François Battez

Dimanche 12 mars

3ème dimanche de Carême – Année A – Jn 4

«   Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »

Voilà une scène pleine de rebondissements inattendus.Ayant quitté la Judée, en route vers la Galilée Jésus traverse la Samarie. Il est midi, il fait chaud. Fatigué, il s’assied au bord d’un puits, . Les apôtres sont partis au village acheter de quoi manger. Arrive une femme qui vient puiser. Il s’adresse à elle :« Donne moi à boire. » La femme s’étonne : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine !«  C’est que lesJuifs et les Samaritains ne se fréquentent pas. Les Samaritains ont bâti un temple à Samarie et ne montent plus prier au temple de Jérusalem. Les Juifs considéraient donc les Samaritains comme des païens. Tout contact avec eux leur ferait encourir une impureté légale. La Samaritaine s’étonne donc que Jésus ose transgresser l’interdit social et rituel qui le sépare des Samaritains et qu’il lui adresse la parole. Jésus, qui ne repousse jamais personne, engage la conversation avec elle et lui dit que si elle savait à qui elle a affaire, c’est elle qui lui demanderait à boire de l’eau vive. Avec bon sens, elle lui fait remarquer : comment pourrais-tu me donner boire, tu n’as ni seau ni corde pour puiser ! Mais Jésus reprend :« Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif et cette eau deviendra en lui une source d’eau jaillissante pour la vie éternelle »Là-dessus, la femme, tout-à-fait à l’aise,lui demande, sur un ton enjoué, de lui donner de cette eau là qui lui éviterait la corvée d’aller puiser tous les jours. Sûre d’elle, la Samaritaine domine le dialogue, croyant avoir affaire à un original inoffensif.

Mais, un rebondissement imprévu se produit lorsque Jésus lui demande d’aller chercher son mari. Un peu embarrassée, elle lui répond qu’elle n’a pas de mari. Et stupéfaite, elle entend alors Jésus lui retracer toute son histoire avec ses cinq maris. Impressionnée et sans doute un peu effrayée, elle n’a plus du tout envie de plaisanter. Et là il se passe quelque chose de tout-à-fait anormal. Après que le Seigneur lui ait manifesté qu’il connaissait son parcours avec cinq partenaires différents, logiquement, elle aurait dû être embarrassée, honteuse, et sa réaction aurait dû être de s’enfuir, d’aller se cacher. Mais elle reste là et respectueusement elle s’adresse à Jésus en lui donnant le titre de Seigneur « Seigneur, je vois que tu es un prophète ». Pourquoi est-elle restée là ? C’est qu’elle est tombée sur celui qui est venu non pas pour juger mais pour sauver ce qui était perdu. Il ne lui a pas parlé durement, il ne lui a pas reproché sa conduite ni son ralliement aux Juifs séparés de Samarie, il ne l’a pas condamnée, il lui a parlé avec bonté. Il n’est pas comme nous. Pour nous, un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, un point c’est tout et on le rejette. Pour le Christ un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, oui, mais c’est aussi quelqu’un qui peut encore se convertir et revenir au bien. C’est pourquoi quand il voit un pécheur, il se précipite au devant de lui, comme il a fait avec Zachée qu’il est allé décrocher de son arbre parce qu’il est venu chercher et sauver ce qui était perdu.(Luc 19,10) Devant la bonté de Jésus qui ne la repousse pas, la Samaritaine habituée à voir les gens se détourner d’elle avec mépris, est toute retournée. Elle confie à Jésus qu’elle est même prête à revenir prier à Jérusalem, mais celui-ci lui fait comprendre qu’il ne suffit pas de changer de paroisse, mais que c’est son coeur qu’il faut changer afin de prier en esprit et en vérité. Et comme elle explique à Jésus qu’elle attend « le Messie qui nous fera connaître toutes choses« celui-ci lui dit « je le suis, moi qui te parle ». Là-dessus les apôtres arrivent. Voyant Jésus en conversation avec la Samaritaine, ils sont choqués de cette violation des usages : normalement un juif ne reste pas seul à causer avec une femme , surtout une Samaritaine, mais ils n’osent pas poser de questions. Ils voient bien qu’il se passe quelque chose de pas ordinaire. D’autant que Jésus ne veut pas manger. Il prétend qu’« il a à manger une nourriture quils ne connaissent pas«  . Au milieu du silence qui s’est installé, soudain, la femme, laissant tout le monde là, s’en va, bouleversée, rapporter aux gens du village

ce qui s’est passé : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »

Elle est pressée d’aller partager avec eux sa joie et son bonheur. Jésus ne l’a pas humiliée, il l’a relevée. Il ne l’a pas rejetée, il l’a accueillie. Il ne l’a pas écrasée, il l’a libérée. Il ne l’a pas méprisée, il lui a rendu sa dignité. Elle se sent à nouveau comme tout le monde, réintégrée dans la société. Elle ne peut pas garder cela pour elle toute seule.

Une conversion débouche toujours dans la joie.Si nous avions compris cela, nosconfessions seraient bien moins pénibles. Nous sommes souvent tellement vexés et humiliés par nos péchés qu’ils prennent toute la place dans notre champ de conscience et nous prêtons peu ou pas d’ attention au pardon qui nous est donné. A tel point que parfois des pénitents repartent du confessinnal après voir confessé leurs péchés sans même attendre de recevoir le pardon. Cela m’est arrivé. Je leur donnais l’absolution dans le dos, en catastrophe ! De plus, il faut bien voir que ce pardon n’est pas seulement quelque chose qui efface les péchés comme un coup de chiffon enlève la poussière sur un meuble. Le pardon du Seigneur efface les péchés oui, mais surtout comme le dit le livre d’Ezechiel, il nous donne un coeur nouveau, un esprit nouveau. (Ez.36,26). En malgache on dit que le Seigneur transfère son coeur dans le nôtre.Transformés, nous sommes réintégrés dans la famille du Père dont nous nous étions éloignés et nous sommes rendus plus forts pour résister au mal. La Samaritaine a vivement ressenti cela. Au village, tout le monde la méprisait, on détournait le regard quand on la voyait. Le Seigneur lui, ne l’a pas condamnée, il l’a libérée, il ne l’a pas enfoncée, il l’a relevée, il ne l’a pas humiliée, il l’ a rétablie dans sa dignité. C’est cela que dans sa joie elle a voulu aller partager à tout le monde au village . « En entendant son témoignage, beaucoup de Samaritains de cevillage crurent en Jésus et ils disaient à la femme : ce n’est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons, nous-mêmes, nous l’avons entendu et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Le Seigneur avait dit à la Samaritaine :« l’eau que je donne devient en celui qui la boit source d’eau jaillissante pour la vie éternelle. »C’est en train de se réaliser en elle qui devient maintenant source d’eau jaillissante pour les gens de son village qu’elle amène puiser auprès de Jésus la vie éternelle. La pécheresse publique rejetée par tout le monde, la voici devenue prédicateur de la foi, annonçant la Bonne Nouvelle.

Que retenir de tout cela ? 

Cet évangile nous invite à nous regarder et à regarder les autres comme le Christ le fait. Pour lui, un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, oui, mais c’est aussi quelqu’un qui est encore capable de changer et de revenir vers le bien, c’est pourquoi il va au devant de lui, plein de miséricorde tout à la joie de sceller son repentir dans le pardon et le bonheur des retrouvailles. Le Seigneur sait tout ce qu’il y a de mal dans la vie de la Samaritaine. Il ne le cache pas. Il est ferme devant le péché Mais il sait aussi qu’elle est capable de revenir vers le bien.C’est pourquoi il l’accueille avec miséricorde. Il a le coeur tendre mais l’esprit ferme Nous, au contraire, bien souvent nous avons le coeur dur et l’esprit mou.

D’autre part, l’histoire de la Samaritaine nous montre que la conversion débouche toujours sur une joie et un bonheur profond. Parce que dans le pardon que le Seigneur accorde à notre repentir, il n’efface pas seulement nos péchés, mais il transfère son coeur dans le nôtre. Notre vie, nos relations avec les autres sont transformées. Il nous recrée, nous refait à neuf. La Samaritaine, sa rencontre avec le Seigneur, ça lui a donné un coup de jeune ! Nous, notre rencontre avec le Seigneur dans cette messe, ce serait bien si ça nous donnait aussi un coup de jeune. Ainsi soit-il !!!

Dimanche 5 mars

2ème dimanche de Carême – Année A – Mt 17,1-9

«  Son visage devint brillant comme le soleil. »

D’habitude, Jésus est fort discret. Il cache sa divinité et ses pouvoirs divins. Il vient au monde à l’écart d’un petit village de rien du tout, Bethléem. Il grandit dans l’anonymat de Nazareth, une bourgade sans importance. Presque toujours, quand un malade le supplie de le guérir, il l’entraîne à l’écart et lui interdit de parler de sa guérison. Lorsque le démon lui propose un coup de pub : se laisser tomber du haut du Temple et atterrir sans dommage sur le parvis au milieu de la foule, ce qui lui procurerait un prestige certain, il refuse. Alors pourquoi aujourd’hui se prête-t-il à cette mise en scène spectaculaire où il apparaît transfiguré à trois de ses apôtres, en compagnie de Moïse et Elie?

C’est qu’il veut renforcer la foi de ses apôtres profondément choqués après qu’il leur ait annoncé « qu’il fallait que le Fils de l’homme soit rejeté par les Anciens, qu’il soit mis à mort et que le troisième jour il ressuscite » (Marc 8,31).Désorientés, les apôtres étaient découragés et démoralisés. C’est pourquoi Jésus a décidé d’emmener avec lui Pierre, Jacques et Jean, les plus influents du groupe des douze dans la montagne et de se montrer montrer à eux dans sa gloire, la gloire qui était la sienne avant l’Incarnation, dont il s’est séparé en se faisant homme et qu’il retrouvera après sa Résurrection afin de les réconforter et pour qu’ils puissent soutenir tout le groupe des douze dans les moments difficiles qui les attendent.

Comment cela s’est-il passé ? St Luc nous donne davantage de détails « Pendant qu’il priait, le visage du Christ devint tout autre et ses vêtements blancs comme la lumière… Moïse et Elie parlent avec lui de la mort qu’il aur, n,n ait à subir à Jérusalem. Les apôtres qui dormaient se réveillent et voient Jésus dans sa gloire » (Luc 9,28…) Ragaillardis et tout heureux ils envisagent de s’installer dans quelques abris qu’ils construiraient à la hâte. L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais un nouveau rebondissement se produit. A la Transfiguration du Christ s’ajoute une théophanie, c’est à dire une manifestation de Dieu « Une nuée lumineuse survint et les couvrit de son ombre ». Dans la Bible, l’apparition d’une nuée signifie la présence de Dieu. Souvenez vous dans l’Exode, Yahvé précédant le peuple sous la forme d’une nuée pour lui montrer le chemin vers la Terre Promise (Ex.13,21 ) Et voici que, venant de la nuée, une voix se fait entendre « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez le »Les apôtres, effrayés, tombèrent face contre terre. Mais « Jésus s’approcha, les toucha et leur dit relevez vous, soyez sans crainte »

On s’attendrait à ce qu’il leur dise :Vous avez vu ? Vous avez entendu ? Eh bien maintenant allez raconter cela à tout le monde. Or au contraire, il leur donna l’ordre de ne révéler cela à personne jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. Pourquoi ? Parce que si Pierre, Jacques et Jean racontent à tout le monde qu’ils ont vu Jésus dans sa gloire, les gens vont se faire une idée fausse de Dieu et le voir comme un Etre de gloire, tout puissant, alors que le vrai Dieu est un d’abord un Dieu Amour. Le Christ a toujours refusé de donner comme preuve de sa divinité, un signe, une manifestation de sa gloire. Il ne veut donner de sa divinité qu’un signe d’amour : sa mort et sa résurrection. Car« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jean 15,13) Voilà qui manifeste l’authenticité de sa divinité beaucoup plus que des miracles spectaculaires.

Quel a été l’effet de la Transfiguration et de la théophanie sur Pierre, Jacques et Jean ? D’abord la vue du Seigneur en gloire a renforcé leur foi dans la divinité du Christ qu’ils ne voyaient d’habitude que dans la banalité d’une humanité semblable à la leur. De plus, le fait de l’avoir vu en conversation avec Moïse et Elie confirme que Jésus est bien l’envoyé du Père annoncé par les prophètes et non pas un faussaire qui prêche une religion nouvelle comme le prétendaient les docteurs de la Loi les prêtres et les pharisiens. Pour les trois apôtres qui connaissent l’histoire sainte, cette Transfiguration est un renouvellement et un prolongement de ce qui s’est passé autrefois sur le Sinaï. Qu’est-ce qui s’était passé au Sinaï ? Dieu avait fait alliance avec le peuple, lui avait donné le décalogue, la Loi ancienne. Qu’est-ce qui se passe à la Transfiguration ? Une nouvelle alliance en Jésus entre Dieu et les hommes et une Loi nouvelle sont proclamées par la voix venue du ciel déclarant solennellement « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez le ».

Mais, maintenant, pour nous aujourd’hui,qu’est-ce que ça change que le Christ ait été transfiguré ? Il se trouve que la Transfiguration ne concerne pas la seule personne de Jésus, elle nous touche aussi puisque nous sommes promis à participer à la gloire du Christ, comme le dit St Paul aux Philippiens quand il parle duSeigneur Jésus-Christ qui transformera notre corps pour le rendre semblable à son corps glorieux » (Phil.3,21) Et dès maintenant un processus de transfiguration est en cours à travers l’action du Seigneur en nous, comme le dit l’épître aux Corinthiens« Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, NOUS SOMMES TRANSFORMES en cette même image toujours plus glorieuse comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit » (2Cor.3,18). Nous avons besoin de nous remettre cette perspective devant les yeux de temps en temps, nous qui risquons, comme les apôtres, d’être découragés, en voyant notre médiocrité, le mépris et les persécutions qui accablent les chrétiens dans bien des contrées et tant de maux et d’ injustices dans notre monde. Mais malgré notre médiocrité, malgré toutes les horreurs de notre monde: la guerre en Ukraine, la course à l’argent et au profit, les famines, les sécheresses, les séismes, les scandales jusque dans l’Eglise, il y a, inattendues, des merveilles qui se manifestent. Je pense aux énormes mouvements de solidarité et d’authentique charité qui transfigurent le monde des sinistrés, des migrants, des pauvres et des handicapés. Regardons honnêtement la réalité Il n’y a pas que des scandales et des catastrophes, il y a aussi l’action du Seigneur en train de transfigurer à travers nous la société. Certes, il reste bien des choses à faire, la transfiguration du monde est loin d’être achevée, mais elle est en route. Plutôt que de verser d’hypocrites larmes de crocodiles sur les malheurs du temps, demandons nous si nous faisons tout ce qu’il faut pour laisser le Seigneur transfigurer notre vie et celle de la société autour de nous.

Que retenir de tout cela ? 

Pourquoi le Christ s’est-il montré transfiguré à Pierre Jacques et Jean ? Pour renforcer leur foi ébranlée par l’annonce qu’il leur avait faite de sa passion et pour qu’ils puissent réconforter tout le groupe des apôtres dans les moments difficiles qui les attendent.

Retenons surtout que a Transfiguration ne touche pas que la personne du Christ . Dans son amour pour nous il veut nous associer à cette transfiguration. Depuis le jour de notre baptême, un véritable processus de transfiguration a commencé en nous. Il reste bien des choses en nous et autour de nous à transfigurer. Profitons de cette messe pour nous offrir sans réserves au Seigneur afin qu’il puisse continuer à travers nous son oeuvre de transfiguration du monde

Dimanche 26 février

1erdimanche de Carême – Année A – Mt 4,1-11

« Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté. »

Avant de commenter l’évangile, quelques mots sur la première lecture qui nous présente un récit du péché originel sous forme de mythe. Un mythe c’est un récit mettant en scène des êtres et des actions imaginaires dans lesquels sont transposés des évènements réels. Un peu comme dans les fables de La Fontaine, le corbeau et le renard, le loup et l’agneau n’existent pas mais ils nous transmettent des vérités incontestables. Dans le langage courant, quand on dit : c’est un mythe, on veut dire :ne perdons pas notre temps avec ça, ça n’existe pas. Au contraire, en ethnologie ou en histoire des religions, les mythes sont pris très au sérieux, les spécialistes les étudient soigneusement pour en dégager le sens et la portée. ils nous apprennent que ce récit du péché originel nous éclaire sur le démon, la tentation et le péché.

En nous montrant le démon sous l’apparence d’un serpent, ce récit veut nous faire comprendre que le démon agit discrètement en se dissimulant, comme un reptile rampant silencieusement. Sa tactique dans la tentation c’ est de nous faire croire que le mal est en réalité quelque chose de bien et d’avantageux pour nous. Dans sa manière de présenter les choses, il est rusé et menteur. Si vous désobéissez à Dieu, dit-il à Eve, vous ne mourrez pas, mais vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Connaître en langage biblique signifie avoir l’expérience, vous connaîtrez le bien et le mal cela veut donc dire vous saurez par vous mêmes, vous déciderez par vous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal sans être bridés par Dieu et ses commandements. Si vous désobéissez, vous serez totalement libres, vous pourrez faire ce que vous voulez, Car, le démon le démon essaie de nous persuader que Dieu n’est pas l’être généreux qui nous donne la vie et veut notre bonheur mais celui qui nous empêche de vivre et dont les interdits contrarient nos désirs et nous empêchent d’être heureux.

Et qu’est-ce que ce récit de la faute originelle nous dit sur le péché ? Il nous montre que le coeur de tout péché, c’est la volonté de rejeter Dieu , parce que c’est un gêneur qui nous empêche de vivre, et la volonté de mettre à sa place nos désirs à nous, et notre volonté à nous. N’importe quel péché reproduit toujours ce schème là. C’est pour cela qu’on appelle la faute d’Adam et Eve péché originel, non pas parce qu’il est le premier péché, mais parce qu’il est à l’origine et au coeur de tout péché.

Venons en maintenant au récit des tentations dans l’évangile.

Première tentation : Le démon tente Jésus de changer les pierres en pain. Jésus vient de jeûner quarante jours, il a faim, rien de plus normal. D’autre part, il a le pouvoir de faire des miracles et donc de changer les pierres en pain. Alors pourquoi pas ? Où est le mal là-dedans ? En ceci que le pouvoir de faire des miracles est donné par le Père à Jésus non pas en vue de satisfaire ses désirs ou ses besoins personnels, mais en vue de donner aux hommes des signes de la présence de Dieu parmi eux . Si Jésus changeait les pierres en pains pour apaiser sa faim, il détournerait à son profit un pouvoir qui lui est donné en vue de son ministère auprès des hommes.

Deuxième tentation : Elle montre bien comment la tactique du démon c’est de montrer que le mal n’est pas mal, mais que c’est au contraire quelque chose de bien et d’avantageux. Le démon suggère à Jésus de se laisser tomber du haut du pinacle du Temple et d’atterrir sans dommage sur le parvis au milieu de la foule.Le Christ a le pouvoir de faire un tel miracle. En voyant ce prodige, la foule croirait en lui. Cela parait donc être quelque chose de bien et d’avantageux, le Christ se révélerait comme un Dieu tout puissant. Il n’y a pas de mal là-dedans. Au contraire ! Voilà ce que le démon essaye de faire croire. En réalité si le Seigneur cédait à la tentation de faire ce prodige il lancerait la foule sur une fausse piste, la conduisant à croire en un Dieu tout puissant, voire même une espèce de Dieu un peu fakir, alors que le vrai Dieu qu’il doit révéler est un Dieu Amour, tellement bon et miséricordieux que rien ne peut venir à bout de son Amour infini.

Dans la troisième tentation, le démon propose à Jésus, s’il consent à se prosterner devant lui de lui donner tous les royaumes du monde et leur gloire. Autrement dit le démon propose à Jésus tous les royaumes du monde avec toutes leurs richesses qui procurent pouvoir et domination s’il accepte de se prosterner devant lui. Mais Jésus refuse. Il est venu pour rallier à lui tous les royaumes de la terre, oui, mais pas n’importe comment, 1°) pas par le prestige ou la terreur en manifestant sa toute puissance par des miracles spectaculaires, 2°)pas en les soudoyant en leur accordant la richesse 3°)mais uniquement en les convertissant à son Amour. Si le Seigneur cédait à cette tentation, il lancerait la foule sur une autre fausse piste, la conduisant à croire en un Dieu riche et puissant qui domine à la manière des puissants de ce monde alors que le vrai Dieu est un Dieu qui aime et en qui la toute puissance obéit à l’Amour.

Dans ces trois tentations le démon essaie de détourner Jésus de la mission que lui a confiée le Père. Il est envoyé pour servir les hommes et non pour se servir, première tentation.Il est venu envoyé révéler un Dieu Amour et pas un Dieu fakir aux pouvoirs étonnants ou effrayants deuxième tentation. Il est envoyé rassembler tous les hommes qui seraient conquis uniquement par son amour et non pas par le prestige de l’argent ou du pouvoir, troisième tentation.

Que retenir de tout cela ? 

De la première lecture première lecture, que retenir ?A propos du démon : Il n’apparaît jamais comme un être terrifiant, noir, cornu, crachant du feu et de la fumée !!! mais comme un serpent apparemment inoffensif qui se dissimule et s’approche en rampant silencieusement avant de mordre. A propos de la tentation : La tactique du démon est d’ essayer de nous faire croire que le mal en réalité n’est pas un mal mais un bien, et donc qu’il est avantageux pour nous de le faire.A propos du péché : le péché, c’est rejeter Dieu en croyant qu’il m’empêche de vivre et d’être heureux. C’est croire que je sais mieux que Dieu ce qui est bon pour moi. En un mot, le péché, c’est me faire Dieu à la place de Dieu.

De l’évangile, que retenir ? Que notre Dieu n’est pas un Dieu fakir capable de faire des prodiges étonnants ou effrayants, ni un Dieu qui domine par sa puissance ou ses richesses, ni un Dieu qui cherche son intérêt, ou sa gloire, mais un Dieu qui aime et qui cherche l’intérêt et le bonheur des hommes. Le Christ ne cherche jamais à se servir, ni à être servi mais à servir ceux qu’il aime. « Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22,27)« Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir et donner ma vie en rançon pour la multitude » (Marc 10,45)………………C’est magnifique, mais c’est embêtant parce que si nous prétendons être chrétiens, il va falloir en faire autant . Moi aussi il va falloir que je me tienne au milieu des miens, dans ma famille, dans mon activité professionnelle, là où j’habite, comme celui qui sert. Je ne suis pas là pour être servi mais pour servir et me donner au service des autres.

La parole de Dieu qui nous est dite aujourd’hui dans les textes de l’Ecriture, nous invite à nous interroger : qu’est-ce qui m’empêche d’aimer comme il faudrait, comme je voudrais ? Qu’est-ce qui m’empêche de me mettre au service des autres ? Qu’est-ce qui me fait dévier ? Qu’est-ce que je devrais changer dans mes manières de faire ?

La Parole de Dieu, il ne suffit pas de l’écouter, c’ est une Parole de vie, une parole à vivre.

Dimanche 19 février

7ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5, 38-48

« Aimez vos ennemis. »

 Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ   nous parle de l’amour du prochain et de l’attitude à avoir en cas de conflit avec lui.  Les exigences du Seigneur : ne pas riposter au méchant, tendre l’autre joue, aimer ses ennemis, être parfait comme le Père   nous paraissent  irréalistes  et en tout cas  irréalisables. Faut-il prendre ces paroles de Jésus au pied de la lettre, ou devons  nous les considérer comme relevant de la façon de parler des orientaux qui utilisent souvent l’hyperbole où on exagère l’expression pour faire une forte impression ? Regardons de plus près le texte de cet évangile pour essayer de voir ce que le Seigneur veut nous dire exactement.

Il part de la loi du talion suivant laquelle on  ne doit punir une offense que par une peine soigneusement dosée qui doit être identique à l’offense : Oeil pour oeil, dent pour dent et  pas plus. Mais le Christ demande davantage : qu’on ne riposte pas au méchant. Mais ne pas riposter pas au méchant,  est-ce que cela ne va  pas l’encourager à continuer à faire le mal ?  On ne peut tout de même pas laisser faire le mal sans réagir ? D’ailleurs le Christ lui-même, devant les abus des vendeurs du Temple  par exemple a riposté et  violemment « S’étant fait un fouet de cordes il les chassa tous du Temple » (Jean 2,13…) Il demande aussi de tendre l’autre joue. Mais n’est-ce pas là encore une manière d’encourager le méchant, de se rendre complice de sa méchanceté ? D’ailleurs le Christ, au cours de sa Passion, lorsqu’il a été giflé par un garden’a pastendul’autre joue .  II a réagi et  dit au garde : »Si j’ai mal parlé, montre en quoi ; si j’ai bien parlé pourquoi me frappes tu ? »(Jean 18,23). Car c’est un devoir de ramener vers le droit et la justice celui qui s’en est écarté, comme il le dit lui -même  en St. Mt. « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais lui tes reproches seul à seul. » (Mt.18,15)

Alors quoi faire ? D’un côté le Seigneur nous demande  de ne pas riposter devant le mal et  de tendre l’autre joue. C’est ce que fait le Christ lorsqu’il monte à Jérusalem sachant qu’il y sera arrêté et crucifié. Mais d’un autre côté, comme ne pas riposter et tendre l’autre joue peut encourager le méchant à persévérer dans le mal,  le Seigneur  nous demande  aussi de  1°)  réagir devant le mal et même vivement si c’est nécessaire,  ce qu’il a fait avec les vendeurs du Temple et 2°)  de nous efforcer de ramener le méchant dans le droit chemin,  ce qu’il a fait avec le soldat qui l’a giflé. Alors, en définitive,  quelle position le Christ veut-il que nous tenions ?  Le problème est de ramener la paix. Pour ramener la paix,  il est certain que le mieux  c’est  de ne pas riposter, car du même coup le conflit s’ éteint. Mais si ne pas  riposter amènerait l’adversaire à profiter de l’indulgence manifestée envers lui pour persévérer dans le mal, alors, dans cette hypothèse, pour ramener la paix, le mieux c’est de réagir.Devant les conflits, il faut donc décider au cas par cas, en jugeant selon les circonstances. 

Le Christ continuant son discours nous invite maintenant à aimer nos ennemis. Pas facile. Je me vois mal allant prêcher aux Ukrainiens d’aimer les Russes ! Pourquoi aimer ses ennemis ?  Pour être de vrais fils de  notre  Père du ciel qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Pourtant le Père  n’aime  ni mal ni l’injustice. Alors comment fait il ?  Et  comment le Christ fait-il pour aimer les pécheurs ? Qu’est-ce  qu’il aime en eux ? Sûrement pas le péché. Ce qu’il aime en eux, c’est  ce qui reste de bon , le bon grain au milieu de l’ivraie. Il  aime les pécheurs parce qu’il  croit qu’ils peuvent encore se convertir, il le souhaite et l’espère.  « Il ne prend pas plaisir à la mort du méchant mais au retour du méchant qui change de voie  pour avoir la vie » comme dit le prophète Ezechiel. (Ez.33,3)  Aimer ses ennemis, c’est  ne pas les rejeter en  les jugeant irrémédiablement mauvais mais croire qu’il reste du bien en eux et qu’ils peuvent encore se convertir. Pour le Christ, il suffit d’un petit rien de bon grain au milieu de beaucoup d ‘ivraie chez quelqu’un pour qu’il l’ l’aime, tandis que pour nous, il suffit d’un petit rien d’ivraie au milieu de beaucoup de bon grain chez quelqu’un pour que nous le rejetions. Il y a comme un mystérieux parti-pris chez notre Dieu  qui persiste à nous faire confiance, malgré toutes nos faiblesses, un mystérieux parti-pris d’ amour et de  miséricorde, dont rien ne peut venir à bout.    

Le Christ termine son exhortation  en nous invitant à nous distinguer de ceux qui n’aiment que ceux qui les aiment et conclut:« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait »   ce qui signifie que la perfection, c’est d’aimer les autres comme il nous aime, c’est imiter l’amour divin,    On a envie de dire c’est impossible. Jamais notre imitation de l’amour divin n’atteindra  la perfection du modèle, c’est sûr et certain, mais, et   c’est  tout autant  sûr et certain, chacun de nos efforts pour l’imiter  nous rapproche du modèle. Par conséquent, loin de nous décourager, ce constat nous invite à ne jamais baisser les bras, mais à toujours nous efforcer d’aimer mieux pour nous rapprocher du modèle. Comment aimer mieux ? En mettant un peu plus d’amour quand nous aimons les autres.

Car lorsqu’on aime quelqu’un, on ne l’aime pas toujours d’amour. On l’aime    parce qu’on  apprécie  ses talents, ses qualités :  il est  sympathique, il a de l’humour,il est honnête,  etc.    C’est ainsi que j’aime mon voisin, mon boulanger ou Georges Brassens. Je les aime vraiment, mais je ne les aime pas d’amour. Aimer d’amour, c’est quoi ?  C’est aimer quelqu’un non seulement pour ses qualités que nous apprécions   mais, en plus, 1°)nous voulons son bien, son épanouissement son bonheur et 2°) pour cela nous  nous donnons beaucoup de peine, nous nous imposons des sacrifices.  C’est seulement dans ce cas là  qu’on  aime d’amour. Ce n’est d’ailleurs pas si  dramatique et si héroïque que ça parce que comme on dit  : Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime.  On voit cela chez beaucoup de couples et entre parents et enfants. C’est ainsi que le Christ  nous aime. Il veut notre épanouissement :« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10,10 ). Et il s’impose d’énormes sacrifices pour cela  allant jusqu’à donner sa vie  pour nous. Donc, comment aimer mieux ? En essayant de mettre toujours plus d’amour dans notre façon d’aimer l’ autre. en essayant de l’aimer comme le Christ  nous aime. C’est d’ailleurs ce qu’il nous  : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15,12)

Que retenir de tout cela ? 

En cas de conflit, ne pas riposter, c’est l’idéal, car du même coup le conflit s’éteint. Mais parce que ne pas riposter ou tendre l’autre joue pourrait encourager le méchant à persévérer dans le mal, parfois, le  mieux est de riposter. Riposter, ne pas riposter ? Le Christ utilise les deux méthodes. Cela veut dire que dans les conflits, il faut discerner au cas par cas pour voir quel est le mieux pour ramener la paix.

Aimer ses ennemis. Pourquoi ? Parce que le Christ fait comme ça. Lorsqu’on est en train de le tuer il prie encore pour ses bourreaux « Père pardonne leur ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34 )

Etre parfait  comme notre Père du ciel. Cela veut dire essayer d’aimer comme lui et le Christ nous aiment , c’est à dire  en voulant le bonheur des autres, malgré leurs défauts, en faisant tout pour cela, y compris en s’imposant  les sacrifices que cela exige L’auteur du livre de la Sagesse s’émerveillait déjà de ce parti pris absolu d’amour et de miséricorde de notre Dieu. Il décrivait ainsi celui que nous avons à imiter : »Oui, tu aimes tous les êtres et  n’as de dégoût pour rien de de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment conserverait-elle l’existence,si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie. » (Sag.11,24-26 )

Nous somme

Dimanche 12 février

6ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5, 20-22a.27-28.33-34a.37

« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis. »

Jésus sème le trouble dans l’opinion. On ne sait plus quoi penser. D’un côté on admire la profondeur de son enseignement et les miracles qu’il accomplit. Mais d’un autre côté, ses critiques incessantes des prêtres, des scribes et des pharisiens qui observent minutieusement les prescriptions religieuses le font apparaître comme un adversaire de la Loi. Or la Loi avec l’enseignement des prophètes, c’est le socle sur lequel repose la religion et l’unité de la nation. Dans l’évangile d’aujourd’hui le Christ se défend vigoureusement de vouloir détruire la Loi, il explique qu’il est venu au contraire l’accomplir, la porter à sa perfection. Et pour preuve, il montre comment sur cinq points importants : le meurtre, l’adultère, les serments, la loi du talion et la charité, ses exigences vont dans le même sens mais plus loin que celles de la Loi. Alors que la Loi se contente d’interdire le meurtre du prochain, Jésus pousse l’exigence jusqu’à interdire de se mettre en colère ou d’insulter autrui. Alors que la Loi se contente d’interdire l‘adultère Jésus exige plus : ne pas regarder une femme avec convoitise. Alors que la Loi se contente d’interdire le parjure, Jésus interdit tout serment. Alors que la Loi se contente de limiter toute vengeance avec la loi du talion, Jésus va jusqu’à recommander la non résistance au mal et alors que la loi limite la charité à l’amour de ses amis Jésus étend la charité jusqu’à l’amour des ennemis.

Mais pourquoi ne cesse-t-il pas de s’en prendre à ceux qui sont le plus respectueux des obligations de la Loi, les scribes et les pharisiens ?Comment peut-il être à la fois pour la Loi et contre ceux qui la pratiquent le plus minutieusement ? Il lui arrive de louer le zèle des Pharisiens, leur souci de perfection et leur respect des traditions, mais le plus souvent il les condamne et dans les termes les plus vifs. Qu’est-ce que le Seigneur reproche aux Pharisiens ? Essentiellement leur orgueil, leur façon de prier sur les places publiques pour être vus, de chercher toujours les premières places dans les dîners et les synagogues, de rechercher les honneurs, et de chercher par tous les moyens à se faire saluer sur les places publiques et à s’entendre appeler Maîtres. (Mt.23,7)

Leur orgueil les amène à adopter vis à vis des autres et vis à vis de Dieu une attitude incompatible avec celle d’un croyant Les autres, ils les méprisent sans complexes, comme le pharisien de la parabole du Pharisien et du Publicain. Et vis à vis de Dieu, persuadés que leur pratique minutieuse des obligations de la Loi les rend justes et irréprochables devant lui, ils en arrivent à croire que, étant donné tout ce qu’ils font pour Dieu, celui-ci leur doit quelque chose en retour. Ils en arrivent à traiter avec Dieu presque d’égal à égal. Une telle attitude est exactement à l’opposé de celle que préconise le Seigneur lorsque dans l’évangile il indique les dispositions nécessaires pour entrer dans le Royaume. La première et la plus fondamentale de ces dispositions c’est d’être pauvre de coeur, c’est à dire se rendre compte de sa misère et de son besoin criant de l’aide de Dieu. Un pauvre de coeur c’est celui qui se rend compte qu’il n’arrive pas à aimer son mari, sa femme, ses enfants, son prochain comme il le voudrait, à être honnête comme il le voudrait. Il se rend compte comme St Paul :« Le bien que je veux, je ne le fais pas,le mal que je ne veux pas je le fais. « (Rom.7,19,24 ) Malheureux homme que je suis poursuit le texte français, la traduction malgache, plus éclairante dit « Hélas je suis pauvre » Lorsqu’on est dans une telle attitude, le Seigneur vient immédiatement à notre secours. Il ne peut pas faire autrement, c’est plus fort que lui. Dans son amour pour nous, il ne résiste pas à nos appels au secours. Il nous le disait déjà dans Isaïe, :« Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit » (Is.66,8 ). Le Seigneur nous demande d’être humbles au sens propre du terme, c’est à dire réalistes.( Le mot humilité vient du latin humus : la terre.) Etre humble, c’est avoir les pieds par terre, être réaliste, se reconnaître pécheur. Dans leur orgueil les Pharisiens qui se croient justes sont dans une attitude totalement contraire à celle que demande le Christ, en même temps qu’ils sont dans l’illusion et le mensonge. Et c’est pourquoi le Seigneur nous dit avec insistance :« Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux »

Mais qu’est-ce que c’est cette justice des pharisiens ? Et quelle justice le Christ veut il nous voir pratiquer? Pour les pharisiens, la justice, c’est respecter les commandements, les obligations, les rubriques, à la lettre. Pour eux, le juste c’est celui qui applique les prescriptions de la Loi méticuleusement. Pour le Christ, la justice, celle qu’il souhaite que nous ayons, c’est une justice qui demande davantage que le simple respect d’un certain nombre de lois ou de préceptes, elle demande la fidélité à la volonté de Dieu par amour pour lui.Le Seigneur ne s’intéresse pas au respect des lois mais à l’amour qu’on met dans le respect de ces lois.Pour le Christ, est juste celui qui, parce qu’il aime Dieu, obéit à ses prescriptions. On peut même dire que la matérialité du geste n’ a guère de sens et de valeur devant lui; ce qui qui compte, c’est l’amour qu’on met dans l’ accomplissement de ce geste. Par exemple ne pas se marier, cela n’a pas en soi de valeur spéciale devant Dieu, mais quand un prêtre ou une religieuse renonce à fonder un foyer par amour de Dieu pour se consacrer à lui, à son service et au service des autres, un tel engagement a de la valeur aux yeux de Dieu. Déjà dans l’A.T. le Seigneur nous le faisait savoir sans circonlocutions : « C’est l’amour que je veux, non les sacrifices«  (Osée 6,6 )

Prisonniers de leur orgueil, les pharisiens se croient parfaits avec leurs pratiques, par conséquent ils ne veulent surtout pas entendre parler d’idées ou de façons de faire nouvelles. Qu’on ne touche à rien ! Or le Christ arrive qui bouscule tout et invite tout le monde à aller de l’avant :« Vous avez appris qu’il a été dit …eh bien ! moi je vous dis » En entendant cette parole, aujourd’hui, nous aussi nous sommes bousculés, parce que sans être des pharisiens à proprement parler , sans nous croire parfaits, quelquefois, il nous arrive peut-être parfois de penser que finalement nous ne sommes pas si mal que ça. : je prie de temps en temps, je vais à la messe le dimanche, je rends service autour de moi, inutile de me compliquer l’existence ! Et nous sommes tentés de rêver d’ une vie chrétienne, qui se déroulerait tranquille, en roue libre. Et voilà que le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui vient ébranler notre bonne conscience.

Que retenir de tout cela ? 

Jésus et son évangile bousculent et dérangent. Il a devant lui des scribes et des pharisiens qui ont bricolé, accommodé, domestiqué la Loi pour qu’elle ne les dérange pas. Ils respectent la Loi et la Tradition dans le but que ce respect leur procure autorité et prestige aux yeux de tous, et par tellement pour servir Dieu dans l’amour. Dans leur orgueil, ils se croient justes et ne veulent surtout pas qu’on change quoi que ce soit au statu quo. Mais le Messie arrive qui pousse à aller de l’avant . Il vient pour accomplir la Loi, la porter à sa perfection. Scribes et pharisiens ne peuvent accepter cela.

Nous, aujourd’hui, sommes nous prêts à nous laisser bousculer par le Christ et son Evangile ? Nous sommes probablement des chrétiens sincères et de bonne volonté, mais sommes-nous assez réalistes pour voir que nous avons encore des progrès à faire, que nous avons encore besoin de conversion ? Dans cet évangile le Christ nous invite à secouer notre médiocrité tranquille et à le suivre là où il nous emmènera sans crainte, avec confiance, sûrs de son amour Puissions nous avoir la même disponibilité que Notre Dame, disant au Seigneur « Que tout se passe pour moi selon ta parole » (Luc 1,38 )

Nous somme

Dimanche 5 février

5ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5,13-16

« Vous êtes la lumière du monde. »

« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde » Nous sommes bien embarrassés en entendant ces paroles du Christ parce que nous savons bien que nous ne sommes pas le sel de la terre ni la  lumière du monde. C’est le Christ qui est le sel de la terre et la lumière du monde, pas nous.Mais quand il affirme en St Jean : »Je suis la lumière du monde » (8,1) il ajoute : « Celui qui marche à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière qui conduit à la vie »  Donc il nous donne  part à sa lumière. Donc nous devrions  refléter quelque chose de sa lumière. Comment se fait-il que nous soyons si peu lumineux ? Que faut-il faire pour capter la lumière du Christ ? Les apôtres, comment se sont-ils débrouillés ? Au départ, c’était un groupe de pêcheurs assez frustes, mais au contact du Seigneur ils sont devenus lumière du monde, sel de la terre. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Ils ont accueilli la parole du Seigneur, alors sa lumière s’est reflétée en eux comme se reflète dans les carreaux d’une fenêtre la lumière du soleil qui les frappe.

Comment les apôtres ont-ils fait pour   repérer la parole de Dieu ?   On a envie d dire : pour eux c’était facile, ils entendaient de leurs oreilles les paroles du Christ. Mais c’est faux. Tout le monde entendait de ses oreilles le Christ qui parlait, mais seuls les apôtres et quelques autres avec eux  reconnaissaient dans ses paroles la Parole de Dieu. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils attendaient  le Messie qui devait  venir les guider, alors ils guettaient sa venue, ils attendaient un message. Quand il est arrivé, ils l’ont reconnu et quand il s’est mis  à parler, ils ont décelé dans ce qu’il disait la parole de Dieu. Pourquoi  les apôtres ont-ils  repéré la parole de Dieu alors que les autres autour d’eux ne l’ont pas repéré  ? Parce que croyant que le Messie allait venir, ils le cherchaient. Et quicherchetrouve. Déjà du temps de Jérémie il l’avait promis« Je me laisserai trouver par vous .Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre coeur. » (29,13-14)

Et nous aujourd’hui, comment faire pour entendre la Parole de Dieu ? D’abord, comme les apôtres, croire qu’il vient et qu’il vient pour nous dire quelque chose, pour nous enseigner et comme les apôtres, demeurer dans une  attitude de recherche et d’écoute.  Il nous a avertis lorsqu’il a fait  ses adieux aux apôtres :« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt.28,20) Est-ce que nous guettons sa venue ? Qui de nous s’éveille le matin en pensant « Qu’est-ce qu’il va encore me dire aujourd’hui »? Mais nous , qui ne pouvons plus voir Jésus de nos yeux ni l’entendre de nos oreilles comme les apôtres,comment pouvons nous le voir et l’entendre ?  Comment repé est là et qu’il me dit quelque chose ?  Je vous  suggère trois moyens d’y arriver.

 D’abord demandons au Seigneur dans notre prière de se révéler à nous et de nous faire connaître sa volonté,  il nous éclairera. Deuxièmement, soyons attentif à ce qui se passe en nous, dans notre coeur. Le Petit Prince de Saint Expery disait « On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les  yeux. Si quelque chose touche notre esprit ou notre coeur et nous rapproche de Dieu, attention, ! le Seigneur est là, en train de nous dire quelque chose. Cela peut se produire n’importe où n’importe quand, pendant que nous prions, que nous écoutons une homélie,  en voyant quelque chose  dans la rue ou à la télé, ou encore en pensant à une idée  qui nous est passée par la tête. Et puis, troisième moyen de repérer la présence de Dieu  et les messages qu’il nous a adressés dans la journée, chaque soir, prenons un moment pour rechercher ce que nous avons fait de bien, ce que les autres autour de nous  ont fait de bien, ce que nous avons vu de beau ou de bien dans la journée.  Parce qu’il Il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Par conséquent chaque fois que quelqu’un, quelque part  dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là présent en train d’agir. Il ne faut pas le rater. Le Seigneur se plaignait déjà de l’aveuglement  des hommes à travers le prophète Ezechiel : »Ils ont des yeux pour voir et ne voient rien, des oreilles pour entendre et n’entendent pas. »(12,2)

Tout se joue dans la manière d’accueillir la parole. Il ne faudrait  pas qu’elle entre par une oreille et sorte par l’autre. Il ne faudrait pas l’accueillir simplement comme un savoir parmi d’autres, qu’on range dans sa tête entre le théorème de Pythagore et les règles d’accord du participe passé. La Parole de Dieu est une parole de vie, une parole à vivre. Accueillir la parole de Dieu c’est la laisser pénétrer au plus profond de notre coeur et modifier notre manière d’être et d’agir .Nous ne sommes peut-être pas  pas lumière du monde tout comme les carreaux d’une fenêtre ne sont pas éblouissants par eux-mêmes. Mais tout comme les carreaux d’une fenêtre vont réverbérer l’éblouissement de la lumière du soleil qui les frappe, nous allons réverbérer l’éblouissement de la Parole du Christ si nous la laissons pénétrer au fond de  notre coeur.   et transformer notre manière d’agir. Ce que St Paul exprime dans une formule  particulièrement heureuse :« Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit. » (2Cor.3,18) La parole de Dieu en pénétrant en nous, nous transforme en Christ et nous rend comme lui Lumière du monde et Sel de la terre.

Pourtant autour de nous, que ce soit dans les familles, dans le monde du travail et de l’économie, de la politique au plan national et international, que de ténèbres que la lumière n’arrive pas à dissiper. Où donc est-il le sel de la terre qui devrait donner sa saveur à la vie du monde quand des millions d’hommes plongés dans le malheur là où ils sont, fuient  désespérément  vers un ailleurs plus hospitalier ? Bien sûr ce n’est pas à nous, à notre petite paroisse d’illuminer l’univers et d’apporter  à l’humanité la saveur de la vie qu’elle a perdu. Mais nous pouvons tout de même nous demander si nous faisons vraiment tout ce qui est en notre pouvoir  pour apporter un peu plus  de lumière  et un peu plus de saveur à la vie quotidienne de ceux qui nous entourent.

Que retenir de tout cela ? 

Nous sommes la lumière du monde, nous sommes  le sel de la terre pourvu que nous acceptions d’accueillir en nous sa Parole et de la mettre en pratique. La Parole de Dieu pénétrant en nous  nous transforme en Christ et nous rend comme Lui Lumière du monde et Sel de la terre.Comme les carreaux d’une fenêtre réverbèrent l’éblouissement de la lumière du soleil qui les frappe, de même nous devrions  réverbérer l’éblouissement de la lumière du Christ qui pénétrant dans nos coeurs transforme notre manière de vivre et d’agir.  Le Seigneur ne nous demande pas d’éclairer l’univers. Mais  il nous envoie  apporter un peu de lumière autour de nous.  « Moi Yahvé je t’ai appelé, je t’ai pris par la main et je t’ai formé, je t’ai désigné comme lumière » nous dit-il en Isaïe. (42,6)  Autour de nous, dans notre village, dans notre rue, certains voudraient sortir de leurs ténèbres.Il y a urgence. Nous ne pouvons pas nous dérober.

Dimanche 29 janvier

4ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5,1-12a

« Heureux les pauvres de coeur. »

L’évangile aujourd’hui nous donne le début du discours sur la Montagne où Jésus présente son programme ainsi que les dispositions nécessaires pour entrer dans le Royaume. Première indication: Ceux qui entrent dans le Royaume, sont heureux. Le but de notre Père du ciel c’est que nous soyons heureux, d’ailleurs tous les efforts du Christ au long de son ministère ici-bas visent à ce que nous ayons la vie en abondance (Jean 10,10).Avis à tous ceux qui pensent que la religion, c’est l’austérité, la rigidité, l’ascétisme et qu’un bon croyant doit toujours faire « une tête de carême sans Pâques » comme dit le pape François. Mais, deuxième indication :les modèles de bienheureux que nous présente l’évangile : des pauvres de coeur, des gens qui pleurent, qui sont persécutés ou insultés ne correspondent guère à l’image que nous nous faisons des gens heureux et dans notre monde de compétition où la concurrence est rude,les doux, les pacifiques, les miséricordieux ne font pas partie des modèles qu’on se propose d’imiter. Que veut donc nous dire le Seigneur ? Regardons de près ses propos pour essayer de comprendre.

Bienheureux les pauvres de coeur, car le Royaume des cieux est à eux. Qu’est-ce que c’est un pauvre de coeur ? Ce n’est pas un nécessiteux qui n’a pas d’argent, pas de maison, pas de voiture, pas de vêtements convenables, ce n’est pas non plus quelqu’un qui n’a pas d’instruction ni d’éducation, ce n’est pas davantage quelqu’un qui n’a pas une situation en vue dans la société. Un pauvre de coeur ce n’est pas un clochard, un ignorant, ou un raté . Un pauvre de coeur, c’est quelqu’un qui est pauvre au niveau de l’être, au plan moral et spirituel, c’est quelqu’un qui n’arrive pas à aimer sa femme, son mari, ses enfants comme il le voudrait, qui n’arrive pas à être honnête comme il le voudrait. Malgré les richesses, l’instruction ou la culture qu’il peut avoir, il se rend compte, comme St Paul : « le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas je le fais……malheureux homme que je suis » (Rom.7, 19,24) dit la traduction française mais la traduction malgache est plus éclairante qui dit « Hélas, je suis pauvre ».

Mais pourquoi le fait de se sentir pauvre va-t-il me rendre heureux ? Je devrais me sentir malheureux au contraire en voyant que je n’arrive pas à faire ce que je veux, en constatant que je suis incapable de rien réussir par moi-même. En fait, me sentant pauvre et démuni, je vais ressentir vivement le besoin de l’aide de Dieu et je vais me tourner vers lui pour obtenir son appui, Et comme Dieu est un Père aimant, il va me tirer d’affaire. Moi je suis pauvre et malheureux dit le ps.40, mais le Seigneur pense à moi. Il se trouve que les pauvres de coeur sont les préférés du Seigneur. Il nous le disait déjà dans Isaïe « Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui sur qui je porte les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit » (Is.66,8). Quel paradoxe étonnant et merveilleux ! Voilà que les pauvres de coeur qui devraient être malheureux parce qu’ils n’arrivent à rien se retrouvent bienheureux parce que dans leur malheur ils se sont tournés vers Dieu qui leur donne ce que ni les richesses, ni le savoir ni une bonne réputation ne pouvaient leur donner. C’est pour cela que le fait de me sentir pauvre, incapable de m’en sortir par moi-même finalement me rend heureux. Que je sois pauvre, que je n’arrive à rien par moi-même, qu’est-ce que ça peut faire, puisque Dieu est avec moi, qui m’aide. Comme St Paul, tout heureux, je dis : « Je peux tout en Celui qui me fortifie »(Phil.4,13) « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2Cor.12,10) Le pauvre de coeur n’est pas heureux parce qu’il est pauvre, mais parce que sa pauvreté l’a conduit à se tourner vers Dieu source de tout bien qui le comble bien au delà de ce que les richesses de la terre pourraient lui apporter.

Il y a là un paradoxe étonnant : la pauvreté qui est un mal, que ce soit la pauvreté matérielle ou spirituelle, (personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvre) peut avoir des effets secondaires positifs. Et le plus important de ces effets secondaires positifs, c’est qu’elle nous ouvre à Dieu source de tout bien, qui veut rassasier ses fidèles, ne leur laissant rien à regretter ni personne à envier. « Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, celui qui croit en moi n’aura jamais soif » (Jean 6,35)Tandis que la richesse, qui est un bien, qu’il s’agisse de richesse matérielle ou spirituelle peut avoir des effets secondaires négatifs. Et le pire de ces effets secondaires négatifs c’est qu’elle nous ferme à Dieu. Les riches, parce qu’ils qu’ils peuvent avec leur argent satisfaire presque tous leurs désirs, sont tentés de croire qu’ils n’ont besoin de rien ni de personne et surtout pas de Dieu. Comme dit le ps.16 : »Leur coeur épaissi se ferme » aussi bien aux autres qu’à Dieu, ce qui amène le Christ à dire qu« il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux » (Mt.19,24)

Voilà pourquoi la pauvreté de coeur n’est pas une qualité facultative qu’on peut avoir ou ne pas avoir pour entrer dans le Royaume, c’est une qualité indispensable, absolument nécessaire, parce qu’elle nous ouvre à Dieu, qui dans son amour veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. C’est pourquoi le Christ place la pauvreté de coeur en tête des dispositions qu’il faut avoir pour entrer dans le Royaume. Les pauvres de coeur ne sont pas bienheureux parce qu’ils sont pauvres, mais parce que leur pauvreté leur fait retrouver Dieu source de tout bien. De même ceux qui pleurent ne sont pas bienheureux parce qu’ils pleurent, mais parce que n’étant pas satisfaits de ce que le monde peut leur offrir, il cherchent autre chose et se tournent vers Dieu. De même encore ceux qui ont faim et soif de justice sont heureux parce qu’insatisfaits de la justice des hommes, ils aspirent à une justice que seul Dieu peut leur offrir.

Autrement dit, l’attitude de base pour suivre le Christ et entrer dans le Royaume, c’est d’être un homme de désir, qui n’est pas satisfait avec les biens de la terre, qui trouve qu’il n’arrive pas à être comme il voudrait, qui cherche mieux et qui, plus ou moins consciemment pense comme St Augustin « Tu nous as faits Seigneur pour Toi et notre coeur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi. »

Que retenir de tout cela ? 

L’évangile d’aujourd’hui nous a présenté les dispositions à avoir pour entrer dans le Royaume Avant tout il faut être pauvre de coeur . Le pauvre de coeur c’est celui qui est pauvre au plan moral et spirituel. Il constate qu’il n’arrive pas à faire le bien qu’il aime et qu’il fait le mal qu’il n’aime pas. Heureux celui là ! Il a de la chance ! Parce que dans son malheur, il va se tourner vers Dieu pour demander de l’aide . Et ça tombe bien parce que justement, Dieu est un Père aimant, qui n’a qu’une idée : le bonheur de ses enfants, partager avec eux tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il sait de quoi nous avons besoin avant que nous le lui demandions.« (Mt.6,8) Le ciel est son trône et la terre son marchepied, mais celui vers lequel il porte les yeux, c’est le pauvre et le coeur contrit. Il va donc sauver ce malheureux qui n’arrive à rien par lui-même.

Ensuite, tant mieux si nous ne sommes pas satisfaits de l’état du monde et de l’injustice qui y règne, heureux sommes nous, cela prouve que nous cherchons mieux, que nous avons faim et soif de Dieu, de sa vérité et de sa justice.

A qui s’adresse ce discours de Jésus ? A ceux qui ont envie de quelque chose qu’ils n’ont pas. Heureux ceux qui ont envie d’autre chose. ! Si vous êtes des satisfaits, des repus, ce n’est pas pour vous. Mais si vous avez envie d’autre chose,venez. Si vous n’êtes pas satisfaits de ce que vous êtes, si vous avez envie d’être mieux, alors c’est pour vous ce discours là. Il me semble qu’à travers ces Béatitudes, le Seigneur veut nous dire : Tant mieux si vous n’êtes pas heureux avec ce que le monde peut vous offrir et si, désirant plus et mieux, vous vous tournez vers moi, parce que , justement « Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. » (Jean 10,10 ).

Dimanche 22 janvier

3ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 4,12-17

« Il vint habiter à Capharnaüm pour que soit accomplie la parole d’Isaïe. »

Cette page d’évangile  marque un passage charnière entre l’ère de Jean Baptiste qui se termine,   et l’ère de Jésus qui commence. Jean Baptiste vient d’être arrêté par Hérode à qui il reprochait sa conduite. Sa sécurité étant menacée Jésus se retire près de la mer de  Galilée où il commence à prêcher : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Voyant deux pêcheurs, Pierre et André qui jetaient leurs filets, Jésus leur dit Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Pourquoi se sont-ils mis en route si rapidement, sans attendre, sans poser de questions ? Ils n’étaient même pas de ceux qui entouraient le Christ. Jésus arrive,entouré d’un certain nombre de gens qui l’accompagnent. Pierre et André les voient venir, ils sont en train de pêcher, ils n’interrompent même pas leur travail. Mais dès que Jésus leur dit : Venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes, ils laissent là leur barque et leurs filets  et partent avec lui. Qu’est-ce qui a déclenché leur décision de suivre Jésus aussi soudainement ?

C’est difficile de décrire ce qui se passe dans le coeur de celui qui répond à un appel du Seigneur. On peut penser que Pierre et André avaient déjà entendu parler de Jésus, de son enseignement et de ses miracles. Cela a dû les toucher. Pour qu’ils aient répondu ainsi à l’appel du Seigneur, il faut qu’ils aient   été touchés au plus profond d’eux-mêmes auparavant, et quand Jésus les a appelés à le suivre, cet appel a déclenché leur décision.  Pour ceux qui sont appelés par le Seigneur, l’appel est ressenti comme quelque chose qui les atteint profondément, qui les comble, leur apportant paix et sérénité. Ils ont le sentiment qu’ils ne pourraient rien faire de mieux que de répondre à cet appel. Ils décident de répondre à cet appel parce qu’ils sont séduits. Il n’y a pas d’autre explication. Parce qu’une vocation à suivre le Christ c’est toujours une question d’amour. Amour de celui qui appelle, le Christ, pour celui qui est appelé,  et amour de celui qui est appelé pour le Christ qui l’a appelé. Mais pourquoi celui qui est appelé ressent-il de l’amour pour le Seigneur qui l’appelle ? Il est difficile sinon impossible  de donner les raisons pour lesquelles on aime quelqu’un. Pascal disait :(Attention, c’est un peu compliqué : attachez vos ceintures !!!) Les raisons me viennent après, mais d’abord la chose m’agrée ou me choque par cette raison que je ne découvre qu’après. Mais je crois non pas que cela choquait par ces raisons qu’on trouve après, mais qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque. (Pensée 276 classification Brunschwig) Autrement dit, quand j’aime quelqu’un ou quelque chose, j’aime sans savoir pourquoi, je ne sais pas expliquer pourquoi j’aime. Et quand je dis j’aime cette personne ou cette chose pour telle ou telle raison, ce n’est pas vrai, la vérité, c’est que je n’ai trouvé ces raisons que parce que d’abord je l’aimais. Pourquoi Pierre, André, Jacques et Jean sont-ils partis tout de suite, sans attendre, sans poser de questions ?  Parce qu’ils avaient été touchés au plus profond d’eux-mêmes, emportés comme par une force, un courant d’amour, ils  avaient  été séduits.

Mais pourquoi donc Jésus a-t-il appelé ces quatre pêcheurs sans grande instruction, alors qu’il y avait des prêtres, des lévites, des docteurs de la Loi, des scribes beaucoup plus instruits, qui étaient des spécialistes des affaires religieuses, connaissant infiniment mieux l’Ecriture et la tradition que des pêcheurs du lac ?  Jésus fournit lui-même la réponse à cette question quand il dit à ces quatre pêcheurs : »Venez à ma suite et JE VOUS FERAI pêcheurs d’hommes. » Ils ne sont pas qualifiés. Ils ne sont p as capables d’être des apôtres.  Pierre, leur chef, ne sait ni lire ni écrire. Le Seigneur sait tout cela. Mais  il apaise leurs doutes et leurs inquiétudes: Je vous rendrai capables, je vous ferai pêcheurs d’hommes.  Ceux qui sont  appelés au sacerdoce ou à la vie religieuse,  conscients de leur faiblesse et de leur incapacité sont toujours un peu effrayés. Ni dans l’Ancien Testament ni dans les  vingt siècles d’histoire de l’Eglise, on n’a jamais vu quelqu’un, appelé par le Seigneur, s’estimer digne ou capable de répondre à cet appel.  St Luc, qui nous donne plus de détails sur l’appel des premiers apôtres, nous rapporte que Pierre se jeta aux pieds de Jésus :« Seigneur éloigne toi de moi, je suis un pécheur ». (Luc5,8) Il y a 2.600 ans Jérémie appelé à la charge de prophète proteste de son incapacité :« Ah Seigneur Yahvé, vois, je ne sais pas porter la parole, je suis un enfant. Mais Yahvé répondit : ne dis pas je suis un enfant, mais va vers ceux à qui je t’enverrai et tout ce que je t’ordonnerai, dis le. N’aie aucune frayeur, car je suis avec toi pour te protéger. » (Jer.1,6,7) St Paul disait « C’est de Dieu que vient notre capacité » (2Cor.3,5) « Ce que je suis, je le dois à la grâce de Dieu ». (1Cor.15,10 )Le Christ n’a appelé aucun prêtre, scribe, docteur de la Loi,  personne qui ait étudié les Ecritures, il a choisi des hommes simples, sans instruction, se réservant de les former, ce qui faisait dire à St Paul : »Considérez qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les forts. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. »(1Cor.1,25-27) Et aujourd’hui encore, même si on fait étudier  la théologie, l’histoire de l’Eglise et les Ecritures aux futurs prêtres et religieux, ce qui les qualifie, ce ne sont pas leurs études ni leurs diplômes , mais avant toute autre chose, ce qui les qualifie c’est la qualité des grâces que le Seigneur leur accorde au long de leur vie de prière  et de leur intimité avec le Seigneur C’est pour cela que j’ai choisi pour mettre au verso des images-souvenirs de mon ordination ce passage de St Paul aux Ephésiens (3,20) : »A celui dont la puissance agissant en nous peut faite bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, à Lui la gloire pour les siècles des siècles. »

Que retenir de tout cela ? 

Quand le Seigneur appelle, la vocation est ressentie comme quelque chose qui vous touche au plus profond. On est séduit et on a le sentiment qu’on ne pourrait rien faire de mieux que de répondre à cet appel. L’évangile d’aujourd’hui nous parle de la vocation d’apôtre. Cela ne signifie pas que la vocation, c’est uniquement pour ceux qui sont envoyés annoncer la parole de Dieu. Le Seigneur ne laisse personne de côté et il appelle chacun de ses enfants, chaque jour, à une tâche précise, quelque part dans le monde. N’attendons pas que l’ange Gabriel nous apparaisse pour nous dire ce qu’il faut faire. Mais dans notre prière demandons « Seigneur que veux tu que je fasse,  qu’est-ce que tu attends de moi, là, tout de suite, cette semaine ? » Notre Père, disait St Paul auxEphésiens, fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions » (Eph.2,10)

Dimanche 15 janvier

2ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Jn 1,29-34

« Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. »

Deux vérités capitales dans l’évangile d’aujourd’hui : Jésus,  le vrai Messie est   l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde et Jésus le vrai Messie baptise dans l’Esprit Saint  nous introduisant ainsi  dans la vie divine. Mais »Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », qu’est-ce que cela veut dire exactement  ? Et qu’est-ce que révèle  l’insistance de Jean  répétant par deux fois que l’Esprit Saint demeure en Jésus ?

L’expression « Agneau de Dieu » évoque le repas pascal pris par les Juifs au moment de quitter l’Egypte où ils étaient  esclaves pour rejoindre la Terre promise et recouvrer leur liberté. Moïse avait ordonné à chaque famille, juste avant de se mettre en route, de faire rôtir un jeune agneau, de le consommer pour fêter la Pâque et d’asperger de son sang le linteau de leur porte afin que, voyant ce signe, Yahvé épargne leur maison lorsqu’il passerait pour exterminer les premiers nés des Egyptiens. Pour les Juifs, l’agneau pascal est donc symbole de la libération de leur peuple de l’esclavage en Egypte et le sang de l’agneau est  signe du salut qui les préserve  de l’extermination. Pour nous, appeler le Messie : Agneau de Dieu, c’est dire  qu’il nous libère   du péché et que son sang  nous sauve de la mort du péché. Comme l’agneau pascal est pour les Juifs symbole du passage de l’esclavage en Egypte  à la liberté en Terre Promise, le Messie Agneau de Dieu est pour nous symbole du passage de l’esclavage du péché à la liberté des fils dans le Royaume.

D’autre part, St Jean, évoquant le baptême de Jésus, souligne  qu’il a vu l’Esprit descendre sur Jésus et demeurer sur lui.  Qu’est-ce  que signifie cette descente de l’Esprit sur Jésus? Jésus étant Dieu, est-ce qu’il n’est pas déjà en communion avec le Père et l’Esprit ? Pourquoi faut-il encore que l’Esprit descende sur lui  ? C’est que, en se faisant homme, Jésus s’est séparé de ses pouvoirs divins   « Il ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu explique St Paul dans sa lettre aux Philippiens, il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Les théologiens appellent cela la kénose du Christ (du grec kenoô se vider). Autrement dit,  en devenant homme Jésus qui reste Fils de Dieu, en communion avec  le  Père et l’Esprit,  s’ est dépouillé  des  pouvoirs divins normalement rattachés à cette communion. Il faut donc  que ces pouvoirs lui soient rendus pour qu’il puisse  exercer son ministère de Messie.   l’Esprit Saint descendant sur lui le jour où il reçoit le baptême de Jean lui rend l’exercice de ses pouvoirs divins de communion avec le Père et  l’Esprit. Désormais, Jésus va pouvoir baptiser dans l’Esprit Saint et nous introduire dans la vie nouvelle. Et Jean Baptiste le souligne explicitement. Il ne dit pas seulement :« Moi j’ai vu et je témoigne que c’est Lui le Fils de Dieu » mais il précise explicitement :Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer,  CELUI-LA BAPTISE DANS L’ESPRIT SAINT.

En d’autres termes, Jean Baptiste  ne nous dit pas seulement  : le Messie  est là présent au milieu de nous, comme s’il était venu en touriste passer un moment parmi  nous,  ou comme s’il était venu seulement apporter un enseignement, Jean Baptiste nous dit : le Messie est venu pour nous plonger (baptizein veut dire plonger) dans l’Esprit Saint qui nous fait accéder à une vie nouvelle.  On  dit souvent: Le Christ est venu sur la terre pour nous apporter le pardon de nos péchés et nous réconcilier avec le Père, ce n’est pas faux, mais c’est incomplet  Encore faut-il  ajouter que

ce pardon et cette réconciliation nous sont donnés en vue de nous faire accéder à  la  vie nouvelle que  procure le baptême dans l’Esprit. Le Messie ne vient pas seulement régler les dettes du passé, il vient ouvrir un avenir nouveau, il vient nous plonger dans l’Esprit Saint qui nous fait accéder à la  vie divine : « Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés…je vous donnerai un coeur nouveau et un esprit nouveau, j’ôterai de vous le coeur de pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai mon esprit en vous et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez mes coutumes. (Ez.36,26,27 )

Jean Baptiste disait aux Juifs : Jésus, c’est le vrai Messie. Il nous dit aujourd’hui la même chose : Jésus est le vrai Dieu, il n’y en a pas d’autre. C’est lui la Voie, la Vérité, la Vie (Jean14,6 ), c’est lui qui donne  sens à notre vie. Nous le croyons.  Mais est-ce que nous arrivons à mettre notre vie en accord avec notre foi ? Est-ce que nous gardons toujours le souci de vérifier que notre volonté soit en accord avec celle du Seigneur ? Ce n’est pas facile parce que la société où nous vivons  cherche à s’affranchir toujours plus de toute sagesse, et bien sûr de toute transcendance et de tout Dieu extérieurs à elle-même Chacun se décrète infaillible et cherche à réaliser dans sa vie ce qui lui parait le mieux , selon son  propre jugement, en  rejetant  toute influence extérieure. On peut voir aujourd’hui un tas d’honnêtes gens, de braves gens, tout juste capables de faire leur signe de croix, qui  se croient capables de juger de tout dans l’Eglise  et qui, sans se rendre compte du ridicule de la situation,   se  croient naïvement  plus catholiques que le pape !!! Sans parler de ceux qui rejoignent des sectes…Le Christ pourrait redire aujourd’hui ce qu’il disait   il y a 2.000 ans « Ils m’ont abandonné moi la source  d’eau vive pour se creuser des citernes lézardées qui ne retiennent pas l’eau » (Jer. 2,13 ) « Le coeur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouchés les yeux pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur coeur et je les aurais guéris » (Mt.13,14,15)

L’Evangile d’aujourd’hui nous invite à vérifier nos manières de faire. Quand nous le prions, est-ce que nous le  prions vraiment pour que sa volonté soit faite ou est-ce que nous prions seulement  pour  que notre volonté à nous se réalise ? Il n’y a rien de mal à  prier Dieu pour qu’il nous aide à réaliser nos projets, pour qu’il vienne à notre secours dans nos difficultés, mais ce serait dommage de prier Dieu seulement pour qu’il s’abaisse à exaucer nos souhaits, en oubliant qu’il veut aussi nous hausser jusqu’ au niveau où ses souhaits à lui se réalisent. Qui sait le mieux ce qui est le mieux pour nous, lui ou nous ? Si nous croyons vraiment que c’est lui, si nous croyons vraiment que c’est lui la Voie, la Vérité, la Vie,  alors osons dire  aussi quand nous prions  : Que ta volonté soit faite.

Que retenir de tout cela ? 

Comme l’Agneau Pascal était  pour les Juifs symbole du passage de l’esclavage en Egypte à  la liberté en Terre Promise, le Messie Agneau de Dieu est pour nous symbole du passage de l’esclavage du péché à la liberté des Fils du Royaume.

L’Esprit Saint qui descend sur Jésus le jour de son baptême et y demeure rend au Christ les pouvoirs divins dont il s’était séparé en se faisant homme ce qui lui permet de nous baptiser  dans sa vie divine. Ayant reçu cette vie, ne nous contentons pas d’en profiter  égoïstement, mais ayons à coeur de nous en servir  pour mcontinuer son oeuvre afin que notre monde devienne toujours davantage un royaume de paix, de justice et de charité.

Dimanche 8 janvier

Épiphanie du Seigneur – Année A – Mt 2,1-12

« Nous sommes venus d’Orient adorer le roi. »

Epiphanie est un mot grec qui signifie manifestation. La fête de l’Epiphanie célèbre le jour où le Messie se manifeste à tous les peuples de la terre représentés par ceux qu’on appelle les rois mages.

Qui sont les Mages ? Ce ne sont pas des rois mais des astronomes originaires de Chaldée. Ils étaient aussi astrologues et devins, pratiquaient la médecine et interprétaient les rêves. En observant le ciel, ils ont remarqué une étoile nouvelle. Or à cette époque on croyait que l’apparition d’une nouvelle étoile annonçait la naissance d’un roi, d’un grand conquérant ou d’un prophète. Les Mages se sont donc mis en route, suivant la trajectoire de cette nouvelle étoile. Arrivés à Jérusalem ils demandent tranquillement aux autorités : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquent. Hérode craint que ce nouveau roi ne le détrône et les Juifs croyants, troublés, se demandent si cette étoile nouvelle n’annoncerait pas l’arrivée du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque alors les grands prêtres et les scribes pour leur demander où doit naître le Christ. S’appuyant sur des textes des prophètes Samuel et Michée, ils répondent que cela doit être à Bethléem. Hérode invite donc les Mages à se rendre là-bas en leur demandant de revenir le renseigner afin qu’il puisse lui aussi aller se prosterner devant ce roi.

St Mt. est le seul évangéliste à nous rapporter la visite des Mages. Il y tient parce que ce récit l’aide à évangéliser ses lecteurs, des Juifs qui envisagent de devenir chrétiens, mais qui hésitent encore parce qu’ils trouvent que le Christ prêche une religion nouvelle, en rupture avec le judaïsme et ensuite ils parce qu’ils pensent que le Messie ne doit s’adresser qu’aux Juifs qui, d’après eux, sont les seuls à constituer le peuple de Dieu Or le récit de la visite des Mages réduit à rien ces objections puisqu’il montre que la naissance de Jésus à Bethléem était annoncée par les prophètes, donc le christianisme n’est pas en rupture mais bien en continuité avec le judaïsme et comme c’est une lumière venue du ciel qui annonce la naissance du Sauveur aux nations étrangères, on ne peut pas prétendre que le Messie ne doit s’adresser qu’aux Juifs seulement.

Pour nous aujourd’hui, l’universalité du christianisme ne nous trouble pas. Au contraire. nous sommes fiers quand notre voisin à la messe est un étranger originaire du Brésil, du Vietnam ou d’un pays d’Afrique. Et nous sommes heureux de voir la diversité des liturgies qui expriment la même foi d’un bout du monde à l’autre. Mais dans cette histoire des Mages certains détails doivent retenir notre attention. D’abord le fait que ce sont des païens, des mages babyloniens qui ont vu l’étoile,et pas des croyants. Même les grands prêtres, les scribes et les docteurs de la Loi, malgré leur connaissance approfondie de l’Ecriture et de la Tradition n’ ont rien vu venir. Pour nous aujourd’hui, cela nous invite à ne jamais nous croire supérieurs à ceux qui ne partagent pas notre foi . Peut-être n’ont ils pas eu toutes les chances et toutes les grâces que nous avons eues. Tant mieux si nous avons été initiés à la foi dès notre plus jeune âge parce que nous vu le jour dans une famille et un milieu chrétiens, mais il n’y a là aucun mérite de notre part. Et de toutes façons A qui on a beaucoup donné, on redemandera davantage (Luc12,48 )

Sans compter que le Seigneur peut très bien éclairer ceux qui sont actuellement derrière nous et les faire passer devant . Rappelons nous ce qu’il a osé dire aux Grands Prêtres et aux Anciens : Les collecteurs d’impôts, regardés comme des voleurs, et les prostituées passeront avant vous dans le Royaume des cieux. (Mt.21,31) de toute façon lLe fait d’être chrétiens ne nous donne pas le droit de nous croire supérieurs aux autres, il nous donne seulement le devoir d’être, pour tous ceux qui n’ont pas encore découvert le Christ, l’étoile qui les guide vers la lumière.

Et puis un autre fait est remarquable dans cette histoire des Mages : Ils ont découvert l’étoile qui les a conduits à Dieu non pas dans la prière mais en faisant leur travail d’astronomes, en scrutant le ciel Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. C’est vrai que le travail nous coupe de Dieu, parce que trop souvent il n’est qu’un moyen de rechercher avidement des richesses et qu’il est le lieu de luttes sans merci : conflits sociaux entre groupes rivaux ou guerres entre nations, mais il est tout aussi vrai que le travail nous maintient aussi en communion avec Dieu. C’est le lieu où nous utilisons les talents, l’intelligence, le courage que le Seigneur nous a donnés, il nous permet de servir notre prochain, que nous soyons en train de préparer le repas de la famille, de construire une maison ou de fabriquer des médicaments. car ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens , c’est à moi que vous l’aurez fait nous dit le Seigneur Mt.25,40 ). Et puis, notre travail contribue à développer et à améliorer la création. Et ceci est tellement important que St Ignace, le fondateur des jésuites insistait beaucoup pour que les jeunes religieux en formation soient appris à trouver Dieu dans leur travail plutôt que dans de longues oraisons. Mais cela suppose qu’on ne se laisse pas abrutir dans le travail, ce qui est très difficile quand on est soumis à des rythmes de travail impossibles Cela suppose aussi qu’on ne se laisse pas noyer dans la multiplicité de ses occupations, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Nous qui sommes souvent des super-actifs, cela devrait nous faire réfléchir.

Que retenir de tout cela ? 

Aujourd’hui célébrant la manifestation de Dieu à tous les hommes de toutes les nations, réjouissons nous de ce qu’à travers le monde des millions d’hommes de toutes les couleurs et de toutes les cultures partagent notre foi. Tant mieux si nous sommes des croyants depuis notre petite enfance Remercions le Seigneur qui a mis sur notre chemin des parents, des éducateurs, des prêtres qui nous ont éclairés et amenés vers Lui. Mais n’oublions pas ceux qui, autour de nous, parfois dans notre propre famille, n’ont pas encore découvert le Christ. Serons nous, pour eux, l’étoile qui les guide vers la lumière ?

D’autre part, c’est dans leur travail d’astronomes que les Mages ont découvert l’étoile qui les a conduits jusqu’à Dieu. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu tout autant que la prière. Mais encore faut-il ne pas nous laisser noyer ou abrutir par toutes ce que nous avons à faire. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Tâchons d’avoir, de temps en temps, nous aussi, comme les Mages, le nez en l’air . Ainsi soit-il !!!