François Battez

Dimanche 27 Octobre 2024

30e dimanche T.O. B Jérémie (31,7-9)  Hébreux (5, 1-6) Marc (10,46b-52)

Voilà une histoire qui se termine bien. Au début Bartimée est aveugle, à la fin il voit clair. Au début, c’est un mendiant, un clochard, un exclu. Il n’est pas dans le match, il est sur la touche, assis sur le côté de la route. A la fin du récit il est rentré dans le match, il est intégré à l’équipe des disciples. Avec  eux, il suit Jésus sur le chemin.

Il était aveugle, mais ce n’était pas un paumé. Comme tout le monde, il avait entendu parler de Jésus et, réfléchissant en lui-même sur ce qu’on lui avait rapporté, il avait reconnu en lui le Messie. Il était aveugle, mais il voyait clair. Quand il a entendu Jésus et la foule qui l’accompagnait arriver, il l’a salué du titre traditionnellement réservé au Messie :  Fils de David, prends pitié de moi ! ça n’a pas plu. On a essayé de le faire taire. On voulait bien reconnaître en Jésus un prophète à l’enseignement remarquable et aux miracles impressionnants, mais pas au point de voir en lui le Messie. Mais l’aveugle, obstiné, n’en criait que plus fort : Fils de David, prends pitié de moi ! Jésus s’arrête alors et le fait appeler. Du coup la foule qui le rabrouait fait volte-face et l’encourage : Lève-toi, il t’appelle. Et lui, jetant son manteau, court vers Jésus.

Peu familiers avec la culture juive, la signification de ce geste risque de nous échapper. Le manteau symbolise l’état, la personnalité de celui qui le porte. Quand Élie jette son manteau sur Élisée, (1Rois19,16) son manteau était le symbole de sa condition de prophète, il jette sur Élisée la condition de prophète dont il le recouvre, il en fait son disciple. Quand l’aveugle jette son manteau, cela veut dire qu’il rejette l’état dans lequel il était jusque-là pour prendre un nouveau départ. Les gens l’ avaient d’ailleurs poussé à prendre ce nouveau départ, car le mot qu’ils emploient en lui disant lève-toi ne veut pas dire simplement : ne reste pas assis, mets-toi debout. Dans le grec de l’évangile, il signifie aussi ressusciter, repartir dans une nouvelle vie.

   Voilà que, arrivé devant Jésus celui-ci lui demande : Que veux tu que je fasse pour toi ? Pourquoi Jésus pose-t-il cette question ? Il sait très bien ce que désire ce pauvre aveugle. Mais il veut que Bartimée exprime tout haut sa demande, manifestant ainsi sa confiance, sa foi. Il sera alors clair pour tout le monde qu’un miracle c’est un geste religieux, c’est la réponse à une prière faite avec foi, et non pas une sorte de coup de force de la toute puissance divine. Jésus n’accorde pas salut, grâce ou guérison, à celui qui ne demande rien. Dieu ne vient pas au secours de celui qui reste couché, dit un proverbe malgache, que ce soit par découragement, paresse ou désespoir qu’il reste couché. Dans sa délicatesse, le Seigneur veut que nous participions à notre salut. Il ne veut pas nous sauver comme on tire de l’eau une épave inerte, mais comme on tire de l’eau un nageur en difficulté qui tend la main vers son sauveteur. Tout heureux de voir l’aveugle jeter son manteau, bondir, courir vers lui et lui demander : Rabbouni, fais que je retrouve la vue, Jésus lui dit : Va, ta foi t’a sauvé ! Aussitôt Bartimée recouvra la vue. Mais St Luc n’arrête pas là son récit,  il ajoute que Bartimée  se mit à la suite de Jésus. Il y a là comme un deuxième miracle du Seigneur. Il n’a pas seulement rendu la vue à Bartimée, il en a fait un disciple.

Comment Bartimée s’est il retrouvé disciple du Seigneur ? Reprenons son cheminement depuis le départ.  Comment se fait-il qu’il soit là, sur le passage du Christ ? Comment se fait-il qu’il l’appelle à son secours ? Il y avait sûrement d’autres aveugles dans la région. Ils ne se sont pas déplacés. Pourquoi lui, Bartimée s’est-il mis en route ? Il faut qu’il ait entendu parler de Jésus, de son enseignement et de ses miracles, mais surtout il faut qu’il ait réfléchi sur tout cela. Et peut-être que justement parce que, étant aveugle, il n’était pas distrait par tout ce qui aurait pu retenir son attention s’il avait été un voyant, il pouvait se concentrer plus facilement sur ce qu’il ressentait intérieurement, réfléchir, méditer là-dessus et finalement il en a conclu : quelqu’un qui parle comme ce Jésus, qui fait des miracles comme ce Jésus , ça doit être le Messie. Alors il est parti de là où il habitait, il s’est mis en route et il a supplié Jésus : Fais que je retrouve la vue Mais le Seigneur a fait davantage, il a donné bien plus que ce qui lui était demandé.

 En disant à Bartimée : Va, ta foi t’a sauvé il le reconnait comme sien, comme disciple, et il l’envoie témoigner : Va ! Il n’y a pas là un miracle, mais deux. Premier miracle Bartimée recouvre la vue. Deuxième miracle Bartimée se retrouve disciple. Il était venu simplement demander de recouvrer la vue, il se retrouve, en plus, disciple. St Paul parlera plus tard du Seigneur comme de celui   dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)

Dans l’histoire de Bartimée, il y a pour nous un enseignement précieux : Dans son malheur d’être aveugle, il avait la chance de ne pas pouvoir être distrait par tout ce qu’il avait sous les yeux, et il avait tout le temps de réfléchir sur ce qu’il ressentait intérieurement. Et c’est à partir de cela qu’il s’est mis en route pour aller se poster sur le chemin du Seigneur. Nous autres, nous sommes bien souvent tiraillés de tous côtés, l’esprit encombré d’une foule de préoccupations, sautant d’une tâche à une autre. Nous pourrions peut-être faire comme Bartimée, prendre le temps de réfléchir sur tout ce que nous avons ressenti intérieurement et relever ce qui nous a touchés et rapprochés de Dieu pendant la journée : la beauté de la nature en automne, quelque chose que nous avons surpris en regardant la télé, ou dans une conversation, en voyant le dévouement et la générosité de quelqu’un, en écoutant une homélie ou une lecture de l’Écriture à la messe. On nous a appris à faire notre examen de conscience pour voir le mal que nous avons fait et nous en repentir, c’est très bien. Mais pourquoi examiner sa journée pour n’y rechercher et n’y voir que le mal ? C’est absurde. Il faut être tordu pour faire ça. Pourquoi ne pas regarder aussi tout ce qui s’est passé de bien et qui est la trace de Dieu dans nos journées ? Parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Alors assez de temps perdu. Mettons nous sérieusement à recenser tout ce que nous avons vu, senti, éprouvé, dit ou fait de bien dans nos journées. Même s’il s’agit de choses banales et ordinaires. Dieu est là. Si on nous disait que le Christ vient d’apparaître sur la Place de la Concorde, entouré d’une escorte d’anges en grand uniforme, avec chacun une paire d’ailes dorées dans le dos, ce serait la ruée, mais comme il est là en permanence dans le dévouement discret mais soutenu à toute heure du jour et de la nuit du personnel soignant des hôpitaux et des Ephad, dans le quotidien pas spectaculaire du tout de tant d’ obscurs prêtres de paroisse au service de tous, dans les efforts  soutenus dans les familles pour que chacun  de leurs membres puisse être heureux, personne ne s’en aperçoit. Nous sommes tous des disciples d’Emmaüs, cheminant tristement, accablés par l’absence de Dieu sans voir qu’il et là marchant  à nos côtés. Chaque fois qu’il y a quelque part dans le monde quelque chose de bien, Dieu est là. Chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Est-ce que nous savons le voir ? Au lieu de méditer et de contempler Bartimée nous ferions mieux de faire comme lui et de supplier le Seigneur Fais que je recouvre la vue !

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, il y a le miracle où Jésus guérit Bartimée de sa cécité et puis il y a le miracle spirituel où le Seigneur transforme le mendiant, le clochard, l’exclu, en disciple. Mais pourquoi tout cela s’est-il passé ? parce que Bartimée, touché par ce qu’il avait entendu dire de Jésus,  touché par ce qu’il avait ressenti au fond de son cœur a reconnu : ça, c’est le Seigneur, c’est lui qui est là.

                        Aujourd’hui encore, le Seigneur passe au milieu de nous. Saurons-nous le reconnaître ? Pensons à reconnaître chaque jour tout ce qui est beau, tout ce qui a été bon, tout ce qui a été bien et qui est la trace de Dieu dans nos journées. Il est là, prêt à nous guérir de nos aveuglements, à l’affût, guettant u signe, un appel de notre part, pour y répondre. Ne laissons pas passer notre chance.

Dimanche 20 Octobre 2024


Isaïe (53,10-11) Heb.(4,14-16) Marc (10,40-45)
Lorsque Jacques et Jean demandent à Jésus de siéger à ses côtés dans sa gloire, ils ne se rendent pas compte que cette gloire telle qu’ils se l’imaginent n’a rien à voir avec ce qu’elle est en réalité. Pour eux, la gloire, c’est le prestige, l’honneur, la renommée, tandis que la gloire pour Jésus, c’est le resplendissement de son amour dans toutes les circonstances quelles qu’elles soient, même et surtout dans les circonstances éprouvantes. La gloire de Jésus, c’est le resplendissement de son amour dans le dénuement de Bethléem, dans la pauvreté de Nazareth dans l’hostilité et l’incroyance des coeurs fermés auxquels il se heurte tous les jours et par-dessus tout, la gloire de Jésus, c’est cette gloire qui resplendit quand il passe à travers les terribles souffrances de la Passion et de la mort sur la croix avant de ressusciter au matin de Pâques, sans que jamais ne fléchisse son amour pour nous. Car c’est surtout dans sa passion et sa mort sur la croix que la gloire du Christ se manifeste.
Mais nous avons du mal à l’admettre. Obsédés par le fait que ce sont nos péchés qui ont causé la passion du Christ et sa mort sur la croix, la plupart du temps nous considérons la Passion et la mort du Christ en croix comme un crime épouvantable dont nous portons la responsabilité et nous avons du mal à voir que vues du côté du Christ, sa Passion et sa mort sur la croix sont la plus haute manifestation de sa gloire puisque c’est là que se manifeste de la manière la plus éclatante son amour sans limites. Lui-même a essayé de le faire comprendre à ses apôtres lorsqu’au soir du Jeudi Saint évoquant sa passion et sa mort imminentes, il leur a confié : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23) Nous disons souvent que ses ennemis se sont emparés de lui, ce qui est faux, puisque c’est lui qui s’est livré. Il est monté à Jérusalem sachant bien ce qui l’attendait et à trois reprises, il l’avait annoncé à ses disciples, tout en leur précisant bien : Ma vie nul ne me l’enlève, mais je m’en dessaisis de moi-même. (Jean 10,18) Lorsqu’ils demandent à Jésus les premières places dans sa gloire, Jacques et Jean ne se rendent pas compte qu’ils demandent aussi le premières places à ses côtés dans sa Passion. C’est bien pourquoi Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Dans la deuxième partie de l’évangile, le Christ explique à ses apôtres en quoi consiste la grandeur dans le Royaume. Comme toujours son enseignement est déconcertant. D’habitude, la grandeur on la trouve chez ceux qui dominent en maîtres et font sentir leur pouvoir Dans le Royaume, dit le Christ, la grandeur, on la trouve chez ceux qui se mettent au service des autres, celui qui veut être le premier doit se faire l’esclave des autres. Comment servir les autres, se faire leur esclave peut-il faire de nous les premiers et nous conférer quelque grandeur ?
Si, poussé par la misère, je suis obligé de me mettre au service de quelqu’un, il n’y a rien là de glorieux, je me retrouve à un niveau inférieur dans la société. Mais si c’est par amour que je me mets au service de quelqu’un, c’est autre chose. Une maman par exemple qui toute la journée se consacre à ses enfants, tout le monde la respecte et l’estime. Pourquoi ? Parce que tous ces travaux toutes ces corvées qui l’accaparent toute la journée, elle ne les fait pas parce qu’elle est forcée de le faire par quelqu’un qui la contraint, elle ne les fait pas pour un salaire, elle les fait parce qu’elle aime ses enfants. Tous ces travaux, toutes ces corvées, ce ne sont plus des travaux, ce ne sont plus des corvées, c’est de l’amour en actes, c’est de l’amour qui se déploie. Quand le service des autres, est l’expression de l’amour qu’on a pour eux, ce qu’il pourrait contenir de servitude disparaît, on n’y voit plus que de l’amour. La vie du Christ en est la plus éclatante illustration.
Et pour que nous comprenions bien, Jésus ajoute : moi, je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. Le Jeudi Saint au soir, il en fera la démonstration en lavant les pieds de ses disciples et en leur laissant une consigne on ne peut plus claire : Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné ; ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi. (Jean 13,14,15) Or ce geste de laver les pieds des hôtes était courant dans l’Orient pour honorer un hôte qui était arrivé par de chemins poussiéreux ou boueux. Mais il était considéré comme un geste humiliant qu’on ne pouvait même pas demander à un esclave juif. C’est pourquoi en voyant Jésus leur laver les pieds les apôtres ont été extrêmement choqués.
Si vous voulez, pour essayer de transposer de nos jours et dans notre culture, je dirais imaginez que l’archevêque que vous avez invité à dîner se lève de table et s’en aille nettoyer les cabinets. Impensable, inadmissible. Les apôtres ont eu du mal à accepter ce geste et cet enseignement du Christ. Nous aussi, aujourd’hui. Le Seigneur est formel : Si quelqu’un veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce. (Marc 8,14) ; Si je veux être disciple du Christ, il faut que je m’efface, que je me taise, que je le laisse parler, que j’accueille sa parole, qu’elle me plaise ou non, qu’elle aille dans mon sens ou qu’elle me dérange. Quelquefois on croit accueillir le Christ alors qu’on accueille seulement un Christ tamisé, filtré ; On n’a laissé entrer en nous que ce qui s’accorde avec nos manières et ne tranche pas trop avec nos usages. L’évangile d’aujourd’hui est inquiétant. Il nous accule à vérifier. Est-ce que c’est bien le Christ tout entier que je reçois ? Ou est-ce que je le censure, n’accueillant qu’un Christ tamisé, filtré, rétréci à la taille de mon étroitesse d’esprit ? retaillé à nos dimensions.


Que retenir de tout cela ?
Que Jacques et Jean aient le désir de siéger aux premières places dans le Royaume, après tout, il n’y a rien de mal, ils veulent être le plus près possible du Seigneur, rien là que de très louable. D’ailleurs dans n’importe quel domaine, que ce soit dans les études, le sport ou les affaires il n’y a rien de mal à vouloir être le premier, à condition que ce ne soit pas en trichant, en fraudant ou en causant du tort injustement au prochain.
Vouloir être parmi les premiers dans le Royaume des cieux, c’est très bien, mais le chemin à suivre pour y parvenir est ardu et ne mène pas à la célébrité des vedettes du sport, aux richesses des grands hommes d’affaires, ou au prestige et à la puissance des grands hommes politiques. Vouloir être parmi le premiers dans le Royaume, c’est viser à suivre le Christ, au plus près, sur la voie de l’amour et du service. Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous, ou aussi nous devons donner notre vie pour nos frères écrit St Jean (1 Jean, 310) Est-ce que, enfermé dans mon univers mesquin, je n’accueille qu’un Christ tamisé, censuré, compatible avec mes étroitesses ? Suis-je capable de me renoncer, de m’effacer, de laisser parler le Christ, d’écouter sa parole sans chercher à la filtrer et à ne retenir que ce qui ne me gêne pas trop ?

Dimanche 13  Octobre  2024

(Sag,7,7-11)—(Heb.4,12-13)—(Marc 10,17-30)

Aujourd’hui dans l’évangile, le Christ nous parle du danger des richesses. Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu, dit-il.…Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Ses propos sont durs. Pourquoi est-ce si difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ? Qu’est-ce qui est si mauvais dans les richesses ?

Cet homme riche qui se jette aux pieds de Jésus, c’est certainement quelqu’un de fervent. Depuis sa jeunesse, il a observé les commandements. Il a entendu parler de Jésus et il a été tellement touché par son enseignement qu’il vient se jeter à ses pieds pour lui demander conseil : Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? Cependant, lorsque Jésus lui propose de vendre ses biens, de les donner aux pauvres et de le suivre, trop attaché à ses richesses, il cale. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens nous dit l’évangile. Comment se fait-il que la richesse arrive à détourner du Christ cet homme plein d’ardeur dont l’enthousiasme avait ému le Seigneur qui posa son regard sur lui et l’aima ? Qu’y a-t-il donc de si pernicieux dans la richesse ?

La richesse, ce n’est pourtant pas quelque chose de mal. C’est un don de Dieu, un signe de la générosité divine, de plus, elle consacre la réussite de l’effort. Dieu enrichit ceux qu’il aime. La Bible  nous rapporte qu’Abraham était très riche (Gen.13,2) et qu’Isaac et Jacob étaient eux extrêmement riches (Gen.26,13…30,43). La richesse est un bien que tout le monde recherche. Personne ne veut être pauvre, personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvres. Pourtant, l’évangile d’aujourd’hui nous le montre, la richesse peut être un mal qui détourne de Dieu.

Comment la richesse qui au départ est un don de Dieu, devient-elle un mal qui nous détourne de lui ? En permettant à celui qui en possède de se procurer tout ce qu’il veut et de satisfaire tous ses désirs, la richesse peut donner au riche un sentiment de toute puissance absolue et d’indépendance totale, comme si  elle  le créait à nouveau, faisant de lui quelqu’un de tout puissant. Le riche se retrouve alors dans une attitude diamétralement opposée à celle du croyant qui, devant Dieu se reconnaît faible limité et essentiellement dépendant. La richesse, au lieu de renforcer son attachement à Dieu puisqu’elle est un don venant de lui, peut l’amener à le renier comme le disait le Deutéronome : Quand tu auras mangé et te seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et y habiteras, quand tu auras vu se multiplier ton gros et ton petit bétail, abonder ton argent et ton or, s’accroître tous tes biens, n’oublie pas alors Yahvé ton Dieu. Garde toi de dire en ton coeur : c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’a donné ce pouvoir. Souviens-toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné ce pouvoir. (Deut.8,12). Pour le croyant c’est Dieu qui le crée, qui le fait être ce qu’il est. Pour le riche, c’est la richesse qui le fait être ce qu’il est Autrement dit la richesse a pris la place de Dieu dans le cœur du riche. Pour lui son dieu, c’est la richesse.

De plus, la plupart du temps le riche, n’est jamais satisfait, il en veut toujours plus, il n’a plus qu’un but dans l’existence : amasser toujours plus de richesses par tous les moyens. Et c’est là que la richesse qui nous a déjà  coupé de Dieu va nous couper maintenant de l’autre qui n’ est plus quelqu’un à aimer, mais un rival à dépasser, un concurrent à écraser.  La passion des richesses balaye tout scrupule tout souci de justice et toute sollicitude pour les autres. L’histoire nous le montre au long des siècles : la recherche effrénée de l’argent et du profit, l’amour des richesses sont à l’origine de toutes les luttes, de tous les conflits sociaux de toutes les crises économiques   et de toutes les guerres. On en arrive à des sociétés comme la nôtre où le progrès ne vise pas à ce que les hommes vivent mieux, mais à ce que le profit et la rentabilité financière soient toujours meilleurs, même si les rythmes de travail inhumains compromettent la santé des travailleurs déclenchant des « burn out » à tous les niveaux, depuis le grand patron jusqu’au dernier des manoeuvres sans spécialité. St Paul l’avait vu bien avant nous qui disait, péremptoire : La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. (1Tim.6,10)

Mais l’amour de l’argent ne touche pas seulement les riches, il peut atteindre aussi les pauvres, qui, ressentant durement le manque, sont quelquefois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir par tous les moyens. Madeleine Delbrel, l’apôtre des déshérités d’Ivry disait : Il y a pire que les riches, c’est les pauvres. Si tout le monde, aussi bien les riches que les pauvres peut être contaminé par l’amour de l’argent qui ruine toute vie religieuse, sociale, familiale ou personnelle, alors, qui peut être sauvé ? Pour les hommes, c’est impossible, nous dit le Christ, mais pas pour Dieu. Comment cela ? Par son Esprit qui nous éclaire, le Seigneur nous fait prendre conscience de notre misère : nous n’arrivons pas à faire le bien que nous aimons et nous faisons le mal que nous n’aimons pas (Rom 7,17,24). A partir de là, nous allons nous tourner vers lui, lui demander son aide. Lui, dont l’amour jamais ne varie, va nous sauver. C’est plus fort que lui, il ne peut pas faire autrement, il ne  peut pas se détourner d’un pauvre qui appelle au secours. Il ne cesse de le répéter au long de siècles : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Isaïe 66,1,2)

Que retenir de tout cela ?

La richesse est un don de Dieu qui enrichit ceux qu’il aime et la récompense de l’effort. Mais elle devient un cancer mortel lorsque le désir des richesses tourne à l’addiction et prend toute la place dans notre cœur. Les riches sont plus exposés que les pauvres à attraper ce cancer. Enivrés par l’amour de l’argent et le désir d’en avoir toujours plus, emportés par un orgueil illusoire, ils croient n’avoir plus besoin de rien ni de personne  et surtout pas de Dieu. C’est pourquoi, oui, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux.

Mais les pauvres ne sont pas à l’abri du danger des richesses. Car, ressentant durement le manque, ils sont parfois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir à tout prix. Pour eux aussi, la richesse peut devenir une addiction mortelle.

On pourrait dire que la richesse est un bien qui peut avoir des effets secondaires mortels lorsque devenue une véritable addiction elle nous détourne de Dieu et ruine toute vie sociale, familiale et même personnelle, tandis que la pauvreté est un mal qui peut avoir des effets secondaires positifs dans la mesure  où nous faisant prendre conscience de tout ce qui nous manque, elle  nous aide à nous faire sentir que nous avons besoin de l’aide de Dieu et nous amène à  nous tourner vers Lui.

C’est pourquoi le mieux est encore d’en revenir à la prière d’Agur dans le livre de la Sagesse : ne me donne ni pauvreté ni richesse. Laisse moi goûter ma part de pain, de peur qu’étant comblé je ne me détourne et ne dise : Qui est Yahvé ? ou encore qu’étant indigent je ne dérobe et ne profane le nom du Seigneur. (Prov.30,9)

Dimanche 6 octobre 2024

Genèse (2,18-24)  Hébreux (2,9-11)  Marc (10,12-16)

Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Difficile d’accepter cette parole. De nos jours, lorsqu’un homme et une femme se marient, ils considèrent que c’est leur choix, leur décision. Ils acceptent de bonne grâce les félicitations et les vœux de bonheur de leurs parents et amis mais n’aiment pas beaucoup qu’on interfère dans leur décision Leur mariage, c’est leur affaire à eux, leur volonté à eux. S’ils sont chrétiens ils acceptent volontiers que le Seigneur bénisse leur union, parfois même ils vont  jusqu’à reconnaître que c’est Dieu qui a mis leur fiancé(e) sur leur chemin, Mais est-ce qu’ils croient vraiment que c’est Dieu qui les a unis ? J’en doute fort.

Et pourtant…On pense généralement que c’est l’amour qui est à la base de l’union des conjoints dans le mariage. Or il n’y a qu’une seule source d’amour dans le monde, c’est Dieu. Donc c’est bien Dieu qui unit les conjoints, puisque l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre ne peut venir que de lui. Mais encore faut-il que les mariés s’aiment d’amour.

Car on peut aimer quelqu’un sans l’aimer d’amour. Il y a de tas de gens qu’on aime bien sans les aimer d’amour. On goûte, on apprécie  les qualités, les talents, ses capacités d’une personne, il est sympathique, on l’aime bien, sans plus. Je peux aimer le général de Gaulle, pour  sa personnalité  et son génie politique ou Kylian Mbappé pour son adresse au football,  il n’y a pas d’amour là-dedans !  

Et surtout, en toute bonne foi, on peut prendre pour de l’amour les sentiments sincères, l’attachement profond qu’on  a pour quelqu’un. C’est ainsi que dans beaucoup de films, de romans ou de chansons, l’amoureux c’est une personne qui a très envie de l’autre à qui elle déclare avec une entière sincérité: « je ne peux pas vivre sans toi » ou « j’ai besoin de toi ». Mais où est l’amour de l’autre là-dedans ? Quand je dis « j’ai besoin de toi, je ne peux pas vivre sans toi », ce n’est pas toi que j’aime c’est moi profitant de tes qualités. Des couples se forment ainsi, croyant s’aimer, en toute bonne foi, alors qu’il n’y a pas amour entre eux. Chacun prend plaisir à être en compagnie de l’autre, il apprécie son caractère, son physique, il prend plaisir à parler ou à travailler avec lui donc il pense :  je l’aime.  Oui, mais il ne l’aime pas d’amour ; d’ailleurs, ce n’est pas l’autre qu’il aime, mais lui jouissant des qualités, des talents, de la personnalité de l’autre. Souvent, au bout d’un certain temps, l’un des deux ou chacun des deux se rend compte que l’autre le consomme, le consume, le détruit et le couple se sépare. Il arrive aussi, grâce à Dieu,  que le couple évolue et que les sentiments que chacun éprouve pour l’autre se transforment en véritable amour où chacun construit l’autre.

Qu’est-ce qu’il faut pour qu’il y ait amour ?  Il faut que les sentiments, l’attachement, le désir que je peux avoir pour quelqu’un en arrivent à un point où je mets l’autre au-dessus de moi, je le fais passer avant moi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire. Regardez un bébé dans son berceau : il attrape tout ce qui passe à portée de ses mains, même son pied et le porte à sa bouche. Par nous-mêmes, étant donnée notre psychologie, par nature, nous sommes centrés sur nous-mêmes, incapables de mettre quelqu’un au-dessus de nous, de le faire passer avant nous, de l’aimer d’amour. Autrement dit, l’amour n’est pas un sentiment humain. Pourtant nous arrivons à aimer d’amour. Autour de nous des couples s’aiment d’amour, des parents et des enfants s’aiment d’amour. Comment est-ce possible ? Il faut que l’amour que nous avons dans le cœur vienne d’ailleurs, d’au-dessus de nous. C’est Dieu, qui nous a créés à son image, qui  nous rend capables


d’aimer. Quand dans un couple, un homme et une femme s’aiment, c’est que Dieu a donné à cet homme-ci un amour spécial pour cette femme-ci et à cette femme-là un amour spécial pour cet homme-là.1°) Le Christ peut donc dire à propos du mariage : ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Il n’y a là rien de choquant. Et cela n’empêche pas chacun des époux de s’engager par une décision libre et personnelle.

2°) D’autre part il est juste de parler du mariage comme d’un engagement vocationnel comme le fait le pape François dans son exhortation apostolique La joie de l’amour. Le mariage est bien une vocation puisque le Seigneur en donnant à chacun des époux de s’aimer  les appelle à cet engagement.  

3°) Et enfin, puisque Dieu est à la base du mariage dans lequel s’engagent les époux, ils peuvent s’engager pour la vie, c’est du solide, cela ne repose pas sur des sentiments humains incertains et fluctuants, Dieu est derrière. Cela ne veut pas dire que tout sera facile. Car même si des époux ont dans le coeur un amour authentique venant de Dieu, chacun aura tous les jours à lutter pour se maintenir à ce niveau-là et  persister à mettre l’autre avant lui chaque jour.

Maintenant supposons un couple tout à fait de bonne foi, qui se marie à l’église mais qui n’y voit pas très clair, il ne croit pas vraiment que l’amour qui les unit vient de Dieu et que leur mariage est un engagement vocationnel, Y a-t-il sacrement ? Non. Pour qu’il y ait sacrement, il ne suffit pas que les paroles sacramentelles soient prononcées : « Consentez-vous… ? J’y consens, » il faut qu’elles soient prononcées dans la foi et avec l’intention de faire ce que veut l’Eglise. Quand je célèbre la messe, lorsque, ayant l’hostie en mains , je prononce les paroles de la consécration, le pain devient corps du Christ. Mais si, ayant en mains mon trousseau de clefs, je prononce les paroles de la consécration, mon trousseau de clefs ne devient pas le corps du Christ. Et si ce couple qui s’est marié à l’église sans trop comprendre de quoi il s’agit, se sépare,  y a-t-il divorce religieux ? Non, leur mariage était  invalide. D’où la prise de position du pape François d’autoriser, après enquête, un certain nombre de divorcés à recevoir la communion. Il ne change rien à l’indissolubilité du mariage, mais il se trouve que certains mariages, quoique célébrés à l’église sont nuls, il n’y a pas eu sacrement. Le 16 Juin 2016, lors de l’ouverture du congrès ecclésial du diocèse de Rome, le pape François interrogé par des laïcs est allé jusqu’à dire : La grande majorité des mariages célébrés dans l’Eglise catholique sont nuls.(La Croix du lundi 15 Octobre 2018). Raison de plus pour nous de ne pas jamais juger et encore moins condamner des divorcés. Nous ne connaissons pas leur histoire. Et surtout il faut savoir que ceux qui se marient sans comprendre qu’il s’agit d’un engagement sacramentel, ne sont pas mariés selon ce que l’Eglise voit dans le sacrement de mariage.

Que retenir de tout cela ?

Il ne convient  pas  d’appeler amour n’importe quel attachement qu’on peut avoir pour quelqu’un. On peut aimer quelqu’un sans l’aimer d’amour. Quand est-ce qu’on aime d’amour ? Lorsque les sentiments qu’on a pour quelqu’un sont tels qu’on met ce quelqu’un au-dessus de soi, on le fait passer avant soi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire. Par nature nous sommes centrés sur nous-mêmes. C’est pourquoi l’amour qui nous fait mettre un autre avant et au-dessus de nous-mêmes n’est pas un sentiment humain. C’est quelque chose que Dieu, seule source d’amour, nous donne. En nous créant à son image et en nous unissant à lui en Jésus Christ et par notre baptême, Dieu nous fait participer à son Etre d’Amour et nous rend capables d’aimer d’amour. C’est pourquoi le Christ peut dire tout-à-fait légitimement à propos du mariage : Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Cela n’altère en rien le consentement libre et personnel de chacun des conjoints, mais nous invite à admirer la délicatesse de l’intervention de Dieu au plus


intime de nous. « Dieu plus intime encore que le plus intime de moi, meilleur encore que le meilleur de moi » disait, je crois, St Augustin. (Deus intimior intimo meo, superior summo meo)


Dimanche 29 Septembre 2024, Fromelles

26e dimanche T.O. B : Nombres (11,25-29) Jacques (5,1-6) Marc (9,38-43.45.47-49)

Je commenterai seulement la première partie de cet évangile où le Christ nous dit : Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

Devant l’initiative d’un étranger au groupe des apôtres qui expulsait des démons, les douze ont réagi en l’en empêchant. D’après eux, pour expulser des démons, il faut faire partie de ceux qui suivent le Maître. Jésus n’est pas d’accord avec cette intransigeance et cet esprit de clocher. Il explique à ses apôtres que celui qui fait un miracle en son nom ne peut être exclu. La puissance de Dieu est nécessairement en lui. Celui qui n’est pas contre nous est avec nous. Ceci est encore vrai aujourd’hui. La grâce de Dieu travaille partout dans le monde et pas seulement à l’intérieur de l’Église officielle, auprès des croyants pratiquants. L’Esprit Saint ne demande pas qu’on lui présente ses jetons de présence à la messe du dimanche pour éclairer les hommes et leur donner d’agir selon la vérité et la justice. Chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là agissant. Celui qui fait le bien est de Dieu, car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu. Réjouissons-nous donc de ce que partout où quelque chose de bien est fait, Dieu soit là, agissant, même si celui qui fait le bien n’est pas un croyant fervent ni un fervent pratiquant.

Mais alors qui est du Christ et qui n’en est pas ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ce n’est pas clair. Qui est du Christ ? Les baptisés, croyants, pratiquants, on peut les considérer comme des disciples du Christ même s’ils ne sont jamais parfaits, et demeurent des pécheurs. 

Mais il y a les baptisés, croyants qui pratiquent peu ou pas leur religion, plus ou moins Judas. Est-ce qu’ils sont encore du Christ ? Dieu seul le sait. Et nous, nous ne pouvons pas en juger.

Et puis il y a des non baptisés qui parfois sont des croyants. Croyants en qui, en quoi ? Eux-mêmes ne le savent pas toujours. Sont-ils des nôtres ? Dieu seul le sait. Et là encore nous ne pouvons pas en juger.

Et puis enfin il y a des incroyants Pour ceux-là, on est tenté de dire, c’est clair, ils ne sont pas du Christ. Oui mais ces gens là sont bien souvent des braves gens, qui font le bien autour d’eux. Mais alors s’ils font le bien, Dieu est avec eux, puisqu’il n’y a qu’une source de bien, c’est Dieu. Alors, qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? La frontière entre les deux n’est pas nette.

Qui est d’Église ? et qui n’est pas d’Église ? Qu’est-ce que ça veut dire Église ? Cela désigne ceux qui sont appelés par convocation, du grec ek-kaleô. Qui fait partie de l’Église ? Il est sûr que ceux qui ont répondu à l’appel, sont baptisés et pratiquants en font partie, mais ça ne veut pas dire que les autres n’en font pas partie, cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas appelés, eux   aussi.   Est-ce qu’on peut imaginer que Dieu, notre Père laisserait de côté une partie de ses enfants ?

Trois choses sont sûres.

La première c’est que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, comme l’écrit St Paul à Timothée (1Tim.2,4) Tous les hommes sont appelés à être sauvés.

-La deuxième, c’est que ceux qui ont répondu à l’appel, sont croyants, baptisés et pratiquants, on peut penser qu’ils sont du Christ et de l’Église,

-La troisième c’est que ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, même s’ils ne sont pas baptisés ni pratiquants, le Christ les revendique comme siens lorsqu’il dit Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

De cette parole découlent deux conséquences : d’abord nous ne pouvons pas juger, jamais nous ne pouvons exclure quelqu’un et dire qu’il n’est pas du Christ. Ensuite, la parole du Christ nous montre que ce à quoi on reconnaît un Chrétien, c’est à sa manière de vivre en faisant le bien Un chrétien c’est quelqu’un qui fait le bien, qui agit comme ferait le Christ. Déjà le prophète Osée l’enseignait : On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu. (Osée 6,8)

Nous ne sommes pas quittes une fois que nous avons fait des prières et assisté à la messe le dimanche. Par nos prières et notre assistance à la messe nous nous rapprochons du Seigneur afin de puiser auprès de lui la force d’agir ensuite comme lui. Une prière qui ne débouche pas sur une action est une prière avortée. En venant à la messe ce matin qu’est-ce que nous faisons ? Nous nous approchons du Seigneur, pour lui offrir, en même temps que le sacrifice du Christ,  nos travaux de la semaine passée, la peine que vous les chefs de famille vous vous êtes donné pour que vos femmes et vos enfants aient tout ce qu’il faut ; le soin que vous avez pris, vous les mères de famille, pour que tout le monde soit heureux dans une maison confortable où personne ne manque de rien ; les efforts que vous  les enfants et les jeunes vous avez faits pour développer dans l’étude les talents que le Seigneur vous a donnés. En le remerciant de nous en avoir rendu capables, nous offrons au Seigneur tout ce bien que nous sommes parvenus à faire avec son aide et nous nous offrons pour qu’il nous transforme, nous rende toujours plus pareils à lui et nous rende capables de faire mieux la semaine qui vient. C’est ce que dit le prêtre dans la prière qui précède l’élévation : nous te supplions Père de consacrer ces offrandes que nous apportons : sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent, le corps et le sang  de Jésus Christ Notre Seigneur qui nous a dit de célébrer ce mystère, c’est-à-dire pour que nous devenions comme Jésus Christ., capables d’agir comme lui.

Que retenir de tout cela ?

Qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ceux qui font le bien et agissent comme le Christ agirait. Normalement ceux qui sont croyants, baptisés et pratiquants sont du Christ et de l’Église. De plus, ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, le Christ, en disant : Celui qui n’est pas contre nous est avec nous les reconnait comme siens, même si ce sont des migrants, musulmans, pas baptisés ni croyants ni pratiquants.

D’autre part cet évangile nous enseigne deux choses.

– La première c’est qu’un chrétien c’est quelqu’un qui agit comme le Christ agirait. On ne peut pas définir les chrétiens comme on le fait trop souvent comme ceux qui vont à la messe. Le sacrifice de la messe c’est ce qui transforme des chrétiens déjà uns avec le Christ depuis leur baptême pour les rendre toujours davantage semblables au Christ, en vue d’être capables de faire le bien et d’agir comme lui. N’oublions jamais la parole du Seigneur : Il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume, il faut faire la volonté de mon Père. (Mt.7,21)

-Deuxième enseignement de cet évangile : si c’est à leur manière de vivre, au bien qu’ils font, qu’on reconnait les chrétiens, il est extrêmement important pour nous de relever au long de nos journées tout ce que nous faisons et tout ce que les autres font de bien, parce qu’à chaque fois Dieu est là présent, qui nous inspire. Ne soyons pas de ceux qui ont des yeux pour voir mais ne voient pas, comme le déplorait Ézéchiel (Ez 12,2). Ne soyons pas de ces nouveaux disciples d’Emmaüs qui vont tout tristes sur le chemin, persuadés qu’il n’y a plus d’espoir : le Christ est mort ! le nombre de pratiquants ne cesse de diminuer ! il y a de moins en moins de prêtres ! on ferme les églises !  Pendant que nous égrenons notre litanie de lamentations, il est là marchant à nos côtés. Mais qu’est-ce que nous attendons pour nous en apercevoir ?

Dimanche  22 Septembre   2024

25e dimanche T.O. année B : Sagesse (12,17-20) Jacques (3,16-4,3) Marc (9,30-37)

Jésus quitte la Galilée avec ses apôtres pour rejoindre Jérusalem où, il le sait, il va être livré aux mains des hommes. Pour la deuxième fois, il leur annonce sa passion, sa mort et sa résurrection. Mais ils ne comprennent pas ce qu’il veut dire. Gênés, ils n’osent pas demander d’explications. Ce n’est pas la première fois qu’il leur dit des choses qu’ils ne comprennent pas. Habituellement, cela s’éclaire par la suite. Ils laissent donc tomber le sujet et continuent à marcher en parlant d’autre chose. Arrivés à Capharnaüm, Jésus leur demande de quoi ils parlaient en chemin. Un peu honteux ils avouent qu’ils discutaient entre eux pour savoir quel était le plus grand. Une fois de plus les propos de Jésus vont les déconcerter. Il leur explique que dans le Royaume, les plus grands ce sont les enfants.

Or à l’époque, en Palestine, les enfants ne sont guère considérés. On les regarde comme des êtres faibles, incapables de raisonner. Il n’ont pas la parole et doivent obéir en tout. St Paul va même jusqu’à dire : Tant que l’héritier est un enfant, il ne diffère en rien d’un esclave. (Gal.4,1) Jésus lui, explique à qui veut l’entendre : Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. (Mt.18,3) Les apôtres sont surpris. Et nous aussi. Dans notre société, on aime les enfants, on est plein d’attentions pour eux. Mais personne ne veut être regardé comme un enfant. Les parents ne souhaitent pas que leurs petits demeurent en enfance, ils les stimulent constamment : Ne fais pas l’enfant ! Lorsqu’une personne âgée, ayant perdu ses forces et sa raison, retombe en enfance, on la plaint. L’enfance, c’est très bien, mais tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut en sortir. Alors pourquoi le Seigneur nous présente-t-il les enfants comme des modèles ? Qu’y a-t-il chez eux de si admirable ?  

Deux choses : D’abord ils voient clair sur leur situation, ils savent qu’ils ne sont pas autonomes, ils dépendent de leurs parents qui les aiment. Ensuite, et c’est très surprenant, ils ne sont pas humiliés de se sentir dépendants de leurs parents. Ils sont au contraire heureux, ils se sentent en sécurité auprès de leur papa et de leur maman. C’est un  petit garçon de cinq ans qui m’a fait comprendre cela. Je traversais la cour d’un collège ou j’enseignais , lorsque, arrivant près de ce petit garçon, il m’a dit Mon papa il est grand ! cela voulait dire : je suis de mon papa, je suis quelqu’un puisque mon papa il est grand. Loin de l’écraser ou de l’humilier, sa dépendance vis-à-vis de son papa constituait sa fierté, sa sécurité, son bonheur. Il ne m’a pas dit : c’est embêtant, je suis petit, je ne sis pas conduire une voiture, je ne me rase pas, je ne sais pas nouer les lacets de mes chaussures tout seul. Il m’a dit : mon papa il est grand, sous entendu : moi je suis peut-être petit mais mon papa il est grand, je suis de mon papa, je participe de sa grandeur. D’où sa fierté, sa sécurité , et aussi son bonheur. Je ne peux rien par moi-même tout seul, mais qu’est-ce que ça peut faire puisque mon papa, il est là et il est grand, mon papa !  

Les plus grands dans le Royaume des cieux sont ceux qui reconnaissent qu’ils dépendent de Dieu et qui, loin de se sentir humiliés par cette dépendance, tirent de ce sentiment fierté, sécurité et bonheur parce qu’ils se sentent aimés de leur Dieu. Le Seigneur voudrait nous voir rejoindre cette attitude. Le Seigneur voudrait nous entendre dire : Mon Père du ciel, il est grand ! , c’est lui qui me donne tout ce que j’ai, à commencer par la vie, c’est lui qui m’a créé, c’est lui qui m’a donné tout ce que j’ai comme qualités et comme talents. Je me sens en sécurité avec ce Dieu qui s’occupe de moi et qui m’aime. Je ne suis pas humilié de dépendre de lui, au contraire, je suis fier et heureux


d’avancer dans la vie avec lui. Je ne peux pas faire grand-chose moi-même, tout seul. Je n’arrive même pas à faire le bien que j’aime et je fais le mal que je n’aime pas. (Rom.7,21) Mais qu’est-ce que ça peut faire puisque mon Père du ciel, il est là avec moi, en moi. ! Alors comme St Paul je me dis : Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. (2Cor.12,9)Je peux tout en celui qui me rend fort. (Phil.4,13) Le Seigneur voudrait que nous ayons cette lucidité, ce réalisme et cet optimisme des enfants!  

Malheureusement ce n’est pas ce qui est dans l’air du temps. Aujourd’hui on tend à nier l’idée d’un Dieu créateur qui nous a créé parce que, dans son amour, il veut partager avec nous sa vie et son bonheur. Aujourd’hui on tend à voir Dieu comme quelqu’un qui nous empêche d’exister. On se veut totalement indépendant et libéré de toute ingérence extérieure. Un grand philosophe écrivait en 1950 : « Je suis la source absolue….car c’est moi qui fais être pour moi cette tradition que je choisis de reprendre ou cet horizon dont la distance à moi s’effondrerait si je n’étais là pour la parcourir du regard » On se veut totalement indépendant et libéré de toute contrainte La spontanéité des désirs de chacun, la fantaisie individuelle sont devenues la seule règle de vie et le fondement de la liberté : J’ai envie de faire ceci donc, j’ai le droit de le faire. Personne ni rien n’a quelque  autorité que ce soit pour m’empêcher de faire ce que j’ai envie de faire. D’où                          les écoliers qui insultent ou frappent leurs professeurs, les passants qui caillassent les pompiers venus éteindre un incendie, les hommes ou les femmes qui changent de sexe. Peut-être qu’un jour ils auront envie de devenir chiens ou éléphants et on ne voit pas au nom de quoi on pourrait le leur interdire. Au nom des lois en vigueur ?  … Une nouvelle majorité dans les assemblées peut très bien changer ces lois! Tout et n’importe quoi pourrait  être autorisé, légalisé, voir remboursé par la Sécurité Sociale ! S’il n’y a pas de Dieu, s’il n’y a pas de transcendance, s’il n’y a pas de valeurs divines auxquelles la liberté est soumise, alors on peut faire n’importe quoi. De nos jours, on remet tout en question, même ce qui jusqu’à maintenant était intouchable. Pensez aux débats qui ont lieu actuellement sur l’avortement ou l’euthanasie. Jusqu’à maintenant des lois au niveau national, au niveau de l’Union Européenne et des Nations Unies ont permis d’empêcher des divagations trop importantes de se produire. Mais pour l’avenir, rien n’est sûr.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui en nous rappelant que les enfants sont les premiers dans le Royaume des cieux, nous invite à rejoindre leur bon sens et leur lucidité. Les enfants savent qu’ils ne sont pas donné la vie eux-mêmes, que tout leur vient de l’amour de leurs parents et ils trouvent dans cette dépendance sécurité et confiance, fierté et bonheur. Nous, sachons reconnaître que tout nous vient de l’amour de Dieu et que cette dépendance loin de nous écraser ou nous  humilier nous apporte sécurité et assurance, fierté et bonheur car, comme disait St Augustin : Tu nous as faits, Seigneur, pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi.


Dimanche  15  Septembre  2024

 

24e dimanche du temps ordinaire année B. (Isaïe 50,5-9a)  St Jacques (2,14-1) Marc (8,27-35)

Quand Jésus demande aux apôtres : Au dire des gens, qui suis-je ? ils répondent en répétant ce qu’ils ont entendu dire : pour les uns, tu es Jean le Baptiste, pour d’autres Élie ou encore un des prophètes. On prend Jésus pour un grand prophète, c’est déjà quelque chose, mais cela reste bien  en dessous de la vérité. Et vous, demande encore Jésus aux apôtres,  que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pierre répond : tu es le Messie. Enfin une profession de foi sans équivoque ! Jésus est reconnu comme l’envoyé du Père. Jusque-là, seuls les démons, au moment où il les chassait, avaient reconnu en Jésus le Messie Fils de Dieu Mais, de même qu’il faisait taire les démons, Jésus défend vivement aux apôtres de parler de lui à personne.

Pourquoi ? Il ne veut pas qu’on le reconnaisse comme Messie, Fils de Dieu seulement à cause de la profondeur de son enseignement ou en raison de l’éclat de ses miracles. Il ne veut pas qu’on le reconnaisse seulement comme un grand prophète ou comme un bienfaiteur qui soulage les souffrances des hommes. Il est venu pour qu’il soit reconnu par tous que Dieu est Amour et la preuve de cette vérité, il l’ apportera par sa passion et sa mort parce qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est pourquoi il dit à ses apôtres : Il faut que je souffre beaucoup… que je  sois tué et que, trois jours après, je  ressuscite,  sous-entendu pour vous prouver que Dieu est amour.C’est en s’offrant librement pour souffrir sa passion et sa mort que le Christ donne la preuve que Dieu est Amour. Car, contrairement aux apparences, ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui par force, c’est lui qui s’est offert librement. Le soir du Jeudi Saint il avait d’ailleurs déclaré : Ma vie, personne ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jean,10,18)) Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. D’ailleurs,  à trois reprises, il avait annoncé aux apôtres qui n’y avaient rien compris, sa passion, sa mort et sa résurrection.

Quand Jésus annonce à ses apôtres sa passion et sa mort, les apôtres sont profondément choqués et  Pierre se met à lui  faire de vifs reproches. Dans son attachement à Jésus et son affection pour lui, il ne peut pas supporter l’idée qu’il lui arrive du mal. Il ne peut pas comprendre. Personne ne peut comprendre les voies de Dieu. Et après avoir remis sévèrement en place Pierre, Jésus avertit tous ses disciples : non seulement moi je dois suivre un chemin difficile, mais celui qui veut marcher à ma suite, il faut que lui aussi, il suive le même chemin : se renoncer et prendre sa croix.

Voilà des perspectives bien peu engageantes. Mais regardons les choses de près. Qu’est-ce que cela veut dire exactement se renoncer et prendre sa croix ? Peut-on penser que le Christ se serait imposé cette vie dure qui fut la sienne de la crèche à la croix dans le but de nous amener à une vie de souffrances ? Ce serait absurde et même blasphématoire. Ce serait faire du Christ un Dieu cruel, un bourreau. Il est venu pour nous racheter, nous libérer du mal, afin que nous ayons accès à une vie pleine, heureuse, épanouie. Et il le dit clairement : Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. (Jean 10,9) S’il ne cache pas les épreuves qui attendent ses disciples, dans l’évangile  il insiste souvent sur la joie Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite (Jean 10,10) Le jeudi Saint encore, priant son Père, il lui confie : Je dis ces choses encore présent dans le monde, pour qu’ils aient ma joie en plénitude. (Jean 17,13) Et St Luc nous rapporte que quand il passait quelque part, la foule tout entière était dans la joie. (Luc 13,17)

Le Christ était humain, il allait à la noce, il se laissait inviter à des banquets. Il avait de l’humour : voyez la manière dont il fait marcher les disciples d’Emmaüs. Ceux-ci  avancent tout tristes sur le chemin, pensant à la Passion du Christ dont ils ont été les témoins: Voyant qu’ils ont l’air sombre Jésus leur demande de quoi ils parlent, et comme Cléophas lui répond : tu es bien le seul qui n’ait pas appris ce qui vient de se passer à Jérusalem, (Luc 24,18) il fait semblant de ne pas être au courant et laisse les deux disciples lui raconter sa Passion qu’il connaissait mieux qu’eux ! mais on ne parle jamais de l’humour du Christ  Nous n’osons pas imaginer un Christ joyeux. Avez-vous jamais vu quelque part une image ou un tableau représentant le Christ en train de rire ? Pas étonnant ensuite que nous ayons du mal à exprimer la joie ou l’action de grâce dans nos liturgies. Pas étonnant    que les chrétiens aient si souvent, une tête de carême sans Pâques, comme dit le pape François. Au XXI°siècle, nous restons marqués par le jansénisme qui, au XVI° siècle, a voulu imposer une conception triste et pessimiste de la vie chrétienne à travers son interprétation discutable de la théologie augustinienne du péché.

Mais si le but du Seigneur est que nous ayons une vie pleine, heureuse, épanouie, que veut-il dire exactement quand il dit que celui qui veut marcher à sa suite doit se renoncer à lui-même et prendre sa croix ? Renoncer à soi-même, cela veut dire renoncer à vouloir la réalisation de tous ses désirs, renoncer à son indépendance, cela veut dire se demander à chaque fois qu’on prend une décision : est-ce que c’est cela que le Seigneur veut que je fasse ?  Ce n’est pas rien, c’est dur de renoncer à être indépendant, cela coûte de renoncer à son indépendance. Mais ce n’est pas si tragique que ça. En effet si je me mets à la suite du Seigneur, c’est parce que je pense qu’il m’aime, qu’il veut ce qu’il y a de mieux pour moi, qu’il sait mieux que moi ce qui est le meilleur pour moi. Finalement, se renoncer, c’est renoncer à ce qui est moins bien pour choisir ce qui est le mieux. Rien d’héroïque là-dedans. Mais ce qui rend la chose héroïque, c’est de pratiquer ce renoncement là jour après jour, toute sa vie, sans jamais céder à la facilité de l’égoïsme.

Et que veut dire le Christ quand il dit que celui qui veut se mettre à sa suite doit prendre sa croix ? Cela veut dire accepter de souffrir, de faire des efforts qui coûtent, de s’imposer des sacrifices et des renoncements à cause de l’amour qu’on a pour le Christ. Ce n’est pas facile, cela coûte, mais ce n’est pas si tragique que ça. Accepter de souffrir pour ceux qu’on aime, tout le monde fait ça. C’est banal. Dans toutes les familles, les parents s’imposent des sacrifices pour leur enfants. Rien d’héroïque là-dedans. Mais ce qui rend la chose héroïque c’est de prendre sa croix jour après jour, toute sa vie sans jamais céder à la facilité et au confort de l’égoïsme.

Que retenir de tout cela ?

Le Christ ne veut pas qu’on le prenne seulement pour un grand prophète qui parle bien ou comme un thaumaturge, un guérisseur qui apaise toute souffrance. Il veut qu’on le prenne pour ce qu’il est  : le Messie envoyé révéler et témoigner que Dieu est Amour et  qu’il veut le mieux pour nous.  Il en donnera la preuve en donnant sa vie pour nous.

Celui qui veut suivre le Christ doit suivre le même chemin que lui : se renoncer et prendre sa croix.

Se renoncer, c’est aimer Dieu suffisamment pour renoncer à faire ce qui nous plait pour faire ce qui lui plait Comme le Seigneur veut ce qu’il y a de mieux pour nous, finalement, se renoncer, c’est renoncer au moins bien pour choisir ce qui est le mieux. Pas grand-chose d’héroïque là-dedans. Ce qui est héroïque c’est de pratiquer ce renoncement tous les jours sans faiblir.

Prendre sa croix, c’est aimer Dieu suffisamment pour c’est accepter de souffrir pour lui. Partout, ceux qui aiment s’imposent des sacrifices pour ceux qu’ils aiment. On voit ça dans toutes les familles. Mais cela cesse d’être banal et cela devient héroïque lorsque chaque jour on s’impose de nouveaux sacrifices sans jamais se laisser aller à la facilité et au confort de l’égoïsme.

Le tout c’est d’aimer Dieu suffisamment. Saint Exupéry dit quelque part : Que ton Dieu te soit plus réel que le pain où tu plantes tes dents. Alors  t’enivrera jusqu’à ton sacrifice, lequel sera mariage dans l’amour. (Citadelle, CXC)

Dimanche 8 septembre 2024

23e dimanche du temps ordinaire, année B. Isaïe (35,4-7)  Jacques (2,1-15) Marc (7,31-37)

Bien sûr, la guérison de ce sourd-muet est un geste de bonté du Seigneur, bouleversé de voir la souffrance de cet homme et touché par la démarche de ce gens qui le supplient de guérir ce malheureux. Mais pas seulement, car le but de Jésus lorsqu’il fait un miracle est toujours de donner à travers un prodige ou une guérison, un signe, le signe que le Messie est arrivé, que Dieu est présent au milieu de nous.  Il a toujours peur que les témoins du miracle s’arrêtent au prodige et n’aillent pas jusqu’à voir le signe de la présence de Dieu parmi eux, il sait également que les Juifs, dans leur conception très terrestre du messianisme croyaient que le Messie quand il viendrait supprimerait toute souffrance et instaurerait une sorte de paradis sur terre. C’est la raison pour laquelle, il essaie d’agir le plus discrètement possible, quand il fait un miracle, entraînant  les malades à l’écart avant de les guérir et demandant qu’on ne parle pas de la guérison opérée. Mais cela ne marche pas ! Malgré cette consigne de silence, on dit partout et de plus en plus : Il a bien fait toutes choses, il fait entendre les sourds et parler les muets.

Or pour Jésus, faire des miracles, c’est, au-delà d’une manière de soulager la souffrance humaine, une façon d’exercer sa mission de Messie. C’est l’occasion de donner un enseignement. Pour Jésus, un miracle, c’est une prédication par gestes. Rendre la vue à un aveugle, c’est une manière de dire par gestes : Je suis la lumière du monde. (Jean, 8, 12) Multiplier les pains, c’est une manière de dire par gestes : Je suis le pain de Vie. (Jean 6,48) Ressusciter un mort, c’est une manière de dire par gestes : Je suis la Résurrection et la Vie.  (Jean 11, 25) Pour Jésus, chaque miracle est, pour ceux qui en sont les témoins un signe, une illustration, une preuve que le Royaume est arrivé parmi eux.

Pour nous aujourd’hui, quel enseignement y a-t-il dans cette page d’évangile ? Attention ! un train peut en cacher un autre ! Les plus anciens parmi vous se rappellent certainement de ce panneau indicateur qu’on pouvait voir autrefois sur les quais des gares. On pourrait dire ici : attention ! un miracle peut en cacher un autre ! Le miracle de la guérison du sourd-muet peut cacher un autre miracle, plus important celui-là : le miracle de la présence de Dieu au milieu de nous. Nous risquons de nous arrêter au prodige :  guérison d’un malade, multiplication de pains et nous ne voyons pas le plus grand prodige que représente la présence de Dieu parmi nous. Nous risquons de ne pas voir au-delà du bienfait humain du miracle, le bienfait spirituel supérieur que le Christ veut nous apporter à travers ce bienfait humain.

 Pensez à la réaction de la foule après la multiplication des pains. Tout heureux d’être rassasiée, elle veut s’emparer de Jésus pour le faire roi ! Elle ne voit pas du tout le but du Seigneur qui veut, à travers les pains multipliés, lui signifier qu’il est le Pain de Vie. Jésus le lui reprochera le lendemain, quand elle l’a rejoint de l’autre côté du lac : Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez,  mais parce que vous avez mangé des pains à satiété. (Jean 6,26)

Dans notre foi maladroite, nous avons pleine confiance que le Seigneur peut nous donner les bienfaits matériels, humains que nous désirons mais nous oublions que le Seigneur de son côté désire aussi nous donner d’autres bienfaits d’un ordre supérieur, spirituels. Dans notre foi maladroite nous avons pleine confiance qu’il peut nous donner les sandwiches au beurre et à la confiture que nous lui demandons et nous sommes prêts à les recevoir avec reconnaissance, mais le pain de vie que lui veut nous donner ………… ?

Comme si Dieu était là seulement pour guérir nos maladies, nos aveuglements, nos surdités, nos paralysies ! Est-ce qu’il n’a pas pour nous d’autres  désirs, d’un ordre supérieur, ceux-là, d’ordre spirituel ? Qu’est-ce qu’il veut ? Il veut nous unir à lui, pour que nous soyons comme lui, pour que nous soyons d’autres lui, d’autres Christs. C’est St Irénée qui a le mieux exprimé les désirs, les ambitions de Dieu pour nous avec sa formule célèbre Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Il veut, nous transformer en lui, faire de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions comme dit St Paul (Ephes.3,20), des êtres capables,  comme lui et avec lui, de faire advenir le royaume de Dieu, de transformer notre monde plein d’orgueil, d’égoïsme et d’injustice en un royaume de paix, de justice et de charité..

Mais nous ne voyons pas si loin. Et les contemporains de Jésus non plus ne voyaient pas si loin. Quand ils l’approchaient, qu’est-ce qu’ils cherchaient ? A être guéris d’une maladie, ils demandaient son aide dans les épreuves. Et nous autres aujourd’hui qu’est-ce que nous demandons au Seigneur dans nos prières ? A peu près la même chose. Nous demandons la santé, la paix, la bonne entente dans nos familles, de réussir l’éducation et la formation de nos enfants, nous prions pour la paix et la justice dans le monde. Et nous avons bien raison, nous avons le plus grand besoin de son aide. Il n’y a rien là de condamnable. Au contraire. Cela manifeste notre confiance en celui qui nous a dit : Demandez et vous recevrez (Jean 16,24) Votre Père sait ce dont vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez. (Mt.6,8) Mais notre tort c’est de ne pas lui demander aussi ce que lui veut nous donner et qui est infiniment supérieur à ce que nous lui demandons. Nous lui demandons de s’abaisser à notre niveau sans penser que lui voudrait nous hisser jusqu’à son niveau, c’est-à-dire nous mettre en état de communion avec lui…..Nous lui demandons ce que nous pensons être le mieux pour nous. Mais est-ce que lui ne sait pas, mieux encore que nous, ce qui est le meilleur pour nous ?Alors osons repousser à plus tard nos demandes à nous et comme le Seigneur nous l’a enseigné osons  demander d’abord :que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite partout sur la terre comme elle est faite au ciel parce que quand dans nos familles et dans notre monde son nom est sanctifié, son règne advient et sa volonté est réalisée, c’est alors que le bonheur s’y établit. Mais croyons-nous vraiment que le Seigneur sait mieux que nous ce dont nous avons besoin ? Croyons-nous vraiment qu’il nous aime mieux que nous ne nous aimons nous-mêmes ? Croyons-nous vraiment, comme dit St Paul que sa puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer ?(Ephes.3,20) Puissions-nous être capables de faire en toute sincérité cette prière que je vous ai déjà citée  mais que je cite encore aujourd’hui en terminant :

                  1                                                                                        3

Mon Dieu,                                                                               Mon Dieu,

N’écoute pas ma prière,                                                          N’écoute pas ma prière,

Même si ce qu’elle te dit                                                         Mais fais en moi ma prière,

Est bien.                                                                                   Et puis écoute

Toi, ce que tu veux me dire                                                     Ecoute en moi

Est tellement mieux !                                                               Ta prière.

                  2                                                                                       4

Mon Dieu,                                                                                Et surtout,

N’écoute pas ma prière,                                                           Mon Dieu,

Même si ce qu’elle te demande                                               Fais que j’écoute,

Est bon.                                                                                    Que toujours,

Toi, ce que tu veux me donner                                                 J’écoute en moi

Est tellement meilleur !                                                            Ta prière.

Dimanche  1er  Septembre  2024

22e dimanche du temps ordinaire, année B ; 1ère lecture : Deutéronome 4, 1-2.6-8 ; Psaume : 14, 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5 ; 2ème lecture : Jacques 1, 17-18.21b-22.27 ; Évangile : Marc 7, 1-8.14-15.21-23

Se laver les mains avant de manger, c’était une obligation secondaire mais quand même importante,  car c’était   une prescription non seulement hygiénique, mais aussi religieuse. En effet, au retour du marché et des lieux publics où ils avaient côtoyé des étrangers, des païens et des pécheurs, les Juifs s’estimaient en état d’impureté rituelle, d’où la nécessité d’abondantes purifications. Les scribes et les pharisiens qui soupçonnent Jésus de détruire la religion juive et l’accusent de prêcher une nouvelle religion sont donc tout heureux de mettre Jésus et ses disciples dans l’embarras en leur reprochant de ne pas respecter la tradition des anciens. Mais le Christ n’a aucune difficulté à remettre en place ses adversaires. S’appuyant sur l’autorité du prophète Isaïe il leur reproche à son tour d’être hypocrites, d’honorer Dieu des lèvres, tandis que leur cœur est loin de lui, En façade, ils se montrent des pratiquants fervents observant minutieusement les prescriptions de la Loi, mais c’est le plus souvent pour être remarqués par les autres, s’assurer leur estime, en tirer un prestige personnel et pas tellement pour honorer Dieu. Ailleurs dans l’évangile, le Seigneur leur reproche aussi de chercher les honneurs et les premières places et surtout de se prendre pour des justes supérieurs aux autres qu’ils méprisent. Pensez à la parabole de la prière du Pharisien et du Publicain. (Luc 18,9-14) Tout cela est à l’opposé du Royaume où celui qui veut être le premier, doit se faire le serviteur et le dernier de tous. (Marc, 9,35) Le pire, c’est que, dans leur orgueil, en respectant minutieusement une infinité de pratiques, ils pensent voir barre sur Dieu, persuadés qu’après avoir tant fait pour lui, désormais Dieu leur doit quelque chose ! Alors que le Seigneur demande qu’on aime Dieu et son prochain, la préoccupation des Pharisiens, c’est leur promotion personnelle et la satisfaction de leur orgueil.

Devant une telle attitude, comment le Seigneur va -t-il réagir ? Comme les pharisiens s’estiment parfaits en tous points, pour eux, le mal ne peut  venir que du monde  extérieur et des autres, Jésus se doit de leur rappeller que le mal ne vient pas de l’extérieur, mais que c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses. Comme tout le monde, ils ont donc, eux aussi, à lutter contre le mal au fond de leur cœur. D’autre part, comme ils pensent qu’ils sont parfaits, ils s’opposent farouchement à ce qu’on touche au moindre point de doctrine ou au moindre détail des traditions, des rites et des pratiques qu’ils observent,  le Seigneur s’efforce de les amener à quitter le dogmatisme dans lequel ils s’enferment pour  reconnaître humblement qu’ils ont encore bien des choses à apprendre s’ils veulent vraiment comprendre et accomplir la Loi et les prophètes .                        

                                                 Et nous, qu’est-ce que le Seigneur veut nous faire comprendre à travers cet évangile ? Grâce à Dieu, nous n’avons pas la même hypocrisie et le même orgueil que les pharisiens. Nous ne sommes pas tellement portés à observer scrupuleusement et dans le moindre détail toutes les prescriptions de notre religion, nous serions plutôt tentés d’être un peu trop laxistes sur ce point et il n’y a pas là de quoi nous vanter !  Nous ne sommes pas tentés non plus de chercher à acquérir par nos pratiques de l’estime, de l’autorité et du prestige aux yeux des autres. Non pas   que nous soyons plus humbles que les pharisiens, mais tout simplement parce qu’ aujourd’hui   la ferveur dans la pratique religieuse n’est plus  un objet d’admiration et c’est peut-être dommage !

                                                 Mais malheureusement nous sommes quand même contaminés  par l’orgueil et l’ hypocrisie des pharisiens.  Comme eux, nous estimons facilement que notre manière de penser et d’agir, c’est la seule qui soit bonne, que personne ne doit jamais rien changer  aux idées qui sont les nôtres sur la religion ni à la manière dont nous pratiquons le culte, regardant  de haut ceux qui ne font pas comme nous.  Est-ce qu’il ne nous arrive jamais de penser tout bas, sans oser le dire trop haut : « Seigneur je te remercie de ce que je ne suis pas comme ceux  qui font du vélo ou qui font leurs courses au supermarché le dimanche matin. Moi, je vais à la messe, j’ai tels et tels engagements dans ma  paroisse et dans mon quartier. Ah ! si seulement, tout le monde pensait et faisait comme moi ! » Persuadés que nous sommes les meilleurs, nous nous enfermons obstinément dans nos idées et nos habitudes, joignant à un orgueil déplacé un entêtement aussi étroit que ridicule. 

Alors quoi faire ? Tout simplement nous remettre devant le Seigneur, plutôt que de nous référer aux autres. Tant que nous nous comparons aux autres, nous pouvons toujours en trouver qui sont pires que nous, les mépriser et nous croire supérieurs. Mais si nous nous remettons devant le Seigneur, nous nous découvrons tels que nous sommes en réalité, faisant le mal que nous n’aimons pas et incapables de faire le bien que nous aimons. Nous ne pouvons plus nous croire parfaits et les tentations d’orgueil et d’hypocrisie ont désormais moins de prise sur nous.  Nous découvrons que même ce qu’il y a de bien en nous ne vient pas de nous mais du Seigneur et de ceux qu’il a mis sur notre chemin, nos parents, nos maîtres, nos amis, pour nous enrichir de leur expérience. Nous ne pouvons plus éviter le constat que St Paul dresse sans ménagements : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu ? et si vous l’avez reçu de quoi vous glorifiez-vous, comme si vous ne l’aviez pas reçu ?  (1Cor.4,7)

 Mais nous ne sommes pas découragés pour autant. Car en nous remettant devant le Seigneur nous redécouvrons un Père qui nous aime, dont la miséricorde est sans limites et la volonté de nous faire du bien inaltérable. Constamment dans l’Ecriture il nous rassure et nous assure de son soutien : Ne crains pas …. Parce que tu comptes beaucoup à mes yeux, que tu as du prix et que moi je t’aime. (Isaïe 43,1,4) Je ne cesserai pas de vous faire du bien… je trouve ma joie à vous faire du bien. (Jer.32,40,41)  Alors que l’orgueil pervertit le désir d’épanouissement légitime d’un chacun qui devient volonté agressive de domination sur les autres qu’on cherche systématiquement à rabaisser,  en nous remettant devant le Seigneur, nous retrouvons une saine ambition d’épanouir la vie et les talents qu’il nous a donnés, sans causer de dommage à personne et sans mépriser ni écraser qui que ce soit.

Que retenir de tout cela ?

Retrouver l’attitude de pauvreté en esprit. Au lieu de se juger par rapport aux autres que ce soit pour chercher leur estime ou pour les mépriser, se remettre devant le Seigneur qui est la Voie, la Vérité, la Vie (Jean 14,6)

Je le répète souvent lorsqu’on achète quelque chose dans un magasin, toujours on l’utilise dans la pensée de celui qui l’a fabriqué. Cela va de soi, on n’y réfléchit même pas. Notre vie pourquoi ne pas l’utiliser dans la pensée de celui qui l’a créée ? A travers les siècles les hommes ont toujours cherché le succès la richesse, le bonheur. Les idéologies politiques ou les systèmes économiques ont toujours promis et promettent encore le paradis sur terre, mais en dépit d’améliorations remarquables, des millions d’hommes demeurent écrasés par la misère et des formes d’esclavage toujours plus perverses.  Pensons à ce qui se passe en Chine, en Russie, en Iran, en Afghanistan, dans bien des pays d’Amérique Latine et d’Afrique et même chez nous où personne ne saurait chiffrer les dégâts causés par la dictature de l’argent et de la réussite à tout prix.

Peut-être que jamais comme aujourd’hui, la parole de St Pierre n’a été plus à propos : Seigneur, à qui irions nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.  (Jean, 6,68)

Dimanche  25  Août  2024

Jésus avait déjà contre lui les prêtres, les docteurs de la Loi, le milieu clérical en général,  plus les pharisiens. Voici maintenant que bon nombre de ses disciples se détachent de lui. Il s’agit de tous ceux qui, outre les douze, le suivaient, touchés par son enseignement et ses miracles. Ils acceptaient  que Jésus soit le Messie, l’envoyé de Dieu, mais refusaient de croire qu’il soit le Sauveur du monde, instaurant par sa mort la communion des hommes avec Dieu. Les paroles qu’il vient de leur adresser sur la nécessité de manger son corps et de boire son sang les ont profondément choqués et ont fini de les décider à le quitter. Jésus savait en lui-même que, scandalisés par ses paroles, ils le quitteraient. Et il dresse le bilan de la situation C’est l’Esprit qui fait vivre…mes paroles sont esprit et vie…la chair n’est capable de rien…personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père.

En d’autres termes, moi, ce que je vous dis, c’est l’Esprit qui me l’inspire, mes paroles sont esprit et vie. Vous qui êtes chair — le mot chair désigne la condition humaine en sa précarité—vous ne pouvez pas comprendre. Il faudrait que vous accueilliez l’Esprit que le Père vous envoie pour comprendre et mettre en pratique ce que je vous dis. Car personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. Voilà la phrase clef de l’évangile d’aujourd’hui et elle est encore vraie pour nous en 2024. Par nous-mêmes nous ne pouvons pas rejoindre Dieu, nos raisonnements sont trop courts. Il est au-delà des capacités de notre intelligence. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées, nous disait-il déjà il à travers le prophète Isaïe (55,9). Si nous arrivons quand-même à connaître Dieu et à croire en lui, fut-ce de manière imparfaite, c’est parce qu’il prend l’initiative de s’approcher de nous et de se faire connaître. Je me laisserai trouver par vous…Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer.29,13,14) Et cette connaissance que nous avons alors de lui n’est pas une connaissance abstraite, intellectuelle sans conséquence sur notre être profond et notre manière de vivre, comme est sans conséquence pour notre vie quotidienne le fait de savoir que Tokyo est la capitale du Japon. La connaissance de Dieu, c’est une connaissance qui s’adresse au cœur et qui engendre immédiatement des conséquences pour notre être profond ainsi qu’une conversion  dans  notre vie quotidienne.

Car c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison dit Pascal (Pensée 278) Cela  ne veut pas dire  que  Dieu, la foi, la religion n’ont rien de logique, de raisonnable, de rationnel. Cela veut dire que le coeur est touché en premier, tandis que la raison n’est atteinte qu’ensuite. Pascal explique cela d’une manière lumineuse, encore qu’ un peu difficile à saisir (Attachez vos ceintures !) Les raisons me viennent après, dit Pascal, mais d’abord la chose m’agrée ou me choque… Mais je crois non pas que cela choquait par ces raisons qu’on trouve après, mais qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque. (Pensée 276)

Autrement dit, quand j’aime une personne, cette personne d’abord m’agrée, me plaît, m’attire , je l’aime,  sans trop savoir pourquoi. C’est seulement après, en faisant plus ample connaissance avec elle, que je découvre pourquoi je l’aime. Pourtant, je l’aime, non pas à cause de ces raisons que je découvre après, mais je ne trouve ces raisons que parce que d’abord l’amour s’est déclaré en moi. De même, si j’aime Dieu, si j’ai confiance en lui, c’est parce que lui d’abord m’attire, me plaît, je ne sais pas trop pourquoi C’est seulement après, en approfondissant ma foi que je découvre les


raisons pour lesquelles je l’aime,. Mais je n’ai trouvé ces raisons que parce que d’abord je l’aimais.  

Lui d’abord m’a  touché séduit, au point que même si des épreuves et des moments difficiles surviennent, je ne peux m’en détacher. Lorsque Jésus, devant le lâchage d’un certain nombre de disciples, demande aux douze, ébranlés et attristés par ce lâchage: Voulez-vous partir, vous aussi ? St Pierre répond avec une assurance tranquille : Seigneur à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

Mais pourquoi Pierre, ses compagnons et tant d’autres après eux, persévèrent tandis que d’autres décrochent ? C’est que jamais l’Esprit de Dieu qui est amour ne s’impose en force, jamais il ne supprime notre liberté qui conserve le choix de l’accueillir ou non. Il nous unit à lui mais ne nous dissout pas en lui. Il ne détruit pas notre vie, il l’épanouit. Il ne détruit pas  notre personnalité, il la transforme. Pourquoi certains acceptent-ils de se laisser transformer et d’autres non ? C’est parce qu’ils ont été séduits, et qu’ils se sont laissés séduire. Ils trouvent que l’Esprit Saint en les mettant en communication et en communion avec Dieu source de la vie, dilate et épanouit leur existence. St Augustin disait : Tu nous as faits Seigneur pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi ! Et pourquoi d’autres n’acceptent-ils pas de se laisser transformer par l’Esprit ? Parce qu’ils refusent d’entendre. Peuple à la nuque raide (Baruch 2,30)ils résistent à l’Esprit Saint. (Actes 7,51)Ils trouvent que cette soi-disant transformation opérée par le Seigneur, loin de dilater et d’épanouir leur existence, la limite au contraire et la détruit. Le Christ leur apparaît comme celui qui les empêche d’exister, de faire leur volonté. D’où la réaction que Dostoëvski leur prête : O Christ, tu es venu pour nous gêner !

Et nous, de quel côté sommes-nous ? Très probablement du côté de ceux qui trouvent intéressant de se laisser transformer par Dieu créateur et source de toute vie, qui dilate et épanouit notre existence.  Mais sommes-nous toujours soucieux d’écouter sa voix qui tente de nous guider vers le meilleur. Est-ce que notre écoute n’est pas bien souvent négligente et intermittente ? Elle est m à la fois merveilleuse l’Ecriture quand elle nous dit : Moi le Seigneurje me laisserai trouver par vous. Mais elle est inquiétante quand elle ajoute :Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer.29,13) Est-ce que nous le cherchons vraiment toujours ?  

Que retenir de tout cela ?

La parole de Dieu est difficile voire impossible à saisir. Notre intelligence est trop courte pour la comprendre. Mais l’Esprit Saint que le Père nous envoie et dont le Christ nous assure qu’elle nous fait accéder à la vérité tout entière  (Jean16,13) nous permet de la comprendre. Pourtant, comme nous le voyons dans l’évangile d’aujourd’hui, certains, choqués, découragés ou scandalisés par cette parole abandonnent le Christ.  

Pourquoi certains accueillent la parole et d’autres, non ? Parce que Dieu est Amour et en amour on ne force pas. Il nous laisse donc totalement libres d’accueillir ou non sa parole Certains, entendant la parole l’acceptent. Ils trouvent qu’elle les comble, qu’elle dilate et épanouit leur vie. Comme St Augustin, ils reconnaissent :Tu nous as faits Seigneur pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi. D’autres au contraire refusent d’entendre. Ils trouvent que  la Parole de Dieu loin d’épanouir leur vie, les empêche d’exister, de mener leur vie comme ils l’entendent. Considérant que le Christ est venu pour les gêner, ils s’éloignent. Qu’est-ce qui


s’est passé ? Ils ont laissé le démon entrer en eux et fermer leur cœur à la voix du Seigneur. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? interroge le Christ ? et il répond : vous ne pouvez plus entendre ma parole (Jean 8,43) Qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieuc’est parce que vous n’êtes pas de Dieu que vous ne comprenez pas mon langage. (Jean 8,47).

Pour nous, qui est le Christ ? Celui qui dilate et épanouit notre vie ? ou celui qui est venu pour nous gêner ? Aujourd’hui, beaucoup abandonnent le Christ . S’il nous demandait là, maintenant : Voulez-vous partir vous aussi ? Serions-nous capables de répondre comme St Pierre :

Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.