Père aimant, en lui la toute puissance obéit à l’amour. 2°) Le dieu des païens est un dieu lointain, mystérieux, inaccessible. Notre Dieu lui, même s’il demeure mystérieux est un Dieu qui s’approche, qui se révèle Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre coeur, je me laisserai trouver par vous, nous dit-t-il en Jérémie (Jer.29,14) Il vient au milieu de nous, en nous, nous laisse son Evangile et nous communique son Esprit. 3°) Le dieu des païens est un dieu effrayant qui inspire la crainte, tandis que notre Dieu, lui, par sa bonté et sa miséricorde infinies inspire l’amour, la paix, la joie. Il ferme les yeux sur leurs péchés et leur donne du temps pour se repentir (Sag11,23 ).Quand il vient au milieu de nous, ce n’est pas pour juger le monde mais pour que tout le monde soit sauvé . 4°) Enfin et surtout le dieu des païens est insensible aux besoins des hommes, il faut le forcer à faire attention à nous à coups de prières longues, insistantes, répétées et de sacrifices onéreux : il faut lui offrir la plus belle bête du troupeau et parfois des sacrifices humains, tandis que notre Dieu, lui, veille sur nous avec une attention telle que le Christ va jusqu’à dire : Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront écouter, votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.(Mt.6,7)

Du coup, on comprend pourquoi la prière que le Christ nous enseigne est une prière à l’envers des prières que nous faisons d’habitude et où nous nous précipitons pour présenter tout de suite notre liste de demandes. Si vraiment notre Dieu est un Père aimant, qui n’a pas d’autre chose en tête que notre bonheur, ce serait offensant et absurde de le harceler: donne moi ceci ou cela. Est-ce que nous harcelons le médecin qui nous soigne pour qu’il nous prescrive tel ou tel médicament ? Nous le laissons rédiger son ordonnance, il sait de quoi nous avons besoin.Si vraiment nous croyons que Dieu est un Père qui nous aime, qui sait de quoi nous avons besoin, alors nous commencerons notre prière en disant : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, parce que nous croyons que si son nom est sanctifié, si son règne arrive et si sa volonté est faite, alors tout ira bien pour nous. Et c’est ensuite seulement, que nous présenterons nos demandes Donne nous notre pain quotidien, pardonne nous nos offenses, ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre nous du mal. Et nous demanderons tout cela non pas dans l’anxiété, mais avec pleine confiance. Nous pouvons être tranquilles,le Père veille. Ne soyez inquiets de rien, écrit St Paul aux Philippiens mais en toute occasion, par la prière et la supplication, accompagnées d’actionde grâces , faites connaître vos demandes à Dieu. (Phil.4,6 ) Voyez comment St Paul nous invite à dire merci avant même d’avoir reçu une réponse à nos prières, tellement il a confiance que Dieu nous entendra.

Ce n’est donc pas étonnant si le Christ termine son enseignement en nous invitant à la confiance Si vous qui êtes mauvais savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père duciel vous donnera. jusque là, ça va, nous sommes d’accord.Mais il y a une suite à la phrase de Jésus. Et elle n’est pas celle que nous attendions. Il ne dit pas combien plus le Père du ciel vous donnera-t-il ce que vous lui demandez il dit combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. Jamais dans l’Evangile le Seigneur ne nous dit que nous recevrons ce que nous demandons. Il dit Demandez et vous recevrez, Quiconque demande reçoit. Le Père sait de quoi vous avez besoin . Donc il vous ledonnera. Mais nous ne sommes pas toujours du même avis que lui sur ce dont nous avons besoin. Et il ne nous donne pas toujours ce que nous avons demandé. Alors ? Mais qui sait ce qui est le meilleur pour moi ? Dieu ou moi ? Si c’est Dieu, alors il faut lui laisser le choix de me donner ce qu’il veut , il faut lui laisser le choix aussi de refuser de me donner ce que je lui demande. Et parfois nous ne comprendrons pas ce refus : un petit enfant est gravement malade, nous prions pour sa guérison, mais il meurt… Nous ne pouvons pas comprendre. Nous ne voyons pas comment le Seigneur l’accueille… Cela me fait penser au petit enfant qui hurle dans les bras de sa mère, on vient de lui administrer un vaccin douloureux. Il pleure, il hurle son désespoir.Sa maman qui l’aime bien pourtant, c’est elle qui l’a emmené au dispensaire.Il ne peut pas comprendre que la souffrance causée par le vaccin douloureux est quelque chose de bon pour lui. De même nous ne pouvons pas comprendre que Dieu refuse d’écouter certaines de nos prières. Si c’est Dieu qui sait le mieux ce qui est le meilleur pour moi, alors il est urgent, essentiel, capital que j’aie une bonne dose d’Esprit Saint pour que les demandes de mes prières soient en accord avec la volonté du Père qui m’aime et qui sait mieux que moi quel est le meilleur pour moi.

Que retenir de tout cela ? 

Au départ, avant tout, quand nous nous mettons à prier il s’agit de croire que notre Dieu est un Père qui nous aime et qui veut ce qu’il y a de mieux pour nous.Dans l’évangile, nous voyons le Christ multiplier les pains pour la foule qui après l’avoir suivi toute la journée se retrouve le soir dans un lieu isolé sans rien à manger. Touché par la souffrance des malades, il les guérit. Au tombeau de Lazare, même s’il sait que dans quelques instants il va le ramener à la vie,devant la tristesse et les pleurs de sa famille et de ses amis, il craque et ne peut retenir ses larmes. On peut prier un Dieu comme ça. Nos peines, nos souffrances, nos tristesses, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous….. Notre Dieu est un Dieu qui nous aime et et qui veut le mieux pour nous. Nous aussi quand nous prions nous voulons ce qui est le mieux pour nous. Mais quelquefois ce n’est pas le même mieux. Qui sait quel est le mieux pour moi ? Dieu ou moi ? Si c’est Dieu, alors il faut lui laisser le choix me donner ce qu’il veut me donner et lui laisser le choix de refuser de me donner ce que je veux. Mais avons nous vraiment confiance ? Sommes nous capables de dire, comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux ?

Dimanche 17 juillet 2022

16° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 10,38-42

« Tu t’agites pour bien des choses. Une seule chose est nécessaire.»

Tu te donnes bien du mal et tu t’agites pour bien des choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. En entendant cela, nous sommes tentés de penser : le Seigneur nous enseigne ici que ce qui est bien, c’est la prière, la contemplation, tandis que dans le travail et dans l’action, on se disperse et on se coupe de Dieu. Ceci est complètement faux. Malheureusement beaucoup d’entre nous le croient sans se rendre compte des désastres que cela entraîne pour leur vie chrétienne, comme le souligne le P. Teilhad de Chardin dans « Le Milieu Divin »: « Je ne pense pas exagérer, écrit-il, en affirmant que pour les neuf dixièmes des chrétiens pratiquants, le travail humain reste à l’état d’encombrement spirituel. Malgré la pratique de l’intention droite et de la journée quotidiennement offerte à Dieu, une masse de chrétiens garde obscurément l’idée que le temps passé au bureau, aux champs ou à l’usine est quelque chose de distrait à l’adoration et qui nous coupe de Dieu. Dans la vie, quelques minutes peuvent être récupérées pour Dieu. Mais les meilleures heures sont absorbées ou du moins dépréciées par les soins matériels. Sous l’empire de ce sentiment, une foule de chrétiens mènent une existence parfaitement double ou gênée. Il leur faut quitter leur vêtement d’homme pour se croire chrétiens et chrétiens inférieurs seulement. »

Jamais le Christ ne condamne l’action, le travail ou les tâches matérielles. D’ailleurs dans le passage précédant immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, il fait l’éloge du bon Samaritain qui s’active et se démène pour soigner le malheureux blessé, il le charge sur sa monture et le conduit jusqu’à l’auberge où il s’assure qu’il sera bien soigné. Rappelons nous aussi la mise en garde très claire du Seigneur : Il ne suffit pas de me DIRE : Seigneur, Seigneur! pour entrer dans le Royaume des Cieux ; il faut FAIRE la volonté de mon Père qui est aux cieux. (Mt.7, 21) Et quand il met en scène le jugement dernier, les élus sont élus non pas parce qu’ils ont prié mais parce qu’ils ont fait de ces actions que bêtement nous appelons matérielles ou profanes Venez les bénis de mon Père, car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire…(Mt.25,34,35) Dans la scène avec Marthe et Marie, Jésus ne condamne pas du tout le dévouement de Marthe qui s’active pour le servir. Il souligne seulement que Marie a choisi la meilleure part. Mais qu’est-ce que c’est, cette meilleure part ? C’est s’asseoir aux pieds du Seigneur pour recevoir un enseignement. Or l’ enseignement du Seigneur, ce n’est pas un savoir théorique que l’on range dans sa tête entre le théorème de Pyrthagore et les règles d’accord du participe passé. Sa Parole, c’est une Parole de Vie, une parole à vivre, qui pousse toujours à agir et donne tout son sens au travail et à l’agir humains . La meilleure part que Marie a choisie, c’est d’écouter de la parole du Seigneur, pour recevoir un enseignement qui va l’orienter vers l’action dont il éclaire et révèle le sens plénier.

Comment cela ? Je prends exemple. Un maçon construit une maison. Ce faisant, il gagne sa vie et subvient aux besoins de sa famille. Bien sûr. Mais il y a plus. Et la parole et l’enseignement du Christ mettent en lumière ce plus. En effet, quand il travaille, le maçon développe les talents que Dieu lui a donnés. Quand il subvient aux besoins de sa famille, il accomplit la tâche et remplit la vocation de père de famille que le Seigneur lui a confiées. D’autre part, la maison que construit ce maçon fera le bonheur de ceux qui l’habiteront. Or, ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40) Et enfin la maison nouvelle qu’il a construite, c’est un agrandissement, un développement de la création. Donc, loin de nous éloigner et de nous couper de Dieu, l’action et le travail sont, comme la prière, mais d’une autre manière, un moyen de nous unir à lui et de faire sa volonté. Mais nous n’osons pas le croire. Avez vous jamais vu une statue ou une image représentant Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage ? Pourtant elle était aussi sainte lorsqu’elle faisait la cuisine que quand elle récitait des psaumes. Mais on n’ose pas le dire. Ce que nous appelons matériel et profane a sens et valeur devant Dieu. Rien n’est profane disait Teilhard. Mais c’est difficile pour nous de le croire, d’autant plus que tout peut être profané.

La recherche effrénée de l’enrichissement et de la rentabilité à tout prix, en même temps qu’elle entraîne la dégradation de la vie personnelle, familiale et sociale, nous coupe de Dieu. En dépit des progrès réels amenés par les lois sociales, trop souvent, les horaires et les rythmes de travail inhumains ruinent la vie de bien des familles, tandis que les « burn out » détruisent l’équilibre humain et psychologique des personnes. Chaque jour le danger est là, bien présent, de se noyer dans des occupations et des travaux toujours plus envahissants qui nous éloignent et nous coupent de Dieu, en même temps qu’ils détériorent la qualité de notre vie quotidienne.

Il est donc nécessaire de prendre le temps de se mettre à l’écoute de Dieu, car c’est dans l’écoute de Dieu que nous découvrons le sens et la valeur devant Dieu de notre agir et de notre travail qui, affranchis de notre avidité de notre désir effréné d’enrichissement et de rentablité à tout prix, se révèlent comme une manière de rester unis à Dieu et de mener une vie humaine pleinement épanouie. Une des prières de la messe nous fait dire Seigneur, Tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. (Sous entendu : si on s’écarte du service de Dieu, ça va coincer.) Selon le Christ et son évangile, la prière n’est pas le seul moyen d’être uni à Dieu. St. Ignace de Loyola l’avait bien compris, qui ne voulait pas que les jeunes jésuites en formation trouvent Dieu seulement dans l’oraison. Il voulait que les scolastiques trouvent Dieu aussi dans leurs études … et il approuvait davantage cette méthode que les oraisons prolongéesnous confie Polaco, son secrétaire. .(Revue Christus 6 Avril 1955, pp.180) Tant il est vrai que l’agir et le travail ne sont pas ennemis de la prière mais permettent, comme la prière, encore que d’une manière différente, de vivre en communion avec Dieu.

Que retenir de tout cela ? 

Dans cette page d’évangile, non, le Seigneur ne nous met pas en garde contre l’action, le travail et les tâches matérielles qui nous détourneraient de Lui. Il n’y a pas à choisir entre la prière et l’action. Le Seigneur va même jusqu’à dire que la prière ne suffit pas : Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur! pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut FAIRE la volonté de mon Père qui est aux cieux. C’est pourquoi le Seigneur nous invite à choisir la meilleure part, c’est à dire à prendre du temps ,à perdre du temps, pour écouter sa parole qui est parole de vie, parole à vivre, laquelle nous révèle tout le sens,toute la valeur devant Dieu de l’agir et du travail humains.

Il me semble que cette page d’évangile nous invite à nous convertir. parce que nous ne savons pas estimer à sa juste valeur la valeur de notre agir et de notre travail devant Dieu. Nous sommes comme les élus qui ne comprennent pas lorsque le Seigneur leurdit : Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le royaume car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger. Ils demandent Seigneur quand nous est-il arrivé de tevoir affamé et de te nourrir ?

Saint Exupery parlant quelque part de vieilles dames qui brodaient des chasubles d’or pour leur Dieu, écrit: Elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles Je pense que vous, quand vous préparez le dîner à la maison, quand vous travaillez au bureau, aux champs ou à l’atelier, quand, au volant de votre voiture, vous conduisez vos enfants à l’école, vous allez, vous aussi, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles.

Dimanche 10 juillet 2022

145 Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 10,25-37

« Qui est mon prochain ? »

Comme beaucoup de ses confrères du milieu clérical, le docteur de la Loi de l’évangile d’aujourd’hui soupçonnait Jésus de vouloir instaurer une religion nouvelle opposée à la religion traditionnelle, à la Loi et aux Prophètes. Sa question n’est pas innocente. Il interroge Jésus pour l’obliger à s’expliquer clairement : Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Jésus le renvoie à la Loi et l’invite à pratiquer ce qu’elle recommande. Par là même, il montre que son enseignement, loin de s’y opposer, s’enracine dans la Loi et la religion traditionnelle. Mais voulant se justifier et montrer qu’il est un croyant cherchant simplement à s’instruire, sans aucune arrière pensée hostile, il interroge Jésus de nouveau : Qui est mon prochain ? LeSeigneur le voit venir. Il sait que ce docteur de la Loi espère qu’on va lui répondre : ton prochain, c’est quelqu’un comme toi, de ton milieu, qui a les mêmes idées et les mêmes principes que toi, un croyant qui connaît bien l’Ecriture et la tradition, aussi lui prépare-t-il une bonne petite parabole qui va remettre les choses en place. Le prochain, c’est, non pas les gens de ta caste mais c’est tout le monde et n’importe qui ; et toi, docteur de la Loi, ne te crois pas meilleur que les autres. Plus d’une fois, ceux de ta caste qui savent très bien que la Loi demande qu’on aime son prochain sont les premiers à se dérober à cette obligation.

Quand le docteur de la Loi l’interroge : Qui est mon prochain ? Jésus, plutôt que de lui donner une réponse abstraite et théorique, lui propose une parabole. Sur la route de Jérusalem à Jéricho, une route infestée de brigands à cette époque, un voyageur, un Juif certainement, est attaqué et laissé à moitié mort sur le chemin par ses assaillants. Un prêtre et un lévite qui passent par là le voient mais passent leur chemin. Par contre un Samaritain s’arrête soigne le blessé, le transporte dans une auberge et laisse une certaine somme à l’ aubergiste pour qu’il poursuive les soins. Qu’est-ce que le Seigneur veut nous dire à travers le comportement de ces trois personnages ? Regardons d’abord les deux premiers. Une fois encore le Seigneur ne rate pas l’occasion de stigmatiser le comportement des prêtres, des lévites et du milieu clérical dans son ensemble Il n’est pas en bons termes avec eux. Avez vous remarqué qu’il n’a choisi aucun de ses apôtres parmi les prêtres les lévites ou les docteurs de la Loi qui étaient pourtant des gens instruits des choses de la religion, ils connaissaient les Ecritures et la Tradition mieux que quiconque. Il est allé appeler des pêcheurs du lac à peu près illettrés. St Pierre ne savait ni lire ni écrire, dit-on. Qu’est-ce qui déplaît à Jésus chez les clercs ?

Deux choses ; d’abord leur orgueil. Ils se servent de la religion pour se procurer du pouvoir, du prestige et de l’autorité sur le peuple . Mais la politique du Christ, ce n’est pas la recherche du pouvoir, c’est le service, et le service, c’est l’amour en actes.Dans la vie de tous les jours, l’amour se vit dans le service ; il n’y a qu’au cinéma que l’amour consiste à s’embrasser. Regardez une maman, toute la journée et plus d’une fois la nuit aussi, elle se donne au service de son enfant . La politique du Christ ce n’est pas le pouvoir mais le service, c’est le lavement des pieds. Le soir du Jeudi Saint il l’affirme caégoriquement Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites le vous aussi. La deuxième chose qui déplaît au Christ chez les clercs, c’est le fait qu’ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt, (Mt.23,4) comme il le dit en St. Mt. Et il fait exprès ici, dans la parabole qu’il invente, de montrer un prêtre et un lévite pris en flagrant délit de ne pas pratiquer ce qu’ils prêchent tous les jours : l’amour du prochain exigé par la Loi.

Et que veut-il nous dire à travers le bon Samaritain ? Ce Samaritain a tout contre lui. Il n’est pas un Juif de race pure, c’est un bâtard, un métis. De plus c’est un hérétique, les Samaritains laissent de côté une partie des textes de l’Ecriture, ils se sont bâtis un temple à Samarie et refusent d’aller prier au temple de Jérusalem. Juifs et Samaritains ne se fréquentent pas et ne se parlent même pas. Et voilà que lui, ce quasi-étranger, dont les divergences religieuses scandalisent les Juifs orthodoxes, se révèle quelqu’un qui pratique avec beaucoup de dévouement l’amour du prochain prescrit par la Loi. Le Seigneur veut signifier au docteur de la Loi qui l’interroge, aux Juifs qui sont en face de lui et à nous aussi aujourd’hui, que le prochain, ce n’est pas seulement celui qui est proche de nous parce qu’il a les mêmes idées et les mêmes coutumes que nous, mais c’est tout le monde et n’importe qui parce que nous sommes tous les enfants du même Père qui nous a créés à son image.

Nous aussi aujourd’hui, comme le docteur de la Loi de l’évangile , nous avons tendance à considérer comme notre prochain, uniquement ceux qui partagent nos idées, nos habitudes, notre façon de vivre et nous repoussons plus ou moins les autres. Spontanément je me méfie d’eux, je les soupçonne d’être plus ou moins anormaux. En Français, comment appelle-t-on les étrangers ? on les appelle « étrangers » : étrangers, nous les regardons comme étranges!!! En Anglais, c’est pire. Il y a deux mots pour désigner les étrangers foreigners ou aliens et alien veut dire incongru, bizarre, presque fou!!! Sans nous en rendre compte, nous en arrivons à mépriser, à condamner et même à rejeter ceux qui sont différents de nous. Notre étroitesse d’esprit atteint parfois le ridicule. On m’a raconté l’anecdote suivante : au pied d’un immeuble le concierge cause avec un des locataires : Vous connaissez les Untel au second ? Oui, bien sûr. __Ce sont des sauvages.__ Pourquoi dites vous cela ? Et le concierge d’expliquer : Ils mangent des oignons crus !!!

L’évangile nous oblige à modifier notre manière de juger en nous rappelant, comme le dit un chant que nous connaissons bien : Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu. Que j’en sois conscient ou non, que j’y croie ou non, avant d’être homme ou femme, de race blanche ou noire, Français ou Chinois, je suis et tout homme est une créature de Dieu. Nous sommes tous ses enfants. Nous sommes tous frères, d’une même grande famille, même si nous n’avons pas la même manière de parler, les mêmes habitudes, la même culture C’est pour cela que mon prochain, c’est tout le monde et n’importe qui, qu’il soit blanc ou noir, riche bourgeois ou SDF, instruit ou ignorant, Russe ou Ukrainien, Chinois ou Indien, Musulman, incroyant, Bouddhiste ou Chrétien. Et même s’il est mon ennemi. Aimez vos ennemis, nous dit l’évangile, afin d’être vraiment les fils de votre Père du ciel qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber sa pluie sur les justes et sur les injustes. (Mt.5,44,45)

Que retenir de tout cela ? 

Mon prochain, c’est tout le monde et n’importe qui, parce que tous nous sommes les enfants de notre Père du ciel qui nous a créés. Nous formons tous, malgré nos différences une seule grande famille. Le SDF que je voie dans ma rue comme l’Australien ou le Chinois du bout du monde que je ne connais pas, le Christ est mort pour lui, comme il est mort pour moi. Il est normal que je m’occupe davantage de mon prochain proche, ma femme, mes enfants, les gens de mon quartier que de mon prochain du bout du monde. Mais jamais je ne dois m’enfermer dans mon petit milieu en excluant les autres. Je peux être surpris face à un Ecossais en kilt, une musulmane en voile intégral ou une indienne en sari, n’empêche que nous sommes frères et soeurs, le même Dieu qui est en moi est en eux.