François Battez

Dimanche 14 août 2022

20° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 12,49-53

« Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division »

Une fois de plus les propos du Christ choquent et déconcertent : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non , je vous le dis, mais bien plutôt la division. Pourtant dès sa naissance à Bethléem, les anges avaient annoncé la paix aux hommes que Dieu aime. (Luc,2,14) Et dans l’évangile le Christ ne cesse de répéter : Je vous laisse la paix, je vous donne la paix. (Jean 14,27) Je vous ai dit tout cela pour qu’en moi vous ayez la paix. (Jean 16,33) Alors que faut-il croire ? Il apporte la paix ou il apporte la division ? St Paul, dans l’épître aux Colossiens, nous permet d’y voir clair. Il explique : le Christ a réconcilié le ciel et la terre, ayant établi la paix par le sang de sa croix. (Col.1, 20) Autrement dit : il a bien apporté la paix, mais d’abord il a dû lutter pour édifier cette paix. Il est arrivé dans un monde où régnaient le mal, le péché et la mort. Il a fallu qu’il en triomphe d’abord. Et lorsque dans son amour infini, il a versé son sang pour nous, alors ce sang versé, tel un tsunami irrépressible a recouvert et noyé le mal le péché et la mort dont il a triomphé, établissant la paix sur le monde. Le Christ n’a pas apporté au monde la paix dans un paquet cadeau tout fait enveloppé d’un beau ruban. Il a bâti cette paix, il l’a édifiée en venant à bout de l’opposition du mal, du péché et de la mort dans le triomphe de la croix.Voilà pourquoi le Christ peut dire sans se contredire Je ne suis pas venu apporter la paix mais bien le glaive et la division (Mt.10,34_Luc 12,51) et dire aussi : Je vous donne la paix. (Jean14,27)

Mais comment se fait-il qu’une opposition au Seigneur se soit manifestée ? Apparemment tout le monde attendait dans la ferveur l’arrivée du Messie. Alors pourquoi, lorsqu’il est arrivé chez les siens, les siens ne l’ont pas reçu ? Curieusement ses plus farouches opposants ont été les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, autrement dit tout le milieu clérical, les cadres de ce qu’on pourrait appeler l’Eglise de l’époque, ainsi que beaucoup des pratiquants les plus fervents : les pharisiens. Ils l’accusaient de vouloir démanteler la Loi et détruire la religion. Dès le début de sa prédication, le Seigneur s’en est défendu très vigoureusement : N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes, je ne suis pas venu abolir mais accomplir (Mt.5,17) c’est-à-dire mener à la perfection et donner son vrai sens au code de vie religieuse qu’est la Loi. Dans le premier grand discours qui expose son enseignement, au début de l’évangile de St Mt, à six reprises, il déclare Vous avez appris qu’il a été dit…eh bien moi je vous dis et à chaque fois, il renforce les exigences de la Loi. Ainsi, à propos de l’adutère : Vous avez appris qu’il a été dit : tu ne commettras pas l’adultère. Et moi je vous dis : quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son coeur, commis l’adultère avec elle. (Mt.5,27,28)

C’est là que nous commençons à comprendre pourquoi Jésus a amené non la paix mais la division : il dérangeait l’ordre établi. Les prêtres et les docteurs de la Loi avaient manipulé la religion, ils avaient faussé le sens de la Loi, imposant une interprétation de la Loi qui leur conférait pouvoir et autorité. Ils avaient fixé ce qu’il fallait faire et ce qu’il ne fallait pas faire, ce qui était permis et ce qui était défendu. Ils s’étaient proclamés les arbitres, les maîtres, les juges du bien et du mal. Ils étaient les détenteurs du pouvoir et de l’autorité. Rien ni personne ne menaçait leur prestige. Ils prétendaient servir Dieu alors qu’en réalité ils se servaient de Dieu pour asseoir leur pouvoir sur le peuple. Ils avaient ramené Dieu au rang d’un subalterne au service de leurs désirs et de leurs ambitions personnelles. Satisfaits d’un tel Dieu, il n’avaient pas du tout envie d’en changer. Or voici que le Christ arrive, appelant à la conversion, rappelant à tous qu’ il s’agit de servir Dieu par amour et non pas de se servir de lui pour satisfaire son orgueil et s’octroyer du pouvoir. Il rappelle à tous qu’il s’agit de vivre selon la volonté de Dieu et non pas d’amener Dieu à faire nos volontés. Certains vont accepter, d’autres vont s’opposer plus ou moins violemment à cette conversion , surtout les prêtres, les scribes et les docteurs de la Loi qui craignaient de voir remis en question leur autorité et leur prestige.

Pour nous aussi aujourd’hui, le Christ apporte non pas la paix, mais la division, le combat, la lutte de la conversion qui amènera le triomphe de la paix Parce que sans le vouloir vraiment, sans le faire exprès, peut-être plus par maladresse que par malice, comme les prêtres, les scribes et les pharisiens, au lieu de servir Dieu nous essayons de mettre Dieu à notre service. Dans nos prières, trop souvent nous demandons à Dieu d’exaucer nos désirs et de faire que notre volonté soit faite. Nous n’arrivons pas à croire que Dieu est un Père qui nous aime, qui n’a qu’un but dans l’existence, notre bien et notre bonheur, si bien que, si son nom est sanctifié, si son règne advient, si sa volonté est faite partout, alors tout ira bien pour nous. Du coup, nous le prions pour que nos désirs à nous se réalisent et nous ne prions plus guère pour que ses désirs à lui se réalisent. Autrement dit, nous avons dévié. Nous ne croyons plus que Dieu sait mieux que nous quel est le meilleur pour nous. Nous sommes persuadés que nous savons mieux que Dieu quel est le meilleur pour nous et nous le prions de bien vouloir exaucer nos désirs.

Comme les prêtres et les docteurs de la Loi, nous avons besoin de nous convertir et de revenir au vrai Dieu en abandonnant nos points de vue erronnés. Sans compter que la mentalité du monde qui nous entoure nous fait dévier du côté de l’orgueil, de l’égoïsme, de la violence, de la recherche de l’argent, de la domination et du pouvoir. Comme les prêtres et les docteurs de la Loi, nous avons besoin d’une conversion qui nous fasse revenir au vrai Dieu. Le Christ et son évangile viennent donc contrarier nos dérives. Et il nous faut lutter d’abord contre le mal et les tentations avant de parvenir à la paix que le Seigneur nous apporte. C’est là que le Christ n’apporte pas la paix, la tranquillité, mais la division, le glaive, le combat. Mais son but n’est pas d’apporter la division et le combat sur cette terre. Son but c’est d’apporter la paix, mais ,au terme du combat de la Passion. C’est pourquoi St Paul, dans l’épitre aux Colossiens, conclut son hymne au Christ chef de l’univers en disant Il a établi la paix par le sang de sa croix. (Col.1,20)

Que retenir de tout cela ? 

Non le Christ n’apporte pas d’abord la paix sur la terre mais bien la division, mais cette division est une division et un combat pour la paix. Et la paix qu’il apporte n’est pas simplement une absence de conflit, mais aussi la santé, la prospérité, le bonheur en plénitude. Une telle paix n’est pas possible, si d’abord le mal sous toutes ses formes n’est pas vaincu, le mal en chacun de nous et le mal dans la société. C’est pourquoi dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ nous invite à nous convertir, à lutter comme lui et avec lui contre toute forme de mal, afin de construire la paix dont nous rêvons et que le Seigneur veut pour le monde.

Il a fallu qu’il passe par sa Passion où son amour a triomphé du mal pour établir la paix. Aujourd’hui, le Seigneur nous envoie pour continuer d’établir la paix dans le monde. Il ne faut pas rêver. Nous aussi il va falloir passer par un combat sans merci contre le mal en nous et autour de nous pour voir s’établir enfin la paix de Dieu dans nos vies et dans notre monde.

Dimanche 24 juillet 2022

17° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 11,1-13

« Demandez, on vous donnera. »

La plupart du temps, nos prières sont des prières de demande. Cela se comprend. Nous avons besoin de l’aide de Dieu, surtout au plan moral et spirituel : nous n’arrivons pas à faire le bien que nous aimons et nous faisons le mal que nous n’aimons pas. Nous sommes donc condamnés à demander tous les jours l’aide de Dieu. D’ailleurs le Christ lui-même nous encourage à le faire : Demandez et on vous donnera… Quiconque demande reçoitLuc 11,9,10) Demandez et vous recevrez (Jean 16,24) Pourtant chacun sait que nos demandes ne sont pas toujours exaucées. D’où la requête des Apôtres à Jésus : Apprends nous à prier.

Et le Seigneur répond en proposant cette prière que nous appelons le Notre Père. Ce qui frappe d’abord dans cette prière, c’est que c’est une prière à l’envers : d’habitude nous commençons nos prières en demandant tout de suite des choses pour nous : la santé, le courage, sortir d’un moment difficile et.c.. tandis que dans la prière qu’il nous enseigne, le Seigneur place en premier des demandes pour Dieu : que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite et refoule vers la fin les demandes pour nous : Donne nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour, pardonne nous nos péchés. Nos prières à nous sont d’habitude centrées sur nous et nos besoins immédiats. La prière que le Seigneur nous enseigne est d’abord orientée vers le Père et centrée sur lui.

Si cette prière est une prière à l’envers, c’est que notre Dieu aussi est un Dieu à l’envers, à l’envers du dieu des païens. 1°) Le dieu des païens est d’abord tout puissant ,notre Dieu lui, est d’abord un Père aimant, en lui la toute puissance obéit à l’amour. 2°) Le dieu des païens est un dieu lointain, mystérieux, inaccessible. Notre Dieu lui, même s’il demeure mystérieux est un Dieu qui s’approche, qui se révèle Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre coeur, je me laisserai trouver par vous, nous dit-t-il en Jérémie (Jer.29,14) Il vient au milieu de nous, en nous, nous laisse son Evangile et nous communique son Esprit. 3°) Le dieu des païens est un dieu effrayant qui inspire la crainte, tandis que notre Dieu, lui, par sa bonté et sa miséricorde infinies inspire l’amour, la paix, la joie. Il ferme les yeux sur leurs péchés et leur donne du temps pour se repentir (Sag11,23 ).Quand il vient au milieu de nous, ce n’est pas pour juger le monde mais pour que tout le monde soit sauvé . 4°) Enfin et surtout le dieu des païens est insensible aux besoins des hommes, il faut le forcer à faire attention à nous à coups de prières longues, insistantes, répétées et de sacrifices onéreux : il faut lui offrir la plus belle bête du troupeau et parfois des sacrifices humains, tandis que notre Dieu, lui, veille sur nous avec une attention telle que le Christ va jusqu’à dire : Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens ; ils s’imaginent que c’est à force de paroles qu’ils se feront écouter, votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez.(Mt.6,7)

Du coup, on comprend pourquoi la prière que le Christ nous enseigne est une prière à l’envers des prières que nous faisons d’habitude et où nous nous précipitons pour présenter tout de suite notre liste de demandes. Si vraiment notre Dieu est un Père aimant, qui n’a pas d’autre chose en tête que notre bonheur, ce serait offensant et absurde de le harceler: donne moi ceci ou cela. Est-ce que nous harcelons le médecin qui nous soigne pour qu’il nous prescrive tel ou tel médicament ? Nous le laissons rédiger son ordonnance, il sait de quoi nous avons besoin.Si vraiment nous croyons que Dieu est un Père qui nous aime, qui sait de quoi nous avons besoin, alors nous commencerons notre prière en disant : Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite, parce que nous croyons que si son nom est sanctifié, si son règne arrive et si sa volonté est faite, alors tout ira bien pour nous. Et c’est ensuite seulement, que nous présenterons nos demandes Donne nous notre pain quotidien, pardonne nous nos offenses, ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre nous du mal. Et nous demanderons tout cela non pas dans l’anxiété, mais avec pleine confiance. Nous pouvons être tranquilles,le Père veille. Ne soyez inquiets de rien, écrit St Paul aux Philippiens mais en toute occasion, par la prière et la supplication, accompagnées d’actionde grâces , faites connaître vos demandes à Dieu. (Phil.4,6 ) Voyez comment St Paul nous invite à dire merci avant même d’avoir reçu une réponse à nos prières, tellement il a confiance que Dieu nous entendra.

Ce n’est donc pas étonnant si le Christ termine son enseignement en nous invitant à la confiance Si vous qui êtes mauvais savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père duciel vous donnera. jusque là, ça va, nous sommes d’accord.Mais il y a une suite à la phrase de Jésus. Et elle n’est pas celle que nous attendions. Il ne dit pas combien plus le Père du ciel vous donnera-t-il ce que vous lui demandez il dit combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. Jamais dans l’Evangile le Seigneur ne nous dit que nous recevrons ce que nous demandons. Il dit Demandez et vous recevrez, Quiconque demande reçoit. Le Père sait de quoi vous avez besoin . Donc il vous ledonnera. Mais nous ne sommes pas toujours du même avis que lui sur ce dont nous avons besoin. Et il ne nous donne pas toujours ce que nous avons demandé. Alors ? Mais qui sait ce qui est le meilleur pour moi ? Dieu ou moi ? Si c’est Dieu, alors il faut lui laisser le choix de me donner ce qu’il veut , il faut lui laisser le choix aussi de refuser de me donner ce que je lui demande. Et parfois nous ne comprendrons pas ce refus : un petit enfant est gravement malade, nous prions pour sa guérison, mais il meurt… Nous ne pouvons pas comprendre. Nous ne voyons pas comment le Seigneur l’accueille… Cela me fait penser au petit enfant qui hurle dans les bras de sa mère, on vient de lui administrer un vaccin douloureux. Il pleure, il hurle son désespoir.Sa maman qui l’aime bien pourtant, c’est elle qui l’a emmené au dispensaire.Il ne peut pas comprendre que la souffrance causée par le vaccin douloureux est quelque chose de bon pour lui. De même nous ne pouvons pas comprendre que Dieu refuse d’écouter certaines de nos prières. Si c’est Dieu qui sait le mieux ce qui est le meilleur pour moi, alors il est urgent, essentiel, capital que j’aie une bonne dose d’Esprit Saint pour que les demandes de mes prières soient en accord avec la volonté du Père qui m’aime et qui sait mieux que moi quel est le meilleur pour moi.

Que retenir de tout cela ? 

Au départ, avant tout, quand nous nous mettons à prier il s’agit de croire que notre Dieu est un Père qui nous aime et qui veut ce qu’il y a de mieux pour nous.Dans l’évangile, nous voyons le Christ multiplier les pains pour la foule qui après l’avoir suivi toute la journée se retrouve le soir dans un lieu isolé sans rien à manger. Touché par la souffrance des malades, il les guérit. Au tombeau de Lazare, même s’il sait que dans quelques instants il va le ramener à la vie,devant la tristesse et les pleurs de sa famille et de ses amis, il craque et ne peut retenir ses larmes. On peut prier un Dieu comme ça. Nos peines, nos souffrances, nos tristesses, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous….. Notre Dieu est un Dieu qui nous aime et et qui veut le mieux pour nous. Nous aussi quand nous prions nous voulons ce qui est le mieux pour nous. Mais quelquefois ce n’est pas le même mieux. Qui sait quel est le mieux pour moi ? Dieu ou moi ? Si c’est Dieu, alors il faut lui laisser le choix me donner ce qu’il veut me donner et lui laisser le choix de refuser de me donner ce que je veux. Mais avons nous vraiment confiance ? Sommes nous capables de dire, comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux ?

Dimanche 17 juillet 2022

16° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 10,38-42

« Tu t’agites pour bien des choses. Une seule chose est nécessaire.»

Tu te donnes bien du mal et tu t’agites pour bien des choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. En entendant cela, nous sommes tentés de penser : le Seigneur nous enseigne ici que ce qui est bien, c’est la prière, la contemplation, tandis que dans le travail et dans l’action, on se disperse et on se coupe de Dieu. Ceci est complètement faux. Malheureusement beaucoup d’entre nous le croient sans se rendre compte des désastres que cela entraîne pour leur vie chrétienne, comme le souligne le P. Teilhad de Chardin dans « Le Milieu Divin »: « Je ne pense pas exagérer, écrit-il, en affirmant que pour les neuf dixièmes des chrétiens pratiquants, le travail humain reste à l’état d’encombrement spirituel. Malgré la pratique de l’intention droite et de la journée quotidiennement offerte à Dieu, une masse de chrétiens garde obscurément l’idée que le temps passé au bureau, aux champs ou à l’usine est quelque chose de distrait à l’adoration et qui nous coupe de Dieu. Dans la vie, quelques minutes peuvent être récupérées pour Dieu. Mais les meilleures heures sont absorbées ou du moins dépréciées par les soins matériels. Sous l’empire de ce sentiment, une foule de chrétiens mènent une existence parfaitement double ou gênée. Il leur faut quitter leur vêtement d’homme pour se croire chrétiens et chrétiens inférieurs seulement. »

Jamais le Christ ne condamne l’action, le travail ou les tâches matérielles. D’ailleurs dans le passage précédant immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, il fait l’éloge du bon Samaritain qui s’active et se démène pour soigner le malheureux blessé, il le charge sur sa monture et le conduit jusqu’à l’auberge où il s’assure qu’il sera bien soigné. Rappelons nous aussi la mise en garde très claire du Seigneur : Il ne suffit pas de me DIRE : Seigneur, Seigneur! pour entrer dans le Royaume des Cieux ; il faut FAIRE la volonté de mon Père qui est aux cieux. (Mt.7, 21) Et quand il met en scène le jugement dernier, les élus sont élus non pas parce qu’ils ont prié mais parce qu’ils ont fait de ces actions que bêtement nous appelons matérielles ou profanes Venez les bénis de mon Père, car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire…(Mt.25,34,35) Dans la scène avec Marthe et Marie, Jésus ne condamne pas du tout le dévouement de Marthe qui s’active pour le servir. Il souligne seulement que Marie a choisi la meilleure part. Mais qu’est-ce que c’est, cette meilleure part ? C’est s’asseoir aux pieds du Seigneur pour recevoir un enseignement. Or l’ enseignement du Seigneur, ce n’est pas un savoir théorique que l’on range dans sa tête entre le théorème de Pyrthagore et les règles d’accord du participe passé. Sa Parole, c’est une Parole de Vie, une parole à vivre, qui pousse toujours à agir et donne tout son sens au travail et à l’agir humains . La meilleure part que Marie a choisie, c’est d’écouter de la parole du Seigneur, pour recevoir un enseignement qui va l’orienter vers l’action dont il éclaire et révèle le sens plénier.

Comment cela ? Je prends exemple. Un maçon construit une maison. Ce faisant, il gagne sa vie et subvient aux besoins de sa famille. Bien sûr. Mais il y a plus. Et la parole et l’enseignement du Christ mettent en lumière ce plus. En effet, quand il travaille, le maçon développe les talents que Dieu lui a donnés. Quand il subvient aux besoins de sa famille, il accomplit la tâche et remplit la vocation de père de famille que le Seigneur lui a confiées. D’autre part, la maison que construit ce maçon fera le bonheur de ceux qui l’habiteront. Or, ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40) Et enfin la maison nouvelle qu’il a construite, c’est un agrandissement, un développement de la création. Donc, loin de nous éloigner et de nous couper de Dieu, l’action et le travail sont, comme la prière, mais d’une autre manière, un moyen de nous unir à lui et de faire sa volonté. Mais nous n’osons pas le croire. Avez vous jamais vu une statue ou une image représentant Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage ? Pourtant elle était aussi sainte lorsqu’elle faisait la cuisine que quand elle récitait des psaumes. Mais on n’ose pas le dire. Ce que nous appelons matériel et profane a sens et valeur devant Dieu. Rien n’est profane disait Teilhard. Mais c’est difficile pour nous de le croire, d’autant plus que tout peut être profané.

La recherche effrénée de l’enrichissement et de la rentabilité à tout prix, en même temps qu’elle entraîne la dégradation de la vie personnelle, familiale et sociale, nous coupe de Dieu. En dépit des progrès réels amenés par les lois sociales, trop souvent, les horaires et les rythmes de travail inhumains ruinent la vie de bien des familles, tandis que les « burn out » détruisent l’équilibre humain et psychologique des personnes. Chaque jour le danger est là, bien présent, de se noyer dans des occupations et des travaux toujours plus envahissants qui nous éloignent et nous coupent de Dieu, en même temps qu’ils détériorent la qualité de notre vie quotidienne.

Il est donc nécessaire de prendre le temps de se mettre à l’écoute de Dieu, car c’est dans l’écoute de Dieu que nous découvrons le sens et la valeur devant Dieu de notre agir et de notre travail qui, affranchis de notre avidité de notre désir effréné d’enrichissement et de rentablité à tout prix, se révèlent comme une manière de rester unis à Dieu et de mener une vie humaine pleinement épanouie. Une des prières de la messe nous fait dire Seigneur, Tu as créé l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. (Sous entendu : si on s’écarte du service de Dieu, ça va coincer.) Selon le Christ et son évangile, la prière n’est pas le seul moyen d’être uni à Dieu. St. Ignace de Loyola l’avait bien compris, qui ne voulait pas que les jeunes jésuites en formation trouvent Dieu seulement dans l’oraison. Il voulait que les scolastiques trouvent Dieu aussi dans leurs études … et il approuvait davantage cette méthode que les oraisons prolongéesnous confie Polaco, son secrétaire. .(Revue Christus 6 Avril 1955, pp.180) Tant il est vrai que l’agir et le travail ne sont pas ennemis de la prière mais permettent, comme la prière, encore que d’une manière différente, de vivre en communion avec Dieu.

Que retenir de tout cela ? 

Dans cette page d’évangile, non, le Seigneur ne nous met pas en garde contre l’action, le travail et les tâches matérielles qui nous détourneraient de Lui. Il n’y a pas à choisir entre la prière et l’action. Le Seigneur va même jusqu’à dire que la prière ne suffit pas : Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur! pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut FAIRE la volonté de mon Père qui est aux cieux. C’est pourquoi le Seigneur nous invite à choisir la meilleure part, c’est à dire à prendre du temps ,à perdre du temps, pour écouter sa parole qui est parole de vie, parole à vivre, laquelle nous révèle tout le sens,toute la valeur devant Dieu de l’agir et du travail humains.

Il me semble que cette page d’évangile nous invite à nous convertir. parce que nous ne savons pas estimer à sa juste valeur la valeur de notre agir et de notre travail devant Dieu. Nous sommes comme les élus qui ne comprennent pas lorsque le Seigneur leurdit : Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le royaume car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger. Ils demandent Seigneur quand nous est-il arrivé de tevoir affamé et de te nourrir ?

Saint Exupery parlant quelque part de vieilles dames qui brodaient des chasubles d’or pour leur Dieu, écrit: Elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles Je pense que vous, quand vous préparez le dîner à la maison, quand vous travaillez au bureau, aux champs ou à l’atelier, quand, au volant de votre voiture, vous conduisez vos enfants à l’école, vous allez, vous aussi, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles.

Dimanche 10 juillet 2022

145 Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 10,25-37

« Qui est mon prochain ? »

Comme beaucoup de ses confrères du milieu clérical, le docteur de la Loi de l’évangile d’aujourd’hui soupçonnait Jésus de vouloir instaurer une religion nouvelle opposée à la religion traditionnelle, à la Loi et aux Prophètes. Sa question n’est pas innocente. Il interroge Jésus pour l’obliger à s’expliquer clairement : Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Jésus le renvoie à la Loi et l’invite à pratiquer ce qu’elle recommande. Par là même, il montre que son enseignement, loin de s’y opposer, s’enracine dans la Loi et la religion traditionnelle. Mais voulant se justifier et montrer qu’il est un croyant cherchant simplement à s’instruire, sans aucune arrière pensée hostile, il interroge Jésus de nouveau : Qui est mon prochain ? LeSeigneur le voit venir. Il sait que ce docteur de la Loi espère qu’on va lui répondre : ton prochain, c’est quelqu’un comme toi, de ton milieu, qui a les mêmes idées et les mêmes principes que toi, un croyant qui connaît bien l’Ecriture et la tradition, aussi lui prépare-t-il une bonne petite parabole qui va remettre les choses en place. Le prochain, c’est, non pas les gens de ta caste mais c’est tout le monde et n’importe qui ; et toi, docteur de la Loi, ne te crois pas meilleur que les autres. Plus d’une fois, ceux de ta caste qui savent très bien que la Loi demande qu’on aime son prochain sont les premiers à se dérober à cette obligation.

Quand le docteur de la Loi l’interroge : Qui est mon prochain ? Jésus, plutôt que de lui donner une réponse abstraite et théorique, lui propose une parabole. Sur la route de Jérusalem à Jéricho, une route infestée de brigands à cette époque, un voyageur, un Juif certainement, est attaqué et laissé à moitié mort sur le chemin par ses assaillants. Un prêtre et un lévite qui passent par là le voient mais passent leur chemin. Par contre un Samaritain s’arrête soigne le blessé, le transporte dans une auberge et laisse une certaine somme à l’ aubergiste pour qu’il poursuive les soins. Qu’est-ce que le Seigneur veut nous dire à travers le comportement de ces trois personnages ? Regardons d’abord les deux premiers. Une fois encore le Seigneur ne rate pas l’occasion de stigmatiser le comportement des prêtres, des lévites et du milieu clérical dans son ensemble Il n’est pas en bons termes avec eux. Avez vous remarqué qu’il n’a choisi aucun de ses apôtres parmi les prêtres les lévites ou les docteurs de la Loi qui étaient pourtant des gens instruits des choses de la religion, ils connaissaient les Ecritures et la Tradition mieux que quiconque. Il est allé appeler des pêcheurs du lac à peu près illettrés. St Pierre ne savait ni lire ni écrire, dit-on. Qu’est-ce qui déplaît à Jésus chez les clercs ?

Deux choses ; d’abord leur orgueil. Ils se servent de la religion pour se procurer du pouvoir, du prestige et de l’autorité sur le peuple . Mais la politique du Christ, ce n’est pas la recherche du pouvoir, c’est le service, et le service, c’est l’amour en actes.Dans la vie de tous les jours, l’amour se vit dans le service ; il n’y a qu’au cinéma que l’amour consiste à s’embrasser. Regardez une maman, toute la journée et plus d’une fois la nuit aussi, elle se donne au service de son enfant . La politique du Christ ce n’est pas le pouvoir mais le service, c’est le lavement des pieds. Le soir du Jeudi Saint il l’affirme caégoriquement Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites le vous aussi. La deuxième chose qui déplaît au Christ chez les clercs, c’est le fait qu’ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des hommes alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt, (Mt.23,4) comme il le dit en St. Mt. Et il fait exprès ici, dans la parabole qu’il invente, de montrer un prêtre et un lévite pris en flagrant délit de ne pas pratiquer ce qu’ils prêchent tous les jours : l’amour du prochain exigé par la Loi.

Et que veut-il nous dire à travers le bon Samaritain ? Ce Samaritain a tout contre lui. Il n’est pas un Juif de race pure, c’est un bâtard, un métis. De plus c’est un hérétique, les Samaritains laissent de côté une partie des textes de l’Ecriture, ils se sont bâtis un temple à Samarie et refusent d’aller prier au temple de Jérusalem. Juifs et Samaritains ne se fréquentent pas et ne se parlent même pas. Et voilà que lui, ce quasi-étranger, dont les divergences religieuses scandalisent les Juifs orthodoxes, se révèle quelqu’un qui pratique avec beaucoup de dévouement l’amour du prochain prescrit par la Loi. Le Seigneur veut signifier au docteur de la Loi qui l’interroge, aux Juifs qui sont en face de lui et à nous aussi aujourd’hui, que le prochain, ce n’est pas seulement celui qui est proche de nous parce qu’il a les mêmes idées et les mêmes coutumes que nous, mais c’est tout le monde et n’importe qui parce que nous sommes tous les enfants du même Père qui nous a créés à son image.

Nous aussi aujourd’hui, comme le docteur de la Loi de l’évangile , nous avons tendance à considérer comme notre prochain, uniquement ceux qui partagent nos idées, nos habitudes, notre façon de vivre et nous repoussons plus ou moins les autres. Spontanément je me méfie d’eux, je les soupçonne d’être plus ou moins anormaux. En Français, comment appelle-t-on les étrangers ? on les appelle « étrangers » : étrangers, nous les regardons comme étranges!!! En Anglais, c’est pire. Il y a deux mots pour désigner les étrangers foreigners ou aliens et alien veut dire incongru, bizarre, presque fou!!! Sans nous en rendre compte, nous en arrivons à mépriser, à condamner et même à rejeter ceux qui sont différents de nous. Notre étroitesse d’esprit atteint parfois le ridicule. On m’a raconté l’anecdote suivante : au pied d’un immeuble le concierge cause avec un des locataires : Vous connaissez les Untel au second ? Oui, bien sûr. __Ce sont des sauvages.__ Pourquoi dites vous cela ? Et le concierge d’expliquer : Ils mangent des oignons crus !!!

L’évangile nous oblige à modifier notre manière de juger en nous rappelant, comme le dit un chant que nous connaissons bien : Tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu. Que j’en sois conscient ou non, que j’y croie ou non, avant d’être homme ou femme, de race blanche ou noire, Français ou Chinois, je suis et tout homme est une créature de Dieu. Nous sommes tous ses enfants. Nous sommes tous frères, d’une même grande famille, même si nous n’avons pas la même manière de parler, les mêmes habitudes, la même culture C’est pour cela que mon prochain, c’est tout le monde et n’importe qui, qu’il soit blanc ou noir, riche bourgeois ou SDF, instruit ou ignorant, Russe ou Ukrainien, Chinois ou Indien, Musulman, incroyant, Bouddhiste ou Chrétien. Et même s’il est mon ennemi. Aimez vos ennemis, nous dit l’évangile, afin d’être vraiment les fils de votre Père du ciel qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber sa pluie sur les justes et sur les injustes. (Mt.5,44,45)

Que retenir de tout cela ? 

Mon prochain, c’est tout le monde et n’importe qui, parce que tous nous sommes les enfants de notre Père du ciel qui nous a créés. Nous formons tous, malgré nos différences une seule grande famille. Le SDF que je voie dans ma rue comme l’Australien ou le Chinois du bout du monde que je ne connais pas, le Christ est mort pour lui, comme il est mort pour moi. Il est normal que je m’occupe davantage de mon prochain proche, ma femme, mes enfants, les gens de mon quartier que de mon prochain du bout du monde. Mais jamais je ne dois m’enfermer dans mon petit milieu en excluant les autres. Je peux être surpris face à un Ecossais en kilt, une musulmane en voile intégral ou une indienne en sari, n’empêche que nous sommes frères et soeurs, le même Dieu qui est en moi est en eux.

Dimanche 3 juillet 2022

14° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 10,1-9

Dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” Luc 10,9

Pourquoi le Seigneur envoie-t-il encore 72 disciples annoncer Le règne de Dieu s’est approché de vous. C’est que le Messie est arrivé sur terre, un nouveau monde va commencer, Il va commencer petitement, humblement. Mais comme une graine de moutarde la plus petite des semences du monde, une foissemée, pousse et devient plus grande que toutes les plantes potagères et les oiseaux du ciel peuvent faire leurs nids à son ombre,(Marc 4,31,32)), ainsi le Règne de Dieu va se développer dans le monde entier. Pour cela encore faut-il que la Parole de Dieu soit accueillie par les hommes. Voilà pourquoi dans l’évangile d’aujourd’hui le Seigneur envoie ces 72 disciples et voilà pourquoi il ne cesse d’envoyer encore et toujours des disciples proclamer sa Parole à travers le monde.

C’est Lui qui appelle et envoie. Personne ne peut se donner à soi-même autorité pour partir en mission. Si quelqu’un ressent le désir de partir en mission, c’est que le Seigneur lui a ouvert l’ oreille et le coeur. Les 12 apôtres comme les 72 disciples, comme les envoyés d’aujourd’hui sont des créations du Seigneur. C’est Lui qui met en eux le désir, l’élan et la force de se mettre à sa suite et de poursuivre son oeuvre. L’évangile d’aujourd’hui le dit bien : Ne portez ni bourse, ni sac ni besace, c’est-à-dire : ce n’est pas l’argent, les ordinateurs, les diplômes de théologie ou d’Ecriture Sainte qui vous permettront d’accomplir votre mission, mais l’amour que je déposerai en vos coeurs , la passion que je planterai en vous de faire connaître l’amour de Dieu et l’enseignement que je vous apporterai. Dès l’appel des quatre premiers apôtres le Christ leur avait bien précisé que c’était lui qui assurerait leur formation :Je vous ferai pêcheurs d’hommes.(Mt.4,19) Puisque c’est le Seigneur qui appelle et qui forme les ouvriers pour la moisson, c’est à Lui qu’il faut demander d’en envoyer quand on en manque. Actuellement, en France, comme dans beaucoup d’autres pays, on en manque. Aussi, partout, on prie pour les vocations afin que le Seigneur appelle des ouvriers à sa moisson, mais à l’évidence, sans grand succès. Pourquoi ?

Est-ce le Seigneur qui n’appelle pas ou ne veut pas envoyer d’ouvriers à sa moisson ? Certainement pas. Alors, si nos prières, ça ne marche pas, cela doit venir de nous. Pourquoi ? Ce n’est pas que nous refusions de répondre aux appels qui nous sont adressés, c’est que nous ne savons pas écouter la voix du Seigneur. Et si nous ne savons pas écouter, n’est-ce pas parce que, au fond, nous ne croyons pas que Dieu nous parle et appelle chacun d’entre nous à remplir une tâche précise, là où il vit ? Nous n’osons pas croire que notre Dieu est un Père qui a des rêves, des projets pour chacun de ses enfants. Sans oser le dire tout haut, au fond de nous mêmes, nous voyons notre Dieu non pas comme un Père qui a des projets pour chacun de ses enfants, mais comme une sorte de super PDG à la tête d’une immense multinationale, qui ne peut pas connaître personnellement chacun de ses employés et qui ne traite qu’avec son conseil d’administration. Nous croyons qu’il n’appelle que les prêtres, les religieux, les religieuses. Non, notre Père du ciel ne met personne de côté, il appelle chacun d’entre nous à faire quelque chose de précis dans notre monde, pour y mettre un peu plus de justice, de paix, d’amour. Pourtant, dans l’évangile, le Christ ne cesse de nous rappeler que notre Dieu est un Père soucieux attentif à chacun, qui sait ce dont nous avons besoin avant que nous lui demandions. (Mt.6,7) Il veut, comme l’écrit St Paul, que TOUS les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (2Tim.2,4 ) Et, l’évangile nous le montre, Jésus était toujours au milieu de tout le monde, avec n’importe qui, et souvent avec ceux qui sont au plus bas de l’échelle sociale. Il va chercher ses apôtres parmi les pécheurs du lac, des hommes sans instruction et, au grand scandale des bien pensants, il était toujours fourré avec les pécheurs. Alors si nous ne sommes pas des saints , mais des gens ordinaires et sans importance, tant mieux, nous sommes ses préférés. Il nous le dit dans Isaïe : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit. (Isaïe 66,1,2 )

Mais s’il est vrai que notre Père du ciel appelle chacun à une vocation particulière, comment faire pour entendre l’appel du Seigneur et y répondre ?

D’abord, rester toujours dans une attitude de recherche et d’écoute. Dans nos temps de prière demander comme St François d’Assise : Seigneur, que veux-Tu que je fasse ? Dans la situation où je me trouve, là, maintenant, comment veux-tu que je réagisse ? Et puis, tout au long de nos journées conserver cette attitude de recherche et d’écoute pour repérer parmi toutes nos pensées celles qui viennent de Dieu. Il y a en nous trois sortes de pensées, celles qui viennent de nous, celles qui viennent de Dieu et celles qui viennent du démon. Celles qui viennent du démon, ce sont celles qui nous poussent à faire le mal, nous savons généralement les repérer. Mais celles qui viennent de Dieu, comment les repérer ? Il y a une telle distance entre lui et nous. C’est vrai, mais il veut que nous entendions et que nous répondions. Je me laisserai trouver par vous, vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre coeur nous dit-il en Jérémie. (Jer 29,13,14 ) Nous savons repérer les pensées qui viennent du démon à ce qu’elles nous poussent au mal, pourquoi n’arrivons nous pas à repérer celles qui viennent de Dieu à ce qu’elles nous poussent au bien et nous plongent dans un climat de joie et de paix profondes ? Toute idée ou tout mouvement intérieur qui nous pousse vers le bien, le beau, le vrai, le bon, qui nous fait comprendre et goûter telle parole de l’Ecriture, qui nous met dans un climat de paix et de joie profonde, attention ! C’est Dieu qui est en train de nous parler. Ne cherchez pas de prodige extraordinaire ni d’apparitions spectaculaires lorsque le Seigneur vous parle. Le Seigneur est discret. Nous, de notre côté, nous sommes souvent distraits, occupés à autre chose. Il appelle mais nous ne sommes pas en ligne. Il est donc important le soir de relever les messages ! je veux dire de revoir notre journée et de repérer: Aujourd’hui qu’est-ce qui m’a rapproché de Dieu, qui m’a fait comprendre quelque choe de ma foi, qui m’a orienté vers le bien, le vrai le beau, qui m’a apporté un sentiment de paix et de joie ?

Que retenir de tout cela ? 

Priez le maître de la Moisson d’envoyer des ouvriers à la moisson, nous dit le Seigneur. Nous le faisons, mais ça ne marche pas. Pourquoi ? Ce n’est pas le Seigneur qui refuse d’appeler, c’est nous qui n’entendons pas. Pourquoi ? Pour deux raisons.

D’abord parce que nous ne croyons pas que Dieu est un Père qui a des projets pour chacun de ses enfants et qui appelle chacun d’entre eux à une tâche précise ne serait-ce que mettre un peu plus de justice de paix et de charité autour de nous Nous croyons trop souvent que les vocations c’est pour les prêtres, les religieux, les religieuses. Nous, les prêtres, nous serions les vrais enfants de Dieu dont il s’occupe et vous, les laïcs, des rejetons de seconde zone, des bâtards? C’est blasphématoire de penser cela. Que faut-il faire ? Nous convertir et croire que notre Père du ciel se soucie de chacun d’entre nous et l’appelle à une vocation particulière là où il vit.

Ensuite, ce qui nous empêche d’entendre les appels du Seigneur et d’y répondre c’est que nous ne savons pas ce qu’il faut faire pour entendre. Que faut-il faire ? Nous mettrre dans une attitude de recherche et d’écoute. Dans nos temps de prière demander au Seigneur ? Que veux tu que je fasse, comment veux tu que je réagisse. Et tout au long de nos journées être attentifs.Toute pensée ou mouvement intérieur qui nous pousse vers le bien, ou nous fait mieux comprendre et aimer, le Seigneur, attention, il est en train de nous dire quelque chose. Et si nous ne sommes pas en ligne au moment où il nous parle, prenons un moment tous les soirs pour revoir notre journée et relever les messages.

Dimanche 26 juin 2022

12° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 9,51-62

Il n’y a pas de repos sinon dans la paix des moissons quand Dieu engrange. – Antoine de Saint-Exupéry

Cet évangile nous révèle deux traits caractéristiques du Christ. Tout-à-fait opposé à l’idée de vengeance envers ses adversaires et ses ennemis, il veut le salut universel de tous. Mais il requiert de ceux qui veulent le suivre un engagement total sans aucune restriction.

Dans son évangile, après quelques récits concernant l’enfance de Jésus, St Luc retrace les débuts de son ministère en Galilée, puis il aborde ce qui est pour lui l’essentiel, : l’histoire du salut dont le déroulement s’accélère avec la montée de Jésus à Jérusalem où il va souffrir sa Passion, ressusciter au matin de Pâques avant de remonter aux cieux le jour de l’Ascension. La page d’évangile que nous venons d’entendre nous fait entrer dans le vif du sujet. Le temps étant arrivé, Jésus se met en route résolument pour la capitale où va s’opérer le salut, à travers le drame de la Passion et de la Résurrection. Il est bien décidé, la détermination se lit sur sonvisage, écrit St Luc. Cela ne supporte aucun délai, aucun retard. Un village de Samaritains refuse de recevoir Jésus et ses apôtres. Jacques et Jean verraient bien que le feu du ciel détruise ce village, mais Jésus repousse cette suggestion et réprimande les deux apôtres. Pas de temps à perdre. On passe outre. Jésus et ses apôtres se mettent en route vers un autre village.

Qui sont les Samaritains ? Ce sont des habitants de Palestine, parfois de sang mêlé, des Juifs pratiquants, respectueux de la Loi et des Prophètes. Mais ils s’étaient construit un temple à Samarie et refusaient d’aller prier à Jérusalem. Juifs et Samaritains ne se fréquentaient pas et ne se parlaient pas. En demandant à ses apôtres de préparer sa venue dans un village de Samaritains, Jésus rompt avec l’hostilité des Juifs pour ce peuple au sang mêlé, et affirme déjà par là l’universalité de son message. Ce jour là, les Samaritains ont refusé de le recevoir, il ne se fâche pas.Quelque temps après,lors de sa rencontre avec la Samaritaine au puits de Jacob il sera reçu avec grande joie par tout le village de cette femme Cela nous montre deux choses : d’abord la bonté et la patience du Seigneur qui jamais ne cherche pas à punir ceux qui le rejettent, il ferme les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se repentent, leur donnant le temps et l’occasion de se défaire de leur perversité disait déjà le livre de la Sagesse (Sg 11,23, 12 20) et ensuite cela révèle la tentation des croyants de tous les temps de s’approprier la justice et de vouloir en exclure les autres qu’ils méprisent. Les Juifs prétendaient garder Dieu pour eux seuls et refuser qu’il s’intéresse aux Samaritains et aux païens, les Samaritains de leur côté, prétendaient être les seuls gardiens de la vérité. Aujourd’hui encore certains croyants, en particulier dans les sectes, se prétendent les uniques détenteurs de la vérité et méprisent les autres qu’ils rejettent On veut mettre Dieu de son côté et contre les autres. Les plus anciens d’entre vous se rappellent peut-être ce qui était gravé sur le ceinturon des soldats allemands lors de la dernière guerre mondiale : « Gott mit uns » Dieu avec nous.

La deuxième partie de l’évangile d’aujourd’hui nous expose les exigences sévères imposées par Jésus à ceux qui voudraient le suivre. Un premier candidat s’approche, prêt à suivre Jésus partout où il ira. Jésus le prévient : me suivre, c’est ne jamais s’installer quelque part de façon définitive, c’est ne jamais se fixer, s’arrêter, c’est toujours être en mouvement vers le plus, le mieux, le plus parfait. On ne rejoint jamais Dieu. Il est toujours en avance par rapport à nous. Il faut toujours inventer de nouvelles manières de le suivre, mais en continuité avec le chemin parcouru et l’expérience acquise, car s’il est mortel de s’arrêter, il est tout aussi périlleux d’aller n’importe où sous le prétexte d’avancer, et de suivre n’importe quelle idéologie nouvelle sous prétexte de s’instruire. Pour nous aujourd’hui cela veut dire quoi ? Cela veut dire : devant des situations nouvelles il faut inventer de nouvelles manières de réagir Ce n’est pas marqué dans l’évangile comment utiliser les voitures, les avions les téléphones, les ordinateurs sans tomber dans un matérialisme inhumain, compromettre l’équilibre écologique, se rendre esclave du progrès et s’éloigner du projet de Dieu sur nous. Devant cela, savoir se tourner vers Dieu et lui demander comme St François d’Assise : Seigneur que veux tu que je fasse ?Comment veux tu que je réagisse ? Cela veut dire : comment intégrer les connaissances nouvelles dans le cadre de notre foi, par exemple le respect des coutumes des ancêtres dans les pays de mission, ou la théorie de l’évolution des espèces Nous savons aujourd’hui comment le fixisme du Vatican face à la question des rites chinois au XVII° siècle et devant la théorie de l’évolution a stoppé net l’évangélisation de la Chine et nui gravement au développement de la foi, plus près de nous, au XX° siècle.

St Luc nous rapporte ensuite deux cas qui nous choquent. Jésus refuse à un homme qu’il appelle à le suivre, d’aller d’abord enterrer son père qui vient de mourir Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars et annonce le règne de Dieu. Et à un autre qui demande de pouvoir aller faire ses adieux à sa famille avant de le suivre, Jésus rétorque Quiconque met la main à la charrue puis regarde en arrière n’est pas digne du règne de Dieu. Impossible d’imaginer que le Seigneur se dresse contre le décalogue qui prescrit d’honorer ses parents. D’ailleurs plusieurs fois dans les évangiles de St Mt, de St Marc et de St Luc il revient sur cette obligation. Alors que veut-il dire lorsqu’il refuse à l’un de ces deux hommes qui veulent le suivre d’aller enterrer son père et à l’autre d’aller dire au revoir aux siens ? Il veut simplement dire que l’urgence de proclamer le Règne de Dieu passe avant tout, même avant les liens familiaux bénis par Dieu et auxquels il ne s’oppose pas. Depuis les temps les plus anciens, dans le monde chrétien, on a toujours eu le plus grand respect pour l’ensevelissement des défunts. Par ailleurs si Pierre et ses compagnons ont quitté leur famille pour suivre Jésus dans son ministère, ultérieurement ils se feront accompagner de leur épouse dans leurs tournées missionnaires, comme l’atteste St Paul dans sa première épître aux Corinthiens (1Cor.9,5).Mais comme disait Jeanne d’Arc Messire Dieu premier servi.

Que retenir de tout cela ? 

Le Seigneur n’entend pas sauver seulement ceux qui lui font bon accueil. Les Samaritains ne veulent pas de lui aujourd’hui, il reviendra plus tard. Il se penche vers tous avec patience et miséricorde. même aux mauvais, il leur donne du temps pour qu’ils se repentent. Il ne cherche pas à s’entourer d’un petit groupe sympathique de partisans convaincus. Il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (1Tim.2,3) comme le dit St Paul à Timothée.

D’autre part dans l’ évangile d’aujourd’hui, le Christ souligne les difficultés et les exigences auxquelles celui qui veut se mettre à sa suite aura à faire face. S’engager à la suite du Christ, c’est le mettre au dessus de toutes nos autres préoccupations, être si attaché à Lui et à sa volonté que tout autre attachement Lui est subordon et en harmonie avec Lui. C’est faire passer le Seigneur avant toute autre chose, c’est toujours chercher à mieux le connaître et à mieux le servir. On ne peut jamais s’arrêter et dire maintenant suis au point. Je suis un chrétien éclairé. J’en ai fait assez. Maintenant je peux prendre ma retraite et continuer ma vie de chrétien en roue libre. Chaque jour, nous avons à oeuvrer pour mettre toujours plus d’amour, de justice et de paix dans le monde qui nous entoure. Il n’y a pas de repos sinon dans la paix des moissons quand Dieu engrange. disait Antoine de Saint Exupery.

Dimanche 19 juin 2022

Solennité du Saint Sacrement – Luc 9,11-17

Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. – Jean 6,53

Le St sacrement, qu’on appelle aussi l’Eucharistie est un sacrement par lequel le Christ nous donne en nourriture son corps livré et son sang versé pour le salut du monde. Le soir du Jeudi Saint, faisant ses adieux aux apôtres avant d’entrer dans sa Passion, le Seigneur a voulu nous laisser un moyen d’entretenir en nous la vie nouvelle que le baptême introduit en nous. Il a donc inventé un sacrement qui serait la nourriture de cette vie nouvelle recommandant solennellement et avec insistance d’y avoir recours Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. (Jean 6,53)

On peut être tenté de se demander Mais est-ce bien nécessaire un tel sacrement ? Une fois que j’ai reçu le sacrement de baptême, j’ai en moi la vie de Dieu, je n’ai plus besoin de rien. Pourquoi encore recevoir un autre sacrement ? Il faut bien comprendre que le baptême ne produit pas en nous une sorte d’assimilation par laquelle notre personnalité serait dissoute en Dieu, il crée une communion avec le Seigneur dans laquelle nous demeurons des personnes libres et donc susceptibles de repousser ou de rejeter cette communion avec le Seigneur. Par le baptême, nous avons reçu la vie de Dieu en nous. Mais nous demeurons des personnes libres, des pécheurs exposés au danger de céder à la tentation de nous séparer de Dieu. Nous avons donc besoin de recevoir une nourriture qui nous donne la force de résister à la tentation et de nous maintenir au niveau de la vie nouvelle reçue au baptême. Voilà pourquoi le Christ insiste tant :Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez pas la vie en vous.Et poursuivant, il ajoute : Celui qui me mange vivra par moi. (Jean 6,,57).

Mais quand il nous dit : il faut vous nourrir de moi pour avoir la vie, de quel moi et de quelle vie s’agit-il ? Il s’agit du moi livré pour vous. Quand au cours de la messe, nous recevons la communion, nous ne recevons pas le petit Jésus de Bethléem, nous ne recevons pas le Christ annonçant l’évangile ou faisant des miracles, nous recevons le Christ qui donne sa vie pour nous. Et la vie que nous recevons c’est la vie du Christ qui donne sa vie Autrement dit la vie que le Christ veut nous donner, dont il veut que nous vivions, c’est une vie qui se donne par amour pour les autres. Pour un chrétien, donner sa vie pour les autres, ce n’est pas facultatif, ce n’est pas quelque chose qu’on peut faire ou ne pas faire, comme de dire son chapelet ou de faire une neuvaine. C’est quelque chose d’ indispensable, de nécessaire, d’essentiel. St Jean le dira plus tard, dans sa première épître : Lui, Jésus a donné sa vie pour nous; nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1Jean 3,10))

Donner sa vie pour les autres comme le Christ, ce n’est pas nécessairement se condamner à mourir crucifié comme lui. Donner sa vie pour les autres, cela veut dire quoi ? Cela veut dire les aimer, les faire être, faire tout ce qu’on peut pour qu’ils soient épanouis, heureux. Cela peut demander de la peine, des efforts, des sacrifices. Bien sûr. Mais le service des autres dans l’amour, ce n’est pas, pour autant, un martyr ! Loin de là ! Il ne viendrait à l’idée de personne de dire d’une maman qui se consacre à son enfant toute la journée qu’elle mène une existence de martyre ! Son enfant passe avant elle. Elle se donne du mal pour lui. Il lui cause bien du tracas. Mais pour rien au monde elle ne voudrait en être débarrassée ! C’est le miracle de l’amour : quand on aime il n’y a pas de peine ; et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime.

N’empêche qu’aimer d’amour, c’est-à-dire faire passer un autre avant soi, cela ne nous est pas naturel. Assez facilement on peut éprouver des sentiments pour quelqu’un, on apprécie ses talents et ses qualités. On dit : un tel, une telle, je l’aime bien. Cela grâce à Dieu, c’est fréquent, on voit cela tous les jours un peu partout Mais aimer d’amour, c’est-à-dire faire passer un autre avant soi, c’est plus rare, cela ne nous est pas naturel. C’est que l’amour n’est pas un sentiment humain C’est même contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire : regardez un bébé dans son berceau, il essaie d’attraper tout ce qui passe à portée en train de se ses mains et le porte à sa bouche, même son pied. Mais grâce à Dieu, c’est le cas de le dire, parce que les hommes sont créés à l’image de Dieu, un tas de gens parviennent à aimer d’amour. Ceux qu’ils aiment, ils les font passer avant eux, ils les mettent au dessus d’eux. Cependant parce que nous demeurons pécheurs, toujours tentés de nous replier sur nous-mêmes, nous avons besoin de nous nourrir du pain de vie pour nous maintenir au niveau de l’amour dans notre vie de tous les jours. C’est pourquoi le Christ insiste : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez pas la vie en vous.

Que retenir de tout cela ? 

Le saint Sacrement, l’Eucharistie, la communion, c’est un sacrement par lequel nous recevons le Christ qui se donne à nous, le Christ en train de se donner. Dans la communion, nous ne recevons pas le Christ enfant, le Christ menuisier à Nazareth ou le Christ annonçant l’évangile à travers la Palestine, nous recevons le Christ qui donne sa vie pour nous.

Pourquoi le Christ a-t-il inventé ce sacrement ? Pour nous donner une nourriture qui nous procure la force dont nous avons besoin pour donner notre vie tous les jours dans le service des autres. Car même si par le baptême nous avons reçu la vie de Dieu, nous restons des personnes libres susceptibles de nous laisser entraîner par les tentations et de rejeter la communion avec le Seigneur qui nous est offerte. Nous avons encore besoin de la force de Dieu pour repousser les tentations. En d’autres termes, le baptême, c’est comme une naissance et de même que le nouveau né a besoin de nourriture porur développer la vie qu’il a reçue le jour de sa naissance, de même nous avons besoin du Pain de Vie pour développer la vie nouvelle que nous avons reçue au baptême.

En insistant pour que nous ayons recours à ce sacrement sous peine de ne plus vivre de sa vie, le Christ nous fait comprendre que donner sa vie dans le service des autres ce n’est pas quelque chose qu’ un chrétien pourrait faire ou ne pas faire, c’est quelque chose d’essentiel sous peine de ne plus être chrétien. On dit les chrétiens, c’est les gens qui vont à la messe. Non. Les chaises de l’église qui ne manquent pas une messe n’ont rien de chrétien !!! La marque du chrétien, c’est d’être quelqu’un qui donne sa vie au service des autres. Après le lavement des pieds, le Christ l’a précisé formellement Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné. Ce que j’ai fait pour vous, faites le vous aussi. (Jean 13,14,15)

Dimanche 22 mai 2022

6° Dimanche de Pâques – année C - Jean 14, 23-29

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole

Je vous propose quelques réflexions sur la Parole de Dieu.

Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui. Bien sûr. Si on aime le Seigneur, on est conquis par sa parole et on la garde. Mais comment arriver à aimer Dieu ? Comment arriver à s’approcher de Dieu, à le connaître et à l’aimer ? Il est hors de notre atteinte…C’est vrai.Mais notre Dieu est un Dieu qui s’approche. Depuis toujours il communique et se révèle à nous, à travers les prophètes dans l’Ancien Testament, par Jésus Christ venu nous apporter la Bonne Nouvelle et par l’Esprit Saint qui nous inspire chaque jour. Mais dans la réalité, si parfois nous avons envie d’aimer Dieu et d’accueillir sa Parole, parce que c’est un Dieu bon qui nous pardonne nos fautes, un Père toujours prêt à venir en aide à notre faiblesse, parfois aussi nous sommes tentés de nous raidir et de nous fermer, nous ne voulons pas qu’il nous dérange en intervenant dans nos vies.

Vais-je l’accueillir ou le rejeter ? Il va falloir trancher. Il va falloir que je décide, car Dieu qui est Amour n’entre pas en force dans nos vies. Comme quoi, aimer implique un choix libre et une décision de la volonté, ce n’est pas, comme on le croit trop souvent,se laisser emporter par une inclination ou se laisser aller à un attrait. Aimer Dieu, cela ne va pas tout seul. Et ce n’est pas d’aujourd’hui. Il ya deux mille ans Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu, (Jean 1,11)

Si, touchés par l’amour de Dieu, nous répondons à son amour en l’aimant à notre tour, alors nous accueillerons sa parole. Et qu’est-ce qu’il va se passer ? Celui qui garde ma parole, dit le Christ, mon Père l’aimera. Bien sûr ! c’est logique, puisque la parole qu’il entend n’est pas de moi, dit Jésus, elle est du Père qui m’a envoyé. Mais Jésus poursuit : Mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous ferons notre demeure. Voilà qui est surprenant, incroyable. Qui sommes-nous pour que le Seigneur vienne habiter en nous ? Qu’il vienne de temps à autre éclairer notre intelligence ou enflammer notre coeur, ce serait déjà énorme, mais qu’il vienne en permanence habiter notre intimité, à nous qui sommes des êtres contaminés par le péché, orgueilleux, égoïstes, envieux, c’est incroyable. Voilà que le créateur de toutes choses nous aime au point de venir vivre avec nous, partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est, habiter en nous, cela dépasse tout ce que nous pourrions imaginer !

Et s’il vient s’installer en nous,qu’est-ce qu’il va faire ? Il va nous envoyer son Esprit qui nous enseignera tout et nous fera souvenir de tout ce que le Christ nous aura déjà dit. Cela veut dire que tant que nous n’avons pas l’Esprit Saint en nous, la parole de Dieu ne pénètre pas vraiment en nous, n’est pas vraiment comprise. L’exemple des apôtres dans l’Evangile le montre bien. Bien souvent ils ne comprennent pas ce que le Seigneur leur dit. Lorsqu’il les met en garde Méfiez vous du levain des Pharisiens, (Mt.16,6) ils croient qu’il leur parle du ravitaillement en pains. Lorsqu’il les invite à aller avec lui auprès de Lazare qui est mort, pour être témoins de sa résurrection, Thomas répond, complètement à côté Allons et mourons nous aussi avec lui. (Jean 11,16) Un jour le Seigneur finira par leur dire : J’ai encore bien des choses à vous dire, mais vous n’êtes pas en état de les porter, quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière (Jean 16,13) Si même les apôtres qui voyaient le Seigneur de leurs yeux et l’entendaient de leurs oreilles, n’arrivaient pas à comprendre sa parole, à plus forte raison, nous autres aujourd’hui. Sans l’Esprit Saint qui nous enseigne, nous ne comprenons guère la parole de Dieu. C’est grâce à l’Esprit que nous pouvons avancer dans la connaissance et l’amour de Dieu. En venant chez nous et en y établissant sa demeure, le Seigneur fait pénétrer l’Esprit qui nous enseigne et nous fait progresser. St Paul exprime cela dans une formule saisissante : Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit (2Cor.3,18) On n’a jamais compris complètement une parole de Dieu. Il en reste toujours qu’on n’a pas encore saisi.St Ephrem disait : la parole de Dieu c’est comme un torrent. Quand on poursuit son chemin après s’y être abreuvé en passant, il continue de couler, on ne l’a pas asséché.

Cette parole de Dieu dont on n’a jamais épuisé tout le sens, cette parole que seul l’Esprit Saint peut nous faire comprendre, c’est aussi une parole qui s’adresse à notre coeur et provoque du changement dans notre vie. Quand j’ai compris une parole de Dieu je ne suis plus le même après. Lorsque je comprends que Tokyo est la capitale du Japon, cela ne change rien à ma manière de vivre. C’est un savoir que mon intelligence enregistre et puis c’est tout.Tandis que la parole de Dieu ce n’est pas une parole à comprendre avec notre intelligence seulement. C’est une parole à vivre.Par exemple : Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés (Jean 13,34). Je ne peux pas me contenter d’engranger cela dans ma tête, à côté du théorème de Pythagore et des règles d’accord du participe passé. Il va falloir que je l’accepte, cette parole, que je l’accueille avec mon coeur et que je la mette en pratique. Même si des fois elle vient déranger mes plans et m’ emmène dans une direction où je ne voudrais pas aller. Jérémie, persécuté par le peuple à qui le Seigneur envoie annoncer des catastrophes s’en plaint amèrement et a envie de tout plaquer : Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois proclamer violence et ruine. La parole de Yahvé a été pour moi opprobre et raillerie…Je me disais, je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son Nom; alors c’était en mon coeur comme un feu dévorant, je m’épuisais à la contenir sans y réussir(Jer.20,7…) Il a résisté, Jérémie, à la tentation de déserter. La Parole de Dieu qui était un obstacle à sa tranquillité, il n’a pas pu y résister. Pourquoi ? Pourquoi acceptons nous de nous compliquer la vie avec cette parole dérangeante ? Parce que, même si nous voyons clairement l’inconfort de ses exigences, l’Esprit qui souffle en nous nous fait voir encore plus clairement qu’il n’y a pas d’autre parole qui soit valable. Un jour où beaucoup de ses disciples se retiraient, Jésus demanda aux douze : Allez vous partir,vous aussi ? Mais Pierre répondit : A qui irions nous, tu as les paroles de la vie éternelle. (Jean 6,68) Lorsque nous achetons quelque chose dans un magasin, toujours nous l’utilisons selon la pensée de celui qui l’a fabriqué, un chapeau, on le met sur sa tête, des chaussures, on les met aux pieds. Alors la vie, il n’y a pas d’autre solution, nous ne pouvons pas faire autrement, il faut l’utiliser dans la pensée de celui qui l’a fabriquée. L’évangile, mode d’emploi de la vie. Même s’il est dérangeant parfois, même s’il s’oppose à notre égoïsme, à notre volonté de chercher nos aises et notre confort. Mais sommes nous vraiment convaincus que le point de vue de Dieu est le meilleur, qu’il sait mieux que nous quel est le meilleur pour nous ? Ou sommes nous assez bêtes pour croire que nous sommes plus malins que lui ?

Que retenir de tout cela ? 

Notre intelligence est trop courte pour appréhender la parole de Dieu. Il faut l’Esprit Saint joint à notre esprit pour que nous la comprenions. Mais jamais nous ne parvenons à en saisir tout le sens, toute la richesse. Quand nous avons compris quelque chose à cette Parole, quand elle nous a désaltérés, telle un torrent, elle continue de couler, nous ne l’avons pas asséchée, il en reste encore et toujours, offerte à nos soifs à venir.

La Parole de Dieu ce n’est pas une parole pour notre intelligence seulement, c’est une Parole pour notre coeur aussi et pour nos vies, c’est une Parole de vie, une Parole à vivre. une Parole à pratiquer. C’est dire qu’il nous faut constamment vérifier : Au fait, suis-je en train de la vivre, cette Parole, suis-je en train de la pratiquer ?

Dimanche 15 mai 2022

5° Dimanche de Pâques – année C – Jean, 13,31-33,34,35

Maintenant le Fils de l’homme est glorifié

Je commenterai deux phrases de cet évangile : Maintenant le Fils de l’homme est glorifié et le commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Nous sommes le Jeudi Saint au soir. Après le repas au cours duquel le Seigneur a institué l’Eucharistie, célébré la Pâque juive et a lavé les pieds de ses apôtres, il leur fait ses adieux avant d’entrer dans sa Passion. Il vient de leur annoncer que l’un d’eux allait le trahir, ce qui les a profondément troublés. Et il poursuit .Maintenant le Fils de l’homme est glorifié. A quel moment précis ce maintenant fait-il allusion ? Il vient de se passer quelque chose de grave. Judas est sorti pour aller livrer le Seigneur à ses ennemis. Le processus de la Passion est enclenché. C’est à cela que Jésus fait allusion avec son maintenant. Ce qu’il veut nous dire, c’est : Maintenant que la Passion est commencée le Fils de l’homme est glorifié. Le Fils de l’homme est glorifié par sa Passion.

Comment peut-on dire une chose pareille ? Dans sa Passion, est-ce que le Christ n’apparaît pas humilié, vaincu ? Ses adversaires s’emparent de lui, il est dépouillé de ses vêtements, battu, torturé, flagellé et finalement il meurt cloué sur une croix. Quelle glorification y a-t-il là-dedans ? Pourtant à plusieurs reprises Jésus parle de sa Passion comme de quelque chose de glorieux. Quelques jours auparavant,parlant de sa passion imminente, il avait dit à Philippe et André : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23 ) C’est que, contrairement aux apparences, ce ne sont pas les ennemis du Christ qui se sont emparés de lui, c’est lui qui s’est offert volontairement : Ma vie, nul ne me l’enlève, je la donne de moi-même (Jean 10,18) leur a-t-il déclaré un jour. Il est parti pour Jérusalem, sachant ce qui l’attendait. Par trois fois il avait annoncé aux apôtres qui n’y avaient rien compris, qu’il fallait que le Fils de l’homme souffit beaucoup de la part des Anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour (Mt.16,21). Volontairement il va laisser déferler sur lui toute la puissance du mal, du péché et de la mort, mais tel un tsunami irrépressible, la puissance de son amour infini va recouvrir les forces du mal du péché et de la mort dont elle va triompher. Au moment où on le cloue sur la croix il prie encore pour ses bourreaux : Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc, 23,34) Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, moi, je vous aime encore. C’est là que son amour se révèle plus fort que toute la haine des hommes. C’est là que la gloire du Christ se révèle. En dépit des apparences, la Passion et la mort du Christ sur la croix, avant même le triomphe de la Résurrection, manifestent la gloire de l’amour infini du Christ qui l’emporte sur toutes les forces du mal, du péché et de la mort. St Paul écrira plus tard : Oui, j’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni le présent ni l’avenir,ni les anges ni les dominations, ni aucune autre créature, rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en JCNS. (Rom.8,38,39)

Voir dans la Passion et la crucifixion un Christ humilié et vaincu par ses ennemis qui se seraient emparés de lui, c’est voir les choses à l’envers, un peu comme on regarderait un tapis à l’envers. Tous les fils de toutes les couleurs sont là, on les voit, mais on ne voit pas le dessin du tapis. Par contre s’il est clair pour nous que dans la Passion, ce ne sont pas ses ennemis qui s’emparent de lui mais lui qui se livre, alors on voit la Passion et la mort du Christ à l’endroit, comme une victoire de son amour infini qui a surpassé, balayé et vaincu les forces du péché et de la mort. La Passion et la mort du Christ sur la croix, loin de montrer un Christ humilié et vaincu, montrent au contraire un Christ triomphant par la puissance de son amour dont rien ne peut venir à bout. Avec la Résurrection, la gloire et le triomphe du Christ seront complets puisqu’il aura vaincu le mal, le péché et la mort. Mais déjà avec la Passion et la mort sur la Croix où son amour infini triomphe du mal et du péché,le Christ est glorifié.

Et maintenant, venons en au commandement nouveau Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.C’est le « comme je vous ai aimés » qui est embarrassant. Autrement, s’aimer les uns les autres, c’est faisable, parfois nous y parvenons. Il y a des familles, des petits groupes où on s’aime vraiment bien les uns les autres, on a suffisamment d’affinités communes, il n’y a pas de problèmes. Mais le Seigneur n’aime pas seulement ceux qui ont des affinités avec lui. Il aime tout le monde. Il a un parti pris absolu de bienveillance envers tous, même envers ses ennemis. L’auteur du livre de la Sagesse disait déjà : Oui tu aimes tous les êtres et n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait, car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formée et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue, comment conserverait-elle l’existence si tu ne l’y avais appelée… Mais tu épargnes tout parce que tout est à toi, Maître ami de la vie. (Sagesse 11,24,25)

Comment le christ peut-il nous demander de nous aimer les uns les autres COMME il nous a aimés? Il sait bien que c’est impossible. C’est vrai, par nous-mêmes, jamais nous ne pourrons parvenir à nous aimer comme il nous a aimés, cependant, peut-être que nous pouvons quand même avancer dans cette direction, d’abord parce que le Seigneur nous a créés à son image, de plus par le baptême, nous sommes greffés sur la vie nouvelle du Christ ressuscité, nous avons en nous sa force et chaque fois que nous participons à la messe, notre union au Christ se trouve renforcée. En effet, à la messe, en même temps que nous offrons le sacrifice du Christ, nous nous offrons nous-mêmes, nous offrons notre vie, notre travail et au moment où le Seigneur transforme le pain en corps du Christ et le vin en sang du Christ, le prêtre lui demande de nous transformer aussi, de nous rendre un peu plus semblables au Christ : Dieu tout puissant, nous te supplions de consacrer ces offrandes, sanctifie-les par ton Esprit pour qu’elles deviennent, c’est à dire pour que NOUS devenions le corps et le sang de JCNS. Chaque messe nous rend toujours plus semblables au Christ et donc un peu plus capables de nous aimer les unes les autres comme il nous a aimés. Alors ne cherchons plus d’excuses, en mettant en avant de faux prétextes et une fausse humilité : »Je n’y arriverai jamais, de toutes façons, ce n’est même pas la peine d’essayer ! » Avec la force de la vie du Christ en nous, nous pouvons essayer de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, même si nous n’y arriverons jamais parfaitement.

Que retenir de tout cela ? 

Contrairement aux apparences, dans sa Passion, le Christ est glorifié, parce que dans sa Passion, ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui. C’est lui qui s’est livré par amour pour nous, offrant sa vie pour nous sauver. Il a laissé déferler sur lui toute la puissance du mal et du péché, mais son amour infini dont rien ne peut venir à bout, a été le plus fort et en a triomphé. Dès le Vendredi Saint, avant même sa victoire sur la mort lors de sa Résurrection au matin de Pâques, la gloire du Christ est manifestée à travers le triomphe de son amour sur le mal et le péché.

Nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés, c’est possible parce que nous sommes créés à son image, parce que depuis notre baptême, nous avons en nous la vie et la force du Christ ressuscité et parce que chaque messe à laquelle nous participons nous transforme davantage en christs et par conséquent nous rend toujours plus capables de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. Nous n’atteindrons peut-être jamais la perfection, mais ce n’est pas une raison pour ne pas tout faire pour mettre toujours un peu plus d’amour dans notre monde qui en manque si cruellement.

Dimanche 8 mai 2022

4° Dimanche de Pâques – année C – Jean 10,27-30

les brebis écoutent ma voix

L’image du pasteur qui s’occupe de ses brebis était parlante pour les auditeurs de Jésus. qui étaient  pour la plupart des agriculteurs et des éleveurs. Pour nous qui sommes des citadins, cela ne nous dit pas grand chose. Des bergers, des moutons,  nous n’en voyons guère qu’à la télévision dans la publicité pour les fromages ! Qu’est-ce que nous dit le Seigneur sur le pasteur et ses brebis dans l’évangile d’aujourd’hui ?

D’abord il nous dit  les brebis écoutent ma voix. Puis il ajoute je les connais, elles me suivent, je leur donne la vie éternelle, elles ne périront pas.   Si les brebis écoutent la voix du berger et le suivent, c’est qu’elles le connaissent comme lui les connaît.   Le Bon Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent (Jean10,14) nous dit Jésus dans la parabole du Bon Pasteur. Un berger rencontré dans les Alpes où j’étais en vacances  m’a fait comprendre ce qu’il y a vraiment derrière cette phrase apparemment banale. Il m’a raconté qu’il était venu en train depuis la Provence avec son troupeau de 500 moutons. Et il m’a dit : quand les agents de la SNCF ont débarqué les 500 moutons sur le quai de la gare de Modane, j’ai vu tout de suite qu’il en manquait deux…Cela nous parait incroyable qu’un  berger puisse arriver à connaître chacune des bêtes d’un troupeau de cinq cents têtes ! Et encore plus incroyable que le Seigneur connaisse  et s’intéresse à chacun d’entre nous personnellement. C’est  que nous n’arrivons pas à croire que Dieu est un Père. Un père,  connaît s’intéresse à tous ses enfants.  Même si parfois il n’est pas dans les meilleurs termes avec l’un ou l’autre d’entre eux, jamais il n’en renie un seul. Sans oser le dire tout haut, au fond nous voyons Dieu comme le grand patron d’une immense multinationale qui ne peut pas connaître et s’intéresser  à chacun de ses employés. De plus, nous avons du mal à croire que Dieu puisse s’intéresser à des gens ordinaires comme nous. Qu’il s’intéresse au pape, aux grands saints, à des gens comme Mère Theresa ou à des chrétiens d’élite, d’accord, mais à des gens ordinaires comme nous… Pourtant constamment l’Ecriture nous redit  que Dieu veut que TOUS les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. (2Tim.2,4) Pas question d’en laisser tomber un seul. Et la vie de Jésus  montre que notre Dieu n’est pas une espèce de grand PDG qui ne fréquenterait  que les membres de son conseil d’administration. Jésus est toujours au milieu de tout le monde, avec n’importe qui, et souvent avec ceux qui sont au plus bas de l’échelle. Il va chercher ses apôtres parmi des pécheurs du lac, des hommes sans instruction et, au grand scandale des bien  pensants, il est toujours fourré  avec les pécheurs. Mais justement il dit et répète moi je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Luc 19,10). Alors, si nous sommes des pécheurs et des gens pas importants, tant mieux, nous sommes  d’autant mieux placés  pour qu’il s’intéresse à nous,  parce que comme il  le dit dans l’Ecriture :Le ciel est mon trône et la terre mon marche-pied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit. (Isaïe 66,1,2)

Nous avons du mal  à croire que Dieu s’intéresse à  nous, c’est vrai, mais nous y croyons quand même un peu. De temps en temps,  par exemple quand il exauce nos prières, ou quand il nous aide dans nos difficultés, nous savons  le reconnaître,  Je me rappelle ma mère disant, après un moment difficile : Je ne sais pas comment j’ai fait pour  m’en sortir, sûrement que le Bon Dieu y a mis les mains ! Ou bien encore nous voyons un jeune homme ou une jeune fille ayant déjà une bonne situation, tout quitter pour  s’engager dans le sacerdoce ou la vie religieuse. Alors là, nous nous disons il doit y avoir un Bon Dieu quelque part, il est intervenu pour l’appeler et il ou elle a répondu à son appel.Malheureusement trop souvent on ne répond pas à cet appel……. Presque toujours parce qu’on le l’a pas entendu.

Comment faire pour entendre la voix de Dieu et y répondre ? D’abord il faut savoir que Dieu parle, qu’il y a quelque chose à entendre. Pourquoi les chercheurs d’or  trouvent ils de l’or  ? Parce qu’ils savent  qu’il y a de l’or à trouver, alors ils se mettent à chercher et ils finissent par trouver. Pourquoi va-t-on entendre la voix de Dieu ? Parce qu’on sait qu’il y a quelque chose à entendre, alors on va se mettre à écouter et on va finir par entendre.   D’abord : est-ce que je crois qu’il me parle ? Ensuite, comment repérer parmi toutes les pensées qui nous viennent à l’esprit :voilà, ça, c’est la voix du Seigneur ? Il y a une telle distance entre lui et nous : Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes paroles sont élevées au-dessus de vos !!! (Isaïe 55,9) C’est vrai mais il veut que nous entendions ses paroles et que nous y répondions  Quand vous me chercherez, vous me trouverez pour m’avoir cherché ce tout votre coeur. Je me laisserai trouver par vous. (Jer.29,13,14) dit-il en Jérémie. Nous le trouverons en repérant  parmi toutes les pensées qui nous traversent l’esprit,  celles qui nous orientent vers le bien. De la même manière que nous arrivons facilement à distinguer parmi nos  pensées  celles qui sont  des tentations du démon, parce qu’elles nous poussent au mal, de même nous pouvons arriver facilement à distinguer parmi les idées qui nous passent par la tête, celles qui viennent  de Dieu : ce sont celles  qui nous poussent au  bien.

C’est pourquoi il est absolument nécessaire que nous soyons tout le temps dans une attitude de recherche, d’écoute de Dieu. Dans notre prière, reprenons tout simplement la prière de st François d’Assise : Seigneur que veux-tu que je fasse ? dans la situation où je me trouve,là, maintenant,, comment veux-tu que je réagisse, comment ferais-tu à ma place ? Et puis dans le courant de nos journées restons dans cette attitude de recherche et d’écoute de Dieu.Ce n’est pas  compliqué. Cherchons tout simplement ce que nous ou les autres autour de nous avons pu dire ou faire de bien. Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc chaque fois que moi ou quelqu’un quelque part, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là présent, en train d’agir. Nous pouvons le prendre en flagrant délit ! En train d’agir dans nos vies. C’est ça la parole de Dieu ,en acte, prise sur le vif. Je pense que ce serait une excellente chose de faire tous les jours notre examen de conscience pour chercher non pas nos péchés mais ce que nous avons dit ou fait de bien, car là, à chaque fois, nous nous sommes laissés guider par la parole de Dieu qui nous a fait agir. Débrouillons nous pour être un peu plus habiles à écouter la parole de Dieu. Parce que l’ Evangile, la Bonne Nouvelle, c’est que les brebis écoutent la voix du Pasteur et se mettent à sa suite. Ce n’est pas au Pasteur d’écouter les bêlements du troupeau et de se mettre à leur suite.

Que retenir de tout cela ? 

Comme le berger connaît et se préoccupe de chacune de ses brebis, Dieu notre Père connaît et se préoccupe de chacun d’entre nous. Comme les brebis écoutent la voix du berger et le suivent, il nous revient d’écouter la voix du Seigneur et de le suivre. ….Comment repérer la voix du Seigneur : En demeurant toujours dans une attitude de recherche. Dans la prière, appeler : Seigneur que veux tu que je fasse ? Et chaque jour  faire notre examen de conscience sur le bien que nous faisons . Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu Par conséquent, chaque fois que nous faisons ou que nous disons quelque chose de bien, c’est que nous nous sommes laissés guider par la parole de Dieu.

Nous ne sommes peut-être pas très habiles pour écouter la parole de Dieu, mais autour de nous certains sont encore moins habiles, ils auraient besoin que nous les entraînions. Ne nous y trompons pas, ce que veut le Seigneur, ce n’est pas tellement que nous soyons un troupeau de moutons mais que nous soyons un troupeau de pasteurs