homélie

          Dimanche de la Divine Miséricorde          7 avril 2024                                                  

Nous sommes au soir du jour de Pâques. Les disciples sont rassemblés, les portes du lieu où il se trouvent sont soigneusement verrouillées par crainte des Juifs. Ils sont là tristes, découragés encore sous le coup des évènements tragiques qu’ils viennent de vivre : la Passion du Seigneur et sa mort sur la croix, son ensevelissement et sa mise au tombeau. Ils avaient tellement espéré qu’il serait le Messie triomphant… Soucieux et inquiets ils se demandent ce qu’il va se passer maintenant. Des bruits courent. Il serait ressuscité. Marie Madeleine l’aurait vu. Mais ils n’y croient pas. Ils sont abattus, désorientés. Soudain Jésus vint et il était au milieu d’eux. Ils sont effrayés. Mais Jésus les rassure tout de suite : Soyez en paix, La paix soit avec vous ! Comme il voit qu’ils ont de la peine à croire que c’est bien lui, il leur montre les plaies de ses mains et de son côté ; ce n’est pas un esprit ni un fantôme, même si son corps ressuscité lui permet d’apparaître soudainement au milieu de ses disciples sans passer par la porte Convaincus, ils laissent alors éclater leur joie.

            Mais Jésus n’apparait pas à ses apôtres seulement en vue de les consoler dans leur

abattement. S’il leur apparait, c’est aussi dans le but de les envoyer en mission : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Il étend aux apôtres sa mission propre reçue du Père. Il n’a pas un mot de reproche à leur égard, alors qu’ils l’ont abandonné et se sont enfuis lors de son arrestation. Il ne fait pas la moindre réprimande à Thomas pour son obstination à refuser de croire en sa résurrection. Il fait encore entièrement confiance à ses apôtres qui en sont bouleversés. Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. Le moment est solennel. En soufflant sur eux, il reproduit le geste du créateur qui a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre (Sagesse 15,1) Il s’agit donc ici d’une sorte de nouvelle création par laquelle le Seigneur insuffle en ses disciples sa vie nouvelle ressuscitée et donc toute la puissance de cette vie nouvelle capable de venir à bout du mal, du péché et de la mort. Désormais les apôtres peuvent partir affronter le monde et construire le Royaume. et de même que ce jour-là il a envoyé ses disciples travailler à l’édification du Royaume, de même, il nous envoie aujourd’hui encore poursuivre la construction de ce royaume. St Paul dira plus tard : Le Seigneur a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph. 2,10)

 On voit par-là combien Pâques, la Résurrection,ce n’est pas une sorte de happy end, le dernier épisode d’une histoire qui finirait bien, mais le commencement d’une nouvelle étape dans l’histoire du salut et combien la résurrection du Christ n’est pas une péripétie qui ne concernerait que la personne de Jésus seulement mais un évènement qui atteint tous ses disciples

 Nous ne pouvons pas dire : le Christ, lui, un juste qui est passé en faisant le bien, soulageant toutes les misères physiques ou morales, qu’il soit ressuscité, c’est très bien, tant mieux pour lui ! mais pour nous, ça ne change rien. La résurrection du Christ a un impact énorme sur notre destinée. D’abord elle est la source et le gage de notre propre résurrection puisque nous sommes promis comme lui à ressusciter après notre mort et à entrer dans une vie nouvelle, éternelle celle-là, ainsi qu’il l’affirme solennellement à plusieurs reprises dans l’évangile Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jean 11,25,26) Et ce n’est pas seulement après notre mort que la résurrection du Christ impacte notre destinée.  Depuis le jour de notre baptême nous avons en nous la vie du Christ. Mais de quel Christ exactement ? Non pas la vie du petit Jésus de Bethléem, ni la vie du Christ parcourant la Palestine en prêchant l’évangile, mais la vie du Christ mort et ressuscité Et cette vie du Christ ressuscité qui a triomphé du péché, du mal et de la mort nous donne la force de réaliser la mission que le Seigneur nous confie : poursuivre la construction du Royaume. A nous de développer cette vie jour après jour, jusqu’au jour de notre mort.  A ce moment-là, le Seigneur rendra à chacun selon sa conduite. (Mt.16,27) Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour une résurrection qui mène à la vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection qui mène au jugement. (Jean 5,29)

Alors quoi faire ? Deux tentations sont à éviter. La première, c’est de se dire : l’important, c’est la vie éternelle il faut s’en occuper activement et ne pas se soucier de la vie d’ici-bas. Dans la toute première génération des chrétiens, certains, persuadés de l’imminence du retour du Seigneur, non seulement vendaient leurs biens et distribuaient aux pauvres le produit de ces ventes, comme la première lecture nous le rapporte, mais ils cessaient de travailler, si bien que St Paul est obligé de réagir et  dans sa 2°épitre aux Thessaloniciens il exhorte fermement tout le monde à travailler, allant jusqu’à dire : celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (3,10). Mais et c’est la deuxième tentation que nous devons affronter, et qui malheureusement entraîne  beaucoup de nos contemporains, on se dit que la vie éternelle c’est bien loin, donc pas la peine de s’occuper de ça, et on ne s’occupe plus que de l’immédiat,  on s’abrutit dans le travail, la passion  de l’argent jusqu’à compromettre sa santé et son équilibre personnel, pensez aux « burn-outs », qui touchent même un certain nombre de cadres, la  vie des familles est ébranlée : dans certains foyers, on se croise dans l’escalier le soir, l’un rentre du travail, l’autre part pour son travail de nuit. C’est le prix à payer si on veut acheter une nouvelle voiture et partir en vacances. Le résultat, c’est que personne n’est heureux de la vie qu’il mène et de plus en plus, on cherche désespérément à s’évader. D’où par exemple, la consommation de drogue en augmentation incessante. Pâques et la résurrection du Christ viennent nous secouer, nous sortir de notre abrutissement, nous rappeler la réalité et l’envergure de notre destinée d’éternité.

Il nous envoie continuer son œuvre c’est-à-dire construire le royaume. Or construire le royaume, ce n’est pas de s’occuper des choses du ciel sans s’occuper des choses de la terre, ni s’occuper des choses de la terre sans s’occuper des choses du ciel. C’est sur la terre que ce royaume est à construire. Il s’agit donc de s’occuper sérieusement des choses de la terre, non pas dans la perspective de faire du fric n’importe comment et par tous les moyens mais dans le but de mettre plus de justice de paix et d’amour ici-bas. Il s’agit de s’occuper des choses de la terre avec en ligne de mire celles du ciel. Les cathédrales ne sont pas construites avec des pierres surnaturelles. Un tas de pierres ordinaires et du ciment ordinaires utilisés dans un certain ordre se sont transformés en cathédrales. Que faisons-nous des pierres banales de notre vie quotidienne ? Des tas de pierres posées les unes à côté des autres ou en faisons-nous des cathédrales ?

Que retenir de tout cela ?

Pâques, la Résurrection, ce n’est pas une sorte de happy end, le terme d’une histoire qui finirait bien, mais le commencement ; le départ d’une nouvelle étape dans l’histoire du salut, de la construction du Royaume auxquelles nous sommes envoyés travailler.

Comme le Christ a soufflé sur les apôtres, leur insufflant sa vie nouvelle de ressuscité vainqueur du mal, du péché et de la mort, il nous a donné le jour de notre baptême cette vie nouvelle qui nous rend capables de construire le Royaume, malgré notre faiblesse.

Que devons-nous faire pour construire ce Royaume ? Rien d’extraordinaire, simplement agencer les pierres ordinaires de notre vie quotidienne dans un certain ordre. Chaque fois que nous en soulevons une pour la mettre quelque part, tournons-nous vers le Seigneur pour lui demander si c’est bien comme ça qu’il veut que nous fassions. Demandons-lui de mettre son « ordre » dans nos esprits et nos cœurs. Alors, des pierres banales de nos vies quotidiennes, nous bâtirons, nous aussi des cathédrales pour le Royaume.

Jeudi Saint 26 Mars 2024          Filles de la Charité

Je profite de ce Jeudi Saint où on célèbre l’institution de l’Eucharistie pour vous proposer la deuxième homélie sur le sens de la messe. Dans une première homélie, le 15 Octobre dernier nous avions réfléchi sur la messe comme sacrifice de l’Offertoire au Pater. Aujourd’hui nous parlerons de la communion du Pater à la fin de la messe Mais avant un résumé de la première homélie.

La  Messe- Sacrifice     (résumé)

La messe, c’est l’actualisation du sacrifice de N.S. mort sur la croix il y a 2000 ans, par lequel nos péchés ont été pardonnés et par lequel nous avons été réconciliés avec le Père. Ce sacrifice agit encore pour nous aujourd’hui. Tout se passe comme si le sacrifice du Christ avait lieu pour nous aujourd’hui puisqu’il obtient le pardon de nos péchés d’aujourd’hui et notre réconciliation avec le Père aujourd’hui. La messe n’est donc pas une commémoraison du passé, une sorte de cérémonie du souvenir, mais l’actualisation de quelque chose qui s’est passé il y a longtemps mais qui continue d’agir pour nous aujourd’hui. Qu’est-ce qui se passe à la messe ? Nous offrons au Père le sacrifice du Christ : « Reçois, Père le sacrifice du Christ mort pour nous il y a 2000ans. Que les fruits de ce sacrifice retombent encore sur nous aujourd’hui. » L’essentiel de la messe, c’est ça. Et comme nous sommes sûrs que ce sacrifice sera accepté par le Père, parce que le sacrifice de son Fils est un sacrifice pur et saint, un sacrifice parfait, ainsi que le dit une des prières de la messe, et comme ce sacrifice nous obtient à chaque fois le pardon de nos péchés et la réconciliation avec le Père, c’est avec joie et dans l’action de grâces que nous l’offrons. C’est pour ça qu’on l’appelle sacrifice eucharistique du grec eucharizein  rendre grâces.

Mais à la messe, nous n’offrons pas seulement le sacrifice du Christ, nous nous offrons aussi nous-mêmes. Alors que nous ne le méritons pas, il nous offre cette promotion extraordinaire : nous unir à lui. Nous ne pouvons pas rester passifs à applaudir : Vive J.C. qui nous pardonne nos fautes, nous unit à lui et nous réconcilie avec le Père ! La moindre des choses, c’est que nous nous avancions vers lui, pour nous offrir à lui, pour être unis à lui, nous, notre vie et notre travail. « Seigneur, vous voulez nous unir à vous eh bien, nous aussi, nous voulons nous unir à vous. » D’ailleurs St Paul nous y exhorte vigoureusement : Je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. (Rom 12,1)

Comment allons-nous faire ? Cela commence à l’offertoire. Nous offrons le pain, fruit de la terre et du travail des hommes et le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes pour qu’ils soient consacrés et deviennent le Pain de la Vie et le Vin du Royaume. Le but de notre prière c’est d’être unis au Christ comme dit le prêtre en versant quelques goutte d’eau dans le calice :Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a voulu prendre notre humanité.

Après l’offertoire, notre démarche d’offrande se poursuit dans une longue prière qui va du Sanctus au Pater où, après un temps de louange et d’action de grâcesnous nous tournons vers le Seigneur : Nous te supplions de consacrer les offrandes que nous t’apportons, sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent (c’est-à-dire pour que nous devenions) le corps et le sang de Jésus  Christ Notre Seigneur qui nous a dit de célébrer ce mystère. Voilà le


2 / 4

but du sacrifice de la messe : nous christi-fier, nous faire Christs. Déjà par le baptême, nous sommes unis au Christ, mais comme notre inattention, nos négligences et nos fautes détériorent cette union, nous avons besoin de la renforcer et de la renouveler, ce qui a lieu à la messe.

Le processus de notre christification commence à l’offertoire où avec l’offrande du sacrifice du Christ nous nous offrons nous-mêmes. Il s’opère à la consécration où le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ avant de se réaliser pleinement à la communion où le Christ pénètre en nous. La messe n’est donc pas une simple prière de louange, (messe à la bougie ?) de pardon, de demande ou d’action de grâces, c’est d’abord et surtout un sacri-fice qui nous fait sacrés, qui nous christifie ou plus exactement qui renforce la consécration et la christification de nous-mêmes déjà commencées le jour de notre baptême, en même temps qu’elle opère la consécration du monde (à travers la consécration du pain et du vin fruits de la terre, de la vigne et du travail de hommes)

………………………………………………………………………………………………………  

La Messe-Communion

Notre vie, notre travail offerts à l’offertoire sont consacrés à la consécration. Nous sommes christi-fiés, faits Christs. Notre vie, notre travail sont déjà consacrés. Que pouvons-nous faire de mieux ?  Que pouvons-nous souhaiter de mieux ?  Que nous, en tant que personnes  ( et pas seulement notre  vie, ce que nous faisons, notre travail) soyons christi-fiés. Et cela va se réaliser dans la communion, où le Christ rentre en moi, me nourrit, me vivifie.

Tout ce qui concerne l’Eucharistie a commencé le Jeudi Saint au soir. Le Christ célèbre avec ses apôtres, comme tous les Juifs la Pâque juive, c’est-à-dire l’anniversaire de la libération du peuple juif esclave en Egypte, quand, sous la conduite de Moïs, les Juifs passent d’Egypte et de la servitude à la Terre promise et à la liberté. Chaque année on célébrait cette libération au cours d’un repas rituel, c’est-à-dire un repas entrecoupé de prières et de psaumes suivant un rituel précis. Ce soir-là, le Jeudi Saint, le Christ introduit, à la stupéfaction des apôtres deux rites nouveaux, le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie. Il prit du pain, le bénit et le donna à ses apôtres en disant Prenez, mangez, ceci est mon corps livré pour vous. Il prit la coupe de vin la bénit et la donna à ses apôtres en disant Prenez et buvez-en tous, ceci est mon sang versé pour vous.  Faites ceci en mémoire de moi. (Luc 11,19,20 ;1Cor.11,24)

Qu’est-ce que ça veut dire : Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous ? Cela veut dire que Jésus veut que ses disciples se nourrissent de son corps livré pour eux. Il veut que nous, aujourd’hui, nous vivions de son corps livré pour nous. Quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le petit Jésus de Bethléem, ni le Christ enseignant l’évangile, nous recevons le Christ qui donne sa vie pour nous. Par conséquent on peut dire que le but de la communion, c’est de nous transformer en « d’autres-Christs-qui-donnent-leur-vie -pour- les-autres ». La communion affine la christification opérée par la messe-.sacrifice. Elle nous transforme en christs qui donnent leur vie pour les autres dans le cadre de notre vie quotidienne, en famille, en communauté, dans le cadre de nos activités professionnelles ou autres.

Donc communier, ce n’est pas simplement recevoir (passivement) une hostie. St Thomas disait que si un rat mange une hostie, il ne fait pas la communion ! Communier, c’est s’engager à vivre comme


3 / 4

le Christ qui donne sa vie pour les autres. Mais alors, recevoir une hostie n’est pas la seule manière de communier. Chaque fois que je me donne au service des autres, je suis en communion avec le Christ qui se donne à  nous . C’est ce qu’avait bien compris le peintre d’une icône du X° siècle qui représente sur la même icône l’institution de l’Eucharistie et le lavement des pieds. Et ce n’est pas par hasard si l’introduction de la consécration dans la 4° prière eucharistique reprend les termes mêmes du récit du lavement des pieds :

                               Lavement des pieds
1°)     Quand l’heure fut venue de passer de ce monde au Père,
2°)     Lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde  les                                                                                     a        aima  considère le lavement des pieds jusqu’à l’extrême.  
3°)    Au cours du repas, Jésus se leva de table, prit un linge et              l          lava les pieds de ses disciples…..                                                                                                              
                        4eme Prière Eucharistique  

1°)      Quand l’heure fut venue où tu allais le glorifier,
2°)       Lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les                        
           aima jusqu’au bout.  
3°)       Pendant le repas qu’il partageait avec eux, Il prit le  pain..
         

Pourquoi St Jean considère-t-il le lavement des pieds comme un témoignage d’amour extrême ? C’est que, du temps de Jésus c’était un geste très humiliant, qu’on ne pouvait même pas demander à un esclave juif. C’était le dernier des esclaves de la maison, à condition qu’il ne soit pas juif qui lavait les pieds des hôtes.  J’aime dire : Jésus lavant les pieds de ses disciples, c’est un peu comme si le pape ou l’archevêque en visite chez vous nettoyait les toilettes ! C’est un  geste très choquant. D’où la réaction indignée de Pierre.  

Ce n’est pas un péché de recevoir la communion pour demander la guérison d’un malade ou la réussite à un examen, mais ce n’est pas fait d’abord pour ça. Le Christ a inventé la communion pour nous rendre semblables à lui  donnant  sa vie. Moi, si je vais communier, cela doit être parce que je veux, je m’engage à vivre comme le Christ qui donne sa vie pour les autres.  

Que retenir de tout cela ?

Le sacrifice de la messe nous christifie. A la messe, en même temps que nous offrons le sacrifice du Christ, nous nous offrons et nous offrons notre travail pour être transformés en nouveaux Christs et pour que notre travail devienne construction du Royaume.  La messe  renforce et revivifie le baptême qui déjà nous a fait uns avec le Christ.

La communion affine cette christification.  Elle nous transforme en Christs qui donnent leur vie dans le service des autres, comme le Christ donne sa vie pour nous.

Recevoir l’hostie n’est pas la seule manière de communier au christ qui donne sa vie Le service des autres qui est don de soi est aussi communion au Christ tout autant et peut-être plus et mieux que la communion sacramentelle.  

Quand le Christ nous dit Prenez et mangez. Ceci est mon corps livré pour vous, il nous appelle à vivre comme lui, à donner notre vie pour les autres. Moi, j’ai donné ma vie pour vous. Vous devez, vous aussi donner votre vie pour les autres. Si je prétends être chrétien, alors, d’une manière ou d’une autre je dois donner ma vie pour les autres. Généralement on définit les chrétiens en disant : c’est des gens qui vont à la messe. il serait plus juste de dire : c’est des gens qui se donnent aux autres.


4 / 4

Quand le Christ dit : Faites ceci en mémoire de moi, veut-il dire : prenez du pain et du vin et faites une petite cérémonie de temps en temps ? ou bien veut-il dire Moi, j’ai donné ma vie pour vous, vous, faites en autant ?


Dimanche des Rameaux                            24 Mars 2024

Après la bénédiction des Rameaux

Pourquoi le Seigneur veut-il entrer triomphalement, dans Jérusalem, monté sur un ânon,  lui qui d’ordinaire est extrêmement discret ? C’est que l’heure est venue pour lui de se révéler comme le  Messie annoncé par leprophète Zacharie : Voici ton roi qui vient vers toi, juste et victorieux, plein de douceur, monté sur une ânesse                                                   et un petit âne…… il proclamera la paix parmi les nations(Zach.9,9,10) Il n’avance pas monté sur un cheval, monture guerrière, mais sur un ânon, symbole de paix et de simplicité. C’est Jésus, doux et humble de cœur (Mt.11,29) mais c’est aussi le Messie envoyé par le Père et annoncé par les prophètes.

Après la lecture de la Passion

Le récit de la passion de Notre Seigneur que nous venons d’entendre nous plonge dans des sentiments contradictoires. D’un côté nous sommes submergés par un profond sentiment de tristesse et de honte, parce que c’est à cause de nos péchés qu’il a souffert tout cela. Mais d’un autre côté, voyant comment les forces du mal ne peuvent venir à bout de l’amour infini de Notre Seigneur, (alors qu’on est entrain de le tuer, Il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font, (Luc 23,34) c’est-à-dire : Vous pouvez me tuer si vous voulez mais moi je vous aime encore), nous sommes émerveillés et remplis d’action de grâces en voyant la puissance de l’amour de Dieu l’emporter sur les forces du mal.

Nous ne pouvons supporter qu’un juste soit persécuté et mis à mort. Notre gêne et notre malaise sont d’autant plus grands que nous avons notre part de responsabilité dans ce crime. Jésus pourrait dire à chacun d’entre nous : J’ai versé telle goutte de sang à cause de toi. C’est bien pourquoi nous ne pouvons pas en rester à des regrets sincères peut-être, mais stériles. Il a fait tout cela pour moi, et moi, que ferai-je pour Lui ?………………………..

D’autre part n’oublions pas que la Passion n’est pas quelque chose qu’il a subi, qui lui a été imposé, mai quelque chose qu’il a voulu. Car ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c’est lui qui s’est livré. Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. Par trois fois il a annoncé à l’avance à ses apôtres sa passion et sa Résurrection. Et le soir du Jeudi Saint,il leur a bien précisé : Ma vie, personne ne me la prend mais c’est moi qui la donne. (Jean 10,18) Il a voulu, en donnant sa vie, montrer comment la puissance de son amour en dominant les forces du mal allait manifester sa gloire. C’est d’ailleurs pourquoi, parlant de sa Passion et de sa mort imminentes, il a déclaré à ses apôtres ce même soir du Jeudi Saint : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23)Pendant qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) Autrement dit : Vous pouvez me tuer si vous voulez, moi, je vous aime encore. Il a laissé déferler sur lui les forces du mal du péché et de la mort, mais, tel un tsunami, les flots de son amour infini ont recouvert et noyé toutes les forces mauvaises, vaincues définitivement.  

Au cours de cette célébration, nous voyons Jésus face à ces deux triomphes: le triomphe humain de l’entrée à Jérusalem et le triomphe divin de son amour infini dominant les forces du mal. Le revirement de la foule qui exige la mort  du Christ cinq jours seulement après l’avoir acclamé comme roi trahit l’extrême fragilité des triomphes humains.

Par contre le triomphe divin du Seigneur dont l’amour infini est venu à bout des forces du mal, rien ne peut le détruire.  Comme St Paul l’écrit aux Romains : Qui nous séparera de l’amour du Christ ?…Ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les forces des hauteurs, ni celles des profondeurs, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en JCNS. (Rom.8,35,38 ?39)


2 / 2


Dimanche 17 Mars 2024

Nous sommes à quelques jours de la fête de Pâques. De partout, des Juifs aussi bien que des

prosélytes et des sympathisants étrangers montent à Jérusalem. Quelques Grecs abordent Philippe qui a un nom grec et parle probablement grec : Nous voudrions voir Jésus. Attirés par son enseignement et ses miracles dont ils ont entendu parler, ils cherchent à le rencontrer. Jésus est heureux de voir que l’écho de son évangile atteint les pays étrangers et il sait que le moment approche où il va opérer le salut des nations, mais, il le sait également, ce salut ne se réalisera que par le triomphe de son amour sur le péché, le mal et la mort à travers sa Passion et sa Résurrection. C’est ce qui l’amène à confier aux apôtres qui ne voient pas trop ce qu’il veut dire : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.

La suite de ses propos éclaire un peu cette parole énigmatique : Amen, amen, je vous le dis, poursuit-il, : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Jésus parle ici de sa passion et de sa mort et il en parle comme de quelque chose qui va le glorifier. Cela nous choque. Pour nous, la passion du Christ  c’est quelque chose de profondément  triste et honteux. Lui qui est passé en faisant le bien, comme dit le livre des Actes des Apôtres, ils l’ont insulté, humilié, frappé, l’ont fait flageller et finalement l’ont fait mourir sur une croix entre deux bandits. Et s’il a souffert tout cela c’est à cause de nos péchés. Comme l’écrit Pascal, il pourrait nous dire : j’ai versé telle goutte de sang pour toi. Aussi la passion du Christ nous apparaît-elle comme un  crime abominable et suscite chez nous un profond sentiment de honte et de tristesse. Comment Jésus peut-il parler de sa Passion comme de quelque chose de glorieux ?  

Peut-être voyons-nous seulement l’envers de la passion du Christ, vue de notre côté. Peut-être faudrait-il voir la passion, à l’endroit, vue du côté du Christ Nous disons que ses ennemis se sont emparés de lui. Or, c’est faux, ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c’est lui qui s’est livré, par amour pour nous. Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. Par trois fois, il avait annoncé par avance à ses apôtres, sa passion, sa mort et sa résurrection et quelques jours avant que ce drame n’éclate, il leur avait  bien spécifié : Ma vie, personne ne me l’enlève, mais c’est moi qui la donne. (Jean10,18) Nous disons que le Christ mourant sur la croix est vaincu. De notre point de vue, cela paraît évident. Mais regardons les choses du côté du Christ. Pendant qu’on est en train de le tuer, il prie pour ses bourreaux : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc 23,34) Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi, je vous aime encore. Cela veut dire que même quand est en train de le tuer, ce qui est le pire qu’on puisse faire, l’amour du Seigneur demeure, inébranlé. Rien ne peut venir à bout de son amour pour nous. La toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal et du péché. Alors qui est vaincu ? Le Christ ? ou le mal et le péché ? Même quand il meurt sur la croix,  et  alors même qu’à nos yeux il paraît vaincu, en réalité la toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal et du péché et  sa gloire éclate au grand jour. Vue de notre côté la passion du Christ est quelque chose d’infiniment triste et honteux : le juste est persécuté, mais nous ne voyons là que l’envers de la passion. En réalité, vue à l’endroit, du côté du Christ,  sa Passion est quelque chose d’infiniment glorieux puisqu’elle manifeste le triomphe de son amour sur le mal, le péché et la mort. En évoquant sa passion le Christ peut donc dire en toute vérité, sans qu’il n’y ait là rien de choquant : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.


2 / 3

Ces Grecs qui voulaient en savoir plus sur Jésus et sur son enseignement, ils vont en avoir pour leur argent. Après avoir annoncé que l’heure du salut des nations était venue et avoir laissé entendre que cela s’accomplirait dramatiquement à travers sa passion et sa mort, Jésus poursuit : celui qui veut se mettre à ma suite devra suivre le même chemin que moi. Et ceci est encore valable pour nous aujourd’hui. St Jean l’écrira noir sur blanc dans sa première épitre : Celui qui prétend demeurer en lui, il faut qu’il marche lui-même dans la voie où lui, Jésus a marché. (1Jean 2,6) Lui, Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères.  (1Jean.3,16) Cela ne veut pas dire que nous aurons à mourir sur une croix, bien sûr. Mais cela veut dire que nous aurons à nous donner au service des autres. Car l’amour se vit dans le service de ceux qu’on aime Quand on aime quelqu’un, on est toujours à chercher ce qu’on pourrait faire pour lui faire plaisir, pour qu’il soit plus heureux, acceptant même de se gêner, de se déranger pour lui, sans que cela nous coûte, au contraire. Vous connaissez le dicton : quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Cela nous arrive d’aimer ainsi et de nous mettre en quatre pour ceux que nous aimons…Oui, mais bien souvent ceux que nous aimons c’est seulement ceux qui nous aiment ou qui nous sont sympathiques. Or le Christ nous le fait remarquer dans l’évangile : les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. (Luc,6,32) et il nous demande d’aimer nos ennemis, afin d’être comme notre Père des cieux qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. (Mt.5,44,45)

Mais c’est impossible d’avoir un parti pris de bienveillance pour tout le monde et cela tous les jours, à tout instant. Souvent, les autres, en particulier ceux qui ne sont pas proches de nous, nous ne les voyons guère comme des frères, nous les voyons comme des inconnus qui nous sont indifférents ou comme des rivaux, voire des ennemis qui suscitent notre méfiance ou notre hostilité. Il faut que le Seigneur transforme notre cœur pour que cela devienne chez nous comme un réflexe de les aimer et de nous mettre à leur service, comme lui, avec un parti-pris de bienveillance, sans faille, jamais. Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur afin qu’il nous rende plus semblable à lui, ainsi que l’exprime la prière qui précède la consécration : nous te supplions, Seigneur,  de consacrer toi-même les offrandes que nous te présentons, qu’elles deviennent, c’est à dire afin que nous devenions, le corps et le sang de ton fils J.C.N.S.

Que retenir de tout cela ?

Deux choses. 1°) Parlant de sa Passion le Christ ose dire : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Au premier abord, cela nous choque, car, vue de notre côté, la passion est un crime abominable qui nous remplit de tristesse et de honte puisque ce sont nos péchés qui ont causé ce crime abominable. Pourtant, vue du côté du Christ, la Passion et la mort du Christ sur la croix révèlent sa gloire puisque c’est là à travers la passion que toute la puissance du mal et du péché est recouverte et noyée par le tsunami géant de la toute puissance de l’Amour  divin. C’est d’ailleurs pourquoi on parle de la croix glorieuse du Christ et qu’on la célèbre chaque année le 14 Septembre. Le Christ peut donc dire en parlant de sa Passion : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Il n’y a rien là de choquant.

2°) Mais St Jean nous le rappelle : Lui Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. Si nous prétendons être chrétiens, disciple du Christ, nous devons comme lui nous donner au service des autres, quels qu’ils soient. La croix, c’est le symbole du don de soi pour les autres. Pensons-y avant d’en arborer une autour du cou !


3 / 3


Dimanche 10 Mars 2024

Nicodème, quoique Pharisien, était un ami de Jésus. Un jour, il prit même sa défense contre un groupe de Pharisiens qui l’attaquaient (Jean,7,51,52) et le Vendredi Saint, il se joindra aux Saintes Femmes pour son ensevelissement. Il appréciait l’enseignement de Jésus. Mais il avait envie d’en savoir plus, en particulier sur la question du salut. C’est pourquoi il se rend près de lui, mais discrètement, de nuit, pour ne pas susciter de conflits avec ses confrères Pharisiens hostiles à Jésus. Mais qu’est-ce que c’est exactement que ce salut dont on parle tout le temps ?

Dieu, dans son amour, veut que tous les hommes et le monde soient sauvés. C’est pour cela qu’il envoie son Fils sur la terre. Mais de quoi le monde a-t-il besoin d’être sauvé ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Personne n’est satisfait de la vie qu’il mène. Qu’est-ce qui nous empêche de vivre la vie que nous voudrions avoir ? Les maladies ? Oui, celles du corps, mais plus encore celles de l’âme, à savoir : le mal sous toutes ses formes : orgueil, égoïsme, envie, injustices etc. et surtout la mort qui met fin brutalement à tous nos espoirs. Les maladies du corps, on peut s’en sortir dans un certain nombre de cas, grâce aux docteurs et aux médicaments. Mais le mal et la mort, nous n’arrivons pas à nous en libérer. Le salut que le Seigneur vient nous apporter c’est justement de nous délivrer du mal et de nous faire accéder à la vie éternelle. Lui seul peut changer le cœur de l’homme et nous libérer du mal. Quant à la mort, lui seul peut nous en faire rebondir. Il nous l’a dit formellement Je suis la Résurrection et la Viecelui qui croit en moi, fût-il mort, vivra (Jean11,25) Le matin de Pâques, Jésus Christ vrai Dieu mais aussi vrai homme ressuscite. C’est lui le premier homme à entrer dans la vie nouvelle, ressuscitée, éternelle à laquelle nous sommes tous promis car, il l’a affirmé solennellement : Je veux que là où je suis, ils (mes disciples) soient eux aussi avec moi. (Jean 17,24)

Mais le Christ ne nous impose pas ce salut qu’il nous apporte. Pour recevoir ce salut, pour bénéficier de ce salut, les hommes doivent recevoir, accueillir Jésus. C’est ce qu’il explique à Nicodème et à nous aujourd’hui : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique, afin que quiconque croit en lui obtienne la vie éternelle. Mais qu’est-ce que c’est croire en Jésus Christ ? Comment en arrive-t-on à avoir la foi ? La foi on ne la trouve pas dans les magasins, on ne l’achète pas avec de l’argent, on n’y accède pas avec des diplômes. C’est un don de Dieu. C’est quoi, c’est comment quelqu’un qui a la foi ?  C’est quelqu’un dont le cœur et l’intelligence sont profondément touchés par la personne du Christ et par son Evangile au point que, bouleversé et séduit il veut devenir son disciple et adopte l’évangile comme règle de vie. Comment en est-il arrivé là ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        

Il a fallu que Dieu s’approche de lui qu’il se mette à sa portée, qu’il touche son intelligence et plus encore son cœur et sa volonté, parce que par nous-mêmes nous ne pouvons pas rejoindre Dieu, le comprendre. Dieu est plus grand que notre cœur dit St Jean (1Jean 3,20). Il dépasse notre intelligence : Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées (Isaïe 55,9). Si nous avons un peu la foi, c’est que Dieu s’est intéressé à nous. Cela ne lui rapporte rien, il n’a pas besoin de nous, mais il est comme ça, il ne peut pas s’en empêcher : il nous aime ……Il s’en expliqué un peu là-dessus il y a longtemps, du temps d’Isaïe : ne crains pas car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom… parce que tu comptes beaucoup à mes yeux, que tu as du prix et que moi, je t’aime. (Isaïe 43,1,4) Pour être sauvé, il faut croire en lui, accepter d’être aimé. Comme autrefois le serpent de bronze élevé sur un étendard sauvait les Hébreux atteints de la morsure mortelle des serpents, s’ils levaient les yeux  


2 / 2

vers lui, de même aujourd’hui le Christ élevé sur la croix sauve les hommes de la blessure mortelle de l’esprit du mal et de la mort, s’ils s’en remettent à lui.

Pourtant beaucoup n’accueillent pas le Christ et ne sont pas intéressés par le salut qu’il leur offre. Pourquoi ? Quelquefois, frappé par une ou plusieurs épreuves particulièrement pénibles on perd la foi. Accablé par la souffrance on estime un peu vite : si vraiment il y avait un Dieu, il ne permettrait pas que tant d’épreuves me frappent Mais le plus souvent accaparés par une recherche passionnée de « pouvoir » ou d’ « avoir » pour tout de suite, petit à petit, nous oublions les buts plus lointains de toute vie humaine, On veut devenir président du club de foot ou recteur de l’université, acquérir un diplôme ou diriger une entreprise, conquérir l’Ukraine ou diriger l’Amérique. Ou encore on désire gagner toujours plus d’argent pour se procurer ce dont on rêve : une voiture électrique ou des vacances au bout du monde, un manteau de fourrure ou une cuisine équipée. Dieu, la vie éternelle, cela nous paraît bien lointain, douteux, fumeux, jusqu’à disparaître complètement de nos préoccupations. Du coup, le dimanche matin, il nous paraît beaucoup plus intelligent et en tous cas beaucoup plus utile de promener le chien, de faire du jogging ou de faire ses courses au supermarché plutôt que d’aller à la messe. Nos ambitions d’ici-bas, avoir une bonne situation, suffisamment d’argent, des enfants bien élevés, un logement correct et une vie tranquille où on ne fait de mal à personne,  c’est très bien. Il n’y a rien de mal dans tout cela. Mais le Seigneur qui nous aime veut davantage pour nous. Allons-nous saisir la chance qui nous est offerte ou allons-nous rester recroquevillés dans nos univers tronqués ? Est tronqué, dit le dictionnaire Larousse, ce dont on a retiré une partie essentielle.

Parfois on se réveille trop tard de son engourdissement. Je pense à ce cas tragique : au chevet d’un homme d’une trentaine d’années qui, suicidé, git sur un lit d’hôpital, en état de mort cérébrale, sa famille pourtant incroyante, éplorée, demande à l’aumônier de le baptiser. Impossible…On ne baptise pas un mort. On ne baptise pas un incroyant. Comment le Seigneur jugera-t-il ce malheureux en état de mort cérébrale pour qui sa famille, incroyante, demande pourtant le baptême ? Personne ne peut le dire. D’un côté la parole du Christ est sans appel : celui qui ne croit pas est déjà jugé du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Mais d’un autre côté, il y a la miséricorde illimitée du Seigneur. C’est pourquoi il y a, me semble-t-il, des  raisons de croire qu’il tiendra compte du désir exprimé par cette famille de voir leur parent baptisé. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas attendre la dernière minute pour se mettre à écouter la voix du Seigneur. Cela me préoccupe de voir tant de gens attendre d’être dans leur cercueil pour entrer à l’église.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui vient nous secouer. Alors que nous nous débattons péniblement jour après jour, incapables de faire le bien que nous aimons et faisant le mal que nous n’aimons pas, le Seigneur nous propose de nous sauver de cette situation précaire Alors que nous nous enfermons dans nos soucis et nos projets à courte vue, le Seigneur vient nous proposer de nous sauver, en nous sortant de nos perspectives et de notre univers étriqués pour nous ouvrir l’accès à une vie éternelle. Vois, nous dit-il dans la Bible au livre du Deutéronome, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois, ses coutumes, tu vivras. Mais si ton coeur se dévoie, si tu n’écoutes pas, alors tu périras………………Choisis donc la vie, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui, car là est la vie. (Deut. 30,15,16…19,20) A chacun de décider.


Dimanche 3 Mars 2024 Beaucamps sur Ligny

La colère est un péché, c’est même un des sept péchés capitaux. Or l’évangile d’aujourd’hui nous montre Jésus se mettant violemment en colère et ce n’est pas la seule fois que cela lui est arrivé. Dans un certain nombre d’occasions il a réagi avec colère contre les incrédules, ceux qui manquaient à la miséricorde et surtout contre les Pharisiens qu’il traitait d’hypocrites et de race de vipères. Pourtant le Christ est sans péché ! Alors ?

Commençons par regarder la scène. Cela se passe au Temple. Le Temple, ce n’est pas un bâtiment genre cathédrale ou basilique, c’est un espace d’environ 400m de long sur 300m de large, comprenant plusieurs esplanades ou parvis, il comporte aussi des sanctuaires, notamment celui qui abrite l’Arche d’Alliance, symbole de la présence de Dieu au milieu de son peuple et un autel surélevé en plein air sur lequel on offrait les sacrifices. C’est pourquoi il y a sur place des marchands qui vendent des bœufs, des moutons et des colombes destinés aux sacrifices, ainsi que des changeurs pour changer l’argent des Juifs venant de l’étranger en monnaie locale. Autrefois tout ce commerce avait lieu dans la vallée du Cédron ou sur les pentes du Mont des Oliviers, mais petit à petit il avait envahi les parvis à l’intérieur même du Temple. Jésus, indigné de voir le Temple, la maison de son Père, transformé en maison de commerce, se met en colère, renverse les tables des changeurs et chasse les marchands à coups de fouet. Comment peut-il agir ainsi lui qui nous enseigne : on vous a dit Tu ne commettras pas de meurtre; celui qui commettra un meurtre en répondra devant un tribunal et moi je vous dis: quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ? (Mt.5,22)

St Paul a une expression surprenante : Mettez-vous en colère, dit-il, mais ne péchez pas. (Eph.4,26) Y aurait-il des colères qui ne seraient pas des péchés ? C’est vrai qu’on parle parfois de saintes colères… Que faut-il pour que la colère ne soit pas péché ? On estime généralement que trois conditions sont nécessaires 1°) Il faut qu’elle ait une cause juste, par exemple réagir contre une injustice. Non seulement ce n’est pas un péché de se mettre en colère pour rétablir la justice, mais c’est un devoir. St Jean Chrysostome va même jusqu’à écrire : celui qui ne se met pas en colère quand il y a une cause juste pour le faire commet un péché. 2°) D’autre part pour que la colère ne soit pas un péché, il faut que le mouvement de colère ne soit pas disproportionné. Il arrive malheureusement qu’une dispute banale se termine par un meurtre parce que l’un des protagonistes se laisse entraîner trop loin. L’équilibre est difficile à garder pour tout le monde. Ceux qui ont un tempérament trop ardent et voient partout des raisons valables de s’insurger auraient intérêt à pencher du côté de la douceur. Au contraire ceux qui sont plutôt mous auraient intérêt à prendre quelquefois le parti de la force. 3º) il faut aussi garder une intention droite dans sa colère, c’est-à-dire viser à ramener le bien et la justice et non pas se laisser guider par un esprit de méchanceté ou de haine, de vengeance ou de rancune. Une maman qui se met en colère contre son enfant qui fait des bêtises n’a pas de haine contre son enfant, c’est au contraire parce qu’elle l’aime qu’elle se fâche contre lui.

Donc se mettre en colère, c’est un péché, …mais pas toujours !

Ne pas se mettre en colère, c’est bien… mais pas toujours. Parfois c’est même un péché !

Bienheureux les doux, a dit le Christ, mais il n’a pas dit Bienheureux les mous. Il est miséricordieux mais pas complaisant. La charité ce n’est jamais laisser tout faire sans réagir. Comme l’écrit Bernanos : le Christ n’a jamais dit : Vous êtes le miel de la terre (Journal d’un Curé de Campagne). Il a dit : Vous êtes le sel de la terre (Mt.5,13) et le sel, cela pique et parfois même cela brûle.

Quoi qu’il en soit, les apôtres approuvent la colère de Jésus où ils voient une manifestation de respect pour la maison de Dieu, de la part de quelqu’un que dévore le zèle pour la maison de Dieu, comme dit le psaume (ps.69,10). Mais les Juifs protestent énergiquement : quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? c’est-à-dire : de quelle autorité te permets-tu de causer du désordre dans le sanctuaire ? Jésus répond en parlant d’un autre sanctuaire : son corps, qui est comme le Temple de Jérusalem et mieux que le Temple de Jérusalem la demeure de Dieu. Et il proclame : Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai, ce qui veut dire : Vous pouvez détruire le sanctuaire que je suis (allusion à sa Passion) et en trois jours je le relèverai (allusion à sa Résurrection).

Les Juifs qui ne pouvaient pas saisir ces allusions trouvent la réponse de Jésus ridicule. La portée prophétique des propos de Jésus leur échappe. Jésus annonce les temps nouveaux : bientôt, après Pâques, le sanctuaire de Dieu parmi les hommes, ne sera plus dans les pierres du Temple mais dans la présence du Christ ressuscité parmi les hommes. Ce que nous rapporte cette page d’évangile, c’est beaucoup plus qu’une bagarre dans le Temple de Jérusalem, c’est l’annonce de l’avènement des Temps Nouveaux. Désormais, la présence de Dieu parmi les hommes n’est plus ici ou là dans des pierres, mais partout où le Christ ressuscité est présent, c’est à dire en chaque baptisé.

Pour nous aujourd’hui, en 2024, en ce moment même, cela signifie que le Christ est présent parmi nous de deux manières dans le saint Sacrement, dans le tabernacle de cette église et en chacun de nous qui sommes baptisés. Ce qui confère un caractère sacré à chacun de nous comme le disait St Paul aux Corinthiens : Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu ? …Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous… Le temple de Dieu est sacré et ce temple, c’est vous. (1 Cor.6,17 et 3,16,17) D’où le devoir qui nous incombe de bien traiter notre corps, de ne pas le mettre en danger dans des comportements dangereux où nous risquons des accidents, ne pas le détruire en s’adonnant à l’alcool ou aux stupéfiants. Bien traiter notre corps c’est aussi bien manger avec reconnaissance envers le Seigneur qui nous donne de bons aliments et du talent pour les cuisiner et qui nous permet de vivre dans un pays où on ne connaît pas la famine. Bien traiter notre corps, c’est aussi bien s’habiller. Un jour quelqu’un m’a dit j’estime, mon Père que l’élégance, pour une femme, c’est une question de politesse, même vis-à-vis du Père Éternel. Une femme bien habillée, fait honneur au Seigneur qui nous donne de beaux tissus, du bon goût pour les tailler les couper et les coudre. En même temps, elle se fait plaisir, son mari est fier de voir sa femme bien habillée et ses enfants sont heureux de voir leur maman bien mise. Cela ne justifie pas…

Que retenir de tout cela ?

A propos de la colère en général. Se mettre en colère, c’est un péché, mais pas toujours. Parfois, c’est un devoir. Le tout, c’est que 1°) la colère ait une cause juste, comme de réagir contre une injustice. 2º) que la réaction ne soit pas disproportionnée. 3°) que la colère vise toujours au retour du bien et de la justice et jamais animée par la rancune, la haine ou la vengeance. Ne pas se mettre en colère, c’est bien, mais pas toujours. Quelquefois c’est même un péché parce que la charité ne consiste pas à laisser faire n’importe quoi sans réagir.

A propos des colères du Christ. Le Christ est bon et miséricordieux… Mais n’allons pas l’imaginer comme quelqu’un qui ne fait pas de vagues, toujours calme, serein, impassible quelles que soient les circonstances. Il s’indignait avec véhémence devant le mal. Il ne mâchait pas ses mots devant et se mettait en colère quand il le fallait, intransigeant vis-à-vis du péché mais indulgent pour le pécheur. Il avait le cœur tendre et l’esprit ferme, alors que nous trop souvent nous avons le cœur dur et l’esprit mou. Mais surtout cet évangile nous rapporte beaucoup plus que le récit d’une bagarre dans le Temple. C’est l’annonce par le Christ des temps nouveaux où la présence de Dieu parmi les hommes n’est plus dans les pierres d’un Temple, mais partout où le Seigneur ressuscité est présent par son Esprit, c’est-à-dire en chaque baptisé. Il est avec nous, en nous, tous les jours jusqu’à la fin des temps. A nous de rester avec lui.

Dimanche  25  Février 2024

Pourquoi Jésus a-t-il voulu se montrer transfiguré ? Il voulait réconforter ses apôtres profondément troublés par l’annonce qu’il venait  de leur faire qu’il allait souffrir beaucoup, être mis à mort et qu’il ressusciterait trois jours après. Pierre, scandalisé, l’avait même pris à l’écart pour le reprendre :Dieu t’en préserve, Seigneur, cela ne t’arrivera pas. Mais il s’était fait durement remettre en place : Retire toi ! Derrière moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes (Mt.16,22,23) Pourtant, quelques jours auparavant, devant tous les apôtres, Jésus l’avait félicité de l’avoir reconnu comme Messie, Fils de Dieu : Heureux es tu, Simon… c’est mon Père dans les cieux qui t’a révélé cela et il lui avait annoncé qu’il serait chef de l’Église : Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église…je te donnerai les clés du Royaume des Cieux. (Mt.16,17-19) Or voilà qu’aujourd’hui, il le met plus bas que terre. Pierre est désorienté, triste et découragé, et tout le groupe des apôtres aussi. Jésus,  qui s’en rend compte, veut les réconforter. C’est pourquoi il va se montrer à eux dans sa gloire, la gloire qui était la sienne avant son incarnation, dont il s’était séparé en se faisant homme et qu’il va retrouver après sa Résurrection et son Ascension.

Il emmène avec lui trois de ses apôtres, Pierre Jacques et Jean, sans doute les plus influents. Ce sont eux seuls qu’il laissera entrer avec lui dans la chambre de la fille de Jaïre qu’il ramènera à la vie (Marc 5,35-37) et ce sont eux encore qui seront seuls témoins de son agonie (Marc 14,32-34). Il les emmène sur une haute montagne et leur apparaît transfiguré, le visage et les vêtements resplendissants, en compagnie de Moïse et Elie, les deux plus grandes figures de l’Ancien Testament. Ce qui va se passer alors évoque ce qui a pris place au Sinaï autrefois. Qu’est-ce qui s’est passé au Sinaï ? Dieu est apparu à Moïse et lui a donné, le décalogue, les dix commandements, la Loi. Qu’est-ce qu’il se passe à la Transfiguration ? La nouvelle alliance en Jésus entre Dieu et les hommes, ainsi que la Loi nouvelle vont être proclamées par la voix sortant de la nuée dans le ciel déclarant solennellement : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. Le miracle de la Transfiguration authentifie le Christ comme l’envoyé du Père, qui prend le relais des prophètes pour apporter le salut aux hommes et les faire entrer dans la vie nouvelle. 

A la transfiguration du Christ s’ajoute donc une théophanie, c’est-à-dire une manifestation de Dieu qui, sans apparaître sous une forme humaine, fait entendre sa voix depuis la nuée et délivre un message aux hommes, comme autrefois au Sinaï. Dans l’Écriture, la nuée manifeste la présence de Dieu. Rappelez-vous la nuée qui guidait les Juifs sortis d’Égypte dans leur marche vers la Terre promise. Déjà très impressionnés par la Transfiguration du Christ, St Mt. nous rapporte que les trois apôtres, terrifiés par cette manifestation de  Dieu tombèrent la face contre terre (17,6) car l’Exode enseignait  que l’homme ne peut voir Dieu et rester vivant. (33,20) mais Jésus les rassure : relevez-vous, soyez sans crainte, avant de leur faire promettre de ne rien raconter à personne de ce qu’ils avaient vu jusqu’à ce qu’il ressuscite d’entre les morts. Ils respectèrent la consigne sans toutefois comprendre ce que Jésus entendait par ressusciter des morts.

Mais que le Christ soit transfiguré ou non, qu’est-ce que cela change pour nous ?  Il faut bien voir que la Transfiguration ne touche pas que la seule personne du Christ. C’est le corps d’homme du Christ qui a été transfiguré. Cela veut dire que nous, qui sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes promis à cette même transfiguration dans notre humanité. Sans compter que dès maintenant, la grâce de la vie nouvelle du Christ ressuscité que nous avons reçue au baptême agit en nous, jour après jour, pour nous transformer, nous transfigurer  toujours davantage en Christs comme St Paul l’explique aux Corinthiens : nous tous qui réfléchissons comme en un  miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est  esprit. (2 Cor.3,18)… en attendant de nous retrouver définitivement transformés, à la fin des temps, car notre cité  à nous est dans les cieux d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire (Phil.3,20) dit encore St Paul aux Philippiens.

La Transfiguration du Christ en nous révélant toute l’ampleur de notre destinée, nous empêche de nous laisser enfermer dans les préoccupations immédiates dont nous devons nous occuper et qui ne peuvent pas attendre : préparer le dîner, suivre la scolarité des enfants, ne pas oublier le contrôle technique de la voiture, etc. Mais l’évangile d’aujourd’hui nous le rappelle : il n’y a pas que cela. Nous sommes bien d’accord mais ce n’est pas facile à gérer. Nous sommes entraînés malgré nous dans une course de plus en plus rapide à l’argent et au pouvoir, où l’autre n’est pas un prochain à aimer mais un concurrent à éliminer ou un rival à supprimer. Chaque jour il faut se battre pour défendre son petit espace et celui de sa famille. Ce n’est pas que ça nous plaise, mais nous ne pouvons pas faire autrement. Tout le monde, rêve de s’échapper de ce monde-là et cherche désespérément autre chose. Le Christ et l’évangile nous offrent cet « autre chose » qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Un jour où certains le quittaient Jésus demanda à ses apôtres Et vous, vous allez partir, vous aussi ? Alors St Pierre répondit : Seigneur, à qui irions –nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.  (Jean 6,68)

Que retenir de tout cela ?

Le Christ a voulu se montrer transfiguré à ses trois de ses apôtres pour raffermir leur foi durement ébranlée par l’annonce qu’il leur avait faite de sa Passion à venir. Le miracle de la Transfiguration authentifie le Christ comme l’envoyé du Père venu nous apporter le salut.

Pour nous aujourd’hui, la Transfiguration du Christ  révèle toute l’envergure de notre destinée. Nous qui sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes promis à cette même transfiguration. St Paul nous dit même que cette transfiguration  est déjà en cours car nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit.

Les tentations de Jésus Dimanche  18  Févier 2024    Fournes

Jésus vient de recevoir le baptême de Jean. Poussé par l’Esprit il se rend au désert où il va rester quarante jours pour être tenté par le diable nous dit l’évangile de St Mt. Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi va-t-il au désert pour être tenté par le démon ? Pour que le salut soit total et la rédemption parfaitement accomplie, le Christ doit vaincre le démon et c’est en triomphant des tentations qu’il le vaincra. De plus, en  revivant dans le désert de Juda pendant quarante jours les tentations que l’ancien Israël a connu dans le désert du Sinaï pendant quarante ans, Jésus,  tel un nouveau Moïse, va accomplir le nouvel Exode et conduire l’Israël nouveau vers la vie nouvelle. En terminant  son récit, St Marc souligne que Jésus  vivait parmi les bêtes sauvages et que les anges le servaient. Pourquoi  ? Cette familiarité de Jésus avec les bêtes sauvages correspond à la description idyllique des temps messianiques dressée par Isaïe le loup habitera avec l’agneau…le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira (11,6) Et les anges servant le Seigneur présentent le Messie comme l’Homme Nouveau vivant en parfaite harmonie avec le ciel comme avec la terre.En quelques phrases St Marc présente Jésus comme le Messie, venant en continuité parfaite avec Moïse et l’Ancien Testament.  

Sa toute première prédication : Convertissez-vous reprend celle de Jean Baptiste qui prêchait un baptême de repentir pour le pardon des péchés. Ce mot d’ordre du Christ s’adresse à nous aujourd’hui tout autant qu’à ses auditeurs d’il y a deux mille ans. Mais qu’est-ce que cela veut dire exactement : Convertissez-vous ? Le mot grec métanoeïté employé ici veut dire changement de mentalité et retour vers Dieu. Il s’agit donc d’une démarche ouvrant sur l’avenir alors que la  pénitence et le repentir désignent une démarche plutôt tournée vers le passé puisqu’ils consistent surtout à regretter les fautes passées.  Quand le Seigneur nous ordonne : convertissez-vous, il nous demande plus que de nous repentir des fautes du passé, il nous demande de pousser ce repentir jusqu’à changer de vie.  Ce mot d’ordre du Christ : Convertissez-vous, tombe à point en ce premier dimanche de carême. Le carême, c’est une période de quarante jours pendant laquelle nous sommes invités à nous reprendre pour vivre mieux en chrétiens et repartir à Pâques, renouvelés, renforcés dans notre communion avec le Christ commencée le jour de notre baptême.

            Qu’est-ce qui ne va pas, qu’est-ce qu’il faudrait changer dans notre manière de vivre pour revenir vers Dieu et vivre mieux en chrétiens ?  C’est à chacun de voir. Si vous trouvez que c’est trop difficile, si vous ne voyez pas ce qu’il faudrait changer dans votre vie, demandez à un de vos proches, à votre mari, à votre femme, vous verrez, on vous  dira tout de suite quoi faire !

                                        Mais outre cette conversion personnelle spéciale à chacun, je crois qu’il y a une conversion que nous sommes tous appelés à faire, c’est de ne pas séparer notre vie chrétienne de notre vie tout court. Sans vouloir délibérément orienter notre vie dans un sens opposé à l’évangile, nous sommes peut-être souvent de ceux qui mènent leur vie sans trop s’occuper de la volonté de Dieu. Impossible de penser à Dieu du matin au soir, bien sûr !  Quand on est au volant de sa voiture,  il faut regarder la route.  Il faut être présent à ce qu’on fait. Mais est-ce que pris par ce que nous faisons, nous ne sommes pas la plupart du temps coupés de Dieu, déconnectés, séparés de lui ? Nous sommes tentés de penser, bien à tort, que c’est seulement de temps en temps, lors d’un petit moment de prière dans la journée et à la messe du dimanche  que nous sommes unis  à Dieu. Et cela ne fait pas beaucoup……

 Comment faire pour que nos activités ne nous coupent pas de Dieu ? Comment rester en communion avec lui jusque dans les occupations qui remplissent nos journées ? Voilà quel pourrait être notre effort de carême. Il faudrait nous mettre dans la tête une bonne fois pour toutes que  la vie chrétienne n’est pas quelque chose de rajouté par-dessus la vie personnelle, familiale ou professionnelle, un peu comme on rajoute une couche de sucre glacé par-dessus un gâteau. La vie chrétienne est DANS  la vie ordinaire. La vie chrétienne, c’est vivre d’une certaine manière tous les instants de la vie ordinaire. Le jour de notre baptême, nous avons reçu la vie du Christ. Désormais toutes nos activités au long de nos journées sont contaminées par le divin qui est en nous. Il n’y a jamais rien de profane dans nos vies. Même si tout peut être profané par l’orgueil, la volonté de dominer les autres ou la frénésie  de gagner de l’argent par n’importe quel moyen, ce qui nous conduit à penser que le travail nous coupe de Dieu et que seule la prière nous permet d’être en communion avec Dieu. Mais cela est totalement faux. Le travail, l’activité humaine  sont aussi un moyen d’être en communion avec Dieu.

Comment cela ? Eh bien, le travail c ’est quoi ? C’est ce qui  permet à un homme ou une femme de gagner sa vie, de subvenir aux besoins de sa famille. Or cela ne  nous  coupe pas de Dieu, au contraire, on accomplit une tâche que Dieu nous a confiée, le travail   permet de répondre à la vocation de père ou de mère de famille à laquelle on a été appelé. De plus quand je travaille, je mets en œuvre l’intelligence et les talents que le Seigneur m’ a donnés. Je ne suis pas coupé de Dieu, Dieu travaille avec moi. De plus, tout travail comporte une part de service des autres, que ce soit le travail d’une maîtresse de maison qui prépare le repas de la famille, d’un médecin qui soigne des malades ou d’un instituteur qui apprend à lire à des enfants. Or ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait.(Mt.25,40)Et puis enfin tout travail continue et prolonge l’œuvre du créateur. Là où il n’y avait qu’un terrain vague, il y a maintenant un champ de blé ou un groupe d’habitations. Il est donc juste de dire que le travail et les activités humaines ne nous coupent pas de Dieu. Ils sont, comme la prière, mais d’une autre manière, une façon de rester en union avec Dieu.

Malheureusement nous n’en sommes guère conscients. Il faut dire que trop souvent l’orgueil, la volonté de dominer les autres ou la passion de l’argent font du travail un enfer ; la vie personnelle du travailleur, sa vie de famille et la société qui l’entoure sont ravagées. On ne peut plus, dans ces conditions voir le travail comme un moyen de rester uni à Dieu ; On ne voit plus que le mal et les souffrances qu’il charrie avec lui. De plus, on n’ose pas reconnaître la sainteté du travail. Avez-vous jamais vu une représentation de Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage ? Pourtant elle n’était pas moins sainte lorsqu’elle faisait la soupe que lorsqu’elle était en prière. Notre effort de carême pourrait être de nous efforcer de changer notre regard pour aller jusqu’à redécouvrir le sens profond et la valeur devant Dieu de notre travail.

Que retenir de tout cela ?

Les élégantes surveillent leur ligne et de temps en temps s’imposent de suivre un régime. Le carême c’est un temps où nous sommes invités à surveiller notre ligne de conduite chrétienne et à nous mettre au régime si nécessaire. Où en suis-je ? Est-ce qu’il y a suffisamment de moments de prière dans ma vie ? Est-ce que nous prions quelquefois en famille ? Qu’est-ce qu’il faudrait que je change dans mes manières de faire ? A chacun d’établir son régime. Comme on supprime  les féculents et  les matières grasses, supprimer les mouvements de colère ou une certaine paresse.

Mais surtout veiller à ne pas séparer ma vie chrétienne de ma vie tout court. La vie chrétienne est DANS la vie ordinaire, c’est vivre d’une une certaine manière tous les instants de la vie ordinaire. Depuis le jour de notre baptême, le Christ est vivant en nous. Nous sommes en communion avec lui à chaque instant. Même quand je travaille, il est là, il travaille avec moi. Dans ma  vie, rien n’est profane, mais tout peut être profané, si je ne fais pas attention.

Dimanche  11  Février  2024

Ce qui nous frappe tout de suite dans ce récit, c’est la foi et la détermination du lépreux. Il se jette aux pieds de Jésus et le supplie : Si tu le veux, tu peux me purifier. Il ne doute pas que Jésus puisse le délivrer de sa lèpre. En bon croyant, il ne demande même pas sa guérison, mais sa purification, car on croyait alors que la lèpre était le châtiment divin d’un péché grave et rendait impur celui qui en était frappé. Sa foi lui donne le courage de se mélanger à la foule et de s’approcher de Jésus, alors que selon la Loi, les lépreux devaient se tenir à l’écart, habiter hors des villages où il leur était interdit d’entrer et si quelqu’un s’approchait d’eux sur le chemin, ils devaient l’avertir de s’écarter en criant : impur ! impur ! Jésus, bouleversé de voir ce malheureux qui le supplie à genoux, étendit la main, le toucha et lui dit je le veux, sois purifié. Non seulement Jésus l’a laissé approcher sans lui faire de reproches, mais il l’a touché, ce qui était formellement interdit. Personne n’a songé à protester. Tout le monde était fasciné de voir le lépreux soudainement guéri.

Mais alors que jusqu’ici Jésus avait eu envers le lépreux une attitude bienveillante, il va maintenant se montrer brusque Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt (et le mot grec employé ici signifie il le chassa) va te montrer aux prêtres, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit. Pourquoi se montrer aux prêtres ? Parce que les prêtres exerçaient la fonction d’officiers de santé, eux seuls pouvaient attester officiellement de la guérison des lépreux et les autoriser à reprendre une vie normale dans la société. Mais pourquoi le Seigneur chasse-t-il le lépreux en lui demandant de ne rien dire à personne ? C’est que le peuple avait du Messie et de sa mission une conception quasi mythique. On pensait que le Messie mettrait fin à l’occupation romaine et restaurerait la royauté d’Israël, qu’il ferait disparaître de la terre tous les maux, (famine, maladies, mort) et qu’il restaurerait le paradis terrestre. Jésus ne veut pas qu’on ait cette vision de sa personne et de sa mission. Il ne veut pas être pris pour un guérisseur. C’est pourquoi Jésus renvoie le lépreux en lui demandant de ne rien dire à personne.  

Et pourquoi le Seigneur ajoute-t-il : cela sera pour les gens un témoignage. Témoignage de quoi ? Témoignage de la présence agissante de Dieu. Car on pensait la guérison de la lèpre était réservée à Dieu seul. Lui qui l’avait envoyée comme un châtiment, était le seul à pouvoir en délivrer. Donc, quand Jésus renvoie le lépreux en lui disant ce sera pour eux un témoignage, cela veut dire : maintenant, va t’en ; te voir guéri sera pour les gens un témoignage, une preuve, que le Messie est arrivé au milieu d’eux.

Une fois encore, dans ce récit de guérison, l’attitude de Jésus nous étonne. Pourquoi chez lui ce parti-pris constant envers les pauvres, les pécheurs, les malades, les malheureux, les exclus ? Pourquoi se laisse-t-il approcher par un lépreux rejeté par tous, exclu de la société ?  Sa maladie, repoussante, faisait fuir et en plus, on se demandait quel horrible forfait il avait pu commettre pour que Dieu l’ait frappé ainsi. Jésus lui, saisi de compassion, viole les interdits, ose affronter les regards hostiles et la désapprobation de tous, il accueille ce lépreux, allant jusqu’à le toucher et le guérit. Nous avons du mal à saisir tout le poids de ses paroles quand il nous dit : je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10). Nous avons du mal à comprendre que notre Dieu est un Dieu aimant. La préoccupation de ceux qui vont mal ne le quitte pas et il est toujours en train de chercher à leur venir en aide : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux est le pauvre et le cœur contrit nous disait -il déjà dans Isaïe (66,1).  

Tout cela nous invite à nous interroger sur notre comportement envers les malades, surtout aujourd’hui en ce dimanche de la santé. Si nous voulons être chrétiens il faut nous comporter envers les malheureux et les malades comme le Christ. Où en sommes-nous ? En allant visiter et porter la communion aux personnes âgées, isolées et malades de la paroisse, j’ai pu me rendre compte qu’elles n’étaient pas abandonnées. Tant mieux ; mais soyons attentifs. Est-ce que nous en faisons assez ? Est-ce que nous n’oublions personne ? Peut-être que nous pourrions prier davantage pour eux ou avec eux. Est-ce que nous pensons à leur rendre visite de temps en temps ?

Et puis pensons à toutes les personnes : médecins, infirmiers, infirmières, et autres personnels de santé qui se dévouent auprès des malades dans des conditions pas toujours idéales. Vous avez sûrement remarqué, comme moi, que lors des grèves récentes les infirmiers et infirmières ne revendiquaient pas seulement des augmentations de salaire ou des aménagements du temps de travail, mais ils demandaient aussi de pouvoir passer davantage de temps aux côtés des malades, pour parler avec eux et les accompagner dans leurs souffrances Nous avons la chance en France, même si tout n’est pas parfait, d’avoir à peu près partout des médecins compétents, des hôpitaux bien équipés, des médicaments, et un système de sécurité sociale qu’on nous envie à l’étranger. Nous ne réalisons pas les chances que nous avons. Ce dimanche de la santé nous rappelle, si nous l’avions oublié, le devoir qui est le nôtre de prier pour tous ceux qui oeuvrent dans les services de santé … et de leur manifester notre estime et notre reconnaissance, lorsque nous avons recours à leur dévouement.

Mais que notre reconnaissance aille aussi et d’abord au Seigneur. Nous sommes bouleversés en voyant dans l’évangile le Christ approcher le lépreux, le toucher et le guérir. Eh bien aujourd’hui encore, toujours pas rebuté par la lèpre du péché qui nous contamine, le Seigneur étend la main, touche les lépreux que nous sommes et nous rend capables de faire le bien. Prenons le temps de regarder les merveilles que réalisent les docteurs, les chirurgiens, les ingénieurs, grâce aux talents que le Seigneur leur a donnés. Prenons le temps de chercher à reconnaître la présence du Seigneur et l’action de sa main bien-faisante, qui fait le bien dans nos cœurs et dans nos vies. Et aujourd’hui dans notre messe, présentons tout cela au Seigneur avec reconnaissance.

Que retenir de tout cela ?

D’abord la foi et la confiance du lépreux qui ose s’approcher de Jésus et lui demander sa guérison. Le Seigneur n’impose pas ses bienfaits. Dans la délicatesse de son amour, Il veut que nous nous approchions de lui qui s’approche de nous, pour lui demander avec confiance ce qu’ il s’apprête déjà à nous donner.

Aujourd’hui encore, le Seigneur, toujours pas rebuté par la lèpre du péché qui nous contamine, continue à s’approcher de nous Tâchons de ne pas freiner l’action de sa main bien-faisante qui  délivrant nos cœurs de tout mal nous rend capables de mettre un peu plus de paix , de justice et de charité dans notre monde.



  Dimanche  4  Février  2024                     Beaucamps

C’était un jour de sabbat. Sortant de la synagogue où il venait d’enseigner Jésus entre avec ses disciples chez Simon et André. Leur belle mère est alitée avec la fièvre. Mis au courant, Jésus la guérit. Le bruit de cette guérison se répand dans la ville et le soir venu, on se presse à la porte pour écouter Jésus tandis que les malades et les possédés accourent pour se faire délivrer de leurs maux. Il va en guérir beaucoup. Toutes ces guérisons miraculeuses comportent bien des ambigüités et du côté des malades et du côté de Jésus. Essayons d’y voir un peu plus clair.

Les malades qu’est-ce qu’ils veulent ? Se faire guérir. Bien sûr, mais pas seulement. Car pour eux, une maladie n’est jamais un pur désordre physique, elle a toujours un lien avec le péché. Parfois même, comme dans le cas de la lèpre, elle est considérée comme une punition divine. Si bien que lorsqu’ils demandent la guérison d’une maladie, ils demandent peut-être en même temps une certaine purification spirituelle.

 Et Jésus, quel est son but lorsqu’il guérit les malades ou délivre les possédés ?  Pris de pitié, il veut soulager leur souffrance, mais en même temps il veut leur donner un signe, une preuve de sa présence, de la présence de Dieu au milieu d’eux. Et cela on ne le voit pas parce qu’on en reste à l’aspect prodige du miracle et au bienfait immédiat qu’il apporte. Jésus le reprochera durement à la foule qui le rejoint, le lendemain de la multiplication des pains : Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé du pain à satiété. (Jean 6,26 ) Dans un miracle, il y a toujours un prodige. Sur une simple parole de Jésus la maladie disparait, le démon est chassé. C’est tellement impressionnant qu’on en reste là. Or pour Jésus un miracle, c’est plus qu’un simple prodige ; c’est, au-delà du prodige et à travers ce prodige, un signe accordé à quelqu’un qui a déjà un peu la foi, afin que, éclairé par ce signe il reconnaisse la présence de Dieu dans sa vie et soit plus uni à lui. D’ailleurs Jésus dit souvent à celui qu’il guérit ta foi t’a sauvé (Mt.9,22) ou qu’il soit fait selon ta foi (Mt.9,29) Et sans la foi, Jésus ne fait pas de miracles. St.  Mt nous rapporte qu’au cours d’une de ses visites à Nazareth, il ne fit pas beaucoup de miracles parce qu’ils ne croyaient pas.  (Mt.13,58 ) 

 Pour Jésus les miracles c’est aussi une manière d’exercer son ministère, c’est une prédication par gestes : multiplier les pains, c’est une manière de dire par gestes : Je suis le pain de vie (Jean 6,48) ; guérir un aveugle, c’est dire par gestes Je suis la Lumière du monde (Jean 8, 12) ; ressusciter un mort, c’est dire par gestes : Je suis la Résurrection et la Vie (Jean 11,25 ).

Donc, quel est le but de Jésus lorsqu’il fait un miracle ? C’est d’apporter un signe, une preuve que Dieu est présent, agissant au milieu de nous, à travers le bienfait accordé, une guérison par exemple Au fond, le véritable miracle, ce n’est pas une guérison, du pain multiplié, une tempête apaisée, mais à travers la guérison, le pain multiplié, la tempête apaisée, la présence du Seigneur au milieu de nous. Malheureusement presque toujours on en reste au bienfait accordé et au prodige. C’est à cause de de ces graves malentendus que Jésus s’entoure de précautions quand il fait des miracles. Souvent il emmène le malade à l’écart avant de le guérir et lui commande sévèrement (Mt.9,30) de ne rien dire à personne. Il ne veut pas qu’on le prenne pour un Messie aux pouvoirs impressionnants voire terrifiants. Il est venu révéler un Dieu Amour.

Mais l’évangile d’aujourd’hui ne nous parle pas seulement de la guérison de la belle-mère de Pierre. En nous rapportant comment, le lendemain matin bien avant l’aube, Jésus se rendit dans un endroit désert pour prier, il nous apprend quelque chose de fondamental sur la prière. Il n’avait pas besoin de l’aide ou du pardon de Dieu, comme nous qui sommes des créatures faibles

et des pécheurs, alors pourquoi priait-il ? Il avait besoin de retrouver la paix et le calme de l’intimité avec le Père, lui qui était assiégé par la foule qui l’écrasait, (Marc 5,24) Elle le pressait tellement qu’il ne pouvait plus rentrer dans les villes, il devait rester en dehors, en des endroits déserts  (Marc 5,24) D’autre part, les prêtres, les scribes et les pharisiens le harcelaient sans cesse, essayant de dresser tout le monde contre lui.. Il avait donc besoin de s’isoler de temps en temps pour retrouver la paix dans l’intimité du Père.

 Certainement que nous aussi, qui sommes souvent débordés par toutes nos activités, nous aurions besoin de nous retrouver devant le Seigneur de temps en temps, pour réfléchir calmement à notre situation, retrouver la paix et faire le point avec lui, dans une prière désintéressée. En nous montrant comment Jésus priait pour retrouver un moment d’intimité avec son Père, l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle que la prière n’est pas uniquement une démarche pour demander quelque chose à Dieu mais qu’elle est fondamentalement une démarche où on s’approche de lui pour être en communion avec lui, le retrouver, retrouver sa mentalité, son point de vue, et voir comment faire.

Et la fin de l’évangile d’aujourd’hui nous laisse entrevoir le dynamisme infatigable du Christ que nous sommes invités à imiter. Au matin, voyant que Jésus a disparu, Pierre et ses compagnons se mettent à sa recherche et l’ayant trouvé lui disent : Tout le monde te cherche. Cela se comprend : heureux de voir les nombreuses guérisons opérées par Jésus, les habitants de Capharnaüm veulent le garder chez eux. Mais Jésus répond : Allons ailleurs dans les villages voisins, afin que là aussi, je proclame l’évangile ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. Ce qui veut dire deux choses :

1°) d’abord qu’on ne peut pas garder le Christ pour soi, il faut le partager avec les autres. On n’avait pas encore compris qu’il n’était pas venu pour quelques bourgades de Palestine seulement mais, comme le dira plus tard St Paul, pour que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (2Tim.2,4) Est-ce clair pour nous aujourd’hui que nous ne pouvons pas garder le Christ pour nous tout seuls, pour qu’il nous vienne en aide dans les moments difficiles quand nous en avons besoin, mais que nous devons garder le souci de tous ceux, en particulier dans notre entourage, qui ne connaissent pas ou qui ne veulent plus connaître le Seigneur 

2°) Ensuite l’attitude de Jésus qui va toujours de l’avant et entraîne ses apôtres avec lui doit nous faire comprendre que quand on a commencé à suivre le Christ, on ne peut jamais s’arrêter, on a toujours à s’efforcer de mieux le connaître, de mieux comprendre sa parole et de mieux la mettre en pratique. C’est urgent pour chacun de nous et pour tous ceux qui attendent notre témoignage pour se mettre en route.

Que retenir de tout cela ?

Trois choses 1°) Les miracles de l’évangile ne sont pas simplement des prodiges.  Le miracle, ce n’est pas la guérison obtenue ou la tempête apaisée, mais le signe, la preuve de la présence de Dieu parmi nous à travers un prodige et un bienfait. Le miracle, c’est aussi une prédication par gestes. Multiplier les pains, c’est une manière pour Jésus de dire par gestes Je suis le Pain de Vie.

2°) En nous montrant comment Jésus prie pour retrouver l’intimité avec le Père l’évangile nous rappelle que notre prière ne doit pas être seulement une prière de demande, Nous qui sommes si souvent débordés, nous aurions bien besoin de nous retrouver devant le Seigneur pour retrouver la paix, réfléchir à notre situation, faire le point, et voir avec lui comment faire.

3°) Enfin, le Christ qui ne s’arrête jamais, mais va toujours de l’avant, nous rappelle que quand on se met à sa suite, il n’y a pas de pause prévue. Comme disait Saint Exupery : Il n’y a pas de repos, sinon dans la paix des moissons, quand Dieu engrange.