François Battez

Dimanche 23 octobre

30° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 18,9-14

« Le publicain redescendit dans sa maison ; c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien »

A travers la parabole du Pharisien et du Publicain, le Seigneur fait ici l’éloge de l’humilité. Qu’est-ce que c’est vraiment un Pharisien ou un publicain ? Et qu’est-ce qu’il faut entendre par humilité ?

Un pharisien, c’est un croyant plutôt fervent qui observe minutieusement les préceptes de la Loi, les ablutions rituelles avant les repas, le repos du sabbat, il pratique les jeûnes d’obligation, paye la dîme et bien sûr, fait toutes les prières prescrites. Tout cela est très bien. Malheureusement trop souvent leur orgueil gâche tout. Ils font leurs bonnes oeuvres et leurs prières pour être vus et admirés. Ils se croient justes et méprisent les autres. Toutefois un certain nombre de pharisiens demeurent d’honnêtes croyants. Tels Nicodème, ils s’intéressent à la prédication de Jésus, l’invitent à leur table et n’hésitent pas à prendre  sa défense. Un jour, nous rapporte St Luc, ils s’approchèrent de lui et lui dirent Va-t-en, pars d’ici, car Hérode cherche à te faire mourir. (Luc 13,31). Mais comme le peuple touché par la profondeur de l’enseignement de Jésus et l’éclat de ses miracles, accorde à Jésus de plus en plus d’autorité et de prestige, la majorité des pharisiens voient en Jésus un rival et un ennemi à abattre. Faisant cause commune avec les prêtres et les docteurs de la Loi, ils cherchent par tous les moyens à le faire périr.

Un publicain, c’est un fonctionnaire qui perçoit les impôts pour le gouvernement romain. Les publicains sont généralement méprisés. On les considère comme  des  collaborateurs au service des colonisateurs romains  et des voleurs qui détournent l’argent de l’ état pour le mettre dans leurs poches.

Dans sa prière, le pharisien se glorifie d’être un juste, supérieur aux autres. Il rend grâces à Dieu parce qu’il n’est pas comme tant d’autres qui sont voleurs, injustes, adultères ou encore comme ce publicain qui est un fonctionnaire corrompu. Il rend grâce aussi parce qu’il jeûne deux fois par semaine et donne en autmônes le dixième de tout ce qu’il gagne. Tout cela est sûrement vrai. Il n’y a là probablement aucun mensonge ni aucune exagération. Pourtant Jésus n’approuve pas la prière du pharisien. Pourquoi ? Parce que sa prière est centrée sur lui et sur sa propre glorification, il ne se remet pas en face de Dieu mais se compare aux autres qu’il méprise, il s’estime être un juste irréprochable,  il ne fait aucune mention de ses défauts  de ses manques   ou de ses fautes. Il ne parle que de ce qu’il fait de bien, le pire étant qu’il ne reconnaît même pas  que toutes ses qualités, ses talents sont des dons de Dieu, source de tout bien, soit qu’il les lui ait donnés directement, par grâce, soit qu’il les lui ait donnés par l’intermédiaire de l’éducation et de la formation reçues de ses parents, de ses maîtres, de ses amis, ou des croyants  qu’il a mis sur son chemin. St Paul dira plus tard : »Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu ? Et si vous l’avez reçu, de quoi vous glorifiez vous, comme si vous ne l’aviez pas reçu ? »(1 Cor.4,7 )Pour beaucoup de Pharisiens, le culte, la religion, ce ne sont pas  des moyens de servir Dieu, mais des moyens de se servir de Dieu pour leur propre gloire. Ils en arrivent à croire qu’ils ont des droits sur Dieu en  raison de leurs pratiques. Jésus les critique souvent avec sévérité.

Dans sa prière, le publicain lui, fait tout le contraire de ce que fait le pharisien.Il ne parle pas de ses talents ni de ses qualités comme le pharisien,  Il ne se  compare pas aux autres pour les mépriser et s’estimer supérieur, comme le pharisien, mais  il se remet en face de Dieu et d’emblée se reconnaît pécheur « Il se frappe la poitrine en disant : mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis »Le Seigneur fait l’éloge de sa prière. Il le félicite. Pourquoi ?Parce que le publicain   se présente  tel qu’il est, en vérité, avec réalisme  : un pécheur  et il demande au Seigneur de l’aider à s’en sortir. Cela ne pouvait pas  tomber mieux , parce que justement  chaque fois  que quelqu’un  se reconnaît pécheur devant  lui, le Seigneur   tout heureux ne peut pas s’empêcher  de le relever et de le faire rebondir. La meilleure illustration en est ce qui arrive à Pierre après la pêche miraculeuse. Pierre et ses compagnons avaient péché toute la nuit, moment favorable pour attraper le poisson qui remonte vers la surface et se prend dans les mailles des filets, tendus en rideau depuis la surface. Arrive Jésus qui leur demande de jeter leurs filets. C’est idiot parce  qu’au matin les poissons s’enfoncent dans les profondeurs, et on n’a aucune chance de prendre quoi que ce soit.  Pierre, sans trop y croire, jette quand même les filets. Et contre toute attente, il fait une pêche extraordinaire. Il  se jette alors aux pieds de Jésus Seigneur éloigne toi de moi car je suis un pécheur. Réaction de Jésus Sois sans crainte, désormais  ce sont des hommes que tu auras à pécher. (Luc 5,1-11 ) Autrement dit : St Pierre va à confesse « je suis un pécheur ». Réaction de Jésus : « Oui d’accord, c’est vrai. Eh bien comme pénitence tu seras pape ! » Devant Dieu, celui qui s’abaisse est élevé.

Avec la prière du publicain ou la réaction  de Pierre après le pêche miraculeuse, nous sommes en pleine humilité. Pourquoi ? Le publicain et St Pierre se jugent avec réalisme. Ils se reconnaissent pécheurs. Devant Dieu tout homme est pécheur. C’est la réalité. L’humilité, c’est voir les choses avec réalisme. Le mot humilité vient du latin humus, la terre. Quelqu’un qui est humble c’est quelqu’un qui est réaliste, qui a le pieds par terre.  II ne se vante pas, il n’enjolive pas les faits,  mais il ne noircit pas la situation  non plus, il regarde les choses telles qu’elles sont. Car contrairement à ce qu’on pense souvent, mais à tort,  l’humilité ne consiste pas à se rabaisser. St Paul l’explique bien dans l’épître aux Romains : « Ne vous surestimez pas plus qu’il ne faut, mais gardez de vous une sage estime, à la mesure de la foi que Dieu vous a départi » (Rom.12,3) Notre Dame, dans son Magnificat,  nous donne une parfaite illustration de l’humilité. Se remettant devant Dieu, elle parle de « la bassesse de sa servante » Je ne suis rien du tout, une petite jeune fille de la campagne, mais elle ajoute :« désormais toutes les générations me diront bienheureuse » autrement dit  « désormais je suis au-dessus de tout le monde »mais elle précise bien : ce n’est pas de ma faute, je ne l’ai pas fait exprès, c’est parce que le Puissant  a fait pour moi des merveilles. (Luc 1,47…)

Que retenir de tout cela ? 

L’humilité, c’est une attitude par laquelle nous nous présentons  devant le Seigneur, en vérité, avec réalisme, sans nous surestimer ou nous sous estimer, nous reconnaissant pécheurs, sans être catastrophés pour autant. L’évangile d’aujourd’hui nous le montre : l’humilité   nous met dans la situation idéale pour que le Seigneur nous vienne en aide. En effet, Il est venu   pas  pour les justes, mais pour les pécheurs, pour les relever, les relancer  Chaque fois qu’il tombait sur des gens qui se rendaient compte  qu’ils n’arrivaient pas à être comme ils voulaient, parce  qu’ils étaient  pleins de défauts, orgueilleux, égoïstes,… mais  qui voulaient s’en sortir, c’était sa joie  de les relancer. Il  leur disait : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et je vous soulagerai » (Mt.11,28 ) Par conséquent, lorsque nous sommes au bord du découragement, parce que nous voyons que nous ne sommes décidément pas à la hauteur, « je n’arrive pas à aimer ma femme, mon mari, comme je le voudrais, je ne sais pas élever mes enfants comme je voudrais »,  ne nous laissons pas abattre, nous sommes dans la situation idéale   pour que le Seigneur prenne la  relève Déjà il nous l’avait dit par Isaïe « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied…mais celui sur qui je jette les yeux c’est le pauvre  et le coeur contrit » (Isaïe 66,1)Et St Paul disait :moi, quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2Cor. 12,10 ) parce qu’il y a Celui dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20 )

Dimanche 16 octobre 2022

29° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 18,1-8

« Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui »

Dans cette parabole le Seigneur nous invite à la confiance, à prier sans nous décourager : si un juge injuste comme celui de la parabole, qui se moque de la Loi divine et des lois humaines en vient à céder aux prières instantes d’une veuve, combien plus le juste juge écoutera-t-il les supplications incessantes des élus. Le Dieu que les Juifs appelaient Yahvé et qu’ils voyaient comme un être tout puissant,  mystérieux et redoutable, le Christ est venu  révéler qu’il était en fait un Dieu Amour, un Père qui aime les hommes ses enfants et veut leur bonheur. Donc   quand on prie, on ne s’adresse pas à un Dieu indifférent ou hostile qu’il faudrait convaincre    de s’intéresser un peu à nous, à coups d’interminables supplications. Désormais on s’adresse à un Dieu attentif,qui veille sur nous sans cesse. Par conséquent, »quand vous priez ne rabâchez pas comme les païens  : ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront exaucer. Ne leur ressemblez pas car votre Père sait ce dont vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. » (Mt. 6,7,8)

N’empêche qu’il reste des raisons de se décourager. Comment cela ? D’abord,   comme  le Seigneur n’exauce  pas toujours nos prières, par moments nous sommes tentés de nous demander s’il y a vraiment un Dieu qui nous écoute. Et puis, comme  malgré toutes les prières des justes,  les violences les guerres,les injustices    ne cessent de s’étaler partout dans le monde, nous en venons à penser que s’il y avait un Dieu il ne permettrait pas que tout cela se passe. Notre foi vacille.

D’où  cela vient-il que le Seigneur n’écoute pas nos prières et ne  nous donne pas toujours ce que nous lui demandons ? Est-ce que c’est lui qui ne veut pas  ? Impensable. Dans l’évangile de St Mt et de St Jean, même s’il ne dit jamais : demandez et vous recevrez ce que  vouss demandez,  le Seigneur  a quand même promis : « Demandez et vous recevrez, frappez on vous ouvrira. Quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira (Mt.7,7)  Alors, si le Seigneur n’exauce pas nos prières, cela doit venir de nous,  de nos prières qui sont inappropriées. Il peut arriver que ce que nous demandons et que nous pensons être bon pour nous, en fait ne l’est pas. C’est pourquoi le Seigneur ne nous l’accorde pas. Exactement comme une maman ne donne pas à son enfant le couteau avec lequel il veut jouer.  Cela, nous pouvons le comprendre…………………….. Mais  parfois le refus de Dieu d’écouter notre prière est vraiment incompréhensible. Un petit enfant est gravement malade. Tout le monde prie pour qu’il guérisse. Et il meurt. Nous ne pouvons pas comprendre. Impossible. Nous sommes au bord du désespoir, notre foi ne parvient pas à nous réconforter. D’un autre côté, il faut bien nous rendre compte que dans ce cas précis, une partie des chose nous échappe. Nous ne savons  pas comment ce petit enfant a été reçu dans le royaume et quel avenir lui est réservé.  Nous restons seulement anéantis  devant le petit cercueil blanc. Nous ne pouvons pas comprendre. Comme un  petit enfant que sa maman a conduit au dispensaire pour être vacciné. L’enfant hurle, la piqûre lui a fait mal, mais surtout il hurle de désespoir : sa maman qui l’aime bien, en qui il avait entière confiance, c’est elle qui l’a conduit au dispensaire où on l’a fait souffrir. Il ne peut absolument pas comprendre que la souffrance causée par le vaccin douloureux auquel le soumet sa maman, est quelque chose de bon pour lui. Il comprendra plus tard. 

Et puis, autre raison de nous décourager : quand on voit tout ce qui se passe dans le monde, les injustices, les violences, les guerres actuellement en Ukraine, en Ethiopie, au Moyen Orient, tous ces peuples victimes de dictateurs paranoïaques en Asie, ou des cartels de la drogue en Amérique Latine, on se demande comment Dieu qui est bon peut tolérer tout cela, pourquoi il n’intervient pas. C’est vrai que Dieu qui est Amour respecte la liberté des hommes. En amour, on ne force pas. Mais quand même…Nous ne comprenons pas. Notre foi vacille. Oui, à certains

moments, découragés,  nous sommes tentés de penser : ce n’est pas possible, il n’y a pas de Dieu. S’il y avait un Dieu il ne permettrait pas que tous ces malheurs se produisent. Le Christ avait pressenti la possibilité de tels reniements. C’est ce qui lui fait dire :  Le Fils de l’homme quand il reviendra,  trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Devant le refus de Dieu d’exaucer certaines prières qui nous paraissent indiscutablement bonnes, comme une prière pour obtenir la guérison d’un  petit enfant gravement malade ou devant l’apparent manque de réaction de Dieu face au mal qui prolifère dans le monde, oui, découragés, nous sommes fortement tentés de douter. Nous ne comprenons pas. Nous comprendrons plus tard.Comme le petit enfant qui sort du dispensaire en hurlant de désespoir parce que  c’est sa maman en qui il avait toute confiance  qui l’a emmené au dispensaire où on l’a fait souffrir. Il doute de sa maman. il ne croit plus en sa maman. Pourtant sa maman l’aime encore et elle est bouleversée de voir son petit sangloter.Comme le Christ est bouleversé de voir les foules errant sans pasteur. Il pleure sur Jérusalem promise à la destruction (Luc 19,41) Et nous avons toutes les raisons de croire qu’il pleure actuellement sur les malheurs des Ukrainiens, des  Yénénites, des Ethiopiens,  de toutes les victimes de violence ou d’injustice dans  notre  monde. Touché par la souffrance des malades, il les guérissait. Au tombeau de Lazare, même s’il savait  que dans quelques instants il allait  le ramener à la vie, devant la tristesse  et les pleurs de sa famille et de ses amis, il a craqué et n’a pas pu  retenir ses larmes. Alors on  peut prier un Dieu comme ça. Nos peines, nos souffrances, nos tristesses, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous. On peut avoir confiance en lui.  Notre foi peut vaciller à certains moments, mais elle ne saurait s’effondrer. Oui, c’est vrai, parfois, il ne nous donne pas ce que nous lui demandons. Mais qui sait le mieux, quel  est le meilleur pour nous?  Lui ou nous ? Si c’est lui, alors il faut lui laisser le choix de nous donner ce qu’il veut nous  donner, et  de nous refuser  ce qu’il veut nous refuser.

Que retenir de tout cela ? 

Dans l’évangile d’aujourd’hui le Christ nous presse de toujours prier sans nous décourager. Nous sommes tentés de nous décourager quand nous voyons que le Seigneur ne nous donne pas ce que nous lui demandons et quand nous voyons que le Seigneur n’intervient pas pour faire cesser les crimes, les violences et les injustices dans notre monde. Nous ne pouvons pas comprendre. Exactement  comme le petit enfant  ne peut pas comprendre que sa maman lui fasse subir une vaccination douloureuse. Il comprendra plus tard. Nous aussi, ce que nous ne pouvons pas comprendre maintenant, nous le comprendrons plus tard.

En attendant, quoi faire ? Faire comme le petit enfant qui pleure après la vaccination  douloureuse. Il est désespéré. La cause de son chagrin, plus que   le vaccin douloureux, c’est le fait que c’est sa maman qui l’a  amené au dispensaire où elle l’a laissé souffrir.   Mais comment réagit-il ?  Qu’est-ce qu’il fait ?  Il se serre plus fort contre sa maman. Il ne s’éloigne pas  de sa maman, il s’accroche plus fort à son cou. Eh bien nous aussi, quand,  découragés, notre foi vacille, comme le petit enfant qui s’accroche plus fort au cou de sa maman,raccrochons nous  plus fort à notre foi qui nous dit que notre Dieu est un Père qui nous aime et veut ce  qu’il y a de  meilleur pour nous, même si ce que sa Providence nous envoie n’ a pas l’air si bon que ça. Qui donc sait le mieux quel est le meilleur pour nous ? Lui ou nous ?  Si c’est lui qui sait quel est le meilleur pour nous, laissons lui le choix de nous donner ce qu’il veut nous donner et de nous refuser ce qu’il veut nous refuser. Peut-être qu’un jour nous aurons suffisamment confiance en lui  pour  dire comme Ste Thérèse de Lisieux : « C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux »

Dimanche 9 octobre 2022

28° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 17,118-19

« Jésus, Maître, prends pitié de nous ! »

En route vers Jérusalem Jésus arrive à l’entrée d’un village, lorsqu’un groupe de dix lépreux vient à sa rencontre. A cette époque, la lèpre n’était pas considérée seulement comme une terrible maladie, mais comme un châtiment divin et celui qui en était atteint était regardé comme en état de péché. La Loi interdisait aux lépreux de pénétrer dans les agglomérations et même d’approcher les personnes croisées en chemin. C’est pourquoi ils restent à distance lorsqu’ils supplient le Seigneur : « Jésus, Maître, prends pitié de nous.«  Cette supplique est une manière indirecte, respectueuse des usages de l’époque, d’implorer leur guérison. Marthe et Marie n’agissent pas autrement lorsqu’ils envoient dire à Jésus « Celui que tu aimes est malade« . C’était une façon polie de lui demander : Viens rendre visite à notre frère Lazare. Jésus, qui comprend bien la supplique des lépreux leur dit alors : « Allez vous montrer aux prêtres« . Selon laLoi, quand un lépreux était guéri, il devait aller se montrer aux prêtres qui, jouant le rôle d’officiers de santé, attestaient de sa guérison et lui donnaient l’autorisation de vivre de nouveau en société. Mais ici, les lépreux se mettent en route pour aller se montrer aux prêtres alors qu’ils ne sont pas encore guéris, c’est bien parce qu’ils ont confiance que Jésus va exaucer leur demande. Ils montrent là une foi peu ordinaire. Et voilà qu’en cours de route, ils sont guéris.

L’un d’entre eux, seul parmi les dix, revient alors vers Jésus. « Glorifiant Dieu à pleine voix, il se jette aux pieds de Jésus en lui rendant grâces«  .Or c’était un Samaritain. Les Samaritains, ce sont des Juifs souvent métissés, qu’on regardait comme des étrangers. Depuis 700 ans ils s’étaient séparés des autres Juifs, ils ne priaient plus au Temple de Jérusalem mais dans leur propre temple à Samarie. On ne leur adressait pas la parole, on les méprisait, on les regardait comme des bâtards et des hérétiques. Jésus est heureux de souligner le geste de ce Samaritain « Il ne s’est trouvé que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre grâces à Dieu ? Où sont les neuf autres ?«  Il ne rate jamais une occasion de remettre en place les Juifs qui se prennent pour un peuple supérieur. Parce que Yahvé a fait alliance avec leur ancêtre Abraham, ils en concluent un peu vite qu’ils sont, eux et eux seuls, le peuple de Dieu, et que le salut leur est réservé, à eux et eux seuls, tandis que les autres nations, des païens de race inférieure, en sont exclus . Toutes les fois qu’il le peut, le Christ souligne la foi des étrangers et des païens, que ce soit un centurion romain, une femme syrophénicienne ou cananéenne. Petit à petit il fait ainsi pénétrer dans l’ esprit de ceux qui l’écoutent, l’idée que la volonté de Dieu c’est que « tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité.«  (1Tim.2,4) afin qu’il n’y ait plus « qu’un seul pasteur et un seul troupeau.« (Jean 10,16)

Devant tout le monde, il conclut en disant au Samaritain prosterné : « Relève-toi et va, ta foi t’a sauvé.« Sous entendu : Vous voyez ce Samaritain que tout le monde méprise ? vous voyez sa foi ? Dieu l’a éclairé et il a reconnu son Messie. Vous l’avez entendu glorifier Dieu à pleine voix ? Eh bien il est entré dans le monde des sauvés maintenant. Ce Samaritain, en effet, n’est pas seulement guéri de sa lèpre, il n’a pas obtenu seulement la guérison de son corps comme ses neuf autres compagnons, mais en plus, il a trouvé Dieu. Il a reconnu en Jésus le Messie, envoyé du Père. Nous autres en Europe, actuellement, nous sommes délivrés de la lèpre qui a complètement disparu je crois, mais avons-nous trouvé Dieu, avons nous trouvé le salut ?

Qu’est-ce que c’est être sauvé ? Quelqu’un qui est sauvé, c’est quelqu’un qui croit que Dieu est un Père qui l’aime et qui veut son bonheur, qu’Il lui a donné la vie, qu’ il l’a placé sur la terre à un endroit donné pour faire quelque chose de précis, et qu’après sa mort, il sera réuni à Dieu avec tous les autres sauvés, dans une vie autre, nouvelle, qui n’aura pas de fin. Il s’efforce donc de vivre chaque jour en accord avec la volonté de ce Dieu là. Etre sauvé, c’est avoir trouvé Dieu qui donne sens à sa vie. Tant qu’on ne l’a pas découvert, on marche à côté de sa vie. On rate sa vie, on végète dans un univers étriqué, coincé dans le train train quotidien et les nécessités immédiates. On fait les choses les unes après les autres, au coup par coup, sans savoir où on va. J’aime ce verset du ps. 118 qui dit « Fais moi comprendre et je vivrai ». Comprendre la parole de Dieu, la Loi de Dieu, la volonté de Dieu, cela ne donne pas seulement un savoir pour l’intelligence qu’on rangerait dans sa tête entre le théorème de Thalès et les règles d’accord du participe passé ; le psaume ne dit pas: Fais moi comprendre et je saurai, mais fais moi comprendre et jevivrai.Laparole de Dieu donne plus qu’un savoir, c’est une parole de vie, une parole à vivre.Comprendre la parole de Dieu, sa Loi, sa volonté, cela donne sens à notre vie, cela nous donne de vivre et de vivre à plein, parce que nous sommes alors en communion avec celui qui est « la Voie, la Vérité, la Vie » (Jean14,6 )

Aujourd’hui, nous autres, est-ce que nous sommes des sauvés ou est-ce que nous sommes des paumés ? Comme tous ces braves gens qui nous entourent, qui n’ont toujours pas découvert le mode d’emploi de leur vie, je veux dire l’évangile, et qui vont, le nez sur l’écran de leur portable, pressés de répondre aux exigences immédiates du quotidien, sans trop savoir où cela les mène. Nous autres, chrétiens, même si nous sommes déjà dans le camp des sauvés parce que, par grâce, nous avons un peu compris un peu quelque chose du sens de notre vie, ne nous faisons pas d’illusions, il nous reste encore beaucoup à comprendre de la parole de Dieu pour vivre à plein et accomplir pleinement notre destinée. Cherchons toujours à comprendre un peu plus, c’est urgent, afin de vivre chaque jour un peu mieux, et afin de pouvoir aider les autres, ceux qui autour de nous n’ont pas encore trouvé la voie, la vérité, la vie. Parce que malgré nos maladresses et nos insuffisances, nous avons tout de même quelque chose à apporter aux plus désemparés. Dans ce mois d’Octobre qui est le mois des missions, plus encore que d’habitude, ayons le souci des plus pauvres que nous. Prions pour eux, bien sûr mais surtout que notre façon de vivre, à nous, chrétiens, puisse leur apporter un peu d ‘aide. Encore une fois, ce n’est pas que nous soyons tellement supérieurs, pas du tout. Mais il paraît qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois !!!

Que retenir de tout cela ? 

D’après la Loi, un lépreux guéri devait aller se montrer aux prêtres qui authentifiaient sa guérison et le réintégraient dans la société. Les dix lépreux donnent le témoignage d’une foi peu ordinaire en partant se montrer aux prêtres alors qu’ils ne sont pas encore guéris. Pourtant neuf d’entre eux ratent le meilleur. Il sont guéris mais ils ratent l’occasion de trouver Dieu alors que leur guérison leur donnait l’occasion de prendre Dieu en flagrant délit, en train d’agir dans leur vie. Seul le dixième a saisi l’occasion. Non seulement il est guéri de sa lèpre, mais en plus, il a trouvé Dieu.

Et nous aujourd’hui ? Comme les dix lépreux nous avons une certaine foi. Mais est-ce que nous allons jusqu’à trouver Dieu dans le quotidien de nos vies ? Ce n’est pourtant pas compliqué. Il suffit de repérer ce qui se dit ou se fait de bien soit à travers nous, soit à travers les autres. Dieu est là en train d’agir. Parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est lui. Par conséquent chaque fois que, quelque part dans le monde, quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là, présent,en train d’agir.

Enfin, cet évangile nous invite à n’exclure personne, comme le Christ qui est ouvert et accueille tout le monde, même les Samaritains et les païens. Ceux qui ne pensent pas comme nous et que, si souvent, nous tenons à distance : les étrangers, les SDF, le Christ est mort pour eux comme il est mort pour nous. Les voleurs et les assassins, nous les excluons de notre monde. Mais n’oublions pas : le premier homme dont nous sommes sûrs qu’il soit entré au paradis, c’est un gangster, le bon larron.

Dimanche 2 octobre 2022

27° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 17,5-10

« Si vous aviez de la foi !»

Jésus vient de dire aux disciples : « Si sept fois le jour ton frère t’offense et que sept fois il revienne vers toi en te disant « Je me repens », tu lui pardonneras. » Ils s’inquiètent: comment arriver à respecter de telles exigences ? Il faut que le Maître les aide. Ils ont tout quitté pour le suivre. Donc ils ont déjà une certaine foi en lui. Mais ils le sentent bien : il faudrait qu’ils en aient davantage. C’est pourquoi ils lui demandent : Augmente en nous la foi.Qu’est-ce quec’est avoir foi en quelqu’un ? C’est avoir confiance en lui. Comme les apôtres, nous avons déjà une certaine foi dans le Christ. Nous avons déjà une certaine confiance en lui. Mais nous voyons bien que nous devrions en avoir davantage C’est pourquoi, nous aussi, comme les apôtres nous sentons le besoin de lui demander Augmente en nous la foi.

Pour avoir foi, pour avoir confiance en quelqu’un, il faut bien le connaître. Or connaître Dieu, pour nous, c’est impossible. Il est totalement hors de notre portée. Notre intelligence est trop courte pour le saisir. St Grégoire de Naziance le disait déjà dans son hymne célèbre « O Toi, l’au-delà de tout ! Quel esprit pourrait te saisir ? Tu es au-delà de toute intelligence, Tu es inconnaissable ! « Pourtantnous ne pouvons pas dire que nous ne connaissons pas du tout Dieu, ni que nous n’avons pas du tout la foi Comment se fait-il que nous arrivions à avoir une certaine connaissance de Dieu, une certaine foi en lui ? Parce qu’il a voulu se faire connaître de nous. Je vous donnerai un coeur capable de me connaître nous dit-il en Jérémie.(24,7 ) Ce n’est pas nous qui, par l’habileté de notre intelligence arrivons à comprendre qui il est, c’est lui qui se révèle à nous, surtout à travers Jésus Christ et son évangile. Bien plus il nous a greffé sur lui et nous a communiqué sa vie dans le sacrement de baptême. Et l’ Esprit St reçu à la confirmation nous communique l’esprit de famille de la Trinité, la mentalité de Dieu. Désormais Lui, l’au-delà de tout, complètement inconnaissable, totalement inaccessible à nos intelligences et à nos coeurs d’hommes, non seulement il est maintenant connu, proche de nous, mais il est en nous,il pénètre en nous, dans l’intime de notre intelligence et de notre coeur.Grâce aux sacrements de baptême et de confirmation, la connaissance que nous avons de lui a tourné en co-naissance avec lui. Il y a désormais communion entre nous. Dieu n’est plus en dehors, au-delà de tout, inconnaissable.. Mais que ce soit bien clair : Si nous avons quelque connaissance de Dieu, quelque foi en lui, c’est uniquement parce qu’il nous donne cette connaissance et cette foi.

Mais cette foi est encore bien maladroite et insuffisante. Pourquoi ? Ce n’est sûrement pas le Seigneur qui ne veut pas nous en donner davantage. Alors cela doit être nous qui mettons obstacle. Qu’est ce qui, dans nos manières de faire, empêche le Seigneur d’augmenter la foi en nous ? Normalement la foi s’exprime, se vit à travers des oeuvres, à travers un service de Dieu. Dans son épître, St Jacques dit quelque chose d’éclairant, il dit « sans oeuvres la foi est morte »(2,14…).Si notre foi est faible, insuffisante, c’est sans doute parce qu’elle ne s’exprime pas assez à travers notre vie de chaque jour, à travers nos actes, par exemple à travers notre activité professionnelle. Pourquoi ? Parce que trop souvent nous séparons notre vie de notre foi. Nous pensons : je suis un assez bon chrétien, je vais à la messe le dimanche, je fais mes prières. Mais le reste du temps, je fais mon métier, je fais de la comptabilité, de l’informatique, je construis des immeubles, je gère mon foyer, j’enseigne les mathématiques ou je cultive des betteraves, la foi n’a rien à voir là-dedans, il n’y a pas de betteraves chrétiennes ou de comptabilité chrétienne. Mais du même coup, sans nous en rendre compte, nous enfermons foi et vie chrétienne dans nos moments de prière et la plus grande partie, pour ne pas dire la quasi totalité de notre vie se retrouve en dehors de de la foi et n’a plus rien de spécialement chrétien.

Pour que nos oeuvres, notre travail soient une expression de notre foi, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Rien, rien de spécial, rien en plus, mais faire autrement ce que nous faisons. Comment cela ? Au lieu de dire « la foi, la vie chrétienne n’ont rien à voir là-dedans », prenons conscience de la valeur de nos actes devant Dieu. Vous enseignez les mathématiques, ça a de la valeur devant Dieu, parce que vous êtes utile à vos élèves dont vous développez l’intelligence. Vous cultivez des betteraves, cela a de la valeur devant Dieu parce que vous êtes utiles à la société qui a besoin de ces betteraves. Vous construisez un immeuble, cela a de la valeur aux yeux de Dieu parce que vous êtes utile aux gens qui ont besoin de logements. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait(Mt.25,40 ) D’autre part le salaire de votre travail vous permet de faire vivre votre famille, dont le Seigneur vous a confié la charge et par là vous répondez à la vocation de chef de famille à laquelle il vous a appelé .De plus en enseignant les maths en cultivant les betteraves, ou en construisant un bâtiment vous utilisez les talents que Dieu vous a donnés,la force physique, la santé, l’intelligence etc. Sans oublier que par notre activité professionnelle, quelle qu’elle soit, nous contribuons à continuer ou perfectionner la création. Alors ne dites pas que la foi et la vie chrétienne n’ont rien à voir dans votre activité professionnelle ! Sous l’apparence profane et matérielle de nos actions, il y a du spirituel. Mais nous ne savons pas le voir. Ces actions que nous jugeons bêtement profanes ou matérielles, ont un sens devant Dieu mais nous ne savons pas le voir

Exactement comme les justes dans la parabole du jugement dernier Lorsque le Roi leur dit Venez à moi, les bénis de mon Père parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire , les justes interrogent : Quand est-ce que nous t’avons donné à manger et à boire. ? Ils n’ont pas vu sous l’apparence d’un geste profane et matériel, un bout de pain, un verre d’eau offerts, le spirituel sous-jacent , la valeur aux yeux de Dieu du bout de pain ou du verre d’eau.

Que faire pour que nos oeuvres, notre travail soient une expression de notre foi ? Nous exercer à voir leur sens aux yeux de Dieu. Si nous voyons ce sens, alors nous continuons à faire les mêmes choses qu’avant , mais nous les faisons autrement. Le comptable, le cultivateur s’ils voient qu’à travers leur travail, ils remplissent la charge que Dieu leur a confiée dans le monde, et contribue au développement de la création, leur comptabilité,leurs betteraves, deviennent expression de leur foi, leur activité professionnelle est devenue service de Dieu. Avec St Paul remercions le Seigneur car il a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph.2,10 )

Que retenir de tout cela ? 

Avoir foi en Dieu, c’est avoir confiance en lui. Cette foi, c’est un don de Dieu. Impossible de l’acquérir par nous-mêmes. Dans son amour, Dieu fait nous a fait ce don .En toute vérité nous pouvons dire que nous avons déjà une certaine foi. Mais nous savons bien qu’il faudrait que nous en ayons davantage. C’est pourquoi prions le Seigneur, comme les apôtres : Augmente en nous la foi. Si notre foi est insuffisante, ce n’est pas parce que le Seigneur ne veut pas nous en donner davantage, mais parce que notre foi n’est pas assez nourrie par des oeuvres. Or, sans les oeuvres la, foi est morte dit St Jacques .

Que faire pour que nos oeuvres, notre travail deviennent de la foi en actes ? Veiller toujours à voir le sens et la valeur devant Dieu de ce que nous faisons. Si nous voyons qu’à travers nos travaux nous accomplissons une tâche que le Seigneur nous a confiée et nous contribuons à faire que le monde du Bon Dieu tourne plus rond, alors nos travaux deviennent de la foi en actes, car Dieufait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions.

Dimanche 25 septembre 2022

26° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 16,19-31

« Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance »

La parabole de Lazare et du mauvais riche prolonge l’enseignement du Christ sur l’argent que nous avons entendu dans l’évangile de dimanche dernier. et qu’on pourrait résumer ainsi : se servir de l’argent, oui, servir l’ argent non. Servir l’argent, c’est à dire le mettre au dessus de tout, le rechercher avant tout et par tous les moyens. Ce serait faire de l’argent le Dieu qui commande nos vies et du même coup éliminer le vrai Dieu, ça, non. Et le Christ est formel : Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent. (Luc 16,13) Par contre, se servir de l’argent, oui. D’ailleurs on n’a pas le choix. Il est absolument nécessaire pour se procurer ce dont on a besoin. De plus, la richesse est un don de Dieu qui comble de biens ceux qu’il aime. Abraham, Isaac, Jacob, David étaient des riches.Yahvé conduit son peuple vers un pays où on ne manquera de rien, nous dit le Deutéronome (8,9) Et puis la richesse est aussi le fruit des talents : courage, esprit d’initiative, que Dieu donne, ainsi que le produit de nos efforts et de notre travail.

Malheureusement la richesse est un bien qui a souvent des effets secondaires désastreux… L’abondance comme la graisse, bouche le coeur dit le ps (16) et renferme les riches sur eux. Comme avec leur argent ils peuvent acheter tout ce qu’ils désirent, les riches sont tentés de se croire parfaitement autonomes et libres de toute contrainte. Persuadés qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent, sans tenir compte de rien ni de personne, ils excluent Dieu de leur vie« Rassasiés, leur coeur s’enfla, c’est pourquoi ils m’ont oublié » déplore le Seigneur dans Osée (13,6 ). Ils ignorent les autres, aveugles et indifférents à la misère qui parfois s’étale à leur porte. Déjà le Deutéronome nous mettait en garde : Garde toi d’oublier ton Dieu, quand tu auras mangé et te seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et y habiteras, quand tu auras vu abonder ton argent et ton or, s’accroître tous tes biens……Garde toi de dire en ton coeur : c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’ont procuré ce pouvoir. Souviens toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné cette force, qui t’a procuré ce pouvoir. (Deut.8,13,17,18)

Si c’est Dieu qui nous permet de nous procurer l’aisance et la richesse, si la richesse est un don de Dieu, alors, nous ne pouvons pas l’utiliser n’importe comment, en faire n’importe quoi. Quand elle n’est pas reçue comme un don de Dieu, rapidement elle va devenir dangereuse. On le voit tous les jours dans notre monde où la recherche sauvage du profit à travers le souci effréné de la productivité et de la rentabilité amène toutes sortes de catastrophes : la nature est menacée par la déforestation et l’épuisement des sols qui entraînent des bouleversements climatiques redoutables. L’économie mondiale va de crise en crise, secouée par la surproduction ici et la disette ailleurs, ainsi que par tous les conflits sociaux, les grèves et les guerres entre nations. La vie des familles est compromise sinon détruite par les horaires de travail impossibles. Les rythmes de travail déments ruinent l’équilibre psychologique personnel de tous, avec l’apparition de nouvelles calamités comme les « burn out » qui frappent tout le monde, sans distinction, depuis les grands patrons jusqu’aux manoeuvres sans spécialité. St Paul disait déjà : L’amour de l’argent est la racine de tous les maux (1Ti.6,10).Mais l’évangile va plus loin encore en nous montrant que le mauvais usage de l’argent ne cause pas seulement des catastrophes en cette vie mais aussi par delà la mort : le mauvais riche se retrouve en enfer.

On peut être choqué de voir le mauvais riche plongé dans les souffrances de l’enfer et même trouver cela incompréhensible. Comment Dieu qui nous aime peut-il jeter quelqu’un en enfer ? En fait Dieu ne jette personne en enfer, c’est nous qui y allons de nous-mêmes. Tant que nous sommes sur cette terre, le Seigneur nous enseigne la voie du salut à travers nos parents, nos éducateurs qui nous transmettent l’évangile. Mais comme il est amour, il ne nous force pas. Il nous laisse la liberté de choisir, comme il le dit dans le Deutéronome : Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, bénédiction ou malédiction… mort ou malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu, que tu aimes Dieu, que tu marches selon ses voies, tu vivras…mais si ton coeur se dévoie, tu mourras certainement. Choisis donc la vie pour que toi et ta descendance vous viviez. (Deut.30,15.) Le mauvais riche de la parabole a fait le mauvais choix. Cependant, il n’est pas complètement mauvais. Il pense à ses cinq frères et demande à Abraham d’envoyer Lazare les mettre en garde afin qu’ils ne soient pas damnés, eux aussi. Mais il lui est répondu : Ils ont Moïse et les prophètes qu’ils les écoutent. S’ils n’écoutent pas les prophètes, même siquelqu’unressuscitant des morts leur apparaissait, ils ne seraient pas convaincus. Comme nous comprenons cette demande du mauvais riche à Abraham ! Nous aussi nous aimerions que des prodiges se manifestent de temps en temps pour rappeler les négligents à leurs devoirs. Au milieu d’un fracas de tonnerre, une grosse voix venant du ciel, le dimanche matin : Allez, tous à la messe ! Et tous ceux qui sont en train de promener leur chien, de faire leurs courses ou leur jogging au lieu d’aller à la messe se précipiteraient dans les églises!!! Le Seigneur n’utilise pas ces méthodes là. Il met en nous son Esprit pour nous guider. A nous d’écouter en nous pour repérer les suggestions de l’Esprit. et la parole qu’il nous adresse. Faites attention à la manière dont vous écoutez dit le Christ dans l’évangile(Luc 16,8 ). D’accord, mais comment faire ?

Peut-être tout simplement en étant attentif tout le long de la journée pour repérer ce qui nous rapproche de Dieu, ce qui nous touche, qui nous fait mieux comprendre la bonté de Dieu, sa miséricorde, son amour. Cela peut se trouver dans une homélie, dans une conversation entendue dans la rue ou en regardant la télé ou tout simplement dans une réflexion qui nous a traversé l’esprit. Car parmi toutes les pensées qui nous passent par la tête, certaines viennent de nous, certaines du démon, mais d’autres viennent de Dieu. Celles qui viennent du démon ce sont des tentations, généralement nous les identifions facilement. Mais il y a aussi des pensées qui nous font comprendre des choses sur Dieu, ou qui nous poussent à faire le bien. Celles là viennent de Dieu mais nous ne savons pas bien les reconnaître. Le plus souvent parce que nous n’arrivons pas à croire que Dieu parle à des gens ordinaires comme nous. Qu’il parle au pape, aux archevêques, ou à quelques prêtres, c’est peut-être possible, mais qu’il parle à des gens ordinaires comme nous, cela nous parait impensable. Pourtant il nous a bien précisé:Cette Loi que je te prescris aujourd’hui, n’est pas au-delà de tes moyens, ni hors de ton atteinte qu’il te faille dire : qui montera pour nous aux cieux pour nous la chercher que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire : qui ira pour nous au-delà des mers pour nous la chercher, que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? Car la Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur pour que tu le mettes en pratique. (Deut.30,11-14) Soyons donc attentifs aux mouvements intérieurs de notre esprit et de notre coeur.

Que retenir de tout cela ? 

La richesse, l’argent, ce sont des biens qui viennent de Dieu. Il comble de biens ceux qu’il aime. Abraham était riche, Isaac et Jacob immensément riches nous dit l’Ecriture, (Gen.13,2 .26,12 30,43) Mais il ne nous donne pas ces biens pour en faire n’importe quoi et nous en servir n’importe comment. St Paul disait aux Corinthiens Dieu peut vous combler de toutes sortes de biens, pour que disposant toujours et en tout du nécessaire, vous ayez encore du superflu POUR TOUTE OEUVRE BONNE (2Cor.9,8).Le Seigneur nous laisse libres. L’Esprit Saint qui est en nous depuis notre baptême et notre confirmation nous guide chaque jour La parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur pour que tu la mettes en pratiqueSi nous l’écoutons, alors nous faisons les bons choix et nous avançons jour après jour en direction du royaume. Si par volonté mauvaise ou simplement par inattention ou maladresse, nous n’entendons pas sa voix, nous faisons les mauvais choix, alors nous avançons chaque jour vers notre perte et l’enfer. Il est donc absolument nécessaire d’être très attentifs aux mouvements intérieurs de notre esprit et de notre coeur, tout au long de nos journées pour entendre cette parole envoyée pour nous guider. Et si nous n’étions pas en ligne au moment où l’Esprit nous parlait pendant la journée, alors, le soir, prenons un moment dans notre prière, pour relever les messages.

Dimanche 18 septembre 2022

25° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 16,10-13

« Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

Le gérant malhonnête de cette parabole apprenant qu’il va être renvoyé, ne reste pas inerte, écrasé par cette mauvaise nouvelle, il se démène pour assurer son avenir. Il convoque les acheteurs qui doivent de l’argent son maître et leur accorde d’importantes remises en truquant les factures. C’est du vol. Mais il espère que ces acheteurs, reconnaissants, l’aideront à se trouver une nouvelle situation, quand il se retrouvera à la rue. Le Christ ne veut pas ici nous donner en modèle un filou et à aucun moment il ne loue sa malhonnêteté, mais il le propose en exemple pour sa débrouillardise.

Par ailleurs, le Seigneur regrette d’avoir à le constater, ceux qui ne connaissent que l’argent et le monde présent sont plus habiles que ceux qui , voyant au-delà du monde présent, marchent vers Dieu dans la lumière. Aujourd’hui, dans cette homélie, je ne parlerai pas de l’enseignement de Jésus sur l’argent mais je commenterai sa position vis à vis des fils de lumière. Qu’est-ce que Jésus reproche aux fils de lumière qu’il a sous les yeux ? Il leur reproche, me semble-t-il, un certain immobilisme. Accrochés à leurs habitudes, ils ne veulent surtout pas être bousculés. Pour les Pharisiens,les prêtres,les lévites, les docteurs de la Loi, leur manière de pratiquer la religion leur vaut du prestige et de l’autorité sur les autres, ils n’ont pas envie que ça change. Sous prétexte de préserver l’orthodoxie, ils s’opposent à toute innovation et accusent le Christ de détruire la Loi et d’être un impie qui prêche une nouvelle religion.

Il me semble qu’aujourd’hui le Christ pourrait faire le même constat : les fils de ce monde sont plus habiles que les fils de la lumière. Dans notre société, tout change constamment dans tous les domaines, et à un rythme toujours plus rapide . L’Eglise aussi change, mais beaucoup plus lentement. Handicapée par l’inertie et la lourdeur ambiantes, elle a du mal à réagir face aux situations nouvelles. Certes, des avancées spectaculaires ont été réalisées. Si le nombre des fidèles au culte du dimanche a considérablement diminué, la qualité de leur participation à la messe s’est tout aussi considérablement améliorée. Partout. Le concile Vatican II a donné un nouveau visage et une nouvelle vie à l’Eglise. Il serait trop long d’entrer dans les détails. Je mentionnerai seulement la place toujours plus grande accordée aux laïcs, y compris dans la prise de décisions, leur participation dans la préparation aux baptême, aux premières communions, aux mariages, à la célébration des funérailles, l’institution des diacres permanents, l’action des comités paroissiaux et bien sûr la réforme liturgique dans son ensemble. Mais on ne peut pas dire qu’il y ait dans l’Eglise le même élan, la même fièvre pour le mouvement en avant et le progrès, que dans le reste de la société. Comme du temps du Christ le souci de préserver l’orthodoxie freine les initiatives et l’enthousiasme qui pourraient se manifester ici ou là. . C’est vrai que que sous prétexte de progrès, il ne faudrait pas se lancer dans n’importe quoi. Les déviations que l’on voit dans les sectes nous rappellent à la prudence. Mais il ne faudrait pas non plus que, par peur de tomber, on renonce à aller de l’avant. On a trop souvent l’impression d’avancer à reculons le dos tourné à l’avenir, les yeux fixés sur ce qui se faisait il y a cinquante ans, que l’on considère comme étant la seule tradition valable, qu’il faut respecter scrupuleusement sous peine de péché mortel !

La tradition de l’Eglise, c’est plus et autre chose que ce qu’on faisait il y a cinquante ans. La tradition de l’Eglise, c’est aussi, avant qu’il y ait des prêtres, l’Eucharistie célébrée et présidée par un laïc, un ancien, le presbuteros. Tout baptisé est membre du Christ prêtre, prophète et roi, dit explicitement le texte de la liturgie du baptême. Tout baptisé participe du sacerdoce du Christ. J’ai entendu un jour un curé de paroisse, un très bon curé d’ailleurs, s’indigner avec véhémence « Un laïc faire l’homélie, jamais ! cela revient au prêtre ». C’est faux. En pays de mission, partout, en brousse, des catéchistes laïcs président la prière dominicale de l’assemblée et font l’homélie. Pendant les vingt années où j’étais curé de brousse, six ans dans un district de 18 clochers, quatorze ans dans un district de 32 clochers c’était toujours un laïc catéchiste, homme ou femme, qui présidait la prière dominicale de l’assemblée et faisait l’homélie. Quelques uns avaient étudié un an dans une école de catéchistes, mais pour la plupart c’était moi, curé du secteur, qui assurais leur formation au cours de réunions mensuelles qui étaient un mélange d’enseignement théologique et de récollection spirituelle. Et ces réunions avaient la priorité absolue parmi toutes mes tâches. C’est ainsi que l’Eglise fonctionne dans tous les pays de mission. Et toutes les église sont ouvertes dans tous les villages, tous les dimanches.

Comme tous les missionnaires rentrés en France, je suis choqué de voir que, alors que, en raison du petit nombre de prêtres, notre pays se trouve dans la même situation que celle des pays de mission, on ne se pense pas davantage à s’inspirer de ce qui se fait là-bas. En Europe, on s’efforce de gérer au mieux la fermeture des églises, alors qu’il y a partout des laïcs qui seraient capables d’être des animateurs spirituels de leur clocher. On n’ose pas faire du nouveau. Héroïquement on essaie de faire, dans tout un secteur, avec trois ou quatre prêtres, le plus souvent âgés, ce qui auparavant mobilisait à plein temps vingt prêtres ou plus. On reste figé, scotché sur les structures de l’Eglise d’il y a cinquante ou soixante-dix ans. On n’ose pas inventer pour répondre à la situation et aux besoins d’aujourd’hui. Notre pape François répète continuellement que l’Eglise ce n’est pas une structure qui fonctionne seulement avec l’Esprit Saint descendant du Vatican, des évêques et des prêtres mais qu’elle est animée aussi par l’Esprit Saint montant du peuple de Dieu qu’il anime. Sans cesse notre pape répète qu’il faut être à l’écoute des besoins et des aspirations de la base. C’est pour cela qu’on lance des consultations synodales partout. (sun odos : faire route ensemble) Osons regarder en face le Christ dans l’évangile. Et tant pis ou tant mieux s’il dérange notre timidité et nos craintes, nos lenteurs et nos lourdeurs : le Christ est toujours en mouvement. Passons sur l’autre rive (Mt.8,18) Les gens veulent le retenir, lui refuse Allons ailleurs dans les bourgs voisins pour que j’y prêche aussi l’évangile. (Marc 4,35) Il s’oppose vigoureusement aux prêtres et aux pharisiens qui sont figés sur leur interprétation de la Loi et de l’Ecriture. Dans le sermon sur la montagne, qui est quelque chose comme son discours inaugural, à six reprises, il répète Vous avez appris qu’il a été dit… et moi je vous dis (Mt.5) Notre vie chrétienne, c’est quelque chose qui évolue tout le temps. De même qu’on ne met plus le beau petit pantalon ou la belle petite robe du jour de sa première communion, aujourd’hui on met un pantalon ou une robe à sa taille, de même aujourd’hui à vingt ans, à cinquante ans ou à quatre vingt ans on ne peut plus prier de la même manière qu’à dix ans, on prie avec sa mentalité, son expérience,sa personnalité de 20,50 ou 80 ans.

Que retenir de tout cela ? 

Il faut nous remuer. Le Seigneur constate que ceux qui ne pensent qu’à l’argent sont actifs, industrieux, ils se démènent avec habileté et intelligence et il voudrait voir les fils de la lumière imiter leur dynamisme et leur habileté. Ne jamais pas avoir peur de s’engager dans du neuf, mais être prêt aussi à revenir en arrière et à reconnaître humblement qu’on s’est trompé, s’il le faut. Le Christ nous invite à ne pas rester figés dans nos pratiques et nos habitudes, même bonnes. Il s’agit de chercher toujours à faire mieux, de façon à toujours mieux comprendre qui est le Christ, à l’aimer toujours plus et à le suivre de toujours plus près, avec le souci d’entraîner tous les braves gens qui nous entourent et qui ne le connaissent pas. ( Si vous consultez le site chti jesuites.com, vous trouverez à la suite de cette homélie un texte sur l’Eglise plein d’humour dont je vous recommande la lecture)

L’EGLISE EPOUSE DE DIEU

L’épouse de Dieu, comme une brave femme un peu popote, est exposée à la tentation de vouloir s’installer. Elle fait son trou, pour s’y nicher, elle, ses enfants et ses casseroles. Et, mine de rien, elle décide de réformer son mari, de le domestiquer, de le retenir là où elle veut s’établir. Fixer Dieu à ce qui a a été, c’est l’essence de la religion et la religion, c’est l’origine de la dégradation des relations entre Dieu et l’Eglise. On ne peut pas attacher Dieu à ce qui a été. Il est libre, il est missionnaire,pionnier, explorateur. C’est quelqu’un qui franchit les frontières, le créateur de ce qui n’a jamais existé auparavant. Il ébranle tout statu quo. Il arrache les jours passés du calendrier du monde, si bien que chaque époque est une époque nouvelle, et chaque aujourd’hui une aventure nouvelle, vers un avenir que personne n’a jamais exploré. Dieu, c’est un époux très turbulent. Il est toujours en mouvement. Il est toujours à appeler sa femme pour qu’elle l’accompagne et le suive dans chaque situation nouvelle. Mais l’Eglise sait, au fond de son coeur, que c’est dangereux de quitter ses positions bien établies, à la sécurité assurée, pour suivre le Seigneur. On peut y laisser sa peau à aller là où il veut aller, à faire ce qu’il veut faire.

Où veut-il aller ? Que veut-il faire ? Certains, bigots, font comme si tout ce qu’il voulait, c’était aller à l’église. Bien sûr qu’il y va, à l’église. Juste ce qu’il faut pour causer un peu avec sa femme, lui accorder l’attention, la compréhension profonde, intime, d’un bon mari qui aime sa femme. Et puis, toujours trop tôt pour elle, le voilà qui déclare : Allez, tu viens, on s’en va, on a du travail. Et il s’en va si vite et dans une direction tellement inattendue que les trois quarts du temps, la pauvre fille reste là, bouche bée, à essayer d’empêcher ses jupes de s’envoler dans le courant d’air créé par les allées et venues du Seigneur. Dans les milieux généralement bien informés, on appelle ce courant d’air, « le souffle de l’Esprit Saint. »

Voilà. A nous de choisir. Notre choix sera peut-être celui de la femme de Lot :tourner le dos à l’avenir, statues de sel pétrifiées, figées, qui par là même paralysent tout. Ou au contraire, plaise à Dieu qu’il en soit ainsi, notre choix sera le choix de l’épouse de Dieu : nous nous laisserons entraîner de l’avant, sans crainte, prêts à laisser tomber tous les appuis, tous les systèmes, jusqu’à nous perdre nous-mêmes, pour devenir ce que le Christ nous invite à être :

LE SEL QUI DONNE SA SAVEUR A LA VIE DU MONDE.

(D’après Stuart Coles, cité par Pauline Webb, vice-présidente du Congrès Mondial Méthodiste de 1965)

Dimanche 11 septembre 2022

24° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 15,1-10

« Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pêcheur qui se convertit. »

Miséricorde.  La liturgie aujourd’hui ne nous parle que de miséricorde. Dans la première lecture, miséricorde du Seigneur, renonçant, à châtier Israël qui l’a renié pour se prosterner devant le veau d’or. Dans l’épître, miséricorde du Seigneur  estimant encore St Paul digne  de  confiance, bien qu’il ait été autrefois blasphémateur, persécuteur, ennemi des croyants. Miséricorde enfin du père qui accorde son pardon à son fils   prodigue dans l’évangile.

Les scribes et les pharisiens n’aimaient pas entendre Jésus parler de miséricorde. Eux qui se croyaient justes et irréprochables voudraient que le Messie soit un justicier implacable qui condamne les pécheurs. Ils sont choqués de  voir Jésus fréquenter les pécheurs et leur faire bon accueil. Ils n’aiment pas l’entendre  enseigner que Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui. (Jean 3,17) Dans  les trois paraboles de l’évangile d’aujourd’hui, surtout celle de l’enfant prodigue, Jésus essaye, une fois encore, de faire comprendre que le Messie n’est pas venu pour condamner, mais pour sauver ce qui était perdu, et en  même temps il nous donne un enseignement précieux   sur le pardon principalement,mais aussi sur 1°) la tentation, 2°) le péché, 3°) etle repentir qui débouche dans  la conversion.

 1°) La parabole de l’enfant prodigue nous montre comment, dans la tentation, le démon nous trompe. Il dissimule le mal  qu’il présente comme quelque chose de bien et de bon, d’agréable et de profitable. Il  propose au fils prodigue de s’en aller faire la fête avec de joyeux compagnons.  » Ton héritage, c’est à toi, tu ne voles rien à personne, tu es jeune, tu as bien le droit de faire la fête. »Apparemment, c’est là une perspective agréable,  rien de mal dans tout cela. Par contre il lui cache la souffrance qu’il va causer à son père et à toute la famille en les quittant  et en leur laissant toute la charge de l’entretien de la propriété. Il lui cache également les conséquences néfastes pour lui de sa  conduite, comment il va se retrouver dans la misère, quand il aura dilapidé son héritage.

2°)   La parabole du fils prodigue nous montre aussi comment le péché,  en plus d’être une offense à Dieu et de causer souvent des dommages au prochain, se révèle toujours catastrophique pour le pécheur. Le Seigneur nous l’enseigne déjà dans Jérémie :Avec le péché, Est-ce bien moi qu’ils blessent , n’est-ce pas plutôt eux-mêmes pour leur propre confusion ? (7,19). Le fils prodigue se retrouve dans l’extrême misère, après avoir  dépensé tout son argent, le voilà obligé de garder des cochons, le pire qui puisse arriver à un Juif pour qui les cochons sont des animaux impurs.

3°) Cette parabole nous montre encore le cheminement du repentir, comment on en vient  à s’engager dans cette voie.  D’abord on reprend pied dans  la réalité et  on abandonne les illusions de la tentation. L’enfant prodigue rentra en lui-même nous dit le texte de l’évangile, comme si, sous l’effet de la tentation, il était hors de lui.  On pourrait dire il revint à lui, cela exprime mieux comment,  sous l’emprise  de la tentation, on n’est plus soi-même, on est hors  de soi, on n’a plus la pleine conscience de ce qu’on fait,  exactement comme  sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue on n’ a plus la pleine conscience de ce qu’on fait.Dire il revint à lui  exprimemieux ausi comment le repentir nous ramène  dans le réel. En revenant à lui, le fils prodigue réalise : j’étais dans l’illusion, j’ai cru que ce serait mieux pour moi d’aller faire la fête avec mes amis. Maintenant je vois que j’ai mal fait. J’ai offensé mon père  en l’ abandonnant alors qu’il ne m’avait fait que du bien depuis mon premier jour. J’ai laissé les miens avoir toute la charge de l’entretien de la propriété. J’ai bêtement dépensé tout ce que j’avais. Maintenant je suis dans la misère. En définitive,  je n’ai récolté que du malheur.

Maintenant qu’il réalise avec sa lucidité retrouvée où il en est :  dans une misère extrême,  réduit à garder les cochons,  il avance plus loin dans la voie du repentir. Il se met  à regretter amèrement ce qu’il a fait et décide d’aller demander pardon à son père je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais  il ne se contente pas  de regretter le mal fait dans le passé , il prend la décision de s’engager à l’avenir dans une manière de vivre nouvelle : Traite moi comme un de tes ouvriers. Son repentir qui, jusque là, avec le regret restait  stérile et tourné vers le passé, se transforme en conversion féconde, qui, elle, engage l’avenir.

Mais le plus important et le plus beau dans cette parabole, c’est l’attitude du père. Il a plus de motifs qu’il n’en faut pour se montrer sévère et vouloir punir son  fils qui l’a tant fait souffrir. Pas du tout. Le pauvre prodigue n’a même pas le temps de commencer  son petit discours d’excuses, son père se jette à son cou et l’embrasse.   Le prodigue se retrouve habillé de neuf, des sandales aux pieds, une bague au doigt, signe de son rang de fils recouvré,  et tout le monde passe à table pour le festin des retrouvailles. Pas question d’expiation ou de sanction, pas la moindre condamnation.  L’amour du père, tout à la joie de voir son fils de retour, ne laisse place qu’au pardon qui va le réintégrer dans l’intimité familiale . Le Christ veut  ici nous faire comprendre  que notre Père du ciel, il est comme ça.   Quels que soient nos torts et nos offenses envers lui, dès que nous revenons vers lui , il nous accueille, tout à la joie de nous voir de retour. Je vous le déclare dit le Seigneur, il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Luc 15,7)

Le fils aîné, lui, ne comprend pas cette logique. Il pense que son frère, dévoyé, ne mérite pas d’être ainsi accueilli. Sommes nous meilleurs que ce fils aîné ? Pas sûr !! Supposons que Poutine se convertisse. Quelle tête ferions nous en le retrouvant à côté de nous au ciel ?

Que retenir de tout cela ? 

 Dieu est un Père qui nous aime, comme le père de l’enfant prodigue. Voilà ce que le Seigneur veut d’abord nous faire comprendre dans cette parabole. Quelles que soient nos fautes, dès que nous revenons vers lui, il nous réintègre dans l’intimité  de son amour et c’est sa joie.

Cette parabole nous montre  aussi comment dans la tentation,  le démon nous trompe en  présentant  le mal  comme quelque chose de bien et de bon, d’agréable et de profitable, cachant l’offense faite à Dieu, les torts causés au prochain  et les désastres  que cela va entraîner pour le pécheur lui-même.En nous décrivant  comment le fils prodigue se retrouve finalement dans une extrême misère, elle  souligne  comment le péché entraîne le malheur du pécheur lui-même. Enfin, elle nous montre aussi comment  le repentir se déploie. On commence par reprendre  pied dans la réalité,  abandonnant  les illusions de la tentation puis on regrette  le mal commis pour  arriver finalement à une vraie conversion où  dépassant le simple regret du passé, on  s’avance résolument dans une manière de  vivre nouvelle qui engage l’avenir. Quant au pardon accordé par le père non seulement il efface la faute commise par le prodigue dans le passé,  mais il le relance dans  le bonheur de de la vie de famille retrouvée.

Aujourd’hui encore le Père nous guette comme le père de l’enfant prodigue guettait le retour de son fils pour nous donner dans  le sacrement de réconciliation le pardon qui non seulement efface nos fautes passées,mais nous donne la force  de redémarrer et de changer de vie, comme il  l’explique dans  Ezechiel :Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés… je vous donnerai un coeur nouveau, un esprit nouveau……Je mettrai en vous mon Esprit et je ferai que vous marchiez selon mes lois. (36,26,27) Mais aurons nous le courage, comme le fils prodigue, d’aller demander ce pardon ?

Dimanche 4 septembre 2022

23° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 14,25-33

« Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple »

Dans cet évangile, le Seigneur expose les exigences requises pour se mettre à sa suite. Il faut le préférer à tout et le faire passer avant ceux qu’on aime, même ceux qui nous sont les plus chers, son père, sa mère, sa femme, ses enfants. Il faut aussi se renoncer, faire passer sa volonté à lui, avant ses projets et ses désirs à soi. Ce ne sera pas facile. Certes, on comprend de telles exigences. Quand on aime quelqu’un on le fait passer avant soi. On ne rejette pas les autres, mais ils comptent moins. C’est clair dans notre tête, mais cela reste difficile à pratiquer au quotidien. Pourquoi ? Peut-être parce que tout simplement, nous ne savons pas trop ce que veut le Seigneur. En gros, nous savons qu’il ne faut pas tuer ni voler. Mais qu’est-ce qu’Il attend de nous chaque jour dans notre vie quotidienne, dans le cadre de notre vie familiale ou professionnelle ? Cela reste très vague. Nous ne croyons pas vraiment que notre Dieu est un Père qui a des projets précis pour chacun de ses enfants. Sans oser le dire tout haut nous voyons Dieu comme une sorte de super PDG très bienveillant, certes, mais qui ne peut pas connaître personnellement et s’intéresser à chacun dans l’énorme multinationale qu’il dirige. Mais si nous ne voyons pas ce que c’est, que cette volonté du Seigneur dans l’ordinaire de notre vie quotidienne, comment pourrons nous le faire passer avant nous et faire passer sa volonté avant la nôtre ? Peut-être devrions nous commencer par chercher ce qu’il attend de nous chaque jour et demander comme St François d’Assise : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

Le Christ poursuit : Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut être mon disciple. Qu’est ce que ça veut dire ? Est-ce que marcher à la suite du Christ ce serait s’engager à vivre un calvaire permanent ? Le Christ qui nous aime au point d’avoir accepté de souffrir les tourments de la passion et la mort sur la croix, pour nous réconcilier avec le Père, comment pourrait-il vouloir en même temps nous proposer une vie de souffrances ? Cela ne tient pas debout. Il faut bien comprendre le mystère de la croix. Habituellement nous faisons de la croix un symbole de souffrance. Est-ce que ce n’est pas inapproprié ? Nous considérons la passion et la croix comme un supplice imposé au Christ par ses ennemis. C’est faux. Ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c ‘est lui qui s’est livré : Ma vie, on ne me l’ôte pas, je la donne de moi-même. (Jean 10,18) dit-il à ses apôtres le soir du Jeudi Saint. Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. Par trois fois il avait annoncé à ses apôtres sa passion et sa mort sur la croix. C’est par amour pour nous qu’il a accepté de souffrir cette passion et cette mort sur la croix. Alors qu’ on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) Autrement dit : vous pouvez me tuer, moi je vous aime encore.Par conséquent, il est clair que la croix,plus qu’un symbole de souffrance, est d’ abord et surtout un symbole d’amour.

Si bien que, lorsque le Christ nous dit : pour être mon disciple, il faut porter sa croix, cela ne veut pas dire : pour être mon disciple, il faut souffrir, cela veut dire : pour être mon disciple il faut aimer, et aimer jusqu’à être prêt à porter toutes les croix qui se présenteront. Ce qui n’a plus rien de choquant. Partout, dans toutes les familles on s’impose des sacrifices et on accepte de souffrir pour ceux qu’on aime. Il reste vrai qu’en nous demandant de porter notre croix, le Christ laisse entendre que cela pourra aller jusqu’au sacrifice suprême. Nous n’y pensons guère, mais chaque jour qui passe, actuellement, dans certains pays musulmans ou communistes, des chrétiens, prêtres, religieux, religieuses ou laïcs sont encore martyrisés.

Le Seigneur termine son enseignement sur les exigences demandées à ses disciples par deux paraboles où il invite ceux qui veulent le suivre à ne pas s’engager à la légère. De même qu’un roi avant de partir en guerre réfléchit pour voir s’il a assez de soldats pour vaincre son ennemi, ou qu’un homme qui veut bâtir une tour réfléchit pour voir s’il a assez d’argent pour mener à bien son projet, dit-il, ainsi.…..on s’attend à ce que le Christ dise : ainsi celui qui veut se mettre à ma suite doit réfléchir pour voir s’il a assez de courage et assez de vertus, pour aller jusqu’au bout dans son engagement. Non, il dit ainsi celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.

Pourquoi ne dit-il pas : ainsi celui qui veut me suivre doit réfléchir pour voir s’il a assez de courage et de vertus ? Pour deux raisons peut-être . D’abord parce que, jamais, personne n’aura le courage et les vertus nécessaires pour le suivre. Donc inutile de perdre son temps à réfléchir là-dessus. C’est lui qui, lorsqu’il nous appelle, nous donne la force nécessaire. Quand il appelle ses apôtres, il leur dit Je vous ferai pêcheurs d’hommes. (Mt.4,19). C’est pourquoi, même s’il nous demande de faire des choses qui nous dépassent, ce n’est jamais une raison pour s’affoler. Le Seigneur sachant que nous sommes incapables nous donne l’aide nécessaire. Dans les moments difficiles, rappelons nous comment St Paul qualifie le Seigneur, il l’appelle celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer(3,20).

La deuxième raison pour laquelle au lieu de dire : voyez si vous avez assez de courage et de vertus avant de vous mettre à ma suite, il conclut : ainsi, celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple, c’est que si on renonce à tous nos biens, on remplit, par le fait même, toutes les exigences requises pour se mettre à la suite du Christ. En effet, renoncer à tous nos biens, ce n’est pas seulement renoncer à notre fortune, c’est aussi renoncer à notre savoir, à notre jugement, à notre volonté, à ordonner sa vie à notre gré, comme s’il n’y avait pas de Dieu, c’est se mettre dans une attitude où on est prêt à faire ce que le Seigneur demandera. On rejoint ici Notre Dame répondant à l’ange de l’annonciation : Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi selon ta parole. (Luc 1,38)

Que retenir de tout cela ? 

Se mettre à la suite du Christ demande qu’on le préfère à tout et à tous, même à ses proches. Il faut aller jusqu’à renoncer à soi, à ses projets, à ses objectifs, à ses désirs. Il s’agit d’être si attaché au Seigneur que nos projets, nos objectifs, nos désirs lui soient désormais subordonnés et en harmonie avec lui. Il s’agit d’aimer assez le Seigneur pour pouvoir dire comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux.

Se mettre à la suite du Christ demande qu’on soit prêt à porter sa croix, c’est à dire que pour suivre le Christ, il faut l’aimer tellement qu’on est prêt à supporter toutes les peines, toutes les souffrances, toutes les croix qui se présenteront.

Ce n’est même pas nécessaire de nous demander si nous avons assez de courage et de vertus pour être un vrai disciple. Personne n’aura jamais ce qu’il faut pour suivre le Christ . Mais s’il nous appelle à le suivre, alors lui, dont la puissance agissant en nous peut faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer nous rendra capables de nous mette à sa suite. J’aime cette définition de la grâce d’un de mes professeurs : La grâce, disait-il, c’est le pouvoir donné à l’homme de faire par lui-même ce qu’il ne peut pas faire par ses propres forces.

Dimanche 28 août 2022

22° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 14,1.7-14

« Quiconque s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé »

Jésus est invité par un des chefs des Pharisiens à souper un vendredi soir. C’est l’ ouverture du sabbat. Traditionnellement, pendant ce repas, les convives discutent de questions religieuses. Cette invitation est pleine d’arrière-pensées. On entend bien épier Jésus, le piéger et si possible le discréditer définitivement. Au début du repas, comme un malade se présente implorant sa guérison, une discussion s’élève sur la question de savoir s’il est permis de guérir le jour du sabbat. Jésus traite la question habilement et guérit le malade. Les Pharisiens embarrassés sont réduits au silence. L’évangile d’aujourd’hui ne rapporte pas cet incident. Mais une chose est certaine, les hostilités sont déclenchées et Jésus voyant comment les invités recherchent les premières places lance un nouveau débat.

Comme d’habitude ses propos sont surprenants et même choquants, ils vont à l’encontre de nos manières de faire et nous mettent mal à l’aise. D’après lui, quand on est invité,il faut aller se mettre à la dernière place. Mais tout le monde recherche toujours les premières places, dans tous les domaines, que ce soit en politique, dans les affaires, les études ou le sport. Tous les parents rêvent de voir leurs enfants premiers en tout ! Ce n’est pas possible que le Seigneur souhaite que les élus soient à la dernière place. D’ailleurs il propose à ceux qui veulent le suivre un programme d’excellence extrêmement ambitieux : Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. (Mt.5,48) Alors, qu’est-ce qu’il veut dire exactement ?

A regarder le texte attentivement on constate que le Seigneur ne nous invite pas vraiment à choisir la dernière place et encore moins à désirer être les derniers partout. Il nous demande de ne pas nous précipiter sur les premières places en croyant qu’elles nous reviennent de droit, et à nous comporter comme si nous estimions les autres supérieurs à nous. Par conséquent, lorsqu’on est invité, il vaudra mieux aller vers les dernières places. Et tant mieux si le maître de maison nous fait monter plus haut.

Est-ce de l’humilité ? N’est-ce pas plutôt du bon sens et du réalisme? En effet, si nous avons des qualités et des talents, d’où tirons nous ces qualités et ces talents ? Ils viennent du Seigneur qui nous les a donnés soit directement soit par l’intermédiaire de nos parents, des éducateurs ou des amis qu’il a placés sur notre route. Peut-être avons nous quelque mérite, si nous avons fait fructifier quelque peu ces talents, mais c’est tout. Ce qu’il y a de bien en nous, c’est Dieu qui l’y a mis. De nous-mêmes, par nous-mêmes, qu’est-ce que nous valons ? Pas grand chose, pour ne pas dire rien. St Paul nous le rappelle sans ménagements : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu, et si vous l’avez reçu de quoi vous glorifiez vous ? (1Cor.4,7)

Mais surtout, en nous recommandant de rechercher la dernière place, le Seigneur ne fait que nous demander de suivre son exemple. Il s’est considérablement abaissé en se faisant homme comme nous. Lui, de condition divine, écrit St Paul, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est dépouillé de son rang de Dieu, prenant condition d‘esclave, devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6,7) Il est venu parmi nous pour opérer la réconciliation entre le Père et nous, alors qu’il n’était même pas obligé de se faire homme. Il aurait pu se contenter d’envoyer un prophète proclamer la réconciliation. Et si malgré tout il voulait se faire homme, il aurait pu le faire dans des conditions moins choquantes. Il aurait pu apparaître un beau jour sur le parvis du Temple comme un respectable docteur de la Loi ou un grand prêtre imposant, solennel dans ses ornements sacerdotaux. Pourquoi ce scenario invraisemblable : la naissance dans une étable, des années d’enfance dans un village perdu, une vie adulte au milieu de gens si grossiers que même les meilleurs, les douze apôtres, ne comprenaient pas grand chose à ce qu’il disait, et puis la condamnation à mort comme un criminelet la mort sur une croixentre deux bandits. ? Pourquoi un tel scenario ? Nous ne comprenons pas. Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles. En tous cas, une chose est claire. Si le Christ s’est abaissé ainsi, nous ne pouvons pas nous prétendre chrétiens et avoir une attitude opposée à celle du Seigneur en cherchant à toute occasion, les premières places. Ayez entre vous les mêmes dispositions qui furent dans le Christ Jésus, écrit St Paul. Faites comme lui. Lui qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est dépouillé de son rang de Dieu, prenant condition d’esclave, devenant semblable aux hommes. Il s’est abaissé jusqu à se mettre au dernier rang parmi les hommes. Faites en autant.

Et la suite des propos de St Paul éclaire levéritable sens de cet abaissement où on cherche la dernière place. Il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. (Phil.2,5-8)poursuit St Paul C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père. (Phil.2,9-11)

Pourquoi Dieu l’a-t-il souverainement élevé ? Qu’ y a-t-il de si admirable dans l’extrême abaissement du Christ pour que cela lui ait valu d’être élevé au dessus de tout ? L’extrême abaissement du Christ, en soi, ce n’est qu’une extrême humiliation. Rien d’admirable là-dedans. Mais considérons la motivation de cet abaissement. Pourquoi le Christ a-t-il, non seulement accepté, mais voulu cet extrême abaissement ? A cause de son extrême amour pour nous. Si bien que l’ abaissement extrême du Christ qui, au premier abord, apparaît comme une humiliation extrême est en réalité une manifestation extrême de son amour extrême pour nous Voilà pourquoi Dieu a souverainement élevé le Christ au dessus de tout. Le Christ n’est pas souverainement élevé au dessus de tout à cause son extrême abaissement, mais à cause de l’extrême amour que manifeste cet extrême abaissement.

Que retenir de tout cela ? 

Cherchez la dernière place, non pas parce que cette dernière place, en soi, est désirable, mais parce qu’en allant vous mettre à la dernière place vous manifestez votre lucidité et votre réalisme, voyant clairement que par vous-mêmes vous ne valez pas grand chose et que tout ce qu’il y a de valable en vous vient du Seigneur qui vous l’a donné.

Mais surtout, cherchez la dernière place parce qu’en allant vous mettre à le dernière place, vous faites passer les autres avant vous, vous vous sacrifiez pour eux, comme le Christ s’est sacrifié pour vous.

Par amour pour nous, il s’est abaissé jusqu’à prendre la dernière place. Si nous prétendons être ses disciples, il faut nous aussi, comme lui, nous abaisser jusqu’à prendre la dernière place afin de nous mettre,comme lui, au service des autres.

Il l’a dit un jour, sans la moindre précaution oratoire, presque brutalement, c’était après avoir lavé les pieds de ses disciples : Vous m’appelez Seigneur et Maître et vous dites bien car je le suis. Dès lors si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres… Ce que j’ai fait pour vous,faites le vousaussi. (Jean 13,13-15)

Dimanche 21 août 2022

21° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 13,22-30

« N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »

Ce n’est pas étonnant que quelqu’un ait demandé à Jésus : N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? A l’époque, on ne savait que croire. Certains rabbins affirmaient que tous les Israélites seraient sauvés en tant que fils d’Abraham, d’autres disaient que ceux qui périraient seraient plus nombreux que ceux qui seraient sauvés. Jésus ne répond pas directement à la question mais il recommande à chacun de faire ce qu’il faut pour être sauvé. Autrement dit le nombre des sauvés cela ne vous regarde pas, occupez vous de votre salut à vous, c’est plus urgent : efforcez vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à rentrer et n’y parviendront pas.

Il profite de l’occasion pour redire ce qu’il avait déjà dit, dès le début de son enseignement : Ce n’est pas parce qu’on est fils d’Abraham, qu’on est automatiquement sauvé, ce qui compte c’est de produire des fruits de repentir. Produisez des fruits de repentir et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : nous avons pour père Abraham. Car je vous le dis, des pierres que voilà Dieu peut susciter des enfants à Abraham. (Mt.3,8,9 )Et aujourd’hui il insiste : vous aurez beau dire : Seigneur, nous avons mangé et bu en ta présence et tu as enseigné sur nos places, le maître vous répondra Je ne sais pas d’où vous êtes. Eloignezvous de moi vous qui commettez l’injustice.

Produire des fruits de repentir. Qu’est-ce que le Christ entend par là ? Ne pas commettre d’injustice, pratiquer la justice. Le Christ insiste là-dessus parce que l’enseignement religieux de l’époque recommandait surtout l’observation de pratiques extérieures comme des sacrifices ou des célébrations festives, laissant de côté les devoirs de justice alors que justement l’Ecriture et la tradition enseignaient le contraire Pratiquer la justice et le droit aux yeux de Yahvé vaut mieux que les sacrifices lit-on dans le livre des Proverbes, (21,3) A travers Amos et Osée le Seigneur explique sans ménagements : Je hais, je méprise vos fêtes, pour vos solennités je n’ai que dégoût.Vos oblations, je n’en veux pas, vos sacrifices de bêtes grasses, je ne les regarde pas. Eloigne de moi le bruit de tes cantiques, que je n’entende pas le son de tes harpes, mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. (Amos 5,21-24 )C’est l’amour que je veux, non les sacrifices. (Osée 6,6)

L’univers des auditeurs de Jésus s’écroule. Ils se croyaient pratiquement sûrs d’être sauvés puisqu’ils étaient fils d’Abraham et puisqu’ils observaient soigneusement des pratiques pieuses comme des célébrations festives ou des sacrifices, et voilà que Jésus leur explique que tout cela ne vaut rien aux yeux de Dieu, mais que ce qui compte pour entrer par la porte étroite, c’est de pratiquer la justice et la charité. Et pour mettre le comble à leur désarroi, il ajoute que tous ceux qui se seront convertis et auront pratiqué la justice et la charité seront sauvés, même s’il s’agit de païens, de collecteurs d’impôts ou de prostituées : les collecteurs d’impôts et les prostituées entreront avant vous dans le Royaume de Dieu. Jean est venu dans le chemin de justice et vous ne l’avez pas cru, collecteurs d’impôts et prostituées au contraire l’ont cru. (Mt.21,11-12) On viendra de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud prendre place au festin.Il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.

Mais, aujourd’hui, que veut nous dire le Seigneur à travers cet évangile ? A nous aussi comme aux Juifs d’il y a deux mille ans, le Seigneur nous dit : Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Même si nous ne pensons pas comme les Juifs que nous serons sauvés parce que nous sommes descendants d’Abraham, parfois nous nous laissons aller à penser que, si des bons pratiquants comme nous, qui essayons de gérer le mieux possible notre foyer, notre métier, l’éducation de nos enfants, ne sommes pas parmi les élus, qui le sera ? Tant mieux si nous sommes des chrétiens pas trop mauvais. Mais de toute façon, ce n’est pas tout à fait de notre faute, nous devons beaucoup au Seigneur qui nous a aidés de sa grâce et qui a mis des guides sur notre chemin. Avec l’éducation que nous avons reçue et les talents que le Seigneur nous a donnés, peut-être que nous devrions être bien meilleurs que nous ne sommes ? Et nous savons bien que chaque jour nous avons à lutter contre l’égoïsme, l’orgueil, l’esprit de domination, pour arriver à pratiquer tant soit peu la justice et la charité. Le prophète Michée résume bien notre programme : On t’a fait savoir homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : pratiquer la justice, aimer avec tendresse et marcher humblement avec le Seigneur ton Dieu. (6,8 )

Un tel programme, on n’a jamais fini de le remplir. Nous ne pourrons jamais dire : j’en ai fait assez. C’est tous les jours qu’il nous faut veiller à ne pas dévier, à vivre en accord avec la volonté de Dieu. Ce qui est d’autant plus difficile que, soumis à la pression d’un monde où on vit comme s’il n’y avait pas de Dieu, nous sommes tentés de nous laisser aller à « faire comme tout le monde » à sortir le chien ou faire du jogging le dimanche matin plutôt que d’aller à la messe !!!

C’est inquiétant de voir combien facilement la masse , le « tout le monde » se laisse entraîner à faire n’importe quoi, à suivre n’importe quelle idéologie même la plus barbare. Les rétrospectives historiques qu’on peut voir à la télévision nous montrent comment des millions d’hommes qui étaient certainement des braves gens, se sont laissés tromper par des propagandes, que ce soit en Allemagne, en URSS, en Chine, au Moyen Orient ou je ne sais où encore. C’est extrêmement embarrassant, gênant, humiliant, de voir tous ces peuples qui ont donné au monde des intellectuels de valeur, des philosophes réputés, des artistes et des musiciens célèbres se mettre à suivre les pires idéologies . Dans ce monde où beaucoup ont abandonné la source d’eau vive pour se creuser des citernes lézardées qui ne retiennent pas l’eau, comme disait Jérémie, (Jer.2,13), l’évangile nous amène à nous interroger : Et moi, où en suis-je ? Qu’est-ce qui dirige ma vie ? Où est-ce que je place mon idéal ? Est-ce que je suis encore un disciple attentif à suivre celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie ? (Jean 14,6) Un jour, alors que beaucoup de disciples le quittaient, Jésus demanda aux douze s’ils allaient partir eux aussi. Aujourd’hui, Serions nous capables de répondre avec la même conviction que Pierre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle.(Jean,6,68 )

Que retenir de tout cela ? 

Chacun de nous se retrouvera un jour devant cette fameuse porte étroite. Il vaudrait mieux ne pas l’oublier. Il n’y a aucune raison d’être anxieux. Ce que veut le Seigneur, c’est que tous les hommes soient sauvés. Mais cette porte là ne s’ouvre pas automatiquement comme les portes de ces magasins qui s’ouvrent toutes seules dès que quelqu’un s’en approche. Elle s’ouvre seulement devant ceux qui se seront efforcés de pratiquer la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec le Seigneur leur Dieu. ( Michée 6,8 )

Par conséquent soyons toujours attentifs à tenir le bon cap. Ne nous laissons pas entraîner à dériver au fil du train-train quotidien, dans les multitudes de choses à faire en oubliant de vérifier si nous tenons toujours le bon cap. Plusieurs fois, j’ai fait des campagnes de pêche en mer du Nord avec mon père et j’étais fasciné de voir comment les hommes de quart dans la passerelle du chalutier fumaient tranquillement leur cigarette, discutaient entre eux, une nuit, ils se sont même mis à chanter tous les chants de la grand-messe, en latin, Kyrie, Gloria, Credo etc c’était magnifique. Mais jamais ils ne quittaient des yeux la boussole et jamais ils ne cessaient de scruter l’horizon. De même, faisons tout ce que nous avons à faire, mais comme les hommes de quart dans la passerelle ne quittent pas des yeux la boussole, gardons les yeux fixés sur le Seigneur pour ne pas dériver mais aller tout droit vers la porte étroite qu’il nous ouvrira en en nous voyant arriver.