homélie

Dimanche  19 novembre  2023 Fournes

La parabole des talents fait partie d’un long discours de Jésus sur la fin des temps et répond à une question bien précise : que faire pour se préparer à cette échéance ? Tout se passe comme si le maître d’une propriété, parti en voyage après avoir confié ses biens à ses employés rentrait chez lui et demandait à ses employés de lui faire un rapport sur l’état de ses biens. En   voyant qu’il remet un talent à un serviteur, deux talents à un autre, cinq à un troisième, avant de partir, nous pourrions penser   qu’il leur remet un petit pécule leur permettant de vivre jusqu’à son retour, alors qu’en fait il s’agit de sommes très importantes : un talent représente l’équivalent de plus de quinze ans de salaire ! En réalité, cette parabole nous raconte l’histoire d’un homme qui confie tous ses biens à ses serviteurs et leur en confie la gestion.  

Le Christ veut nous faire comprendre par-là que le créateur nous confie toute sa création, ce que   relève le texte de la quatrième prière eucharistique de la messe Père très Saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour. Tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. Nous ne sommes pas les maîtres ni les propriétaires de ce monde dont nous pourrions faire n’importe quoi, n’importe comment, mais nous ne sommes pas non plus des esclaves ni de simples exécutants qui n’auraient pas leur mot à dire. Nous sommes les gérants d’un maître infiniment bon qui nous fait confiance pour gérer au mieux ses biens. Si nous avons un peu de bon sens, nous allons administrer cette fortune en reprenant les projets de ce maître si généreux D’ailleurs le texte de la messe Tu as confié l’univers à l’homme afin qu’en te servant, Toi son créateur, l’homme règne sur la création laisse entendre que si nous nous éloignons de l’esprit de service de Dieu, il va y avoir des problèmes. Et puis surtout la parabole des talents nous dit clairement que nous aurons à répondre un jour de notre gestion, comme les serviteurs, dans la parabole, à qui le maître, à son retour, demande des comptes.

Mais quels sont les projets de Dieu pour le monde ? C’est d’y établir un royaume où règnent la paix, la justice, la charité. Après deux mille ans de christianisme nous sommes encore loin du compte. Cependant des avancées ont été réalisées. Beaucoup d’états ont pris le relais des institutions chrétiennes qui autrefois étaient les seules à créer des hôpitaux, des hospices et des écoles Même si tous ne les mettent pas en pratique, beaucoup de chefs d’états, et de gouvernements prétendent promouvoir dans leurs pays des idéaux de paix et de justice d’inspiration chrétienne. Un peu partout, la Croix Rouge, des ONG, une foule d’institution privées, sans parler des lois sociales mises en place par les gouvernements viennent en aide aux enfants, aux personnes âgées, aux malades, aux sans-abris, exerçant  une véritable charité laïque Ces jours derniers, tout près de nous, dans le Pas de Calais éprouvé par de graves inondations, plusieurs municipalités, débordées devant l’afflux des secours leur parvenant, ont dû lancer des appels à la population pour qu’elle cesse de proposer de l’aide aux sinistrés .. Tout cela est loin d’être suffisant. Même s’il n’en est pas aussi absent que nous le pensons quelquefois, on ne peut pas dire que l’esprit de l’évangile  dirige  le monde.

Or le Seigneur nous avait confié l’univers afin qu’en le servant, nous arrivions à régner sur la création. Comme nous nous sommes éloignés de cet esprit de service de Dieu, il y a bien des problèmes et au lieu de régner paisiblement sur la création, nous vivons dans une certaine anxiété. Nous essayons de la refouler en ne pensant qu’aux soucis immédiatsdu présent, mais dès que nous levons le nez de nos occupations immédiates elle ressurgit. Il n’y a pas une seule famille où on ne se demande : Dans quel monde nos enfants vont-ils vivre ? Trois gros sujets d’inquiétude nous préoccupent.  Les guerres, en Ukraine, en Israël qui pourraient s’étendre et dégénérer en guerre


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mondiale, les idéologies expansionnistes de domination et un consumérisme débridé qui menace l’existence même de la planète. A l’origine de ces trois fléaux une seule cause : l’orgueil d’une humanité qui rejette la loi de Dieu pour suivre ses délires. Chaque fois que nous achetons quelque chose, toujours nous l’utilisons dans la pensée celui qui l’a fabriquée. Pourquoi est ce que nous n’utilisons pas le monde, la vie dans la pensé de celui qui les a fabriqués ? L’histoire de l’humanité nous montre pourtant que toutes les tentatives pour remplacer l’idéal évangélique par d’autres idéaux que l’on pensait meilleurs n’ont donné que toujours plus de violences, de ruines et de morts.

                                               Rejetant la sagesse de Dieu   seule source de la vie et malgré l’expérience des guerres dans les siècles passés avec leurs milliards victimes, et les ruines énormes qu’elles ont entraînées, des responsables politiques, il faudrait dire des irresponsables politiques poussés par un orgueil insensé, déclenchent encore de nouveaux conflits dans le but de dominer ou d’exterminer les pays voisins. Ces conflits qui demeurent locaux pour l’instant pourraient évoluer en guerre mondiale d’un instant à l’autre, ce qui nous angoisse, bien sûr.

Rejetant la sagesse de Dieu seule source de la vie, des gouvernants intoxiqués par des idéologies totalitaires  plongent dans un esclavage bien pire que celui des siècles passés des millions d’hommes qui n’ont  plus aucune liberté d’expression ni de pensée. Toute personne qui conteste est immédiatement emprisonnée, soumise à des lavages de cerveau, torturée ou exécutée. A l’école on n’enseigne plus l’histoire mais on impose comme réalité une propagande basée sur des idéologies expansionnistes dont personne n’est à l’abri.

Enfin rejetant la sagesse de Dieu qui met sa création à notre disposition pour que nous en profitions tous, nous nous abandonnons à un consumérisme égoïste.  On cherche la rentabilité et le profit à tout prix, chacun cherchant son avantage personnel sans aucun souci du bien commun. Une compétitivité féroce s’installe partout : résultat : loin de régner sur la création nous devenons des esclaves soumis à des conditions de travail inhumaines qui menacent l’équilibre psychologique des personnes et des familles, tandis que les conflits d’intérêts et les grèves ruinent la paix sociale. La nature elle-même est attaquée : la pollution, les brulis et les incendies de forêts font d’énormes dégâts. Le réchauffement climatique amène des pics de chaleur et des inondations. Des espèces animales disparaissent. Et dans certaines régions du monde, la montée du niveau de la mer va faire disparaître des pays entiers comme le Bengladesh. Sans nous en rendre compte, inconscients, imprévoyants, nous sommes en train de « détruire notre maison commune » comme dit le pape François. Un ami me disait l’autre jour : tout cela me fait penser aux passagers du Titanic qui dansaient insouciants dans les salons du paquebot à quelques minutes du naufrage qui allait les engloutir.

Que retenir de tout cela ?

Nous sommes comme les serviteurs de la parabole à qui le maître a confié tous ses biens pour qu’ils les fassent fructifier et un jour il nous demandera de rendre compte de notre gestion. Il nous a confié l’univers pour accomplir une tâche immense :  le transformer en un royaume où règnent la paix, la justice, la charité. Le pape François nous le rappelle dans son encyclique Laudato Si :Nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant. (Laudato Si, N°53) Bien sûr, ce n’est pas à nous, habitants de Fournes d’aller rétablir la paix à Gaza ou en Ukraine, ce n’est pas cela que le Seigneur nous demande aujourd’hui. Mais l’évangile d’aujourd’hui nous le rappelle :  nos familles, notre paroisse, notre commune, notre paroisse  c’est à nous de faire qu’elles  soient ce que le Père a rêvé en les créant.


Dimanche 12 novembre, Bois Grenier

Dans cette parabole, le Seigneur nous raconte l’histoire d’un groupe de jeunes filles invitées à un mariage. Belle image de l’invitation à entrer dans le Royaume des Cieux dont nous faisons l’objet. Elles attendent l’arrivée de l’époux pour entrer avec lui dans la salle des noces. La nuit est tombée. Tout le monde est assoupi. Le marié est en retard. Sa brusque arrivée réveille tout le monde et le cortège s’apprête. Mais catastrophe ! Quelques-unes des jeunes filles du groupe s’aperçoivent qu’elles n’ont pas emmené suffisamment d’huile pour leurs lampes. Vite, elles vont en acheter. Mais quand elles reviennent, il est trop tard, la porte de la salle de noces est fermée, elles ne participeront pas à la fête. Jésus conclut. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.

De quelle heure et de quel jour s’agit-il ? De l’heure et du jour de notre entrée définitive dans le royaume, c’est-à-dire de l’heure et du jour de notre mort. C’est à ce moment-là que nous sortirons   de la vie terrestre pour entrer à demeure dans la vie éternelle. Or ce moment-là, nous ne savons pas quand il viendra. Nous ne connaissons ni le jour ni l’heure. Aussi le Christ nous demande de veiller de façon à être prêts. En même temps il nous envoie deux signaux contradictoires : l’un, menaçant : Attention, ! tout le monde ne rentrera pas, ceux qui ne se sont pas prêts ne rentreront pas ; l’autre tout-à-fait réconfortant et réjouissant : entrer dans le royaume, c’est participer à une fête, c’est comme être invité à une noce ! Raison de plus pour nous y préparer soigneusement.

Quelle faute commettent les jeunes filles imprévoyantes de la parabole ? Elles se laissent prendre par leurs désirs et leurs besoins immédiats : elles ont envie de dormir, alors elles se laissent aller au sommeil, oubliant complètement qu’elles doivent veiller pour aller au-devant du marié. Pour nous, c’est la même chose. Pourquoi est-ce que nous ne nous soucions guère de veiller pour nous préparer à l’entrée dans le royaume ? Tout simplement parce que trop pris par les nécessités immédiates de la vie courante, nous n’avons plus le temps d’y penser. Le travail de chaque jour, les soucis personnels, familiaux, professionnels nous assaillent sans répit. Nous n’arrivons même pas à faire face à tout. Les urgences de la vie présente accaparent toute notre attention, mobilisent toute notre énergie, comment voulez-vous qu’on pense encore à la vie éternelle ?  

Le travail et les soucis de toutes sortes constituent le tissu de notre vie. Nous ne pouvons pas les éliminer. Mais en nous enfermant dans les urgences du présent immédiat, ils accaparent toute notre attention, mobilisent toute notre énergie, ils   sont donc des obstacles qui nous empêchent de penser à préparer notre avenir, notre entrée dans le Royaume. Alors que faire ? Arrêter de travailler, cesser de nous occuper de nos soucis, nous réfugier dans le spirituel et faire des prières ? Impensable ! D’ailleurs, les propos de Jésus sur le jugement dernier dans l’évangile sont très clairs : Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde, dit le Christ, car vous êtes allés à la messe tous les dimanches ? car vous avez fait plein de prières ?  Non, pas du tout, mais venez, entrez dans le royaume parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger (un migrant) et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, en prison et vous êtes venus à moi. (Mt.25,31-46)…….En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’ est à moi que vous l’avez fait!

Mais alors, cela veut dire que nos gestes que nous pensons être profanes, le travail, tous nos soucis personnels, familiaux, professionnels, qui sont plus d’une fois, des obstacles nous empêchant de


penser à préparer notre entrée définitive dans la vie éternelle, ils pourraient être, quand même, les pierres du chemin qui nous conduit à la porte du Royaume ? Comment cela ? Le technicien d’EDF qui remet en état les lignes électriques après la tempête, perché dans sa nacelle à cinq mètres du sol, la femme au foyer qui prépare le repas de midi, pris par leur travail, ne peuvent pas en même temps penser à se préparer à entrer dans le royaume quand le moment sera venu, Apparemment leur travail peut les éloigner de toute préoccupation du royaume. C’est vrai. Mais il peut aussi être le moyen par lequel ils construisent le royaume, sans même qu’ils s’en rendent compte car, malgré les apparences, ce travail qui les absorbe complètement, n’est pas quelque chose   qui coupe tout lien avec le spirituel. Le technicien d’EDF en rétablissant le courant, redonne la lumière à tous les foyers plongés dans le noir et le Seigneur nous dit : ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est pour moi que vous l’aurez fait. Notre technicien d’EDF par son travail restaure la création endommagée par la tempête. Le Seigneur lui dira Viens recevoir en héritage le royaume qui a été préparé pour toi depuis la fondation du monde, parce que j’étais dans le noir et tu m’as rendu la lumière. De même la femme au foyer qui prépare le repas de la famille, le Seigneur lui dira   Viens, entre dans le Royaume préparé pour toi depuis la fondation du monde parce que j’avais faim et tu m’as donné à manger. Mais nous avons du mal à croire cela. Nous sommes comme les justes dans l’évangile répondant à Jésus qui les invite à rentrer dans le royaume Quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ?  Si je vais dire au technicien de l’EDF :  “Monsieur, vous êtes en train de restaurer le monde du Bon Dieu abimé par les intempéries, vous faites que le monde du du Bon Dieu tourne plus rond, vous êtes en train de construire un petit bout du Royaume de Dieu“ il va appeler le SAMU, me prenant pour un fou ! Et pourtant c’est la vérité, il est bien en train de restaurer le monde du Bon Dieu endommagé par la tempête.

Que retenir de tout cela ?

Nous sommes tous invités à entrer dans son Royaume pour vivre auprès du Christ d’une vie nouvelle dans un royaume sans haine, sans injustices, sans guerres où règnent la paix, la justice et la charité. Comme nous ne connaissons ni le jour ni l’heure où le Seigneur viendra nous chercher, il nous donne un sérieux avertissement. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Ce n’est donc pas le moment de dormir. Veillons à ce que nos occupations quotidiennes, le travail, les soucis et préoccupations de toutes sortes ne soient pas trop souvent des obstacles qui nous éloignent de tout souci du royaume.  

Mais comme nos occupations de chaque jour, le travail, les soucis, les préoccupations de toutes sortes sont aussi   des occasions où le Seigneur nous rend capables de construire le Royaume, veillons aussi à bien repérer toutes les fois où le Seigneur nous a inspirés Soyons honnêtes. Même si nous ne sommes pas des saints il nous arrive de faire des choses bien. Or il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc chaque fois que nous faisons quelque chose de bien, le Seigneur y a mis les mains comme disait ma mère. Je vous propose donc de faire souvent votre examen de conscience sur le bien que vous avez fait, pour repérer toutes les fois où, dans ce que nous avons fait, le Seigneur y a mis les mains. Cela nous permettra d’abord de remercier le Seigneur de nous avoir inspiré, cela nous donnera ensuite de l’élan pour faire mieux le lendemain et cela nous permettra , le jour où le Seigneur nous dira : Venez par ici recevoir l’héritage que je vous ai préparé parce que vous avez fait ça et ça et encore ça de bien, de ne pas avoir  l’air trop idiot en demandant :  Moi ? mais quand est-ce que j’ai fait tout ça ?


dimanche  5 novembre  2023                                    

homélie / Par François Battez

Dans l’évangile d’aujourd’hui, avant de nous rappeler que Dieu seul mérite pleinement le titre de Maître ou de Père, nous autres, nous ne pouvons porter ces titres que par analogie, le Seigneur nous invite à ne pas faire comme les scribes et les pharisiens qui ne mettent pas leurs actes en accord avec leurs paroles et qui, dans leur manière d’agir, ne cherchent qu’à se faire remarquer.

Par la suite, le Seigneur sera nettement plus dur avec eux. Ici, il commence par encourager tout le monde à suivre leur enseignement, car les scribes dont la majorité appartenait au groupe des Pharisiens avaient autorité pour interpréter la Loi Donc dit-il, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais tout de suite après, il invite un chacun à ne pas faire comme eux car leurs actions sont contraires à leurs belles paroles, ils disent et ne font pas.  Dans le passage qui suit immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, Jésus dénoncera sans ménagement leur hypocrisie.

 Nous autres aujourd’hui, sans être de véritables pharisiens, hypocrites à plein temps, peut-être y a-t-il parfois quand même, un peu trop d’écart entre ce que nous disons et ce que nous faisons… Dans nos prières, est-ce que nous ne parlons pas au-dessus de nos moyens ? Un ami me disait un jour : moi, dans le Notre Père quand on arrive à “pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé“, je m’arrête, je me tais, et puis je reprends après, parce que moi, je ne pardonne pas ! Comme l’évangile nous y invite aujourd’hui, soyons attentifs à toujours mettre nos actions en accord avec nos paroles. 

Mais, outre leur hypocrisie, ce que Jésus reproche surtout aux Pharisiens, c’est leur orgueil. Ils cherchent constamment à se mettre en avant et agissent pour être remarqués par les autres. Les juifs pieux portaient des phylactères, c’est à dire de petites boîtes contenant des extraits de la Loi, sur le front ou sur le bras gauche, les Pharisiens eux, portent des phylactères plus imposants Les Juifs pieux portaient aussi des franges ornées d’un fil violet symbole du ciel à leur vêtement. Jésus lui-même en portait. Dans son récit de la guérison d’une femme souffrant d’hémorragies, St Mt rapporte que s’approchant par derrière, elle toucha la frange du vêtement de Jésus. (Mt.9,20) Les pharisiens eux, rallongeaient ces franges pour qu’on voie bien qu’ils sont des croyants d’élite.  A la synagogue ou dans les dîners ils prennent les premières places. Comme ils s’efforcent d’observer minutieusement les moindres obligations de la Loi, ils se considèrent comme bien supérieurs à la masse des croyants ordinaires qu’ils méprisent. Ils estiment qu’il leur revient d’occuper les places d’honneur à la synagogue ou dans les dîners et se considèrent comme des justes.

Leur manière de se comporter est exactement à l’opposé de ce que recommande le Christ. Ils cherchent les premières places dans les banquets, Jésus recommande explicitement le contraire : Va te mettre à la dernière place et celui qui t’a invité te fera monter plus haut. (Luc 14,10) Quand ils prient, ils cherchent à se faire voir, Jésus recommande : quand tu veux prier, rentre dans ta chambre la plus retirée, et prie dans le secret.(Mt.6,6) Ils se croient parfaits et méprisent les autres. Jésus nous invite à ne pas juger pour n’être pas jugé et d’ôter d’abord la poutre de notre œil avant de vouloir retirer la paille de l’œil du voisin. (Mt.7,1…) C’est surtout cette volonté de toujours se mettre en avant et de dominer les autres que Jésus réprouve. Elle est à l’opposé de celle qu’il préconise. Les premiers dans le Royaume sont ceux qui se placent en dernier et se mettent au service des autres. C’est ça qu’il enseigne : Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier parmi vous qu’il soit votre esclave ; (Marc 10,43) Lui le premier en donne l’exemple. Il apparaît parmi nous non pas sous les traits d’un notable ou d’un puissant de ce monde. Mais il naît dans une étable et grandit dans une famille modeste dans un village obscur. Il garde ses distances vis-à-vis du milieu clérical qui tient le haut du pavé et s’entoure de gens très simples qui n’ont guère d’instruction. « Quand vient l’heure de prendre congé de ses disciples avant d’entrer dans sa passion, au cours du dernier repas qu’il prend avec eux, Il leur donna de son amour un témoignage suprême » dit St Jean (Jn 13,1) il se met à laver les pieds de ses disciples et ils en sont profondément choqués. En ce temps-là, c’était quelque chose qu’on ne pouvait demander qu’au dernier des esclaves de la maison et encore à condition qu’il ne soit pas juif. Après avoir repris sa place à table, il tient encore à préciser : Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maitre, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné, ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. (Jn 13,14.15) Le service voilà ce que le Seigneur demande. Parce que le service, c’est l’agir de l’amour. L’amour se vit dans le service de ceux qu’on aime. Le Seigneur nous demande de rester dans une attitude de service vis-à-vis des autres, c’est-à-dire de chercher à les promouvoir, plutôt que de chercher à les dominer. Or ce n’est pas facile, parce que c’est aussi un devoir de faire fructifier les talents que le Seigneur nous a donnés. Un élève qui cherche à être le premier de sa classe, l’équipe de foot qui cherche à triompher de l’adversaire, de même le commerçant ou l’industriel qui cherche à venir à bout de la concurrence ne font rien de mal. Une spiritualité de service, n’interdit pas l’exercice d’une ambition légitime. A condition que la lutte contre la concurrence, que ce soit à l’école, sur un terrain de sport ou dans le commerce ne nous amène pas à mépriser ou écraser les autres. Et à condition aussi de ne pas trop nous vanter de nos qualités et nos talents, car même si c’est bien notre travail et nos efforts personnels qui les ont développés, nous les avons d’abord reçus du Seigneur et de ceux qu’il a placés sur notre route. A nous de choisir entre l’orgueil et le réalisme de l’humilité, entre l’orgueil un peu pompier de ce philosophe connu du siècle dernier qui prétendait « Je suis la source absolue car c’est moi qui fais être pour moi cette tradition que je choisis de reprendre ou cet horizon dont la distance à moi s’effondrerait si je n’étais là par la parcourir du regard » (Merleau-Ponty, Philosophie de la Perception) et la lucidité réaliste de St Paul qui disait: Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?et si tu l’as reçu, de quoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ?(1 Co 4,7)

Que retenir de tout cela ?

D’abord veiller à mettre nos actes en rapport avec nos paroles. Qu’il n’y ait pas d’écart entre ce que nous disons et ce que nous faisons.

Ensuite, tâchons de rester lucides, réalistes de ce réalisme qu’on appelle humilité et qui consiste à bien voir que nos qualités, nos talents, avant que nous ne les développions par nos propres efforts, nous les avons d’abord reçus du Seigneur et de ceux qu’il a placés sur notre route. Il arrive que nous fassions le bien. Il arrive que les autres nous approuvent et nous couvrent de félicitations. Tant mieux, mais restons assez lucides, pour ne pas oublier:

-qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu,

-que s’il nous arrive de faire le bien, c’est parce que le Seigneur nous en a rendus capables,

-et que c’est à lui qu’en revient le mérite, ainsi que St Paul le disait aux Éphésiens: « A Celui

dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, à Lui la gloire pour les siècles des siècles.» (Eph 3,20).

Dimanche  5 novembre  2023                                    

Dans l’évangile d’aujourd’hui, avant de nous rappeler que Dieu seul mérite pleinement le titre de Maître ou de Père, nous autres, nous ne pouvons porter ces titres que par analogie, le Seigneur nous invite à ne pas faire comme les scribes et les pharisiens qui ne mettent pas leurs actes en accord avec leurs paroles et qui, dans leur manière d’agir, ne cherchent qu’à se faire remarquer.

Par la suite, le Seigneur sera nettement plus dur avec eux. Ici, il commence par encourager tout le monde à suivre leur enseignement, car les scribes dont la majorité appartenait au groupe des Pharisiens avaient autorité pour interpréter la Loi Donc dit-il, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais tout de suite après, il invite un chacun à ne pas faire comme eux car leurs actions sont contraires à leurs belles paroles, ils disent et ne font pas.  Dans le passage qui suit immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, Jésus dénoncera sans ménagement leur hypocrisie.

 Nous autres aujourd’hui, sans être de véritables pharisiens, hypocrites à plein temps, peut-être y a-t-il parfois quand même, un peu trop d’écart entre ce que nous disons et ce que nous faisons… Dans nos prières, est-ce que nous ne parlons pas au-dessus de nos moyens ? Un ami me disait un jour : moi, dans le Notre Père quand on arrive à “pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé“, je m’arrête, je me tais, et puis je reprends après, parce que moi, je ne pardonne pas ! Comme l’évangile nous y invite aujourd’hui, soyons attentifs à toujours mettre nos actions en accord avec nos paroles. 

Mais, outre leur hypocrisie, ce que Jésus reproche surtout aux Pharisiens, c’est leur orgueil. Ils cherchent constamment à se mettre en avant et agissent pour être remarqués par les autres. Les juifs pieux portaient des phylactères, c’est à dire de petites boîtes contenant des extraits de la Loi, sur le front ou sur le bras gauche, les Pharisiens eux, portent des phylactères plus imposants Les Juifs pieux portaient aussi des franges ornées d’un fil violet symbole du ciel à leur vêtement. Jésus lui-même en portait. Dans son récit de la guérison d’une femme souffrant d’hémorragies, St Mt rapporte que s’approchant par derrière, elle toucha la frange du vêtement de Jésus. (Mt.9,20) Les pharisiens eux, rallongeaient ces franges pour qu’on voie bien qu’ils sont des croyants d’élite.  A la synagogue ou dans les dîners ils prennent les premières places. Comme ils s’efforcent d’observer minutieusement les moindres obligations de la Loi, ils se considèrent comme bien supérieurs à la masse des croyants ordinaires qu’ils méprisent. Ils estiment qu’il leur revient d’occuper les places d’honneur à la synagogue ou dans les dîners et se considèrent comme des justes.

Leur manière de se comporter est exactement à l’opposé de ce que recommande le Christ. Ils cherchent les premières places dans les banquets, Jésus recommande explicitement le contraire : Va te mettre à la dernière place et celui qui t’a invité te fera monter plus haut. (Luc 14,10) Quand ils prient, ils cherchent à se faire voir, Jésus recommande : quand tu veux prier, rentre dans ta chambre la plus retirée, et prie dans le secret.(Mt.6,6) Ils se croient parfaits et méprisent les autres. Jésus nous invite à ne pas juger pour n’être pas jugé et d’ôter d’abord la poutre de notre œil avant de vouloir retirer la paille de l’œil du voisin. (Mt.7,1…) C’est surtout cette volonté de toujours se mettre en avant et de dominer les autres que Jésus réprouve. Elle est à l’opposé de celle qu’il préconise. Les premiers dans le Royaume sont ceux qui se placent en dernier et se mettent au service des autres. C’est ça qu’il enseigne : Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier parmi vous qu’il soit votre esclave ; (Marc 10,43) Lui le premier en donne l’exemple. Il apparaît parmi nous non pas sous les traits d’un notable ou d’un puissant de ce monde. Mais il naît dans une étable et grandit dans une famille modeste dans un village obscur. Il garde ses distances vis-à-vis du milieu clérical qui tient le haut du pavé et s’entoure de gens très simples qui n’ont guère d’instruction. « Quand vient l’heure de prendre congé de ses disciples avant d’entrer dans sa passion, au cours du dernier repas qu’il prend avec eux, Il leur donna de son amour un témoignage suprême » dit St Jean (Jn 13,1) il se met à laver les pieds de ses disciples et ils en sont profondément choqués. En ce temps-là, c’était quelque chose qu’on ne pouvait demander qu’au dernier des esclaves de la maison et encore à condition qu’il ne soit pas juif. Après avoir repris sa place à table, il tient encore à préciser : Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maitre, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné, ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. (Jn 13,14.15) Le service voilà ce que le Seigneur demande. Parce que le service, c’est l’agir de l’amour. L’amour se vit dans le service de ceux qu’on aime. Le Seigneur nous demande de rester dans une attitude de service vis-à-vis des autres, c’est-à-dire de chercher à les promouvoir, plutôt que de chercher à les dominer. Or ce n’est pas facile, parce que c’est aussi un devoir de faire fructifier les talents que le Seigneur nous a donnés. Un élève qui cherche à être le premier de sa classe, l’équipe de foot qui cherche à triompher de l’adversaire, de même le commerçant ou l’industriel qui cherche à venir à bout de la concurrence ne font rien de mal. Une spiritualité de service, n’interdit pas l’exercice d’une ambition légitime. A condition que la lutte contre la concurrence, que ce soit à l’école, sur un terrain de sport ou dans le commerce ne nous amène pas à mépriser ou écraser les autres. Et à condition aussi de ne pas trop nous vanter de nos qualités et nos talents, car même si c’est bien notre travail et nos efforts personnels qui les ont développés, nous les avons d’abord reçus du Seigneur et de ceux qu’il a placés sur notre route. A nous de choisir entre l’orgueil et le réalisme de l’humilité, entre l’orgueil un peu pompier de ce philosophe connu du siècle dernier qui prétendait « Je suis la source absolue car c’est moi qui fais être pour moi cette tradition que je choisis de reprendre ou cet horizon dont la distance à moi s’effondrerait si je n’étais là par la parcourir du regard » (Merleau-Ponty, Philosophie de la Perception) et la lucidité réaliste de St Paul qui disait: Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?et si tu l’as reçu, de quoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ?(1 Co 4,7)

Que retenir de tout cela ?

D’abord veiller à mettre nos actes en rapport avec nos paroles. Qu’il n’y ait pas d’écart entre ce que nous disons et ce que nous faisons.

Ensuite, tâchons de rester lucides, réalistes de ce réalisme qu’on appelle humilité et qui consiste à bien voir que nos qualités, nos talents, avant que nous ne les développions par nos propres efforts, nous les avons d’abord reçus du Seigneur et de ceux qu’il a placés sur notre route. Il arrive que nous fassions le bien. Il arrive que les autres nous approuvent et nous couvrent de félicitations. Tant mieux, mais restons assez lucides, pour ne pas oublier:

-qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu,

-que s’il nous arrive de faire le bien, c’est parce que le Seigneur nous en a rendus capables,

-et que c’est à lui qu’en revient le mérite, ainsi que St Paul le disait aux Éphésiens: « A Celui

dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, à Lui la gloire pour les siècles des siècles.» (Eph 3,20).


Toussaint Mercredi 1 Novembre 2023

Cet évangile des Béatitudes dresse le portrait de ceux qui se trouvent dans la situation la meilleure pour accueillir la parole et entrer dans le Royaume. La première Béatitude : Bienheureux les pauvres de cœur dit ce qui est indispensable, essentiel, fondamental pour accueillir cette Parole et  entrer dans le Royaume. Il est donc particulièrement important de bien la comprendre.

C’est quoi les pauvres de cœur ? les pauvres de cœur sont ceux qui qui voient qu’ils ne peuvent pas s’en sortir par eux-mêmes dans la vie et qu’ils ont besoin de l’aide de Dieu. Les pauvres de cœur ne sont pas nécessairement ceux qui sont pauvres matériellement, qui n’ont pas une grosse voiture, ni une belle maison, ni un rang élevé dans la société. Parce que s’il est vrai que la richesse peut être un gros obstacle qui empêche d’entrer dans le Royaume : il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume dit le Seigneur (Mt.19,24), la pauvreté aussi peut nous fermer à Dieu. Obsédés par le manque, il arrive que les pauvres ne pensent qu’à s’enrichir par tous les moyens et se retrouvent fermés au spirituel. Madeleine Delbrel, l’apôtre des pauvres d’Ivry disait : Il y a pire que les riches, c’est les pauvres. D’autre part, noyés dans le besoin, les pauvres peuvent vivre dans l’anxiété, ce qui est à l’opposé de l’attitude du chrétien qui évolue dans une atmosphère de confiance dans le Père qui veille sur lui. C’est pourquoi le sage du livre des Proverbes priait ainsi : Ne me donne ni pauvreté ni richesse, de crainte qu’étant comblé, je ne me détourne et ne dise : qui est Yahvé ? ou encore qu’étant indigent je ne dérobe et profane le nom du Seigneur. (Prov.30,8)

Alors qui sont les pauvres de cœur ? Ce sont ceux qui, comme St Paul, constatent : le bien que j’aime, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas je le fais, hélas je suis pauvre ! dit la traduction malgache de l’épitre aux Romains (Rom. 7,19). On est pauvre de coeur quand on voit que malgré tout ce qu’on peut avoir comme qualités, comme talents, comme richesses, comme instruction, comme culture, comme expérience, on n’arrive pas à grand-chose : on n’est pas capable d’aimer son conjoint comme il le faudrait, d’élever ses enfants comme on le voudrait. Où trouve-t-on les pauvres de cœur ? Dans toutes les classes de la société, parmi les riches comme parmi les pauvres, mais peut-être davantage parmi les pauvres, parce que quand on est pauvre, il est plus facile de se rendre compte qu’on a besoin de l’aide de Dieu, alors que si on est riche, on est facilement tenté de croire qu’avec son argent on s’en sortira toujours.

Pourquoi les pauvres de cœur sont-ils bienheureux ? Parce que, étant dans la peine et la souffrance, ils se tournent alors vers le Seigneur qui vient à leur aide. Moi, je suis pauvre et malheureux, mais le Seigneur pense à moi dit le ps.40, car les pauvres sont les préférés du Seigneur. Il nous le confie à travers Isaïe le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur qui je porte les yeux c’est le pauvre et le cœur contrit ; (Isaïe 66,8) Quel paradoxe étonnant et merveilleux : les pauvres de coeur qui devraient être malheureux puisqu’ils n’arrivent à rien par eux-mêmes se retrouvent bienheureux parce que dans leur malheur ils se sont tournés vers Dieu qui leur a donné ce que toute leurs richesses, tous leurs talents, toute leur culture ne pouvaient leur donner.

Et dans les autres béatitudes, on retrouve le même paradoxe : Bienheureux ceux qui pleurent. Ils devraient être malheureux, mais pleurant parce qu’ils ne sont pas satisfaits des petits bonheurs de la


terre, ils se tournent vers le Seigneur qui veut leur donner la plénitude de sa joie, bien supérieure aux petits bonheurs d’ici-bas., bien supérieure aux petits bonheurs d’ici-bas. Au soir du Jeudi Saint, résumant son enseignement, Jésus disait : je dis tout cela…afin qu’ils aient la plénitude de ma joie. (Jean17,13)

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice. Ils devraient être malheureux parce qu’ils souffrent d’un manque de justice. Eh bien non, ils sont bienheureux parce qu’ils cherchent la vraie justice que le Seigneur nous apporte, bien supérieure à la justice des hommes. Dans la Bible, la justice de Dieu est synonyme à la fois de vérité et de miséricorde.

Heureux les doux, les miséricordieux ; ils devraient être malheureux parce que dans notre monde, il faut être dur si on ne veut pas être écrasé. Eh bien non parce que recherchant davantage que ce que la violence peut offrir, ils ont reçu du Seigneur l’amour qui leur permet d’apporter la paix à laquelle tout le monde aspire, même les violents.

En un mot les Béatitudes veulent nous dire que ceux qui ne sont pas satisfaits de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont, sont bienheureux parce que dans leur faiblesse et leur misère, ils ont envie de Dieu, ils ont envie de recevoir l’aide de Dieu et le Seigneur les comble, parce que ce qu’il veut, le Seigneur, c’est que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance. (Jean 10,10 )

Bienheureux les pauvres qui ne sont pas satisfaits avec les richesses qu’ils ont, parce que je suis venu apporter les vraies richesses.

Bienheureux ceux qui pleurent, qui ne sont pas satisfaits avec leurs petits bonheurs, parce que je suis venu apporter le vrai bonheur qui va combler leurs désirs.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice, qui ne sont pas satisfaits avec la justice des hommes, parce que je suis venu apporter la vraie justice.  

Bienheureux ceux qui sont persécutés à cause de moi, parce ce qu’ils ne sont pas satisfaits avec le monde entier, il leur faut encore le Dieu qui l’a créé.

En un mot, les Béatitudes, ce n’est pas pour les médiocres qui se contentent de peu ou de pas grand-chose.

Que retenir de tout cela ?

Les Béatitudes, c’est pour ceux qui ne sont pas satisfaits de ce qu’ils ont et de ce qu’ils sont. Dans leur faiblesse et leur misère, ils ont envie de Dieu et de ses dons.

Les Béatitudes, c’est pour les ambitieux qui veulent plus et mieux que ce que le monde peut leur offrir.

Les Béatitudes, est-ce que c’est pour nous ? Oui, si nous ne sommes pas satisfaits avec les biens d’ici-bas, si nous avons envie de plus et de mieux, si nous sommes convaincus comme St Augustin  Tu nous as faits Seigneur pour Toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi, et si nous mettons notre espérance comme St Paul en Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)


Peut-on commander d’aimer? Dimanche 29 octobre

Dimanche 29 Octobre 2023

Jésus mettait tout le monde dans l’embarras. Certains le prenaient pour un juste, d’autres pour un hérétique. Il répandait des idées nouvelles inquiétantes pour ceux qui étaient attachés aux traditions. Il affichait un anticléricalisme agressif visant non seulement les prêtres mais les lévites, les docteurs de la Loi, les saducéens et les pharisiens.  L’un d’eux lui pose donc une question de fond, espérant par-là l’obliger à   dévoiler sa déviance : Dans la Loi, quel est le plus grand commandement ? Mais Jésus va lui donner une réponse on ne peut plus orthodoxe, fondée sur l’Écriture. Le premier commandement, c’est : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme et de tout ton esprit comme on peut le voir dans le livre de l’Exode. Et le second qui lui est semblable, c’est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, comme dit le Lévitique. Le questionneur en est pour ses frais.

Mais la réponse de Jésus nous pose à nous aujourd’hui une nouvelle question : peut-on commander d’aimer ? Aimer, cela ne se commande pas. Pourquoi faudrait-il-il aimer Dieu ? Et d’abord pourquoi aime-t-on quelque chose ou quelqu’un ? On aime une chose ou une personne parce qu’elle vous plaît, vous attire. Qu’est-ce qui nous plaît ou nous attire en Dieu ? Ce qui nous attire, c’est que Dieu, c’est la vie, la force du créateur. Un Dieu créateur, on est impressionné par la puissance qu’il représente, on veut l’avoir pour allié, être de son côté. Mais en même temps on le craint :   sa toute-puissance fait peur et dans la mesure où il est mystérieux, inaccessible, inconnu, il fait encore plus peur. Pas possible de l’aimer dans ces conditions.

 Mais notre Dieu à nous, chrétiens, n’est pas inconnu. Et il n’est pas non plus un Dieu tout puissant Au long des siècles il s’est fait connaître à travers les sages et les prophètes et finalement le Christ a achevé de nous révéler que notre Dieu n’était pas une force brute, un Dieu créateur à la toute-puissance effrayante, mais un Dieu Amour. Chez lui la toute- puissance obéit à l’Amour. C’est un Père qui nous aime comme ses enfants, qui veille sur nous, qui ne pense qu’à nous rendre heureux, qui veut ce qu’il y a de mieux pour   nous. A tel point qu’il est allé jusqu’à envoyer son Fils parmi nous et le Christ s’est fait homme pour qu’il n’y ait plus de distance entre Dieu et les hommes. En Jésus la divinité et l’humanité ne font qu’un. De même en chaque baptisé la divinité entre dans l’humanité. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu disait St Irénée.

Voilà qui change tout. Tant qu’on avait affaire à un dieu mystérieux à la toute-puissance effrayante, il fallait lutter contre lui pour arriver à ce que ce dieu énigmatique et lointain se tourne vers nous et nous vienne en aide. Il fallait lui adresser de longues prières, lui offrir des sacrifices onéreux, les plus belles bêtes de son troupeau et parfois même des sacrifices humains, un enfant, un jeune homme, une jeune fille, pour apaiser sa colère, vaincre son indifférence et obtenir ses bonnes grâces.

Mais si Dieu est un Père qui nous aime, cela change tout. Et le Christ met les points sur les i dans l’évangile : Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens, ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez donc pas, car votre Père sait ce dont vous avez besoin, avant même que vous le lui demandiez. (Mt.6,7,8) St Paul va même jusqu’à nous recommander de rendre grâces, avant même de recevoir la réponse à nos prières, tellement nous pouvons être sûrs qu’elles seront entendues : Ne soyez inquiets de rien, mais…par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu. (Phil.4,8) Désormais, nous pouvons aimer Dieu ; il n’est pas un inconnu inquiétant ni un Être à la toute-puissance redoutable, mais un Père qui nous aime. Et la bible, d’un bout à l’autre, nous fait découvrir ses qualités, en particulier sa bonté, sa bienveillance et sa miséricorde infinies : Tu fermes les yeux sur les péchés de hommes pour qu’ils se repentent. Oui, tu aimes tous les êtres et n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formée. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue, comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie. (Sagesse,11, 24-26) Un Dieu pareil, impossible de ne pas l’aimer.

Le deuxième commandement : aimer le prochain, fait beaucoup plus problème. Les justes et ceux qui nous sont sympathiques, oui, on peut les aimer, mais les autres, les voleurs, les assassins, les terroristes, comment les aimer ? Comment le Christ fait-il pour aimer les pécheurs ? Il ne les aime pas parce qu’ils sont pécheurs. Mais parce que même chez le pire d’entre eux, il reste toujours un petit rien de bon grain sur lequel il se précipite à la première occasion pour le sauver, comme on le voit avec le bon larron. Il n’approuve pas ses crimes, mais dès que ce dernier a une parole de repentir, le Seigneur lui ouvre les portes du paradis. C’est ce parti pris de bienveillance absolu que le Seigneur nous demande d’imiter. Lui, il suffit d’un petit rien de bon grain chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup d’ivraie, pour qu’il l’aime. Nous au contraire, il suffit d’un petit rien d’ivraie chez quelqu’un, même au milieu de beaucoup de bon grain, pour qu’on le rejette. Il va falloir nous battre chaque jour pour que l’amour en nous l’emporte chaque jour sur l’égoïsme.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui nous replace devant l’essentiel de notre foi : il s’agit d’aimer Dieu et d’aimer notre prochain.

Pourquoi aimer Dieu ? Parce que, contrairement aux dieux des anciennes religions qui sont des dieux tout puissants, effrayants, mystérieux, lointains, impénétrables, par conséquent on ne peut que les craindre, notre Dieu est un Dieu qui se révèle et se fait connaître   comme un Père, un Dieu Amour. En lui la toute-puissance obéit à l’amour. Il nous aime comme ses enfants. Il n’a pas d’autre projet, d’autre volonté, que de partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. Face à nos péchés sa miséricorde est infinie. Un Dieu pareil, on ne peut que l’aimer en retour.

Mais cette bonté infinie du Seigneur à notre égard nous oblige à la même bonté envers le prochain.  Soyez bons les uns pour les autres,  nous recommande St Paul, imitez Dieu , pardonnez vous mutuellement comme Dieu vous a pardonnés en Christ …Vivez dans l’amour  comme le Christ vous a aimés (Eph.4,32 -5,1) L’amour est la source de tout ce qui vit, de toute vie. Infiniment plus qu’une qualité ou une vertu, l’amour c’est l’énergie créatrice de la vie. S’il y a des choses plutôt que rien, s’il y a un univers grouillant de vie, c’est à cause du dynamisme d’amour de Dieu qui se répandant en dehors de lui, a créé tout ce qui vit. S’écarter de l’amour, c’est aller vers le néant et la mort. L’égoïsme, avant d’être un défaut ou un péché est une pathologie mortifère.

Dieu qui est amour est la seule source d’amour Nous qui ne sommes pas Dieu, nous sommes incapables d’aimer d’amour. L’amour n’est pas un sentiment humain. Mais parce que nous sommes créés à l’image de Dieu, nous parvenons quand même à aimer d’amour. Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur afin qu’il nous « christifie » toujours davantage comme le dit la prière de la consécration (3°prière eucharistique) : Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons : sanctifie le par ton Esprit pour qu’elles deviennent, c’est à dire pour que nous devenions le corps et le sang de Jésus-Christ notre Seigneur.

Rendre à Dieu ce qui lui appartient, baptême de deux enfants à la Bassée

Chers frères et sœurs,

Comme les dimanches précédents, l’évangile que nous venons d’entendre se situe dans le Temple, dans le cadre de l’affrontement verbal entre Jésus et ses adversaires après qu’il a chassé les vendeurs de ce lieu saint.

Aujourd’hui, ce sont les pharisiens qui s’entourent des hérodiens pour lui tendre un piège. Après des flatteries qui l’invitent à parler franchement pour dire la vérité sans se laisser influencer par personne, ils lui posent la question : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? ». La question est fléchée, les pharisiens veulent qu’il réponde oui ou non. S’il répond oui, il est un collaborateur de Rome et ne peut être le Messie. S’il répond non, les hérodiens, dont le pouvoir dépend des romains peuvent le dénoncer à eux.

Jésus comprend le piège et les démasque directement :« Hypocrites ! ». Puis il les renvoie à eux-même en les confrontant aux pensées de leur propre cœur : « pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? »

Ensuite, demandant qu’on lui montre une pièce de monnaie, il leur répond de manière pragmatique et néanmoins très profonde.

Pragmatiquement, en leur faisant sortir une monnaie et reconnaitre l’effigie de César dans l’enceinte du Temple, où les images humaines n’étaient pas permises, il leur fait reconnaitre qu’eux-mêmes utilisent la monnaie de César, et donc reconnaissent et vivent sous son pouvoir. En leur disant « rendez à César ce qui est à César » Jésus reconnait la légitimité du pouvoir politique qui a été remise par Dieu à une autorité terrestre pour organiser la société et promouvoir le bien commun. C’est le sens de la première lecture dans laquelle Isaïe affirme que c’est Dieu qui a remis un titre à l’empereur Cirus. Si le pouvoir politique est confié par Dieu, payer l’impôt à César n’est pas un acte d’idolâtrie.

Cependant de manière plus profonde, derrière l’affirmation « rendez à César ce qui est à César » Jésus veut dire également « ne rendez à César QUE ce qui est à César » c’est-à-dire l’organisation du bien commun. C’est le sens de l’affirmation « rendez à Dieu ce qui est à Dieu ». Dieu est l’unique, qui seul mérite notre adoration. Dieu est le créateur auquel nous appartenons. Adorer les idoles de l’argent, du pouvoir, de l’orgueil, c’est refuser de rendre à Dieu ce qui lui appartient, nous-mêmes, qui sommes invités à rendre gloire à Dieu par notre vie.

En réfléchissant au sens des deux baptêmes de … et … dans quelques instants j’ai pensé à la lecture traditionnelle de cet évangile qu’on fait de nombreux pères de l’Église. Pour eux, il existe une autre monnaie frappée d’une image, cette monnaie c’est nous-même. Avant même notre baptême, nous partageons avec tous les humains d’être créés « à l’image de Dieu » (Gn 1,27) et de lui appartenir. Dieu a imprimé sa marque de fabrique en tout être humain, croyants de toutes les religions ou non. Mais cette image doit devenir visible par notre vie et cela c’est le propre des chrétiens. Nous sommes chrétiens pour rendre gloire à Dieu, le rendre visible par notre vie. Et celui qui nous permet de rendre visible l’image de Dieu, c’est Jésus, l’image du Dieu invisible (Col 1,15). Dans quelques instant la vie de Jésus va être déposée dans le cœur de ces enfants par le baptême. Vous parents, parrains et marraines prenez aujourd’hui l’engagement de prendre soin de la vie de Jésus en ces enfants. Cela implique de les aider à le connaitre progressivement par l’exemple de votre vie, par l’enseignement de la foi en famille, par la participation au catéchisme. Cela implique de les aider peu à peu à développer leurs talents et capacités humaines, à collaborer à la vie de l’Esprit Saint qui va venir demeurer en eux dans quelques instants. C’est une lourde responsabilité. Il s’agit de former non seulement des citoyens, qui rendront à César ce qui est à César, en cherchant le bien commun avec tous les humains de bonne volonté, mais il s’agit aussi de leur permettre de rendre à Dieu, ce qui lui appartient, la gloire de notre vie.

Et nous tous ici rassemblés demandons nous si nous rendons à Dieu ce qui lui appartient : nous-mêmes.

Amen.  

Dimanche  15  Octobre  2023                                              Fournes

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Comme dimanche dernier et le dimanche précédent, l’évangile d’aujourd’hui nous parle d’invités  qui ne veulent pas répondre à l’invitation qui leur est adressée L’invitation est alors adressée à d’autres. Au lieu de revenir encore sur ce thème, je vous propose de consacrer l’homélie   à quelques réflexions sur la messe. Actuellement, notre manière de participer à la messe est infiniment supérieure à ce qu’elle était autrefois. Mais on peut toujours améliorer les choses.  

La messe comporte trois parties. La première qui va jusqu’à l’offertoire, constitue la liturgie de la parole. C’est un temps de préparation au sacrifice. Après avoir demandé pardon pour nos fautes, nous écoutons les lectures et l’homélie. On s’habille le cœur, dirait le petit prince de Saint-Exupery.  Puis vient  la deuxième partie, de l’offertoire au Notre Père, c’est le temps du sacrifice, la partie la plus importante de la messe. Et puis,  à partir du Notre Père, jusqu’à la fin, c’est la troisième et dernière partie, la communion,  qui couronne le tout. Je ne parlerai aujourd’hui que de la deuxième partie, la partie sacrifice.

Qu’est-ce que c’est le sacrifice de la messe ? C’est l’actualisation du sacrifice de Notre Seigneur mort sur la croix il y a deux mille ans, par lequel nos péchés ont été pardonnés et par lequel nous avons été réconciliés avec le Père. Ce sacrifice agit encore pour nous aujourd’hui. Tout se passe comme si le sacrifice du Christ avait lieu pour nous aujourd’hui, puisqu’il   obtient le pardon de nos péchés d’aujourd’hui et notre réconciliation avec le Père aujourd’hui La messe n’est donc pas une simple commémoration du passé, une sorte de cérémonie du souvenir, mais l’actualisation de quelque chose qui s’est passé il y a longtemps, mais qui continue d’agir pour nous aujourd’hui.

Qu’est-ce qui se passe à la messe ? Nous offrons au Père le sacrifice du Christ « Reçois, Père le sacrifice de ton Fils mort pour nous il y a deux mille ans. Que les fruits de ce sacrifice retombent sur nous encore aujourd’hui. » L’essentiel de la messe, c’est ça. Et comme nous sommes sûrs que ce sacrifice sera accepté par le Père parce que le sacrifice de son Fils est un sacrifice pur et saint, un sacrifice parfait, ainsi que le dit une prière de la messe, et comme ce sacrifice nous obtient à chaque fois  le pardon de nos fautes et la réconciliation avec le Père, c’est avec joie et dans l’action de grâces que nous offrons le sacrifice de la messe . C’est pour ça qu’on l’appelle sacrifice eucharistique du grec eucharizein : rendre grâces. C’est peut-être là que nous avons encore à faire des progrès. Nos messes sont souvent d’un recueillement impressionnant, mais nous sommes encore un peu trop guindés pour exprimer notre joie et notre action de grâces à travers les acclamations après l’élévation et avant le Notre Père ou les chants du gloria et de l’alleluia.

Mais à la messe, nous n’offrons pas seulement au Père le sacrifice du Christ, nous nous offrons aussi nous-mêmes. Alors que nous ne le méritons pas, il nous offre cette promotion extraordinaire : nous unir à lui, nous ne pouvons pas rester passifs à applaudir : Vive J.C. qui pardonne nos fautes, nous unit à lui et nous réconcilie avec le Père ! La  moindre des choses c’est que nous nous avancions vers lui, pour nous offrir à lui  pour être unis à lui, nous, notre vie et  notre travail . Seigneur, vous voulez nous unir à vous, eh bien, nous aussi, nous voulons nous unir à vous. D’ailleurs St Paul nous y exhorte vigoureusement : Je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivantsaint et agréable à Dieu (Rom.12,1)  

Comment allons-nous faire pour nous offrir à lui ? Cela commence à l’offertoire. Nous offrons le pain fruit du travail des hommes et de la terre, le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes   pour qu’ils soient consacrés et deviennent le pain de la Vie, le vin du Royaume éternel. Le but de


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notre prière à l’offertoire c’est donc d’être unis au Christ comme le dit la prière du prêtre en versant  un peu d’eau dans le calice : Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliancepuissions nous être unis à la divinité de  celui qui a voulu prendre part à notre humanité.    

Après l’offertoire  notre démarche d’offrande se poursuit dans  une longue prière qui va de la préface au Notre Père, où, après un temps de louange et d’action de grâces, nous nous tournons vers le Seigneur : Nous te supplions de consacrer les offrandes que nous t’apportons.Sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent  pour nous le corps et le sqng de J.C.N.S.  C’est-à-dire pour que nous devenions le corps et le sang du Christ, pour que nous devenions Christs. Voilà le but principal de la messe. Nous christifier,  nous faire Christs. Déjà par le baptême nous sommes unis au Christ , mais comme notre inattention,  nos négligences et nos fautes détériorent cette union, nous avons besoin de la renouveler et de la renforcer. C’est pourquoi l’Eglise a établi  l’obligation de la messe du dimanche.

Le processus de notre christification commence à l’offertoire où avec l’offrande du sacrifice du Christ  nous nous offrons nous-mêmes. Il s’opère à la consécration où le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ, avant de se réaliser pleinement à la communion où le Christ pénètre en nous. La messe n’est donc pas une simple prière de louange, de pardon, de demande ou d’action de grâces c’est d’abord et surtout un sacri–fice qui nous fait sacrés, qui nous christifie ou plus exactement qui renforce la consécration et la christification de nous-mêmes déjà commencées le jour de notre baptême.En même temps la messe opère une certaine consécration du monde.

Car la messe n’est pas une petite affaire privée, confidentielle, individuelle. A la messe, c’est la création tout entière qui chante ta louange dit le texte de la liturgie et nous prions explicitement : par le sacrifice qui nous réconcilie avec toi, étends au monde entier le salut et la paix.  

On va à la messe pour être plus un avec le Christ, mais on peut aussi aller à la messe pour d’autres raisons. Pour obtenir une grâce, une guérison par exemple, pour remercier le Seigneur pour une grâce obtenue, pour demander le pardon de ses fautes ou encore  pour les défunts. Mais le sens et le but premier de la messe, c’est d’abord de rendre grâces pour le salut que nous obtient le sacrifice du Christ et nous offrir pour être toujours mieux unis à lui.

En un mot

A la messe, nous offrons dans l’action de grâces le sacrifice du Christ qui nous purifie, et nous unit à lui, auquel nous joignons l’offrande de nous-mêmes, de notre travail, de notre monde. Nous  supplions le Seigneur de consacrer ces offrandes, de les sanctifie  par son Esprit pour qu’elles deviennent, pour que nous devenions le corps et le sang de JCNS. La  messe, est donc un sacrifice qui nous christifie ou plus exactement qui renforce la consécration et la christification de nous-mêmes commencées le jour de notre baptême.

Je me demande si nous réalisons l’énormité  de tout ce que nous apporte notre participation à la messe ? Nous sommes remis à neuf par le sacrifice du Christ qui en nous pardonnant  nos péchés  nous unit plus étroitement à lui. Il ne s’agit pas d’un simple ravalement de façade, nous sommes renouvelés en profondeur .  En nous faisant devenir toujours davantage d’autres Christs, la messe nous rend capables  de remplir la mission qui nous est confiée d’apporter la Bonne Nouvelle à ceux qui ne la connaissent pas ou qui l’ont oubliée et de transformer notre monde en un monde de paix, de justice et de charité. Aussi, n’est-ce pas étonnant si la partie sacrifice de la messe se termine, avant le Notre Père, par une acclamation joyeuse et triomphale : Par Lui, (le Christ) avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père tout-puissant tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles


Dimanche  8  Octobre   2023

A travers cette parabole, ce sont les grands prêtres et les anciens qui sont visés, ainsi que tous ceux  qui refusent d’entendre la parole du Christ. Quand ce dernier parle des serviteurs du Maître qui sont frappés, lapidés ou  tués, ses auditeurs comprennent tout de suite qu’il fait allusion aux prophètes que leurs ancêtres ont martyrisés. D’ailleurs il leur dira un jour ouvertement : Vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes et les justes, depuis Abel jusqu’à Zacharie que vous avez assassiné entre le trône et l’autel (Mt.23,35). Et après leur avoir rappelé la prophétie du Ps.118 : la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, c’est-à-dire : moi, que vous rejetez, me voici devenu la pierre d’angle du royaume, il leur donne le coup de grâce : Je vous le dis : le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. Autrement dit:vous qui deviez être les premiers citoyens du royaume puisque Yahvé  a fait alliance  avec Abraham, votre ancêtre, vous  qu’il  a formés ensuite par toute une série de sages et de prophètes, en refusant aujourd’hui de recevoir ma parole, vous vous excluez du royaume qui,  dorénavant, est offert à tous ceux qui accueilleront cette parole, quels que soient leur race et leur pays d’origine. Evidemment les grands prêtres et les anciens sont profondément humiliés  et vexés par ces déclarations de Jésus.

Nous autres actuellement, nous sommes  cette nation composée d’hommes de toutes races et de tous pays à qui est offert l’accès au royaume. Le Seigneur s’est révélé à nous à travers l’Ecriture, l ’Eglise et les sacrements. Mais que veut-il dire lorsqu’il  déclare que la nation à qui le royaume est offert aura à produire des fruits ? Il veut dire que nous n’avons pas accès à un  royaume déjà constitué, mais que nous avons à construire ce royaume. Il nous donne la vie, l’intelligence, des talents, il nous place  quelque part dans l’univers pour bâtir, là où nous sommes, le royaume, c’est-à-dire pour transformer un monde plein de violence et d’injustices  en un royaume  où  règnent la paix, la justice, la charité. L’évangile d’aujourd’hui nous rappelle la dignité  de notre vocation, l’ étendue de nos responsabilités, la grandeur de notre tâche. J’ai peur que bien souvent nous oubliions cette dimension de notre existence. Nous nous enfermons dans un monde étriqué comme tous ces honnêtes gens que nous rencontrons dans la rue, tenant leur tablette devant leur visage, ne voyant pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez, c’est le cas de le dire. Nous ne voyons pas le sens devant Dieu de nos actions, par delà leur signification et leur portée immédiates. Chacun fait de son mieux pour assurer le bonheur des siens, bien élever ses enfants, leur procurer une bonne situation, ne faire de mal à personne, aider ses voisins, spécialement les personnes seules ou âgées. Tout cela est très bien. Il n’y a rien de mal. Sauf que nous menons notre vie comme si c’était une activité profane,  sans nous rendre compte qu’ à travers le travail de chaque jour, nous sommes  déjà en train de remplir une tâche que le Seigneur nous a confié et  de construire le royaume.

     Oubliant que je suis envoyé construire le royaume, je crois être un travailleur  indépendant, patron de son affaire, un entrepreneur établi à son compte. Ma famille, ma profession, je crois c’est mon petit business, une activité profane, alors que ce sont là des responsabilités que me confie le Seigneur. Le maître de la moisson, le maître du royaume, je n’ai rien contre. Bien au contraire, je lui demande de bénir mes efforts et de m’accorder sa grâce afin que mon  petit business marche le mieux possible et que ma volonté soit faite avec le moins d’ennuis possibles. Mais   ne voyant  que le sens immédiat de ce que je fais, j’oublie que tout travail  humain est collaboration  à la création et développement de cette création. Un gamin qui apprend à lire à l’école, il développe l’intelligence que Dieu lui a donnée, un chercheur qui découvre un nouveau médicament, la maîtresse de maison qui gère son foyer, le médecin qui soigne des malades, l’architecte qui construit un bâtiment, l’employé municipal qui vide les poubelles, tous ceux grâce à qui l’eau coule aux robinets et  le courant électrique arrive dans chaque maison et jusqu’à ce micro devant moi, ils contribuent à faire que le monde du Bon Dieu tourne plus rond.  Et je ne vois pas non plus que mon métier quel qu’il soit  comporte toujours un service des autres, que je sois pharmacien, curé, boulanger, ingénieur ou chauffeur de bus. Or ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40).

Cela veut dire que travailler à la vigne, construire le royaume, ce n’est pas faire des choses en plus, en dehors  de celles que nous faisons. C’est dans  ce que nous faisons déjà, à travers nos travaux quotidiens que nous travaillons à la vigne, que nous construisons le royaume. Mais nous n’en avons pas conscience. Nous sommes comme ces ouvriers d’un chantier naval dont parle Saint Exupery. Myopes et le nez contre, dit-il, ils ne voient pas le but final de leur travail Le charpentier te parle de ses planches, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles et tous oublient la mer. Myopes et le nez contre, ils ne voient qu’un tas de planches, un tas de clous, un tas de voiles et ils ne voient pas qu’ils sont en train de construire un bateau qui bientôt va naviguer sur la mer.

Voyez dans l’évangile, comment le Christ parlant du jugement dernier, décrit les choses Alors le roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous… parce que vous  avez fait vos prières, parce que vous êtes allés à la messe, le dimanche ? Non Mais parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire etc……Alors les justes lui répondront Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir  affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ?(Mt.25,34…) Myopes et le nez contre, ils n’auront pas vu qu’ils travaillaient à la vigne, qu’ils construisaient le royaume avec ce pain et cette boisson partagés. Ils  n’auront pas vu que le pain et la boisson partagés n’étaient pas des trucs profanes. Ils n’auront pas vu que le pain et la boisson partagés étaient tout imbibés et détrempés et resplendissants de charité. Ils n’auront pas vu que ce pain et cette boisson partagés, d’une valeur de quelques euros avaient une valeur autrement plus grande aux yeux de Dieu.  Et nous aujourd’hui nous ne sommes pas plus malins. Nous n’arrivons toujours pas  à voir la valeur devant Dieu des travaux que nous appelons bêtement matériels ou profanes.

Que retenir de tout cela ?

Cette parabole que nous venons d’entendre nous rappelle que nous sommes tous appelés à travailler à la vigne du Maître, à construire le royaume, c’est-à-dire à transformer notre monde rempli d’injustices, de conflits et de haine en un monde où règnent la paix, la justice et  la charité.

                                         Alors que faut-il faire ? Rien. Rien d’autre que ce que nous faisons tous les jours, mais le faire autrement, en voyant au-delà du sens immédiat de ce que nous faisons, le sens et la valeur devant Dieu de nos gestes.  Quel que soit notre travail, ce travail contribue à étendre, à développer la création et permet au monde du Bon Dieu de tourner un peu plus rond. Sans compter que tout travail comporte toujours une part un service des autres. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait.

Nous ne sommes pas n’importe qui. Nous sommes des collaborateurs de Dieu. Et, disait je ne sais plus qui,  si noble est le poste   que Dieu nous a confié, qu’il ne nous est pas permis de déserter.

« Mon enfant, va travailler à ma vigne » 26e dim T.O. année A 1er octobre 2023, église Saint Benoit Labre

« Mon enfant, va travailler à ma vigne »

Dans un contexte de tension avec les chefs des prêtres et les anciens, après que Jésus a chassé les vendeurs du Temple, Jésus met en scène deux fils qui entendent cet appel. « Mon enfant, va travailler à ma vigne ».

Ce dimanche, laissons résonner dans notre cœur ses paroles : « Mon enfant, va travailler à ma vigne ».

Et demandons-nous quel type de fils nous sommes.

Pour Jésus, le premier fils, celui qui dit « je ne veux pas » ce sont toutes les personnes qui refusent d’abord de pratiquer la Loi, comme les publicains, les prostituées et les pécheurs, ceux qui ne fréquentent pas le Temple parce qu’il ne se considèrent pas dignes, mais qui un jour ont reçu la grâce d’une conversion, c’est-à-dire de recevoir la parole de Jean Baptiste comme annonçant la venue du Messie. Ils ont le cœur ouvert, peut être parce qu’ils ont senti l’impasse de leur propre vie, et ont senti la nécessité de recevoir le pardon de leurs fautes, la soif d’une vie libérée du péché.

Le second fils celui qui dit « oui Papa » mais qui ne va pas travailler à la vigne, ce sont les grands prêtres et les anciens, les pharisiens, tout ceux qui pratiquent la loi, tous ceux qui prient, mais dont les actes ne produisent pas de fruit de conversion (Mt 3,8). Ils ont refusé de croire à la parole de Jean Baptiste qui appelait à la justice et à la conversion de péchés. Ils restent cantonnés dans la sécurité apparente que leur donne la pratique de la loi, sans voir que le péché habite leur cœur par le sentiment de supériorité et les arrangements qu’ils font avec la justice.

Il ne s’agit pas pour Jésus de dire que la pratique religieuse est mauvaise et qu’il faudrait vivre comme les prostitués et les pécheurs en dehors de la loi. Non, mais il souligne combien les premiers sont ouverts à la grâce et les second lui sont fermés.

Et quel est le signe pour Jésus que la grâce nous a touché, que nous sommes proches du Royaume des cieux ? Ce sont nos actes. Pour Jésus les paroles, les prières sans les actes n’apportent pas le salut. « Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux » (Mt 7,21).

Alors ce matin, prenons conscience comme les hébreux dans la première lecture de la responsabilité de nos actes. Ils se révoltent un peu contre le prophète Ézéchiel parce qu’ils pensaient que tous leurs malheurs venaient de la faute de leurs pères. Ézéchiel leur dit que la vie ou la mort spirituelle dépend de leurs actes. Non pas de leur passé de juste ou de pécheur mais de leur conversion aujourd’hui.

La seconde lecture peut aussi nous permettre de vérifier où nous en sommes dans les relations avec nos frères et sœurs, où se vérifie toujours ou pas, notre conversion. « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. » le signe de la conversion, c’est l’humilité, l’ouverture aux intérêts des autres, les contraire de l’orgueil et de l’égoïsme ou de l’esprit de chapelle.

Le chemin de la conversion est long et jamais acquis une fois pour toute, mais sur ce long chemin, nous pouvons compter sur la grâce de Dieu, elle a touché les prostituées, les publicains et les pécheurs, elle ne demande qu’à se donner à nous en abondance.

Amen.