François Battez

DIMANCHE 18 Aout 2024

Dans cet évangile, le Christ nous dit trois choses :

1°) Je suis le pain de vie qui donne la vie éternelle.

2°) Ce pain de vie, c’est moi donnant ma vie pour la vie du monde.

3°) Si vous mangez de ce pain, vous avez la vie éternelle et si vous n’en mangez pas, vous n’avez pas la vie.

Je suis le pain de vie. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et Jésus précise : le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. Ce qui veut dire que quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le petit Jésus de Bethléem ou le Christ parcourant la Palestine en prêchant l’Evangile, nous recevons le Christ qui donne sa vie pour nous sur la croix et nous donne accès par sa mort et sa résurrection à la vie éternelle, le péché, le mal et la mort ayant été vaincus par la puissance infinie de son amour dont rien ne peut venir à bout. Même quand on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,43). Autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, moi, je vous aime encore. St Paul dira fort justement : Rien, ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en J.C. (Rm 8,38). C’est en donnant sa vie pour nous que le Christ nous a donné accès à la vie éternelle. Pour nous aujourd’hui, c’est en recevant le sacrement du Christ donnant sa vie, que nous avons accès à la vie éternelle. Mais il n’y a pas de magie et encore moins de sorcellerie là-dedans. Il ne suffit pas de manger une hostie, pour avoir la vie éternelle, encore faut-il faire communion avec le Christ en recevant cette hostie. Je fais communion avec le Christ lorsque je vais recevoir l’hostie en sachant bien que je vais recevoir le corps du Christ livré pour moi en vue de faire comme lui, afin de donner ma vie pour les autres, afin de recevoir la force de de donner ma vie pour les autres jour après jour. La sainte communion, ce n’est pas quelque chose que le Christ ferait en nous sans nous, comme automatiquement. La sainte communion, c’est la rencontre du Christ donnant sa vie qui vient vers nous… et de nous qui allons vers lui avec le désir et la volonté de faire comme lui et de donner nous aussi notre vie pour les autres. Si je n’ai pas ce désir et cette volonté de faire comme lui, de donner moi aussi ma vie pour les autres, je pourrais manger un plein ciboire d’hosties, je n’ai pas la vie éternelle, je n’ai rien de commun avec le Christ, je ne suis pas chrétien. Donner sa vie pour les autres, ce n’est pas quelque chose de facultatif pour un chrétien. Je peux être un bon chrétien, que je dise mon chapelet ou non, que je fasse des pèlerinages ou non, mais je ne peux pas être chrétien, si je ne donne pas ma vie pour les autres. Voilà qui peut paraître terriblement exigeant. En fait donner sa vie pour les autres, grâce à Dieu, cela ne veut pas dire nécessairement mourir pour eux sur une croix Le simple service des autres, c’est déjà donner sa vie pour eux. Or, à longueur de journée, à travers tout ce que nous faisons, il y a presque toujours un service des autres, même si nous n’en sommes pas conscients. Dans toutes les professions, dans toutes les sortes de devoir d’état, il y a une dimension de service des autres. Un commerçant, épicier ou boulanger dépanne les gens du quartier, un médecin ou une infirmière sont au service des malades, que l’on soit enseignant ou conseiller municipal, ingénieur ou manoeuvre sur un chantier, député ou architecte, on travaille toujours pour les autres. Et que dire d’une femme au foyer ! Est-ce que nous réalisons tout ce qu’il y a comme service des autres et même comme don de soi dans sa vie, elle qui, du matin au soir se consacre au bien-être de tous dans la maison ?Presque toujours on ne regarde le travail que comme source de revenus. A tel point que l’on dit couramment d’une femme au foyer qu’elle ne travaille pas ! sans se rendre compte de l’énorme stupidité d’une telle affirmation ! Que le travail soit source de revenus, très bien, et il faut souhaiter que tout le monde puisse se procurer par son travail un salaire confortable qui lui permette et qui permette à sa famille de vivre correctement. Mais il y a dans le travail d’autres aspects plus importants : outre la dimension de service dont nous venons de parler, il y a le facteur d’épanouissement personnel. J’ai rencontré un jour quelqu’un qui avait décidé d’abandonner la très bonne situation qu’il avait à Paris dans le commerce de luxe sur les Champs Elysées parce que ce travail ne donnait pas de sens à sa vie. Mais il y a aussi la dimension spirituelle du travail dont malheureusement nous avons bien trop rarement conscience. Dans n’importe quel travail on utilise toujours l’intelligence et les talents de toutes sortes que le Seigneur nous a donnés et de plus on collabore au développement et à l’épanouissement de la création. Il existe un grand nombre de litanies de louange pour la beauté de la création, pour les fleurs, les animaux, les océans, les montagnes, les océans et les rivières. Peut-être pourrait-on créer de nouvelles litanies de louange pour les réalisations des sciences et des techniques, pour les voitures et les avions, le téléphone et l’informatique, les TGV et les voyages interplanétaires, pour l’eau courante et l’électricité, qui sont à notre disposition tous les jours.

Que retenir de tout cela ?

Donner sa vie pour les autres, c’est ce qu’a fait le Christ. Etre disciple du Christ, c’est donc aussi et nécessairement donner sa vie pour les autres. Lui, Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères nous dit St Jean dans sa seconde épître. (2 Jn 3,16) Et pour que nous puissions y arriver, malgré l’égoïsme qui chaque jour essaye de nous renfermer sur nous-mêmes, le Christ a inventé le sacrement de son corps livré pour nous, le pain de vie, nous avertissant on ne peut plus clairement : Si vous ne mangez pas de ce pain , vous n’avez pas la vie en vous, celui qui mange de ce pain a la vie éternelle en lui. La volonté du Seigneur, c’est que nous recevions la communion afin d’avoir la force de mettre chaque jour notre vie au service des autres. On peut être chrétien et ne pas réciter son chapelet. On peut être chrétien et ne pas aller en pèlerinage ici ou là. Mais on ne peut pas être chrétien si on ne donne pas sa vie pour les autres. C’est un programme très exigeant mais qui ne demande pas nécessairement d’être héroïque du matin au soir. Le don de soi pour les autres nous le pratiquons à travers presque tout ce que nous faisons à longueur de journée que ce soit dans l’exercice de notre profession ou dans notre vie de famille où il y a toujours une dimension de service des autres. Il n’y a pas un seul père de famille qui travaille uniquement pour lui. C’est pour les siens et pour d’autres encore autour de lui qu’il s’échine au travail. Et que dire d’une femme au foyer ? Tout ce qu’elle fait du matin au soir, ce n’est pas pour elle mais pour sa famille, son mari, ses enfants. Ce n’est du don de soi, ça ? Malheureusement nous sommes généralement incapables de voir le don de soi pour les autres qu’il y a dans nos activités et nos travaux de chaque jour et nous n’en voyons pas la valeur devant Dieu. Il est donc urgent de nous convertir, de cesser de regarder nos travaux comme des tâches matérielles et profanes. Exerçons nous à voir la dimension de service des autres qu’il y a dans nos gestes de tous les jours, nous rappelant la parole du Christ ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est pour moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Dimanche 11 août 2024 Fromelles

Moi je suis le pain vivant descendu du ciel. Il y a là deux énormités inacceptables pour ses auditeurs. Comment Jésus peut-il dire je suis descendu du ciel ? Tout le monde connait sa famille, sa mère, son père, Joseph, un charpentier sans histoires. Ils sont de Nazareth Et comment peut-il dire : Je suis le pain vivant… si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ? C’est du délire. On comprend que les gens trouvent cela totalement absurde! Jésus n’est pas surpris de leur réaction, il s’y attendait. Mais il s’explique : Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire. C’est-à-dire : ceux qui ont perçu cette attirance viennent à moi. Comment comprendre ces propos ?  

Jésus est Dieu. Aucun homme ne peut comprendre Dieu ni l’approcher, si Dieu lui-même ne s’approche de lui et ne se fait comprendre de lui. Vos pensées ne sont pas mes pensées et vos voies ne sont pas mes voies. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées. (Isaïe 55,9) dit-il en Isaïe. Mais il dit aussi en Jérémie : Je me laisserai trouver par vous. Quand vous me chercherez, vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer.29,13,14) En d’autres termes, même si pour nous, le Seigneur est totalement hors de portée, comme il veut se laisser trouver par nous, il n’y a plus de problèmes, mais encore faut-il que nous le cherchions de tout notre cœur. Comment se laisse-t-il trouver par nous ? Et chercher Dieu de tout son cœur, c’est quoi ?

Comment se laisse-t-il trouver dans le quotidien de nos journées ? A travers les idées qui nous passent par la tête et touchent notre cœur. Car il y a trois sortes d’idées en nous : des idées qui viennent de nous : par exemple je réfléchis à ce que je vais faire cet après-midi, qu’est-ce qui est le plus urgent et qu’est-ce qui peut attendre ? Il y a des pensées qui nous viennent et qui nous poussent au mal . Ce sont des tentations qui viennent du démon. Et  il y a aussi des pensées qui viennent de Dieu. Ce sont des pensées qui nous poussent à faire quelque chose de bien, ou qui nous rapprochent de Dieu, Et c’est là que Dieu se laisse trouver. Malheureusement le plus souvent,  par fausse humilité, nous n’osons pas reconnaître : Dieu est en train de me parler, de m’enseigner,  de se laisser trouver par moi. Nous pensons trop vite : Dieu a d’autres choses à faire qu’à s’intéresser à quelqu’un d’ordinaire comme moi. Pourtant il se laisse découvrir à travers  une pensée qui me touche quand je prie, une réflexion que je me fais en écoutant une homélie et qui me fait découvrir quelque chose sur Dieu à quoi je n’avais jamais pensé, ou en regardant un documentaire à la télé : je m’émerveille de l’extraordinaire fantaisie de la création ou encore au cours d’une conversation avec un ami.

Mais Dieu se laisse trouver aussi à travers tout ce qui se dit ou se fait de bien par nous ou autour de nous dans l’ordinaire de nos journées Car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est  Dieu. Or même si nous sommes tous des pécheurs, orgueilleux, égoïstes, envieux, etc, il nous arrive à tous de dire ou de faire des choses bien. Donc chaque fois que nous disons ou que nous faisons quelque chose de bien, c’est Dieu qui nous inspire, même si nous ne nous en rendons pas


compte. Rappelez vous ce que nous dit le Christ dans l’évangile à propos des élus lors du jugement dernier. Le Seigneur les ayant invités : Venez, les bénis de mon Père recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous votre récompense car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, qu’est-ce qu’ils disent ? quand est-ce que nous t’avons donné à manger ? (Mt.25,34,37) et Jésus est obligé de leur expliquer : Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les mines, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Dieu se laisse trouver par tout le monde et dans l’ordinaire de notre vie, à travers tout ce qui se dit ou se fait de bien,  c’est lui qui est là devant nous,  mais nous ne le voyons pas. Peut-être  parce que nous n’osons pas croire  qu’il est toujours avec nous,  jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) dans l’ordinaire de nos vies. Devant moi dans le métro les gens s’écartent pour laisser passer une personne handicapée, Dieu est là qui les inspire, même si personne ne s’en rend compte.  Les choses n’ont guère  avancé depuis le temps où Ezechiel se lamentait : ils ont des yeux pour voir et ne voient pas (12,2)Si Jésus était apparu à Jérusalem, sur le parvis du Temple, revêtu des ornements des grands prêtres et entouré d’anges en grande tenue, avec chacun de grandes ailes dans le dos, tout le monde aurait cru en lui. Mais comme il est apparu comme un charpentier de village, on ne l’a pas reconnu. Aujourd’hui, si on nous disait que le Seigneur vient d’apparaître dans le village voisin, une auréole dorée autour de la tête,entouré d’une douzaine d’anges en grande tenue, tout le monde se précipiterait là-bas. Mais personne ne se précipite pour venir à la messe où le Seigneur, il est là, à travers les feuilles que l’EAP s’est donnée la peine d’imprimer, à travers les personnes de la chorale qui ont préparé les chants, à travers l’organiste, le prêtre qui célèbre. Le Seigneur se laisse trouver par nous, pas dans des manifestations extraordinaires mais dans le très ordinaire de la vie, dans des paroles prononcées par des gens très ordinaires, par des n’importe qui, vous ou moi compris. Il se sert de nous pour se faire connaître et il nous envoie vers les autres pour que nous les aidions à le reconnaître. Pourquoi croyez-vous que je prépare et prononce des homélies ?  Parce que le Seigneur m’a appelé et envoyé. Comme St Paul le disait aux Corinthiens : Ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions mettre à notre compte, c’est de Dieu que vient notre capacité. (2Cor. 3,5) A part mon bac, je n’ai aucun diplôme, (si j’en ai un : moniteur de colonies de vacances de la République Malgache !)  Par nous-mêmes nous ne pouvons pas arriver à connaître Dieu, à comprendre Dieu, et encore moins à l’expliquer aux autres, et aucune étude même les études du séminaire ne peuvent nous donner cette connaissance, mais comme Lui prend l’initiative de se faire reconnaitre par nous, nous sommes tirés d’affaire. Mais encore faut-il que nous soyons toujours en train de chercher sa présence au milieu de nous. Il faut d’autant plus faire attention qu’il ne se met pas en dimanche, il vient en habits de tous les jours, dans l’ordinaire. Comme disait le P. Duval dans une de ses chansons :vous qui cherchez le Bon Dieu dans les nuages vous allez rater son passage.

Que retenir de tout cela ?

Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire Personne ne peut connaître ni rejoindre Dieu par lui-même. Heureusement le Seigneur l’a promis : Je me laisserai trouver par vous

Comment se laisse-t-il trouver ? A travers certaines de nos pensées qui nous éclairent et nous permettent d’avancer dans la connaissance de Dieu. Ces pensées peuvent se présenter n’importe quand et n’importe où, à l’église, chez nous, dans la rue, devant la télé, au cours d’une prière ou d’une conversation, en travaillant ou en me promenant. Mais surtout le Seigneur se laisse trouver à travers ce que nous disons ou faisons de bien, car c’est lui qui est à la racine de tout bien.

Quand vous me chercherez, vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur Comment le chercher de tout son cœur ? Il faut tout simplement être convaincu qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, Dieu. C’est pourquoi, Dieu, on le trouve dans tout ce qui se dit ou se fait de bien, même dans l’ordinaire de nos vies. Car aussi incroyable que cela puisse paraître,  jamais dégoûté de nos médiocrités, obstinément, sans cesse, il est à nos côtés pour nous inspirer même et y compris dans la banalité de notre quotidien. Mais quand cesserons nous de le chercher dans les nuages ? Quand cesserons nous d’être de ces gens qui ont des yeux mais ne voient pas ?  

Je me dis par exemple. Je vais dégager mes outils de l’entrée du garage, ma femme voudrait mettre là des affaires à elle, ce genre de pensées vient de dieu parce qu’il est la seule source de bien dans le monde. Mais par fausse humilité nous n’osons pas le reconnaître nous nous disons :le Bon Dieu ne s’occupe pas de quelqu’un d’insignifiant comme moi



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Dimanche 28 Juillet 2024

En dépit des apparences, ce miracle que nous rapporte l’évangile aujourd’hui est un miracle un peu raté. Cela s’est mal terminé. Jésus, mécontent,  a renvoyé chez eux les gens qui voulaient le faire roi, a obligé les apôtres interloqués à repartir en barque de l’autre côté du lac et s’est retiré seul dans la montagne pour prier. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Les choses avaient pourtant bien commencé. Les gens étaient venus nombreux l’écouter et la foule n’avait cessé d’augmenter au fil des heures. Pas étonnant. On disait : Jamais homme n’a parlé comme cet homme. (Jean 7,46) Finalement ils se sont retrouvés à 5.000. Il a fallu donner à manger à tout ce monde-là. On n’avait pas grand-chose : cinq pains et deux poissons. Mais tout s’est bien passé. Il y en a eu assez pour tout le monde.

Et c’est là que tout a dérapé. Impressionnés par le prodige, les gens ont été comme fascinés par cette multiplication des pains, ils ne pensaient plus à l’enseignement entendu, à la sagesse révélée. Jésus lui, à travers le prodige du pain partagé voulait leur donner un signe que Dieu était présent au milieu d’eux. Pour lui un miracle, c’est toujours un enseignement par geste. Ici, il voulait leur faire comprendre : Je suis le pain de Vie. Mais la foule n’a pas dépassé le prodige, la nourriture distribuée gratuitement. Remplie de joie, elle a voulu le faire roi. D’ailleurs à cette époque on croyait à un messianisme terrestre. On pensait que le Messie, quand il viendrait, restaurerait la royauté en Israël, supprimerait toutes les souffrances et instaurerait une sorte de paradis sur terre. Les apôtres n’ont pas compris que Jésus, coupant court à l’enthousiasme général les oblige à se rembarquer à destination de l’autre rive, renvoie les gens chez eux et se retire seul dans la montagne

C’est toujours comme ça. Le Seigneur veut nous hisser à sa hauteur. Mais nous voulons toujours le rabaisser à notre niveau. Quand nous prions, nous sommes tellement préoccupés par les choses que nous voulons obtenir de lui que nous oublions ce que lui veut nous donner. Nous prions surtout pour que notre volonté soit faite, que nos projets se réalisent et que nos désirs soient comblés. Il n’y a d’ailleurs rien de mal à cela. Le Christ lui-même nous a encouragé à demander au Père ce dont nous avons besoin Demandez et vous recevrez….Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l’accordera. (Jean 16,24 ;15,16.)  Mais quand il nous a appris à prier, il nous a invité à demander d’abord : Notre Père qui es aux cieux, que TON nom soit sanctifié, que TON règne vienne que TA volonté soit faite avant de demander Donne NOUS aujourd’hui NOTRE pain quotidien, pardonne NOUS Nos offenses.                        

En fait, nous sommes bien embarrassés pour demander au Père que sa volonté soit faite parce que nous ne savons pas trop ce que c’est, sa volonté, et malheureusement nous ne nous préoccupons guère de chercher à le savoir. Nous devrions faire plus souvent la prière de St François d’Assise :Seigneur, que veux-tu que je fasse ? De toute manière, quand nous prions nous sommes toujours maladroits. Dans son petit livre sur la prière le  P.Pautrel dit fort justement : quand nous prions, nous sommes toujours ridicules en même temps que touchants. Nous sommes ridicules parce que nous ne savons pas, personne ne sait  parler à Dieu comme il le faudrait, mais en même temps nous sommes touchants parce que nous faisons de notre mieux. Un peu comme un petit enfant qui


fait un compliment à sa maman pour la fête des mères, il annone maladroitement son compliment, un sociétaire de la comédie Française ferait mieux, mais le petit enfant est infiniment plus touchant, parce qu’il y met tout son cœur.

Veillons quand même à toujours améliorer notre façon de prier, et  particulièrement notre façon de participer à la messe. Aujourd’hui, partout, les messes du dimanche, c’est beaucoup mieux que ce  que c’ était quand nous étions  enfants. Dans cette paroisse de Ste Thérèse en Weppes en particulier,à la messe, on ne dort pas . La participation de l’assemblée est vivante, les lectures, les  intentions de la prière universelle, les chants  sont soignés, vous arrivez même parfois à améliorer le texte des oraisons et de la préface, bravo, continuez. Ce que nous faisons à la messe, notre liturgie, nos chants  c’est très bien, mais ce que le Seigneur fait à la messe c’est bien mieux et bien plus important. A chaque messe, qu’est-ce qu’il fait le Christ ? Il pardonne nos péchés d’aujourd’hui il nous réintègre aujourd’hui dans l’intimité de notre Père du ciel. Il consacre notre vie, notre travail, le pain fruit de la terre et du travail des hommes, le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes. Et répondant à la prière du prêtre : Père, nous te supplions de consacrer les offrandes que nous t’apportons. Sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent-pour que nous devenions- le corps et le sang de JCNS, il nous christi-fie. Ce que nous faisons, les chants, la liturgie, c’est bien mais ce qu’il fait lui est autrement plus important.

D’autre part quand on demande des messes, on les demande le plus souvent pour des défunts. C’est très bien. Il faut prier pour les défunts Certes  le Seigneur veut que tous les hommes soient sauvés. Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi (Jean 17,24 ) dit-il en priant le Père le Jeudi Saint au soir. Après notre mort, nous serons auprès du Seigneur, mais comme nous sommes pécheurs, nous serons encore un peu éloignés   et nous aurons encore  besoin de prières, pour être vraiment tout près de lui et de nos parents et amis qui nous auront précédés dans l’au-delà. Nous demandons aussi des messes pour la guérison d’un malade, pour un foyer en difficulté, ,pour la  réussite à un examen ou pour toutes sortes d’intentions particulières. C’est très bien de demander des messes pour que le Seigneur nous accorde le bien que nous souhaitons pour nous-même et nos proches Mais pourquoi ne demandons-nous jamais des messes pour que le Seigneur nous accorde le bien que lui veut nous donner : pour que  notre consécration et notre christification commencées le jour de notre baptême soient renforcées et renouvelées ?

Que retenir de tout cela ?

Le miracle de la multiplication des pains que nous apporte l’évangile d’aujourd’hui a été un peu raté parce que la foule n’y a vu que le prodige de la nourriture distribuée gratuitement. Elle n’a pas vu à travers ce prodige le signe de la présence de Dieu , venu lui donner le Pain de Vie. Quand nous prions nous demandons au Seigneur de nous donner ce qui, d’après nous, est bon pour nous, c’est bien, mais ce serait encore mieux de lui demander ce qui, d’après lui, est bon pour nous. De nous deux, n’est-ce pas lui qui sait le mieux ce qui est bon pour nous ? C’est ce qu’exprime cette prière que je vous cite en terminant. (Peut-être vous l’ai-je déjà citée)

1  Mon Dieu,                                                                             2  Mon Dieu,

   N’écoute pas ma prière,                                                            N’écoute pas ma prière,                                                      

   Même si ce qu’elle te dit                                                           Même si ce qu’elle te demande  

   Est bien.                                                                                     Est bon.

   Parce que Toi,                                                                            Parce que Toi,  

   Ce que Tu veux me dire                                                             Ce que tu veux me donner

   Est tellement mieux !                                                                 Est tellement mieux

3    Mon Dieu,                                                                            4  Et surtout,                                                                

     N’écoute pas ma prière                                                            Mon Dieu, Fais que j’écoute,

     Mais fais en moi ma prière                                                      Que toujours,  

     Et puis écoute,                                                                          J’écoute en moi

     Ecoute en moi Ta prière                                                           Ta prière.


Dimanche 21 juillet 2024

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Dimanche 21  Juillet 2024

Les douze reviennent de leur toute première tournée missionnaire et retrouvent Jésus. Ils racontent comment les choses se sont passées. Ils ont probablement, guéri des malades, délivré des possédés, mais surtout ils ont annoncé un évangile, une bonne nouvelle. A cette époque, évangile était un mot communément utilisé pour parler de n’importe quel heureux évènement. Une naissance, un mariage, une bonne récolte, une victoire contre les ennemis, la guérison d’un malade étaient des évangiles, des bonnes nouvelles. Jésus et les apôtres annonçent une bonne nouvelle très spéciale : l’arrivée du règne de Dieu.  Les prophètes en particulier Isaïe l’avaient annoncé : quand le règne de Dieu arrivera, les aveugles retrouveront la vue, les boiteux marcheront droit, les lépreux seront purifiés, les sourds entendront, les morts ressusciteront, la bonne nouvelle sera annoncée aux pauvres (Isaïe 26,19 ;29,18 ; 35,5,6 ; 61,1….cité en Mt.11,3-6). Or tout cela se réalise avec Jésus. Les douze avaient été heureux de le proclamer au cours de leur première tournée apostolique et Jésus s’en réjouissait avec eux. Ils avaient envie de fêter cela ensemble. Mais le va et vient des gens qui se pressent nombreux autour de Jésus rend la chose impossible. Jésus invite alors les apôtres à s’en aller dans un endroit tranquille un peu à l’écart pour se reposer et fêter ça. Ils s’embarquent donc pour se rendre de l’autre côté du lac. Mais les gens devinant leur destination font le tour du lac à pied et en débarquant, Jésus et les douze trouvent une foule qui les attend.  

    Jésus bouleversé devant cette masse de gens qui cherche absolument un Maître qui pourrait les guider renonce au moment de détente qu’il voulait prendre avec les douze et se remet à enseigner la foule. Il souffre de voir tous ces braves gens trompés par les chefs de la synagogue, les prêtres et les pharisiens qui, poussés par l’orgueil, cherchent dans la religion un moyen de dominer les masses peu instruites. Au lieu de les conduire vers un Dieu d’amour, ils les enferment dans une multiplicité de rites minutieux dont ils se proclament les gardiens intransigeants, s’assurant ainsi prestige et autorité. Jésus s’efforce donc de remettre les choses en place. Reprenant l’authentique tradition des prophètes, il prêche l’amour et non les sacrifices (Osée 6,6) et substitue à une multiplicité de rites minutieux et compliqués, deux commandements : l’amour de Dieu et l’amour du prochain et rien de plus. A ces deux commandements se rattachent toute la Loi ainsi que les prophètes. (Mt.22,40) explique-t-il à ses auditeurs

Et cela reste vrai pour nous aujourd’hui.  Inutile de compliquer les affaires et de multiplier les rubriques et les subtilités. Notre Dieu est Amour. Ceux qui se réclament de Dieu, ceux qui veulent être chrétiens doivent respecter le   commandement d’amour. Et il n’y a rien à ajouter. Mais nous savons tous que ce n’est pas facile d’aimer et surtout de durer dans une disposition où on aime avec constance, jour après jour et pendant des années. Et puis, c’est quoi aimer ?  On peut aimer une chose ou une personne sans l’aimer d’amour. C’est ainsi qu’on peut aimer les haricots verts, un joueur de foot, ou tel ou tel écrivain. Mais aimer quelqu’un d’amour, c’est quoi ? C’est, en plus d’apprécier ses qualités, l’aimer à un point tel qu’on le fait passer avant soi, qu’on le met au-dessus de soi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire : regardez un enfant dans son berceau, il essaie d’attraper tout ce qui est à sa portée et le porte à sa bouche, même son pied. C’est un fait, l’amour n’est pas un sentiment humain. Et on ne le trouve pas dans la nature.


Il vient d’ailleurs, d’au-delà de nous. C’est un don de Dieu qui est Amour et seule source d’amour. Comme nous sommes créés à l’image de Dieu qui est Amour, nous arrivons à aimer d’amour.  Grâce à Dieu, c’est le cas de le dire, partout on peut voir des époux qui s’aiment, des parents qui aiment leurs enfants et des enfants qui aiment leurs parents et des gens qui aiment leur prochain, parfois jusqu’à donner leur vie pour lui. Tout le monde connait l’histoire de Maximilien Kolbe. Mais ce n’est pas facile de se maintenir au niveau de l’amour, parce que l’égoïsme, nous pousse sans cesse à nous replier sur nous-mêmes.

Il s’agit donc de nous laisser emporter par le courant d’amour que le Seigneur met en nous. Et d’abord pour aimer Dieu. Mais Pourquoi aimer Dieu ? Parce qu’il est la source de la vie. Sans lui, nous ne serions pas là, et le monde qui nous entoure non plus ! De plus, Il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Et sa bonté, sa patience, sa miséricorde nous obligent à une profonde reconnaissance. Il est toujours prêt à pardonner à passer par-dessus nos errances. Quand on voit ce qui se passe dans le monde…Comment fait-il ?    Un de mes amis aime à dire par manière de boutade: vous avez de la chance que ce n’est pas moi le Bon Dieu. A sa place, il y a longtemps que j’aurais fait la fin du monde. Le Seigneur, lui, a un parti pris d’amour et de miséricorde irrépressible. Rien ne le décourage. Oui, tu aimes tous les êtres dit l’auteur du livre de la Sagesse, et n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Et comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie…………Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se repentent … Tu juges avec modération…pour nous apprendre quand nous jugeons à songer à ta bonté et quand nous sommes jugés, à compter sur ta miséricorde. (Sagesse 11,23-26 ;12,18,22)

Mais comme Dieu est un Dieu qui aime les hommes, tous les hommes, sans exclure personne, et ceci, n’est pas une qualité qu’il aurait parmi d’autres, c’est ce qu’il est, alors, si je me mets à aimer Dieu, du même coup, je m’engage à aimer les hommes, tous les hommes, comme lui, sans exclure personne, tout en sachant que j’en suis incapable par moi-même, Cependant puisque Dieu est en moi depuis mon baptême, puisqu’il me communique sa vie, je peux commencer à aimer les autres, je n’arriverai probablement jamais à les aimer comme Il les aime, mais je peux et je dois avancer dans cette voie, en essayant de ne pas mettre de barrière sociale ni raciale, puisque lui n’en met pas, en essayant de pardonner toujours puisque lui le fait, en essayant de veiller sur le pauvre et le malheureux sur la veuve et l’orphelin  et de pratiquer la justice et le droit envers tous, puisque lui le fait.

Que retenir de tout cela ?

Jésus n’arrive pas à prendre un moment de repos et de détente avec ses apôtres qui rentrent de leur première tournée de prédication. La foule qui s’empresse autour de lui l’en empêche. Bouleversé en voyant la détermination et la ferveur de ces pauvres gens, Jésus,  saisi de compassion, se mit à les enseigner pour les sortir du formalisme desséché des prêtres et des docteurs de la Loi. Il veut ramener ses auditeurs et nous aussi aujourd’hui à l’essentiel : l’amour… et aux deux commandements qui résument tout : Aimer Dieu et aimer son prochain.


Mais l’amour, c’est mettre la personne qu’on aime au-dessus de soi, la faire passer avant soi, chercher son bien, son bonheur. Or ceci nous est totalement impossible parce que contraire à la psychologie humaine où spontanément, chacun ramène tout à soi. Mais créés à l’image de Dieu-Amour et greffés sur de même Dieu-Amour par notre baptême, nous en devenons capables et   l’Ecriture ose dire : On t’a fait savoir, homme, ce que Yahvé réclame  de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec le Seigneur ton Dieu. (Osée 6,9) Le Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur. Avec le prêtre, dans la prière qui précède la consécration, demandons au Seigneur de sanctifier ces offrandes afin qu’elles deviennent, afin que nous devenions le corps et le sang de JCNS. Que cette messe nous christi-fie toujours davantage afin que nous soyons chaque jour davantage capables d’aimer comme lui.  


Dimanche 14 Juillet 2024

Jusqu’alors, les douze étaient de simples disciples de Jésus. Ils écoutaient son enseignement et l’accompagnaient dans ses déplacements. Aujourd’hui, pour la première fois, le Seigneur les envoie annoncer la Bonne Nouvelle et chasser les démons. Ils sont donc désormais des apôtres, des envoyés. Pourquoi Jésus les envoie-t-il ? Il pourrait tout faire tout seul. Mais il veut en faire ses collaborateurs. Alors même qu’ ils ne sont guère à la hauteur, et il le sait très bien. A part Matthieu un collecteur d’impôts qui devait avoir un peu d’instruction, les autres sont plutôt illettrés. Comme tout le monde ils connaissent un peu l’Ecriture et la Tradition mais ils n’ont aucune formation religieuse sérieuse. Le Seigneur n’a jamais eu l’intention d’en faire un groupe d’admirateurs passifs. Dès le premier instant, en les appelant, il avait dit aux pêcheurs du lac : Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. (Marc 1,17) Normalement les douze ne sauraient être des collaborateurs du Christ. Ce sont de simples pécheurs du lac plutôt ignorants. Par eux-mêmes, ils n’ont pas autorité. Mais justement l’évangile le précise bien : le Seigneur leur donne autorité.  

Il en va de même pour nous aujourd’hui. Le baptême fait de nous bien plus que de  simples                disciples, écoutant passivement l’enseignement du Christ ou de simples admirateurs éblouis par la personnalité du Christ. En nous communiquant la vie du Christ, Fils de Dieu, envoyé par le Père, le baptême fait de nous d’autres christs envoyés comme lui. Tout baptisé est envoyé, apôtre, missionnaire. Même si, défigurés par le péché, nous sommes incapables d’être des ouvriers du Royaume, collaborateurs du Christ, dans son amour miséricordieux le Seigneur passe par-dessus nos médiocrités, sa grâce nous transforme et nous donne autorité. Comme le dit St Paul aux Ephésiens : Le Père fait de nous des êtres nouveaux en Jésus-Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions (Eph.2,10)

Mais il ne nous force pas à devenir ces êtres nouveaux. De notre côté, il faut que reconnaissant notre incapacité radicale, nous acceptions de recevoir la grâce qui nous rend capables désormais de faire par nous-même ce que normalement nous ne pouvons pas faire par nos propres forces. Il faut que nous acceptions de reconnaître notre pauvreté, l’inefficacité de tous nos moyens humains et que nous acceptions de recevoir de Dieu seul l’aide qui nous est nécessaire. Car la force d’un envoyé de Dieu ne saurait venir des richesses ni des moyens matériels ou intellectuels, elle ne peut venir que de sa foi et de son union à Dieu. Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent les maçons, dit le psaume. (Ps.106) C’est pourquoi le Christ prescrit aux apôtres qu’il envoie de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture… des sandales, mais pas de tunique de rechange.

Du temps de Jésus, les mœurs rustiques de l’époque permettaient aux apôtres une grande austérité de moyens. Aujourd’hui le service de Dieu requiert davantage de moyens. Les prêtres doivent faire de solides études d’Ecriture Sainte et de théologie, disposer d’un bureau bien équipé, d’un téléphone et la plupart du temps d’une voiture. Les laïcs engagés ont besoin d’une solide formation spirituelle et doivent pouvoir s’appuyer sur les moyens de communication modernes pour exercer leur apostolat. N’empêche qu’aujourd’hui comme du temps de Jésus, ce n’est pas les moyens matériels, ni les diplômes universitaires qui constituent la valeur et la force d’un apôtre. Tant mieux si votre curé est docteur en théologie, s’il dispose d’un bon ordinateur pour taper le texte de son


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homélie, et tant mieux si les micros de l’église fonctionnent bien, mais ce n’est pas cela qui va faire que son homélie sera de qualité ! C’est du Seigneur que vient notre capacité, disait St Paul (2 Cor.3,5) Voilà la première caractéristique de l’envoyé : sa capacité vient du Seigneur.

La deuxième caractéristique des envoyés, c’est qu’ils vont deux par deux. Les missionnaires doivent œuvrer non pas seuls, mais en équipe. Cette pratique a été prise à la lettre par les premiers chrétiens. Dans les Actes des Apôtres, les missionnaires cheminent toujours à deux : Pierre et Jean (Ac.3,1), Paul et Barnabé (Ac.13,2), Jude et Silas (Ac.15,22b). D’ailleurs le Christ lui-même n’est jamais seul et il le souligne : je ne suis pas seul, il y aussi Celui qui m’a envoyé (Jean 8,16) Pas d’individualisme chez lui, Il ne fait pas son œuvre à lui, mais l’œuvre du Père Je ne cherche pas ma propre volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. (Jean 5,30) Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que personne ne fait son petit business à lui, notre action apostolique se déroule toujours en Eglise.

La troisième caractéristique de ceux qui sont envoyés par le Seigneur, c’est la mobilité et la disponibilité. Intérieurement d’abord et en lien avec une attitude de pauvreté, il convient que les envoyés se renoncent à eux-mêmes et à leurs idées, qu’ils soient toujours prêts à aller plus avant avec l’Esprit du Seigneur qui les emmène toujours plus loin, comme le dit St Paul dans une très belle formule : Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. (2Co.3,18) Et la disponibilité intérieure des envoyés les amène tout naturellement à aller partout au-devant des autres, sans jamais se limiter à un seul milieu social, et sans jamais se fixer nulle part. Le Christ était toujours en mouvement, allant de village en village, de ville en ville s’adressant aux Juifs, mais aussi aux étrangers, Cananéens, Grecs, Romains, sans exclure personne.

L’évangile d’aujourd’hui se termine en décrivant l’activité des envoyés : ils prêchent la conversion, chassent les démons et guérissent les malades. Mais nous aujourd’hui, il semble bien que nous ne fassions rien de tout cela ? Pas sûr. Beaucoup de parents sans prêcher du haut d’une chaire, élèvent leurs enfants dans un esprit chrétien. Dans la société actuelle on peut relever bien des traces de l’esprit chrétien des générations passées Ce qu’on appelle les valeurs républicaines par exemple sont souvent d’origine chrétienne, même si sur certains points, malheureusement, elles s’en écartent. Les lois sociales, l’instruction publique, les écoles, les hôpitaux, les hospices pour les personnes âgées, sont d’inspiration chrétienne et sont apparus bien après de modestes mais nombreuses institutions chrétiennes auxquelles elles ont succédé. De toutes façons, il reste beaucoup à faire.  Aucun système de sécurité sociale ne nous dispense du devoir de faire régner la charité autour de nous et tandis que les gouvernants débattent indéfiniment de l’âge de la retraite, nous savons que pour nous chrétiens « il n’y a pas de repos, sinon dans la paix des moissons, quand Dieu engrange », comme aimait à le dire Saint Exupery.

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur n’a pas besoin de nous pour édifier son Royaume sur la terre, mais il ne veut pas agir seul, il nous fait l’honneur de nous appeler à être ses associés et ses collaborateurs pour transformer notre monde pollué par l’injustice, l’égoïsme et l’orgueil en un Royaume de paix, de justice et d’amour. Sans nous, le Seigneur ne veut rien faire, mais d’un autre côté, sans lui, nous ne pouvons rien faireC’est pourquoi dès qu’il a appelé ses premiers apôtres il les a rassurés : ne vous inquiétez pas pour votre formation, je m’en charge. Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. Toutefois pour que le Christ puisse agir ainsi en nous, encore faut-il que nous nous reconnaissions désespérément pauvres, incapables de faire le bien que nous aimons alors que nous faisons le mal que nous n’aimons pas et que nous désirions   cette aide qu’aucun moyen humain ne peut nous apporter et que seule la grâce divine peut nous donner. Si nous laissons le Seigneur agir en nous, alors, nous pouvons aller sans de l’avant sans tergiverser, car nos faiblesses et nos misères sont balayées par Celui dont la puissance agissant en nous, dit St Paul, peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)


Dimanche 7 Juillet 2024

De Capharnaüm, d’où il rayonnait, Jésus part donc pour Nazareth où il a passé toute son enfance et son adolescence et où tout le monde le connaît. Partout on parle de la profondeur de son enseignement et de ses miracles. On peut donc penser que les Nazaréens étaient heureux et fiers de voir arriver l’enfant du pays devenu célèbre. Sans doute espéraient-ils que chez eux aussi, il allait guérir les malades et chasser les démons. Cela attirerait du monde et cela ferait marcher le commerce ! Mais très vite en l’entendant enseigner dans leur synagogue ils passent de l’étonnement admiratif à une franche hostilité. Comment expliquer ce revirement ?

Pourtant tout avait bien commencé. On avait fait honneur à Jésus en lui donnant la parole pour qu’il enseigne dans la synagogue. Mais voilà qu’il s’est mis à dire des choses qui n’étaient pas celles qu’on attendait, des choses nouvelles qui dérangeaient les habitudes Surtout au début de sa prédication Jésus précisait  toujours : Vous avez appris qu’il vous a été dit… Et moi je vous dis. (Mt5,21…) Les Nazaréens ont commencé à penser : Pour qui se prend-il ? Si d’un côté ils étaient fiers de voir un enfant du pays atteindre une certaine célébrité, par ailleurs ils étaient vexés et jaloux de ce que quelqu’un comme eux les dépasse.  Où a-t-il été chercher des idées pareilles ?  Il n’a jamais étudié dans aucune école rabbinique, il est d’ici, on connaît sa famille.   Et puis ils sont vexés et franchement en colère de voir qu’il ne guérit pas leurs malades alors qu’il guérit ceux des villages d’à côté. Jésus quitte alors Nazareth en faisant remarquer qu’un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. St Jean écrira plus tard : il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11).

Qu’est-ce qu’il aurait fallu pour que les Nazaréens accueillent Jésus ? Et nous aujourd’hui que faudrait-il pour que nous l’accueillions ? Il faudrait admettre avec réalisme qu’on ne s’en sort pas tout seul. Qui d’entre nous arrive à atteindre au bonheur dont il rêve ? Qui arrive à faire le bien qu’il aimerait faire ?  Il faudrait avoir la lucidité de le reconnaître :  nous n’arrivons pas à faire le bien que nous voulons faire et nous faisons le mal que nous ne voulons pas faire. (Rom.7,19). Il faudrait nous reconnaître pécheurs et être heureux de recevoir de lui le pardon et la force de rebondir. Il faudrait être comme un petit enfant qui n’est pas humilié de voir qu’il ne peut pas faire grand-chose tout seul, mais il est fier et heureux de donner la main à son père ou à sa mère. Avec eux, il peut tout. Il faudrait être convaincu comme  St Paul: C’est du Seigneur que vient notre capacité. (2Cor.3,5) Je puis tout en celui qui me rend fort. (Phil.4,13)

En terminant son récit de la visite de Jésus à Nazareth, St Marc fait une remarque curieuse. Il écrit : Là le Seigneur ne pouvait accomplir aucun miracle, il guérit simplement quelques malades en leur imposant les mains et il était étonné de leur manque de foi. (Marc 6,6). Autrement dit : le Seigneur ne put faire là aucun miracle parce que les gens n’avaient pas la foi. Entendons-nous bien sur ce que sont les miracles de Jésus. Habituellement quand on parle de miracle, on parle d’un prodige, de quelque chose d’inattendu, d’inespéré, un point, c’est tout. On dira par exemple : il est sorti miraculeusement indemne de cet accident. Un miracle dans l’évangile, c’est tout-à-fait différent, c’est un signe qui nous est adressé à travers un prodige pour nous permettre de reconnaître la présence de Dieu à l’œuvre. Dans tout miracle de l’évangile il y a toujours un prodige, mais l’important n’est pas là. L’important c’est que le prodige est lui-même un signe de la présence de Dieu à l’œuvre.  Le but du Seigneur lorsqu’il fait un miracle, c’est qu’à travers le prodige, grâce à


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la foi, on aille jusqu’à reconnaître la présence de Dieu à l’œuvre dans notre quotidien. En définitive, dans l’évangile, un miracle, c’est un geste fait par Jésus en réponse à une demande motivée par la foi. C’est d’ailleurs pourquoi très souvent en faisant un miracle Jésus dit à celui ou celle qu’il exauce : Ta foi t’a sauvé (Mt.9,22) Qu’il te soit fait selon ta foi (Mt.8,13) C’est la foi de celui qui supplie qui déclenche le miracle. Quand le lépreux supplie Jésus Si tu le veux, tu peux me guérir (Luc 5,12,13) sa foi déclenche sa guérison. A l’instant la lèpre le quitta. Mais le miracle, ce n’est pas le prodige de la guérison instantanée, le véritable miracle, c’est que la guérison instantanée du lépreux l’amène lui et tous les témoins des faits à reconnaître : Dieu est là, à l’œuvre parmi nous aujourd’hui.  

Jésus arrive à Nazareth. Il est prêt à faire tous les miracles qu’on veut. Mais son  but c’est qu’à travers des malades  soudainement guéris, des possédés instantanément délivrés, on reconnaisse la présence de Dieu à l’oeuvre. Or les habitants de Nazareth veulent  bien des miracles-prodiges, des guérisons mais  rien de plus. Ils ne veulent pas de miracles qui seraient des signes de la présence de Dieu à l’oeuvre au milieu d’eux. Ils ne veulent pas croire que quelqu’un comme eux, originaire de leur village puisse être le Messie. Jésus est étonné d’un tel refus, d’un tel manque de foi. Dans ces conditions, il ne peut plus agir. Les miracles qu’il est tout prêt à leur accorder ils n’en veulent pas. Ils veulent bien d’un Dieu qui leur donne ce qu’ils désirent mais  pas d’un Dieu qui leur donne ce que lui, désire leur donner.

Et nous aujourd’hui qu’est-ce que nous attendons de Dieu ? Ce qu’il veut nous donner ou seulement ce que nous voulons qu’il nous donne ? Au départ, il a tout le monde pour lui. Qui serait contre lui alors qu’il nous promet : Demandez et vous recevrez ? (Jean 16,24) Donc quand nous n’arrivons pas à réaliser nos projets, en toute confiance, bien tranquillement nous allons demander l’aide de Dieu. Mais voilà que, plus d’une fois, nous découvrons qu’il ne nous donne pas toujours ce que nous lui avons demandé, qu’il nous donne autre chose, qu’il a d’autres idées que nous sur ce qui est le meilleur pour nous. Personne n’avait remarqué qu’il n’avait jamais dit : demandez et vous recevrez ce que vous avez demandé. Nous sommes alors fort tentés de l’abandonner et de le rejeter. Que ce soit ce jour-là à Nazareth, ou aujourd’hui, quand on rejette du Christ c’est toujours pour la même raison : il ne nous donne pas ce que nous attendions de lui. Alors, déçus, nous le rejetons.  

L’évangile d’aujourd’hui nous met au pied du mur. Il s’agit de  mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes : en quel Dieu croyons-nous ? Un Dieu « yes-man » qui réponde à nos désirs et à nos attentes ? Ou croyons-nous en un Dieu qui, parce qu’il sait mieux que nous ce qui est meilleur pour nous, nous donne toujours ce qui est le meilleur pour nous, même si ce n’est pas ce que nous espérions, même si, sur le coup, cela nous paraît un mal, parce que nous ne pouvons pas comprendre ? Exactement comme un petit enfant inconsolable qui pleure à gros sanglots parce que sa maman dont il croyait bien qu’elle l’aimait, vient de le trahir, pense-t-il : elle l’a l’amené chez le médecin qui lui a fait une piqure douloureuse. Il ne peut pas comprendre que le vaccin qu’il vient de recevoir le sauve de graves maladies et peut-être même de la mort.

Que retenir de tout cela ?

Pourquoi les habitants de Nazareth rejettent-ils Jésus ?  Parce qu’il n’est pas tel qu’ils l’attendaient.  

Nous sommes toujours prêts à accueillir Dieu, mais à condition qu’il exauce nos désirs et qu’il ne nous dérange pas avec ses désirs à lui, ses projets à lui, sa volonté à lui. Le Dieu que nous sommes prêts à accueillir, c’est trop souvent un « yes-man » Mais nous ne voulons pas trop d’un Dieu qui


dérangerait nos plans avec les siens, qui contrarierait nos volontés avec les siennes. Nous sommes peut-être trop sûrs que notre point de vue est meilleur que le sien. Le jour où nous croirons vraiment que Dieu nous aime mieux que nous ne nous aimons nous-mêmes, alors, comme nous l’avons appris du Seigneur et selon son commandement nous OSERONS dire Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne,  que ta Volonté soit faite.


Passons sur l’autre rive Dimanche 23 Juin 2024

Passons sur l’autre rive propose Jésus à ses apôtres au soir d’une longue journée de prédication. S’agirait-il d’aller faire une petite promenade en mer, histoire de se changer les idées ? Pas du tout. L’autre rive, c’est le territoire hostile des païens où Jésus veut se rendre. Mais d’abord il faudra traverser la mer qui va leur offrir une de ces tempêtes brusques et violentes dont elle a le secret. Cette nuit-là sera un temps de lutte et de combat, avant de déboucher  sur l’étonnement émerveillé des apôtres après le miracle de la tempête apaisée : Qui est-il donc celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?

Les apôtres croyaient que Jésus était le Messie, oui, mais pour eux le Messie était simplement un homme à qui Dieu avait communiqué son Esprit et donné des pouvoirs extraordinaires, comme il l’avait pour les prophètes d’autrefois :  Élie, Isaïe et les autres. Ils ne croyaient pas encore que Jésus était Dieu. Ils l’avaient vu   faire des miracles analogues à ceux des prophètes d’autrefois : guérir des lépreux, chasser les esprits mauvais. Mais maintenant qu’ils l’ont vu commander au vent et à la mer ils commencent à se demander si Jésus ne serait pas plus qu’un simple prophète. Comme les autres miracles, le miracle de la tempête apaisée est un enseignement par gestes. Commander au vent et à la mer, c’est une manière de dire par gestes : je suis Dieu, maître de la création. Les apôtres ont perçu le message. Et s’interrogent.

Pour nous aujourd’hui, quel enseignement nous apporte ce miracle ? Comme les apôtres dans la barque, nous sommes assaillis par la tempête. Notre Église est chahutée. Le nombre des pratiquants a beaucoup diminué, les vocations religieuses et sacerdotales sont en chute libre, et rien ne permet d’espérer une quelconque amélioration. Aussi, comme les apôtres, nous nous tournons vers le Seigneur : Maître, nous sommes perdus ! cela ne te fait rien ?   Une chose est sûre, et c’est là le premier enseignement que nous donne l’évangile d’aujourd’hui : En cas de tempête, le Seigneur est le seul qui puisse ramener le beau temps.

En outre dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ nous donne une consigne ferme : Passons sur l’autre rive, nous invitant ainsi à toujours aller de l’avant, comme lui, qui ne s’établit jamais quelque part pour y rester. Dans l’évangile, il est toujours en mouvement. Il parcourt tout le pays pour annoncer l’évangile Aux autres villes aussi il me faut annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé, (Luc 4,43) explique-t-il aux habitants de Capharnaüm qui veulent le retenir. De même, tout en étant extrêmement respectueux de la Loi celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements, déclare-t-il, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des Cieux (Mt.5,17) il s’oppose violement à la tradition des Anciens dont les scribes et les pharisiens sont les tenants. Pourquoi ?  Parce que dans leur interprétation de la Loi, ils en font quelque chose de figé, d’immobile, de mort, alors que la Parole est Esprit et Vie. (Jean 6,63) Là aussi il veut aller de l’avant.  Justement parce que la Parole est esprit et vie et non pas quelque chose de figé, de mort, Il en donne une nouvelle interprétation, que ce soit à propos des meurtres, de la réconciliation, de l’adultère, du scandale, de la répudiation d’une épouse, des serments, de la loi du talion ou de l’amour du prochain. A chaque fois il martèle Vous avez appris qu’il a été dit et moi je vous dis (Mt.5,21-48), et à chaque fois son interprétation, qui ne s’oppose jamais à la Loi, en donne une signification plus profonde et plus exigeante. Ainsi, à propos de l’amour du prochain il déclare :Vous avez appris qu’il a été dit Tu aimeras ton prochain et tu haïras  ton ennemi. Et moi je vous dis Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être les fils de votre Père du ciel qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber sa pluie sur les justes et les injustes. Le Christ pousse ceux qui veulent le suivre à toujours approfondir leur foi, à ne jamais s’arrêter à ce qu’ils ont compris   mais à toujours aller de l’avant pour chercher à mieux comprendre C’est là le deuxième enseignement que nous donne l’évangile d’aujourd’hui.

Le chefs de la synagogue, les prêtres et les pharisiens eux, sous prétexte d’éviter les hérésies que pourraient apporter des nouveautés, refusent tout changement, ils veulent immobiliser la foi à ce que eux en ont compris et la pratique religieuse à ce que eux ils pratiquent. Ils refusent aussi tout changement parce qu’ils savent que tout changement ébranlerait leur prestige, leur autorité et leur domination sur la masse des croyants Si nous voulons être de vrais disciples du Christ alors nous devons être aussi de ceux qui sont toujours prêts à passer sur une autre rive. Ceux qui ne veulent pas bouger qui veulent rester figés là où ils en sont, ne sont pas du Christ ni de son Église. Regardez ce qu’a été la vie de l’Église ces quatre-vingt dernières années autour de nous. Il y a beaucoup moins de monde dans les églises, qu’autrefois, c’est vrai, mais la manière de participer à la messe s’est considérablement améliorée, on est heureux de voir les diacres baptiser ou présider aux mariages, partout on se félicite de la manière dont des équipes de laïcs s’occupent des funérailles. Quand je viens célébrer la messe chez vous, je suis toujours impressionné de voir comment, en préparant la messe, vous avez non seulement préparé les lectures et les chants mais vous composé de nouvelles intentions  pour la  prière universelle et même souvent  recomposé les oraisons ou la préface. Et généralement, le résultat est meilleur que ce qu’offre le missel. Ici, l’Église, elle vit, ça bouge. Et c’est comme ça que ça doit être.      

Le pape François le répète sans cesse. L’Église n’est pas animée seulement par l’Esprit Saint qui descend de l’archevêché et des prêtres sur la masse des fidèles. Elle vit aussi de l’Esprit Saint qui  monte du cœur  de tout baptisé. Chacun a sa vie chrétienne personnelle et ses préférences dans sa manière de prier. Certains prient mieux avec une messe en latin, très bien, la majorité préfère en français, très bien. Certains aiment une messe animée avec de beaux chants, très bien, d’autres une messe très recueillie avec beaucoup de silence, très bien. Mais jamais personne ne doit considérer sa manière de prier, comme la seule valable et condamner les autres. Le Seigneur nous invite toujours à aller de l’avant, à améliorer et à approfondir notre foi. Comme il le dit dans l’Apocalypse : Voici, je fais toutes choses nouvelles.(Apoc.21,5)

Que retenir de tout cela ?

Le miracle de la tempête apaisée nous montre que, le Seigneur et lui seul est capable de venir à bout de toutes les tempêtes qui peuvent secouer l’Eglise.

Passons sur l’autre rive dit le Seigneur à ses apôtres. Il nous donne là une consigne très ferme. Il Toujours aller de l’avant. L’Esprit Saint qui anime tous les membres de l’Église, les laïcs aussi bien que le clergé nous invite tous à toujours aller de l’avant pour améliorer et approfondir notre foi.  De son temps, Jésus se heurtait à l’hostilité des prêtres et des chefs de la synagogue qui craignaient que les changements n’entraînent des hérésies et ne nuisent à leur prestige dans la société. Aujourd’hui encore, par crainte des déviations et des hérésies, la hiérarchie de l’Église a tendance à toujours freiner l’évolution et le changement, mais sa prudence aussi justifiée qu’elle soit, retarde bien des progrès. Il ne faudrait pas que la base dans l’Église, c’est-à-dire les laïcs, s’engourdisse et attende passivement d’être tirée et poussée par une hiérarchie avançant elle-même au ralenti. C’est à la base aussi de pousser et de tirer l’Église en avant ! L’histoire en donne la preuve : Souvent, c’est grâce à la poussée de la dévotion populaire que Rome finit par proclamer les dogmes.

Que la lumière de l’Esprit Saint nous aide à bien voir les problèmes de notre temps, les solutions qui s’imposent et nous donne la force de les mettre en pratique. Et que tout le monde, y compris les laïcs, s’y mette, afin de pousser et de tirer l’Église vers l’avant.

Des paraboles sur la croissance 16 juin 2024

Dans la parabole du grain qui pousse sans que l’homme qui l’a semé sache comment, le Seigneur nous explique que Dieu dans son amour et sa puissance agit pour faire naître et se développer son royaume, sans que les hommes y soient pour grand-chose, mais qu’ils doivent quand même s’y impliquer. Dans la parabole de la graine de moutarde, le Seigneur nous dit que malgré ses débuts fort modestes, le royaume est promis à une réussite exceptionnelle, à l’image de la minuscule graine de moutarde qui devient une plante imposante qui dépasse toutes les autres plantes potagères.

 De même que la terre par elle-même toute seule ne produira jamais rien, s’il n’y pas quelque chose venu d’ailleurs, c’est-à-dire la semence, qui la féconde, de même il faut que quelque chose venu d’ailleurs entre en nous pour que nous arrivions à transformer le monde plein d’orgueil, d’égoïsme et d’injustice en un royaume où règnent l’amour, la paix et la justice. Et ce quelque chose, c’est la parole de Dieu.On le savait depuis toujours : Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent les maçons disait déjà le psaume (126,1) N’empêche, il faut que les maçons travaillent, que les laboureurs retournent la terre, mettent du fumier, de la semence etc. Mais ensuite la semence germe et grandit sans que le paysan sache trop comment cela se passe et son travail dans la boue et le froid de l’automne devient moisson dorée sous le soleil de l’été. Toutefois, pour arriver à ce résultat, deux erreurs sont à éviter. La première c’est de croire que le Seigneur se charge de tout et qu’il nous suffit de faire quelques prières pour que tout se passe bien, mais nous commettons très rarement cette erreur. Tandis que nous sommes beaucoup plus souvent victimes de la seconde qui consiste à croire que tout dépend de nous et que par nos propres forces, par notre travail et nos efforts, nous allons parvenir à faire régner la paix et la justice, le bonheur et la prospérité sur la terre .Surtout depuis le XVIII° siècle et la philosophie des Lumières, on pense volontiers que les religions ne sont qu’un amas de légendes obscurantistes dont il convient de se débarrasser et l’humanité désormais éclairée par  la seule raison et la science amènera progrès et  bonheur sur la terre. Une foule d’esprits sérieux, généreux, pleins d’idéal nous ont donc embarqué dans des idéologies matérialistes sans Dieu,  comme le capitalisme, ou des doctrines clairement athées, comme le communisme, qui, selon eux, devraient  apporter infailliblement à l’humanité, le bonheur et la prospérité. Le résultat s’est révélé largement catastrophique, malgré des succès extraordinaires et impressionnants.

Car  des progrès fascinants ont été réalisés. Avec l’arrivée des voitures, du téléphone, de la télévision, des robots ménagers, des ordinateurs et  d’internet, la vie de tous les jours est devenue bien plus facile qu’autrefois. Des pays comme la Chine sont devenus en quelques décennies des grandes puissances mondiales. Oui, mais à quel prix : pour la Chine, 50 millions de victimes. On est parvenu à éliminer les régimes brutaux de colonisation, mais dans la plupart des cas les gouvernements corrompus qui lui ont succédé n’ont fait qu’accroître la souffrance des masses. L’intelligence des hommes, la science, la technique aboutissent à des progrès surprenants : Peut-être que nos enfants ou nos petits enfants iront passer leurs week-ends dans la lune ou sur Mars ! Mais en même temps on dérive dans l’extravagant : On envisage sérieusement de mettre au monde des enfants sans père en toute légalité, tandis que grâce à de savants bricolages biologiques les hommes peuvent devenir des femmes et les femmes des hommes, le tout remboursé par la sécurité sociale.  Ne dramatisons pas, Cela n’est pas encore obligatoire !!!

En tous cas, toutes ces performances sont loin d’apporter le bonheur escompté. Sans parler des millions de victimes des deux guerres mondiales, des camps de concentration et des goulags du siècle dernier, les pays du tiers monde stagnent toujours dans la misère, et dans les pays dits développés la pollution et d’autres effets secondaires d’un progrès qui s’emballe, menacent l’équilibre de la planète. Les apôtres de l’écologie tentent de limiter les dégâts mais ne peuvent rien contre un lourd sentiment d’insatisfaction qui tourmente la société cherchant désespérément autre chose, comme le montre, c’est très significatif, la consommation de stupéfiants en hausse constante. Dans notre pays où on a trop de tout : les poubelles sont pleines de nourriture, de vêtements, de chaussures qu’on jette, comment se fait-il il y ait une telle insatisfaction ? De plus en plus nombreux sont ceux qui cherchent un sens à leur vie. Partout on cherche à s’évader, à sortir d’un quotidien pesant. Il ne faut peut-être pas s’en désoler. Cela montre qu’au-delà de la satisfaction de ses besoins primaires tout-à-fait légitime d’ailleurs, l’humanité a soif d’autre chose. Le monde étonné assiste à un retour du spirituel. Un livre récent consacré à l’étude de ce phénomène s’est vendu en France à plus de 250.000 exemplaires. Tandis que beaucoup s’égarent encore malheureusement dans des paradis artificiels, certains   plus heureux dans leur recherche, redécouvrent l’intuition de St Augustin qui écrivait, il y a quinze cents ans passés : Tu nous as faits Seigneur pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en toi.

Comme la terre a besoin de semence pour porter du fruit, nous avons besoin  de recevoir la Parole de Dieu pour espérer porter du fruit et transformer notre monde en royaume de paix, de justice et de charité. Du côté de Dieu, pas de problème. Chaque jour il est prêt à ensemencer la terre stérile que nous sommes, pour qu’elle puisse produire des fruits. Il le dit et le répète depuis les prophètes de l’Ancien Testament Je vous donnerai un  cœur nouveau, un esprit nouveau, je mettrai mon esprit en vous (Ez.36,26) Je ne cesserai pas de vous faire du bien. (Jer.32,40) Soyons donc extrêmement attentifs à repérer tout ce qui touche notre cœur et nous dit la présence de Dieu au milieu de nous, que ce soit à travers ce qui se dit ou se fait de bien autour de nous, que ce soit à travers une parole qui nous touche, entendue à l’église, dans la rue, devant la télé ou dans une conversation. N’attendons pas des apparitions ou des révélations spectaculaires, car la Parole de Dieu n’est pas hors d’atteinte, dans les cieux qu’il te faille dire : qui montera aux cieux pour nous la chercher ? Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire qui ira pour nous au-delà des mers pour nous la chercher ? La Parole de Dieu est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. (Deut.30,11….)

Que retenir de tout cela ?

La terre sans semence est stérile. Notre monde sans la parole de Dieu ne sera jamais un royaume de paix, de justice et de charité, même si la science, la technique   et le travail des hommes peuvent réaliser des prodiges et nous emmener en week-end dans la lune.

Mais la semence sans une terre qui l’accueille est stérile elle aussi. La Parole de Dieu, sans des cœurs qui l’accueillent, est stérile elle aussi. Nous avons le pouvoir redoutable de bloquer la Parole de Dieu. L’expérience de l’histoire récente nous montre ce qu’il en coûte de vouloir remplacer la parole de Vérité par de idéologies prétentieuses, car il n’y a pas d’autre nom par lequel nous puissions être sauvés. (Actes,4,12) comme déclarait St Pierre devant le Sanhédrin. Il est donc urgent d’être constamment à l’écoute du Seigneur dont la Parole nous rejoint chaque jour. Toutes les fois où quelque chose nous touche, c’est lui qui est en train de nous parler et de nous rapprocher de lui. Et  si nous ne sommes pas en ligne au moment où il est en communication avec nous, prenons un moment le soir  pour revoir notre journée et relever les messages.

Dimanche 9 Juin 2024

Jésus attirait les foules. Elles étaient fascinées par les miracles qu’il faisait et captivées par son enseignement. Il parlait de Dieu et des choses de la religion comme personne. On disait : jamais homme n’a parlé comme cet homme. (Jean 7,46) Et puis de temps à autre il remettait vertement à leur place les prêtres, les scribes et les pharisiens qui tenaient le haut du pavé, s’imposaient avec arrogance et méprisaient ceux qui ne faisaient pas partie de leur cercle. Les braves gens qui souffraient de la morgue et du mépris des responsables religieux étaient tout heureux d’entendre Jésus les remettre à leur place. Les chefs de la synagogue au contraire, étaient profondément irrités  de voir la popularité croissante de Jésus ruiner leur prestige auprès de de la foule. Ils s’efforçaient de le faire passer pour un fou, allant jusqu’à faire pression sur la famille de Jésus pour qu’elle le raisonne et le ramène au village. Et bien sûr ils l’attaquaient par tous les moyens, même les plus ridicules comme ici où ils l’accusent : c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. Jésus n’a aucun mal à relever l’absurdité d’une telle accusation : le démon ne va pas se mettre à chasser les démons !

Il y a dans cette hostilité des chefs de la synagogue quelque chose d’incompréhensible. Comment dans le monde Juif, quasiment obsédé par l’attente du Messie, les chefs religieux peuvent-ils être aussi opposés à Jésus ? Normalement ils auraient dû être les premiers à l’accueillir ainsi que son message messianique. Comment en sont-ils arrivés à une telle hostilité envers lui ? C’est que l’autorité et le prestige dont jouissent  les clercs les exposent à la tentation du pouvoir et de l’orgueil. Du temps de Jésus les cadres religieux étaient pratiquement les seuls à être instruits en face des foules illettrées. D’autre part le Christ n’ayant pas encore révélé clairement que Dieu était un Père aimant, la foule des croyants en était encore à une foi très marquée par la crainte, leur Dieu était encore un Dieu tout puissant, redoutable et imprévisible. Du coup, les clercs apparaissaient à leurs yeux comme les seuls intermédiaires efficaces, connaissant les bons trucs permettant d’atteindre la divinité à coup sûr et de l’amener à écouter les prières. D’où un regain de prestige et d’autorité pour les prêtres et les responsables de la synagogue. Pour eux la religion était l’occasion de jouir d’un véritable pouvoir sur la masse ignorante et ils ne voulaient surtout pas que ce pouvoir leur échappe. C’est pourquoi ils essayaient par tous les moyens de déconsidérer Jésus.

                                            On a d’un côté, le pouvoir et les chefs de la synagogue, et de l’autre  le  lavement des pieds et Jésus ; d’un côté, le pouvoir et le prestige, et de l’autre, l’humilité et le service ; d’un côté, ceux qui veulent se servir de Dieu et de la religion pour renforcer leur situation dans la société, et de l’autre, ceux qui veulent servir Dieu. Tout au long de l’histoire de l’Eglise, on retrouve ce dilemme. On cherche à utiliser la religion pour renforcer sa situation dans la société. Tout le monde connaît la boutade que l’on prête à Henri IV lorsqu’il s’est « converti »au catholicisme pour pouvoir monter sur le trône de France : Paris vaut bien une messe. Et de nos jours on peut voir tel responsable d’une grande puissance, mondiale, qui ne croit ni à Dieu ni à diable, couvrir de dons l’Eglise orthodoxe de son pays pour s’assurer le soutien des croyants. Jusque dans l’Eglise aussi parfois on se sert de Dieu et des choses de la religion pour asseoir son pouvoir. Notre pape François ne cesse de nous mettre en garde contre la tentation du cléricalisme présent à tous les niveaux dans l’Eglise depuis les dignitaires ecclésiastiques qui cherchent à faire carrière, jusqu’au curé de paroisse un peu dictateur ou au responsable de la chorale qui s’accrochent à leur poste et refusent de faire place à quelqu’un d’autre. 

Sans être dévorés par l’ambition et vouloir nous servir de Dieu et de l’Eglise pour améliorer notre rang dans la société, est-ce que tous, dans notre relation à Dieu, nous ne sommes pas, à certains moments, tellement préoccupés par notre intérêt personnel que nous oublions le point de vue du Seigneur ? Est-ce que nous ne prions pas surtout pour que notre volonté soit faite, négligeant plus ou moins de prier pour que la volonté de Dieu notre Père advienne, elle aussi ? D’un côté, il est normal que nous demandions l’aide de Dieu pour parvenir à réaliser nos désirs et  nos projets. Le Seigneur lui -même nous le dit dans l’évangile : Sans moi, vous ne pouvez rien faire et St Paul est navré de constater : Je ne fais pas le bien que je veux  et je fais le mal que je ne veux pas. (Rom.7,19 ) Le Seigneur nous encourage donc : Demandez et vous recevrez. (Jean16,24) Aussi, quand nous prions, nous demandons la santé, la paix, la bonne entente dans nos familles, de réussir l’éducation de nos enfants, nous prions pour la paix et la  justice dans le monde. Et nous avons bien raison. Nous avons le plus grand besoin de l’aide de Dieu qui, dans sa bonté, s’abaisse à notre niveau pour nous secourir. Mais il veut aussi nous hisser à son niveau……………

N’oublions pas de lui demander aussi ce que Lui  veut nous donner. Sinon nous risquons  de  prendre Dieu pour une sorte de dépanneur universel qui nous tire d’embarras chaque fois que nous sommes coincés. Nous risquons de ne croire en Dieu que dans la mesure où il est à notre service. Le Dieu dans lequel nous croyons risque de n’être  plus qu’une sorte de directeur d’une sorte de super-super marché où, en échange de prières appropriées, on peut avoir tout ce qu’on veut. Dans nos prières, nous demandons ce que nous pensons être le mieux pour nous. Très   bien. Mais est-ce que Lui ne sait pas, mieux encore que nous, ce qui est le mieux pour nous ? Alors au lieu de lui dire : Donne moi ceci ou cela   ne devrions nouspas oser lui dire : Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme elle est faite au ciel. Puisquesa volonté, c’est notre épanouissement et notre bonheur. Il le dit ouvertement dans l’évangile : Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. (Jean10,10 ) Quand, dans nos familles, son nom est sanctifié, son règne advient et sa volonté est réalisée, c’est alors que le bonheur s’y établit. Mais croyons-nous que le Seigneur sait mieux que nous, ce dont nous avons besoin ? Croyons-nous qu’il nous aime mieux que nous ne nous aimons nous-mêmes ? Croyons-nous que sa puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus, que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, comme dit St Paul aux Ephésiens ? (3,20 ) Peut-être pourrions-nous faire nôtre cette prière que je vous cite en terminant : 

1)               Mon Dieu,                                                                     3)            Mon Dieu,

N’écoute pas ma prière                                                               N’écoute pas ma prière,

    Même si ce qu’elle te dit                                                           Mais fais en moi ma prière,

                      Estbien.                                                                           Et puis écoute,

     Toi, ce que Tu veux me dire                                                           Ecoute en moi

             Est tellement mieux.                                                                     Ta prière.

    2)            Mon Dieu,                                                            4)              Et surtout,

          N’écoute pas ma prière,                                                                  Mon Dieu,

    Même si ce qu’elle te demande                                                       Fais que j’écoute  

                      Est bon.                                                                             Que toujours,

    Toi, ce que Tu veux me donner                                                        J’écoute en moi

           Est tellement meilleur.                                                                    Ta prière.

Dimanche 2 Juin 2024

Le Saint Sacrement, ou sacrement de l’Eucharistie, c’est le sacrement du corps du Christ qui se donne en nourriture. Pourquoi appeler ce sacrement : Saint ? Tous les sacrements sont saints. C’est que ce sacrement est spécial, en ce sens qu’il ne donne pas une grâce particulière, comme le sacrement de pénitence par exemple qui procure le pardon des péchés, il nous met en communion avec le Christ lui-même en personne. Le Saint Sacrement est spécial également en ce sens qu’il ne s’adresse pas à certaines personnes au moment où elles s’engagent dans un état de vie de vie, comme l’ordre ou le mariage il est destiné à tous les chrétiens, quels que soient leur état et leur situation présente. De plus, le Christ insiste beaucoup sur la nécessité absolue de recevoir ce sacrement : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez pas la vie en vous (Jean 6,53 ) parce que Je suis le pain de vie (Jean 6,48) et Le pain que je donne, c’est ma chair pour que le monde ait la vie (Jean 6,51)

Mais, est-ce que ce n’est pas le baptême qui nous donne la vie de Dieu ? Tout-à-fait. Cependant, de même qu’après sa naissance le nouveau-né a besoin de se nourrir pour développer sa vie naturelle, humaine, de même le baptisé après son baptême, a besoin du pain de vie pour nourrir la vie divine en lui. D’autant plus que le baptême n’est pas un bain dans lequel nous serions dissous en Dieu. Après avoir reçu le baptême, nous demeurons des personnes libres et donc exposées à toutes les tentations qui risquent d’affaiblir et de mettre en danger la vie divine que nous venons de recevoir. Nous avons donc absolument besoin d’une nourriture qui alimente et fortifie cette vie nouvelle donnée par le baptême. C’est pourquoi le Christ veut nous donner son corps en nourriture.

 Mais quand il nous dit : il faut vous nourrir de mon corps pour avoir la vie en vous, de quel corps s’agit-il ? St Luc, qui nous donne également le récit de l’institution de l’Eucharistie, le précise, il s’agit de mon corps livré pour vous. (Luc 22,19) Quand nous recevons la communion, ce n’est pas le corps de Jésus enfant à Nazareth, ni le corps de Jésus annonçant l’évangile que nous recevons, mais le corps de Jésus donnant sa vie pour nous. Ce qui veut dire que la vie que le Christ nous communique et qui fait de nous des chrétiens est une vie qui se donne pour les autres. Autrement dit, je ne suis pas chrétien si je ne donne pas ma vie pour les autres. Je peux être chrétien que je dise mon chapelet ou non, que je porte ma médaille de baptême autour du cou ou non, mais je ne peux pas être chrétien si je ne donne pas ma vie pour les autres. St Jean conclut, péremptoire : Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1Jean 3,16)

Donner sa vie pour les autres, comme le Christ, pas une fois de temps en temps, mais tous les jours, cela ne va pas être facile, c’est même tout-à-fait impossible, Il faut que nous recevions le sacrement de l’Eucharistie pour en devenir capables. Le Christ le dit clairement : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez pas la vie en vous. (Jean 6,53 ) Mais si nous recevons la communion, le-Christ-qui-donne-sa-vie pénètre en nous et  nous rend alors capables de donner nous aussi notre vie pour les autres.

Donner sa vie pour les autres… cela peut paraître un programme terriblement exigeant. Mais ne dramatisons pas. En fait, cela ne demande pas nécessairement d’être héroïque du matin au soir. Se donner pour les autres, cela se vit déjà dans le simple service des autres de tous les jours. Or dans toutes nos activités, dans toutes les professions, il y a déjà un aspect de service des autres. Un agriculteur qui cultive du blé ou des pommes de terre contribue à nourrir la population, un commerçant dépanne les gens de son quartier qui n’ont pas à courir plus loin faire leurs courses, un médecin soigne les malades, un enseignant dans son école, un policier dans son commissariat, un conseiller municipal ou un employé de mairie, un pharmacien ou un conducteur de bus scolaire, tous, d’une manière ou d’une autre sont au service des autres. Il n’y a pas un seul père de famille qui travaille uniquement pour lui. C’est pour les siens et pour d’autres encore autour de lui, qu’il s’échine au travail. Et que dire d’une femme au foyer ! Tout ce qu’elle fait, du matin au soir, tous ses gestes, ce n’est pas pour elle, mais pour sa famille, son mari, ses enfants. Ce n’est pas du don de soi pour les autres, ça ?  Rappelons-nous ce que dit le Christ Ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est pour moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Seulement, bêtement, nous sommes incapables de voir le don de soi pour les autres qu’il y a dans ce que nous faisons de manière banale tous les jours, nous ne voyons pas la valeur devant Dieu de nos travaux, le pire c’est que nous en arrivons à penser que le travail, c’est du profane, du matériel qui nous empêche de mener une vie qui soit vraiment chrétienne. C’est pour ça qu’on ne voit jamais une représentation de Notre Dame en train de faire la lessive, de balayer sa maison ou de faire la cuisine. Nous avons, ancrée en nous, cette idée fausse que la vie chrétienne, c’est les prières. Alors que dans l’évangile, le Christ se moque des païens qui font de longues prières et nous met sérieusement en garde contre une mauvaise compréhension de la prière : Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. (Mt.7,41) La prière n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’entrer en communion avec Dieu pour ensuite faire sa volonté. Une prière qui ne débouche pas sur une action est une prière avortée. Nous sommes là à la messe, très bien. Et alors ? Les chaises aussi. Elles sont là à toutes les messes. Elles n’en ratent aucune. Ce qui compte, c’est qu’à travers la liturgie de la parole, nous tirions un enseignement qui transforme notre cœur et que, de la communion, nous tirions la force de vivre et d’agir davantage selon la volonté du Père. A la messe nous sommes là pour faire le plein pour la semaine. Comme des voitures à une station essence.

 Indispensable de faire le plein. Mais ce n’est pas une fin en soi. On fait le plein pour rouler ensuite. Indispensable de prier. Indispensable de recevoir la communion. Mais ce n’est pas une fin en soi. On prie, on communie, pour se brancher sur Dieu et acquérir ainsi la force de vivre et d’agir selon sa volonté.

Que retenir de tout cela ?

Le Saint Sacrement, c’est le sacrement du Christ qui donne sa vie pour nous. Quand nous recevons la communion, c’est le-Christ-qui donne-sa-vie que nous recevons. La vie que le Christ nous communique et qui fait de nous des chrétiens, est une vie qui se donne pour les autres. Autrement dit, la vie chrétienne, c’est donner sa vie pour les autres. Et nous ne pouvons y parvenir qu’en recevant la communion où le-Christ-qui-donne-sa-vie pénètre en nous et nous rend capables à notre tour de donner notre vie pour les autres. Mais donner sa vie pour les autres cela ne signifie pas qu’il faille s’imposer du matin au soir des sacrifices terriblement exigeants, héroïques et spectaculaires. Cela peut très bien se vivre dans la banalité des gestes que chacun accomplit tous les jours pour le service des autres.  

Chaque jour, quand je célèbre la messe, je suis fier d’offrir au Seigneur en même temps que le sacrifice du Christ tout ce qui se vit comme service des autres, comme dévouement, du matin au soir, chaque jour, dans vos familles, …et puis au-delà, partout, dans les écoles, les hôpitaux, les EPHADs…Tout ça n’est peut-être pas assez. Il faudrait faire mieux, c’est sûr.

 Saint Exupery parlant de quelques vieilles dames qui s’usaient les yeux à broder des chasubles d’or pour leur Dieu disait : elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles. Eh bien soyons honnêtes : dans notre monde, il n’y a pas que Gaza, l’Ukraine la misère de pays sous-développés et le trafic de drogues. Grâce à la puissance du Saint Sacrement vous allez, sans trop le savoir, vous aussi, et une foule de chrétiens  avec vous, les mains pleines d’étoiles. Il convient, surtout aujourd’hui, d’en rendre grâces à Dieu.