homélie

10 septembre 2023 Ennetières

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Si ton frère a péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, essaye encore avec une ou deux personnes ou avec l’aide de la communauté. De quoi s’agit-il ? De gagner celui qui a commis une faute. Mais cela veut dire quoi : gagner  ? Cela veut dire  amener celui qui a mal agi à repartir du bon pied. Souvent, nous pensons que le pardon et la réconciliation ne concernent que le passé, qu’il s’agit d’un règlement de comptes portant sur le passé, de tirer un trait sur le passé. Nous sommes tentés de penser que le pardon et la réconciliation sont opérés dès que l’offenseur manifeste un regret sincère de ses fautes passées et que l’offensé fait preuve d’indulgence et de bonté vis  à vis de ce passé . Nous oublions que le pardon et la réconciliation entraînent  un changement pour l’avenir de l’offenseur et de l’offensé.  Pour Jésus en tous cas, l’avenir compte plus que le passé. Lorsqu’il inaugure solennellement sa première prédication Jésus ne dit pas simplement : Repentez vous, regrettez vos fautes passées, il exige davantage : Convertissez vous, dit-il, c’est-à-dire, en plus de vos regrets portant sur le passé, engagez votre avenir dans une nouvelle voie, changez de mentalité, revenez vers Dieu. C’est exactement ce que signifie le mot grec utilisé dans l’Évangile : métanoeïté : changez de mentalité et revenez vers Dieu.

On ne peut pas en rester au regret, au repentir. Ce sont là de très beaux sentiments,  absolument nécessaires si on veut s’éloigner du mal et revenir vers le bien, mais ils demeurent parfaitement stériles si on ne va pas plus loin. Le regret et le repentir cessent d’être stériles dès qu’ils deviennent chemin vers le changement de mentalité et le retour vers Dieu, vers la conversion. En face du mal et du péché le seul remède efficace, c’est la conversion. Toute autre réaction est inappropriée, qu’il s’agisse de laisser faire, de punir ou même de pardonner. Laisser faire serait catastrophique. Si on laisse faire celui qui agit mal, il en profitera pour recommencer. Punir ? le résultat n’est pas garanti : la punition peut dissuader celui qui fait mal de recommencer, c’est vrai, mais, mal appliquée, elle peut aussi rendre le malfaiteur pire qu’avant. C’est semble-t-il ce qui se passe avec la prison d’où bien souvent, on ressort pire qu’on n’est entré. Pardonner ? Cest très bien et le Christ nous en fait un devoir. Mais pardonner trop facilement peut encourager celui qui fait mal à récidiver. Ni l’indulgence, ni les sanctions, ni même le pardon ne sont, de soi, efficaces. La seule solution vraiment efficace est d’amener celui qui fait mal  à changer, à se convertir. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais être indulgent, jamais punir, ou jamais pardonner. Mais cela veut dire que l’indulgence, la sanction ou même le pardon ne sont des remèdes efficaces que lorsqu’ils nous emmènent plus loin, jusqu’à la conversion.

Eh bien justement, est-ce que nous nous préoccupons de la  conversion qu’il faudrait que nous opérions pour être plus  sérieux dans notre vie de chrétiens ? On a toujours à se convertir. Je crois que très souvent nous sommes capables de regretter le mal que nous avons fait. Je crois que nous sommes  sincères lorsque nous  récitons le « Je confesse à Dieu » au début de la messe ou lorsque, dans une prière personnelle, nous récitons un acte de contrition. Mais  j’ai peur que nous ne pensions pas beaucoup aux changements que nous devrions faire pour être de meilleurs chrétiens. Quand nous allons nous confesser par exemple, nous faisons notre examen de conscience pour nous rappeler les fautes que nous avons commises, les regretter et en demander pardon. Très bien. Mais est-ce qu’il ne faudrait pas aussi chercher quelle conversion nous devons faire, quel changement nous devons opérer dans notre manière de vivre ? Si je rencontrais le Seigneur, -et au fond, c’est bien ce que je fais lorsque je viens me confesser- qu’est-ce que je lui demanderais de m’aider à changer dans ma vie ? J’ai peur qu’on se préoccupe trop des péchés et du passé et pas assez de la conversion et de l’avenir que le Seigneur nous ouvre dans le pardon qu’il nous donne. Et à ce sujet j’aimerais vous raconter deux anecdotes. Savez vous que dire ses péchés a pris une telle importance, qu’il arrive que de bons chrétiens venus se confesser repartent du confessionnal aussitôt après avoir dit leurs péchés sans


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attendre de recevoir le pardon? Et le prêtre ne peut rien faire d’autre que de leur donner l’absolution dans le dos !!! Cela m’est arrivé. C’est tout de même dommage !!!

Autre anecdote. A propos de la pénitence que le prêtre donne au pénitent à la fin de sa confession Un jour, j’étais encore étudiant, j’ai entendu quelqu’un dire  « Oh l’abbé un tel, on lui dirait en confession qu’on a tué trois fois son père et sa mère, il vous donnerait comme pénitence un Notre Père et deux Je vous salue Marie » Je me suis dit : quand je serai prêtre, je ferai attention. Et je fais attention. J’essaie de dire au pénitent après sa confession : »Qu’est-ce qui vous paraît le plus grave, dans tout ça ? A votre avis qu’est ce qu’il faudrait changer tout de suite dans votre manière de faire? » Il me semble que le prêtre peut aider le pénitent à voir ce qu’il doit changer dans sa vie, il peut soit confirmer la décision du pénitent : « Oui, vous avez raison, c’est cela qu’il faut changer tout de suite », soit modifier cette décision si nécessaire : « ce serait peut-être mieux de changer ceci ». Mais il ne peut pas faire plus et  je trouve que c’est à chacun de voir la conversion qu’il doit faire. J’aimerais discuter de cela avec vous. Mais dans le cadre de l’homélie à la messe, ce n’est guère possible. Dommage !

Quand j’ai mal fait, regretter, c’est bien, mais ce n’est pas assez, l’important c’est de repartir désormais du bon pied et si c’est un autre qui a mal fait, c’est mon devoir de l’aider à repartir du bon pied. Si je ne le fais pas, je serai condamné pour ne pas lui être venu en aide, Ezechiel nous le rappelait dans la première lecture et dans l’évangile, le Christ nous demande de tout faire pour gagner celui qui a mal agi, c’est-à-dire pour le ramener dans le bon chemin. Mais, n’oublions pas que nous ne sommes pas seuls dans ce combat. Le Seigneur agit pour transformer nos coeurs et nous rendre capables de changer notre manière de faire. Dans le sacrement de réconciliation, par exemple, le pardon qu’il nous donne, c’est beaucoup plus qu’un coup de torchon qui balaye la saleté. Non seulement il enlève le péché mais il nous transforme « Je vous donnerai un coeur nouveau, un esprit nouveau » (Ez.36,26)  En malgache, on dit qu’il transfère son coeur dans le nôtre.  Ayant reçu le pardon, nous voici renouvelés, rénovés, capables à nouveau de faire le bien

Que retenir de tout cela ?

Lorsque quelqu’un a mal agi envers nous, nous avons le devoir de tout faire pour  le gagner , c’est à dire non seulement l’amener à reconnaître ses torts et à les regretter, mais l’amener à repartir du bon piedDe même nous, quand nous avons mal agi, ce n’est pas  assez de regretter, il faut aller jusqu’à changer notre manière de faire et nous convertir. Le Christ ne se contente pas de prêcher le repentir et le regret de ses fautes, plus exigeant, il nous dit:« convertissez vous », c’est à dire en plus de vos regrets portant sur vos fautes passées, engagez votre avenir dans une nouvelle voie, changez votre manière de faire et revenez vers Dieu.    

Aussi, lorsque nous allons nous confesser, par exemple, veillons à ne pas chercher seulement quels péchés nous devons accuser mais cherchons aussi quel changement, quelle conversion nous devons opérer dans notre vie.  Le Seigneur est toujours prêt à nous donner son pardon par lequel non seulement il efface nos fautes, mais par lequel il change notre coeur, il  transfère son coeur dans le nôtre et nous relance dans une vie transformée, rénovée, rajeunie. Rappelez vous la parabole  de l’enfant prodigue. Cela se termine comment ? Tout le monde fait la fête ! On pourrait peut-être terminer nos cérémonies pénitentielles par un apéritif ou en prenant le café ensemble? Qu’est-ce que vous en pensez ?


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3 septembre 2023

Cet évangile comporte trois moments distincts. D’abord Jésus commence à annoncer à ses apôtres qu’il fallait qu’il souffre sa passion, qu’il soit tué et qu’il ressuscite. Ensuite Jésus balaye les protestations de Pierre et expose comment pour être son disciple, il faut se renoncer et prendre sa croix . Enfin il confirme ce que l’Ancien Testament affirmait déjà : à la fin des temps chacun sera jugé selon ce qu’il aura fait durant sa vie.

Quand Jésus dit qu’il lui faut souffrir, il ne parle pas d’un destin imparable mais du plan de Dieu qu’il a accepté. Mais pourquoi Dieu a-t-il élaboré un tel plan ? Ici, c’est un peu difficile :( Attachez vos ceintures !!!) Fallait-il vraiment que le Christ meure sur la croix pour que nos péchés soient pardonnés ? Pas du tout. Dieu aurait très bien pu envoyer un prophète proclamer « Dieu m’envoie vous dire qu’à partir de maintenant tous vos péchés sont pardonnés. » Pourquoi a-t-il voulu ce scenario terrible de la Passion ? Peut-être parce qu’il n’ a pas voulu annoncer son pardon simplement avec des mots. Il a voulu que ce pardon soit actué, démontré en actes. C’est ce qu’a fait le Christ dans sa passion. Il a laissé déferler sur lui toute la puissance du mal, du péché et de la mort et la toute puissance de son amour, tel un tsunami, a recouvert noyé et détruit toute la puissance du mal, du péché et de la mort. Alors qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux :« Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Luc 23,34)Autrement dit : »Vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi je vous aime encore. »Devant cela, impossible de douter. Oui nous sommes vraiment pardonnés. La toute puissance de son amour nous a sauvés.Il faut manier avec précaution des termes comme rédemption, rachat, souffrances. On peut dire que le Christ a racheté nos péchés par les souffrances de sa passion, c’est vrai, mais il ne faut pas comprendre cela comme si le Père avait décidé « je veux bien racheter les péchés des hommes, mais il faut payer » comme s’il fallait tant de kg de souffrances du Christ pour racheter tant de kg de péchés des hommes.De toutes façons les souffrances du Christ n’ont rien sauvé du tout, c’est l’amour avec lequel le Christ a enduré ses souffrances qui nous a sauvés. Et on ne répare pas le mal commis. C’est irréparable.On peut seulement mettre plus d’amour par dessus. C’est ça le sens du mot pardonner, donner par dessus.

Mais bien sûr, lorsque le Christ leur annonce sa passion sa mort et sa résurrection, les apôtres sont choqués. St Pierre, révolté d’entendre cela, prend Jésus à part  » Dieu t’en garde ! cela ne t’arrivera pas ! D’après lui, Dieu ne peut pas permettre cela ! Sans le penser, sans le vouloir, il s’oppose au plan de Dieu. C’est pourquoi Jésus le rabroue vertement « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes » Il le remet sèchement à sa place de disciple qui n’a pas à donner des conseils à son maître : » Passe derrière moi »Jésus se rend compte alors que les apôtres ne comprennent pas et ne peuvent pas comprendre ce qu’il vient de leur révéler sur sa Passion et sa Résurrection. C’est pourquoi il n’essaie même pas de leur donner davantage d’explications, Il passe à autre chose et leur parle des conditions nécessaires pour le suivre.« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, il faut qu’il se renonce et qu’il prenne sa croix »Se renoncer, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que je renonce à faire ce qui me plaît ou ce qui à mon avis me paraît le meilleur pour faire ce que le Seigneur veut que je fasse. Si je crois que mon Dieu est un Père qui m’aime et veut le meilleur pour moi, alors je ne peux plus m’accrocher à mes préférences personnelles, je vais y renoncer et dire, comme le Christ « Non pas ma volonté, mais la tienne« (Mt.26,39), comme Notre Dame:« je suis la servante du Seigneur »(Luc1,38), o u encore comme St François d’Assise : »Seigneur, que veux-tu que je fasse ? ». A certains moments, cela peut demander de durs sacrifices, c’est vrai. Mais il ne faut pas dramatiser. Renoncer au moins bien pour choisir le mieux,il n’y a rien de tragique là-dedans.

Celui qui veut me suivre, il faut quil prenne sa croix ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Là encore il ne faut pas dramatiser. Cela veut dire tout simplement qu’il faut aimer assez le Seigneur pour être capable d’accepter de souffrir pour lui . Il n’y a rien là d’extraordinaire.Dans toutes les familles, toutes les mamans, tous les pères de famille acceptent de porter bien des croix, de surmonter bien des souffrances pour construire le bonheur de ceux qu’ils aiment. Bien plus, même si les efforts qu’ils ont à faire leur coûtent, ils sont heureux de les faire, parce que le bonheur de ceux qu’ils aiment est au bout. Vous connaissez le dicton « Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime ». Quand le Christ dit « celui qui veut se mettre à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » Cela ne veut pas dire qu’il veut nous voir souffrir. Au contraire, dans l’évangile il dit et redit avec insistance que son but, c’est de partager sa joie avec nous Prenant congé de ses disciples au soir du Jeudi St. il leur dit « Je vous ai parlé ainsi afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jean 15,11) et dans la dernière prière qu’il adresse à son Père avant d’entrer dans sa passion, faisant le bilan de son enseignement il conclut « Je leur ai dit tout cela afin qu’ils aient ma joie en plénitude » (Jean 17,13) Nous avons du mal à comprendre cela. La preuve, c’est qu’on ne voit nulle part une image ou une statue du Christ souriant et notre pape François doit encore protester contre tous ces chrétiens qui ont « une tête de carême sans Pâques « !

L’évangile d’aujourd’hui se termine par une excellente bonne nouvelle Le Christ nous explique qu’à la fin des temps, chacun sera jugé selon sa conduite. Cela sous entend que le pardon reçu n’est pas un simple coup de torchon qui effacerait nos fautes mais une grâce qui nous transforme et nous rend capables à nouveau de faire le bien. Comme l’explique St Paul aux Éphésiens En nous pardonnant,  » Le Seigneur fait de nous des êtres nouveaux en vue des œuvres bonnes préparées à l’avance pour que nous les accomplissions » (2,10)

Que retenir de tout cela ?

Pourquoi le Christ dit il qu’il lui faut passer par la passion, la mort et la résurrection ? Parce qu’il veut nous montrer, à travers un témoignage d’amour irréfutable et pas seulement à travers des mots, comment son amour infini triomphe du mal du péché et de la mort et nous obtient le pardon.

Se renoncer, comme le Christ nous demande de le faire, ce n’est pas se restreindre ou se détruire, c’est au contraire s’ouvrir sur plus grand que soi. C’est refuser de s’enfermer sur mes petites ambitions personnelles pour s’ouvrir aux ambitions de Dieu pour moi. Il veut que ma vie soit quelque chose qui dépasse un horizon personnel plus ou moins étriqué. pour s’ouvrir à une dimension d’éternité.

Prendre notre croix, comme le Christ nous le demande, ce n’est pas nous engager dans une vie de souffrances, mais seulement de l’aimer assez pour accepter les sacrifices qu’impose l’engagement à le suivre.Tout comme un sportif passionné pour son sport accepte les durs efforts de l’entraînement .

Enfin par son pardon, non seulement il efface nos fautes, mais il nous donne un coeur nouveau, un esprit nouveau et fait de nous des êtres nouveaux en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Eh bien, retroussons nos manches ! Ainsi soit-il !!!

Dimanche 27 août

21ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 16, 13-20

«  Je te donnerai les clés du royaume des Cieux. »

Jésus intriguait. On se demandait qui il était vraiment. Sa prédication ne s’adressait pas aux Juifs seulement comme celle d’ Elie, qui lui ausi s’adressait aux étrangers. Parfois il répétait mot pour mot les paroles de Jean Baptiste et comme Jérémie, il annonçait la ruine du Temple. On le prenait donc parfois pour un prophète. Certains même se demandaient s’il ne serait pas le Messie… On ne savait que penser. D’autant que les prêtres, les docteurs de la Loi, l’ensemble du milieu clérical et les Pharisiens,de leur côté, lui étaient profondément hostiles. Ils lui reprochaient de violer la Loi, d’introduire des nouveautés et de changer la religion.

D’après eux, il fallait respecter la Loi jusque dans le moindre détail. et surtout ne rien changer. Tout était une affaire de pratiques extérieures. Jésus critiquait cette interprétation légaliste de la religion. Pour lui, l’important était d’aimer Dieu et son prochain et l’amour devait inspirer toute la vie. Il était bon et miséricordieux, même envers les pécheurs. Les prêtres, les docteurs de la Loi et les Pharisiens au contraire, passaient leur temps à juger, condamner et mépriser les petites gens, lesquels étaient ravis d’entendre Jésus remettre à leur place tous ces notables arrogants. L’opinion publique était de plus en plus favorable à Jésus tandis que le prestige des prêtres et des lévites s’effondrait. Vexés et remplis de jalousie, ils voulaient à tout prix faire passer Jésus pour un révolutionnaire et un impie.

C’est dans ce contexte troublé que le Christ demande à ses apôtres ;« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?« St Pierre, toujours le premier à réagir répond aussitôt « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.«  Christ, c’est à dire celui qui a reçu l’onction, la consécration, l’investiture. Le Christ avait reçu l’onction le jour de son baptême. L’Esprit Saint était descendu sur lui sous la forme d’une colombe tandis qu’une voix venue du ciel disait« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». (Mt.5,17)Tous les assistants en avaient été témoins. St Pierre affirme donc :Tu es Christ, consacré, mais pas comme un simple prophète, il ajoute : tu es aussi Fils de Dieu.

Jésus reprend alors la parole pour le féliciter et souligner qu’il n’a pas trouvé ça tout seul : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. Personne ne peut connaître Dieu. Notre intelligence est trop courte pour l’atteindre et notre coeur trop étroit pour le comprendre. « Lui, l’au-delà de tout, …lui, l’indicible car tout ce qui se dit est sorti de lui, …lui l’inconnaissable car tout ce qui se pense est sorti de lui » comme dit l’hyme de St Grégoire de Naziance, si nous arrivons à saisir quelque chose de lui, c’est parce qu’il s’approche de nous et se révèle. Aujourd’hui, si nous croyons que le Christ est Dieu, c’est parce que l’Esprit nous éclaire « Nul ne peut dire Jésus est Seigneur si cen’est par l’Esprit Saint » dit St Paul aux Corinthiens (1Cor.12, 3). Mais encore faut-il que nous ayons le coeur et l’esprit ouverts pour recevoir la révélation que le Seigneur nous fait de lui-même. Combien ont vu le Christ de leurs yeux et l’ont entendu de leurs oreilles sans le reconnaitre !

Alors, moi aujourd’hui est-ce que je le reconnais ? Et comment je le reconnais ? Peut-être que je crois que le Christ est Dieu, comme je crois que Tokyo est la capitale du Japon, mais cela ne change rien à ma vie de tous les jours ….. Ou bien, peut-être que le Christ tient une certaine place dans ma vie. Lorsque survient une difficulté ou une épreuve, je me tourne vers lui, j’ai confiance que, dans sa bonté, il va me venir en aide, mais le reste du temps, quand tout va bien,il n’est pas présent dans ma vie. C’est déjà bien d’avoir confiance en lui dans les moments difficiles, mais c’est dommage de l’ignorer le reste du temps. Comme si le Christ était une sorte de roue de secours, éternelle et increvable. On y tient à sa roue de secours. Elle est toujours dans le coffre de la voiture. Mais on espère bien qu’on n’aura pas à s’en servir…Ou alors, ce serait l’idéal, peut-être que je regarde le Christ comme celui qui me donne la vie, l’intelligence et un certain nombre de talents, je le regarde comme celui qui est à l’origine de tout ce qu’il y a de bien en moi, comme celui qui me confie un petit morceau de son royaume à édifier, afin que là où je suis, il y ait un peu plus de justice, de paix, de charité. Alors là, il n’est plus un Dieu roue de seourss, il serait plutôt le moteur et le GPS qui me fait avancer et me guide tout au long de ma route. Cela suppose que je sois continuellement vigilant, très attentif à discerner quels sont ses désirs, ses projets pour moi, sans tension ni inquiétude, parce que je sais qu’il veut le meilleur pour moi. C’est pourquoi St Paul exhortait les Colossiens à rester « sur le qui-vive dans l’action de grâces » (4,2)

L’évangile poursuit en nous rapportant comment Jésus répond à la profession de foi de St Pierre en l’instituant chef de l’Eglise : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise…Je te donnerai les clés du Royaume« . Ce n’est pas que Pierre ait les qualités requises, mais il peut compter sur la formation que le Seigneur veut donner à ses apôtres « je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Mc1,17) leur a-t-il dit lorsqu’il les a appelés. Aujourd’hui encore, comme il l’a fait avec les apôtres, le Seigneur nous demande parfois de faire des choses qui dépassent nos capacités. Mais, avec son aide, nous pouvons y parvenir.

Et puis l’évangile se termine par la consigne que donne Jésus à ses apôtres de ne dire à personne qu’il était le Messie Pourquoi cette consigne ? Parce qu’il ne veut pas qu’on le reconnaisse comme Messie pour de mauvaises raisons, parce qu’il parle bien ou parce qu’il fait des miracles étonnants. Il est venu parmi nous pour révéler que Dieu était Amour et la seule chose qui puisse vraiment le prouver, c’est sa passion et sa résurrection, parce que c’est là, quand il donne sa vie pour nous, que se manifeste de la manière la plus éclatante, l’infini de son amour.

Que retenir de tout cela ? 

L’évangile d’aujourd’hui nous invite à faire le point : Pour moi aujourd’hui, qui est le Christ ? Est-ce que je crois que le Christ est Dieu comme je crois que Tokyo est la capitale du Japon, mais cela n’a aucune incidence sur ma vie ? Est-ce que pour moi, le Christ c’est celui qui vient à ma rescousse quand je suis en difficulté, mais le reste du temps, quand tout va bien, je l’ignore ? Ou bien, ce serait l’idéal, est-ce que le Christ et son évangile sont pour moi une référence constante, je ne fais rien sans lui demander comme St François d’Assise « Seigneur, que veux -tu que je fasse « ?

D’autre part l’évangile d’aujourd’hui nous invite à mettre notre confiance dans la grâce de Dieu qui nous permet de faire par nous-même ce que nous ne pouvons pas faire par nos propres forces Tu es le Messie, Fils de Dieu » dit St Pierre alors que c’est impossible à une intelligence d’homme de reconnaître une vérité de cet ordre. Appelé par Jésus à être chef de l’Eglise, alors qu’il est loin d’avoir les capacités nécessaires, il y parviendra malgré tout Alors n’ayons pas peur si parfois le Seigneur nous demande des choses impossibles. Comme Il sait que nous sommes incapables tout seuls de faire ce qu’il nous demande, il comblera nos insuffisances.

Et puis dans cet évangile le Christ nous dit : la preuve que je suis le Christ, c’est bien plus que la profondeur de mes paroles ou les merveilles de mes miracles c’est l’Amour qu’il y a dans mes paroles, dans mes miracles et surtout dans ma mort et ma résurrection. Pour nous aaujourd’hui, Cela veut dire que la preuve qu’un chrétien est chrétien ce n’est pas qu’il aille à la messe le dimanche ou qu’il fasse un peu de bien autour de lui de temps en temps, c’est que l’amour inspire tout dans sa vie. Puisse Dieu, seule source d’amour combler nos manques,« lui dont la puissance agissant en nous, dit StPaul, peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. » (Eph.3,20).

Dimanche 20 août

20ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 15, 21-28

«  Femme, grande est ta foi ! »

Jésus se trouve en territoire païen, dans la région de Tyr, au nord de la Palestine. Une Cananéenne survient et le supplie à grands cris de délivrer sa fille possédée par un démon. Mais il l’éconduit, justifiant son attitude en disant « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. » C »‘est curieux ! Dans l’évangile il ne se montre jamais chauvin ni raciste. Au contraire, il ne rate aucune occasion de louer la foi des étrangers, par exemple celle du Samaritain, seul parmi les dix lépreux guéris à venir le remercier (Luc 17,19 ) ou celle du centurion romain qui demande à Jésus de ne pas se déranger pour venir jusque chez lui :« Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri » (Mt.8,5) Il tient alors à souligner qu’il n’a jamais vu une telle foi en Israël et il va jusqu’à dire aux Juifs présents : »De l’orient et de l’occident les étrangers viendront prendre place au festin du Royaume, tandis que vous, les héritiers du Royaume, vous serez jetés dans les ténèbres (Mt.8,11,12).

Alors pourquoi éconduit-il la Cananéenne ? Je vois deux raisons à cela. La première, c’est que c’est vrai qu’il est envoyé d’abord aux Juifs d’Israël. D’ailleurs la première fois qu’il envoie ses apôtres en mission, il leur recommande de ne pas aller chez les païens, de ne pas entrer dans une ville de Samaritains, mais d’aller plutôt vers les brebis perdues d’Israël. (Mt.10,5,6) Mais par la suite, il les enverra auprès de tous, sans exception. La vraie raison pour laquelle il repousse la requête de la Cananéenne, c’est qu’il veut provoquer cette femme à exprimer sa foi de manière plus vive, ce qu’elle fait avec beaucoup d’à propos. Comme Jésus écarte sa supplication en lui disant : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de les jeter aux chiens, » elle rétorque : »Oui, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table » Le Seigneur, tout heureux reprend alors : »Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu veux. »C’est dire que le miracle n’est pas tant une initiative de Jésus qu’une réponse à quelqu’un qui sollicite quelque chose avec foi. C’est la foi qui déclenche le miracle. Et si la personne qui demande n’a pas la foi, il n’y a pas de miracle, comme le soulignent St Marc et St Mt qui nous rapportent comment Jésus en visite à Nazareth « ne fit pas là beaucoup de miracles, parce qu’ils ne croyaient pas . » (Mt.13,58)

Mais qu’est-ce que c’est exactement qu’avoir la foi ? Avoir foi en Dieu, c’est avoir confiance en lui, ce qui suppose qu’on a une certaine connaissance de lui et qu’on l’aime. Mais nous ne pouvons pas connaître Dieu par nous-mêmes. La foi est donc un don de Dieu, nous ne pouvons pas l’acquérir par nous-mêmes. Notre intelligence et notre raison sont trop courtes pour l’atteindre « Haut est le ciel au-dessus de la terre. Aussi hautes sont mes voies au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Is.55,9) dit l’Ecriture. Il faut que Dieu se révèle pour que nous le connaissions. Ce qu’il a fait depuis les temps les plus anciens Il s’est fait connaaître de nous d’abord par les Sages et les Prophètes puis par Jésus Christ et l’Esprit Saint qui nous a été communiqué. Désormais Dieu n’est plus loin de nous. Non seulement il s’est approché, mais il est en nous. Par les sacrements, en particulier le baptême et l’Eucharistie nous sommes en communion avec lui. De sorte que nous pouvons connaître ses lois et sa volonté. Déjà, l’auteur du Deutéronome, il y a environ 2.700 ans, écrivait : « Cette Loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte. Elle n’est pas dans les cieux qu’il te faille dire : qui montera pour nous aux cieux nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique. Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire : qui ira pour nous au-delà des mers nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique. Car la Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur pour que tu la mettes en pratique. » (Deut.30,11-14).

Mais comment repérer cette parole de Dieu qui est en nous, dans notre coeur pour nous faire avancer dans la connaissance et l’amour de Dieu ? En étant très attentif à nos pensées et mouvements intérieurs. Habituellement nous savons reconnaître en nous les idées, les élans, les désirs, qui nous poussent au mal. Nous les appelons des tentations, oeuvre du démon en nous. Mais, il y a aussi en nous des idées, des élans , des désirs, des envies qui nous poussent au bien. Malheureusement nous ne savons pas reconnaître que c’est là l’oeuvre de Dieu en nous. La preuve en est que si vous demandez à n’importe quel bon chrétien : quand est-ce que le Seigneur vous a parlé pour la dernière fois, il ne sait pas quoi répondre. Mais si vous lui demandez : quand est-ce que le démon vous a tenté pour la dernière fois, il voit tout de suite quoi dire !

Pourquoi ne savons nous pas reconnaître les paroles que Dieu nous adresse ? Peut-être parce que nous n’osons pas croire que Dieu communique avec des gens ordinaires comme nous. Avec le pape, peut-être , ou avec de hauts responsables de l’Eglise, mais avec des gens ordinaires comme nous……Pourtant dans l’Evangile, ce sont des gens ordinaires, parfois même des gens de mauvaise réputation comme Zachée ou Marie Madeleine que le Christ fréquente. Ses préférés qu’il choisit comme apôtres, sont des pécheurs du lac, pas très instruits, pas du tout le haut du panier ! Tandis qu’il n’aime pas beaucoup les prêtres, les docteurs de la Loi et toute la hiérarchie de l’Eglise Juive. Par conséquent il faudrait peut être nous mettre à faire sérieusement attention : si quelque chose nous apprend quelque chose sur Dieu, nous rapproche de Dieu, que ce soit en priant, en écoutant une homélie, en voyant quelque chose dans la rue, ou à la télé, en parlant à quelqu’un, en lisant un journal ou un livre ; si une idée, un désir, une élan surgit en nous qui nous pousse à faire le bien, attention, il y a là une parole de Dieu qui nous est adressée. Il ne faudrait pas que le Christ puisse nous reprocher comme aux Juifs « Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? (Jean 8,43)

Que retenir de tout cela ? 

En exauçant cette femme étrangère, païenne, le Seigneur manifeste qu’il ne s’intéresse pas seulement ses fidèles proches, mais à tous les hommes, même ceux qui sont encore loin de lui. Personne n’est laissé de côté. D’autre part l’évangile d’aujourd’hui nous montre que c’est notre foi , notre confiance en lui qui touchent le Seigneur et l’amènent à exaucer nos prières, comme nous le voyons avec la Cananéenne qui a obtenu la guérison de sa fille .

Mais la foi est un don de Dieu. Nous ne pouvons pas nous la procurer par nous mêmes. Notre intelligence et notre raison sont trop courtes. Mais le Seigneur nous la communique par la voix de son Esprit présent en nous depuis notre baptême. Il est donc extrêmement important que nous sachions l’accueillir. Soyons donc très attentifs à nos mouvements intérieurs pour repérer les idées qui surgissent en nous et nous rapprochent de Dieu, ainsi que les désirs, les élans qui nous poussent vers le bien. Le jour de l’Ascension il nous a assuré :« Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. » ( Mt 28,20) Mais nous, somme nous toujours avec lui ?

Dimanche 6 août

Transfiguration du Seigneur – Année A – Mt 17, 1-9

«  Son visage devint brillant comme le soleil. »

Pourquoi Jésus a-t-il voulu se montrer transfiguré ? Il venait d’annoncer aux apôtres sa Passion et ils en avaient été très choqués. Pierre, scandalisé, avait même pris Jésus à part pour lui reprocher de tenir de tels propos « Dieu t’en préserve, Seigneur. Non cela ne t’arrivera pas » Mais Jésus l’avait repris sévèrement « Retire toi, Satan » (Mt.16,23). Les apôtres en étaient restés bouleversés et désorientés. Voyant leur trouble, Jésus a voulu les réconforter. C’est pourquoi il s’est montré dans sa gloire à trois des plus influents d’entre eux. Même s’il leur a interdit de parler à personne de cette vision avant qu’il ne soit ressuscité il savait qu’il pouvait compter sur eux pour raffermir la foi vacillante de leurs compagnons dans les moments difficiles à venir.

Mais en se montrant transfiguré à Pierre, Jacques Jean, le but de Jésus n’est pas seulement de raffermir leur foi ébranlée par l’annonce de la Passion. Son but est aussi de confirmer à leurs yeux qu’il est vraiment le Fils du Père. La voix sortant de la nuée et proclamant :« Celui-ci est mon Fils bien aimé…écoutez le » proclame que Jésus est bien l’envoyé du Père.Les trois apôtres, d’abord effrayés sont ensuite tout joyeux de voir le Christ en gloire au milieu d’eux . En se faisant homme, Jésus avait abandonné sa gloire divine, comme le dit St Paul« Il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur devenant semblable aux hommes »(Phil.2,7)Le jour de la Transfiguration, il se montre dans la gloire dont il jouissait avant son incarnation et qu’il retrouvera définitivement après la Résurrection. Par ailleurs, en voyant Moïse et Elie, les deux personnages les plus importants de l’Ancien Testament, présents à côté de Jésus transfiguré, les trois apôtres sont définitivement convaincus que Jésus ne prêche pas une nouvelle religion, comme l’en accusent les grands prêtres et les scribes, mais que son enseignement est bien en continuité avec celui de l’Ancien Testament. Le miracle de la Transfiguration authentifie le Christ comme l’envoyé du Père, qui prend le relais des prophètes pour apporter le salut aux hommes et les faire accéder à une vie nouvelle.

Mais que le Christ soit transfiguré ou pas, qu’est-ce que cela change pour nous ? Il faut bien voir que la Transfiguration ne touche pas la seule personne du Christ. C’est le corps d’homme du Christ qui est transfiguré. Cela veut dire que nous sommes promis nous aussi, dans notre humanité, à cette même transfiguration, nous qui sommes créés à l’image de Dieu et baptisés dans la vie nouvelle du Christ ressuscité. Sans compter que dès maintenant,la grâce de la vie nouvelle du Christ ressuscité que nous avons reçue au baptême agit en nous, jour après jour, pour nous transformer, nous transfigurer toujours davantage en Christs, comme St Paul l’explique aux Corinthiens :« Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit » (2Cor.3,18)…….. En attendant de nous retrouver définitivement transformés à la fin des temps, « car notre cité à nous est dans les cieux d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire » (Phil.3,20) dit encore St Paul aux Philippiens.

La Transfiguration du corps humain du Christ nous révèle l’envergure de notre destinée. Nous sommes destinés nous aussi à être pareillement transformés. Alors, ne nous laissons pas enfermer dans le terre à terre. Bien sûr, on ne peut pas le négliger : le contrôle technique de la voiture, c’est sérieux, préparer le dîner, ça ne peut pas attendre, la scolarité et l’éducation des enfants, il n’y a pas de vacances pour ça, trouver de quoi assurer à toute la famille un niveau de vie décent, c’est un combat de tous les jours. Mais notre vie, c’est plus que cela. Sachons profiter des bonnes choses que Dieu met à notre disposition , de l’aisance qu’un travail honnête nous permet d’acquérir. Rien de mal à nous acheter une bonne voiture ou à nous payer un bon repas en famille ou encore à nous acheter de beaux vêtements. Mais d’abord n’oublions pas que tout ce qu’il y a de beau, de bon, de bien dans le monde vient de Dieu. L’auteur du Deutéronome nous mettait déjà en garde : « Quand tu auras mangé et te seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et les habiteras, quand tu auras vu s’accroître tous tes biens, que tout cela n’élève pas ton coeur …garde toi de dire en ton coeur : c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’ont procuré ce pouvoir. Souviens toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné cette force, qui t’a procuré ce pouvoir » (Deut.6,12-14,17,18 ) Et surtout n’oublions pas que notre vie , c’est plus que l’argent les belles maisons et les grosses voitures.

Mais ce n’est pas facile, car nous vivons dans un monde païen et cruel où les seuls idéaux proposés sont l’argent, le confort et le luxe, voyez les publicités à la télé ou dans les rues. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec cet ordre des choses, mais nous sommes entraînés dans une course de plus en plus rapide à l’argent et au pouvoir, où l’autre n’est pas un prochain à aimer mais un concurrent à éliminer ou un rival à abattre. Il faut se battre sans jamais s’arrêter pour défendre son petit espace et celui de sa famille. On ne pense plus qu’à ça. Ce n’est pas qu’on le veuille, mais on ne peut pas faire autrement. D’ailleurs tout le monde rêve de s’échapper de ce monde là et cherche désespérément autre chose ; trop souvent malheureusement dans l’alcool et la drogue L’évangile lui aussi nous invite à sortir de cette vie à la fois dure et étriquée. Le Christ nous offre cet autre chose qu’on ne trouve nulle part ailleurs Un jour où certains le quittaient Jésus demanda à ses apôtres :Et vous allez vous partir vous aussi ? Alors St Pierre répondit :« Seigneur, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6,68 )

Que retenir de tout cela ? 

Le Christ a voulu se monter transfiguré à trois de ses apôtres afin de raffermir leur foi durement ébranlée par l’annonce de la Passion. La Transfiguration authentifie le Christ comme l’envoyé du Père qui prend le relais des prophètes pour apporter le salut aux hommes et les faire accéder à une vie nouvelle.

Mais pour nous aujourd’hui, la Transfiguration du corps humain de Jésus révèle toute l’envergure de notre destinée. Si le Christ a été transfiguré dans son humanité cela veut dire que nous aussi nous sommes promis à cette même transfiguration, nous qui sommes créés à l’image de Dieu. Et St Paul nous dit même que cette transfiguration est déjà en cours car « nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit » (2Cor.3,18 ).

Dimanche 16 juillet

15ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 13, 1-9

«  Le semeur sortit pour semer »

L’évangile d’aujourd’hui nous rapporte d’abord la parabole du semeur et ensuite une longue discussion où Jésus répond aux apôtres qui lui demandent d’expliquer pourquoi il parle en paraboles. Je partirai de cette discussion pour revenir ensuite  à la parabole du semeur.

Les apôtres demandent à Jésus « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Celui-ci leurrépond « Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, qu’ils écoutent sans écouter et sans comprendre ». Autrement dit : ce n’est pas moi qui parle par énigmes, ce sont eux qui orientent mal leur attention. Jésus propose un enseignement, il ne l’impose jamais. Il  a devant lui un certain nombre d’auditeurs. Ceux qui cherchent trouvent « Qui me cherche me trouve » (Prov,8,17) « Je me laisserai trouver par vous » (Jer.29,14), lit-on dans l’Ecriture. « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume »dit encore Jésus à ses disciples, tandis qu’il constate « mais ce n’est pas donné à ceux-là » . Pourquoi ? Parce qu’ils ne cherchent pas à comprendre. Le Christ s’adresse à tous, il ne met personne de côté, mais un certain nombre de ses auditeurs sont indifférents ou hostiles à sa parole. Ce sont eux dont il dit qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.

A plusieurs reprises dans l’évangile le Seigneur évoque ces auditeurs inattentifs : « Pourquoi ne comprenez-vous pas mon  langage ? » s’interroge-t-il. Et il répond : « Parce que vous n’êtes pas capables d’écouter ma parole »(Jean8,43) Et pourquoi ne sont-ils pas capables d’écouter la parole ? Parce qu’ils ne sont pas ouverts, ils se sont sont fermés sur eux-mêmes.  Le Seigneur est sévère avec ceux là. « Si je n’étais pas venu, si je ne leur avais pas adressé la parole, ils n’auraient pas de péché; mais à présent leur péché est sans excuse » (Jean15,22) Voilà qui nous invite à voir où nous en sommes. Est-ce que nous écoutons ? Et si nous écoutons, quel genre d’auditeurs sommes-nous ? Des auditeurs qui cherchent vraiment à comprendre ou des auditeurs distraits qui ne sont pas vraiment intéressés ?

Est-ce que nous écoutons ? Pour écouter, il faut croire  que le Seigneur  parle. Il devrait être clair pour chacun  qu’ il y a trois sortes de pensées en nous, celles qui viennent de nous, celles qui viennent du démon (on appelle ça des tentations et généralement nous savons les reconnaître) et puis il y a des idées qui viennent de Dieu. Malheureusement nous ne sommes pas très habiles à les identifier. Comment se présentent-elles ? Par exemple, quand nous prions, quand nous assistons à la messe, quand nous écoutons une homélie, parfois il nous arrive de  comprendre quelque chose sur Dieu. Ou bien c’est en lisant le journal, en parlant avec quelqu’un, en regardant la télé, en voyant quelque chose dans la rue, quelque chose nous émeut et nous rapproche de Dieu. J’ai peur que nous ne soyons pas toujours très attentif  à repérer toutes ces « paroles » que le Seigneur nous adresse, le plus souvent peut-être parce que nous ne croyons pas vraiment que le Seigneur parle  à tout le monde et à chacun sans mettre personne de côté. Une fausse humilité nous conduit à penser que le Seigneur ne peut pas se permettre de perdre son temps à communiquer  avec des chrétiens aussi médiocres que nous. Et par suite, nous n’écoutons plus et la parole ne peut plus entrer dans nos coeurs tout comme le grain ne peut pas pénétrer dans de mauvais terrains comme l’explique la parabole du semeur.

A propos de cette parabole, inutile de nous demander quel genre de terrain nous sommes. Suivant nos dispositions du moment, nous pouvons être successivement tous les genres de terrain.

Parfois la parole du Seigneur tombe sur nous comme du grain qui tomberait sur le bord du chemin où il n’y a pas de terre du tout mais seulement des cailloux. C’est rare que nous soyons  ce  type de terrain. mais cela arrive. C’est lorsque  nous considérons que la religion  n’a rien à voir avec notre  vie de chaque jour, qu’elle est  comme un luxe superflu ou  un loisir facultatif, qu’on peut pratiquer une religion comme on peut faire du sport ou de la musique. On n’est pas contre Dieu , mais on est quand même complètement fermé à l’évangile et  la parole de Dieu ne peut  pas pénétrer  en nous, exactement comme le grain ne peut pas pénétrer dans une pierre.

Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme du grain sur un sol pierreux où il n’y a pas beaucoup de terre arable. Nous sommes souvent ce type de terrain. Nous accueillons avec joie sa  parole qui apaise et comble notre coeur. mais comme celui-ci est déjà encombré  d’un tas d’autres préoccupations, le bon grain n’arrive pas à trouver assez de terre pour pénétrer en profondeur. Nous voulons bien faire  place  au Seigneur dans notre vie, mais nous avons d’autres choses à faire que nous estimons plus urgentes. Ce n’est pas que nous ne voulions pas de lui, au contraire nous voudrions bien l’accueillir mais submergés par tout ce que nous avons à faire, nous sommes débordés et nous n’arrivons pas à lui donner la place que nous voudrions lui donner dans nos vies.    

                     Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme le  grain qui tombe dans les ronces, c’est lorsque nous sommes complètement prisonniers de nos soucis immédiats  :  la bonne marche du foyer, l’éducation des enfants, prévoir et organiser les vacances,trouver l’argent nécessaire pour faire face à toutes  nos obligations, les problèmes de santé, les difficultés dans la vie professionnelle, et les imprévus de toutes sortes qui surgissent. Tout cela, c’est urgent, ça ne peut pas attendre  Et nous décidons  que nous ne pouvons plus nous  consacrer à autre chose.  Nous mettons alors délibérément le Seigneur de côté. Malheureusement il arrive  que nous soyons parfois ce type de terrain. ……………………………………..Mais, grâce à Dieu nous sommes aussi quand même ,de temps en temps, la bonne terre qui reçoit le bon grain et donne du fruit à raison de trente, soixante ou cent pour un.

Ce qui est préoccupant, c’est que,  trop souvent, nous sommes comme le terrain pierreux : nous voudrions bien accueillir la parole de Dieu mais débordés par toutes nos  préoccupations,nous n’y arrivons pas ou comme le terrain plein de ronces : nous décidons de nous occuper de  nos soucis immédiats, tant pis pour la parole de Dieu, nous n’avons plus de temps à lui consacrer. Dans un cas comme dans l’autre nos soucis immédiats, sont des obstacles à l’écoute de Dieu. Comment faire pour nous occuper de nos soucis sans négliger l’écoute de la parole de Dieu ? Peut-être tout simplement en intégrant le Seigneur à nos soucis. Par exemple, au lieu de me dire: comment faire devant telle difficulté dans mon métier,  me dire : comment le Seigneur veut-il que je m’y prenne ?  Car mon activité professionnelle,   c’est le moyen par lequel je fais la volonté de Dieu qui est que je subvienne aux besoins de la famille que le Seigneur m’a confiée. En portant nos soucis devant le Seigneur dans la prière,  au lieu d’être des obstacles qui nous empêchent d’écouter la parole de Dieu et de faire sa volonté, nos soucis deviennent le moyen et le chemin par lequel nous mettons en oeuvre la parole de Dieu et réalisons sa volonté .

Que retenir de tout cela ? 

Le Seigneur sème sa parole dans le coeur de tous les hommes sans laisser personne de côté. Que faire pour l’entendre ? Etre attentif à tout ce qui touche notre coeur, nous rapproche de lui et nous pousse à agir selon sa volonté. Souvent nous faisons de nos soucis et nos travaux  des obstacles qui nous empêchent d’être en communion avec Dieu. Pourtant en réalité,ils sont le moyen et le chemin  que nous offre le Seigneur pour aller   vers Lui. Car  nos tâches quotidiennes, c’est le Seigneur lui-même qui nous les confie. C’est à travers nos travaux de chaque jour que nous pouvons transformer le monde  en royaume de paix, de justice et de charité. Il ne suffit pas de dire chaque fois que nous récitons le Notre Père : « Que ton Règne vienne ». car c’est à travers nos travaux, nos combats et nos soucis  que nous édifions le petit bout de royaume que le Seigneur nous donne à construire

Dimanche 9 juillet

14ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 11,25-30

«  Je suis doux et humble de coeur. »

« Père, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » Dans l’évangile, on le constate, ce sont les petits, les gens simples qui ont vu en Jésus le Messie tandis que les sages et les savants, c’est-à-dire les prêtres, les docteurs de la Loi, les lévites, ne l’ont pas reconnu. Normalement ce sont les sages et les savants qui comprennent ce qui se passe dans le monde, tandis que les petits ne se rendent pas compte. Pourquoi les petits arrivent-ils à connaître la révélation de Dieu alors que les sages et les savants n’y arrivent pas ?

Peut-être parce que sachant qu’ils ont petits, qu’ils ne connaissent rien, les petits sont ouverts, prêts à recevoir ce qu’on va leur dire. Tandis que les sages et les savants, persuadés que c’est leur intelligence qui leur fait tout comprendre, s’enferment en eux-mêmes, dans leurs raisonnements et leurs certitudes, refusant orgueilleusement de recevoir une lumière venue d’ailleurs : cela les ferait dépendre de quelqu’un qui leur serait supérieur. « La connaissance enfle »disait St Paul aux Corinthiens (1Cor.8,1) D’autre part, non seulement les petits sont ouverts, prêts à recevoir ce qu’on leur dit, mais ils sont contents de le recevoir. Un petit enfant n’est pas humilié, complexé de ne pas savoir conduire une voiture, manipuler un ordinateur ou tout simplement lacer ses chaussures, il est heureux de ce que son papa ou sa maman soit là pour lui, il est tout heureux de faire confiance à l’amour de ses parents. Je me rappelle un petit garçon de cinq ans environ. Il était debout à côté de la voiture de son papa. Et comme je m’approchais de lui, tout d’un coup, il m’a dit « Mon papa, il est grand ». Cette réflexion m’a frappé. Il ne m’a pas dit ; c’est embêtant je suis encore petit, je ne me rase pas, je ne sais pas conduire une voiture, il m’a dit : mon papa il est grand. Il n’était pas humilié de dépendre de son père. Au contraire, il en était fier et heureux : je suis petit, je ne peux pas faire grand chose. mais qu’est-ce que ça peut faire, mon papa est là !

De même devant Dieu les petits, c’est-à-dire ceux qui savent qu’ils sont orgueilleux égoïstes, incapables de faire le bien qu’ils aiment alors qu’ils font le mal qu’ils n’aiment pas, loin de se sentir humiliés, sont au contraire heureux et comblés de voir qu’ils ne sont pas rejetés mais qu’ils sont encore aimés de Dieu. St Paul, désolé de constater : « Le bien que je veux je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas je le fais, malheureux homme qu je suis  » (Rom.7,19) n’est pas écrasé ; au contraire il est heureux de découvrir que Seigneur le soutient: « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Cor.12,10) « Je puis tout en celui qui me fortifie »(Phil.4,13) Les petits ne sont pas humiliés de découvrir qu’il y a un Dieu bien plus fort qu’eux. Et prenant conscience que ce Dieu là les aime, ils débouchent dans la joie et l’action de grâce. Cela me fait penser à cette vieille chanson de notre folklore où la petite bergère dont on se moque à cause de ses gros sabots, rétorque fièrement « je ne suis pas si vilaine avec mes sabots tontaine puisque le fils du roi m’aime avec mes sabots tontaine !!!

Mais pourquoi dans l’évangile, cette méfiance, cette réticence vis-à-vis des sages et des savants alors que le savoir et la sagesse sont des biens précieux que tout le monde recherche ? C’est que bien souvent le savoir et la sagesse humaine nous font basculer dans l’orgueil. Quand on est instruit, on est tenté de se croire supérieur aux autres. On croit qu’on arrive à tout dominer par soi-même, sans avoir besoin de l’aide de personne. Le pire, c’est que trop souvent on va être tenté d’utiliser son savoir et sa sagesse en vue de dominer les autres, ce qui ouvre la voie à la violence et aux conflits de toutes sortes. Comment faire pour éviter ces dérives de la connaissance et de la sagesse ? Peut-être tout smplement en allant jusqu’au bout du processus de la connaissance. Car il y a différents niveaux de connaissance. Cela commence par la connaissance sensible : je vois l’eau avec mes yeux. Et puis mon intelligence intervient,je raisonne A quoi ça sert, l’eau ? : je comprends alors que l’eau apaise la soif, qu’elle est nécessaire à toute vie ,c’est la connaissance rationnelle.Mon intelligence me permet aussi de discerner la beauté de l’eau: l’eau d’une rivière, de la mer, c’est beau, c’est la connaissance artistique. Mon intelligence me fait accéder aussi à une connaissance scientifique de l’eau, l’eau c’est H2O. Et finalement ma réflexion peut me conduire jusqu’à voir dans l’eau une créature de Dieu qui la met à notre disposition. On peut appeler cela la connaissance religieuse des choses . C’est seulement à ce niveau , en Dieu, qu’on peut discerner la totalité du sens des choses ainsi que la bonne manière de s’en servir.Tant qu’on n’est pas parvenu à ce niveau, on ne connaît pas vraiment la réalité. St Paul le souligne : « Si quelqu’un s’imagine connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faudrait connaître » (1Cor.8,2)

Une fois que j’ai compris ce que c’est que cette chose que j’ai devant moi, se pose la question : Qu’est-ce que je vais en faire ? Or on utilise toujours les choses selon la pensée, le projet de celui qui les a fabriquées. Quand j’achète une voiture, je l’utilise toujours selon l’idée de ceux qui l’ont fabriquée : ils l’ont fabriquée pour rouler sur la route, pas pour grimper aux arbres. Par conséquent la connaissance, la sagesse, puisque c’est Dieu qui me les donne, je dois m’en servir selon les projets qu’il a en vue lorsqu’il me les donne. Mon intelligence, mes connaissances, ma sagesse, Dieu me les donne pour quoi faire ? Pour fabriquer des bombes atomiques ou des médicaments ?

Pourquoi la méfiance du Seigneur vis-à-vis des sages et des savants ? Parce qu’ils ils croient arriver à la connaissance et à la sagesse par eux-mêmes, oubliant que c’est le Seigneur qui leur a donné l’intelligence. Par suite, ils ne se soucient pas ou refusent d’utiliser connaissances et sagesse selon les projets de Dieu qu’ils remplacent par leurspropres projets qu’ils pensent meilleurs. Ils rejettent le point de vue de Dieu qui nous donne toutes choses afin que nous les utilisions pour le bien de tous avec justice et charité et se lancent dans une course aux richesses et à la domination sur les autres qui amènent des catastrophes en série au lieu du progrès escompté. C’est ainsi que les philosophes des lumières et les rationalistes espéraient qu’une fois débarrassée des croyances et des légendes des religions, l’humanité, unanime, adopterait une sagesse meilleure fondée sur une rationalité supérieure qui apporterait enfin progrès et bonheur dans tout l’univers. Hélas, c’est le contraire qui s’est produit, comme le fait remarquer parmi bien d’autres un historien et théologien orthodoxe : « Les pires régimes de l’histoire moderne ont été ceux qui ont le plus clairement renié la vision chrétienne de la réalité et cherché à la remplacer par un ensemble de valeurssoi-disant plus« humaines ». Dans l’histoire, aucune cause, aucune religion, aucune ambition impérialiste, aucune aventure militaire n’a détruit plu de vies que la cause de la « fraternité universelle », de l’utopie post-religieuse ou du progrès de la race humaine » (The Atheist Delusions, David Bentley Hart p. 107) Le XX° siècle avec ses deux guerres modiales, ses famines, ses camps d’extermination en a malheureusement été l’illustration tragique.

Que retenir de tout cela ? 

Les tout-petits ont la préférence de Dieu parce que, se jugeant avec réalisme comme faibles et dépendants de plus fort qu’eux, loin d’être humiliés et complexés par leur petitesse, ils se réjouissent de ce qu’ils peuvent compter sur l’amour de leur Père du ciel en toutes circonstances. Comme le petit garçon qui dit Mon papa, il est grandou St Paul qui se réjouit :« Je puis tout en celui qui me fortifie » (Phil.4,13 )

Par contre, le Seigneur se méfie des sages et des savants parce que, trop souvent, victimes de leur orgueil ils prétendent remplacer la sagesse de Dieu par leur propre sagesse.

Le bon sens exige que l’on utilise les choses selon le projet de celui qui les a fabriquées. C’est pourquoi la vie, le monde, il s’agit de les utiliser selon le projet de celui qui les a fabriqués !

Le Seigneur est « la Voie, la Vérité, la Vie » (Jean 14,6) Ceux qui ont essayé autre chose, cela ne leur a guère réussi.

Dimanche 25 juin

12ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 10,26-33

«  Ne craignez pas ceux qui tuent le corps. »

Dans le passage d’évangile précédant celui que nous venons d’entendre, le Seigneur envoie ses disciples proclamer « en pleine lumière »ce qu’il leur a révélé discrètement, en petit comité, et cela malgré les persécutions dont ils seront l’objet. Car il ne leur cache pas ce qui les attend :« Ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi (Jean 15,20) « Le disciple n’est pas au-dessus du maître(Mt10,24). Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups « (Mt 10,16) Il leur recommande donc d’être habiles et prudents, mais il les rassure aussi. « Ne craignez pas«  L’Esprit St vous viendra en aide. Dans l’évangile d’aujourd’hui, par trois fois encore, il répète « Ne craignez pas.« Le Père veille, pas un seul moineau ne meure sans son accord et vous, « vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.« Les apôtres ont bien compris le message, ils sont partis annoncer l’évangile. Ils ont fait face à toutes sortes d’oppositions et de persécutions sans faillir. Presque tous dont morts martyrs. Mais l’évangile s’est répandu par toute le terre.

Et nous aujourd’hui quelle doit être notre position devant cet envoi en mission ? Nous ne sommes pas envoyés de la même manière que les apôtres. Mais si nous sommes les disciples du Christ, nous sommes aussi envoyés. Car le Christ est « l‘envoyé du Père, »et on ne peut pas être disciple du Christ sans participer à sa mission d’envoyé. Bien sûr, un laïc chrétien aujourd’hui n’a pas à prêcher comme le Christ à travers les bourgades de Palestine, ou comme son curé à la messe le dimanche, mais il doit transmettre sa foi à travers sa manière de vivre et la communiquer à ses enfants, à ses proches, à son entourage. Il est impensable d’être des chrétiens de consommation qui se contentent d’engraisser paresseusement en profitant des grâces que le Seigneur nous prodigue. On ne peut pas être un chrétien passif. Si on est chrétien, on participe de l’élan et du dynamisme du Christ envoyé. Ne comprenons pas de travers la parabole du Bon Pasteur : le Seigneur n’entend pas faire de nous un troupeau de moutons mais un troupeau de pasteurs. De même qu’il est envoyé par le Père partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est, de même aujourd’hui chacun de nous est envoyé partager tout ce qu’il a reçu du Seigneur à ceux qui l’entourent, avec force et efficacité mais aussi avec simplicité et discrétion. Ce serait du plus complet mauvais goût de donner dans la publicité indiscrète ou la propagande envahissante. Regardez le coronavirus, il ne fait pas beaucoup de bruit mais il est terriblement contagieux. Sommes nous assez contagieux ? …………….

Dans le monde qui nous entoure, ce n’est pas facile d’ être témoins de l’évangile et le parole du Christ « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups« reste tout à fait d’actualité. En France, il n’y a pas de persécutions à proprement parler et d’après les textes et les déclarations officielle, on vise à faire régner une laïcité respectueuse de toutes les opinions et de toutes les croyances. Dans la réalité toutefois, cette laïcité n’existe pas toujours. Dans tel secteur de la défense nationale, on filtre le nombre d’officiers chrétiens. Dans la fonction publique, il n’est pas bien vu qu’un fonctionnaire aille à la messe le dimanche. Dans les milieux universitaires, certes, on n’égorge pas les chrétiens, mais l’atmosphère est agressivement antireligieuse ce qui étonne et scandalise bien des étudiants étrangers. Dans le N°3747 du 27, 28 Juin 2017, un éditorialiste de la Vie Catholique faisait remarquer que « la notion de Dieu a été supprimée des programmes de philo alors même que le questionnement métaphysique est à l’origine de la discipline. Tout se passe comme si la laïcité s’était transformée en athéisme et en athéisme militant agressif qui exclut l’expression religieuse de tous les compartiments de la société » Mais ne dramatisons pas la situation. Pensons plutôt à tous ces chrétiens obligés de quitter leur travail, leur famille et même leur pays devant les persécutions violentes dont ils sont l’objet,en particulier dans les régions où sévit l’extrémisme islamiste.

Et puis il y a toute l’atmosphère matérialiste dans laquelle nous baignons, où l’argent, la productivité, la rentabilité règnent en maîtres absolus, causant de graves crises économiques et humaines en certaines régions tandis qu’ailleurs les poubelles sont pleines de nourriture de vêtements et de chaussures dont on ne sait que faire. Dans bien des contrées, des millions d’hommes sans travail doivent émigrer pour tenter de survivre tandis qu’ailleurs l’excès de travail et les rythmes de travail inhumains détruisent l’équilibre humain des personnes et des familles.

Comment dans un contexte pareil arriver à témoigner de l’évangile ? Comment arriver à apporter plus de paix, de justice, de charité dans un tel monde ? Commençons par nous nourrir de l’évangile, ensuite efforçons nous de promouvoir un climat chrétien autour de nous afin que chaque personne soit respectée, quelle que soit la couleur de sa peau, sa religion ou son rang dans la société, car le Christ est mort pour elle comme il est mort pour moi. Là où nous travaillons, efforçons nous de mettre plus d’entente et de collaboration. Enfin garder le souci du bien commun, et avoir le courage de s’engager en politique ne serait-ce qu’au niveau de son quartier ou de sa commune. car là aussi se déploie le service des autres.Le pape Paul VI osait dire que la politique est une forme privilégiée de la charité.

Que retenir de tout cela ? 

Comme il a envoyé ses apôtres annoncer partout le Bonne Nouvelle, le Seigneur nous envoie partager avec ceux qui nous entourent ce qu’il nous a donné et que nous avons reçu. Le Christ est essentiellement ENVOYE DU PERE. On ne peut pas être du Christ sans être soi-même envoyé. Ne nous dérobons pas en prétextant que nous ne sommes pas à la hauteur d’une telle tâche. IL a choisi des apôtres qui n’étaient pas des premiers de classe et leur chef l’a renié trois fois. Ils ont quand même réussi à répandre l’évangile dans le monde entier; Il l’avait dit : Tels que vous êtes, modestes pêcheurs Galiléens,« Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes.« (Mt.4,19))

Il est certain que nous aurons à faire face, sinon à des persécutions caractérisées, du moins à des obstacles et au mépris du monde, mis il est non moins certain que le Seigneur ne nous abandonnera jamais, et sa grâce, qui est le pouvoir donné aux hommes de faire par eux-mêmes ce qu’ils ne peuvent pas faire par leurs propres forces, nous permettra de venir à bout des obstacles. Tous ceux qui, ayant entendu l’appel du Seigneur se sont lancés d’une manière ou d’une autre pour « proclamer en pleine lumière et crier l’évangile sur les toits«  savent, comme St Paul, qu’ils peuvent compter sur« Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus qu tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer« . (Eph.3,20)

Dimanche 18 juin

11ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 9,36-10,8

«  Jésus appela ses douze disciples et les envoya en mission. »

Même si Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages proclamant la Bonne Nouvelle et guérissant toute maladie et toute infirmité comme le dit l’évangile précédant immédiatement le passage que nous venons d’entendre, il restait bien des misères dans le pays, et voyant les foules désemparées et abattues, le Seigneur était rempli de pitié et de compassion . Pour lui le plus triste, pire encore que les maladies et les infirmités, c’était de voir le peuple laissé à l’abandon sans personne pour le diriger. Les gens étaient comme des brebis sans pasteurs. Ceux qui auraient dû les guider : les prêtres, les scribes, les docteurs de la Loi avaient pour la plupart trafiqué et déformé la religion juive traditionnelle et se fermaient chaque jour davantage au message de salut du Seigneur. Jésus est bouleversé de voir la moisson abondante, et le manque de main d’oeuvre pour s’en occuper. Aussi invite-t-il ses disciples à prier le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

Sans plus attendre il appelle ses douze apôtres et les envoie en mission. Nous savons ce qui en a résulté. Ces douze hommes et leurs successeurs ont répandu l’évangile par toute la terre. Le plus extraordinaire c’est que les douze premiers apôtres choisis par le Seigneur n’avaient aucune formation religieuse particulière, ils étaient des croyants tout ce qu’il y a de plus ordinaires. Matthieu, petit fonctionnaire des impôts, était probablement le seul à avoir un peu d’instruction. Or du temps de Jésus, il y avait un certain nombre de gens instruits des choses de la religion, ne serait-ce que parmi les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, les lévites, et parmi la masse des pratiquants dont certains, comme les saducéens ou les Pharisiens, étaient particulièrement versés dans la connaissance de l’Ecriture et de la Tradition . Il est tout de même très étonnant que le Seigneur n’ait appelé personne parmi eux. Peut-on imaginer aujourd’hui un évêque ordonnant prêtres des hommes ramassés n’importe où et n’ayant pas derrière eux des années d’études dans un grand séminaire ?

Le Christ a innové. Aucun de ses apôtres ne sortait d’une école rabbinique. Aujourd’hui devant la situation difficile de l’Eglise dans notre pays, il faudrait certainement innover. La situation dans l’Eglise et dans le monde n’est plus du tout ce qu’elle était il y a cinquante ou quatre vingt ans. Alors pourquoi vouloir s’accrocher obstinément aux structures d’autrefois ? J’ai eu la chance de passer trente six ans à Madagascar dans une Eglise qui a toujours fonctionné avec très peu de prêtres ce qui entraîne des inconvénients mais aussi des avantages J’ai été curé de brousse pendant vingt ans, responsable d’un district qui comptait trente deux clochers. Comme dans tous les districts missionnaires, chaque petite paroisse était dirigée par un comité de laïcs, hommes et femmes et un catéchiste homme ou femme avait la charge de l’animation spirituelle, prononçant chaque dimanche l’homélie. Comme très peu d’entre eux pouvait abandonner leurs rizières pour suivre les cours d’une école de catéchistes, en ville, la plupart du temps leur formation était assurée par le prêtre en charge du district, au cours de réunions mensuelles d’une grosse journée consacrée à la prière et à la réflexion.

J’ai eu tout le loisir de constater que le manque de prêtres n’est pas forcément une catastrophe. Au contraire, cela permet aux laïcs de donner toute leur mesure. Et d’après ce que j’ai vu, non pas en passant rapidement quelques jours ou quelques mois, mais pendant trente-six ans à Madagascar, les Eglies de pays de mission, plus dynamiques que les Eglises de nos pays de vieille chrétienté, ont quelque choe à leur apprendre. Je ne comprends pas que, puisqu’en France actuellement où on se trouve dans la situation qui était traditionnellement celle des pays de mission, je ne comprends pas qu’on n’aille pas voir là-bas comment ça marche, peut-être pas pour copier ce qui s’y fait, mais pour s’en inspirer. D’autant plus que nous avons chez nous des laïcs de valeur ayant déjà une formation chrétienne certainement supérieure à celle de mes catéchistes de brousse. Il y a huit jours j’étais dans une petite paroisse des environs de Lille. le comité pastoral avait préparé la liturgie de la messe, non seulement les chants et les lectures, mais ils avaient recomposé les oraisons de la messe. Comme d’habitude, leurs oraisons étaient bien meilleures que celles du missel officiel. Je suis rentré en France depuis bientôt dix ans. Partout où j’ai pu aller, j’ai n’ai entendu que des éloges à propos des équipes de laïcs qui s’occupent des enterrements. Cessons de gémir sur la prétendue situation catastrophique de l’Eglise de France. C’est vrai qu’il y a malheureusement beaucoup moins de monde qu’autrefois dans les églises. Mais partout où je suis allé ces dix dernières années j’ai toujours vu des célébrations bien meilleures que celles auxquelles je participais lorsque j’étais enfant, grâce aux équipes de laïcs en charge avec le prêtre de l’endroit de la pastorale et de la liturgie. Mais on ne va pas assez loin. On s’enferme dans les habitudes des cent dernières années que l’on canonise, décrétant que c’est ça LA tradition de l’Eglise qu’ il faut respecter sous peine de péché mortel. J’ai entendu un très bon prêtre, un excellent curé de paroisse, déclarer avec beaucoup de conviction : un laîc faire l’homélie ? Jamais ! C’est réservé au prêtre ! C’est faux.La tradition de l’Eglise ne se limite pas à ce qui s’est fait ces cent dernières années dans notre pays ! Dans les premiers siècles de l’Eglise, on a célébré l’Eucharistie avant qu’il y ait des prêtres. C’était un ancien de la communauté qui présidait la célébration, le presbuteros. Cela aussi, c’est la tradition de l’Eglise. On pourrait peut-être y revenir. Il n’y aurait là aucun sacrilège. Rien dans la foi ou le dogme ne s’oppose à l’ordination de prêtres mariés ou de femmes Pourquoi ne pas étudier sérieusement la question ? Le statut des femmes a considérablement évolué partout sauf dans l’Eglise Vous trouvez aujourd’hui des femmes au volant de poids lourds de 44 tonnes ! C’est une femme qui dirige la banque mondiale. Plusieurs sont chefs d’état ou premiers ministres, certaines sont à la tête de puissants syndicats et on ne compte plus les femmes chefs d’entreprises. Pendant ce temps là certains curés refusent encore aux filles d’être servants d’autel. Soyons sérieux ! on dit qu’on prie pour les vocations, c’est vrai, mais dans le même temps on les limite,on les freine, on les enferme les vocations, dans nos peurs paniques du nouveau et nos préjugés injustifiables.

Le petit nombre de prêtres et qui ne cesse d’aller en décroissant est bien préoccupant . Prions pour les vocations , oui. Mais si les chose ne s’arrangent pas, ce n’est pas parce que le Seigneur ne veut pas appeler. C’est de notre côté que ça coince. Peut-être faudrait-il cesser de marcher à rculons vers l’avenir, les yeux fixés sur ce qui se faisait il y a quatra-vingt ans et qu’on regarde

comme LAtradition et qu’il faut respecter sous peine de péché mortel. !!!

Prions pour les responsables de l’Eglise, pour qu’ils osent prendre les décisions que les situations nouvelles réclament et pour le peuple chrétien, qu’il soit prêt à abandonner certaines de ses habitudes s’il le faut, pour en adopter de nouvelles. Laissons nous rajeunir par le Seigneur qui se présente dans l’Ecriture que ce soit dans l’ancien testament, dans Isaïe, comme « Celui qui va faire du nouveau »(Isaïe 43,19) ou dans le nouveau testament, dans l’Apocalypse « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Apoc.21,5).

Dimanche 11 juin

Le Saint Sacrement – Année A – Jn 6,51-58

« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. »

Le Saint sacrement, c’est le sacrement du corps du Christ qui se donne à nous en nourriture. Y a-t-il encore besoin d’un tel sacrement ? Par le baptême nous avons déjà en nous la vie du Christ. Avons nous encore besoin de quelque chose d’autre ? Apparemment oui, puisque le Christ nous dit :« Je suis le pain de vie »(Jean6,48). « Le pain que je donne, est ma chair pour la vie du monde.Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’avez pas la vie en vous » C’est que le baptême, c’est une naissance à la vie divine, et de même qu’après sa naissance, le nouveau né a besoin de se nourrir pour développer sa vie naturelle, humaine, de même après le baptême, nous avons besoin du pain de vie que le Christ veut nous donner pour développer la vie surnaturelle, divine en nous. Car le baptême n’est pas un bain dans lequel nous serions dissous, anéantis en Dieu, mais un bain dans lequel nous sommes plongés dans une communion avec le Seigneur où nous demeurons des personnes libres et donc susceptibles de rejeter ou d’accepter et de renforcer cette communion. Après avoir reçu le baptême, nous demeurons des pécheurs exposés au danger de céder à la tentation de nous séparer de Dieu. Nous avons donc besoin d’une nourriture, qui alimente et renforce la vie nouvelle que nous venons de recevoir .

Cette nourriture, le Christ l’appelle le pain de vie et il précise « Le pain que je donnerai, c’est ma chair donnée pour que le monde ait la vie. Mais quand il nous dit : il faut vous nourrir de moi pour avoir la vie éternelle, parce que celui qui me mange vivra par moi, de quel moi s’agit-il ? Du moi livré pour nous. Ce n’est pas le moi de Jésus enfant à Nazareth, ni le moi de Jésus annonçant l’Evangile que nous recevons dans la communion, mais le moi de Jésus donnant sa vie pour nous sur la croix. Ce qui veut dire que la vie, qu’il est indispensable de recevoir dans la communion pour mener une vie chrétienne, puisque le Christ insiste :« Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’avez pas la vie en vous », c’est une vie où on donne sa vie pour les autres.Autrement dit, je ne suis pas chrétien, je ne mène pas une vie chrétienne, si je ne donne pas ma vie pour les autres. Donner sa vie pour les autres, ce n’est pas quelque chose de facultatif. Je peux être chrétien que je dise mon chapelet ou non, que je porte ma médaille de baptême autour du cou ou non, mais je ne peux pas être chrétien si je ne donne pas ma vie pour les autres.

Mais qu’est-ce que ça veut dire donner sa vie pour les autres ? Est–ce qu’il faut mourir martyr sur une croix comme le Christ ? Bien sûr que non. Se mettre au service des autres, servir les autres, c’est déjà une manière de donner sa vie pour eux. Que faut-il donc faire pour servir les autres ? Rien. Rien d’autre que ce que nous faisons déjà. Regardez bien : dans toutes nos activités, dans toutes les professions il y a toujours un aspect de service des autres. Un agriculteur qui cultive du blé ou des pommes de terre contribue à nourrir la société, un commerçant dépanne les gens de son quartier, un médecin qui soigne les malades, un enseignant dans son école, un policier dans son commissariat, un conseiller municipal ou un employé de mairie, une maman au foyer ou un conducteur de bus scolaire, tous d’une manière ou d’une autre sont au service des autres. « Et ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est pour moi que vous l’aurez fait » (Mt.25,40)L’évangile d’aujourd’hui nous invite être attentifs à cette dimension de service des autres qu’il y a dans toutes les professions que nous exerçons et dans toutes les occupations qui remplissent nos journées. Nous avons tendance à ne voir dans nos activités et nos professions que le bénéfice financier qu’elles rapportent et souvent nous méprisons ou nous ignorons l’ aspect de service qu’elles renferment. Il n’y a qu’à voir comment on parle d’une femme au foyer, on la définit négativement : « sans profession ». Comme si élever des enfants et créer une atmosphère chaleureuse dans le foyer, c’était là des choses négligeables et sans valeur, puisqu’elles n’entraînent pas de gain d’argent, tandis que tapoter sur un ordinateur dans un bureau ou servir à boire dans un bistrot serait infiniment plus respectable ! Le service des autres, ce n’est pas n’importe quoi. Le service, c’est l’agir de l’amour, c’est de l’amour en actes et ça n’a pas de prix. Peut-être sommes nous trop préoccupés par l’argent que notre travail nous rapporte. Tant mieux si notre profession et notre travail nous permettent de bien gagner notre vie et de subvenir comme il convient aux besoins de notre famille, c’est très important, bien sûr. Mais notre travail vaut plus que l’argent qu’il nous rapporte. Il y a de l’amour dedans et ça, ça n’a pas de prix. D’ailleurs quand on est au service des autres, on est en parfaite communion avec le Christ. tout autant qu’en recevant une hostie à la messe.C’est tellement vrai que la 4° Prière Eucharistique reprend quasiment mot pour mot le récit du lavement des pieds dans l’évangile pour introduire la consécration de la messe :

Lavement des pieds
1°) Quand l’heure fut venue de passer de ce monde au Père
2°)Lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde
3°)Au cours du repas, Jésus se leva de table, prit un linge
Quatrième Prière Eucharistique
1°) Quand l’heure fut venue où tu allais le glorifier
2°)Lui qui avait aimé les siens qui étaient dans les aima jusqu’à l’extrême le monde les aima jusqu’au bout
3°)Pendant le repas qu’il partageait avec ses et lava les pieds de ses disciples disciples, il prit le pain….

Que retenir de tout cela ? 

Le Saint Sacrement, c’est le sacrement du Christ qui donne sa vie pour nous. L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle l’obligation absolue que nous avons de donner notre vie pour les autres si nous voulons être chrétiens. On ne peut pas être chrétien si on ne donne pas sa vie pour les autres. Et pour arriver à donner sa vie pour les autres tous les jours sans faiblir, nous avons besoin de nous nourrir du pain de vie, du sacrement du Christ donnant sa vie pour nous.

Donner sa vie pour les autres autres ne signifie pas qu’il faille s’imposer des sacrifices terriblement exigeants, héroïques et spectaculaires. Cela se vit normalement à travers notre travail quotidien qui comporte toujours un aspect de service des autres. Nous ne nous en rendons pas compte et surtout nous n’y accordons pas assez d’attention, mais nous sommes tous les jours en train de servir les autres à travers nos activités professionnelles ou l’accomplissement de notre devoir d’état. Saint Exupery parlant quelque part de vieilles dames qui s’usaient le yeux à broder des chasubles d’or pour leur Dieu disait « elles allaient ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles. » Moi, je crois que vous tous, tant que vous êtes, à travers tout ce que vous faites du matin au soir, vous allez ne le sachant pas les mains pleines d’étoiles.