François Battez

Dimanche 1er janvier

Sainte Marie, mère de Dieu – Lc 2,16-21

« Ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né. Quand fut arrivé le huitième jour, l’enfant reçut le nom de Jésus.  »

Nous fêtons aujourd’hui Marie, mère de Dieu, qui nous a donné le Messie Sauveur. Mais, chose curieuse, les textes liturgiques de ce jour parlent étonnamment peu de Marie L’évangile est centré sur le personnage de l’enfant nouveau-né, il rapporte la réaction des bergers qui repartent en louant et en glorifiant Dieu pour ce qu’ils ont vu et entendu, mais il fait peu de place à Notre Dame dont il fait mention sans s’y attarder. Elle reste au second plan. Pourtant lorsqu’il y a une naissance dans une famille, on se réjouit avec les parents, on les félicite et c’est surtout la maman que l’on met à l’honneur. Comment se fait-il que le jour où on fête la maternité de Marie tout soit centré sur l’enfant nouveau-né ?

C’est que Notre Dame est tellement toute donnée à Dieu qu’elle est comme inséparable et inséparée de lui . Lorsqu’elle parle d’elle-même, elle se présente toujours comme étroitement en lien avec Dieu. Elle se définit comme étant « du Seigneur » « Je suis la servante du Seigneur »(Luc 1,38) dit elle à l’Annonciation. Exprimant sa joie dans le Magnificat elle ne dit pas : « je suis contente » mais je suis contente en Dieu. Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur (Luc1,46,47). Toute donnée à Dieu, sa vie, c’est de faire ce qu’il attend d’elle. Sa présence est très discrète dans l’évangile qui nous rapporte très peu de paroles de la Vierge. Même son Magnificat est truffé de citations des psaumes et des prophètes. Elle est rarement au premier plan. Mais elle est toujours là, comme en filigrane, discrète mais efficace. A Cana elle est la première à se rendre compte de ce qui se passe et à réagir. Au calvaire, alors que presque tous les apôtres se sont enfuis, elle est là, ferme, au pied de la croix. Toute sa vie est pour le Seigneur et toutes ses paroles conduisent au Seigneur.

Aujourd’hui nous ne fêtons pas seulement Marie, parce qu’elle est la mère de Jésus, celle qui nous a donné Jésus, nous la fêtons également parce qu’elle est notre mère à nous depuis le jour où du haut de la croix Jésus l’a donnée comme mère à Jean et à travers lui à tous ses disciples. Elle est celle qui nous conduit à Jésus. Nous ne saurions trouver un meilleur guide. Etant sa mère, elle le connaît mieux que personne. Elle sait combien et comment il nous aime, son désir passionné de nous voir en communion avec lui. Mais elle sait également combien c’est difficile pour nous d’y parvenir. Avant nous, elle a expérimenté la distance qui demeure entre lui et nous et la difficulté de le comprendre. Lorsque, après trois jours d’angoisse, elle le retrouve au milieu des docteurs et comme elle lui reproche :« Mon enfant pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois, ton père et moi nous te cherchons tout angoissés. » il leur répond :« Ne saviez vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? » EtSt Luc nous rapporte que Joseph et Marie « ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. » (Luc 2,48-50) Aujourd’hui nous qui avons si souvent des difficultés à discerner quelle peut être la volonté du Seigneur, c’est auprès de Notre Dame que nous pouvons trouver le meilleur appui.

Et son intervention à Cana nous montre combien elle a le souci de nous venir en aide dans nos difficultés. Voyant l’embarras des parents des mariés, avant même que quiconque lui demande quoi que ce soit, elle intervient auprès de son fils pour qu’il fasse quelque chose. Et même si Jésus n’a pas l’air décidé à intervenir parce que son heure n’est pas encore venue, alors même qu’elle ne sait pas ce qu’il va faire, mais sûre qu’il fera ce qu’il faut faire, elle dit aux serviteurs « Quoi qu’il vous dise, faites le » (Jean 2,1….) Aujourd’hui, voyant les difficultés dans lesquelles nous nous débattons, sûrement qu’elle intervient auprès de son fils pour qu’il nous vienne en aide. Raison de plus pour la prier avec confiance. Nous pouvons compter sur la puissance de son intercession.

Les problèmes que nous rencontrons aujourd’hui, elle a eu à les affronter avant nous. Elle a eu à subir les pressions d’un milieu hostile au Seigneur et à sa prédication. Sa famille elle-même disait : « il a perdu la tête » (Marc 3,2) et cherchait à la persuader d’intervenir auprès de Jésus pour qu’il arrête sa prédication. Aujourd’hui lorsque nous subissons les poussées de l’esprit antireligieux de notre société, lorsque nous entendons tant de voix critiques de l’Eglise et de son chef, c’est auprès de Marie que nous pouvons trouver le meilleur soutien et le meilleur modèle de fermeté. Elle ne s’est pas laissé détourner par le tapage qui l’entourait. Attentive à tout ce qui se passait, elle poursuivait sa route, discrète mais inébranlable, fidèle et sûre de son Seigneur.

En ce premier jour de la nouvelle année, confions nous à Marie, qu’elle nous conforte dans notre foi toujours trop courte pour comprendre l’amour infini de Dieu qui nous dépasse.

Demandons lui de veiller sur nous, de soutenir l’Eglise dans l’opposition voire le mépris et la haine qu’elle rencontre trop souvent.

Qu’elle nous garde dans une humilité confiante et une fermeté tranquille afin que sans nous laisser prendre par le clinquant des illusions à la mode, nous avancions chaque jour de cette année vers Celui qui seul est la Voie, la Vérité, la Vie.

Dimanche 25 décembre

Nativité du Seigneur – Année A – Mt 1,18-24

« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous.  »

Nous fêtons aujourd’hui la venue du Christ parmi nous. Pourquoi vient-il ? Pour nous apporter le pardon et la réconciliation avec le Père. Les hommes en effet avaient rejeté Dieu, ils s’étaient laissé avoir par le démon qui leur avait fait croire que s’ils laissaient tomber toutes ces histoires de religion, de commandements de Dieu, non, ils ne mourraient pas, au contraire, ils seraient comme des dieux, décidant par eux mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Evidemment, ça n’a pas marché. Car le péché, qui est une offense faite à Dieu, est aussi la source de tous nos malheurs.Comme il le dit à Jérémie : « Est-ce bien moi qu’ils blessent avec leurs péchés n’est-ce pas plutôt eux-mêmes, pour leur propre confusion ?« (7,29 ) Encore aujourd’hui nous voyons toutes les injustices, les souffrances, les ruines, les violences, les crimes, les massacres qu’entraîne le péché. Mais parce qu’il nous aime, le Seigneur n’a jamais envisagé de se venger ou de nous punir. »Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère car je suis Dieu et pas homme et je n’aime pas à détruire« confie-t-il à Osée (11,9 ) Mais pourquoi veut-il nous pardonner et nous réintégrer dans son intimité ? Cela ne lui rapporte rien, il n’a besoin de rien. C’est vrai, mais parce qu’il est Amour, c’est plus fort que lui, il ne peut pas rester tout seul à profiter de sa vie éternelle et de son bonheur infini. Il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. C’est ça Noël, le mystère de Dieu qui nous aime tant qu’il se fait homme pour que l’homme puisse partager sa vie et son bonheur éternels.

On peut quand même se demander pourquoi il a voulu se déplacer en personne et venir jusqu’à nous. Ce n’était pas nécessaire, il aurait pu envoyer un prophète à sa place ou nous annoncer son pardon du haut du ciel. De même qu’un jour une voix venue du ciel annoncera « Celui ci est mon fils bien aimé, écoutez le« (MT.3,17) la même voix aurait pu annoncer « Sachez qu’à partir d’aujourd’hui, moi, Dieu, je vous pardonne ». Mais Il n’a pas voulu pardonner avec des mots seulement, cela eût été en quelque sorte trop superficiel. Il ne veut pas d’un pardon qui serait comme une couche de peinture propre plaquée sur un mur sale, mais le mur reste sale en dessous. Il a voulu d’un pardon quinon seulement efface les péchés en surface, mais qui purifie le pécheur en profondeur, ainsi qu’il l’avait annoncé il y a plus de 2.600 ans au prophète Ezechiel : « Je vous donnerai un coeur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, je mettrai en vous mon esprit et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez et suiviez mes coutumes.« (36,26) C’est pour ça que le Christ a voulu se faire homme. En se faisant homme, il fait rentrer la divinité dans l’humanité. En Jésus, Dieu et l’homme sont un. Désormais « à tous ceux qui le reçoivent et qui croient en son nom est donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.« (Jean 1,12) Désormais peuvent devenir fils de Dieu, comme le Christ ceux qui le reçoivent. Car cette adoption divine n’est ni automatique ni obligatoire. En amour, on ne force pas. Il faut que nous fassions la démarche de demander à recevoir la vie de Dieu par le baptême.

Le drame c’est qu’Il est venu chez lui et que les siens ne l’ont pas reçu. Pourtant, Il a tout fait pour ne pas nous effrayer. Il n’est pas apparu au milieu du tonnerre et des éclairs, il n’est pas apparu dans le triomphe de sa gloire comme le jour où il s’est montré transfiguré à trois de ses apôtres. Il est arrivé dans une extrême discrétion. Dans une une grotte qui servait d’étable. Un nouveau né couché dans une mangeoire. La prochaine fois que vous verrez un petit bébé dans son berceau, regardez bien. Il a voulu apparaître comme ça. C’est certainement autour d’ un berceau qu’on peut le mieux saisir l’énormité de ce geste, l’énormité du mystère de Noël. Parce qu’enfin s’il voulait se faire homme, il aurait pu apparaître comme un personnage important, un notable, un grand prêtre faisant des déclarations solennelles quelque part dans le Temple de Jérusalem, mais pas dans une étable. Et s’il avait des choses à dire, un enseignement

à donner, il aurait tout de même pu attendre l’invention de l’imprimerie , du téléphone, d’internet et des ordinateurs. Le créateur du ciel et de la terre qui se fait petit enfant , petit bébé, venant au monde à une époque reculée, à l’écart d’un village perdu, dans une grotte qui servait d’étable… … Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles. Qu’est-ce que ça veut dire ? On ne peut pas descendre plus bas. Comme ça, il ne laisserait personne en dessous. Il ne joue pas au Dieu avec nous.

Tout ce mystère de Noël, la naissance virginale, le Tout Puissant qui se fait petit enfant, ce n’est pas étonnant que beaucoup n’y croient pas. Pour eux tout cela, c’est de l’ordre des légendes et des contes de fées. Cela leur paraît trop beau pour être vrai. Leur médiocrité trop épaisse ne laisse pas pénétrer une telle qualité d’amour et de délicatesse. Finalement, leur incrédulité rend témoignage à la grandeur et à la tendresse du Seigneur qui nous dépassent tellement que nous n’arrivons pas à admettre que ce soit possible.

Mais pour tous ceux qui croient en ce Dieu invraisemblable, Noël est une espérance folle. La naissance du Messie dans l’étable de Bethléem, c’est Dieu qui se met au niveau des plus bas, au niveau des plus pauvres et nous relève tous. Il ne laisse personne en dessous.Il s’abaisse jusqu’à notre humanité pour rehausser notre humanité jusqu’à sa divinité. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Cette expression de St Irénée est la plus juste qu’on ait jamais trouvé pour définir le mystère de Noël  » Il a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ écrivait St Paul aux Ephésiens, en vue des oeuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions.« (Eph.2,10) C’est cela la joie de Noël, beaucoup plus que l’attendrissement sentimental autour d’un petit poupon dans son berceau. La joie de Noël, c’est un nouvel élan, un renouveau pour les hommes désormais recréés de l’intérieur, relancés, renouvelés, désormais uns avec Dieu qui est en eux et « dont la puissance agissant en eux peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer.« (Eph.3,20) comme dit St Paul. Tous les espoirs sont permis. Avec Dieu en nous, il n’est rien que nous ne puissions faire .C’est pour cela que cette nuit là à Bethléem « une troupe céleste louait Dieu en disant « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.« 

Que retenir de tout cela ? 

Noël c’est beaucoup plus que l’histoire touchante du petit Jésus. C’est même beaucoup plus que le mystère de Dieu qui se fait homme. Comme l’a dit St Irénée, c’est le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Pour la première fois en Jésus un homme est à la fois Dieu et homme. Et tous ceux qui l’accueillent sont transformés en lui.

Il n’a pas joué au Dieu avec nous. On ne peut pas s’abaisser plus qu’il ne l’a fait. Il ne laisse personne en dessous. Il vient pour entrer en chacun de nous. Laissons le entrer. Si nous l’accueillons, alors forts de sa divinité qui habite en nous, nous pourrons tout en celui qui nous fortifie. et changer notre monde de violences en un monde de paix, de justice et de charité.

C’est cela la joie de Noël, la folle espérance de Noël. Le monde, encore plein d’injustices, de violences et de malheurs a besoin de nous, besoin de Lui, besoin de Lui en nous. Il n’est pas venu pour que tout continue comme avant mais pour que tout recommence mieux qu’avant. Ce soir, tout pourrait recommencer mieux qu’avant. Cela dépend de nous. Il y a 2.000 ans « il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu.« (Jean 1,11). Ce soir, tout pourrait changer. Cela dépend de nous. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je serai près de lui et lui près de moi.« (Apoc. 3,20 ) Alors qui oserait le laisser dehors ?

Dimanche 18 décembre

4e dimanche de l’Avent – Année A – Mt 1,18-24

« Jésus naîtra de Marie, accordée en mariage à Joseph, fils de David  »

Marie avait été accordée en mariage à Joseph. A cette époque, les jeunes époux étant souvent encore adolescents, un certain temps s’écoulait entre l’engagement matrimonial et le transfert de l’épouse sous le toit de son mari. C’est dans ce laps de temps que Marie se trouva enceinte. Malgré sa déception, Joseph ne manifesta ni reproches ni colère, il décida, pour ne pas faire de tort à Marie de la renvoyer secrètement, même si, selon la Loi, les répudiations devaient être publiques.

Mais voici que l’ange du Seigneur lui apparaît en songe et lui dit Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint… Tu lui donneras le nomde Jésus..(qui signifie Sauveur).car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Pour tout le monde aujourd’hui, sauf pour les psychiatres qui y voient une manifestation de la personnalité profonde, les songes sont des illusions qui ne correspondent à rien. Dans la Bible, c’est autre chose. Les songes sont un des moyens utilisés par Dieu pour faire connaître aux hommes ses desseins. Dans l’Ancien Testament, des patriarches comme Abraham, des rois comme David, des prophètes comme Daniel en ont bénéficié. Dans le Nouveau Testament, les Actes des Apôtres rapportent plusieurs visions nocturnes qui réconfortent et guident St Paul dans son apostolat.

Mais le songe de Joseph est très spécial. Cela vaut la peine d’y regarder de près. D’abord ce n’est pas un ange mais Dieu lui-même qui intervient, car dans la Bible, l’expression : »l’ange du Seigneur » employée dans l’évangile d’aujourd’hui, désigne Dieu dont, par respect et par crainte, on ne veut pas prononcer le nom. Ensuite l’objet de ce songe n’est pas de révéler tel ou tel dessein divin plus ou moins important, mais de révéler la venue imminente du Messie. D’autre part, il est demandé à Joseph de donner son nom à l’enfant. Or pour les Juifs, le nom ce n’est pas simplement une désignation conventionnelle, il exprime l’activité ou la destinée de celui qui le porte. L’enfant qui va naître, il faut qu’il s’ s’appelle Jésus, c’est -à dire Sauveur. Et pour les Juifs, celui qui donne nom à quelqu’un, a autorité sur lui. Joseph a donc un pouvoir et une autorité toute spéciale sur l’enfant. pour remplir la mission qui lui est confiée ! C’est lui qui doit faire entrer Jésus dans la société, dans une lignée, dans la descendance de David. C’est lui qui, avec Marie doit donner à l’enfant éducation et formation. Ce songe n’apporte donc pas une information insignifiante, il s’agit d’une véritable annonciation. D’ailleurs on qualifie souvent ce songe  » d’Annonciation à Joseph. »

Ce qui est frappant dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est la manière dont Joseph reçoit la parole qui lui est adressée.Il ne pose pas de questions, ne demande pas d’explications, il n’hésite pas une seconde, il croit tout de suite à la parole qu’il a entendue. Quand il se réveilla, il fit ce que l’Ange duSeigneur luiavait prescrit : il prit chez lui son épouse. Pour Joseph, il est bien entendu que le Seigneur veille sur chacun, qu’il n’est jamais loin, il est évident qu’il a des projets pour chacun. Joseph trouve donc normal qu’il intervienne dans sa vie pour lui confier une mission. Pour lui, il n’y a là rien d’extraordinaire. Ce qui le surprend peut-être un peu c’est que que le Tout Puissant lui confie, à lui, modeste charpentier de village, une mission aussi importante. C’est lui qui doit introduire le Messie dans le monde, dans une famille, assurer avec Marie son éducation et sa formation.

C’est vraiment une foi extraordinaire que celle de Joseph ! Lorsqu’un ange était venu annoncer à Zacharie que sa femme, bien qu’elle soit très âgée, mettrait au monde un enfant, il n’avait pas voulu le croire. Joseph lui, a cru des choses bien plus extraordinaires : que l’enfant qui allait naître était l’oeuvre de l’Esprit Saint et que lui, simple charpentier de village était appelé à être le père légal du Messie. Comment aurions nous réagi à sa place ? J’ai bien peur que souvent nous n’osons pas croire que le Seigneur s’intéresse à chacun de nous personnellement au point de lui confier une tâche, une mission. Du coup, nous ne cherchons plus à entendre la voix du Seigneur qui appelle. Si vous demandez à n’importe quel bon chrétien : Quand est-ce que le

Seigneur vous a parlé ou demandé quelque chose pour la dernière fois, il reste bouche bée. Nous ne croyons pas vraiment qu’il parle à des gens ordinaires comme nous. Pourtant dans l’évangile ce n’est pas des prêtres, des docteurs de la Loi ou des gens haut placés qu’il appelle, mais des gens ordinaires, des pêcheurs du lac, plutôt situés au bas de l’échelle sociale. On parle souvent de « problème des vocations. » C’est une erreur. vocations Il n’y a pas de problèmes de vocations. Le Seigneur appelle. Des vocations il y en a. Le vrai problème est au niveau de la réponse à la vocation. Comment cela se fait-il qu’on ne réponde pas ? Ce n’est pas qu’on refuse de répondre. C’est plutôt que très souvent on n’entend même pas l’appel, la voix du Seigneur. Que faire pour entendre la parole qui nous est adressée ?

Je dirai deux choses.D’abord, pour entendre les paroles que le Seigneur nous adresse, il convient de se mettre en attitude de recherche, d’écoute. Il nous a promis : Je me laisserai trouver par vous. Vous me trouverez pourm’avoir cherché de tout votre coeur. (Jer. 29,13,14) C’est dans Jérémie. Prions donc comme St François d’Assise :Seigneur, que veux-Tu que je fasse ?Fais moi connaître ta volonté Ensuite, comme le Seigneur nous parle en touchant notre coeur, soyons très attentifs à nos mouvements intérieurs. Il nous parle principalement de deux manières Quelquefois en nous faisant des reproches quand nous avons mal fait. On parlait autrefois de la voix de la conscience, en réalité c’est la voix du Seigneur qui intervient. A d’autres moments il nous parle ennous attirant à lui. Si en priant, en lisant l’évangile, en écoutant une homélie, en voyant quelque chose dans la rue, en causant avec quelqu’un, en regardant la télévision, en lisant le journal, quelque chose nous touche, nous rapproche de Dieu ou nous fait comprendre quelque chose sur Dieu, attention ! il est en train de nous dire quelque chose. C’est quand même invraisemblable : lorsqu’une tentation se présente qui nous fait pencher vers le mal, nous savons reconnaître tout de suite : « le démon est là, il essaye de m’avoir ». Mais quand quelque chose fait pencher notre coeur vers le bien, nous ne sommes pas fichus de reconnaître: « le Seigneur est là » ! On dirait que nous croyons mieux au diable que nous ne croyons en Dieu !!! A quelques jours de Noël, tâchons de réagir. Il ne faudrait pas que le Seigneur en arrivant soit obligé de dire à nouveau ce qu’il disait de ses compatriotes et que nous rapporte St.Mt. : Le coeur de ce peuple s’est endurci, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouchés les yeux pour ne pas voir de leurs yeux, entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur coeur.(Mt.13,14,15 )

Que retenir de tout cela ? 

Dans ce récit de l’Annonciation à Joseph, le plus frappant, c’est la foi de Joseph. Il n’a pas dit en se réveillant Tiens j’ai fait un drôle de rêve cette nuit ! Il a cru tout de suite que son rêve était une communication divine et quand il s’est réveillé, il a fait tout de suite ce que le Seigneur lui avait demandé. Exactement comme Notre Dame qui répond tout de suite à l’ange Je suis la servante du Seigneur, que tout s’accomplisse pour moi selon ta parole. Ces deux là étaient faits pour s’entendre !!!

En voyant comment dans l’Evangile le Seigneur appelle des petites gens, Joseph, un charpentier de village, Marie, une petite jeune fille de la campagne, les apôtres, des pêcheurs sans instruction, cessons de penser : le Seigneur ne peut pas s’intéresser à des gens ordinaires comme moi ! ! Non, le Seigneur ne laisse personne de côté. Il l’ a promis le jour de l’Ascension : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Tous les jours il est avec nous et nous parle. Comment cela ? Principalement de deux manières. Soit il nous fait des reprochesquand nous faisons mal; ce n’est pas la voix de la conscience qui se fait entendre, c’est sa voix à lui. Soit il nous parle en nous attirant à lui lorsque quelque chose nous touche cela peut être quand nous sommes en train de prier, d’écouter une homélie, de regarder la télé, de parler avec quelqu’un, de lire le journal. Et si pendant la journée, trop pris par ce que nous faisons, nous n’avons pas fait attention, nous n’étions pas en ligne tandis qu’il nous parlait, prenons un moment dans notre prière du soir pour passer en revue notre journée et relever les messages.

Dimanche 11 décembre

3e dimanche de l’Avent – dimanche de Gaudete – Année A – Mt 11,2-11

« Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?  »

Jean Baptiste ne doutait pas que Jésus soit le Messie. Lorsque ce dernier était venu recevoir le baptême, Jean Baptiste avait vu l’Esprit Saint descendre sur lui sous l’apparence d’une colombe et il avait entendu la voix venue du ciel proclamer Celui-ci est mon Fils bienaimé(Mt.3,17) Et puis l’ enseignement de Jésus et ses miracles l’impressionnaient profondément Mais ses disciples, eux, se posaient des questions.

C’est que Jésus était déconcertant.. C’était quelqu’un comme tout le monde. Mais justement Jean Baptiste, comme tous les croyants, pensait que le Messie ne pourrait être que quelqu’un de différent, d’imposant, quelque chose comme un grand-prêtre ou au moins comme un scribe versé dans les Ecritures… Or qui voit-il arriver ? Son cousin, charpentier à Nazareth. Jean Baptiste annonçait un Messie qui viendrait en juge sévère châtier les pécheurs, il prêchait avec violence et colère Engeance de vipères, repentez vous tandis que Jésus, lui, c’était plutôt Laissez venir à moi les petits enfants.(Luc,18,16) Et puis il y avait l’anticléricalisme véhément de Jésus, qui n’arrêtait pas de s’en prendre aux prêtres, scribes, docteurs de la loi,lévites et aux bien pensants :Pharisiens et saducéens. Alors, Jean Baptiste ne doutait pas, mais il était quand même perplexe à certains moments. Il est donc bien content d’envoyer ses disciples demander à Jésus de régler la question une fois pour toutes : Es-tu celui qui doit venir ou devons nous en attendre un autre ?

Face aux questions des disciples de Jean, Jésus les renvoie à leur propre jugement : regardez ce qui se passe et jugez par vous mêmes. Voyez les guérisons des aveugles, des boiteux, des sourds, la résurrection des morts et l’annonce de la bonne nouvelle aux pauvres. Or ces paroles de Jésus qui rapportent ce qu’il fait sont en même temps des citations d’Isaïe où le prophète décrit les oeuvres qu’accomplira le Messie lorsqu’il viendra.De sorte que dans sa réponse Jésus ne dit pas simplement « Oui, je suis celui que vous attendez », mais il laisse entendre en même temps « d’ailleurs, je suis bien tel que l’ont annoncé les prophètes ».

Aujourd’hui, nous aussi, comme les disciples de Jean Baptiste,nous avons des raisons de douter. Nous pouvons nous demander comme eux : est-ce que c’est bien lui le Messie Sauveur, ou faut-il en attendre un autre ? Après vingt siècles de christianisme, où en sommes-nous ? Scandales de moeurs dans l’Eglise…Dans la société, ce n’est pas mieux. Selon des enquêtes sérieuses, en France, plus de 80% des crimes de pédophilie seraient commis au sein des familles. D’un bout à l’autre du monde, partout des injustices, des guerres, des ruines, des inégalités scandaleuses et des persécutions ethniques ou religieuses plutôt en hausse. Certains osent s’inquiéter d’une possible pénurie de foie gras pour leur réveillon tandis que le Secours Catholique, le Secours Populaire et les banques alimentaires voient se multiplier le nombre de nécessiteux à leurs portes. On en vient à se demander à qui on va pouvoir encore souhaiter un joyeux Noël.

Mais si après vingt siècles de christianisme, on en est encore là, est-ce que c’est parce que le Sauveur n’est pas le sauveur et qu’il n’a rien sauvé du tout ou est-ce que c’est nous qui l’empêchons de faire son oeuvre de salut ? En réalité le Christ a réellement apporté un salut au monde. Par sa mort et sa résurrection, il a vaincu le mal, le péché et la mort. Mais c’est nous aujourd’hui qui bloquons le salut que le Christ veut continuer d’ apporter. Alors qu’il nous confie la tâche de poursuivre son oeuvre de salut en faisant régner partout où nous sommes la loi d’amour et de charité de l’évangile,bien souvent nous nous détournons de lui en allant chercher ailleurs salut et bonheur, dans la raison, le progrès, la science ou dans n’importe quelle idéologie douteuse, quand ce n’est pas dans l’alcool, la drogue ou la violence. Pourtant, les faits le montrent : toutes les tentatives de remplacer l’idéal chrétien par autre chose ont

toujours amené de cruelles désillusions. Les philosophes des Lumières et leurs disciples se sont efforcés de détruire la religion chrétienne persuadés qu’une fois affranchis de ce qu’ils estimaient, eux, n’être que des fables et des légendes, les hommes suivraient la raison et adopteraient alors unanimement une morale et un art de vivre supérieurs. C’est l’inverse qui s’est produit. L’humanité a régressé, s’enfonçant dans la cruauté et la sauvagerie. Pensez aux millions de victimes des dernières guerres mondiales et des camps de la mort en URSS, en Chine, au Cambodge, dont on n’est pas sûr qu’ils aient définitivement disparus.Et comme le fait remarquer un historien, les pires régimes de l’histoire moderne ont été ceux qui ont le plus clairement renié la vision chrétienne de la réalité et cherché à la remplacer par autre chose. (Hart « Atheist Delusions »p.107) Il y a 2.700 ans le Seigneur déplorait déjà par la bouche de Jérémie : Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive pour des citernes lézardées qui ne retiennent pas l’eau. (Jer. 2,13 ) On est tenté de dire que les choses n’ont pas changé.

Mais ce serait malhonnête. La réalité nous oblige à reconnaître que le christianisme a fait bouger les choses dans le monde, aussi bien au sommet, au niveau des grandes instances internationales qu’à la base, dans la vie quotidienne d’un chacun. La législation des droits de l’homme au niveau international, le droit du travail, les régimes d’aide sociale mis en place par les gouvernements, les innombrables associations d’entraide officielles ou privées, religieuses ou laïques en faveur des personnes ou des pays les plus défavorisés, des migrants, des réfugiés, sont incontestablement des conquêtes de l’esprit chrétien. On n’admet plus aujourd’hui d’abuser des enfants, de laisser sans soins des malades, d’abandonner à leur solitude des personnes isolées. C’est un fait . Mais c’est un fait aussi que dans la réalité, au quotidien, nous sommes très loin, malheureusement, de mettre en pratique les idéaux que nous professons, et notre monde n’est pas encore le Royaume de paix, de justice et de charité que le Seigneur nous demande de construire.

Alors ? Je ne vais pas sauver le monde à moi tout seul. Ce n’est pas moi qui puis guérir les aveugles, les sourds et les boiteux du monde entier, mais je peux m’attaquer à ce qui est aveugle sourd paralysé et boiteux en moi et autour de moi, et peut-être arriverai-je même à le guérir parce que le Seigneur vient, qui veut apporter du salut dans le monde à travers moi , lui« dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer« comme dit St Paul aux Ephesiens (3,20 ) C’est pourquoi il est urgent que nous nous efforcions de mieux accueillir le Seigneur dans nos coeurs et dans nos vies, de façon à pouvoir apporter un peu plus de paix, de justice et de charité à notre monde.

Que retenir de tout cela ? 

Devant tout ce qui va mal dans le monde, nous pouvons être tentés de questionner comme les disciples de Jean : Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? d’autant plus que notre manque de lucidité nous empêche de reconnaître ce que le Christ et son évangile ont déjà apporté au monde. Mais si, après vingt siècles de christianisme le monde est encore dans le triste état que nous constatons, c’est bien parce que le Christ est venu chez les siens et que les siens ne l’ont pas reçu. Aujourd’hui, il continue de venir. Allons nous continuer à ne pas le recevoir ? Le voici qui vient et nous appelle à continuer son oeuvre de salut. Au lieu de perdre notre temps à pleurer hypocritement des larmes de crocodile sur les malheurs du temps, ouvrons tout grand notre coeur pour accueillir celui dont la puissance agissant en nous peut nous rendre capable de déboucher ce qui est sourd et aveugle en nous et autour de nous, et de décoincer ce qui en nous et autour de nous est paralysé ou boiteux. Alors Noël 2022 sera le bon et joyeux Noël que tous, nous espérons.

Dimanche 4 décembre

2e dimanche de l’Avent – Année A – Mt 3,1-12

« Convertissez vous car le Royaume des Cieux est tout proche »

Les foules attendaient le Messie. Elles étaient sur le qui vive. Déjà deux ou trois faux messies s’étaient présentés mais leur supercherie avait été rapidement dévoilée. Jean Baptiste surgit qui annonce comme imminente l’arrivée du Messie. On se précipite pour l’écouter. Il faisait sérieux. Son apparence et son comportement étaient ceux d’un vrai prophète. Il portait un vêtement de poils de chameau et une ceinture autour des reins, comme le font traditionnellement les prophètes et il se nourrissait comme eux de miel sauvage et de sauterelles . D’autre part il ne se mettait pas en avant. Aux prêtres et aux lévites qui lui demandent Qui es-tu ? il répond clair e net : Je ne suis pas le Messie, précisant bien, citant Isaïe : Je suis celui qui crie dans le désert Aplanissez le chemin du Seigneur. (Jean 1,21-23) Et, avec humilité il explique Celui qui vient après moi est plus fort que moi, je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.Enfin et surtout , la vigueur de son enseignement et sa franchise plaisaient à ses auditeurs. Il osait attaquer de front les Pharisiens et les Saducéens qui se prenaient pour des modèles et regardaient les autres de haut : Engeance de vipères, repentez vous Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres; tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Evidemment les foules, très contentes de voir Jean Baptiste remettre durement en place ceux qui d’ordinaire les méprisent, sont d’autant mieux disposés à son égard et accueillent volontiers son message de conversion, même s’il est exigeant et sévère.

Ses instructions sont claires : Convertissez vous, car le Royaume de Dieu est tout proche et même menaçantes : le bon grain sera ramassé et la paille brûlée au feu qui ne s’éteint pas. En d’autres termes, il tape du poing sur la table exigeant : il faut que ça change. Le changement, c’est d’ailleurs très exactement le sens du mot conversion qui vient du grec métanoïa lequel signifie changement de mentalité (repentir) et retour vers Dieu. Pourquoi faut-il que les auditeurs de Jean Baptiste se convertissent ? Parce qu’ils sont orgueilleux. Surtout les Pharisiens, les Saducéens et le milieu clérical en général, dont beaucoup de membres croient que leur observance pointilleuse de la Loi, a fait d’eux des justes. Dieu, ils en arrivent presque à traiter avec lui d’égal à égal, persuadés que il leur doit quelque chose en retour de leur pratiques minutieuses. Les autres qui ne font pas comme eux, ils les méprisent. C’est pourquoi Jean Baptiste et Jésus sont si sévères à leur égard.

Jean Baptiste invite tout le monde à se convertir. Et nombreux sont ses auditeurs qui s’avancent pour faire le geste de conversion auquel il les invite : se plonger dans l’eau, signifiant par là symboliquement leur volonté d’être purifiés de leurs fautes.Ce baptême, bien sûr, n’a rien à voir avec le sacrement de baptême. Les sacrements n ‘existent pas encore et en outre, à cette époque, le mot baptême signifie simplement plonger; et au sens figuré s’engager. La baptême de Jean c’est un engagement de pénitence en vue d’obtenir le pardon des péchés. Et Jean Baptiste explique clairement que le Messie qui va venir invitera à un engagement beaucoup plus important : Moi je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion. Celui qui vient derrière moi… vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Ce baptême là sera le sacrement de baptême qui est un engagement en vue d’être fait enfant de Dieu.

Pour nous aujourd’hui, quel est le message de cet évangile ? Le même que celui que Jean adresse à ses auditeurs : Convertissez vous car le Royaume de Dieu est tout proche. Quelle conversion devons nous faire ? Il y a certainement des choses à changer dans notre vie. En ce moment où nous nous réparons à fêter Noël, la venue du Seigneur parmi nous, voyons ce qui nous empêche de l’accueillir comme il faut. Personne ne veut le laisser à la porte de chez lui. Le triste constat dressé par St Jean il y a deux mille ans : il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu (Jean 1,11)

nous reste en travers de la gorge. Nous avons envie de faire mieux cette année.Que faut-il donc changer dans nos habitudes pour mieux accueillir le Seigneur dans notre vie quotidienne ? Peut-être y a-t-il tel ou tel domaine de ma vie personnelle, familiale ou professionnelle où je veux en faire à ma tête et où je ne veux pas trop qu’il mette le nez ? A chacun de voir.

Mais indépendamment de la conversion particulière que chacun doit faire, il y a me semble-t-il une conversion que tous nous devons faire, c’est d’accueillir le Seigneur de telle manière qu’il nous accompagne et que nous soyons avec lui tout au long de nos journées, et non pas à certains moments seulement. J’ai peur que trop souvent le Seigneur soit, sinon totalement en dehors de nos vies, du moins un peu à l’écart, bien rangé dans un coin et qu’on ne s’en occupe qu’en cas de besoin flagrant. J’ai peur que notre Dieu soit un peu comme une roue de secours. On y tient à sa roue de secours, on l’entretient, on ne partirait jamais nulle part sans l’emmener . Mais elle est bien rangée dans le coffre de la voiture, on ne s’en sert pas, elle ne sert à rien et même on espère bien qu’on n’aura pas à s’en servir. De même, Dieu, dans la vie courante, dans notre travail de chaque jour on n’en a pas besoin, il ne sert à rien, on ne s’en sert pas. Nous nous débrouillons tout seuls, avec bon sens, raisonnablement, intelligemment, honnêtement, en essayant de ne faire de tort à personne. En dehors de tout cela, il y a un peu de prière par ci par là et la messe du dimanche. Si une épreuve, une difficulté, des ennuis de santé surviennent, alors tout de suite, on se tourne vers le Seigneur, avec une confiance très sincère et très grande dans sa bonté. Mais dans la vie courante, on ne s’en occupe pas, il est absent.

Et puis nous oublions complètement qu’il nous a placés quelque part dans le monde avec une tâche à accomplir : construire un petit morceau de royaume de Dieu c’est à dire mettre un peu plus de justice de paix et d’amour dans notre vie personnelle, dans notre famille dans notre métier, dans notre village Si nous prétendons accueillir Dieu et faire un peu mieux que les Juifs qui l’ont laissé dehors quand il est arrivé, il faudrait tâcher de ne plus mettre Dieu, bien rangé dans un coin, comme une roue de secours dans un coffre de voiture, mais de garder Dieu devant les yeux de manière à faire jour après jour, avec lui qui est à nos côtés, ce qu’il attend de nous. J’ai envie de dire que notre conversion pourrait être de passer d’un Dieu roue de secours dont on ne se sert pas à un Dieu GPS qu’on garde constamment devant les yeux pour avancer sur la bonne route.

Que retenir de tout cela ? 

La consigne que nous donne l’évangile d’aujourd’hui est claire : Convertissez vous. Se convertir, du grec métanoïein, c’est changer sa manière de vivre et revenir vers Dieu. Pour nous, en ce temps de préparation à Noël, nous convertir c’est changer tout ce qui nous empêche d’accueillir le Seigneur et d’avancer avec lui au long de nos journées. Il est là avec nous. Mais nous ne le voyons pas. Pourtant, si nous sommes encore vivants aujourd’hui, c’est parce qu’il nous maintient dans l’existence. Si de temps en temps nous arrivons, nous et une foule de gens autour de nous, à mettre un peu plus de justice, de paix et d’amour autour de nous, c’est parce qu’il est là avec nous. Il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est lui. Donc, chaque fois que quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, il est là, agissant à travers nous. Ce serait une bonne chose à faire que de nous exercer à le prendre en flagrant délit, quand nous faisons notre prière du soir, repensant à tout ce qui s’est passé dans la journée.

Le voici qui vient pour nous aider à faire plus. Ne le laissons pas dehors… Il y a encore bien des choses à améliorer en chacun de nous, dans nos familles, dans notre monde. C’est urgent de nous y mettre sérieusement. Ouvrons nos coeurs pour qu’il puisse les transformer et nous rendre capables de faire davantage.

Dimanche 27 novembre

1er dimanche de l’Avent – Année A – Mt 24,37-44

« Veillez pour être prêts »

Nous entrons aujourd’hui dans le temps de l’Avent qui nous prépare à la fête de Noël. Les textes de la messe des quatre dimanches qui viennent nous invitent à nous préparer à accueillir le Seigneur lors de sa venue. Mais on ne voit pas très bien de quelle venue il s’agit. Tantôt ils parlent de sa venue à la fin des temps, tantôt de sa venue à Noël ou encore de sa présence chaque jour au milieu de nous, car Il nous l’a bien dit : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. ? (Mt.28,20) Aujourd’hui dans l’évangile le Christ nous presse vivement d’être prêts pour sa venue à la fin des temps : Tenez vous prêts, c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra. C’est vrai que cela peut arriver n’importe quand et qu’il faut être prêts. Mais très vraisemblablement personne d’entre nous ne verra ce jour. C’est pourquoi je vous propose de laisser de côté la venue du Seigneur à la fin des temps et de réfléchir quelques instants sur deux questions plus urgentes: comment nous préparer à la venue du Seigneur à Noël c’est dans un mois, et comment mieux l’accueillir chaque jour.

Comment préparer sa venue à Noël ? Noël c’est Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu, comme l’exprime très justement St Irénée. Attention à ne pas en rester au niveau d’une sentimentalité superficielle qui nous ferait voir Noël seulement comme l’histoire touchante d’un petit poupon bien mignon dormant paisiblement entre Marie et Joseph. Non, Noël ce n’est pas seulement le mystère de Dieu qui se fait homme mais le mystère de Dieu qui se fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Ce jour là, dans l’extrême discrétion de la naissance d’un petit enfant se produit un extraordinaire rebondissement dans l’histoire de la création de l’homme. Jusque là les hommes créés à l’image de Dieu étaient encore comme en face de lui ; il y avait encore une certaine distance entre lui et nous. Mais quand Jésus se fait homme, il n’y a plus de distance entre Dieu et l’homme, la divinité est entrée dans l’humanité. Dieu entre dans l’homme. Mais l’humanité n’ est pas pour autant entrée en Dieu, les hommes ne sont pas pour autant devenus automatiquement uns avec Dieu. C’est seulement s’ils le reçoivent qu’il leur est donné de pouvoir devenir uns avec lui. A tous ceux qui le reçoivent etqui croient en son nom est donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, ainsi que le dit l’évangile de St Jean (1,12)

Malheureusement quand il est venu il y a 2.000 ans on ne l’a pas reçu. Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu nous dit St Jean (Jean 1,10) nous dit l’évangile. Seuls quelques bergers itinérants l’ont accueilli, des gens assez mal vus, qu’on soupçonnait de voler des poules dans les villages qu’ils traversaient. Nous aimerions que cette année cela se passe mieux. Mais les choses ne se présentent pas tellement bien. Certes on parle énormément de Noël, des fêtes de Noël, du réveillon de Noël, des cadeaux de Noël, des vacances de Noël, du marché de Noël, du Père Noël mais on ne parle guère de la naissance du Sauveur à Bethléem. Le Seigneur est le grand absent de cette fête de Noël qui devient une fête profane pour ne pas dire profanée. Que pourrions nous faire pour mieux accueillir le Seigneur à Noël, pour qu’il soit davantage présent dans nos coeurs et dans nos vies ? A Noël, on s’offre des cadeaux. Qu’est-ce que nous pourrions offrir au Seigneur pour son Noël ?

Peut-être que le plus beau cadeau que nous puissions lui offrir serait de mieux l’accueillir lorsqu’il vient nous rejoindre dans notre vie de chaque jour. Mais nous avons bien du mal à repérer sa venue. Que faut-il faire pour ne pas le rater ? D’abord il faut croire en sa venue ainsi qu’il nous l’a promis Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. Ensuite, il faut le chercher, l’attendre, non pas tel que nous l’imaginons, tel que nous le rêvons, mais tel qu’il est en réalité et c’est cela qui est difficile. Les Juifs attendaient le Messie avec impatience et ferveur. Pourtant ils l’ont manqué. Pourquoi ? Parce qu’ils l’attendaient selon leurs idées. Ils attendaient un Messie venant en gloire, ils n’ont pas pu le reconnaître dans le petit bébé de Bethléem Ils attendaient un Messie conquérant venant restaurer la grandeur d’Israël, ils n’ont pas pu le reconnaître dans un charpentier de village. Ils l’attendaient comme un justicier vengeur venant punir les pécheurs, ils n’ont pas pu le reconnaître dans celui qui venait sauver les pécheurs. Ils cherchaient un Messie là où il n’était pas et ne le voyaient pas là où il était.

J’ai bien l’impression qu’aujourd’hui nous ne sommes pas plus malins. Nous cherchons le Seigneur là où il n’est pas dans de l’extraordinaire, du miraculeux, des apparitions spectaculaires.Si on nous disait qu’il vient d’apparaître à 100 km. d’ici, il y aurait des bouchons sur les routes ! Mais nous ne le voyons pas là où il est, c’est à dire là où se dit et se fait le bien. Car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là, présent, qui agit. C’est lui qui l’ a inspiré. La présence réelle n’est pas seulement dans le tabernacle fermé à clef. Elle est aussi dans tout ce qui se fait de bien dans le monde.Est-ce que nous prenons le temps de remarquer ce que nous faisons et ce que les autres autour de nous font de bien ? Nous arrive-t-il de faire notre examen de conscience sur le bien que nous faisons ? C’est vrai que nous sommes tous pécheurs, égoïstes, orgueilleux etc ., mais il nous arrive quand même, parfois, de faire le bien. Nous n’y prêtons guère attention. Pourquoi ? Peut-être parce que nous désirons tellement que tout soit parfaitement réussi dans notre vie et dans le monde, ce qui accroche notre attention c’est ce qui ne va pas, ce qui est mauvais ou raté. Sans nous en rendre compte nous nous installons dans une culture du négatif, de l’échec et du malheur. S’il se produit un incendie important, un crime particulièrement horrible ou un tremblement de terre, quelque part dans le monde, nous y aurons droit en premier dans le prochain bulletin d’information de la radio ou de la télévision et ce sera en première page de tous les journaux.

Si nous voulons nous préparer à accueillir le Seigneur à Noël, commençons par l’accueillir chaque fois qu’il intervient au long de nos journées. Nous pourrions nous mettre à faire tous les jours notre examen de conscience sur le bien que nous faisons et le bien que les autres font autour de nous. Et puis, pensez à toutes les associations de type Secours Catholique, Restos du coeur, accueil des migrants qui sont à l’oeuvre un peu partout. Qui d’entre nous pense quelquefois à faire une litanie d’action de grâces pour le dévouement des personnels soignants dans les hôpitaux, les cliniques, les maisons de retraite ? Qui d’entre nous pense quelquefois à louer le Seigneur pour toute la délicatesse et l’amour qui se vivent chaque jour dans les familles. ? Vous ne croyez pas qu’avec tout ça, il y aurait de quoi faire un gros paquet-cadeau pour l’offrir à l’enfant Jésus pour son Noël ?

Que retenir de tout cela ? 

Que pouvons nous faire pour nous préparer à mieux accueillir le Seigneur à Noël ? Peut-être tout simplement mieux l’accueillir tous les jours quand il nous inspire de mettre un peu plus de paix, de bonne entente, de justice ou d’amour autour de nous. Sachons repérer ses interventions et le prendre en flagrant délit ! Et si nous n’avons pas réussi le prendre sur le fait dans le courant de nos journées, le soir dans notre prière, prenons un petit moment pour nous remémorer toutes les occasions où quelque chose de bien a été dit ou été fait.Il était là à chaque fois. Ne soyons pas de ceux dont l’Ecriture dit avec tristesse : Ils ont des yeux et ne voient pas (Ez.12,2) Et demandons à Notre Dame de nous aider à bien voir et bien accueillir son Fils présent au milieu de nous. Si vous voulez prenons ensemble ce beau chant à Marie (Refrain, 3°couplet, refrain)

Chercher avec toi dans nos vies, les pas de Dieu, Vierge Marie,
Par toi accueillir en nos vies le don de Dieu, Vierge Marie.

Dimanche 20 novembre

Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers – année C – Luc 23,35-43

« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »

Nous célébrons aujourd’hui le Christ-Roi. Pourquoi peut-on donner au Christ ce titre de Roi ?

Comme St Paul le laisse entendre dans la deuxième lecture : le Christ est Roi en tant que Créateur et en tant que Rédempteur.

En tant que Créateur, bien sûr, puisque c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre…Il est avant toute chose et tout subsiste en lui. Tout subsiste en lui, cela veut dire que ce qui existe aujourd’hui, c’est lui qui le maintient dans l’ existence. Il n’a pas créé l’univers il y a un certain nombre de millions d’années et depuis il aurait pris sa retraite. Non le Christ Roi est un roi en exercice, il continue de créer, de maintenir en existence jour après jour tout ce qui est. La vie dont nous jouissons en ce moment, c’est lui qui la crée, pas seulement notre vie physique, mais aussi notre vie de communion avec lui, avec son Esprit présent en nous depuis notre baptême et notre confirmation.

Et puis le Christ mérite encore le titre de Roi en tant que Rédempteur. L’humanité qui s’était séparée de lui par le péché, Il l’a reconquise en offrant sa vie pour nous, à travers le sacrifice de la croix où la toute puissance de son amour a vaincu toute la puissance du mal et du péché qui nous séparaient de lui. Trop souvent nous pensons que le Christ est vaincu dans sa passion et sa mort sur la croix et qu’il faut attendre sa résurrection au matin de Pâques pour voir son triomphe. C’est une erreur. Son triomphe éclate déjà dans sa passion et sa mort sur la croix puisque là, déjà, son amour l’emporte sur toute la puissance du mal déchaînée contre lui. Alors qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34 ) Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi, je vous aime encore.Rien ne peut venir à bout de son amour.Son titre de Roi, il l’a conquis sur la croix C’est là que se manifeste la toute puissance de son amour triomphant définitivement de toutes la puissance du mal du péché et de la mort.

Il n’est donc pas étonnant que l’évangile choisi pour la célébration de la fête du Christ-Roi nous montre le Christ mourant sur la croix puisque c’est là, que se révèle le triomphe royal de son amour sur toutes les puissances du mal, du péché et de la mort, beaucoup plus que le jour de son entrée triomphale à Jérusalem ou le jour de la Transfiguration. D’ailleurs, le Jeudi Saint au soir, parlant à ses apôtres de sa passion et de sa mort imminente sur la croix il leur confie : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Luc23,34). Et le calendrier liturgique de l’Eglise consacre une journée, le 14 Septembre, à la célébration de la croix glorieuse du Christ. Et puis dans bien des églises, (comme par exemple au Portel ou à Mons en Baroeul), on peut voir le Christ crucifié représenté en gloire, une couronne royale sur la tête.

Mais le Christ-Roi, nous ne pouvons pas nous contenter de l’admirer à distance. Il se trouve que nous sommes impliqués dans sa royauté depuis le jour de notre baptême. Au cours de la cérémonie, juste avant l’onction avec le saint chrême, le célébrant nous a notifiés : Vous êtes maintenant membres du Christ , vous participez à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi.Comment se manifeste la royauté du Christ ? Non pas dans la puissance de ses armées ou le prestige de richesses somptueuses, mais dans le service des autres dans l’amour jusqu’à conduire le Christ à donner sa vie pour nous. Par conséquent, participer à la royauté du Christ, c’est faire quoi ? C’est, comme lui, se consacrer au service des autres par amour. Nous n’aurons sans doute pas à aller jusqu’à donner notre vie pour eux, le plus souvent souvent cela va se jouer dans l’ordinaire d’une foule de gestes quotidiens qui n’ont rien de spectaculaire mais qui ont cependant une haute valeur aux yeux de Dieu. Regardez, dans la parabole du jugement dernier, qu’est-ce qui a valu aux justes d’être comptés parmi les élus ?

Venez à moi, les bénis de mon Père, dit le Seigneur, recevez en partage le Royaume qui vous a été préparé parce que…parce que quoi? Parce que vous avez fait des choses extraordinaires? Non. Parce que vous êtes allés à la messe le dimanche et fait un tas de prières ? Même pas. Mais parce que j’ai eu faim vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez recueilli, malade et vous m’avez visité. Et les justes diront Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire…(Mt.2534…) Ils ne se seront pas rendus compte que ce qu’ils auront fait pour n’importe qui, un enfant, un conjoint, un ami, un inconnu, c’est comme s’ils l’avaient fait pour le Christ en personne car ce que vous aurez fait pour l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’aurez fait.

Pour nous aujourd’hui, cela veut dire que lorsqu’une maman prépare le repas des siens, lorsqu’un instituteur apprend à lire à ses élèves, lorsqu’un médecin soigne des malades, lorsque les employés municipaux vident les poubelles, lorsqu’un boulanger prépare le pain pour les habitants du quartier, il y a du service des autres là dedans,et un peu d’amour et cela a du prix aux yeux de Dieu. Par là nous sommes unis au Christ Roi qui se donne au service des autres, par amour. Mais nous avons du mal à y croire. Nous pensons généralement que nos tâches quotidiennes sont des choses banales, ordinaires, matérielles sans valeur aux yeux de Dieu. La preuve en est qu’on ne voit jamais une statue ou une image de Notre Dame en train de faire la soupe ou le ménage. Pourtant elle n’était pas moins sainte lorsqu’elle balayait que lorsqu’elle chantait des psaumes. Tenir son foyer faisait partie des tâches que le Seigneur lui avait confiées. Mais on n’ose pas le reconnaître. Eh bien la fête du Christ-Roi nous invite à ouvrir les yeux pour voir l’amour et le service des autres qu’il y a dans nos tâches familiales ou professionnelles et à prendre conscience que par là nous sommes unis au Christ-Roi dont la royauté s’exerce dans le service des autres par amour.

Que retenir de tout cela ? 

Parce que dans son amour il a voulu créer tout ce qui existe et le mettre à notre disposition le Christ mérite le titre de Roi. Il mérite aussi le titre de Roi parce que, sur la croix, la toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal et du péché, Sa royauté, bien sûr, n’a rien à voir avec celle des rois de ce monde qui s’imposent par l’importance de leurs richesses, l’habileté de leur politique ou la puissance de leurs armées. Le Christ-Roi, qui est décidément un roi très spécial, s’impose lui, par la toute puissance de son amour. Son sceptre, c’est la croix et sa politique le lavement des pieds.

Depuis le jour de notre baptême, comme le souligne le rituel, membres du Christ, nous participons à sa dignité de Roi. Comment se manifeste cette participation ? De même que la Royauté du Christ se manifeste dans le don de soi pour ceux qu’il aime, de même notre participation à sa royauté se manifeste par le don de soi et l’amour qu’il y a dans tout ce que nous faisons pour le service des autres à travers nos tâches familiales ou professionnelles de tous les jours, même si nous n’en sommes pas conscients. M

Saint Exupery parlant de quelques dames âgées qui brodaient des chasubles d’or pour leur dieu écrivait « Elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles » Eh bien, quand vous êtes au travail tous les jours, dans un bureau ou un magasin, sur un chantier ou au volant de votre voiture, quand vous faites le ménage ou préparez le dîner, moi, je crois que vous aussi, vous allez, ne le sachant pas les mains pleines d’étoiles et je suis fier d’offrir tout cela au Seigneur dans cette messe avec le sacrifice du Christ.

Dimanche 13 novembre

33° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 21,5-19

« C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

Jésus et ses disciples admirent le Temple. Il est comme neuf. Sa restauration commencée dans les annes19, 20 vient d’être achevée. Ce temple n’est pas une sorte de grande cathédrale, c’est un ensemble de 400m. sur 300 m. environ comprenant autour de l’autel des sacrifices situé en plein air, le Saint des Saints, l’Arche d’Alliance, le temple de Salomon et différents parvis, le tout entouré de hautes murailles. En contemplant cet édifice impressionnant,les apôtres ressentent un fort sentiment de sécurité et de puissance. Dieu est là. L’Arche d’Alliance est le symbole de sa présence au milieu d’eux. Le Seigneur a fait alliance avec leur ancêtre Abraham. Il ne peut rien leur arriver. Ils sont le peuple de Dieu. Mais le Seigneur refroidit leur enthousiasme en leur révélant que des jours viendront où il ne restera pas pierre sur pierre de la magnifique construction qu’ils ont sous les yeux : tout sera détruit. A quoi le Seigneur fait-il allusion ? A la destruction de Jérusalem par les Romains qui aura lieu en 70 ? Peut-être, mais il fait surtout allusion aux bouleversements qui marqueront son retour à la fin des temps. Stupéfaitsles apôtres lui demandent QUAND cela arrivera-t-il ?Le Christ ne répond pas la question des disciples. Sa réponse porte sur COMMENT attendre ce jour là et s’y préparer.

D’abord il les met en garde contre les fausses annonces d’un retour prochain du Seigneur. Beaucoup viendront et diront « c’est moi »ou « le moment est tout proche »Ne marchez pas derrière eux. De fait dans le premiers temps de l’Eglise, tout de suite après la Pentecôte, certains parmi les premiers chrétiens, persuadés que le retour du Seigneur est imminent, vont cesser de travailler et mener une existence désordonnée, d’où les remontrances de St Paul que nous avons entendues dans la deuxième lecture, par lesquelles il exhorte tous les croyants à travailler dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

Ensuite le Seigneur annonce une série de malheurs guerres, famines, épidémies, tremblements de terre qui accompagneront son retour à la fin de ce monde, lequel sera précédé de violentes persécutions contre les croyants. Mais en même temps le Seigneur rassure : Vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer…Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. Et un peu plus loin, au verset 28, il va même jusqu’à dire : Quand ces évènements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche.Ce qui veut dire que la fin de ce monde sera en même temps l’avènement d’un monde nouveau. D’ailleurs dans la première lecture nous avons entendu le prophète Malachie présenter le jour du Seigneur comme celui du jugement entraînant la ruine de ceux qui commettent l’impiété et le triomphe des justes : Pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera, il apportera la guérison dans son rayonnement.

En d’autres termes, cet évangile nous fait savoir deux choses. D’abord que le monde présent, un jour viendra où il n’en restera rien. Ensuite que le retour du Seigneur à la fin de ce monde marquera en même temps pour les justes l’heure de la délivrance dans un monde nouveau. Il est donc inexact de parler de la fin du monde,comme si, après, il n’y avait plus rien. Il serait plus exact de parler de la fin de ceun monde qui marque l’avènement d’un monde nouveau délivré du mal, du péché et de la mort.

Le monde que nous avons sous les yeux disparaîtra un jour. Tout le monde en convient. Au point que ces temps ci les milieux scientifiques et écologistes tiennent des propos alarmants : des frontières auraient été franchies, notamment en matière de climat et de biodiversité, dans quelques dizaines d’années il n’y aurait plus de terres cultivables, des bouleversements semblables à ceux qui ont causé la disparition des dinosaures pourraient se produire. Peut-être… . En tous cas l’ Ecriture nous présente le dernier jour de ce monde comme le jour du jugement qui marquera l’entrée dans un monde nouveau où les pécheurs seront condamnés et où les justes triompheront, ainsi que le dit Malachie dans la première lecture. L’évangile de St Matthieu est plus clair encore : Alors deux hommes seront aux champs, l’un sera pris et l’autre laissé Veillez donc car vous ne savez pas quel jour le Seigneur va venir. (MT.24,40-42) On comprend que le Christ ne réponde pas à la question des apôtres qui demandent quand est-ce que cela va arriver, mais qu’il leur indique, c’est plus urgent, comment attendre et se préparer à ce jour : Loin de les plonger dans l’angoisse, il les rassure :C’est par votre persévérance que vous serez sauvés.

La question se pose pour nous aujourd’hui : comment attendre et se préparer à la venue du Seigneur à la fin des temps ? Mais ce n’est peut-être pas le plus pressant. Très probablement la fin des temps, ce n’est pas pour tout de suite. Par contre, la fin de mon temps, cela pourrait être aujourd’hui, je ne suis pas sûr et personne n’est sûr d’être encore là demain ! Alors quoi faire ? Pas question d’être inquiets ou angoissés. Ce serait insultant envers le Seigneur,Lui qui a donné sa vie pour nous, et dans quelles conditions ! Ce serait injurieux de le voir comme un flic en embuscade cherchant à appréhender des délinquants. Ce qu’il veut c’est que tous les hommes soient sauvés (1Tim.2,4) Sûrs que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, nous pouvons donc avancer à sa rencontre sereinement mais appliqués, chaque jour, avec sérieux, à accomplir sa volonté. J’en reviens toujours à ceci : lorsqu’on achète quelque chose, on l’utilise toujours dans la pensée de celui qui l’a fabriquée. Eh bien la vie il s’agit de l’utiliser aussi dans la pensée de celui qui l’a fabriquée ! Et j’aime me reporter à cette expression d’une des prières de la messe : Tu as créé l’homme à ton image et Tu lui as confié l’univers afin qu’en te servant Toi son créateur, il règne sur la création ce qui laisse entendre que si dans notre usage de la création nous cessons de servir Dieu, de suivre sa volonté, ça va coincer. Et en effet, nous le voyons tous les jours, lorsqu’on se laisse prendre par la passion de l’orgueil, de la volonté de puissance, de l’égoïsme, du profit, de l’argent, on tombe dans toutes sortes de désordres et de conflits économiques, sociaux, voire de guerres entre nations avec toutes les souffrances que cela entraîne. Quoi faire ? Etre attentif à la volonté du Seigneur. Il nous a placés chacun à un endroit donné en ce monde et nous a confié des responsabilités dans le cadre de notre famille, du quartier, du village ou de la ville où nous habitons. Nous avons tous quelque chose à faire pour que, là où nous sommes, s’établisse un petit coin de royaume de Dieu, avec davantage de paix, de justice et de charité.Chaque jour, dans notre prière, comme St François d’Assise, cherchons : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

Que retenir de tout cela ? 

Le monde que nous avons sous les yeux et la vie présente, cela ne durera pas toujours. C’est certain. Mais l’évangile nous enseigne que la fin de ce monde marquera en même temps l’avènement du jour du Seigneur, jour de condamnation pour les pécheurs mais jour de joie et de libération définitive pour les justes dans un monde nouveau libéré du mal, du péché et de la mort. Il convient donc de nous préparer à ce jour là sereinement, sûrs de la bienveillance et de la miséricorde du Seigneur, mais sérieusement appliqués à accomplir sa volonté.

Cependant, il y a plus urgent et il y a mieux à faire qu’à nous préparer à la fin de ce monde. Très vraisemblablement aucun de nous ne verra ce jour là. Par contre chacun de nous verra la fin de son monde à lui,le jour de sa mort ! C’est surtout à ce jour là qu’il faut nous préparer. Sachons lever le nez au dessus du quotidien et garder Dieu devant les yeux pour accomplir, jour après jour, la tâche que le Seigneur nous a confiée de construire un petit bout de royaume de Dieu où règnent la paix la justice et la charité.En attendant de rencontrer le Christ qui nous attend au bout du chemin pour nous accueillir auprès de lui et nous réunir à nos parents, à nos amis, et à tous eux qui qui nous auront précédés auprès de lui.

Dimanche 6 novembre

32° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 20,27.34-38

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. »

Avant de commenter la discussion de Jésus avec les Saducéens à propos de la résurrection, j’aimerais faire une remarque cocasse. Beaucoup, aujourd’hui disent ne pas croire à la résurrection. Mais croit-on à la mort ? On peut se le demander quand on constate que tout le monde a peur des morts. Si on croyait qu’ils sont vraiment morts,…….en aurait-on encore peur ?

Les Saducéens étaient un groupe de Juifs pratiquants. très conservateurs, adeptes d’une interprétation littérale de la Loi de Moïse. Ils estimaient que la résurrection n’est pas fondée dans cette Loi. Ils la considéraient donc comme une innovation. Pour eux, Jésus est un dangereux novateur qui met en péril la vraie foi. Ils s’efforcent donc de l’attaquer sur ce point précis de la résurrection, en présentant le cas de sept frères qui épouseraient successivement la femme de leur aîné mort sans enfant, ainsi que l’exigeait la loi du lévirat. A la résurrection, demandent-ils à Jésus, duquel des sept frères la malheureuse femme sera-t-elle l’épouse ? Jésus leur rétorque aussitôt que dans la vie nouvelle de la résurrection, la vie est différente de la vie présente, on ne prend ni femme ni mari et en ce qui concerne la foi en la résurrection, il leur cite un passage de l’Exode auquel ils prétendent être fidèles, qui présente le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob comme le Dieu des vivants et non pas le Dieu des morts. (Ex.3,6)

__Nous aujourd’hui, pourquoi croyons-nous en la Résurrection ?

__ Que savons nous de cette vie nouvelle ressuscitée à laquelle nous croyons ?

__Que faut-il faire pour avoir part à cette vie nouvelle ressuscitée avec le Christ ?

Pourquoi croyons-nous en la résurrection ? Principalement pour deux raisons ; d’abord le Christ nous a dit on ne peut plus clairement : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jean11,25,26) et d’autre part, nous croyons en la résurrection parce qu’il est lui-même ressuscité. Et ce n’est pas seulement Jésus Christ vrai Dieu qui est ressuscité mais Jésus Christ vrai Dieu et vrai homme . Donc quelqu’un comme nous, semblable à nous, l’un de nous, est assis à la droite du Père. Il est arrivé quelque chose à la mort, on n’en meurt plus.

Que savons nous de cette vie nouvelle ressuscitée qui sera la nôtre, un jour ? Ni plus ni moins que ce que nous savons de la vie nouvelle du Christ ressuscité. C’est-à-dire trois choses : Elle sera éternelle. Elle sera différente de la vie présente.Les ressuscités auront un vrai corps mais différent de leur corps d’ici-bas.

D’abord la vie du Christ ressuscité est une vie éternelle, qui n’a pas de fin. Nous ressusciterons donc nous aussi pour une vie éternelle qui n’aura pas de fin.

Ensuite la vie du Christ ressuscité est une vie autre, différente de sa vie d’avant le Vendredi Saint, ce n’est pas une simple prolongation de sa vie d’avant sa mort sur la croix. A quoi repère-t-on que cette vie est nouvelle, autre, différente ? Par exemple au fait que, lorsqu’il apparaît à ses apôtres, il apparaît et disparaît soudainement. S’ils sont dans une salle il apparaît et disparaît tout-à-coup sans entrer ni sortir en passant par la porte. Le soir de Pâques et huit jours après, les apôtres étant réunis dans une maison et, nous dit St Jean, alors que toutes les portes étaient verrouillées, Jésus vint et se tint au milieu d’eux (Jean20,19 et 26) De même, il disparaît soudainement sans passer par la porte de l’auberge lors de son apparition aux disciples d’Emmaüs. Il prit le pain , le bénit, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible. (Luc 24,31) nous rapporte St Luc. La vie du Christ ressuscité est donc bien une vie autre, différente de sa vie d’avant la Passion.Par conséquent notre vie de ressuscités sera comme la vie du Christ ressuscité, une vie autre, différente de la vie présente.

Cela ne veut pas dire que le Christ ressuscité est un espèce de fantôme Il a un corps. C’est la troisième chose que nous savons de façon sûre, à propos de la vie nouvelle du Christ ressuscité. Il a un corps qu’il invite les apôtres à toucher : Regardez mes mains et mes pieds; c‘est bien moi. Touchez moi, regardez, un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai. Comme ils étaient encore incrédules, il leur demanda à manger. Ils lui offrirent du poisson grillé ; il le prit et le mangea sous leurs yeux. (Luc 24, 39 et 43) Donc comme le Christ ressuscité nous ressusciterons pas à l’état de fantômes, mais avec un corps mais un corps différent de notre corps actuel.

Que faut-il faire pour avoir part à la vie nouvelle ressuscitée avec le Christ ? Le Seigneur veut que tous nous soyons avec lui. Je veux que là où je suis, mes disciples soient eux aussi avec moi (Jean14,6) Mais il ne nous entraîne pas de force. Il n ‘a jamais dit que tous nous serions avec lui obligatoirement et nécessairement. Il a dit au contraire qu’il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus (Mt.22,14) et que le Seigneur rendra à chacun selon sa conduite (Mt.16,27) ceux qui ont fait le bien, ressusciteront d’une résurrection qui mène à la vie, ceux qui auront fait le mal pour une résurrection qui mène au jugement (Jean 5,29) les uns pour la vie éternelle, les autres pour le châtiment éternel. (Mt.25,46).Pas de quoi nous plonger dans la frayeur ou l’angoisse. Rappelons nous que le premier homme dont nous sommes sûrs qu’il soit sauvé, c’est un gangster, le bon larron, auquel le Christ a dit Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis (Luc 23,43) Dès lors, nous qui ne sommes tout de même pas des gangsters, nous pouvons raisonnablement estimer que nous avons nos chances!!! Mais pratiquement, qu’est-ce qu’il faut faire ? Tout simplement garder Dieu devant les yeux Ne pas nous noyer dans le détail de nos occupations présentes, comme ces malheureux travailleurs d’un chantier naval dont parle Antoine de Saint-Exupery :le charpentier te parle de ses planche, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles et tous oublient la mer. Ne pas nous noyer dans l’immédiat mais nous maintenir la tête hors de l’eau,. Ne pas perdre de vue le Seigneur, lui demander en toute occasion dans notre prière : Seigneur, que veux-tu que je fasse, comment veux-tu que je réagisse ? Et lui qui est La Voie, la Vérité, la Vie (Jean 14,6)nous mènera à bon port.

Que retenir de tout cela ? 

Pourquoi croyons nous en la résurrection ? Parce que le Christ nous dit dans l’Evangile Je suis la Résurrection et la Vie.Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra (Jean 11,25). Je veux que là où je suis, vous soyez, vous aussi, avec moi (Jean 17,24 ) Ne confondons pas la résurrection avec une simple réanimation, comme dans le cas de Lazare ou de la fille de Jaïre que le Christ a ramenés à leur vie précédente mais qui sont morts quelque temps après.

Qu’est-ce que nous savons de notre résurrection ? Trois choses. D’abord, comme celle du Christ, notre résurrection marque l’entrée dans une vie qui n’aura pas de fin. Ce sera une vie différente de notre vie présente. Nous ressusciterons avec un corps différent de notre corps actuel.

Personne n’échappera à la résurrection ni à la vie éternelle. Mais pour les justes, cette vie éternelle sera une éternité de bonheur et pour les autres une éternité de châtiment. Que faut-il donc faire pour entrer dans une éternité de bonheur ? Le Seigneur, de son côté, nous y appelle tous, il ne met personne à l’écart. Mais encore faut-il que, de notre côté, nous répondions à cette invitation en marchant chaque jour dans la bonne direction. On ne peut pas dire : la résurrection, la vie éternelle, on verra ça plus tard. Non, c’est maintenant que cela se joue. La perspective de la résurrection et de la vie éternelle, c’est ce qui doit inspirer notre manière de vivre chaque jour. Ne nous laissons pas abrutir dans les planches, les clous, les voiles,… en oubliant la mer …Ne nous laissons pas abrutir dans le quotidien immédiat étriqué …en oubliant le Seigneur qui nous attend au bout du chemin,pour nous accueillir au seuil d’un bonheur éternel qu’il a préparé pour nous.

Dimanche 30 octobre

31° Dimanche du temps ordinaire – année C – Luc 19,1-10

« Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Jésus accompagné de ses disciples est en route vers Jérusalem. Il leur a expliqué que c’est là que doit s’accomplir tout ce que les prophètes ont annoncé au sujet du Fils de l’homme(Luc 18,31). Comme ils n’avaient pas l’air de comprendre, ne fois encore il leur a expliqué qu’il aurait à souffrir sa Passion, qu’il serait mis à mort mais qu’il ressusciterait le troisième jour. Mais, nous rapporte St Luc, ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire. (Luc 18,34) En attendant ils poursuivent leur chemin, accompagnés d’une foule de gens qui se pressaient autour de Jésus. Et voilà que juste avant d’arriver à Jéricho, il guérit un aveugle qui mendiait au bord du chemin et St Luc commente : Tout le peuple v,oyant cela, fit monter à Dieu sa louange (Luc 18,43) Jésus entre donc dans Jéricho accompagné d’une foule enthousiaste. Il remarque alors un homme grimpé dans un arbre. C’est Zachée, un chef des collecteurs d’impôts. Il collectait les impôts pour les colonisateurs romains. Les collecteurs d’impôts étaient mal vus. On leur reprochait d’être des traîtres à la patrie, de détourner à leur profit l’argent de l’état et de plus, comme ils côtoyaient tous les jours des romains, donc des païens, ils encouraient une impureté légale. Universellement méprisés, les collecteurs d’impôts étaient considérés comme des pécheurs publics, d’où leur surnom de publicains. Ils étaient exclus de la société des croyants et des gens honnêtes.

Comment se fait-il que Zachée cherchait à voir Jésus ? Il avait certainement entendu parler de lui, de ses miracles et de son enseignement. Mais, de plus, il avait une raison spéciale de s’intéresser à Jésus, c’est ce qu’on est en droit d’appeler son « anticléricalisme ». Le Christ en effet critiquait ouvertement et remettait sèchement en place, les scribes, les prêtres, les lévites, les docteurs de la Loi, et les Pharisiens, tous ces bien pensants qui justement étaient les plus acharnés à exclure des gens comme Zachée. Ce dernier voulait donc absolument voir à quoi ressemblait ce Jésus qui s’attaquait à ses détracteurs. Comme il était de petite taille, il n’a pas hésité à grimper dans un arbre pour arriver à bien voir Jésus qu’on avait de la peine à apercevoir au milieu de la foule qui le serrait de près. C’est tout de même cocasse : un haut fonctionnaire grimpé dans les branches d’un arbre pour regarder passer la procession ! Et voilà que Jésus levant les yeux l’interpelle : Zachée, descends vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. Il n’aurait jamais imaginé une chose pareille : Jésus, cet homme de Dieu que certains regardaient comme le Messie en personne qui s’invite chez lui, lui qui était regardé comme un exclu, absolument infréquentable. On comprend l’indignation de tous les assistants, profondément choqués. Imaginez le pape en visite à Lille qui irait prendre son repas chez le tenancier d’une boîte de nuit au lieu d’aller dîner à l’archevêché !

Mais pourquoi donc Jésus s’intéresse-t-Il à Zachée que tout le monde regarde comme quelqu’un de peu recommandable ? Nous avons du mal à admettre que Jésus n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs et qu’il y a plus de joie dans les cieux pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion (Luc 13,7) Comment le Christ regarde-t-il Zachée ? Il sait très bien qu’il est ce qu’il est, mais il sait aussi qu’il reste en lui un petit rien de bon grain au milieu de l’ivraie Et cela suffit pour qu’il se tourne vers lui, le relève, le sorte du mal et du péché dans lesquels il patauge, pour le replacer sur un terrain ferme où il pourra se développer et s’épanouir. Tandis que nous, c’est le contraire. Il suffit qu’il y ait un petit rien d’ivraie au milieu de beaucoup de bon grain chez quelqu’un, pour que nous nous détournions de lui, dégoûtés. Pour apprécier le comportement de Jésus envers Zachée, nous pouvons reprendre, goûter et méditer ce passage de la première lecture que nous avons entendu tout à l’heure : « Tu a pitié de tous les hommes parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se repentent. Oui, Tu aimes tous les êtres et n’as de mépris pour rien de ce que tu as fait; car si Tu avais haï quelque chose, Tu l‘aurais pas formée etcomment une chose subsisterait elle si Tu ne l’y avais appelée ! Mais Tu épargnes tout parce que tout est à toi, Maître, ami de la vie » (Sagesse 11, 13-16).

Zachée est retourné par ce qui lui arrive. Il est submergé par une joie profonde en voyant que jésus ne le condamne pas, ne le rejette pas. Malgré tout le mal qu’il a pu faire, le Christ l’aime encore au point de s’inviter à sa table et de s’afficher avec lui devant tout le monde. Zachée réalise qu’il est pardonné, réintégré, qu’il n’est plus exclu, rejeté du mauvais côté de la vie; Jésus l’a remis au monde, du bon côté de la vie. Alors lui qui était trop attaché à l’argent et qui n’avait pas toujours été honnête, décide de se convertir, de changer de vie. Voici Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus.

L’histoire de Zachée, c’est aussi la nôtre. Jésus s’intéresse à nous, alors qu’il sait très bien qui nous sommes et ce que nous sommes. Il n’est pas dégoûté ce nous. Il voit bien que chez nous, comme chez Zachée, il y a pas mal d’ivraie, mais il voit aussi le petit rien de bon grain qu’il a semé en nous et que nous ne sommes pas parvenus à étouffer. Et à chacun de nous il dit aussi Vite, aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi. Eh bien, comme Zachée, descendons vite de notre arbre, de nos abris, de nos routines, pour rencontrer le Seigneur qui vient nous relancer dans une vie renouvelée.

Que retenir de tout cela ? 

D’abord l’esprit d’initiative et la débrouillardise de Zachée. Décidé à voir Jésus, il va jusqu’à grimper dans un arbre comme un gamin espiègle, sans craindre le qu’en dira-t-on. S’il était resté dans son bureau, il ne se serait rien passé.

Mais ce qu’il faut retenir de cet évangile avant tout, c’est l’extrême patience et l’extrême bienveillance de Jésus envers nous. Jamais découragé de nos médiocrités, il suffit qu’il reste au fond de nous un tout petit rien de bon grain , même perdu au milieu de beaucoup d’ivraie, pour qu’il se penche sur nous et nous relève. Alors que nous, au contraire, il suffit qu’il y ait chez quelqu’un un tout petit rien d’ivraie, même au milieu de beaucoup de bon grain, pour que nous nous détournions, écoeurés.

Enfin, cet évangile nous montre comment le Seigneur, dans sa miséricorde et son pardon ne se contente pas d’effacer les fautes mais transforme le coeur du pécheur, le refait à neuf, comme l’explique St Paul aux Ephésiens Il fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph. 2,10)a