(Samuel 1,20-22.24-28) (1 Jean 3,1-2. 21-24) (Luc 2, 41-52)
Jésus a douze ans. Il n’est pas encore majeur, mais douze ans, c’était quand même à peu près l’âge de la majorité religieuse, on dirait chez nous, l’âge de la profession de foi. Avec Marie et Joseph, il est monté en pèlerinage à Jérusalem, pour la fête de la Pâque. Dans la cohue de la foule, il s’est trouvé séparé de ses parents. Ceux-ci ont déjà pris la route du retour, alors qu’il est resté au Temple. Au soir du premier jour de route, ne le trouvant pas comme ils s’y attendaient parmi leurs amis et connaissances, inquiets, ils retournent à Jérusalem et le troisième jour, stupéfaits, ils le découvrent en train de s’entretenir avec les docteurs de la Loi, experts dans l’interprétation des Écritures. Et tous ceux qui sont là sont impressionnés par la profondeur de ses propos comme par la justesse de ses jugements. Marie et Joseph sont déconcertés de le retrouver là. Ce n’était pas le genre d’enfant à faire des fugues. Et puis qu’est-ce qu’il faisait là en grande discussion avec des docteurs de la Loi ? Ils devaient penser : ce n’est pas de son âge. Et pourtant il fait fort impression sur ceux qui l’entendent. Et comme Marie lui reproche : Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant, voilà qu’il leur répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Là encore, stupéfaits, ils ne comprennent pas. Jusque là, il s’était comporté comme tous les enfants de son âge. Notre Dame savait que ce n’était pas un enfant tout-à-fait comme les autres. A l’Annonciation, l’ange Gabriel lui avait prédit que son enfant serait le Messie. Mais à part, l’apparition des anges, la nuit de sa naissance, à part Elizabeth saluant Notre Dame comme la mère du Sauveur lors de la Visitation, à part encore les prophéties d’Anne et de Siméon lors de la Présentation de Jésus au Temple, la vie de la Ste Famille s’était déroulée de façon tout-à-fait banale et Jésus grandissait absolument comme tous les autres petits garçons du village. Or voilà que lorsque Notre Dame lui reproche de s’être attardé dans le Temple et de leur voir causé de grandes frayeurs, il répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Autrement dit : pourquoi me chercher ? Vous ne savez pas qu’avant d’être votre enfant, je suis le Fils du Père ? C’est normal que je reste chez lui. Marie et Joseph sont brutalement remis en face de la réalité. Neuf fois dans l’évangile, le Christ utilise l’expression ; IL FAUT, signifiant que sa présence, ses propos, son action et particulièrement sa Passion et sa Résurrection font partie du plan du salut qu’IL FAUT qu’il assume.
On distingue dans la vie de Jésus, la vie cachée, c’est-à-dire la vie à Nazareth entre Marie et Joseph où sa vie divine est cachée et la vie publique où, manifestant sa divinité il annonce à tous la Bonne Nouvelle du salut. Mais dans l’évangile d’aujourd’hui lorsque Marie et Joseph retrouvent Jésus au milieu des docteurs, il y a eu comme un éclair dans le courant de la vie banale de Jésus entre Marie et Joseph, dans le courant de la vie cachée de Jésus s’est manifesté comme un éclair soudain, de vie divine. On n’est pas encore dans la vie publique mais on n’est plus tout-à-fait dans la vie cachée. Bien sûr Marie et Joseph en ont été bouleversés et le train-train de leur vie quotidienne secoué.
Nous aussi, cette page d’évangile secoue note train-train quotidien. Parce que chacun de nous peut dire comme Jésus : moi aussi je suis d’abord et avant tout Fils du Père. Moi aussi IL FAUT que j’accomplisse chaque jour la tâche que le Seigneur me confie ici-bas avant de mettre à exécution mes projets personnels, ou les espérances de mes parents et de mon milieu.
Et quelle responsabilité pour les parents. Non seulement ils ne peuvent pas se diriger comme ils
l’entendent, ils doivent d’abord chercher à accomplir ce que le Seigneur veut pour eux, mais ils doivent aussi suivre le même schéma pour leurs enfants. Pas question d’imposer leurs volontés à
leurs enfants, mais pas question non plus de les laisser faire la leur, il va falloir leur apprendre à reconnaître la volonté de Dieu sur eux. Selon une tradition malgache, si dans un troupeau un bœuf naissait avec une tâche blanche sur le front, l’éleveur ne pouvait en être propriétaire, ce bœuf là appartenait au Seigneur de l’endroit. L’éleveur pouvait seulement le mener paître au pâturage. Selon un beau proverbe encore en honneur aujourd’hui, Les parents sont comme les propriétaires de bœufs ayant une étoile blanche sur le front. Ils n’en sont pas vraiment les propriétaires, mais seulement ceux qui les guident de la main vers les pâturages.
Que retenir de tout cela ?
Il n’est pas toujours facile de comprendre la parole de Dieu et de voir quelle est sa volonté. Marie et Joseph ce jour-là, au Temple, ne comprirent pas ce que Jésus leur disait. Et souvent dans l’évangile les apôtres ne comprennent pas ce que Jésus leur dit, en particulier lorsqu’il leur parle de sa Passion et de sa Résurrection à venir. La Parole de Dieu, on ne la comprend que petit à petit en la méditant dans son cœur, comme Notre Dame. (Luc 2,19).
Comme Jésus nous sommes d’abord fils du Père et nous avons à accomplir dans notre vie, d’abord la tâche qu’il nous confie ici-bas, selon notre vocation, avant de songer à réaliser nos projets personnels. Nous ne sommes pas les maîtres absolus de notre vie. Nous n’avons pas créé notre vie. Elle nous a été donnée et nous l’avons reçue.
Si personne n’est le maître absolu de sa propre vie, les parents ne sont pas non plus les maîtres absolus de leurs enfants, comme le dit le beau proverbe malgache : Isika ray aman dreny dia toy ny tompon’omby vola vita ; tsy tena tompony, fa mpanerin-doha.
Nous fêtons ce soir la Nativité du Seigneur qui s’est fait homme pour réconcilier l’humanité pécheresse avec le Père et réaliser son salut. Cette nativité est l’évènement le plus sensationnel de l’histoire du salut et l’incarnation le plus énorme mystère de notre foi. Les hommes avaient rejeté Dieu. Ils s’étaient laissé avoir par le démon qui leur avait fait croire que s’ils s’affranchissaient de l’autorité de Dieu, non ils ne mourraient pas, mais ils seraient comme des dieux, parfaitement libres, décidant par eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Évidemment, ça n’a pas marché. Car le péché qui est une offense à Dieu est aussi la cause de tous nos malheurs. Nous voyons tous les jours autour de nous les injustices, les souffrances, les ruines et les violences qu’entraîne le péché. Mais parce qu’il nous aime, le Seigneur ne nous a jamais laissé tomber. Au long des siècles il a envoyé auprès de nous des Sages, des Prophètes pour nous guider, nous promettant qu’un jour il enverrait un messie pour opérer la réconciliation. C’est son arrivée parmi nous que nous fêtons ce soir. Mais il va opérer beaucoup plus qu’une simple réconciliation.
Son arrivée pose un certain nombre de questions. Pourquoi le Père veut-il absolument opérer cette réconciliation et nous réintégrer dans son intimité ? Alors que cela ne lui rapporte rien ? Il n’a besoin de rien ni de personne ? C’est qu’il nous aime, il ne peut donc pas supporter de nous voir déchus, séparés de lui, il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Mais pourquoi envoyer son Fils ? Il aurait pu envoyer un simple prophète faire une proclamation solennelle: Le Seigneur m’envoie vous dire que votre péché est pardonné et qu’à partir de maintenant vous êtes réconciliés avec le Père. Cela aurait suffi. Et puis si le Fils devait venir en personne pourquoi venir au monde comme un enfant nouveau-né et dans une grotte qui servait d’étable, couché dans une mangeoire d’animaux ? C’est indécent, choquant. Dans les premiers siècles de l’Eglise, les non-chrétiens reprochaient aux chrétiens de manquer de respect pour la divinité, en prêchant un Dieu qui se fait homme et dans de telles conditions. Selon eux Dieu ne saurait se faire homme, se mélanger à l’humanité, repaire de tous les vices. Selon eux la divinité devait garder son rang et rester à distance des hommes.
Pourquoi le Père a-t-il envoyé son Fils et dans le cadre d’un tel scenario misérable ? Parce qu’il s’agissait de beaucoup plus que de simplement régler un contentieux qui, traînait depuis pas mal de temps, le Père a voulu profiter de l’occasion pour lancer la nouvelle création de l’humanité à laquelle il pensait depuis toujours. C’est quoi, cette nouvelle création ? Depuis le début du monde jusqu’à Bethléem, l’homme, était un être créé à l’image de Dieu, mais il restait une certaine distance entre lui et Dieu. Désormais en Jésus vrai Dieu et vrai homme, il n’y a plus de distance entre l’humanité et la divinité et à ceux qui vont le recevoir, nous dit l’évangile de St Jean, il va donner le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1,12) Comme disait la prière de l’offertoire du temps de la messe en latin :Dieu qui avait créé l’homme d’une manière admirable, à Noël, le recrée d’une manière plusadmirable encore. C’est cela la joie de Noël, c’est ce nouvel élan, ce renouveau, ce rebondissement pour les hommes, désormais recréés renouvelés, désormais uns avecDieu qui est en eux, C’est cette joie que célébraient le chant des anges dans la nuit de Noël :Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.
Et cette nouvelle création, Dieu a voulu qu’elle se déroule doucement, sans violence, au rythme de la croissance de l’enfant de Bethléem
Sur le coup, personne n’a compris ce qui se passait. L’apparition du Messie sous la forme d’un enfant nouveau-né a déconcerté tout le monde. En Israël on s’attendait à l’arrivée d’un personnage important quelque chose comme un grand prophète, genre Moïse ou Elie et nous-mêmes aujourd’hui, nous avons du mal à admettre qu’il soit venu comme un petit bébé, que Marie sa mère ait dû lui apprendre à parler, à marcher, à faire ses prières. Parce qu’en se faisant homme il a voulu se séparer de ses privilèges divins, les théologiens appellent ça la kénose, et ils ne lui seront rendus que lorsque, recevant le baptême de Jean lors de l’inauguration de son ministère, l’Esprit St descendant sur lui les lui rendra. Nous sommes sans voix devant les manières de faire de notre Dieu. Le créateur du ciel et de la terre qui se fait petit bébé, venant au monde à une époque reculée, à l’écart d’un village perdu dans une grotte qui servait d’étable, couché dans une mangeoire d’animaux…… Quel scenario incroyable ! Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles ! Nous avons un Dieu qui a voulu connaître notre condition humaine. Il a grandi gamin dans un village ; petit à petit il a découvert tous les aspects de la vie des hommes, les fêtes, les mariages, il y a participé : Cana. Il a connu les soucis les tracas, les drames, les mariages qui ne marchent pas :la Samaritaine, 5 maris .. et alors ? elle n’aurait pas demandé mieux que de trouver le bon du premier coup ! Il ne l’a pas rejetée. Il a connu le poids des soucis, des épreuves, des maladies , le drame de la mort, de la mort d’un enfant, la fille de Jaïre, 12 ans, de la mort d’un ami proche : Lazare. On l’avait appelé : celui que tu aimes est malade (Jean 11,3) mais il est arrivé trop tard. Devant le tombeau de Lazare, en voyant les larmes et le chagrin de ses sœurs et de ses amis, même s’il savait qu’il allait le ramener à la vie d’un instant à l’autre, il a craqué. Il n’a pas pu retenir ses larmes. Il a pleuré. On peut s’entendre avec un Dieu comme ça. On peut parler avec un Dieu comme ça. Tout ce qui peut nous arriver, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous. C’est ça la joie de Noël. Notre Dieu, il est de chez nous et à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu (Jean 1,12)Noël, c’est le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu comme l’a si bien dit St Irénée. Il ne vient pas pour que tout continuecomme avant, mais pour que tout recommence mieux qu’avant, et autrement qu’avant avec lui qui nous dit dans l’Apocalypse :Voici que je fais toutes choses nouvelles. (Apoc21,5)
Queretenir de tout cela ?
Noël, c’est plus qu’une réconciliation après une brouille qui aurait duré pas mal de temps c’est même plus encore que le mystère de Dieu qui se fait homme. Comme l’a dit St Irénée, c’est le mystère de l’homme qui se fait Dieu pour que l’homme soit fait Dieu. Pour la première fois, en Jésus, un homme est à la fois Dieu et homme et tous ceux qui l’accueillent sont transformés en lui .
Il n’a pas joué au Dieu avec nous. On ne peut pas s’abaisser plus qu’il ne l’a fait. Il ne laisse personne en dessous. Il vient pour entrer en chacun de nous. Si nous l’accueillons, alors, forts de sa divinité qui habite en nous, nous pourrons tout en celui qui nous fortifie et changer notre monde de violence en un monde de paix, de justice été de charité.
C’est cela la joie de Noël, la folle espérance de Noël. Le monde encore plein d’injustices, de
Violences et de malheurs a besoin de nous, besoin de Lui, besoin de Lui en nous. Il n’est pas
venu pour que tout continue comme avant mais pour que tout recommence mieux qu’avant. Ce
soir, tout pourrait recommencer mieux qu’avant. Cela dépend de nous. Il y a 2.000ans, Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11). Ce soir, tout pourrait changer. Cela dépend de nous. Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je serai près de lui et lui près de moi. (Apoc.3,20) Alors, qui oserait le laisser dehors ?
Elizabeth était âgée et elle allait accoucher. Elle avait besoin d’aide. Marie, sa cousine n’a pas hésité. Elle a traversé tout le pays, du Nord au Sud, de Nazareth en Galilée jusqu’au village d’Aïn Karin en Judée où habitait Elizabeth. Elle a l’a trouvée rayonnante ! Celle qu’on méprisait parce qu’elle était stérile, voilà qu’elle attendait un enfant ! Ne pas avoir d’enfant était considéré comme une honte ou un châtiment. Dans toutes les familles juives, les enfants étaient regardés comme une bénédiction divine. Et puis surtout comme chacun vivait dans l’attente du Messie, les époux qui avaient des enfants, pouvaient se dire ; peut-être que nous ne verrons pas le Messie, mais notre descendance, elle, le verra.
Anne et Zacharie étaient un cas à part. On avait vu Zacharie qui était prêtre sortir un jour du temple où il officiait, fort troublé et devenu soudainement muet. En communiquant par gestes ou par écrit il avait expliqué qu’il avait eu une vision : pendant qu’il officiait un ange lui avait annoncé la naissance d’un fils. Tout le monde était au courant………………….. Marie, Zacharie, Anne, des gens ordinaires, des villageois comme les autres. Les voilà désormais bien en vue, sortis de l’anonymat par le Seigneur qui les appelle à une destinée tout à fait extraordinaire. Lorsqu’ils prennent conscience de ce qui leur arrive, ils laissent éclater leur joie qui s’exprime encore aujourd’hui dans ce qu’on appelle le cantique de Zacharie et le Magnificat.
Mais devant la destinée hors du commun de Marie, d’Anne et de Zacharie, je crains fort que nous en tirions la conclusion fausse qu’une vocation c’est toujours l’histoire d’un homme ou d’une femme que le Seigneur met à partpour un destin hors du commun, tandis que la masse des autres serait laissée de côté. Comme si notre Père du ciel avait des projets pour certains de ses enfants qu’il appellerait à une tâche spéciale tandis qu’il ne s’occuperait pas des autres ! Impensable ! Sans le dire tout haut, au fond, nous pensons que la vocation c’est toujours et uniquement vocation au sacerdoce ou à la vie religieuse. D’ailleurs, c’est un fait, lors des journées de prières pour les vocations on ne prie que pour les vocations sacerdotales et religieuses. Les prêtres, les religieux, les religieuses seraient-ils les vrais enfants de Dieu ceux pour qui il a des projets tandis que les laïcs, seraient des enfants de Dieude second choix , pour ne pas dire des bâtards ! Quelle horreur ! Notre Dieu est un Père. Même les pères de la terre ont le souci de tous leurs enfants. Ils n’en laisseraient jamais un de côté. A plus forte raison notre Père du ciel. Il a des projets pour chacun d’entre nous.
Zacharie, un ange lui est apparu. Marie, l’ange Gabriel lui a annoncé ce qui allait advenir, St Paul a été jeté à bas de son cheval lors d ’une vision sur le chemin de Damas. Est-ce que cela veut dire que toute vocation doit se dérouler dans le cadre d’un scenario spectaculaire ? Pas du tout, mais on peut être tenté de le croire. Or, c’est un fait, les vocations se déroulent de manière beaucoup plus discrète. Concrètement, comment ça se passe ? La plupart du temps, c’est une parole qui touche profondément la personne qui est appelée et elle comprend qu’elle doit orienter sa vie dans telle ou telle direction. Comment se fait-il que si peu de personnes se sentent appelées ? A mon avis, c’est parce que nous ne croyons pas vraiment que le Seigneur communique et de façon habituelle, avec chacun d’entre nous. Facilement nous pensons qu’il ne parle pas à des gens insignifiants comme nous, nous voyons Dieu comme le PDG d’une énorme multinationale qui ne peut pas avoir de relations personnelles avec chacun de ses employés et non pas comme un Père qui a des projets pour chacun de ses enfants. Comme on pense qu’il n’y a rien à entendre, , parce qu’il ne communique guère avec de gens simples comme nous,on ne cherche pas à écouter. Voilà pourquoi si peu de personnes se sentent appelées. Concrètement que faudrait-il faire ? Où est le problème ? Ce n’est pas le Seigneur qui n’appelle pas, c’est nous qui n’entendons pas. Concrètement que faut-il faire pour arriver à repérer les appels du Seigneur ?
D’abord raviver notre foi en Dieu, Père qui s’intéresse à moi comme à n’importe lequel de ses enfants.et non pas comme le PDG d’une multinationale qui ne peut pas s’intéresser à chacun de ses employés. Et ensuite se mettre à l’écouter et à l’interroger, comme St François d’Assise qui demandait fréquemment dans sa prière : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Nous pourrions faire cette prière tous les matins au départ de nos journées, car chaque jour, le Seigneur espère de nous quelque chose. Ne rêvons pas de visions ou d’ apparitions. Le Seigneur vient au fil de nos idées nous tentant d’aller vers le bien comme le diable vient au fil de nos idées nous tenter d’aller vers le mal. Généralement nous savons reconnaître après avoir fait une mauvaise action : le diable m’a tenté. Comment se fait-il que nous acceptions que le diable intervient dans nos vies pour nous tenter de faire le mal et que nous n’acceptions pas que le Seigneur puisse intervenir lui aussi pour nous tenter de faire le bien ? Ne disons pas trop vite ; mais non, ces idées là, ça ne vient pas de Dieu, ça vient de mon imagination. Il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes. D’accord. Mais ce n’est pas une raison pour prendre prendre les lanternes pour des vessies.
Que retenir de tout cela ?
Dans son amour pour nous, le Seigneur appelle chacun d’entre nous à une tâche précise ici-bas. Il ne laisse personne de côté. Chacun de nous fait l’objet d’une vocation. Il est donc capital pour chacun de discerner sa vocation, sous peine de passer à côté de sa. Prions le Seigneur avec le psaume : Fais-moi comprendre et je vivrai. (Ps.118,144) Fais-moi comprendre ce que Tu attends de moi et je vivrai à plein, comprenant l’importance, l’envergure et la valeur de ma vie.
Des apparitions, des visions, des miracles accompagnent certaines vocations dans la Bible. Cela ne veut absolument pas dire qu’une vocation ne peut voir le jour que dans le cadre d’apparitions, de visions ou de miracles spectaculaires. La plupart du temps une vocation naît d’une pensée que le Seigneur fait éclore dans le secret du cœur de celui qu’il appelle et le conduit à orienter ses décisions..
Un jour, sans doute lassé de voir qu’on le comprenait pas, le Christ a posé brutalement la question : Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? (Jean 8,43) Il pourrait encore aujourd’hui, nous poser la même question. Et il a répondu lui-même à la question qu’il avait posée à ses auditeurs. Il n’a pas dit Vous ne comprenez pas mon langage parce que vous ne voulez pas, il a dit Vous ne comprenez pas mon langage parce que vous ne pouvez pas. Et pourquoi ne pouvaient-ils pas comprendre ? Parce qu’ils s’étaient endurcis dans leurs préjugés. Pour eux Dieu ne pouvait pas s’introduire dans la banalité de leur vie quotidienne. D’après eux, il devait garder son rang. Si Dieu leur parlait ce ne pouvait être que dans le fracas du tonnerre et dans un grand déploiement de prodiges spectaculaires et de toute façon s’ il parlait aux hommes, cela ne pouvait être qu’à de gens importants des prophètes, des grands prêtres et pas à d’obscurs croyants.
Devant la crèche de Noël, devant Dieu qui se fait petit enfant, laissons tomber nos préjugés et taisons nous. Lui qui était de condition divine ne s’est pas accroché à son rang, il s’est fait le plus petit possible pour nous relever et nous rehausser jusqu’à lui. C’est fou ! c’est vrai ! mais St Paul l’a constaté avant nous, ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes. (1Cor 1,25)
2e dimanche de l’avent Sophonie (3,14-18a) St Paul, Phil. (4,4-7) Luc (3,10-18)
Que devons-nous faire ? demandent, troublées, les foules qui se pressent autour de J.B. Elles sont troublées parce que traditionnellement on pensait que le Messie quand il viendrait supprimerait toute souffrance et toute injustice ; il apporterait paix et bonheur et restaurerait la grandeur d’Israël actuellement colonisé par les Romains ; en somme, avec lui, ce serait le paradis sur terre. Or J.B. présente le Messie comme un juge sévère qui vient remettre de l’ordre dans le monde pécheur. Dans le passage précédant immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, il interpellait durement ses auditeurs : Engeance de vipères, qui vous a montré le moyen d’échapper à la colère qui vient ? Produisez des fruits de repentir… N’allez pas dire…nous avons pour père Abraham, car je vous le dis, des pierres que voilà, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. Déjà la cognée est à la racine de arbres ; tout arbre qui ne porte pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. (Luc 3,6-9) Surpris et effrayés ils demandent donc au prophète : Que devons-nous faire ?
J.B. recommande alors à tous ceux qui ont de quoi vivre de partager avec les pauvres et de venir en aide à ceux qui ont faim, à ceux qui ont le pouvoir ou l’autorité comme les fonctionnaires, les collecteurs d’impôts ou les militaires de ne pas en abuser pour voler, rançonner, piller ou frapper ceux qui sont sans défense. Il ne parle pas d’observation de la Loi ni de pratiques de piété. Il demande à tous de pratiquer la justice et la charité, reprenant ainsi l’enseignement des prophètes : C’est l’amour que je veux, non les sacrifices. (Osée 6,6) Vos sacrifices, je n’en veux pas … mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. (Amos, 5,22,24) disait déjà le Seigneur par la bouche d’Amos et d’Osée. En demandant de pratiquer la justice et la charité, J.B. exige bien davantage qu’une observation légaliste de la Loi, car la pratique de la justice et de la charité demande une obéissance du cœur inspirée et animée par la sagesse, la miséricorde et la sainteté divines.
Mais peut-on pratiquer en même temps la justice et la charité ? La justice est intraitable tandis que la charité est indulgente. En ce monde, la justice est déterminée par l’autorité du chef ou des responsables d’une société. Elle peut varier et ne pas être la même partout. Ainsi l ’avortement est autorisé dans certains pays tandis qu’il est considéré comme un crime ailleurs. La justice divine, c’est différent. Il n’existe pas d’autorité supérieure qui puisse la définir. Elle ne peut être définie que par Dieu lui-même qui est Amour et qui ne varie pas. C’est pourquoi le Dieu juste de l’Écriture est aussi et en même temps un Dieu de miséricorde. En lui, la justice coïncide avec la miséricorde. Les psaumes le répètent sans fin : Yahvé est justice et pitié (Ps.116,5) Le Seigneur est justice en toutes ses voies, amour en toutes ses œuvres (Ps145,17). Pratiquer la justice pour un croyant, c’est respecter l’ordre de Dieu et l’ordre de Dieu, c’est l’Amour. Comme en Dieu, la justice est inséparable de la miséricorde, non seulement il est possible de pratiquer à la fois la justice et la charité, mais on ne peut pas pratiquer l’une sans pratiquer l’autre en même temps.
En exhortant ses auditeurs à pratiquer la justice et la charité, J.B. cesse d’annoncer le Messie comme un juge sévère. Son annonce du Messie devient alors une bonne nouvelle. Se rendant compte qu’ils le prennent pour le Messie, il les détrompe : Le Messie sera bien mieux que moi. Moi, je ne suis qu’un homme et je vous baptise dans l’eau. Lui il va vous plonger dans l’Esprit Saint et le feu. Vous serez avec lui. Il sera avec vous. Il n’y aura plus de distance entre lui et vous. Il sera avec vous pour vous protéger, pas de loin, depuis son ciel, mais tout près de vous, à vos côtés. Jusqu’à maintenant, c’est seulement de temps en temps que le Seigneur vous visitait et communiquait avec vous par les prophètes. Maintenant il vient en personne et va demeurer au milieu de vous, en permanence, tout le temps. C’est nouveau, inouï, infiniment rassurant. On n’a jamais connu ça dans le passé. Et c’est pourquoi toute la liturgie de la parole dans la messe d’aujourd’hui nous invite à la joie : Pousse des cris de joie, fille de Sion… de tout ton cœur, bondis de joie, le Seigneur est en toi, nous dit le prophète Baruch dans la première lecture, tandis que St Paul insiste : Soyez toujours dans la joie… ne soyez inquiets de rien.
Mais comment peut-on parler de joie alors que nous vivons dans un monde frappé de tant de malheurs ? Famine et misère en Afrique et ailleurs, guerres au Moyen Orient et en Ukraine, oppression et persécutions à l’Est comme à l’Ouest. Si certaines calamités sont épargnées à notre pays, l’extrême précarité, la drogue, le chômage frappent bien des familles autour de nous et la détresse des migrants s’étale sous nos yeux. Comment rester joyeux au milieu de tant de souffrances ? Mais St Paul, comment faisait-il, lui qui vivait dans un monde peut-être pis que le nôtre ? Personne parmi nous n’a eu à supporter ce qu’il a enduré. De tous côtés, il était en butte à l’hostilité et à la violence que ce soit de la part des Juifs, des païens ou des Romains. Il détaille aux Corinthiens tout ce qu’il a enduré : des Juifs j’ai reçu cinq fois les 39 coups, trois fois j’ai été flagellé, une fois lapidé, trois fois j’ai fait naufrage…dangers des fleuves, dangers des brigands, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans la ville, dans les déserts, sur mer, dangers des faux frères, fatigue et peines, veilles, faim et soif, froid et dénuement. Et il mourra martyr, décapité, en 67. Comment St Paul pouvait-il encore dire, malgré tout : Soyez toujours dans la joie ? c’est que lui vivait vraiment en communion avec le Christ, comme il le dit aux Galates : Je vis, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. (Gal 2,20) Il était comme possédé par ce Christ qui l’animait, qui était à la racine de tout lui-même, de ses paroles, de ses décisions comme de ses actes et dont l’amour le submergeait ainsi qu’il le dit aux Romains Oui j’en ai l’assurance, ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, …rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ. (Rom.8, 38,39).
A la différence de St Paul, peut-être que nous ne réalisons pas notre chance d’avoir, depuis le premier Noël, il y a deux mille ans, Dieu avec nous. Il est même mieux présent à nous qu’au temps des apôtres. En ce temps là, s’il était à Jérusalem, les habitants de Capharnaüm ne pouvaient pas le voir et s’il était à Nazareth, les habitants de Béthanie ne pouvaient pas le voir, tandis qu’aujourd’hui que nous soyons à Lille, à Marseille ou à New York , le Seigneur est non seulement avec nous, mais en nous, depuis le jour de notre baptême. L’ennui c’est que nous, nous ne sommes pas toujours avec lui. La plupart du temps, nous agissons pour le mieux, certes, honnêtement, nous n’avons aucune intention de faire le mal, mais nous agissons comme s’il n’existait pas. C’est seulement en cas de coup dur, quand surviennent les difficultés que nous nous tournons vers lui Et encore, c’est pour lui demander de nous aider à réaliser nos projets, parce que nous oublions que lui aussi a des projets pour nous et pour le monde. Et surtout nous oublions que le Seigneur qui vient nous confie le monde pour le transformer comme il voudrait qu’il soit, et qu’il demande d’en faire un royaume de paix de justice et de charité.
Que retenir de tout cela ?
Que devons-nous faire ? Pour commencer, réjouissons nous. Notre Dieu ne reste pas dans son ciel, loin de nous. Il vient parmi nous, au milieu de nous. Qu’est-ce qu’il vient faire ? Il vient nous donner sa vie, son dynamisme, son amour. Que devons-nous faire pour accueillir comme il convient le Seigneur à Noël ? Recevoir avec enthousiasme cette vie, ce dynamisme, cet amour qu’il veut partager avec nous pour transformer notre monde encore plein d’injustices, de conflits et de haine en un monde où il y ait davantage de paix, de justice et de charité.
Cet évangile nous rapporte les débuts de la prédication de J.B. où il exhorte ses auditeurs à se convertir, car la venue du Messie est imminente. Reprenant l’enseignement d’Isaïe : Préparez la venue du Seigneur, J.B. y ajoute une invitation à recevoir un baptême de conversion pour le pardon des péchés. De quoi s’agit-il ? Pour bien comprendre, regardons de près le sens des mots dans ces deux expressions : baptême de conversion et pardon des péchés.
Baptême Evidemment, ici, rien à voir avec le sacrement de baptême qui nous donne la vie de Dieu et fait de nous ses enfants. Au moment où J.B. parle, les sacrements n’existent pas encore. Il emploie le mot baptême dans le sens qu’il avait alors, c’est-à-dire engagement, plongée dans. Lorsque quelqu’un s’engageait dans l’armé ou la fonction publique, on parlait de baptême de militaire ou de baptême de fonctionnaire. Recevoir un baptême de conversion, cela veut dire s’engager dans une démarche de conversion.
Maintenant le mot conversion. Ce mot français n’exprime pas tout ce que dit le mot grec métanoïa employé par St Luc, qui signifie deux choses : changement de mentalité et retour vers Dieu. Changement de mentalité, donc on abandonne une manière de vivre qui était mauvaise pour en prendre une autre, ce qui implique qu’on se repent, mais on n’en reste pas là, car avec le repentir, on resterait tourné vers le passé. Ce qu’on veut avec la métanoïa, c’est, à partir de maintenant, changer, vivre autrement, s’engager dans l’avenir. Et comme la métanoïa implique le retour vers Dieu, ce changement tourné vers l’avenir, ce vivre autrement à partir de maintenant, ce n’est pas n’importe quoi, c’est revenir vers Dieu, orienter sa vie selon la volonté de Dieu. Donc quand il invite ses auditeurs à recevoir un baptême de conversion, J.B.les invite à faire une démarche de conversion par laquelle ils s’engagent à changer de vie pour désormais diriger leur vie selon la volonté de Dieu.
Mais pourquoi s’engager dans cette démarche de conversion ? Qu’est-ce que ça rapporte ? Si on s’engage dans un processus de conversion c’est en vue d’obtenir le pardon des péchés. Et là encore le mot français pardon ne rend pas tout ce qu’exprime le grec : aphèsin amartion. Le mot grec aphèsin dit plus qu’un simple pardon superficiel qui recouvrirait les péchés comme une couche de peinture propre recouvrirait un mur sale, mais la saleté demeurerait en dessous. Le mot aphèsin veut dire extirper, détruire complètement les péchés. Le pardon des péchés obtenu par la conversion, en extirpant complètement le péché, va purifier notre cœur en profondeur et même le changer, suivant la promesse faite en Ezechiel : je vous donnerai un cœur nouveau (Ez.36,26)
En un mot, devant l’imminence de la venue du Messie, J.B. invite ses auditeurs à se convertir pour obtenir le pardon de leurs péchés. Cette conversion consiste à s’engager, à changer de mentalité et à mener sa vie à partir de maintenant selon la volonté de Dieu. Cet engagement était symbolisé par le geste de se plonger dans l’eau qui purifie. Et le pardon des péchés obtenu fait plus que d’effacer les péchés, il nous purifie en profondeur et change notre cœur jusqu’à le rendre semblable au cœur du Christ. En malgache , on dit que lorsqu’il nous pardonne, le Seigneur transfère son cœur dans le nôtre.
Nous aussi aujourd’hui, à trois semaines de Noël, l’évangile nous invite à préparer le chemin du Seigneur. Il y a peut-être des broussailles à dégager pour qu’il puisse passer. Nous nous préparons à la fête de Noël, mais nos cœurs sont peut-être un peu encombrés pour accueillir vraiment le Seigneur qui vient. Personne ne voudrait le laisser dehors. Quand il est venu pour la première
fois, cela ne s’est pas très bien passé. Toutes les portes se sont fermées devant lui. Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11) Nous n’avons pas envie que cela recommence cette année. Mais peut-être nos cœurs sont-ils quand même encore trop encombrés pour que le Seigneur puisse vraiment y pénétrer. Il y du nettoyage à faire. Traditionnellement des confessions ou des cérémonies pénitentielles sont organisées. Dans le sacrement de réconciliation le Seigneur, en nous accordant son pardon, change notre cœur. Ne ratons pas cette occasion de nous laisser renouveler. Qu’est-ce qu’il faudrait changer dans ma vie pour que ça aille mieux, pour que ça aille comme le Seigneur voudrait que ça aille ?
Si je rencontrais le Seigneur, et c’est ce que nous faisons dans le sacrement de réconciliation, qu’est-ce que je lui demanderais de m’aider à améliorer dans ma vie personnelle, dans mon foyer dans mon travail ? La conversion la plus urgente que nous avons à faire, c ’est certainement de bazarder nos idées fausses sur la confession. Si vous demandez à n’importe qui : la confession, c’est quoi ? Il vous dira à tous les coups : c’est dire ses péchés. C’est faux. La confession ce n’est pas fait pour les péchés, c’est fait pour après, pour le changement, pour la conversion. On a fait mal, on le reconnaît, on le regrette, mais maintenant, c’est décidé, on va faire autrement. Et c’est ça le but de la manoeuvre. On ne va pas se confesser pour dire ses péchés, mais pour obtenir le pardon de ses péchés et s’engager dans une vie renouvelée, dirigée désormais selon la volonté de Dieu.
Comme le plus pénible, c’est l’aveu de fautes on ne voit plus que ça. Au point que quelquefois de bons chrétiens venus se confesser s’en vont après avoir dit leurs péchés, sans attendre l’absolution. Dans mes premières années de sacerdoce, à ce moment là on utilisait toujours les confessionnaux, ça m’est arrivé de voir des personnes quitter le confessionnal aussitôt après s’être accusés de leurs fautes. J’étais embarrassé. Quoi faire ? je leur donnais l’absolution dans le dos !!! Le sacrement de réconciliation comporte quatre temps la contrition, l’aveu des fautes, l’absolution et le 4° temps, le plus important (ce qu’on appelait autrefois pénitence), le changement, la conversion. C’est pourquoi je pense que s’il est indispensable quand nous allons recevoir le sacrement de la réconciliation de faire son examen de conscience pour bien voir : je dois demander pardon pour telle et telle faute que j’ai commise, puisque le but de ce sacrement, c’est la conversion, il faudraitaussi que je réfléchisse : quelle conversion, quel changement dois- je faire dans ma vie. ? Et si vous ne voyez pas quel changement vous devez faire, demandez à votre mari, à votre femme, à votre meilleur ami, vous verrez, eux, ils vous diront tout de suite le changement que vous devriez faire dans vos façons de faire !!!
Que retenir de tout cela ?
A l’approche de Noël, l’évangile nous invite à nous convertir, afin de vivre davantage en accord avec le Seigneur. Profitons du sacrement de réconciliation en vue de redémarrer autrement, en dirigeant notre vie davantage selon la volonté de Dieu. Regardons vers l’avenir : Qu’est-ce que je dois changer dans ma manière de faire ? A Noël, on se fait des cadeaux. Ce ne serait pas une mauvaise idée d’offrir cet effort de changement, de conversion au Seigneur, comme cadeau de Noël. Profitons de ces trois semaines qui nous restent avant les fêtes pour y réfléchir. Cette année, qu’est-ce que je vais lui offrir, au Seigneur, pour son Noël ?
Jérémie (33,14-16) Paul (Thess. 3,12-4,2) Luc (21,25-28 ; 34-36)
Le Seigneur reviendra à la fin des temps rassembler tous les élus. Il faut nous tenir prêts pour ce jour-là. Voilà ce que nous dit l’évangile d’aujourd’hui.
Après avoir fait un tableau effrayant des évènements terrifiants qui vont s’abattre sur le monde à la fin des temps : la mer et les flots déchainés, des signes dans les cieux, sur la terre les hommes mourront de peur, etc., le Seigneur conclut, c’est étonnant, sur une note optimiste : Quand ces évènements commenceront, redressez-vous et relevez la tête car votre délivrance approche.. En effet, il reviendra rassembler tous ceux qui lui auront été fidèles au cours de leur vie ici-bas dans un monde nouveau où la mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni cri ni souffrance car le monde ancien aura disparu dit l’Apocalypse,(21,43)
Voilà qui bouscule notre manière de voir les choses. Nous, ce qui retient notre attention, parce que cela nous fait peur, c’est la fin du monde. L’évangile d’aujourd’hui remet les choses en place : la fin du monde, ce n’est qu’une partie du processus de l’avènement d’un monde nouveau lors du retour du Seigneur La fin du monde, il faut la prendre pour ce qu’elle est : un effet secondaire de l’avènement d’un monde nouveau. Exactement comme la destruction des champs de blé mûr n’est qu’un moment dans le processus du triomphe de la moisson, un effet secondaire du triomphe de la moisson. La fin des champs de blé ? Peu importe. Ce qui compte c’est la moisson. La fin du monde ? Peu importe. Ce qui compte c’est le monde nouveau dans lequel il faut nous préparer à rentrer.
D’autant plus que St Mathieu dans son évangile précise Le Fils de l’homme reviendra à la fin des temps dans une nuée avec puissanceet grande gloire, (Luc 21,28) pourrendre à chacun selon sa conduite nous dit l’évangile selon St. Mt.(16,27) Il s’agit donc de veiller afin d’être prêt. D’être prêt à quoi ? A rencontrer le Seigneur à la fin de temps ? Oui, mais pas seulement. Comme ce jour-là il rendra à chacun selon sa conduite durant sa vie, veiller afin d’être prêt à rencontrer le Seigneur à la fin des temps demande que l’on veille dès maintenant, à avancer chaque jour avec lui vers ce dernier jour. Comment faire pour marcher avec le Seigneur, chaque jour ? Il ne devrait pas y avoir de problème puisqu’en prenant congé de ses disciples, il a promis : Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. (Mt.28,20)
Malheureusement, nous ne savons pas reconnaître sa présence dans le courant de nos journées. Nous sommes comme les disciples d’Emmaüs qui avancent sur le chemin, pas très gais, se croyant tout seuls alors qu’Il est là, avec eux. Lui est avec nous, mais nous ne sommes guère avec lui. Comme le dit avec humour la boutade bien connue: Mon Dieu, s’il est vrai que vous êtes partout, comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ? Ce n’est pas que nous ne voulions pas le reconnaître, c’est plutôt que nous ne savons pas le reconnaître
Comment remarquer sa présence et marcher avec lui ? En relevant tout ce qu’il y a de bien dans notre vie et dans la vie de ceux qui nous entourent. Parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc, chaque fois que quelqu’un quelque part dans le monde, pense, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là, présent, qui le rend capables de ce bien. Par conséquent, c’est à moi de veiller pour repérer le bien dans le monde et y reconnaître la présence de Dieu…
On nous a appris à faire notre examen de conscience pour repérer le mal que nous avons fait et nous en repentir. C’est très bien et il faut continuer. Mais pourquoi ne regarder que le mal pourquoi ne pas regarder aussi le bien que nous avons fait, remercier Dieu qui nous en a rendu capables, et lui demander de nous aider à continuer à avancer avec lui.
On peut aussi remarquer la présence de Dieu à l’œuvre dans nos journées, à travers les sacrements, en particulier l’eucharistie Qu’est-ce qui se passe à la messe ? Dans l’action de grâces, nous offrons au Père le sacrifice de du Christ : Reçois le sacrifice de ton Fils mort pour nous sur la croix il y a 2.000 ans. Que ce sacrifice nous obtienne aujourd’hui encore le pardon de nos fautes et nous établisse en communion avec Toi. C’est ça l’essentiel de la messe. Mais en même temps nous offrons notre vie, notre travail, à travers le pain et le vin qui ne sont pas symboles du corps et du sang du Christ, mais fruits de la terre et du travail des hommes et nous demandons au Père de consacrer ces offrandes que nous lui apportons pour qu’elles deviennent, pour que nous devenions, le corps et le sang de Jésus Christ Notre Seigneur. Autrement dit la messe nous christi-fie, nous fait christs, nous fait devenir toujours plus un avec le Christ. En sortant de notre messe du dimanche, nous repartons à nos occupations avec le Christ. Et de semaine en semaine nous avançons ainsi, prêts pour la rencontre finale avec le Seigneur qui nous attend parce qu’il veut que là où il est, nous soyons nous aussi avec lui. (Jean17,24)
Que retenir de tout cela ?
Veiller afin d’être prêts à la rencontre avec le Seigneur à la fin de temps demande que l’on veille dès maintenant à marcher avec lui chaque jour vers cette rencontre finale. Comment faire pour marcher avec lui chaque jour ? Il n’y a pas de problème puisque, il nous l’a dit : Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) L’ennui, c’est que nous ne savons pas repérer sa présence à nos côtés. Il faudrait nous exercer à repérer sa présence à travers le bien que nous faisons ou que d’autres font autour de nous. Comme Dieu est la seule source de bien dans le monde, il est là dans tout ce qui se pense se dit ou se fait de bien dans le monde.
Il est là encore à travers les sacrements, en particulier l’Eucharistie qui renforcent notre union avec lui inaugurée le jour de notre baptême et nous permettent d’avancer avec lui jusqu’au jour où il nous accueillera définitivement.
Ces temps-ci, les textes de l’Ecriture nous parlent souvent des bouleversements de la fin des temps. Pourtant cela ne peut pas nous effrayer. Ce serait offenser Dieu que d’en éprouver de la crainte. Il n’a pas créé le monde dans le but de le détruire ensuite car je suis Dieu et pas homme et je n’aime pas à détruire nous dit-il par la bouche du prophète Osée (Osée11,9) Il n’a pas créé les hommes dans le but de les exterminer ensuite. Ils seront son peuple et lui sera le Dieu qui est avec eux. (Ap. 21,3) dit encore l’Ecriture.
Pilate interroge directement Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Il voudrait y voir clair. Il sait que les Juifs attendaient un Messie qui restaurerait la souveraineté d’Israël en chassant le colonisateur romain. Il est donc inquiet. Il veut clarifier la situation. Jésus aussi. C’est pourquoi il demande à Pilate si c’est lui qui le traite de roi ou si c’est la foule. Pilate se défend : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait de mal ? Autrement dit : moi je ne comprends rien à vos histoires de Juifs, ce que je veux savoir, c’est ce qu’on te reproche. Jésus ne répond pas à cette dernière interrogation de Pilate mais revient sur la question de la royauté : ma royauté n’est pas de ce monde. Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut la reléguer dans un domaine supraterrestre, en dehors de ce monde. Si on regarde de près le texte grec de l’évangile on voit que le Christ dit : ma royauté ne vient pas de ce monde : è basileia è émè ouk estin ek tou kosmou toutou mais il ne dit pas : ma royauté ne s’exerce pas dans ce monde.Et ilcontinue en expliquant : si ma royauté était de l’espèce des royautés qui viennent de ce monde mes troupes se seraient battues pour que je ne sois pas arrêté, avant de répéter une deuxième fois : ma royauté ne vient pas d’ici.
Les royautés qui viennent d’ici, c’est quoi ? Ce sont des royautés reposant sur un pouvoir politique, sur la puissance des richesses ou sur la force des armes. Le royaume du Christ ne repose pas sur de telles bases d’ordre terrestre. Mais comment peut-on encore lui donner le titre de roi si son pouvoir royal ne repose ni sur le pouvoir politique, ni sur la puissance militaire ni sur le prestige de richesses comme le pouvoir de tous les rois que nous connaissons. Pourquoi lui donner encore le titre de Roi ? Pour deux raisons : en tant que Créateur et en tant que Rédempteur.
En tant que Créateur, maître de l’univers, on peut légitimement le considérer comme Roi. Encore faut-il bien voir que cette création n’est pas une manifestation de puissance. S’il a tout créé, alors qu’il n’avait besoin de rien ni de personne, c’est parce que, poussé par son amour, il a voulu partager avec nous sa vie et son bonheur. Sa création est donc une manifestation d’amour. Le Christ n’est donc pas Roi en tant que créateur tout puissant, il est Roi en tant que Créateur par la toute-puissance de son amour.
Mais surtout on peut donner au Christ le titre de Roi en tant que Rédempteur. Et là encore, si par sa passion et sa résurrection, il nous a rachetés et a vaincu le mal, le péché et la mort, ce n’est pas en vertu de sa toute-puissance, mais par la toute-puissance de son amour. En effet pourquoi a-t-il voulu nous racheter ? Il n’avait pas besoin de nous. Si par le péché, nous étions séparés de lui, lui n’y perdait rien, et pour nous eh bien tant pis ! Mais dans son amour, il n’a pas voulu que nous restions séparés de lui, il a voulu que nous puissions partager sa vie et son bonheur. C’est par amour pour nous qu’il s’est livré à ses ennemis. Déjà vainqueur du mal et du péché par sa mort sur la croix, sa résurrection au matin de Pâques manifestera son triomphe sur la mort. Un tel triomphe du Rédempteur sur le mal, le péché et la mort légitime son titre de Roi. Sa royauté, il ne l’a pas conquise à coups de canons ni à coups de dollars mais à coups d’amour, si j’ose dire.
Mais si la royauté du Christ, ne repose pas comme les royautés que nous connaissons sur des fondements terrestres : un pouvoir politique, une force militaire ou une puissance financière, néanmoins elle s’exerce quand même, comme toute autre royauté, dans le quotidien de la vie d’ici-bas et il explique à Pilate que sa tâche de roi consiste à rendre témoignage à la vérité. Qu’est-ce que ça veut dire ? De quelle vérité et de quel témoignage s’agit-il ?
Dans le langage courant, la vérité, c’est ce qui est conforme au réel. La vérité se dit dans des paroles qui expriment elles-mêmes des idées qui correspondent à la réalité. La vérité, c’est uncontenu intellectuel. Dans la Bible, la vérité, c’est ce qu’on expérimente comme solide, sûr, digne de confiance, sur quoi on peut s’appuyer, c’est-à-dire Dieu, la fidélité de son amour, La vérité, dans la Bible, ce n’est donc pas une somme de connaissances à conquérir par un effort de pensée, c’est une manière de vivre en communion avec ce qu’on expérimente comme solide, sûr, digne de confiance, c’est-à-dire avec Dieu et la fidélité de son alliance avec nousdans l’amour.
Et quand le Christ dit Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité, cela veut dire qu’il est venu exposer par toute sa vie, son enseignement et ses miracles qui est Dieu, quelle est sa sagesse, sa justice, comment est son amour dans une fidélité qui ne vacille jamais. Qui est Dieu, comment Dieu est, cela nous dépasse tellement, qu’il n’arrive même pas à nous le faire comprendre mais il promet d’envoyer son Esprit qui nous fera accéder à la vérité tout entière. (Jean 16,13) Mais cette vérité encore une fois, n’est pas un savoir pour l’intelligence c’est une parole de vie, une parole à vivre. Déjà dans l’Ancien Testament, le psalmiste lorsqu’il prie ne dit pas : Fais moi comprendre et je saurai, il dit Fais moi comprendre et je vivrai (Ps.118,144)
Dire que le Christ est Roi et que sa royauté est fondée sur l’amour, qu’est-ce que ça change pour nous ? Dire que la royauté du Christ est fondée sur l’amour, c’est dire aussi qu’elle est fondée sur le service. Car l’amour n’est pas un sentiment agréable niché dans le fond du cœur et dont il n’y aurait plus qu’à jouir confortablement. L’amour s’exerce toujours dans le service de ceux qu’on aime, dans la peine qu’on prend pour ceux qu’on aime et cela peut aller jusqu’au sacrifice suprême, le Christ en sait quelque chose. Or depuis notre baptême, greffés sur le Christ, nous sommes aussi greffés sur cette royauté qui s’exerce dans le service et le don de soi. Cela veut dire que si nous sommes chrétiens, notre vie doit être une vie de service et de don de soi. St Jean nous prévient dans sa première épître : Celui qui prétend demeurer en lui doit se conduire comme lui-même s’est conduit. (1 Jean 2,6) Lui Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1 Jean 3,16) cela ne veut pas dire que nous sommes tous destinés à mourir en croix ou promis à des sacrifices héroïques et spectaculaires, mais cela veut dire que notre vie doit être une vie de service, chaque jours, dans la banalité du quotidien, que ce soit pour passer la nuit au chevet d’un enfant malade ou pour passer le sel à son voisin de table, ne perdant jamais de vue que ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)
Que retenir de tout cela ?
Le Christ est Roi et plus que n’importe que roi de la terre, en tant que maître de l’univers qu’il a créé non pas pour donner un peu d’exercice à sa toute-puissance, comme un athlète ferait jouer ses muscles, mais parce que, poussé par son amour, il a voulu partager avec nous sa vie et son bonheur.
Il est Roi plus que n’importe quel roi de la terre parce qu’à travers sa Passion et sa Résurrection, son amour a triomphé du mal, du péché et de la mort, en même temps qu’il nous a réconciliés avec le Père. Sa royauté, il ne l’a pas conquise à coups de canon ou à coups de dollars, mais par la puissance de son amour dont rien ne peut venir à bout. C’est une royauté d’amour qui s’exerce dans le service et le don de soi ;
Et nous, greffés sur le Christ par notre baptême nous partageons sa royauté c’est-à-dire le devoir de service et de don de soi par lesquels s’exerce la royauté de ce roi dont le sceptre est la croix et la politique, le lavement des pieds, la réconciliation avec le Père dont personne n’est exclu.
En découvrant l’infinie générosité de Dieu, tout ce qu’il a fait et continue de faire pour nous, naturellement s’éveille en nous un sentiment de reconnaissance qui nous fait aimer Dieu en retour.
Plus besoin d’explications, plus besoin d’ordre ni de commandement. La reconnaissance nous amène à l’aimer. Cela va de soi. On ne peut pas faire autrement. Non seulement il nous donne la vie et l’univers qu’il nous confie, mais il veut partager avec nous tout ce qu’il est et tout ce qu’il a. Il nous montre par là ce que c’est qu’aimer quelqu’un : ce n’est pas seulement être attiré par lui et jouir de ses qualités, (même si cela commence par là), c’est surtout le faire être, tout faire pour qu’il soit heureux et trouver sa joie et son bonheur jusque dans la peine qu’on se donne pour lui. Comme dit l’adage bien connu : Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Donc, pour nous, aimer Dieu, ce n’est pas seulement jouir, profiter de ses bontés, c’est aussi tout faire pour que sa volonté soit faite et que son règne advienne sur toute la terre.
Mais le Christ ajoute au premier commandement d’aimer Dieu, le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même et il précise : il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. Impossible de séparer ces deux commandements. Comme Dieu aime tous les hommes sans exclure personne, si je prétends aimer Dieu, il faut aussi que comme lui, j’aime mon prochain, sans exclure personne. D’ailleurs le Christ le demande: Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. (Jean 15,12) Comment nous aimait-il ? Il n’excluait personne, mais il n’aimait pas forcément tout le monde de la même manière. Il avait des préférences. L’évangile nous parle de Jean comme du disciple que Jésus aimait (Jean 13,23) il est donc normal et légitime d’aimer davantage ceux qui nous sont proches ou ceux dont nous apprécions les qualités que les habitants de Tokyo ou de Vladivostok dont nous ignorons tout ! Mais nous devons avoir envers tous les hommes, comme le Seigneur, ce parti pris de vouloir les faire être, de vouloir leur bien, leur prospérité, leur bonheur.
Les vraies difficultés commencent avec ceux qui ne nous sont pas sympathiques ou pire encore les malfaiteurs caractérisés, voleurs ou assassins. Le Seigneur est mort pour eux aussi, nous ne pouvons pas les exclure. Comment pouvait-il les aimer ? Il ne les aimait pas pour le mal qu’ils avaient commis mais parce que tout pécheurs qu’ils étaient, il les voyait comme encore capables de se repentir un jour… Cela ne veut pas dire que sous prétexte de charité chrétienne je dois faire confiance aux escrocs et confier la garde de mes enfants à mon voisin qui est pédophile quand je vais faire mes courses. Cela veut dire que, comme le Christ nous ne devons jamais juger quelqu’un comme définitivement mauvais et le rejeter, mais nous devons le regarder comme un malheureux toujours capable de revenir vers le bien. Comme le Christ nous devons toujours être à l’affût du moindre signe de repentir chez lui pour l’accueillir comme il a fait avec le bon larron.
Par la manière dont Dieu nous aime, il nous apprend qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement jouir des qualités qui nous attirent chez lui, c’est aussi tout faire pour le rendre heureux et trouver joie et bonheur dans la peine qu’on se donne pour lui.
Pourquoi aimer Dieu ? Parce qu’il ne se dresse pas devant nous comme une Toute Puissance redoutable qui garderait ses distances avec nous, mais comme un Dieu-Amour qui dans la toute puissance de son amour nous regarde comme ses enfants avec qui il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Nous lui devons tout : la vie, toutes nos qualités et nos talents, l’univers qui nous entoure avec toutes ses merveilles. Même lorsque nous nous rebellons contre lui, il nous pardonne et persiste à vouloir nous rendre semblables à lui. C’est pourquoi, avant même d’être un commandement, aimer Dieu c’est un devoir de reconnaissance, nous ne pouvons pas faire autrement.
Pourquoi aimer les autres ? Parce que le Seigneur les aime, tous, sans exclure personne, même les pécheurs et les mauvais que le Seigneur regarde comme toujours capables de revenir vers le bien. Si nous avons du mal à y parvenir, rappelons nous que le premier dont nous nous sommes sûrs qu’il est au ciel c’est un gangster. Le Seigneur lui a donné sa parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23,43).
33e dimanche T.O. B : Dn 12,1-3 ;He 10,11-14,18; Mc 13,24-32.
Cet évangile annonce le retour triomphal du Fils de l’homme venant sur les nuées avec grande puissance et grande gloire rassembler les élus des quatre coins du monde, après une grande détresse, où le soleil, la lune et les étoiles s’obscurciront tandis que les puissances célestes seront ébranlées. Comme nous ne connaissons pas la culture de l’orient antique nous pensons : cet évangile nous parle de deux choses ; d’abord il y aura la fin du monde et puis après il y aura le retour triomphal du Seigneur qui rassemblera les élus. C’est faux. Dans l’antiquité orientale, les astres étaient les divinités païennes maitresses de l’univers. Par conséquent, lorsque Jésus annonce l’éclipse du soleil et de la lune et la chute des étoiles il n’annonce pas la fin du monde il annonce le triomphe du Dieu unique sur l’idolâtrie païenne. Il ne parle que d’une chose : du retour triomphal du Seigneur venant rassembler les élus, ce qui entraînera la fin du vieux monde en vue de l’apparition du monde nouveau. Mais cette fin du monde n’est qu’un moment du retour triomphal du Seigneur dans le monde nouveau, pas davantage. La fin du monde n’est pas une réalité à part mais seulement une partie du processus de l’avènement d’un monde nouveau. Il me semble que l’évangile d’aujourd’hui nous invite à changer notre manière de parler, donc notre manière de penser et donc aussi notre manière de croire. Nous souffrons d’une myopie spirituelle qui nous enferme dans un univers étriqué et pessimiste. Pourquoi parlons-nous toujours de la fin du monde et n’allons-nous pas jusqu’à parler de l’avènement du monde nouveau qui lui succèdera ? Myopie. Le projet de Dieu n’est pas de détruire le monde mais d’instaurer un monde nouveau. Pourquoi parlons-nous toujours de la mort et n’allons-nous pas jusqu’à parler de la vie nouvelle auprès du Seigneur, qui nous attend après la mort ? Myopie. Pourquoi parlons-nous toujours d’enterrement, ce qui convient puisque le corps des défunts est déposé en terre, mais pourquoi n’allons-nous pas jusqu’à parler d’enciellement, ce qui conviendrait tout autant ? Myopie. Pourtant le Seigneur est formel : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi. (Jean 14,3) Je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés, Père, soient eux aussi, avec moi. (Jean 17,24) Il faudrait songer sérieusement à extirper de notre foi le masochisme qui nous pousse à croire que tout ce qui touche la religion doit être triste, pénible, voire angoissant. C’est vrai qu’on ne voit nulle part une statue ou une image du Christ riant ou simplement souriant ! Pourtant St Luc, même en parlant des catastrophes qui accompagneront la fin du monde, laisse percer l’espérance : Quand ces évènements commenceront à se produire, dit-il, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche. (Luc 21,28) La fin du monde, il faut la remettre à sa place, il faut la prendre pour ce qu’elle est : ce n’est qu’un effet secondaire de l’avènement d’un monde nouveau où la mort ne sera plus il n’y aura plus ni deuil, ni cri ni souffrance car le monde ancien aura disparu dit l’Apocalypse(21,4) Toutefois l’avènement de ce monde nouveau s’accompagnera, il ne faut pas l’oublier, du jugement où il sera rendu à chacun selon ses œuvres. Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire du Père ; et alors il rendra à chacun selon sa conduite nous dit l’évangile de St Mt.( 16,27). Il faudrait donc penser à gérer notre vie en gardant en point de mire la rencontre avec le Seigneur lors de la fin de notre temps. Il faudrait envisager de soigner notre myopie spirituelle qui nous empêche de voir la véritable fin de notre vie et la valeur de nos actes par rapport à cette fin.Myopes, nous voyons notre vie comme une réalité qui se déroule dans un univers profane. Notre vision, trop courte, ne va pas jusqu’à voir que notre vie, dès le départ, vient déjà de Dieu, que chaque jour de notre vie nous rapproche de Dieu et que finalement le jour de notre mort elle nous ramène chez Dieu. Myopes, nous voyons notre travail comme une activité profane : le moyen gagner honnêtement notre vie, de subvenir aux besoins d’une famille ou de développer l’économie d’ un pays. Notre vision, trop courte, ne va pas jusqu’à voir la valeur spirituelle devant Dieu de tout travail. Myopes, nous ne voyons pas qu’en travaillant nous restons connectés avec Dieu, puisqu’en travaillant nous mettons en jeu les talents que le Seigneur nous a donnés : l’intelligence, le courage etc. et puisqu’ en travaillant nous accomplissons la vocation que le Seigneur nous a confiée en nous plaçant quelque part dans le monde pour y accomplir une tâche précise. Myopes, nous ne voyons pas la valeur de service des autres que comporte notre travail, au minimum je travaille pour assurer un niveau de vie décent aux miens, toujours, à travers mon travail, je rends service aux autres autour de moi, que je sois femme au foyer, instituteur, infirmière, commerçant, conseiller municipal, chauffeur d’autobus etc. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40) dit le Seigneur. Et enfin, myopes, nous ne voyons pas que notre travail transforme, améliore, développe la création. Pensez aux réalisations extraordinaires qui ont transformé le monde rien que dans les cent dernières années dans tous les domaines, la médecine, la chirurgie, la radio, la télévision, les transports, les télécommunications, l’informatique, etc. Par conséquent au lieu de voir notre travail avec un regard myope comme un simple moyen de bien gagner sa vie dans un emploi intéressant, prolongeons notre regard jusqu’à voir que notre travail, bien plus qu’un simple gagne-pain, est une collaboration au développement et à l’épanouissement de la création. Alors nous aborderons avec sérénité le jour du jugement où le Fils de l’homme rendra à chacun selon sa conduite, puisque nous aurons accompli la tâche qu’il nous a confiée. Lui qui, une prière de la messe nous le rappelle, nous a confié l’univers afin qu’en le servant nous régnions sur la création.
Que retenir de tout cela ?
L’évangile d’aujourd’hui qui nous annonce le retour triomphal du Seigneur venant rassembler les élus des quatre coins du monde, à la fin des temps, nous invite à mener notre vie en gardant en point de mire ce jour où il sera rendu à chacun selon sa conduite. Cela ne veut pas dire que nous aurons à vivre dans la crainte. Ce serait blasphématoire d’imaginer Dieu nous attendant au tournant pour nous coincer. Le Seigneur qui s’est imposé cette vie dure que fut la sienne de la crèche à la croix ne va pas ensuite chercher à nous piéger. L’évangile d’aujourd’hui nous demande simplement de ne pas nous enfermer dans nos étroitesses, de dépasser la signification immédiate de notre vie et de notre travail dans laquelle notre myopie nous confine, il nous invite à voir la grandeur de notre destinée et l’infini du bonheur auquel nous sommes appelés. Myopes et le nez contre, nous sommes peut-être comme ces ouvriers d’un chantier naval dont parle saint Exupery dans une parabole que je vous ai déjà citée : le charpentier te parle de ses planches, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles, mais tous oublient la mer.
(Fromelles, 10 novembre 202431e dimanche T.O. année B, 1 R 17, 10-16, He 9,24-28, Mc 12,38-44)
L’évangile d’aujourd’hui nous transporte au Temple de Jérusalem où Jésus regardant la foule qui circule sur les parvis met en garde ceux qui l’écoutent contre l’orgueil et l’hypocrisie des scribes tandis qu’il fait l’éloge de la pauvre veuve qui passe inaperçue de tous quand elle dépose une offrande apparemment modique mais pourtant très généreuse.
Qui sont les scribes ? Ce sont des copistes, des greffiers attachés au service du culte. La plupart d’entre eux faisaient partie de la secte des Pharisiens. Ceux-ci formaient une confrérie de dévots très soucieux de se maintenir avec ferveur dans la fidélité à la Loi. Ce qui était très bien, sauf que, fiers de leur savoir en matière de religion et de leur zèle à pratiquer minutieusement la Loi, ils regardaient de haut la masse des croyants peu instruits pour ne pas dire ignorants. Ils tenaient à être vus faisant de longues prières dans les lieux publics, cherchant par tous les moyens à être admirés, comme d’ailleurs un certain nombre de prêtres et de docteurs de la Loi.
Qu’est-ce que Jésus leur reprochait exactement ? Leur orgueil, bien sûr, mais plus encore leur hypocrisie. Faisant semblant de servir Dieu, en fait, ils se servaient de la religion pour satisfaire leurs ambitions, apparaître aux yeux de tous comme des notables dignes d’estime et acquérir ainsi les premières places dans la société. Ils n’ont pas manqué d’imitateurs au cours des siècles. Pensez à Henri IV se convertissant au catholicisme, non par conviction religieuse, mais parce que cette conversion lui donnait les clés de Paris et du royaume de France. On lui prête la boutade bien connue : « Paris vaut bien une messe !» Et aujourd’hui encore vous pouvez voir à la télévision tel chef d’état notoirement athée s’exhiber faisant de multiples signes de croix en compagnie du métropolite de Moscou, en vue de s’assurer la bienveillance et le vote des croyants abusés. De tous temps il y a eu et il y a encore des pseudos croyants et même de vrais croyants qui utilisent la religion comme moyen pour acquérir de l’autorité et du pouvoir dans la société.
Rien n’est plus opposé au Christ et à son évangile que la recherche du pouvoir. La politique du Christ, ce n’est pas le pouvoir, c’est le service. Il est venu pour servir et pas pour être servi(Marc 10,45) ni pour se servir. Le soir du Jeudi Saint, après avoir lavé les pieds de ses disciples, il nous a laissé une consigne claire : Si je vous ai lavé les pieds, moi le Maître et le Seigneur, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné, ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi. (Jean 13, 14-15). Le Christ revendique haut et fort sa condition de serviteur, il se présente comme tel : Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert. (Luc 22,27) Par conséquent si je prétends être chrétien, suivre et imiter le Christ, je dois, comme lui, vivre à plein temps dans une attitude de service.
Cette attitude de service n’est pas une qualité secondaire ou facultative qu’un chrétien pourrait avoir ou ne pas avoir, et pratiquer de temps à autre, c’est une qualité nécessaire à tous ceux qui veulent suivre et imiter le Christ. Parce que le service, c’est l’agir de l’amour, c’est l’amour en actes. L’amour se vit à travers des actes où on se met au service de ceux qu’on aime. L’attitude de service est à l’opposé de la recherche du pouvoir, source du cléricalisme qui à travers les siècles et encore aujourd’hui ne cesse de ronger et de détruire l’Église. Il sévit à tous les niveaux, depuis les petits enfants de chœur qui se battent pour savoir qui va tenir l’encensoir à la grand-messe, jusqu’aux dignitaires ecclésiastiques qui dans certains pays cherchent à détenir le pouvoir politique; depuis les théologiens qui veulent imposer leurs théories personnelles à l’ensemble de l’Eglise, jusqu’au modeste curé de campagne qui arrivant dans une nouvelle paroisse, dissout immédiatement tous les comités existants, afin de détenir seul tous les pouvoirs. Ou bien encore, ce sont des séminaristes qui se lancent dans la course aux diplômes, plus désireux d’avoir un doctorat et d’enseigner à l’université que d’apporter l’évangile en brousse. Mais les clercs ne sont pas les seuls à s’accrocher au pouvoir, les laïcs aussi parfois en font autant. Dernièrement, on m’a rapporté que dans un village, une équipe de paroissiens en charge des enterrements avait empêché un prêtre venu assister aux obsèques d’un membre de sa famille de célébrer la messe de funérailles. Grâce à Dieu, ils sont très loin de constituer la majorité, mais il reste encore des scribes et des pharisiens assoiffés de pouvoir et d’honneurs dans l’Eglise du XXI° siècle et tous nous devons veiller à ne pas nous laisse avoir par les subtiles tentations de l’orgueil et du pouvoir.
Mais en nous demandant de rester constamment dans une attitude de service, est-ce que le Christ ne fait pas de nous un peuple d’esclaves ? Si je suis obligé de me mettre au service de quelqu’un, parce que j’y suis contraint par la misère ou la nécessité, je me retrouve à un niveau inférieur dans la société, c’est vrai. Mais si c’est par amour que je me mets au service de quelqu’un, au contraire, je m’en retrouve anobli, car le service auquel je me soumets est expression de mon amour pour lui, c’est de l’amour en actes. Une maman qui, toute la journée, se consacre à ses enfants, tout le monde la respecte et l’estime. Pourquoi ? Parce que tous ces travaux, toutes ces corvées qui l’accaparent toute la journée, ce ne sont plus des travaux, ce ne sont plus des corvées, c’est de l’amour qui se déploie. Quand le service des autres est l’expression de l’amour qu’on a pour eux, ce qu’il pourrait contenir de servitude disparaît, il ne reste plus que de l’amour. La vie du Christ en est la plus éclatante illustration.
Alors que les scribes et les pharisiens imposaient jusque 613 préceptes de la Loi à respecter. Le Christ, reprenant l’enseignement du Seigneur dans le prophète Osée : C’est l’amour que je veux et non lessacrifices (Osée 6,6) ne nous lègue en tout et pour tout qu’un seul commandement : Aimer, aimer Dieu et le prochain. C’est pourquoi il tient à faire l’éloge de la veuve qui vient déposer son offrande modeste pour les frais du culte et le secours des pauvres. Financièrement cette offrande est insignifiante : deux petites pièces de monnaie. Mais aux yeux du Seigneur qui connaît la valeur des choses elle pèse plus lourd que les grosses sommes données par les riches, elle pèse le poids de la ferveur d’un cœur simple qui donne non pas de son superflu, mais de son nécessaire pour l’amour de son Dieu et des plus pauvres qu’elle, en ayant l’élégance de cacher sa générosité et sa délicatesse en s’approchant discrètement, sans se faire voir.
Que retenir de tout cela ?
Dans cet évangile, le Seigneur nous met en garde contre la recherche du pouvoir, de l’autorité, du prestige comme faisaient les scribes et les pharisiens, parce qu’une telle attitude est en parfaite contradiction avec ce qu’il nous demande. Qu’est-ce qu’il nous demande ? Une seule chose : Aimer. Aimer Dieu et aimer son prochain. Or l’amour se vit à travers des actes où on se met au service de ceux qu’on aime. C’est seulement au cinéma que l’amour consiste à s’embrasser. Dans notre vie de chaque jour, l’amour se vit dans ce qu’on fait pour ceux qu’on aime, dans la peine qu’on se donne pour ceux qu’on aime, dans le service de ceux qu’on aime. Chaque fois que nous avançons dans l’esprit de service, nous nous approchons du Christ. Chaque fois que nous avançons dans la recherche du pouvoir nous nous éloignons du Christ.
Finalement l’évangile d’aujourd’hui nous amène à nous demander : Est-ce que je marche vraiment à la suite du Christ ? Qu’est-ce qui compte pour moi, le pouvoir ou le service ?
Dimanche 3 Novembre 2024, 31e dimanche T.O. année B : Dt 6, 2-6 ; He 7,23-28 ; Marc 12, 28b-34
Le premier de tous les commandements, c’est d’aimer Dieu et le second c’est d’aimer son prochain. Mais comment peut-on parler ici de commandement ? Aimer, ça ne se commande pas.
Qu’est-ce qu’il se passe quand on aime quelqu’un ? On découvre en lui quelque chose qui vous plaît, qui vous attire. On a envie de le revoir, de faire plus ample connaissance et quelque fois ça se termine par un mariage. Mais Dieu…Qu’est-ce qu’il se passe quand on aime Dieu ? Qu’est-ce qu’on découvre en lui qui nous attire ? On découvre qu’il nous aime. Dans pratiquement toutes les religions, Dieu est un être tout puissant, mystérieux, lointain. C’est le créateur de tout ce qui existe, et comme il est lointain et mystérieux, on en a peur, on le craint. On ne sait pas comment l’approcher. Pour obtenir ses faveurs et se protéger de ses colères, on lui offre des sacrifices onéreux : les plus belles bêtes de son troupeau, parfois même des sacrifices humains.
Mais pour nous chrétiens, notre Dieu n’est pas d’abord tout puissant. Ilest d’abord Amour, c’est un Dieu dont l’amour est tout puissant. La toute puissance en lui obéit à l’amour. La Trinité, c’est un dynamisme d’amour où aucune des trois personnes n’est centrée sur elle-même, chacune est ouverture vers les deux autres. Et ce dynamisme d’amour ne reste pas confiné, enfermé sur lui-même, il éclate au dehors et cela donne la création au sommet de laquelle il place les hommes. Dans son amour, le Père les a créés à son image, Il a voulu les considérer comme ses enfants et leur a confié la gestion de toute cette création Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la. ( Gn 1, 28) Pourquoi a-t-il fait tout cela ? Cela ne lui rapporte rien, d’ailleurs il n’a besoin de rien ni de personne. Simplement, parce qu’il est un Père aimant, il a voulu partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. Dans le credo, on ne dit pas : je crois en Dieu tout puissant mais je crois en Dieu, le Père tout puissant.
Au contraire des autres dieux, notre Dieu parce qu’il est un Père aimant, n’est pas un Dieu lointain qui s’enferme dans son mystère. Il s’approche et se fait connaître des hommes, ses enfants. Même lorsque ceux-ci se rebellent contre lui, voulant être comme lui et décider par eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal, Il ne les abandonne pas mais suscite des guides, des prophètes pour les remettre sur le bon chemin, pour leur enseigner qui il est vraiment et ce qu’il veut. Finalement il a envoyé sur la terre son Fils qui, en se faisant homme, a uni l’humanité à la divinité comme jamais elles ne l’avaient été auparavant. Jusque là l’homme créé à l’image de Dieu restait encore comme en face de lui, à une certaine distance de lui. Désormais, avec Jésus, vrai Dieu qui, se faisant homme, entre dans l’humanité, il n’y a plus de distance entre Dieu et l’homme, si toutefois nous acceptons de le recevoir, d’être baptisés, car en amour on ne force pas. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu disait St Irénée. Mais ce n’est ni automatique, ni obligatoire. Dieu pousse la délicatesse jusqu’à attendre que nous acceptions d’être unis à lui, pour nous donner part à sa divinité, même si nous sommes pécheurs. Par sa mort sur la croix et sa résurrection, le Christ vainqueur du mal, du péché et de la mort nous a obtenu le pardon de nos péchés et une réconciliation avec le Père dont personne n’est exclu.
En découvrant l’infinie générosité de Dieu, tout ce qu’il a fait et fait encore pour nous, s’éveille naturellement en nous un sentiment de reconnaissance qui nous fait aimer Dieu en retour. Plus besoin d’explications, plus besoin d’ordre ni de commandement. La reconnaissance nous amène à l’aimer. Cela va de soi. On ne peut pas faire autrement. Non seulement il nous donne la vie et l’univers qu’il nous confie, mais il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il nous montre par là ce que c’est qu’aimer quelqu’un : ce n’est pas seulement être attiré par lui et jouir de ses qualités (même si cela commence par là) c’est surtout le faire être, tout faire pour qu’il soit heureux et trouve sa joie et son bonheur jusque dans la peine qu’il se donne pour lui… Comme dit l’adage bien connu :Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s ’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Donc pour nous, aimer Dieu, ce n’est pas seulement jouir, profiter de ses bontés, c’est aussi tout faire pour que sa volonté soit faite et que son règne advienne sur toute la terre.
Mais le Christ ajoute au premier commandement d’aimer Dieu, le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même et il précise : il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-ci. Impossible de séparer ces deux commandements. Comme Dieu aime tous les hommes, sans exclure personne, si je prétends aimer Dieu, il faut aussi que, comme lui, j’aime mon prochain sans exclure personne. D’ailleurs le Christ le demande : Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Comment nous aimait-il ? Il n’excluait personne, mais il n’aimait pas forcément tout le monde de la même manière. Il avait des préférences. L’évangile nous parle de Jean comme du disciple que Jésus aimait. (Jean 13,23) Il est donc normal et légitime d’aimer davantage ceux qui nous sont proches ou ceux dont nous apprécions les qualités que les habitants de Tokyo ou de Vladivostok dont nous ignorons tout ! Mais nous devons avoir envers tous les hommes, comme le Seigneur, ce parti pris de vouloir leur bien, leur prospérité, leur bonheur.
Les vraies difficultés commencent avec ceux qui ne nous sont pas sympathiques ou pire encore, les malfaiteurs caractérisés, les voleurs et les assassins. Le Seigneur est mort pour eux aussi. Nous ne pouvons pas les exclure. Comment pouvait-il les aimer ? Il ne les aimait pas pour le mal qu’ils avaient commis mais parce que tout pécheurs qu’ils étaient, il les voyait comme encore capables de se repentir un jour… Cela ne veut pas dire que sous prétexte de charité chrétienne, je dois faire confiance aux escrocs et confier la garde de mes enfants, quand je vais faire mes courses, à mon voisin qui est pédophile. Cela veut dire que, comme le Christ, nous ne devons jamais juger quelqu’un comme définitivement mauvais et le rejeter, mais nous devons le regarder comme un malheureux toujours capable de revenir vers le bien. Comme le Christ nous devons toujours être à l’affût du moindre signe de repentir chez lui, pour l’accueillir, comme il a fait avec le bon larron.
Que retenir de tout cela ?
Par la manière dont Dieu nous aime, il nous apprend qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement jouir des qualités qui nous attirent chez lui, c’est aussi tout faire pour le rendre heureux et trouver joie et bonheur dans la peine qu’on se donne pour lui.
Pourquoi aimer Dieu ? parce qu’il ne se dresse pas devant nous comme une Toute Puissance redoutable qui garderait ses distances avec nous, mais comme un Dieu-amour qui dans la toute puissance de son Amour nous regarde comme ses enfants avec qui il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Nous lui devons tout : la vie, toutes nos qualités et nos talents, l’univers qui nous entoure avec toutes ses merveilles. Même lorsque nous nous rebellons contre lui, il nous pardonne et persiste à vouloir nous rendre semblables à lui. C’est pourquoi, avant même d’être un commandement, aimer Dieu c’est un devoir de reconnaissance, nous ne pouvons pas faire autrement.
Pourquoi aimer les autres ? Parce que Dieu les aime, tous, sans exclure personne, même les pécheurs et les mauvais que le Seigneur regarde comme toujours capables de revenir vers le bien. Si nous avons du mal à y parvenir, rappelons nous que le premier dont nous sommes sûrs qu’il est au ciel, c’est un gangster. Le Seigneur lui a donné sa parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23,43)