homélie

Toussaint Mercredi 1 Novembre 2023

Cet évangile des Béatitudes dresse le portrait de ceux qui se trouvent dans la situation la meilleure pour accueillir la parole et entrer dans le Royaume. La première Béatitude : Bienheureux les pauvres de cœur dit ce qui est indispensable, essentiel, fondamental pour accueillir cette Parole et  entrer dans le Royaume. Il est donc particulièrement important de bien la comprendre.

C’est quoi les pauvres de cœur ? les pauvres de cœur sont ceux qui qui voient qu’ils ne peuvent pas s’en sortir par eux-mêmes dans la vie et qu’ils ont besoin de l’aide de Dieu. Les pauvres de cœur ne sont pas nécessairement ceux qui sont pauvres matériellement, qui n’ont pas une grosse voiture, ni une belle maison, ni un rang élevé dans la société. Parce que s’il est vrai que la richesse peut être un gros obstacle qui empêche d’entrer dans le Royaume : il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume dit le Seigneur (Mt.19,24), la pauvreté aussi peut nous fermer à Dieu. Obsédés par le manque, il arrive que les pauvres ne pensent qu’à s’enrichir par tous les moyens et se retrouvent fermés au spirituel. Madeleine Delbrel, l’apôtre des pauvres d’Ivry disait : Il y a pire que les riches, c’est les pauvres. D’autre part, noyés dans le besoin, les pauvres peuvent vivre dans l’anxiété, ce qui est à l’opposé de l’attitude du chrétien qui évolue dans une atmosphère de confiance dans le Père qui veille sur lui. C’est pourquoi le sage du livre des Proverbes priait ainsi : Ne me donne ni pauvreté ni richesse, de crainte qu’étant comblé, je ne me détourne et ne dise : qui est Yahvé ? ou encore qu’étant indigent je ne dérobe et profane le nom du Seigneur. (Prov.30,8)

Alors qui sont les pauvres de cœur ? Ce sont ceux qui, comme St Paul, constatent : le bien que j’aime, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas je le fais, hélas je suis pauvre ! dit la traduction malgache de l’épitre aux Romains (Rom. 7,19). On est pauvre de coeur quand on voit que malgré tout ce qu’on peut avoir comme qualités, comme talents, comme richesses, comme instruction, comme culture, comme expérience, on n’arrive pas à grand-chose : on n’est pas capable d’aimer son conjoint comme il le faudrait, d’élever ses enfants comme on le voudrait. Où trouve-t-on les pauvres de cœur ? Dans toutes les classes de la société, parmi les riches comme parmi les pauvres, mais peut-être davantage parmi les pauvres, parce que quand on est pauvre, il est plus facile de se rendre compte qu’on a besoin de l’aide de Dieu, alors que si on est riche, on est facilement tenté de croire qu’avec son argent on s’en sortira toujours.

Pourquoi les pauvres de cœur sont-ils bienheureux ? Parce que, étant dans la peine et la souffrance, ils se tournent alors vers le Seigneur qui vient à leur aide. Moi, je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi dit le ps.40, car les pauvres sont les préférés du Seigneur. Il nous le confie à travers Isaïe le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur qui je porte les yeux c’est le pauvre et le cœur contrit ; (Isaïe 66,8) Quel paradoxe étonnant et merveilleux : les pauvres de coeur qui devraient être malheureux puisqu’ils n’arrivent à rien par eux-mêmes se retrouvent bienheureux parce que dans leur malheur ils se sont tournés vers Dieu qui leur a donné ce que toute leurs richesses, tous leurs talents, toute leur culture ne pouvaient leur donner.

Et dans les autres béatitudes, on retrouve le même paradoxe : Bienheureux ceux qui pleurent. Ils devraient être malheureux, mais pleurant parce qu’ils ne sont pas satisfaits des petits bonheurs de la


terre, ils se tournent vers le Seigneur qui veut leur donner la plénitude de sa joie, bien supérieure aux petits bonheurs d’ici-bas., bien supérieure aux petits bonheurs d’ici-bas. Au soir du Jeudi Saint, résumant son enseignement, Jésus disait : je dis tout cela…afin qu’ils aient la plénitude de ma joie. (Jean17,13)

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice. Ils devraient être malheureux parce qu’ils souffrent d’un manque de justice. Eh bien non, ils sont bienheureux parce qu’ils cherchent la vraie justice que le Seigneur nous apporte, bien supérieure à la justice des hommes. Dans la Bible, la justice de Dieu est synonyme à la fois de vérité et de miséricorde.

Heureux les doux, les miséricordieux ; ils devraient être malheureux parce que dans notre monde, il faut être dur si on ne veut pas être écrasé. Eh bien non parce que recherchant davantage que ce que la violence peut offrir, ils ont reçu du Seigneur l’amour qui leur permet d’apporter la paix à laquelle tout le monde aspire, même les violents.

En un mot les Béatitudes veulent nous dire que ceux qui ne sont pas satisfaits de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont, sont bienheureux parce que dans leur faiblesse et leur misère, ils ont envie de Dieu, ils ont envie de recevoir l’aide de Dieu et le Seigneur les comble, parce que ce qu’il veut, le Seigneur, c’est que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance. (Jean 10,10 )

Bienheureux les pauvres qui ne sont pas satisfaits avec les richesses qu’ils ont, parce que je suis venu apporter les vraies richesses.

Bienheureux ceux qui pleurent, qui ne sont pas satisfaits avec leurs petits bonheurs, parce que je suis venu apporter le vrai bonheur qui va combler leurs désirs.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, qui ne sont pas satisfaits avec la justice des hommes, parce que je suis venu apporter la vraie justice.  

Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de moi, parce ce qu’ils ne sont pas satisfaits avec le monde entier, il leur faut encore le Dieu qui l’a créé.

En un mot, les Béatitudes, ce n’est pas pour les médiocres qui se contentent de peu ou de pas grand-chose.

Que retenir de tout cela ?

Les Béatitudes, c’est pour ceux qui ne sont pas satisfaits de ce qu’ils ont et de ce qu’ils sont. Dans leur faiblesse et leur misère, ils ont envie de Dieu et de ses dons.

Les Béatitudes, c’est pour les ambitieux qui veulent plus et mieux que ce que le monde peut leur offrir.

Les Béatitudes, est-ce que c’est pour nous ? Oui, si nous ne sommes pas satisfaits avec les biens d’ici-bas, si nous avons envie de plus et de mieux, si nous sommes convaincus comme St Augustin  Tu nous as faits Seigneur pour Toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi, et si nous mettons notre espérance comme St Paul en Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)


Peut-on commander d’aimer? Dimanche 29 octobre

Dimanche 29 Octobre 2023

Jésus mettait tout le monde dans l’embarras. Certains le prenaient pour un juste, d’autres pour un hérétique. Il répandait des idées nouvelles inquiétantes pour ceux qui étaient attachés aux traditions. Il affichait un anticléricalisme agressif visant non seulement les prêtres mais les lévites, les docteurs de la Loi, les saducéens et les pharisiens.  L’un d’eux lui pose donc une question de fond, espérant par-là l’obliger à   dévoiler sa déviance : Dans la Loi, quel est le plus grand commandement ? Mais Jésus va lui donner une réponse on ne peut plus orthodoxe, fondée sur l’Écriture. Le premier commandement, c’est : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme et de tout ton esprit comme on peut le voir dans le livre de l’Exode. Et le second qui lui est semblable, c’est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, comme dit le Lévitique. Le questionneur en est pour ses frais.

Mais la réponse de Jésus nous pose à nous aujourd’hui une nouvelle question : peut-on commander d’aimer ? Aimer, cela ne se commande pas. Pourquoi faudrait-il-il aimer Dieu ? Et d’abord pourquoi aime-t-on quelque chose ou quelqu’un ? On aime une chose ou une personne parce qu’elle vous plaît, vous attire. Qu’est-ce qui nous plaît ou nous attire en Dieu ? Ce qui nous attire, c’est que Dieu, c’est la vie, la force du créateur. Un Dieu créateur, on est impressionné par la puissance qu’il représente, on veut l’avoir pour allié, être de son côté. Mais en même temps on le craint :   sa toute-puissance fait peur et dans la mesure où il est mystérieux, inaccessible, inconnu, il fait encore plus peur. Pas possible de l’aimer dans ces conditions.

 Mais notre Dieu à nous, chrétiens, n’est pas inconnu. Et il n’est pas non plus un Dieu tout puissant Au long des siècles il s’est fait connaître à travers les sages et les prophètes et finalement le Christ a achevé de nous révéler que notre Dieu n’était pas une force brute, un Dieu créateur à la toute-puissance effrayante, mais un Dieu Amour. Chez lui la toute- puissance obéit à l’Amour. C’est un Père qui nous aime comme ses enfants, qui veille sur nous, qui ne pense qu’à nous rendre heureux, qui veut ce qu’il y a de mieux pour   nous. A tel point qu’il est allé jusqu’à envoyer son Fils parmi nous et le Christ s’est fait homme pour qu’il n’y ait plus de distance entre Dieu et les hommes. En Jésus la divinité et l’humanité ne font qu’un. De même en chaque baptisé la divinité entre dans l’humanité. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu disait St Irénée.

Voilà qui change tout. Tant qu’on avait affaire à un dieu mystérieux à la toute-puissance effrayante, il fallait lutter contre lui pour arriver à ce que ce dieu énigmatique et lointain se tourne vers nous et nous vienne en aide. Il fallait lui adresser de longues prières, lui offrir des sacrifices onéreux, les plus belles bêtes de son troupeau et parfois même des sacrifices humains, un enfant, un jeune homme, une jeune fille, pour apaiser sa colère, vaincre son indifférence et obtenir ses bonnes grâces.

Mais si Dieu est un Père qui nous aime, cela change tout. Et le Christ met les points sur les i dans l’évangile : Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens, ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant même que vous le lui demandiez. (Mt.6,7,8) St Paul va même jusqu’à nous recommander de rendre grâces, avant même de recevoir la réponse à nos prières, tellement nous pouvons être sûrs qu’elles seront entendues : Ne soyez inquiets de rien, mais…par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu. (Phil.4,8) Désormais, nous pouvons aimer Dieu ; il n’est pas un inconnu inquiétant ni un Être à la toute-puissance redoutable, mais un Père qui nous aime. Et la bible, d’un bout à l’autre, nous fait découvrir ses qualités, en particulier sa bonté, sa bienveillance et sa miséricorde infinies : Tu fermes les yeux sur les péchés de hommes pour qu’ils se repentent. Oui, tu aimes tous les êtres et n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formée. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue, comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sagesse,11, 24-26) Un Dieu pareil, impossible de ne pas l’aimer.

Le deuxième commandement : aimer le prochain, fait beaucoup plus problème. Les justes et ceux qui nous sont sympathiques, oui, on peut les aimer, mais les autres, les voleurs, les assassins, les terroristes, comment les aimer ? Comment le Christ fait-il pour aimer les pécheurs ? Il ne les aime pas parce qu’ils sont pécheurs. Mais parce que même chez le pire d’entre eux, il reste toujours un petit rien de bon grain sur lequel il se précipite à la première occasion pour le sauver, comme on le voit avec le bon larron. Il n’approuve pas ses crimes, mais dès que ce dernier a une parole de repentir, le Seigneur lui ouvre les portes du paradis. C’est ce parti pris de bienveillance absolu que le Seigneur nous demande d’imiter. Lui, il suffit d’un petit rien de bon grain chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup d’ivraie, pour qu’il l’aime. Nous au contraire, il suffit d’un petit rien d’ivraie chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup de bon grain, pour qu’on le rejette. Il va falloir nous battre chaque jour pour que l’amour en nous l’emporte chaque jour sur l’égoïsme.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui nous replace devant l’essentiel de notre foi : il s’agit d’aimer Dieu et d’aimer notre prochain.

Pourquoi aimer Dieu ? Parce que, contrairement aux dieux des anciennes religions qui sont des dieux tout puissants, effrayants, mystérieux, lointains, impénétrables, par conséquent on ne peut que les craindre, notre Dieu est un Dieu qui se révèle et se fait connaître   comme un Père, un Dieu Amour. En lui la toute-puissance obéit à l’amour. Il nous aime comme ses enfants. Il n’a pas d’autre projet, d’autre volonté, que de partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. Face à nos péchés sa miséricorde est infinie. Un Dieu pareil, on ne peut que l’aimer en retour.

Mais cette bonté infinie du Seigneur à notre égard nous oblige à la même bonté envers le prochain.  Soyez bons les uns pour les autres,  nous recommande St Paul, imitez Dieu , pardonnez vous mutuellement comme Dieu vous a pardonnés en Christ …Vivez dans l’amour  comme le Christ vous a aimés (Eph.4,32 -5,1) L’amour est la source de tout ce qui vit, de toute vie. Infiniment plus qu’une qualité ou une vertu, l’amour c’est l’énergie créatrice de la vie. S’il y a des choses plutôt que rien, s’il y a un univers grouillant de vie, c’est à cause du dynamisme d’amour de Dieu qui se répandant en dehors de lui, a créé tout ce qui vit. S’écarter de l’amour, c’est aller vers le néant et la mort. L’égoïsme, avant d’être un défaut ou un péché est une pathologie mortifère.

Dieu qui est amour est la seule source d’amour Nous qui ne sommes pas Dieu, nous sommes incapables d’aimer d’amour. L’amour n’est pas un sentiment humain. Mais parce que nous sommes créés à l’image de Dieu, nous parvenons quand même à aimer d’amour. Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur afin qu’il nous « christifie » toujours davantage comme le dit la prière de la consécration (3°prière eucharistique) : Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons : sanctifie le par ton Esprit pour qu’elles deviennent, c’est à dire pour que nous devenions le corps et le sang de Jésus-Christ notre Seigneur.

Rendre à Dieu ce qui lui appartient, baptême de deux enfants à la Bassée

Chers frères et sœurs,

Comme les dimanches précédents, l’évangile que nous venons d’entendre se situe dans le Temple, dans le cadre de l’affrontement verbal entre Jésus et ses adversaires après qu’il a chassé les vendeurs de ce lieu saint.

Aujourd’hui, ce sont les pharisiens qui s’entourent des hérodiens pour lui tendre un piège. Après des flatteries qui l’invitent à parler franchement pour dire la vérité sans se laisser influencer par personne, ils lui posent la question : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? ». La question est fléchée, les pharisiens veulent qu’il réponde oui ou non. S’il répond oui, il est un collaborateur de Rome et ne peut être le Messie. S’il répond non, les hérodiens, dont le pouvoir dépend des romains peuvent le dénoncer à eux.

Jésus comprend le piège et les démasque directement :« Hypocrites ! ». Puis il les renvoie à eux-même en les confrontant aux pensées de leur propre cœur : « pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? »

Ensuite, demandant qu’on lui montre une pièce de monnaie, il leur répond de manière pragmatique et néanmoins très profonde.

Pragmatiquement, en leur faisant sortir une monnaie et reconnaitre l’effigie de César dans l’enceinte du Temple, où les images humaines n’étaient pas permises, il leur fait reconnaitre qu’eux-mêmes utilisent la monnaie de César, et donc reconnaissent et vivent sous son pouvoir. En leur disant « rendez à César ce qui est à César » Jésus reconnait la légitimité du pouvoir politique qui a été remise par Dieu à une autorité terrestre pour organiser la société et promouvoir le bien commun. C’est le sens de la première lecture dans laquelle Isaïe affirme que c’est Dieu qui a remis un titre à l’empereur Cirus. Si le pouvoir politique est confié par Dieu, payer l’impôt à César n’est pas un acte d’idolâtrie.

Cependant de manière plus profonde, derrière l’affirmation « rendez à César ce qui est à César » Jésus veut dire également « ne rendez à César QUE ce qui est à César » c’est-à-dire l’organisation du bien commun. C’est le sens de l’affirmation « rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Dieu est l’unique, qui seul mérite notre adoration. Dieu est le créateur auquel nous appartenons. Adorer les idoles de l’argent, du pouvoir, de l’orgueil, c’est refuser de rendre à Dieu ce qui lui appartient, nous-mêmes, qui sommes invités à rendre gloire à Dieu par notre vie.

En réfléchissant au sens des deux baptêmes de … et … dans quelques instants j’ai pensé à la lecture traditionnelle de cet évangile qu’on fait de nombreux pères de l’Église. Pour eux, il existe une autre monnaie frappée d’une image, cette monnaie c’est nous-même. Avant même notre baptême, nous partageons avec tous les humains d’être créés « à l’image de Dieu » (Gn 1,27) et de lui appartenir. Dieu a imprimé sa marque de fabrique en tout être humain, croyants de toutes les religions ou non. Mais cette image doit devenir visible par notre vie et cela c’est le propre des chrétiens. Nous sommes chrétiens pour rendre gloire à Dieu, le rendre visible par notre vie. Et celui qui nous permet de rendre visible l’image de Dieu, c’est Jésus, l’image du Dieu invisible (Col 1,15). Dans quelques instant la vie de Jésus va être déposée dans le cœur de ces enfants par le baptême. Vous parents, parrains et marraines prenez aujourd’hui l’engagement de prendre soin de la vie de Jésus en ces enfants. Cela implique de les aider à le connaitre progressivement par l’exemple de votre vie, par l’enseignement de la foi en famille, par la participation au catéchisme. Cela implique de les aider peu à peu à développer leurs talents et capacités humaines, à collaborer à la vie de l’Esprit Saint qui va venir demeurer en eux dans quelques instants. C’est une lourde responsabilité. Il s’agit de former non seulement des citoyens, qui rendront à César ce qui est à César, en cherchant le bien commun avec tous les humains de bonne volonté, mais il s’agit aussi de leur permettre de rendre à Dieu, ce qui lui appartient, la gloire de notre vie.

Et nous tous ici rassemblés demandons nous si nous rendons à Dieu ce qui lui appartient : nous-mêmes.

Amen.  

Dimanche  15  Octobre  2023                                              Fournes

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Comme dimanche dernier et le dimanche précédent, l’évangile d’aujourd’hui nous parle d’invités  qui ne veulent pas répondre à l’invitation qui leur est adressée L’invitation est alors adressée à d’autres. Au lieu de revenir encore sur ce thème, je vous propose de consacrer l’homélie   à quelques réflexions sur la messe. Actuellement, notre manière de participer à la messe est infiniment supérieure à ce qu’elle était autrefois. Mais on peut toujours améliorer les choses.  

La messe comporte trois parties. La première qui va jusqu’à l’offertoire, constitue la liturgie de la parole. C’est un temps de préparation au sacrifice. Après avoir demandé pardon pour nos fautes, nous écoutons les lectures et l’homélie. On s’habille le cœur, dirait le petit prince de Saint-Exupery.  Puis vient  la deuxième partie, de l’offertoire au Notre Père, c’est le temps du sacrifice, la partie la plus importante de la messe. Et puis,  à partir du Notre Père, jusqu’à la fin, c’est la troisième et dernière partie, la communion,  qui couronne le tout. Je ne parlerai aujourd’hui que de la deuxième partie, la partie sacrifice.

Qu’est-ce que c’est le sacrifice de la messe ? C’est l’actualisation du sacrifice de Notre Seigneur mort sur la croix il y a deux mille ans, par lequel nos péchés ont été pardonnés et par lequel nous avons été réconciliés avec le Père. Ce sacrifice agit encore pour nous aujourd’hui. Tout se passe comme si le sacrifice du Christ avait lieu pour nous aujourd’hui, puisqu’il   obtient le pardon de nos péchés d’aujourd’hui et notre réconciliation avec le Père aujourd’hui La messe n’est donc pas une simple commémoration du passé, une sorte de cérémonie du souvenir, mais l’actualisation de quelque chose qui s’est passé il y a longtemps, mais qui continue d’agir pour nous aujourd’hui.

Qu’est-ce qui se passe à la messe ? Nous offrons au Père le sacrifice du Christ « Reçois, Père le sacrifice de ton Fils mort pour nous il y a deux mille ans. Que les fruits de ce sacrifice retombent sur nous encore aujourd’hui. » L’essentiel de la messe, c’est ça. Et comme nous sommes sûrs que ce sacrifice sera accepté par le Père parce que le sacrifice de son Fils est un sacrifice pur et saint, un sacrifice parfait, ainsi que le dit une prière de la messe, et comme ce sacrifice nous obtient à chaque fois  le pardon de nos fautes et la réconciliation avec le Père, c’est avec joie et dans l’action de grâces que nous offrons le sacrifice de la messe . C’est pour ça qu’on l’appelle sacrifice eucharistique du grec eucharizein : rendre grâces. C’est peut-être là que nous avons encore à faire des progrès. Nos messes sont souvent d’un recueillement impressionnant, mais nous sommes encore un peu trop guindés pour exprimer notre joie et notre action de grâces à travers les acclamations après l’élévation et avant le Notre Père ou les chants du gloria et de l’alleluia.

Mais à la messe, nous n’offrons pas seulement au Père le sacrifice du Christ, nous nous offrons aussi nous-mêmes. Alors que nous ne le méritons pas, il nous offre cette promotion extraordinaire : nous unir à lui, nous ne pouvons pas rester passifs à applaudir : Vive J.C. qui pardonne nos fautes, nous unit à lui et nous réconcilie avec le Père ! La  moindre des choses c’est que nous nous avancions vers lui, pour nous offrir à lui  pour être unis à lui, nous, notre vie et  notre travail . Seigneur, vous voulez nous unir à vous, eh bien, nous aussi, nous voulons nous unir à vous. D’ailleurs St Paul nous y exhorte vigoureusement : Je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivantsaint et agréable à Dieu (Rom.12,1)  

Comment allons-nous faire pour nous offrir à lui ? Cela commence à l’offertoire. Nous offrons le pain fruit du travail des hommes et de la terre, le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes   pour qu’ils soient consacrés et deviennent le pain de la Vie, le vin du Royaume éternel. Le but de


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notre prière à l’offertoire c’est donc d’être unis au Christ comme le dit la prière du prêtre en versant  un peu d’eau dans le calice : Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliancepuissions nous être unis à la divinité de  celui qui a voulu prendre part à notre humanité.    

Après l’offertoire  notre démarche d’offrande se poursuit dans  une longue prière qui va de la préface au Notre Père, où, après un temps de louange et d’action de grâces, nous nous tournons vers le Seigneur : Nous te supplions de consacrer les offrandes que nous t’apportons.Sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent  pour nous le corps et le sqng de J.C.N.S.  C’est-à-dire pour que nous devenions le corps et le sang du Christ, pour que nous devenions Christs. Voilà le but principal de la messe. Nous christifier,  nous faire Christs. Déjà par le baptême nous sommes unis au Christ , mais comme notre inattention,  nos négligences et nos fautes détériorent cette union, nous avons besoin de la renouveler et de la renforcer. C’est pourquoi l’Eglise a établi  l’obligation de la messe du dimanche.

Le processus de notre christification commence à l’offertoire où avec l’offrande du sacrifice du Christ  nous nous offrons nous-mêmes. Il s’opère à la consécration où le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ, avant de se réaliser pleinement à la communion où le Christ pénètre en nous. La messe n’est donc pas une simple prière de louange, de pardon, de demande ou d’action de grâces c’est d’abord et surtout un sacri–fice qui nous fait sacrés, qui nous christifie ou plus exactement qui renforce la consécration et la christification de nous-mêmes déjà commencées le jour de notre baptême.En même temps la messe opère une certaine consécration du monde.

Car la messe n’est pas une petite affaire privée, confidentielle, individuelle. A la messe, c’est la création tout entière qui chante ta louange dit le texte de la liturgie et nous prions explicitement : par le sacrifice qui nous réconcilie avec toi, étends au monde entier le salut et la paix.  

On va à la messe pour être plus un avec le Christ, mais on peut aussi aller à la messe pour d’autres raisons. Pour obtenir une grâce, une guérison par exemple, pour remercier le Seigneur pour une grâce obtenue, pour demander le pardon de ses fautes ou encore  pour les défunts. Mais le sens et le but premier de la messe, c’est d’abord de rendre grâces pour le salut que nous obtient le sacrifice du Christ et nous offrir pour être toujours mieux unis à lui.

En un mot

A la messe, nous offrons dans l’action de grâces le sacrifice du Christ qui nous purifie, et nous unit à lui, auquel nous joignons l’offrande de nous-mêmes, de notre travail, de notre monde. Nous  supplions le Seigneur de consacrer ces offrandes, de les sanctifie  par son Esprit pour qu’elles deviennent, pour que nous devenions le corps et le sang de JCNS. La  messe, est donc un sacrifice qui nous christifie ou plus exactement qui renforce la consécration et la christification de nous-mêmes commencées le jour de notre baptême.

Je me demande si nous réalisons l’énormité  de tout ce que nous apporte notre participation à la messe ? Nous sommes remis à neuf par le sacrifice du Christ qui en nous pardonnant  nos péchés  nous unit plus étroitement à lui. Il ne s’agit pas d’un simple ravalement de façade, nous sommes renouvelés en profondeur .  En nous faisant devenir toujours davantage d’autres Christs, la messe nous rend capables  de remplir la mission qui nous est confiée d’apporter la Bonne Nouvelle à ceux qui ne la connaissent pas ou qui l’ont oubliée et de transformer notre monde en un monde de paix, de justice et de charité. Aussi, n’est-ce pas étonnant si la partie sacrifice de la messe se termine, avant le Notre Père, par une acclamation joyeuse et triomphale : Par Lui, (le Christ) avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père tout-puissant tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles


Dimanche  8  Octobre   2023

A travers cette parabole, ce sont les grands prêtres et les anciens qui sont visés, ainsi que tous ceux  qui refusent d’entendre la parole du Christ. Quand ce dernier parle des serviteurs du Maître qui sont frappés, lapidés ou  tués, ses auditeurs comprennent tout de suite qu’il fait allusion aux prophètes que leurs ancêtres ont martyrisés. D’ailleurs il leur dira un jour ouvertement : Vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes et les justes, depuis Abel jusqu’à Zacharie que vous avez assassiné entre le trône et l’autel (Mt.23,35). Et après leur avoir rappelé la prophétie du Ps.118 : la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, c’est-à-dire : moi, que vous rejetez, me voici devenu la pierre d’angle du royaume, il leur donne le coup de grâce : Je vous le dis : le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. Autrement dit:vous qui deviez être les premiers citoyens du royaume puisque Yahvé  a fait alliance  avec Abraham, votre ancêtre, vous  qu’il  a formés ensuite par toute une série de sages et de prophètes, en refusant aujourd’hui de recevoir ma parole, vous vous excluez du royaume qui,  dorénavant, est offert à tous ceux qui accueilleront cette parole, quels que soient leur race et leur pays d’origine. Evidemment les grands prêtres et les anciens sont profondément humiliés  et vexés par ces déclarations de Jésus.

Nous autres actuellement, nous sommes  cette nation composée d’hommes de toutes races et de tous pays à qui est offert l’accès au royaume. Le Seigneur s’est révélé à nous à travers l’Ecriture, l ’Eglise et les sacrements. Mais que veut-il dire lorsqu’il  déclare que la nation à qui le royaume est offert aura à produire des fruits ? Il veut dire que nous n’avons pas accès à un  royaume déjà constitué, mais que nous avons à construire ce royaume. Il nous donne la vie, l’intelligence, des talents, il nous place  quelque part dans l’univers pour bâtir, là où nous sommes, le royaume, c’est-à-dire pour transformer un monde plein de violence et d’injustices  en un royaume  où  règnent la paix, la justice, la charité. L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle la dignité  de notre vocation, l’ étendue de nos responsabilités, la grandeur de notre tâche. J’ai peur que bien souvent nous oubliions cette dimension de notre existence. Nous nous enfermons dans un monde étriqué comme tous ces honnêtes gens que nous rencontrons dans la rue, tenant leur tablette devant leur visage, ne voyant pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez, c’est le cas de le dire. Nous ne voyons pas le sens devant Dieu de nos actions, par delà leur signification et leur portée immédiates. Chacun fait de son mieux pour assurer le bonheur des siens, bien élever ses enfants, leur procurer une bonne situation, ne faire de mal à personne, aider ses voisins, spécialement les personnes seules ou âgées. Tout cela est très bien. Il n’y a rien de mal. Sauf que nous menons notre vie comme si c’était une activité profane,  sans nous rendre compte qu’ à travers le travail de chaque jour, nous sommes  déjà en train de remplir une tâche que le Seigneur nous a confié et  de construire le royaume.

     Oubliant que je suis envoyé construire le royaume, je crois être un travailleur  indépendant, patron de son affaire, un entrepreneur établi à son compte. Ma famille, ma profession, je crois c’est mon petit business, une activité profane, alors que ce sont là des responsabilités que me confie le Seigneur. Le maître de la moisson, le maître du royaume, je n’ai rien contre. Bien au contraire, je lui demande de bénir mes efforts et de m’accorder sa grâce afin que mon  petit business marche le mieux possible et que ma volonté soit faite avec le moins d’ennuis possibles. Mais   ne voyant  que le sens immédiat de ce que je fais, j’oublie que tout travail  humain est collaboration  à la création et développement de cette création. Un gamin qui apprend à lire à l’école, il développe l’intelligence que Dieu lui a donnée, un chercheur qui découvre un nouveau médicament, la maîtresse de maison qui gère son foyer, le médecin qui soigne des malades, l’architecte qui construit un bâtiment, l’employé municipal qui vide les poubelles, tous ceux grâce à qui l’eau coule aux robinets et  le courant électrique arrive dans chaque maison et jusqu’à ce micro devant moi, ils contribuent à faire que le monde du Bon Dieu tourne plus rond.  Et je ne vois pas non plus que mon métier quel qu’il soit  comporte toujours un service des autres, que je sois pharmacien, curé, boulanger, ingénieur ou chauffeur de bus. Or ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40).

Cela veut dire que travailler à la vigne, construire le royaume, ce n’est pas faire des choses en plus, en dehors  de celles que nous faisons. C’est dans  ce que nous faisons déjà, à travers nos travaux quotidiens que nous travaillons à la vigne, que nous construisons le royaume. Mais nous n’en avons pas conscience. Nous sommes comme ces ouvriers d’un chantier naval dont parle Saint Exupery. Myopes et le nez contre, dit-il, ils ne voient pas le but final de leur travail Le charpentier te parle de ses planches, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles et tous oublient la mer. Myopes et le nez contre, ils ne voient qu’un tas de planches, un tas de clous, un tas de voiles et ils ne voient pas qu’ils sont en train de construire un bateau qui bientôt va naviguer sur la mer.

Voyez dans l’évangile, comment le Christ parlant du jugement dernier, décrit les choses Alors le roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous… parce que vous  avez fait vos prières, parce que vous êtes allés à la messe, le dimanche ? Non Mais parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire etc……Alors les justes lui répondront Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir  affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ?(Mt.25,34…) Myopes et le nez contre, ils n’auront pas vu qu’ils travaillaient à la vigne, qu’ils construisaient le royaume avec ce pain et cette boisson partagés. Ils  n’auront pas vu que le pain et la boisson partagés n’étaient pas des trucs profanes. Ils n’auront pas vu que le pain et la boisson partagés étaient tout imbibés et détrempés et resplendissants de charité. Ils n’auront pas vu que ce pain et cette boisson partagés, d’une valeur de quelques euros avaient une valeur autrement plus grande aux yeux de Dieu.  Et nous aujourd’hui nous ne sommes pas plus malins. Nous n’arrivons toujours pas  à voir la valeur devant Dieu des travaux que nous appelons bêtement matériels ou profanes.

Que retenir de tout cela ?

Cette parabole que nous venons d’entendre nous rappelle que nous sommes tous appelés à travailler à la vigne du Maître, à construire le royaume, c’est-à-dire à transformer notre monde rempli d’injustices, de conflits et de haine en un monde où règnent la paix, la justice et  la charité.

                                         Alors que faut-il faire ? Rien. Rien d’autre que ce que nous faisons tous les jours, mais le faire autrement, en voyant au-delà du sens immédiat de ce que nous faisons, le sens et la valeur devant Dieu de nos gestes.  Quel que soit notre travail, ce travail contribue à étendre, à développer la création et permet au monde du Bon Dieu de tourner un peu plus rond. Sans compter que tout travail comporte toujours une part un service des autres. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait.

Nous ne sommes pas n’importe qui. Nous sommes des collaborateurs de Dieu. Et, disait je ne sais plus qui,  si noble est le poste   que Dieu nous a confié, qu’il ne nous est pas permis de déserter.

« Mon enfant, va travailler à ma vigne » 26e dim T.O. année A 1er octobre 2023, église Saint Benoit Labre

« Mon enfant, va travailler à ma vigne »

Dans un contexte de tension avec les chefs des prêtres et les anciens, après que Jésus a chassé les vendeurs du Temple, Jésus met en scène deux fils qui entendent cet appel. « Mon enfant, va travailler à ma vigne ».

Ce dimanche, laissons résonner dans notre cœur ses paroles : « Mon enfant, va travailler à ma vigne ».

Et demandons-nous quel type de fils nous sommes.

Pour Jésus, le premier fils, celui qui dit « je ne veux pas » ce sont toutes les personnes qui refusent d’abord de pratiquer la Loi, comme les publicains, les prostituées et les pécheurs, ceux qui ne fréquentent pas le Temple parce qu’il ne se considèrent pas dignes, mais qui un jour ont reçu la grâce d’une conversion, c’est-à-dire de recevoir la parole de Jean Baptiste comme annonçant la venue du Messie. Ils ont le cœur ouvert, peut être parce qu’ils ont senti l’impasse de leur propre vie, et ont senti la nécessité de recevoir le pardon de leurs fautes, la soif d’une vie libérée du péché.

Le second fils celui qui dit « oui Papa » mais qui ne va pas travailler à la vigne, ce sont les grands prêtres et les anciens, les pharisiens, tout ceux qui pratiquent la loi, tous ceux qui prient, mais dont les actes ne produisent pas de fruit de conversion (Mt 3,8). Ils ont refusé de croire à la parole de Jean Baptiste qui appelait à la justice et à la conversion de péchés. Ils restent cantonnés dans la sécurité apparente que leur donne la pratique de la loi, sans voir que le péché habite leur cœur par le sentiment de supériorité et les arrangements qu’ils font avec la justice.

Il ne s’agit pas pour Jésus de dire que la pratique religieuse est mauvaise et qu’il faudrait vivre comme les prostitués et les pécheurs en dehors de la loi. Non, mais il souligne combien les premiers sont ouverts à la grâce et les second lui sont fermés.

Et quel est le signe pour Jésus que la grâce nous a touché, que nous sommes proches du Royaume des cieux ? Ce sont nos actes. Pour Jésus les paroles, les prières sans les actes n’apportent pas le salut. « Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7,21).

Alors ce matin, prenons conscience comme les hébreux dans la première lecture de la responsabilité de nos actes. Ils se révoltent un peu contre le prophète Ézéchiel parce qu’ils pensaient que tous leurs malheurs venaient de la faute de leurs pères. Ézéchiel leur dit que la vie ou la mort spirituelle dépend de leurs actes. Non pas de leur passé de juste ou de pécheur mais de leur conversion aujourd’hui.

La seconde lecture peut aussi nous permettre de vérifier où nous en sommes dans les relations avec nos frères et sœurs, où se vérifie toujours ou pas, notre conversion. « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. » le signe de la conversion, c’est l’humilité, l’ouverture aux intérêts des autres, les contraire de l’orgueil et de l’égoïsme ou de l’esprit de chapelle.

Le chemin de la conversion est long et jamais acquis une fois pour toute, mais sur ce long chemin, nous pouvons compter sur la grâce de Dieu, elle a touché les prostituées, les publicains et les pécheurs, elle ne demande qu’à se donner à nous en abondance.

Amen. 

Dimanche  1  Octobre  2023       Beaucamps

             

Jésus s’adresse  aux grands prêtres et aux anciens du peuple qui lui sont franchement hostiles. Ils viennent de l’interpeller sèchement, essayant de le faire taire : En vertu de quelle autorité parles-tu ? Et  qui t’a donné cette autorité ? (Mt.21,23) Ils savent bien que Jésus n’a fréquenté aucune école rabbinique et puis, ils sont vexés de voir la foule préférer son enseignement au leur et de voir leur prestige s’effondrer tandis que la renommée de Jésus s’accroît de jour en jour. Ils se croient justes et supérieurs aux autres parce qu’ils respectent scrupuleusement la Loi et ont toujours des paroles pieuses à la bouche. Le Seigneur va les remettre en place à travers la parabole des deux fils envoyés à la vigne où l’on voit que pour être un bon fils, les belles paroles ne suffisent pas, il faut faire la volonté de son père. Dans la parabole, le véritable bon fils c’est celui qui va travailler à la vigne, comme le lui demande son père, même s’il a commencé par dire : non, je n’irai pas.

Il y a là pour nous un double enseignement. D’abord il ne suffit pas de dire, il faut faire : Ce n’est pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des Cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père. (Mt 7,21)   Ensuite, deuxième enseignement : attention ! il y a de mauvais fils qui se convertissent et deviennent de bons fils. Donc ne nous estimons pas trop vite être des justes, supérieurs aux autres. Parce que ces « autres » peuvent se convertir et devenir meilleurs que nous ! Souvenons-nous du bon larron, le champion des ouvriers de la onzième heure ! Jésus a cette parole cinglante pour les prêtres, les anciens du peuple et tous ceux qui baignent dans le même orgueil : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume des cieux, parce qu’ils se sont repentis. Voilà qui doit nous faire réfléchir. Est-ce que nous ne serions pas quelquefois un peu trop sûrs de nous à la manière de ces grands prêtres et de ces anciens que le Christ remet en place ? Mais surtout l’évangile d’aujourd’hui nous amène à nous demander : est-ce -ce que je suis comme le bon fils qui va travailler à la vigne ou est-ce que je suis comme le mauvais fils qui n’y va pas ?

Difficile de répondre à cette question. Il y a des moments où je me comporte comme le bon fils de l’évangile, c’est vrai, je puis le dire sans tricher. Mais parfois aussi je n’en fais qu’à ma tête, je ne veux pas faire ce que le Seigneur me demande parce que cela me dérange. Si bien que finalement, je ne suis ni un bon ni un mauvais fils, je suis quelque part entre les deux. Je veux être un bon fils. Je voudrais faire la volonté de Dieu parce que je crois que Dieu est un Père qui m’aime et veut ce qu’il y a de mieux pour moi. Mais je n’y arrive pas. Je suis comme St Paul qui disait : Je ne fais pas le bien que j’aime et je fais le mal que je n’aime pas. (Rom.7,19) Tantôt je m’écoute, tantôt j’écoute la voix du Seigneur. Tantôt je m’écoute, c’est-à-dire que je me fais passer avant Dieu. Ce qui l’emporte, c’est moi, ce que j’aime, ce que je veux, ce qui me tente, sans tenir compte de Dieu ni de sa volonté. Tantôt j’écoute la voix du Seigneur, je le fais passer avant moi. C’est comme un appel qui m’embête, qui me gêne, qui contrarie mes désirs et mes projets, mais je ne peux pas m’empêcher d’être quand même attiré par lui. Jérémie est passé par là avant nous. Comme Yahvé l’envoyait annoncer des prophéties de malheur, les gens se moquaient de lui et le rejetaient avec véhémence et il reconnaît : La parole de Dieu a été pour moi opprobre et raillerie tous les jours, je me disais je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom ; alors c’était en mon cœur comme un feu dévorant, je m’épuisais à le contenir mais je n’ai pas pu …Tu m’as séduit, Yahvé et je me suis laissé séduire (Jr 20,9 ) L’appel de Dieu persiste.  Malgré nos efforts pour ne pas l’entendre, nous n’arrivons pas à le faire taire. Nous sommes toujours en train de lutter, essayant de repousser nos projets égoïstes et mesquins pour faire place aux projets de Dieu sur nous, dont nous savons bien qu’ils sont meilleurs, mais nous n’arrivons pas toujours à leur donner la première place. Parfois même nous perdons pied, nous nous laissons aller. Et puis nous nous reprenons. Et plus d’une fois nous sommes tentés de céder au découragement et de tout laisser tomber.

Ce serait d’autant plus dommage que, en dépit des apparences, nous sommes sur la bonne voie. Nous essayons de nous renoncer, de renoncer à notre volonté pour faire celle du Seigneur. C’est parfait ! Nous   sommes  sur le chemin que le Seigneur nous prescrit de suivre quand il nous dit  Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive (Mc 8,34 ) Et ce chemin est le seul qui puisse nous mener à la vie pleine, épanouie, à la vie en abondance que le Seigneur veut nous donner. Mais on n’y arrive pas tout de suite. Et nous avons du mal à accepter d’avoir à marcher longtemps avant d’arriver au but Pour le moment le Seigneur nous appelle à travailler à sa vigne, et non pas à nous régaler de délicieux raisins. Avant  la vendange, il y a des mois et des mois de travail pénible, préparer la terre, mettre du fumier, arroser, planter les pieds de vigne, tailler les sarments, passer des heures et des heures courbés sous le soleil ou trempés par la pluie. Il serait stupide de se décourager et de tout plaquer parce qu’au moment où on plante il n’y a pas encore une seule grappe mure ! Pour le moment nous sommes appelés à travailler pour mettre plus de justice, de paix, de charité autour de nous. Mettons y tout notre cœur, sans nous décourager, même si la violence, les injustices et la haine n’ont pas complètement disparus de notre monde. Et sachons voir aussi les résultats que déjà nos efforts ont   produit. Sachons voir dans notre monde les fruits de vingt siècles de christianisme. L’Occident n’est peut-être pas aussi déchristianisé qu’on le dit. Les lois sociales, le souci des pauvres et des déshérités, la solidarité avec les minorités persécutées, l’attention portée aux enfants et aux plus faibles, le respect de la femme, est-ce que ce ne sont pas des conséquences de l’esprit chrétien  présent même chez un tas de gens qui ne mettent pas les pieds à l’église ?

Que retenir de tout cela ?

Trois choses. 1°) il ne suffit pas de dire, il faut faire. Le bon fils ce n’est pas celui qui dit qu’il va faire ce que lui demande son père, mais celui qui fait ce que lui demande son père et va travailler à la vigne. Ce n’est pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père. (Mt.7,21)

2°) Ne croyons jamais être supérieurs aux autres. Il arrive que même les pires se convertissent et nous dépassent, comme le bon larron, ce champion des ouvriers de la onzième heure, qui double tout le monde et arrive en tête à la porte du paradis.

3°) Nous sommes appelés à travailler à la vigne. Le temps de la vendange n’est pas encore arrivé. Pour le moment il faut travailler dur, par tous les temps, c’est-à-dire nous efforcer chaque jour de repousser nos désirs et nos projets pour faire passer en premier ceux du Seigneur. La vie chrétienne, ce n’est pas confortable, on n’a jamais fini de faire des efforts. Mais il ne faut pas dramatiser, le Seigneur veut le mieux pour nous. Renoncer au moins bien  pour choisir le mieux, cela n’est pas dramatique.

Dimanche 24 septembre 2023

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Dimanche  24  Septembre  2023

Ce n’est pas juste de donner le même salaire à quelqu’un qui a travaillé toute une journée et à quelqu’un qui n’a travaillé qu’une heure. Un salaire, c’est la rémunération d’un travail exécuté par une personne pour le compte d’une autre selon le barème fixé par une loi, ou par un contrat dûment établi. Mais dans la parabole que nous venons d’entendre, tout indique qu’il ne s’agit pas d’un salaire fixé par une loi ou un contrat, mais d’un accord à l’amiable entre le propriétaire de la vigne et ses ouvriers. Donc, s’il s’agit d’un simple accord verbal, l’employeur est libre de faire ce qu’il veut de son argent et de verser la même somme à celui qui a travaillé toute la journée et à celui qui n’a travaillé qu’une heure. Personne n’est lésé. Celui qui a travaillé toute la journée reçoit un denier, comme convenu, les autres reçoivent peut-être plus qu’ils ne devraient, en comparaison de ce que reçoit celui qui a travaillé depuis la première heure, mais ils ne vont pas s’en plaindre !

Qu’est-ce que le Christ veut nous dire dans cette parabole ? Deux choses, semble-t-il. La première c’est que personne n’a jamais aucun droit d’entrer dans le Royaume de Dieu. On n’y rentre que sur l’invitation du maître du royaume, comme les ouvriers ne pénètrent dans la vigne que sur l’invitation du maître de cette vigne. Et la seconde, c’est que le maître du royaume peut faire entrer qui il veut, car personne n’est exclu.

Personne n’a jamais aucun droit d’entrer dans le Royaume. Les Juifs ont besoin d’entendre cela, car ils pensent qu’ils ont un droit d’entrée dans le royaume en tant que fils d’Abraham avec qui Yahvé a fait alliance. Certains Pharisiens sont même persuadés qu’ils ont encore bien d’autres droits sur Dieu, parce qu’il leur doit quelque chose en contrepartie de tout ce qu’ils font pour lui en observant scrupuleusement la Loi. Nous aussi aujourd’hui nous avons besoin d’entendre ce message du Christ parce qu’il nous arrive de penser que nous avons des droits sur Dieu : je suis chrétien depuis mon enfance, je vais à la messe le dimanche, je fais partie de mouvements de piété, je suis engagé dans les œuvres sociales, je donne aux bonnes œuvres, eh bien maintenant mon Dieu, il me semble que j’ai droit à un fauteuil d’orchestre dans le Royaume, je l’ai bien mérité !!! Tant mieux si nous sommes de bons chrétiens. Mais ce n’est pas de notre faute. Ce n’est pas dû à nos mérites. Entre Dieu et nous, il y a un abîme, nous ne pouvons pas le rejoindre. Si nous arrivons à percevoir quelque chose de lui, à avoir confiance en lui, à l’aimer un peu, c’est parce qu’il s’est approché et s’est fait connaître de nous. Nul ne vient à moi, si mon Père ne l’attire (Jean 6,44) nous dit le Christ. Si nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui, certes, nous n’y sommes pas pour rien, mais c’est surtout au Seigneur et à tous ceux qu’il a mis sur notre route, nos parents, nos éducateurs, tel ou tel prêtre, des amis, c’est à eux que nous le devons et ce n’est jamais dû à nos seuls mérites. St Paul nous le rappelle vertement : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu, dit St Paul, et si vous l’avez reçu, de quoi vous glorifiez-vous ? (1Cor.4,7)

La deuxième chose que veut nous dire le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est que personne n’est exclu du royaume. Or les Juifs avaient tendance à penser que les pécheurs et les païens étaient exclus et aujourd’hui on peut trouver des chrétiens qui pensent que  les non baptisés ou même les non pratiquants n’ont pas accès au royaume. C’est oublier que le Christ ne rejette personne au point que les prêtres, les docteurs de la Loi et les pharisiens lui reprochent de fréquenter les publicains et les pécheurs, de rentrer dans leur maison et de manger avec eux. Il ne cesse de répéter Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs pour qu’ils se convertissent(Luc 5,32 ) Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Luc15,7) Parmi les douze apôtres qu’il a choisis, on compte au moins un publicain, Matthieu. Et puis il y a le champion des ouvriers de la onzième heure : le bon larron. Malgré toute une vie de méfaits, il suffit d’une


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toute petite prière Jésussouviens toi de moi (Luc23,42) et doublant tout le monde il entre au paradis en priorité absolue, avant tout le monde. Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Pourquoi est-ce que tout d’un coup, il a accès au Royaume ? Son cœur s’est ouvert pour reconnaître en Jésus la Voie qui menait à la Vérité et à la Vie. Du coup, il n’était plus en dehors. Il était dans le Royaume. Toute sa vie a basculé d’un seul coup. Il a renié tout ce qu’il avait fait auparavant. Il avait certainement déjà entendu parler de Jésus, de son enseignement et de ses miracles. Mais il avait résisté. Il ne s’était pas laissé convaincre. Et puis aujourd’hui il a cédé.  Il a reconnu en Jésus la Voie, la Vérité, la Vie. Notre Père qui est aux cieux s’intéresse à chacun de ses enfants. Il ne laisse personne de côté. Lorsque l’un d’eux s’écarte, jamais il ne l’abandonne mais il continue sans cesse de le rappeler. Souvent on ne l’écoute pas. Mais quelquefois, même quand on est très loin, on répond, et on revient. Je pense à St Augustin. Pendant des années, il a vécu une vie de bâton de chaise au grand désespoir de sa mère Ste Monique. Et puis un jour, il est revenu, il a reconnu Tu nous as faits, Seigneur, pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi. Nous en avons tous fait l’expérience plus d’une fois : partis sur une mauvaise pente, notre conscience nous a fait des reproches et nous a pressés de revenir dans le droit chemin. Ce que nous appelons la conscience, la voix de la conscience, c’est le Seigneur, la voix du Seigneur, qui nous appelle à vivre en plénitude. Claudel disait Je vois bien des manières de ne pas être, mais il n’y a qu’une manière seule d’être, qui est d’être en vous, qui est vous. (L’Esprit et l’Eau)L’histoire du bon larron nous montre ce qu’il faut pour entrer dans le Royaume : Aimer Dieu, comprendre que c’est lui qui donne la vie et s’en remettre complètement à lui. Ce qui est arrivé au bon larron, c’est qu’il a été touché, tout s’est éclairé pour lui, soudainement, comme une salle qui était dans l’obscurité s’éclaire tout à coup parce que quelqu’un a manœuvré un commutateur et en un éclair il n’y a plus de ténèbres. Comme il est mort quelques instants après, le bon larron n’a pas eu à lutter pour vivre dans la fidélité à ses nouvelles convictions Pour beaucoup d’entre nous c’est plus laborieux. Nous mettons du temps à comprendre. Et après qu’on ait compris il faut rester fidèle, confiant, malgré les tentations du doute ou du découragement. Le cheminement est le même pour nous et pour le bon larron. Ce n’est pas nous qui découvrons le Seigneur. C’est lui qui se révèle à nous. Un jour quelque chose nous touche, nous fait réaliser l’amour de Dieu pour nous. Il est clair, désormais, que le chemin à suivre c’est le Seigneur et son évangile. Nous sommes séduits par l’amour de Dieu pour nous. Cela ne veut pas dire que tout sera facile pour autant. Il y aura des tentations à surmonter. Des poussées d’orgueil et d’égoïsme chercheront à nous faire reprendre notre indépendance et à suivre notre fantaisie. Autour de nous des oppositions peuvent se manifester et tenter de nous décourager. Mais avec l’aide de Dieu, nous continuerons d’avancer

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur appelle tout le monde à travailler à sa vigne, à entrer dans le royaume. C’est un privilège qu’il nous accorde sans que nous l’ayons mérité. C’est un don qu’il nous fait et pas quelque chose que nous aurions mérité par nos efforts. Il ne nous doit rien et nous lui devons tout. Le maître de la vigne a appelé des chômeurs qui trainaient dans la rue et les a sauvés de la misère. Le Seigneur nous a sauvés de la misère du mal, du péché et de la mort et appelés à travailler à sa vigne, à construire le royaume.  

Que nous soyons des appelés de la première ou de la onzième heure, Il ne nous reste qu’à le remercier de nous avoir appelés à être de ses proches, à travailler à sa vigne et à l’avancement du royaume Quel remerciement lui offrir ? Le meilleur remerciement que nous puissions lui offrir, c’est de travailler de tout notre cœur afin qu’il y ait un peu plus de paix de justice et  de charité là où nous vivons et que,   là au moins, son nom soit sanctifié son règne advienne  et sa volonté soit faite…


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Le pardon sans limite. 17 septembre 2023 – 24ème Dim. A – Mt 18, 21-35

« Je veux bien pardonner, mais il y a des limites ! » Combien de fois n’avons-nous pas pensé cela, lorsque quelqu’un commet une faute contre nous et qu’il recommence sans cesse. Nous sommes tentés de mettre une limite au pardon.

Pourtant Jésus est clair : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois. » Ce qui veut dire, que Jésus nous demande de pardonner, toujours sans limite.

Entrer dans le par-don, c’est-à-dire renouer une relation avec quelqu’un par-delà l’offense qu’il nous a faite, est parfois un travail long et difficile, impossible à vue humaine. Mais si nous nous appuyons sur le pardon de Dieu ce n’est pas impossible.

Jésus nous fait passer par le chemin d’une parabole très parlante, que je transpose avec les valeurs monétaires d’aujourd’hui.

Souvent, nous sommes cet homme qui se met en colère et saute à la gorge de cet autre qui lui doit 6280 € (l’équivalent actuel de 100 pièces d’argent, c’est-à-dire 100 jours de travail au SMIC Net).  Nous exigeons la justice mais souvent notre justice s’exerce dans la colère et la violence habite notre cœur. Et souvent nous creusons davantage le fossé relationnel entre celui qui nous a offensé et nous.

Nous oublions qu’un jour, un Roi nous a remis une dette de 3 milliards 768 millions d’euros Ce qui correspond à 232 000 années de salaire au SMIC ! Ce Roi, c’est Dieu qui a eu compassion de tous et en Jésus s’est laissé clouer en croix en disant « Père, pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Nous oublions qu’à chaque instant nous recevons de lui la vie et les moyens de vivre, et qu’il fait pleuvoir la pluie sur les justes et les méchants, nous qui l’avons si souvent oublié ou renié dans le péché. Nous oublions qu’il nous pardonne en permanence, parce qu’il est Miséricorde au plus profond de son être, et que nous sommes invités comme lui à devenir miséricorde.

Nous oublions que Jésus nous a dit de prier Notre Père en disant : « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »

Si nous restons dans la colère, à ruminer sans cesse contre ceux qui nous ont fait du mal, à ruminer secrètement une vengeance, à salir leur réputation dès que l’on prononce leur nom dans une conversation, nous ne sommes plus dans la miséricorde, notre cœur devient dur et nous pouvons de nouveau être livrés à la torture de notre propre culpabilité, et souffrir pour nos propres fautes. Sur ce chemin nous ne connaitrons jamais la paix et la guérison du cœur.

Est-ce que cela veut dire que miséricorde exclut la justice ? « Il ne s’agit pas de deux aspects contradictoires, écrivait en 2015 le Pape François dans la bulle de lancement de l’année de la Miséricorde, mais de deux dimensions d’une unique réalité qui se développe progressivement jusqu’à atteindre son sommet dans la plénitude de l’amour.[1] Il ajoutait « Qui se trompe devra purger sa peine, mais ce n’est pas là le dernier mot, mais le début de la conversion, en faisant l’expérience de la tendresse du pardon. Dieu ne refuse pas la justice. Il l’intègre et la dépasse dans un événement plus grand dans lequel on fait l’expérience de l’amour, fondement d’une vraie justice.»[2]

Autrement dit, oui la justice est nécessaire pour vivre ensemble, mais elle n’est qu’une étape vers la Miséricorde. Il est fondamental pour les victimes que leurs agresseurs reçoivent une juste peine, mais la violence, la colère, une justice inhumaine n’apporteront la guérison ni aux victimes ni aux agresseurs.

Pardonner, n’est pas possible humainement. Il suffit pourtant de vouloir pardonner, pour que, peu a peu, la miséricorde qui est Dieu lui-même grandisse en nous. Souvenons-nous des milliers de pardons, petits ou très grands que nous avons reçus de Dieu. Prenons-en conscience pour que notre cœur redevienne miséricordieux. Et un jour nous découvrons qu’un pardon que nous pensions impossible est donné par la grâce de Dieu. Amen.


[1]  Bulle d’indiction du Jubilé Extraordinaire de la Miséricorde N°20 https://www.vatican.va/content/francesco/fr/bulls/documents/papa-francesco_bolla_20150411_misericordiae-vultus.html.

[2] Ibid, N°21.

17 septembre 2023 (Mt 18,21-35 ) Fournes

L’Ancien Testament interdisait déjà toute haine ou toute rancune envers son frère. La règle du talion mettait une limite à la vengeance, et le Siracide prescrivait : Pardonne à ton prochain ses torts ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis. (Si 28,2) Mais Jésus va plus loin et demande qu’on pardonne à tous, même à ses ennemis. Pierre se demande alors jusqu’où il faut aller, c’est pourquoi il interroge Jésus : Lorsque mon frère commettra des fautes envers moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? Jésus lui répond : Pas sept fois mais soixante-dix fois sept fois. Autrement dit, il n’y a pas de limites, il faut toujours pardonner.

Mais qu’est-ce que c’est exactement pardonner ? C’est renoncer à punir ou à se venger d’une offense subie, c’est disculper celui qui vous a offensé et reprendre les relations cordiales qu’on entretenait avec lui auparavant, alors que rien ne vous oblige à agir ainsi.  Le pardon, c’est une démarche de bonne volonté de la part de l’offensé, qui fait à l’offenseur un cadeau qu’il n’a pas mérité. Il aurait mérité au contraire une réaction hostile, voire une vengeance de la part de l’offensé. A regarder les choses en toute objectivité, le pardon est une injustice, c’est l’injustice de la charité.

Mais alors, pourquoi pardonner ? Nous devons pardonner d’abord parce que nous sommes nous-mêmes des pardonnés. Sans être des criminels, nous sommes quand même tous des pécheurs… Alors que nous avons tout reçu de Dieu, la vie, l’intelligence et toutes sortes de talents, souvent nous l’oublions et nous organisons notre vie sans lui. Alors qu’il a tant de prévenances à notre égard, souvent nous réagissons grossièrement à son égard. Mais il ne nous rejette pas. Il n’est jamais découragé et ne nous laisse jamais tomber. Toujours il nous pardonne et nous remet sur le bon chemin. Dès lors nous ne pouvons pas agir autrement que lui avec ceux qui agissent mal envers nous. Personne ne voudrait faire comme le mauvais serviteur de la parabole qui, après que son maître lui a remis une dette importante se montre sans pitié avec quelqu’un qui lui doit une somme négligeable.

Mais la vraie raison pour laquelle nous devons pardonner, c’est que, si nous sommes chrétiens, alors nous sommes d’autres christs et nous ne pouvons pas agir autrement que lui.  Au baptême nous avons reçu la vie du Christ. Grâce au sacrement de confirmation nous partageons son esprit, sa mentalité. Chacune de nos communions nous renforce dans notre union à lui. Par conséquent nous ne pouvons pas agir différemment de lui. Il pardonne sans fin nous devons aussi nous en faire autant ou du moins nous efforcer d’en faire autant.

Mais pourquoi nous pardonne-t-il ainsi toujours sans se lasser, alors que nous ne le méritons pas, et que ce pardon ne lui rapporte rien ? La question est double : pourquoi, en raison de quoi, pardonne-t-il et pourquoi, en vue de quoi, pardonne-t-il ?………….Pourquoi,  en raison de quoi, pardonne-t-il? Parce qu’il est amour sans limites., générosité absolue. C’est le mystère de notre Dieu Il n’a qu’une idée : partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Si nous tombons, à chaque fois il nous relève… Nous n’arrivons à comprendre ce parti-pris. Le livre de la Sagesse tente d’expliquer Tu fermes les yeux sur  les péchés des hommes pour qu’ils se repentent. Oui, Tu aimes tous les êtres et n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait elle si tu ne l’avais voulue ? Comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sg 12, 23-2-) …Tu nous donnes le temps de nous défaire de notre perversité…pour nous apprendre quand nous jugeons à songer à ta bonté et quand nous sommes jugés, à compter sur ta miséricorde. (Sg 12,22).

 Mais si Dieu ne cherche pas à condamner ou à punir celui qui fait mal, c’est qu’il veut le récupérer, le sauver, le ramener sur le bon chemin. Jésus le dira clairement   à Nicodème Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé. (Jn 3,17) Et plus loin toujours dans l’évangile de Jean Jésus lui-même confirme : je ne suis pas venu juger le monde , je suis venu sauver le monde (Jn 12,47 ) Voilà le pourquoi, en vue de quoi, le Seigneur nous pardonne. Ce qu’il veut c’est que nous redevenions capables de faire le bien. C’est pourquoi quand il nous pardonne, en même temps qu’il efface le mal commis, il change notre cœur comme il le dit magnifiquement dans le livre du prophète Ézéchiel : Je vous donnerai un cœur nouveau, un esprit nouveau…J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et suiviez mes coutumes. (Ez 36, 26-27 ) Le pardon du Seigneur  nous rend capables,  nous pécheurs, de faire le bien à nouveau, de construire un petit bout de royaume de Dieu  là où nous vivons,  de transformer notre monde plein de conflits d’injustices de violences, en un monde où il y a un peu plus de paix, de justice et de charité.

Nous, quand nous pardonnons aux autres nous ne pouvons pas changer leur cœur. Mais du moins ils voient que nous ne les rejetons pas et qu’ils gardent notre estime et notre confiance. Et cela les aide à repartir du bon pied. Ce n’est pas facile de pardonner. Pour pardonner, je dois éteindre toute rancune en moi. Et celui à qui je pardonne ne doit pas être humilié par le pardon que je lui offre alors qu’il ne le mérite pas. Comment faire ? Si nous sommes embarrassés, si nous ne voyons pas comment faire, demandons-nous simplement : Le Seigneur, comment ferait-il s’il était à ma place ?

Que retenir de tout cela ?

Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous demande de toujours pardonner. Mais pourquoi faut-il toujours pardonner ? D’abord parce que nous sommes nous-mêmes des pardonnés. Notre Père c’est la générosité absolue, 24h./24, envers tous. Il est comme à l’affût et au moindre de nos mouvements de repentir, il se précipite pour nous pardonner et nous relever alors que nous ne le méritons pas. On peut dire que le pardon est une injustice, l’injustice de la charité. Étant des pardonnés, à qui le Seigneur remet beaucoup, nous ne pouvons pas ensuite nous montrer sans pitié envers ceux qui nous doivent un petit quelque chose, comme le fait le mauvais serviteur de la parabole.

Mais surtout nous devons pardonner parce que en tant que chrétiens nous sommes d’autres Christs. Depuis le jour de notre baptême, nous avons été plongés en lui. Et depuis en particulier par les sacrements il ne cesse de nous faire partager toujours davantage, sa vie, sa mentalité. Donc nous ne pouvons pas, si nous prétendons être chrétiens agir autrement que lui. Même si nous n’arriverons jamais à faire aussi bien que lui, nous pouvons nous efforcer de faire le plus possible comme lui, d’autant plus que lorsqu’il nous pardonne le Seigneur ne se contente pas d’effacer le mal que nous avons commis mais il change notre cœur, il transfère son cœur dans le nôtre et nous rend capables de faire un peu comme lui.

Finalement on peut résumer l’enseignement de l’évangile d’aujourd’hui en retournant la formule du Pater : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés et dire : Pardonnons-nous nos offenses comme Il pardonne à ceux qui l’ont offensé.


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