François Battez

Dimanche 17 Mars 2024

Nous sommes à quelques jours de la fête de Pâques. De partout, des Juifs aussi bien que des

prosélytes et des sympathisants étrangers montent à Jérusalem. Quelques Grecs abordent Philippe qui a un nom grec et parle probablement grec : Nous voudrions voir Jésus. Attirés par son enseignement et ses miracles dont ils ont entendu parler, ils cherchent à le rencontrer. Jésus est heureux de voir que l’écho de son évangile atteint les pays étrangers et il sait que le moment approche où il va opérer le salut des nations, mais, il le sait également, ce salut ne se réalisera que par le triomphe de son amour sur le péché, le mal et la mort à travers sa Passion et sa Résurrection. C’est ce qui l’amène à confier aux apôtres qui ne voient pas trop ce qu’il veut dire : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.

La suite de ses propos éclaire un peu cette parole énigmatique : Amen, amen, je vous le dis, poursuit-il, : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Jésus parle ici de sa passion et de sa mort et il en parle comme de quelque chose qui va le glorifier. Cela nous choque. Pour nous, la passion du Christ  c’est quelque chose de profondément  triste et honteux. Lui qui est passé en faisant le bien, comme dit le livre des Actes des Apôtres, ils l’ont insulté, humilié, frappé, l’ont fait flageller et finalement l’ont fait mourir sur une croix entre deux bandits. Et s’il a souffert tout cela c’est à cause de nos péchés. Comme l’écrit Pascal, il pourrait nous dire : j’ai versé telle goutte de sang pour toi. Aussi la passion du Christ nous apparaît-elle comme un  crime abominable et suscite chez nous un profond sentiment de honte et de tristesse. Comment Jésus peut-il parler de sa Passion comme de quelque chose de glorieux ?  

Peut-être voyons-nous seulement l’envers de la passion du Christ, vue de notre côté. Peut-être faudrait-il voir la passion, à l’endroit, vue du côté du Christ Nous disons que ses ennemis se sont emparés de lui. Or, c’est faux, ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c’est lui qui s’est livré, par amour pour nous. Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. Par trois fois, il avait annoncé par avance à ses apôtres, sa passion, sa mort et sa résurrection et quelques jours avant que ce drame n’éclate, il leur avait  bien spécifié : Ma vie, personne ne me l’enlève, mais c’est moi qui la donne. (Jean10,18) Nous disons que le Christ mourant sur la croix est vaincu. De notre point de vue, cela paraît évident. Mais regardons les choses du côté du Christ. Pendant qu’on est en train de le tuer, il prie pour ses bourreaux : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc 23,34) Autrement dit : vous pouvez me tuer si vous voulez, mais moi, je vous aime encore. Cela veut dire que même quand est en train de le tuer, ce qui est le pire qu’on puisse faire, l’amour du Seigneur demeure, inébranlé. Rien ne peut venir à bout de son amour pour nous. La toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal et du péché. Alors qui est vaincu ? Le Christ ? ou le mal et le péché ? Même quand il meurt sur la croix,  et  alors même qu’à nos yeux il paraît vaincu, en réalité la toute puissance de son amour l’emporte sur toute la puissance du mal et du péché et  sa gloire éclate au grand jour. Vue de notre côté la passion du Christ est quelque chose d’infiniment triste et honteux : le juste est persécuté, mais nous ne voyons là que l’envers de la passion. En réalité, vue à l’endroit, du côté du Christ,  sa Passion est quelque chose d’infiniment glorieux puisqu’elle manifeste le triomphe de son amour sur le mal, le péché et la mort. En évoquant sa passion le Christ peut donc dire en toute vérité, sans qu’il n’y ait là rien de choquant : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.


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Ces Grecs qui voulaient en savoir plus sur Jésus et sur son enseignement, ils vont en avoir pour leur argent. Après avoir annoncé que l’heure du salut des nations était venue et avoir laissé entendre que cela s’accomplirait dramatiquement à travers sa passion et sa mort, Jésus poursuit : celui qui veut se mettre à ma suite devra suivre le même chemin que moi. Et ceci est encore valable pour nous aujourd’hui. St Jean l’écrira noir sur blanc dans sa première épitre : Celui qui prétend demeurer en lui, il faut qu’il marche lui-même dans la voie où lui, Jésus a marché. (1Jean 2,6) Lui, Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères.  (1Jean.3,16) Cela ne veut pas dire que nous aurons à mourir sur une croix, bien sûr. Mais cela veut dire que nous aurons à nous donner au service des autres. Car l’amour se vit dans le service de ceux qu’on aime Quand on aime quelqu’un, on est toujours à chercher ce qu’on pourrait faire pour lui faire plaisir, pour qu’il soit plus heureux, acceptant même de se gêner, de se déranger pour lui, sans que cela nous coûte, au contraire. Vous connaissez le dicton : quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Cela nous arrive d’aimer ainsi et de nous mettre en quatre pour ceux que nous aimons…Oui, mais bien souvent ceux que nous aimons c’est seulement ceux qui nous aiment ou qui nous sont sympathiques. Or le Christ nous le fait remarquer dans l’évangile : les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. (Luc,6,32) et il nous demande d’aimer nos ennemis, afin d’être comme notre Père des cieux qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. (Mt.5,44,45)

Mais c’est impossible d’avoir un parti pris de bienveillance pour tout le monde et cela tous les jours, à tout instant. Souvent, les autres, en particulier ceux qui ne sont pas proches de nous, nous ne les voyons guère comme des frères, nous les voyons comme des inconnus qui nous sont indifférents ou comme des rivaux, voire des ennemis qui suscitent notre méfiance ou notre hostilité. Il faut que le Seigneur transforme notre cœur pour que cela devienne chez nous comme un réflexe de les aimer et de nous mettre à leur service, comme lui, avec un parti-pris de bienveillance, sans faille, jamais. Profitons de cette messe pour nous offrir au Seigneur afin qu’il nous rende plus semblable à lui, ainsi que l’exprime la prière qui précède la consécration : nous te supplions, Seigneur,  de consacrer toi-même les offrandes que nous te présentons, qu’elles deviennent, c’est à dire afin que nous devenions, le corps et le sang de ton fils J.C.N.S.

Que retenir de tout cela ?

Deux choses. 1°) Parlant de sa Passion le Christ ose dire : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Au premier abord, cela nous choque, car, vue de notre côté, la passion est un crime abominable qui nous remplit de tristesse et de honte puisque ce sont nos péchés qui ont causé ce crime abominable. Pourtant, vue du côté du Christ, la Passion et la mort du Christ sur la croix révèlent sa gloire puisque c’est là à travers la passion que toute la puissance du mal et du péché est recouverte et noyée par le tsunami géant de la toute puissance de l’Amour  divin. C’est d’ailleurs pourquoi on parle de la croix glorieuse du Christ et qu’on la célèbre chaque année le 14 Septembre. Le Christ peut donc dire en parlant de sa Passion : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Il n’y a rien là de choquant.

2°) Mais St Jean nous le rappelle : Lui Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. Si nous prétendons être chrétiens, disciple du Christ, nous devons comme lui nous donner au service des autres, quels qu’ils soient. La croix, c’est le symbole du don de soi pour les autres. Pensons-y avant d’en arborer une autour du cou !


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Dimanche 10 Mars 2024

Nicodème, quoique Pharisien, était un ami de Jésus. Un jour, il prit même sa défense contre un groupe de Pharisiens qui l’attaquaient (Jean,7,51,52) et le Vendredi Saint, il se joindra aux Saintes Femmes pour son ensevelissement. Il appréciait l’enseignement de Jésus. Mais il avait envie d’en savoir plus, en particulier sur la question du salut. C’est pourquoi il se rend près de lui, mais discrètement, de nuit, pour ne pas susciter de conflits avec ses confrères Pharisiens hostiles à Jésus. Mais qu’est-ce que c’est exactement que ce salut dont on parle tout le temps ?

Dieu, dans son amour, veut que tous les hommes et le monde soient sauvés. C’est pour cela qu’il envoie son Fils sur la terre. Mais de quoi le monde a-t-il besoin d’être sauvé ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Personne n’est satisfait de la vie qu’il mène. Qu’est-ce qui nous empêche de vivre la vie que nous voudrions avoir ? Les maladies ? Oui, celles du corps, mais plus encore celles de l’âme, à savoir : le mal sous toutes ses formes : orgueil, égoïsme, envie, injustices etc. et surtout la mort qui met fin brutalement à tous nos espoirs. Les maladies du corps, on peut s’en sortir dans un certain nombre de cas, grâce aux docteurs et aux médicaments. Mais le mal et la mort, nous n’arrivons pas à nous en libérer. Le salut que le Seigneur vient nous apporter c’est justement de nous délivrer du mal et de nous faire accéder à la vie éternelle. Lui seul peut changer le cœur de l’homme et nous libérer du mal. Quant à la mort, lui seul peut nous en faire rebondir. Il nous l’a dit formellement Je suis la Résurrection et la Viecelui qui croit en moi, fût-il mort, vivra (Jean11,25) Le matin de Pâques, Jésus Christ vrai Dieu mais aussi vrai homme ressuscite. C’est lui le premier homme à entrer dans la vie nouvelle, ressuscitée, éternelle à laquelle nous sommes tous promis car, il l’a affirmé solennellement : Je veux que là où je suis, ils (mes disciples) soient eux aussi avec moi. (Jean 17,24)

Mais le Christ ne nous impose pas ce salut qu’il nous apporte. Pour recevoir ce salut, pour bénéficier de ce salut, les hommes doivent recevoir, accueillir Jésus. C’est ce qu’il explique à Nicodème et à nous aujourd’hui : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique, afin que quiconque croit en lui obtienne la vie éternelle. Mais qu’est-ce que c’est croire en Jésus Christ ? Comment en arrive-t-on à avoir la foi ? La foi on ne la trouve pas dans les magasins, on ne l’achète pas avec de l’argent, on n’y accède pas avec des diplômes. C’est un don de Dieu. C’est quoi, c’est comment quelqu’un qui a la foi ?  C’est quelqu’un dont le cœur et l’intelligence sont profondément touchés par la personne du Christ et par son Evangile au point que, bouleversé et séduit il veut devenir son disciple et adopte l’évangile comme règle de vie. Comment en est-il arrivé là ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        

Il a fallu que Dieu s’approche de lui qu’il se mette à sa portée, qu’il touche son intelligence et plus encore son cœur et sa volonté, parce que par nous-mêmes nous ne pouvons pas rejoindre Dieu, le comprendre. Dieu est plus grand que notre cœur dit St Jean (1Jean 3,20). Il dépasse notre intelligence : Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées (Isaïe 55,9). Si nous avons un peu la foi, c’est que Dieu s’est intéressé à nous. Cela ne lui rapporte rien, il n’a pas besoin de nous, mais il est comme ça, il ne peut pas s’en empêcher : il nous aime ……Il s’en expliqué un peu là-dessus il y a longtemps, du temps d’Isaïe : ne crains pas car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom… parce que tu comptes beaucoup à mes yeux, que tu as du prix et que moi, je t’aime. (Isaïe 43,1,4) Pour être sauvé, il faut croire en lui, accepter d’être aimé. Comme autrefois le serpent de bronze élevé sur un étendard sauvait les Hébreux atteints de la morsure mortelle des serpents, s’ils levaient les yeux  


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vers lui, de même aujourd’hui le Christ élevé sur la croix sauve les hommes de la blessure mortelle de l’esprit du mal et de la mort, s’ils s’en remettent à lui.

Pourtant beaucoup n’accueillent pas le Christ et ne sont pas intéressés par le salut qu’il leur offre. Pourquoi ? Quelquefois, frappé par une ou plusieurs épreuves particulièrement pénibles on perd la foi. Accablé par la souffrance on estime un peu vite : si vraiment il y avait un Dieu, il ne permettrait pas que tant d’épreuves me frappent Mais le plus souvent accaparés par une recherche passionnée de « pouvoir » ou d’ « avoir » pour tout de suite, petit à petit, nous oublions les buts plus lointains de toute vie humaine, On veut devenir président du club de foot ou recteur de l’université, acquérir un diplôme ou diriger une entreprise, conquérir l’Ukraine ou diriger l’Amérique. Ou encore on désire gagner toujours plus d’argent pour se procurer ce dont on rêve : une voiture électrique ou des vacances au bout du monde, un manteau de fourrure ou une cuisine équipée. Dieu, la vie éternelle, cela nous paraît bien lointain, douteux, fumeux, jusqu’à disparaître complètement de nos préoccupations. Du coup, le dimanche matin, il nous paraît beaucoup plus intelligent et en tous cas beaucoup plus utile de promener le chien, de faire du jogging ou de faire ses courses au supermarché plutôt que d’aller à la messe. Nos ambitions d’ici-bas, avoir une bonne situation, suffisamment d’argent, des enfants bien élevés, un logement correct et une vie tranquille où on ne fait de mal à personne,  c’est très bien. Il n’y a rien de mal dans tout cela. Mais le Seigneur qui nous aime veut davantage pour nous. Allons-nous saisir la chance qui nous est offerte ou allons-nous rester recroquevillés dans nos univers tronqués ? Est tronqué, dit le dictionnaire Larousse, ce dont on a retiré une partie essentielle.

Parfois on se réveille trop tard de son engourdissement. Je pense à ce cas tragique : au chevet d’un homme d’une trentaine d’années qui, suicidé, git sur un lit d’hôpital, en état de mort cérébrale, sa famille pourtant incroyante, éplorée, demande à l’aumônier de le baptiser. Impossible…On ne baptise pas un mort. On ne baptise pas un incroyant. Comment le Seigneur jugera-t-il ce malheureux en état de mort cérébrale pour qui sa famille, incroyante, demande pourtant le baptême ? Personne ne peut le dire. D’un côté la parole du Christ est sans appel : celui qui ne croit pas est déjà jugé du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Mais d’un autre côté, il y a la miséricorde illimitée du Seigneur. C’est pourquoi il y a, me semble-t-il, des  raisons de croire qu’il tiendra compte du désir exprimé par cette famille de voir leur parent baptisé. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas attendre la dernière minute pour se mettre à écouter la voix du Seigneur. Cela me préoccupe de voir tant de gens attendre d’être dans leur cercueil pour entrer à l’église.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui vient nous secouer. Alors que nous nous débattons péniblement jour après jour, incapables de faire le bien que nous aimons et faisant le mal que nous n’aimons pas, le Seigneur nous propose de nous sauver de cette situation précaire Alors que nous nous enfermons dans nos soucis et nos projets à courte vue, le Seigneur vient nous proposer de nous sauver, en nous sortant de nos perspectives et de notre univers étriqués pour nous ouvrir l’accès à une vie éternelle. Vois, nous dit-il dans la Bible au livre du Deutéronome, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu gardes ses commandements, ses lois, ses coutumes, tu vivras. Mais si ton coeur se dévoie, si tu n’écoutes pas, alors tu périras………………Choisis donc la vie, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui, car là est la vie. (Deut. 30,15,16…19,20) A chacun de décider.


Dimanche 3 Mars 2024 Beaucamps sur Ligny

La colère est un péché, c’est même un des sept péchés capitaux. Or l’évangile d’aujourd’hui nous montre Jésus se mettant violemment en colère et ce n’est pas la seule fois que cela lui est arrivé. Dans un certain nombre d’occasions il a réagi avec colère contre les incrédules, ceux qui manquaient à la miséricorde et surtout contre les Pharisiens qu’il traitait d’hypocrites et de race de vipères. Pourtant le Christ est sans péché ! Alors ?

Commençons par regarder la scène. Cela se passe au Temple. Le Temple, ce n’est pas un bâtiment genre cathédrale ou basilique, c’est un espace d’environ 400m de long sur 300m de large, comprenant plusieurs esplanades ou parvis, il comporte aussi des sanctuaires, notamment celui qui abrite l’Arche d’Alliance, symbole de la présence de Dieu au milieu de son peuple et un autel surélevé en plein air sur lequel on offrait les sacrifices. C’est pourquoi il y a sur place des marchands qui vendent des bœufs, des moutons et des colombes destinés aux sacrifices, ainsi que des changeurs pour changer l’argent des Juifs venant de l’étranger en monnaie locale. Autrefois tout ce commerce avait lieu dans la vallée du Cédron ou sur les pentes du Mont des Oliviers, mais petit à petit il avait envahi les parvis à l’intérieur même du Temple. Jésus, indigné de voir le Temple, la maison de son Père, transformé en maison de commerce, se met en colère, renverse les tables des changeurs et chasse les marchands à coups de fouet. Comment peut-il agir ainsi lui qui nous enseigne : on vous a dit Tu ne commettras pas de meurtre; celui qui commettra un meurtre en répondra devant un tribunal et moi je vous dis: quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ? (Mt.5,22)

St Paul a une expression surprenante : Mettez-vous en colère, dit-il, mais ne péchez pas. (Eph.4,26) Y aurait-il des colères qui ne seraient pas des péchés ? C’est vrai qu’on parle parfois de saintes colères… Que faut-il pour que la colère ne soit pas péché ? On estime généralement que trois conditions sont nécessaires 1°) Il faut qu’elle ait une cause juste, par exemple réagir contre une injustice. Non seulement ce n’est pas un péché de se mettre en colère pour rétablir la justice, mais c’est un devoir. St Jean Chrysostome va même jusqu’à écrire : celui qui ne se met pas en colère quand il y a une cause juste pour le faire commet un péché. 2°) D’autre part pour que la colère ne soit pas un péché, il faut que le mouvement de colère ne soit pas disproportionné. Il arrive malheureusement qu’une dispute banale se termine par un meurtre parce que l’un des protagonistes se laisse entraîner trop loin. L’équilibre est difficile à garder pour tout le monde. Ceux qui ont un tempérament trop ardent et voient partout des raisons valables de s’insurger auraient intérêt à pencher du côté de la douceur. Au contraire ceux qui sont plutôt mous auraient intérêt à prendre quelquefois le parti de la force. 3º) il faut aussi garder une intention droite dans sa colère, c’est-à-dire viser à ramener le bien et la justice et non pas se laisser guider par un esprit de méchanceté ou de haine, de vengeance ou de rancune. Une maman qui se met en colère contre son enfant qui fait des bêtises n’a pas de haine contre son enfant, c’est au contraire parce qu’elle l’aime qu’elle se fâche contre lui.

Donc se mettre en colère, c’est un péché, …mais pas toujours !

Ne pas se mettre en colère, c’est bien… mais pas toujours. Parfois c’est même un péché !

Bienheureux les doux, a dit le Christ, mais il n’a pas dit Bienheureux les mous. Il est miséricordieux mais pas complaisant. La charité ce n’est jamais laisser tout faire sans réagir. Comme l’écrit Bernanos : le Christ n’a jamais dit : Vous êtes le miel de la terre (Journal d’un Curé de Campagne). Il a dit : Vous êtes le sel de la terre (Mt.5,13) et le sel, cela pique et parfois même cela brûle.

Quoi qu’il en soit, les apôtres approuvent la colère de Jésus où ils voient une manifestation de respect pour la maison de Dieu, de la part de quelqu’un que dévore le zèle pour la maison de Dieu, comme dit le psaume (ps.69,10). Mais les Juifs protestent énergiquement : quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? c’est-à-dire : de quelle autorité te permets-tu de causer du désordre dans le sanctuaire ? Jésus répond en parlant d’un autre sanctuaire : son corps, qui est comme le Temple de Jérusalem et mieux que le Temple de Jérusalem la demeure de Dieu. Et il proclame : Détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai, ce qui veut dire : Vous pouvez détruire le sanctuaire que je suis (allusion à sa Passion) et en trois jours je le relèverai (allusion à sa Résurrection).

Les Juifs qui ne pouvaient pas saisir ces allusions trouvent la réponse de Jésus ridicule. La portée prophétique des propos de Jésus leur échappe. Jésus annonce les temps nouveaux : bientôt, après Pâques, le sanctuaire de Dieu parmi les hommes, ne sera plus dans les pierres du Temple mais dans la présence du Christ ressuscité parmi les hommes. Ce que nous rapporte cette page d’évangile, c’est beaucoup plus qu’une bagarre dans le Temple de Jérusalem, c’est l’annonce de l’avènement des Temps Nouveaux. Désormais, la présence de Dieu parmi les hommes n’est plus ici ou là dans des pierres, mais partout où le Christ ressuscité est présent, c’est à dire en chaque baptisé.

Pour nous aujourd’hui, en 2024, en ce moment même, cela signifie que le Christ est présent parmi nous de deux manières dans le saint Sacrement, dans le tabernacle de cette église et en chacun de nous qui sommes baptisés. Ce qui confère un caractère sacré à chacun de nous comme le disait St Paul aux Corinthiens : Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous et qui vous vient de Dieu ? …Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous… Le temple de Dieu est sacré et ce temple, c’est vous. (1 Cor.6,17 et 3,16,17) D’où le devoir qui nous incombe de bien traiter notre corps, de ne pas le mettre en danger dans des comportements dangereux où nous risquons des accidents, ne pas le détruire en s’adonnant à l’alcool ou aux stupéfiants. Bien traiter notre corps c’est aussi bien manger avec reconnaissance envers le Seigneur qui nous donne de bons aliments et du talent pour les cuisiner et qui nous permet de vivre dans un pays où on ne connaît pas la famine. Bien traiter notre corps, c’est aussi bien s’habiller. Un jour quelqu’un m’a dit j’estime, mon Père que l’élégance, pour une femme, c’est une question de politesse, même vis-à-vis du Père Éternel. Une femme bien habillée, fait honneur au Seigneur qui nous donne de beaux tissus, du bon goût pour les tailler les couper et les coudre. En même temps, elle se fait plaisir, son mari est fier de voir sa femme bien habillée et ses enfants sont heureux de voir leur maman bien mise. Cela ne justifie pas…

Que retenir de tout cela ?

A propos de la colère en général. Se mettre en colère, c’est un péché, mais pas toujours. Parfois, c’est un devoir. Le tout, c’est que 1°) la colère ait une cause juste, comme de réagir contre une injustice. 2º) que la réaction ne soit pas disproportionnée. 3°) que la colère vise toujours au retour du bien et de la justice et jamais animée par la rancune, la haine ou la vengeance. Ne pas se mettre en colère, c’est bien, mais pas toujours. Quelquefois c’est même un péché parce que la charité ne consiste pas à laisser faire n’importe quoi sans réagir.

A propos des colères du Christ. Le Christ est bon et miséricordieux… Mais n’allons pas l’imaginer comme quelqu’un qui ne fait pas de vagues, toujours calme, serein, impassible quelles que soient les circonstances. Il s’indignait avec véhémence devant le mal. Il ne mâchait pas ses mots devant et se mettait en colère quand il le fallait, intransigeant vis-à-vis du péché mais indulgent pour le pécheur. Il avait le cœur tendre et l’esprit ferme, alors que nous trop souvent nous avons le cœur dur et l’esprit mou. Mais surtout cet évangile nous rapporte beaucoup plus que le récit d’une bagarre dans le Temple. C’est l’annonce par le Christ des temps nouveaux où la présence de Dieu parmi les hommes n’est plus dans les pierres d’un Temple, mais partout où le Seigneur ressuscité est présent par son Esprit, c’est-à-dire en chaque baptisé. Il est avec nous, en nous, tous les jours jusqu’à la fin des temps. A nous de rester avec lui.

Dimanche  25  Février 2024

Pourquoi Jésus a-t-il voulu se montrer transfiguré ? Il voulait réconforter ses apôtres profondément troublés par l’annonce qu’il venait  de leur faire qu’il allait souffrir beaucoup, être mis à mort et qu’il ressusciterait trois jours après. Pierre, scandalisé, l’avait même pris à l’écart pour le reprendre :Dieu t’en préserve, Seigneur, cela ne t’arrivera pas. Mais il s’était fait durement remettre en place : Retire toi ! Derrière moi, Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes (Mt.16,22,23) Pourtant, quelques jours auparavant, devant tous les apôtres, Jésus l’avait félicité de l’avoir reconnu comme Messie, Fils de Dieu : Heureux es tu, Simon… c’est mon Père dans les cieux qui t’a révélé cela et il lui avait annoncé qu’il serait chef de l’Église : Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église…je te donnerai les clés du Royaume des Cieux. (Mt.16,17-19) Or voilà qu’aujourd’hui, il le met plus bas que terre. Pierre est désorienté, triste et découragé, et tout le groupe des apôtres aussi. Jésus,  qui s’en rend compte, veut les réconforter. C’est pourquoi il va se montrer à eux dans sa gloire, la gloire qui était la sienne avant son incarnation, dont il s’était séparé en se faisant homme et qu’il va retrouver après sa Résurrection et son Ascension.

Il emmène avec lui trois de ses apôtres, Pierre Jacques et Jean, sans doute les plus influents. Ce sont eux seuls qu’il laissera entrer avec lui dans la chambre de la fille de Jaïre qu’il ramènera à la vie (Marc 5,35-37) et ce sont eux encore qui seront seuls témoins de son agonie (Marc 14,32-34). Il les emmène sur une haute montagne et leur apparaît transfiguré, le visage et les vêtements resplendissants, en compagnie de Moïse et Elie, les deux plus grandes figures de l’Ancien Testament. Ce qui va se passer alors évoque ce qui a pris place au Sinaï autrefois. Qu’est-ce qui s’est passé au Sinaï ? Dieu est apparu à Moïse et lui a donné, le décalogue, les dix commandements, la Loi. Qu’est-ce qu’il se passe à la Transfiguration ? La nouvelle alliance en Jésus entre Dieu et les hommes, ainsi que la Loi nouvelle vont être proclamées par la voix sortant de la nuée dans le ciel déclarant solennellement : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. Le miracle de la Transfiguration authentifie le Christ comme l’envoyé du Père, qui prend le relais des prophètes pour apporter le salut aux hommes et les faire entrer dans la vie nouvelle. 

A la transfiguration du Christ s’ajoute donc une théophanie, c’est-à-dire une manifestation de Dieu qui, sans apparaître sous une forme humaine, fait entendre sa voix depuis la nuée et délivre un message aux hommes, comme autrefois au Sinaï. Dans l’Écriture, la nuée manifeste la présence de Dieu. Rappelez-vous la nuée qui guidait les Juifs sortis d’Égypte dans leur marche vers la Terre promise. Déjà très impressionnés par la Transfiguration du Christ, St Mt. nous rapporte que les trois apôtres, terrifiés par cette manifestation de  Dieu tombèrent la face contre terre (17,6) car l’Exode enseignait  que l’homme ne peut voir Dieu et rester vivant. (33,20) mais Jésus les rassure : relevez-vous, soyez sans crainte, avant de leur faire promettre de ne rien raconter à personne de ce qu’ils avaient vu jusqu’à ce qu’il ressuscite d’entre les morts. Ils respectèrent la consigne sans toutefois comprendre ce que Jésus entendait par ressusciter des morts.

Mais que le Christ soit transfiguré ou non, qu’est-ce que cela change pour nous ?  Il faut bien voir que la Transfiguration ne touche pas que la seule personne du Christ. C’est le corps d’homme du Christ qui a été transfiguré. Cela veut dire que nous, qui sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes promis à cette même transfiguration dans notre humanité. Sans compter que dès maintenant, la grâce de la vie nouvelle du Christ ressuscité que nous avons reçue au baptême agit en nous, jour après jour, pour nous transformer, nous transfigurer  toujours davantage en Christs comme St Paul l’explique aux Corinthiens : nous tous qui réfléchissons comme en un  miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est  esprit. (2 Cor.3,18)… en attendant de nous retrouver définitivement transformés, à la fin des temps, car notre cité  à nous est dans les cieux d’où nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus Christ qui transfigurera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps de gloire (Phil.3,20) dit encore St Paul aux Philippiens.

La Transfiguration du Christ en nous révélant toute l’ampleur de notre destinée, nous empêche de nous laisser enfermer dans les préoccupations immédiates dont nous devons nous occuper et qui ne peuvent pas attendre : préparer le dîner, suivre la scolarité des enfants, ne pas oublier le contrôle technique de la voiture, etc. Mais l’évangile d’aujourd’hui nous le rappelle : il n’y a pas que cela. Nous sommes bien d’accord mais ce n’est pas facile à gérer. Nous sommes entraînés malgré nous dans une course de plus en plus rapide à l’argent et au pouvoir, où l’autre n’est pas un prochain à aimer mais un concurrent à éliminer ou un rival à supprimer. Chaque jour il faut se battre pour défendre son petit espace et celui de sa famille. Ce n’est pas que ça nous plaise, mais nous ne pouvons pas faire autrement. Tout le monde, rêve de s’échapper de ce monde-là et cherche désespérément autre chose. Le Christ et l’évangile nous offrent cet « autre chose » qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Un jour où certains le quittaient Jésus demanda à ses apôtres Et vous, vous allez partir, vous aussi ? Alors St Pierre répondit : Seigneur, à qui irions –nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.  (Jean 6,68)

Que retenir de tout cela ?

Le Christ a voulu se montrer transfiguré à ses trois de ses apôtres pour raffermir leur foi durement ébranlée par l’annonce qu’il leur avait faite de sa Passion à venir. Le miracle de la Transfiguration authentifie le Christ comme l’envoyé du Père venu nous apporter le salut.

Pour nous aujourd’hui, la Transfiguration du Christ  révèle toute l’envergure de notre destinée. Nous qui sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes promis à cette même transfiguration. St Paul nous dit même que cette transfiguration  est déjà en cours car nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit.

Les tentations de Jésus Dimanche  18  Févier 2024    Fournes

Jésus vient de recevoir le baptême de Jean. Poussé par l’Esprit il se rend au désert où il va rester quarante jours pour être tenté par le diable nous dit l’évangile de St Mt. Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi va-t-il au désert pour être tenté par le démon ? Pour que le salut soit total et la rédemption parfaitement accomplie, le Christ doit vaincre le démon et c’est en triomphant des tentations qu’il le vaincra. De plus, en  revivant dans le désert de Juda pendant quarante jours les tentations que l’ancien Israël a connu dans le désert du Sinaï pendant quarante ans, Jésus,  tel un nouveau Moïse, va accomplir le nouvel Exode et conduire l’Israël nouveau vers la vie nouvelle. En terminant  son récit, St Marc souligne que Jésus  vivait parmi les bêtes sauvages et que les anges le servaient. Pourquoi  ? Cette familiarité de Jésus avec les bêtes sauvages correspond à la description idyllique des temps messianiques dressée par Isaïe le loup habitera avec l’agneau…le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira (11,6) Et les anges servant le Seigneur présentent le Messie comme l’Homme Nouveau vivant en parfaite harmonie avec le ciel comme avec la terre.En quelques phrases St Marc présente Jésus comme le Messie, venant en continuité parfaite avec Moïse et l’Ancien Testament.  

Sa toute première prédication : Convertissez-vous reprend celle de Jean Baptiste qui prêchait un baptême de repentir pour le pardon des péchés. Ce mot d’ordre du Christ s’adresse à nous aujourd’hui tout autant qu’à ses auditeurs d’il y a deux mille ans. Mais qu’est-ce que cela veut dire exactement : Convertissez-vous ? Le mot grec métanoeïté employé ici veut dire changement de mentalité et retour vers Dieu. Il s’agit donc d’une démarche ouvrant sur l’avenir alors que la  pénitence et le repentir désignent une démarche plutôt tournée vers le passé puisqu’ils consistent surtout à regretter les fautes passées.  Quand le Seigneur nous ordonne : convertissez-vous, il nous demande plus que de nous repentir des fautes du passé, il nous demande de pousser ce repentir jusqu’à changer de vie.  Ce mot d’ordre du Christ : Convertissez-vous, tombe à point en ce premier dimanche de carême. Le carême, c’est une période de quarante jours pendant laquelle nous sommes invités à nous reprendre pour vivre mieux en chrétiens et repartir à Pâques, renouvelés, renforcés dans notre communion avec le Christ commencée le jour de notre baptême.

            Qu’est-ce qui ne va pas, qu’est-ce qu’il faudrait changer dans notre manière de vivre pour revenir vers Dieu et vivre mieux en chrétiens ?  C’est à chacun de voir. Si vous trouvez que c’est trop difficile, si vous ne voyez pas ce qu’il faudrait changer dans votre vie, demandez à un de vos proches, à votre mari, à votre femme, vous verrez, on vous  dira tout de suite quoi faire !

                                        Mais outre cette conversion personnelle spéciale à chacun, je crois qu’il y a une conversion que nous sommes tous appelés à faire, c’est de ne pas séparer notre vie chrétienne de notre vie tout court. Sans vouloir délibérément orienter notre vie dans un sens opposé à l’évangile, nous sommes peut-être souvent de ceux qui mènent leur vie sans trop s’occuper de la volonté de Dieu. Impossible de penser à Dieu du matin au soir, bien sûr !  Quand on est au volant de sa voiture,  il faut regarder la route.  Il faut être présent à ce qu’on fait. Mais est-ce que pris par ce que nous faisons, nous ne sommes pas la plupart du temps coupés de Dieu, déconnectés, séparés de lui ? Nous sommes tentés de penser, bien à tort, que c’est seulement de temps en temps, lors d’un petit moment de prière dans la journée et à la messe du dimanche  que nous sommes unis  à Dieu. Et cela ne fait pas beaucoup……

 Comment faire pour que nos activités ne nous coupent pas de Dieu ? Comment rester en communion avec lui jusque dans les occupations qui remplissent nos journées ? Voilà quel pourrait être notre effort de carême. Il faudrait nous mettre dans la tête une bonne fois pour toutes que  la vie chrétienne n’est pas quelque chose de rajouté par-dessus la vie personnelle, familiale ou professionnelle, un peu comme on rajoute une couche de sucre glacé par-dessus un gâteau. La vie chrétienne est DANS  la vie ordinaire. La vie chrétienne, c’est vivre d’une certaine manière tous les instants de la vie ordinaire. Le jour de notre baptême, nous avons reçu la vie du Christ. Désormais toutes nos activités au long de nos journées sont contaminées par le divin qui est en nous. Il n’y a jamais rien de profane dans nos vies. Même si tout peut être profané par l’orgueil, la volonté de dominer les autres ou la frénésie  de gagner de l’argent par n’importe quel moyen, ce qui nous conduit à penser que le travail nous coupe de Dieu et que seule la prière nous permet d’être en communion avec Dieu. Mais cela est totalement faux. Le travail, l’activité humaine  sont aussi un moyen d’être en communion avec Dieu.

Comment cela ? Eh bien, le travail c ’est quoi ? C’est ce qui  permet à un homme ou une femme de gagner sa vie, de subvenir aux besoins de sa famille. Or cela ne  nous  coupe pas de Dieu, au contraire, on accomplit une tâche que Dieu nous a confiée, le travail   permet de répondre à la vocation de père ou de mère de famille à laquelle on a été appelé. De plus quand je travaille, je mets en œuvre l’intelligence et les talents que le Seigneur m’ a donnés. Je ne suis pas coupé de Dieu, Dieu travaille avec moi. De plus, tout travail comporte une part de service des autres, que ce soit le travail d’une maîtresse de maison qui prépare le repas de la famille, d’un médecin qui soigne des malades ou d’un instituteur qui apprend à lire à des enfants. Or ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait.(Mt.25,40)Et puis enfin tout travail continue et prolonge l’œuvre du créateur. Là où il n’y avait qu’un terrain vague, il y a maintenant un champ de blé ou un groupe d’habitations. Il est donc juste de dire que le travail et les activités humaines ne nous coupent pas de Dieu. Ils sont, comme la prière, mais d’une autre manière, une façon de rester en union avec Dieu.

Malheureusement nous n’en sommes guère conscients. Il faut dire que trop souvent l’orgueil, la volonté de dominer les autres ou la passion de l’argent font du travail un enfer ; la vie personnelle du travailleur, sa vie de famille et la société qui l’entoure sont ravagées. On ne peut plus, dans ces conditions voir le travail comme un moyen de rester uni à Dieu ; On ne voit plus que le mal et les souffrances qu’il charrie avec lui. De plus, on n’ose pas reconnaître la sainteté du travail. Avez-vous jamais vu une représentation de Notre Dame en train de faire la cuisine ou le ménage ? Pourtant elle n’était pas moins sainte lorsqu’elle faisait la soupe que lorsqu’elle était en prière. Notre effort de carême pourrait être de nous efforcer de changer notre regard pour aller jusqu’à redécouvrir le sens profond et la valeur devant Dieu de notre travail.

Que retenir de tout cela ?

Les élégantes surveillent leur ligne et de temps en temps s’imposent de suivre un régime. Le carême c’est un temps où nous sommes invités à surveiller notre ligne de conduite chrétienne et à nous mettre au régime si nécessaire. Où en suis-je ? Est-ce qu’il y a suffisamment de moments de prière dans ma vie ? Est-ce que nous prions quelquefois en famille ? Qu’est-ce qu’il faudrait que je change dans mes manières de faire ? A chacun d’établir son régime. Comme on supprime  les féculents et  les matières grasses, supprimer les mouvements de colère ou une certaine paresse.

Mais surtout veiller à ne pas séparer ma vie chrétienne de ma vie tout court. La vie chrétienne est DANS la vie ordinaire, c’est vivre d’une une certaine manière tous les instants de la vie ordinaire. Depuis le jour de notre baptême, le Christ est vivant en nous. Nous sommes en communion avec lui à chaque instant. Même quand je travaille, il est là, il travaille avec moi. Dans ma  vie, rien n’est profane, mais tout peut être profané, si je ne fais pas attention.

Dimanche  11  Février  2024

Ce qui nous frappe tout de suite dans ce récit, c’est la foi et la détermination du lépreux. Il se jette aux pieds de Jésus et le supplie : Si tu le veux, tu peux me purifier. Il ne doute pas que Jésus puisse le délivrer de sa lèpre. En bon croyant, il ne demande même pas sa guérison, mais sa purification, car on croyait alors que la lèpre était le châtiment divin d’un péché grave et rendait impur celui qui en était frappé. Sa foi lui donne le courage de se mélanger à la foule et de s’approcher de Jésus, alors que selon la Loi, les lépreux devaient se tenir à l’écart, habiter hors des villages où il leur était interdit d’entrer et si quelqu’un s’approchait d’eux sur le chemin, ils devaient l’avertir de s’écarter en criant : impur ! impur ! Jésus, bouleversé de voir ce malheureux qui le supplie à genoux, étendit la main, le toucha et lui dit je le veux, sois purifié. Non seulement Jésus l’a laissé approcher sans lui faire de reproches, mais il l’a touché, ce qui était formellement interdit. Personne n’a songé à protester. Tout le monde était fasciné de voir le lépreux soudainement guéri.

Mais alors que jusqu’ici Jésus avait eu envers le lépreux une attitude bienveillante, il va maintenant se montrer brusque Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt (et le mot grec employé ici signifie il le chassa) va te montrer aux prêtres, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit. Pourquoi se montrer aux prêtres ? Parce que les prêtres exerçaient la fonction d’officiers de santé, eux seuls pouvaient attester officiellement de la guérison des lépreux et les autoriser à reprendre une vie normale dans la société. Mais pourquoi le Seigneur chasse-t-il le lépreux en lui demandant de ne rien dire à personne ? C’est que le peuple avait du Messie et de sa mission une conception quasi mythique. On pensait que le Messie mettrait fin à l’occupation romaine et restaurerait la royauté d’Israël, qu’il ferait disparaître de la terre tous les maux, (famine, maladies, mort) et qu’il restaurerait le paradis terrestre. Jésus ne veut pas qu’on ait cette vision de sa personne et de sa mission. Il ne veut pas être pris pour un guérisseur. C’est pourquoi Jésus renvoie le lépreux en lui demandant de ne rien dire à personne.  

Et pourquoi le Seigneur ajoute-t-il : cela sera pour les gens un témoignage. Témoignage de quoi ? Témoignage de la présence agissante de Dieu. Car on pensait la guérison de la lèpre était réservée à Dieu seul. Lui qui l’avait envoyée comme un châtiment, était le seul à pouvoir en délivrer. Donc, quand Jésus renvoie le lépreux en lui disant ce sera pour eux un témoignage, cela veut dire : maintenant, va t’en ; te voir guéri sera pour les gens un témoignage, une preuve, que le Messie est arrivé au milieu d’eux.

Une fois encore, dans ce récit de guérison, l’attitude de Jésus nous étonne. Pourquoi chez lui ce parti-pris constant envers les pauvres, les pécheurs, les malades, les malheureux, les exclus ? Pourquoi se laisse-t-il approcher par un lépreux rejeté par tous, exclu de la société ?  Sa maladie, repoussante, faisait fuir et en plus, on se demandait quel horrible forfait il avait pu commettre pour que Dieu l’ait frappé ainsi. Jésus lui, saisi de compassion, viole les interdits, ose affronter les regards hostiles et la désapprobation de tous, il accueille ce lépreux, allant jusqu’à le toucher et le guérit. Nous avons du mal à saisir tout le poids de ses paroles quand il nous dit : je suis venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc 19,10). Nous avons du mal à comprendre que notre Dieu est un Dieu aimant. La préoccupation de ceux qui vont mal ne le quitte pas et il est toujours en train de chercher à leur venir en aide : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux est le pauvre et le cœur contrit nous disait -il déjà dans Isaïe (66,1).  

Tout cela nous invite à nous interroger sur notre comportement envers les malades, surtout aujourd’hui en ce dimanche de la santé. Si nous voulons être chrétiens il faut nous comporter envers les malheureux et les malades comme le Christ. Où en sommes-nous ? En allant visiter et porter la communion aux personnes âgées, isolées et malades de la paroisse, j’ai pu me rendre compte qu’elles n’étaient pas abandonnées. Tant mieux ; mais soyons attentifs. Est-ce que nous en faisons assez ? Est-ce que nous n’oublions personne ? Peut-être que nous pourrions prier davantage pour eux ou avec eux. Est-ce que nous pensons à leur rendre visite de temps en temps ?

Et puis pensons à toutes les personnes : médecins, infirmiers, infirmières, et autres personnels de santé qui se dévouent auprès des malades dans des conditions pas toujours idéales. Vous avez sûrement remarqué, comme moi, que lors des grèves récentes les infirmiers et infirmières ne revendiquaient pas seulement des augmentations de salaire ou des aménagements du temps de travail, mais ils demandaient aussi de pouvoir passer davantage de temps aux côtés des malades, pour parler avec eux et les accompagner dans leurs souffrances Nous avons la chance en France, même si tout n’est pas parfait, d’avoir à peu près partout des médecins compétents, des hôpitaux bien équipés, des médicaments, et un système de sécurité sociale qu’on nous envie à l’étranger. Nous ne réalisons pas les chances que nous avons. Ce dimanche de la santé nous rappelle, si nous l’avions oublié, le devoir qui est le nôtre de prier pour tous ceux qui oeuvrent dans les services de santé … et de leur manifester notre estime et notre reconnaissance, lorsque nous avons recours à leur dévouement.

Mais que notre reconnaissance aille aussi et d’abord au Seigneur. Nous sommes bouleversés en voyant dans l’évangile le Christ approcher le lépreux, le toucher et le guérir. Eh bien aujourd’hui encore, toujours pas rebuté par la lèpre du péché qui nous contamine, le Seigneur étend la main, touche les lépreux que nous sommes et nous rend capables de faire le bien. Prenons le temps de regarder les merveilles que réalisent les docteurs, les chirurgiens, les ingénieurs, grâce aux talents que le Seigneur leur a donnés. Prenons le temps de chercher à reconnaître la présence du Seigneur et l’action de sa main bien-faisante, qui fait le bien dans nos cœurs et dans nos vies. Et aujourd’hui dans notre messe, présentons tout cela au Seigneur avec reconnaissance.

Que retenir de tout cela ?

D’abord la foi et la confiance du lépreux qui ose s’approcher de Jésus et lui demander sa guérison. Le Seigneur n’impose pas ses bienfaits. Dans la délicatesse de son amour, Il veut que nous nous approchions de lui qui s’approche de nous, pour lui demander avec confiance ce qu’ il s’apprête déjà à nous donner.

Aujourd’hui encore, le Seigneur, toujours pas rebuté par la lèpre du péché qui nous contamine, continue à s’approcher de nous Tâchons de ne pas freiner l’action de sa main bien-faisante qui  délivrant nos cœurs de tout mal nous rend capables de mettre un peu plus de paix , de justice et de charité dans notre monde.



  Dimanche  4  Février  2024                     Beaucamps

C’était un jour de sabbat. Sortant de la synagogue où il venait d’enseigner Jésus entre avec ses disciples chez Simon et André. Leur belle mère est alitée avec la fièvre. Mis au courant, Jésus la guérit. Le bruit de cette guérison se répand dans la ville et le soir venu, on se presse à la porte pour écouter Jésus tandis que les malades et les possédés accourent pour se faire délivrer de leurs maux. Il va en guérir beaucoup. Toutes ces guérisons miraculeuses comportent bien des ambigüités et du côté des malades et du côté de Jésus. Essayons d’y voir un peu plus clair.

Les malades qu’est-ce qu’ils veulent ? Se faire guérir. Bien sûr, mais pas seulement. Car pour eux, une maladie n’est jamais un pur désordre physique, elle a toujours un lien avec le péché. Parfois même, comme dans le cas de la lèpre, elle est considérée comme une punition divine. Si bien que lorsqu’ils demandent la guérison d’une maladie, ils demandent peut-être en même temps une certaine purification spirituelle.

 Et Jésus, quel est son but lorsqu’il guérit les malades ou délivre les possédés ?  Pris de pitié, il veut soulager leur souffrance, mais en même temps il veut leur donner un signe, une preuve de sa présence, de la présence de Dieu au milieu d’eux. Et cela on ne le voit pas parce qu’on en reste à l’aspect prodige du miracle et au bienfait immédiat qu’il apporte. Jésus le reprochera durement à la foule qui le rejoint, le lendemain de la multiplication des pains : Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé du pain à satiété. (Jean 6,26 ) Dans un miracle, il y a toujours un prodige. Sur une simple parole de Jésus la maladie disparait, le démon est chassé. C’est tellement impressionnant qu’on en reste là. Or pour Jésus un miracle, c’est plus qu’un simple prodige ; c’est, au-delà du prodige et à travers ce prodige, un signe accordé à quelqu’un qui a déjà un peu la foi, afin que, éclairé par ce signe il reconnaisse la présence de Dieu dans sa vie et soit plus uni à lui. D’ailleurs Jésus dit souvent à celui qu’il guérit ta foi t’a sauvé (Mt.9,22) ou qu’il soit fait selon ta foi (Mt.9,29) Et sans la foi, Jésus ne fait pas de miracles. St.  Mt nous rapporte qu’au cours d’une de ses visites à Nazareth, il ne fit pas beaucoup de miracles parce qu’ils ne croyaient pas.  (Mt.13,58 ) 

 Pour Jésus les miracles c’est aussi une manière d’exercer son ministère, c’est une prédication par gestes : multiplier les pains, c’est une manière de dire par gestes : Je suis le pain de vie (Jean 6,48) ; guérir un aveugle, c’est dire par gestes Je suis la Lumière du monde (Jean 8, 12) ; ressusciter un mort, c’est dire par gestes : Je suis la Résurrection et la Vie (Jean 11,25 ).

Donc, quel est le but de Jésus lorsqu’il fait un miracle ? C’est d’apporter un signe, une preuve que Dieu est présent, agissant au milieu de nous, à travers le bienfait accordé, une guérison par exemple Au fond, le véritable miracle, ce n’est pas une guérison, du pain multiplié, une tempête apaisée, mais à travers la guérison, le pain multiplié, la tempête apaisée, la présence du Seigneur au milieu de nous. Malheureusement presque toujours on en reste au bienfait accordé et au prodige. C’est à cause de de ces graves malentendus que Jésus s’entoure de précautions quand il fait des miracles. Souvent il emmène le malade à l’écart avant de le guérir et lui commande sévèrement (Mt.9,30) de ne rien dire à personne. Il ne veut pas qu’on le prenne pour un Messie aux pouvoirs impressionnants voire terrifiants. Il est venu révéler un Dieu Amour.

Mais l’évangile d’aujourd’hui ne nous parle pas seulement de la guérison de la belle-mère de Pierre. En nous rapportant comment, le lendemain matin bien avant l’aube, Jésus se rendit dans un endroit désert pour prier, il nous apprend quelque chose de fondamental sur la prière. Il n’avait pas besoin de l’aide ou du pardon de Dieu, comme nous qui sommes des créatures faibles

et des pécheurs, alors pourquoi priait-il ? Il avait besoin de retrouver la paix et le calme de l’intimité avec le Père, lui qui était assiégé par la foule qui l’écrasait, (Marc 5,24) Elle le pressait tellement qu’il ne pouvait plus rentrer dans les villes, il devait rester en dehors, en des endroits déserts  (Marc 5,24) D’autre part, les prêtres, les scribes et les pharisiens le harcelaient sans cesse, essayant de dresser tout le monde contre lui.. Il avait donc besoin de s’isoler de temps en temps pour retrouver la paix dans l’intimité du Père.

 Certainement que nous aussi, qui sommes souvent débordés par toutes nos activités, nous aurions besoin de nous retrouver devant le Seigneur de temps en temps, pour réfléchir calmement à notre situation, retrouver la paix et faire le point avec lui, dans une prière désintéressée. En nous montrant comment Jésus priait pour retrouver un moment d’intimité avec son Père, l’évangile d’aujourd’hui nous rappelle que la prière n’est pas uniquement une démarche pour demander quelque chose à Dieu mais qu’elle est fondamentalement une démarche où on s’approche de lui pour être en communion avec lui, le retrouver, retrouver sa mentalité, son point de vue, et voir comment faire.

Et la fin de l’évangile d’aujourd’hui nous laisse entrevoir le dynamisme infatigable du Christ que nous sommes invités à imiter. Au matin, voyant que Jésus a disparu, Pierre et ses compagnons se mettent à sa recherche et l’ayant trouvé lui disent : Tout le monde te cherche. Cela se comprend : heureux de voir les nombreuses guérisons opérées par Jésus, les habitants de Capharnaüm veulent le garder chez eux. Mais Jésus répond : Allons ailleurs dans les villages voisins, afin que là aussi, je proclame l’évangile ; car c’est pour cela que j’ai été envoyé. Ce qui veut dire deux choses :

1°) d’abord qu’on ne peut pas garder le Christ pour soi, il faut le partager avec les autres. On n’avait pas encore compris qu’il n’était pas venu pour quelques bourgades de Palestine seulement mais, comme le dira plus tard St Paul, pour que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (2Tim.2,4) Est-ce clair pour nous aujourd’hui que nous ne pouvons pas garder le Christ pour nous tout seuls, pour qu’il nous vienne en aide dans les moments difficiles quand nous en avons besoin, mais que nous devons garder le souci de tous ceux, en particulier dans notre entourage, qui ne connaissent pas ou qui ne veulent plus connaître le Seigneur 

2°) Ensuite l’attitude de Jésus qui va toujours de l’avant et entraîne ses apôtres avec lui doit nous faire comprendre que quand on a commencé à suivre le Christ, on ne peut jamais s’arrêter, on a toujours à s’efforcer de mieux le connaître, de mieux comprendre sa parole et de mieux la mettre en pratique. C’est urgent pour chacun de nous et pour tous ceux qui attendent notre témoignage pour se mettre en route.

Que retenir de tout cela ?

Trois choses 1°) Les miracles de l’évangile ne sont pas simplement des prodiges.  Le miracle, ce n’est pas la guérison obtenue ou la tempête apaisée, mais le signe, la preuve de la présence de Dieu parmi nous à travers un prodige et un bienfait. Le miracle, c’est aussi une prédication par gestes. Multiplier les pains, c’est une manière pour Jésus de dire par gestes Je suis le Pain de Vie.

2°) En nous montrant comment Jésus prie pour retrouver l’intimité avec le Père l’évangile nous rappelle que notre prière ne doit pas être seulement une prière de demande, Nous qui sommes si souvent débordés, nous aurions bien besoin de nous retrouver devant le Seigneur pour retrouver la paix, réfléchir à notre situation, faire le point, et voir avec lui comment faire.

3°) Enfin, le Christ qui ne s’arrête jamais, mais va toujours de l’avant, nous rappelle que quand on se met à sa suite, il n’y a pas de pause prévue. Comme disait Saint Exupery : Il n’y a pas de repos, sinon dans la paix des moissons, quand Dieu engrange.

Dimanche  28  Janvier  2024

On était frappé de voir avec quelle autorité Jésus enseignait. Il ne se contentait pas  de répéter ce que disait la Loi et les prophètes, comme faisaient les scribes. Lui, il parlait en son nom propre. Tout en s’appuyant sur l’Ecriture, il allait plus loin. Par exemple il disait : Vous avez appris qu’il a été dit tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis … afin d’être comme votre Père du ciel qui fait lever son soleil et tomber sur la pluie sur les bons et sur les méchants (Mt.5,43…) Et surtout sa parole était chargée de pouvoir : d’un mot, il guérissait les malades, chassait les démons et ressuscitait les morts. Il disait : je le veux, sois guéri (Jean8,3) et le malade était guéri instantanément.

Ce jour-là, un jour de sabbat, dans la synagogue où il est en train d’enseigner, se trouve un possédé. Par sa bouche l’esprit impur apostrophe  Jésus : Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu, c’est-à-dire : tu es en totale et parfaite union avec Dieu, tu es Dieu. Mais Jésus l’interpelle vivement : Tais-toi ! Sors de cet homme…et l’esprit impur sortit de lui. Les assistants sont effrayés et frappés de stupeur en voyant que Jésus commande aux esprits impurs et qu’ils lui obéissent. Nous aujourd’hui, ce qui nous étonne, ce n’est pas tellement que l’esprit mauvais soit chassé et le possédé soit délivré, nous sommes habitués à lire dans l’évangile des récits de miracles, ce qui nous étonne c’est que Jésus fasse taire le démon quand ce dernier atteste : Tu es Dieu……Il vient de commencer à enseigner, il devrait donc désirer qu’on le reconnaisse comme le Messie. Il devrait donc être heureux que le démon lui rende témoignage ainsi devant tout le monde. Pourquoi le fait-il taire ?  

C’est que le témoignage de l’esprit impur risquerait de donner une fausse idée du Messie qu’on prendrait alors pour un Messie à la toute puissance effrayante. Or il ne veut pas qu’on le prenne pour un Dieu tout puissant, terrifiant.  Il est venu révéler que Dieu est un Dieu Amour.  Un Dieu Amour n’est pas révélé par des prodiges spectaculaires plus ou moins terrifiants mais par l’amour manifesté dans les paroles et les actes de son Messie. Lorsque les Scribes et les Pharisiens lui demanderont un signe comme preuve de sa divinité, il leur répondra : il ne sera pas donné d’autre signe  à cette génération …que le signe de Jonas, comme Jonas fut dans le ventre du monstre marin trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits. (Mt.12,39) Autrement dit, ce qui permet de reconnaître que Jésus est Dieu, et que Dieu est Amour, plus que la profondeur de son enseignement ou le caractère spectaculaire de ses miracles, c’est sa mort sur la croix et sa résurrection parce que c’est là, en donnant sa vie pour nous, que se révèle l’infini de son amour.

Mais nous aujourd’hui, est-ce que nous sommes tellement intéressés par un Dieu Amour ? Est-ce que, plus ou   moins consciemment, nous ne rêvons pas d’un Dieu qui montrerait davantage sa puissance et remettrait un peu d’ordre dans notre monde débordant d’injustices et de misères ? Je pense à tous ces pays dont les habitants sont obligés d’émigrer pour tenter de survivre tandis que leurs dirigeants s’enrichissent honteusement. Quand je vois des snobs parader avec leurs jeans déchirés, je pense aux familles de mes paroissiens en brousse à Madagascar où il n’y avait même pas un habit décent par enfant pour lui permettre d’aller à l’école en semaine et à l’église le dimanche. Je pense aux millions d’hommes persécutés, victimes d’idéologies inhumaines, enfermés dans des camps, souffrant du froid et de la faim pendant que dans nos pays riches les poubelles sont remplies de nourriture et de vêtements qu’on jette, tandis que jour après jour remontent à la surface les échos d’horribles abus dont sont victimes des milliers d’enfants innocents. Nous n’allons peut-être pas jusqu’à dire comme les incroyants : s’il y avait un Dieu, il  

ne permettrait pas que tout cela arrive, mais nous aimerions bien qu’il intervienne davantage  et  

nous sommes tentés de crier vers le ciel comme Isaïe Ah ! si déchirant le ciel, tu venais ! (Is.64,1)


Eh bien, non ! il ne viendra pas en force rétablir les choses. Il n’est pas venu et il ne viendra pas dans le tonnerre et les éclairs. Sa manière, c’est Bethléem, c’est Nazareth. Sa manière, c’est le service humble et discret par amour. Sa manière, c’est le lavement des pieds. C’est ça la politique qu’il pratique et qu’il nous demande de pratiquer. Le Jeudi St au soir, après qu’il eut achevé de laver les pieds de ses disciples il leur dit comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Dès lors que je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné. Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. Non seulement il ne viendra pas en force rétablir les choses lui-même, mais il nousconfie la charge de continuer son œuvre en nous mettant nous aussi, comme lui,  au service des autres. Si le Christ nous révèle que notre Dieu n’est pas un Père Fouettard dont il faut avoir peur, mais un Père qui aime et veut le bonheur de tous ses enfants, il nous révèle aussi que notre Dieu n’est pas non plus un Père Noël qui règlerait touts les problèmes du monde sans que nous ayons à soulever le petit doigt.  

Dans l’évangile, regardez bien, le Christ ne cherche pas à grouper autour de lui des disciples qui écouteraient  son enseignement mais des apôtres, c’est-à-dire des envoyés chargés de répandre son enseignement et de poursuivre son action  Car le mot apôtre vient du verbe  grec « apostellô » qui veut dire envoyer. St Luc le précise bien : il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’apôtres, c’est-à-dire d’envoyés. (Luc 6,13) Un chrétien ce n’est pas un disciple qui écoute, prie et médite  l’enseignement du Christ dans l’évangile, ce n’est pas un bon paroissien qui écoute attentivement l’homélie de son curé, à la messe le dimanche, c’est un autre Christ, un autre messie, un autre envoyé qui continue l’œuvre de salut du monde commencé par le Christ, en oeuvrant tous les jours pour qu’il y ait davantage de paix, de justice et de charité dans sa vie, dans sa familles et dans son entourage.

Que retenir de tout cela ?

Pourquoi disait-on que le Seigneur enseignait avec autorité ? Parce qu’il ne se contentait pas de répéter ce que disait l’Ecriture et la Tradition, comme les scribes. Son enseignement allait plus loin  que l’Ecriture et la Tradition. Mais ce qui manifeste   surtout l’autorité de sa parole, c’est le pouvoir qui accompagnait cette parole : d’un mot, il guérit les malades, délivre les possédés et ressuscite les morts. Sa parole fait des miracles. Nous aujourd’hui, sommes-nous suffisamment attentifs à laisser pénétrer cette parole dans nos cœurs ? Elle ferait des miracles…

Dans l’histoire du possédé délivré, Jésus empêche le démon de proclamer qu’il est Dieu. Pourquoi ? Il ne veut pas être montré comme un Dieu à la toute puissance terrifiante. Il est venu révéler un Dieu Amour qu’on ne peut reconnaître que par le coeur lorsqu’on est bouleversé par l’amour manifesté par ses paroles ou ses actes et surtout par sa Passion  et sa Résurrection parce que c’est là, en donnant sa vie pour nous, que se révèle l’infini de son amour.

Mais si notre Dieu n’est pas un Père Fouettard dont on devrait avoir peur, il n’est pas non plus un Père Noël qui transformerait notre monde  d’injustices et de misères en un monde où règneraient la paix, la justice et la charité, sans que nous ayons à lever le petit doigt, Tous nous sommes envoyés continuer l’œuvre de salut commencée par le Christ afin que dans nos vies, dans nos familles, dans notre entourage, il y ait chaque jour un peu plus de paix, de justice et de charité.


Dimanche  21  Janvier  2024

Jésus sort de l’anonymat, quitte Nazareth et commence son ministère public. Sa première prédication va reprendre celle de Jean Baptiste : Repentez-vous, le royaume de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Evangile.

L’expression convertissez-vous traduit le mot grec Métanoïa qui signifie deux choses : changement de mentalité et retour vers Dieu. Changer de mentalité, c’est plus que se repentir et regretter ses fautes. Avec le repentir, nous restons enfermés dans le passé. Le Seigneur nous demande plus que de nous repentir du passé, il nous demande de pousser ce repentir jusqu’à nous convertir c’est -à-dire jusqu’à orienter autrement notre vie à l’avenir, jusqu’à changer notre vie à l’avenir.

Orienter autrement notre vie. Mais dans quelle direction ? Vers Dieu, car le terme métanoïa signifie changement de mentalité et retour vers Dieu. S’il faut que nous revenions vers Dieu, c’est que nous nous sommes éloignés de lui. Comment peut-on s’éloigner de Dieu ? Soit en s’opposant à lui, en agissant contre sa volonté, soit encore en ne s’occupant pas de lui ni de sa volonté, en faisant comme s’il n’existait pas. Dans un cas comme dans l’autre, nous prenons la place de Dieu, décidant par nous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Même s’il nous arrive parfois, malheureusement, de faire le mal, nous ne sommes quand même pas de ceux qui choisissent délibérément d’orienter toute leur vie dans un sens contraire à l’évangile. Mais peut-être sommes-nous de ceux qui dirigent leur vie sans trop s’occuper de la volonté de Dieu, nous appuyant sur notre intelligence, notre jugement, notre bon sens, notre bon cœur, avec le souci de ne faire de mal à personne. Cela pourrait être pire ! Mais sans nous en rendre compte, nous éliminons Dieu de notre vie, décidant par nous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il est donc urgent de changer de mentalité et de réintégrer le Seigneur dans notre vie. Comment cela ? C’est très simple : au lieu de nous demander : que dois-je faire, comment dois-je réagir dans telle situation, me demander : qu’est-ce que le Seigneur voudrait que je fasse ? Comment veut-il que je réagisse ? St Ignace appelait cela : garder Dieu devant les yeux en toute occasion.

La deuxième partie de l’évangile nous montre Jésus appelant des pêcheurs à devenir ses disciples. Simon et André sont en train de jeter leurs filets dans la mer. Jésus passe et leur dit venez à ma suite, je vous ferai pêcheurs d’hommes. Aussitôt laissant leurs filets ils le suivirent. Un peu plus loin, il voit Jacques et Jean en train de réparer leurs filets. Il les appelle et eux aussi, laissant tout, partirent à sa suite. Il y a là quelque chose de très surprenant : ils sont en plein travail, Jésus les appelle, aussitôt ils lâchent tout, leurs filets, leur barque, leur père et suivent Jésus. Qu’est-ce qui les a poussés à tout laisser, comme ça, tout de suite ? Il faut que l’appel du Seigneur les ait touchés très profondément pour que tout de suite ils partent avec lui. C’est là le secret de la vocation : c’est un appel qui vous touche très profondément, qui bouscule tout dans votre vie et vous emporte. Un prêtre âgé me racontant sa vocation me disait : j’avais dix ans, j’étais en sixième. Au cours d’une journée de récollection, le prédicateur a parlé de la Passion du Christ. Alors j’ai pensé : le Christ a fait ça pour moi, eh bien moi je serai prêtre. C’est tout. Cela m’a mis dans une espèce de sérénité et de certitude. Il était clair que je devais être prêtre. C’est cela qui me comblait. On est comme séduit. C’est d’ailleurs le terme qu’emploie Jérémie, quand il dit à propos de sa vocation  : Tu m’as séduit Yahvé et je me suis laissé séduire. (Jer.20,7)

Autre chose encore de très surprenant dans cet appel des premiers apôtres. Jésus ne les a pas choisis parmi les prêtres, les scribes, les docteurs de la Loi, des gens qui connaissaient les choses de la religion, qui avaient étudié dans les écoles rabbiniques Il a choisi des matelots, des pêcheurs qui n’avaient aucune formation. St Pierre ne savait ni lire ni écrire. Mais il leur a dit en les appelant : JE FERAI DE VOUS des pêcheurs d’hommes. Tous ceux qui ont été appelés  au sacerdoce ou à la vie religieuse vous le diront : ils ont toujours été sûrs de ne pas avoir ce qu’il fallait pour répondre à l’appel qui leur a été adressé, mais  le Seigneur les a formés au long des années,  à travers les personnes qu’il a mises sur leur chemin, à travers les années d’études et surtout  à travers l’expérience de la prière car la formation d’un apôtre du Christ, c’est plus et autre chose que les fruits d’années d’études de philosophie et de théologie. La formation d’un apôtre du Christ c’est surtout une formation spirituelle que seul le Christ peut donner dans l’intimité de la prière. Vous me dites quelquefois : Merci ! vos homélies, c’est intéressant. Je suis content, ça me fait plaisir, mais savez-vous que parfois je me dis : mais qu’est-ce qu’ils ont pu trouver d’intéressant dans cette homélie ? Et une fois rentré chez moi, je la relis pour essayer de voir ce que vous y avez trouvé. Je pense souvent à une réflexion de Georges Bernanos qui disait : Le Seigneur nous envoie porter chez les autres des cadeaux que nous ne possédons pas, des présents dont nous ne connaissons pas le prix. Et ce n’est pas seulement à moi que ça arrive. Tous, prêtres aussi bien que laïcs, combien de fois n’avons-nous pas apporté aux autres une parole qui venait d’au-delà de nous ? Combien de fois n’avons-nous pas éprouvé le sentiment d’être dépassés par la tâche à accomplir, incapables de faire ce que le Seigneur nous demandait et puis finalement nous y sommes parvenus. Pourquoi ? Ma mère disait : Le Bon Dieu y a mis les mains. Aujourd’hui l’évangile nous montre à travers l’appel des disciples ce que le Seigneur est arrivé à faire avec quelques matelots sans spécialité, comme on dit dans le milieu des inscrits maritimes En quelques centaines d’années ils ont porté l’évangile jusqu’aux extrémités du monde. Cela devrait nous donner de l’élan pour construire autour de nous dans nos familles, nos milieux, nos villages, un monde où il y a un peu plus de justice, de paix, de charité.

Que retenir de tout cela ?

Le Christ nous le demande : convertissez-vous et croyez à l’évangile. C’est-à-dire : changez de mentalité, regrettez et reniez vos fautes passées jusqu’à vous engager dans une voie nouvelle. Cette voie nouvelle, c’est de remettre Dieu dans notre vie. Trop souvent, nous l’éliminons de nos journées, dirigeant notre vie tout seuls, en nous appuyant sur notre raison, notre bon sens, notre jugement, sans vouloir faire de tort à personne, mais persuadés que nous sommes assez intelligents pour pouvoir décider par nous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal, sans avoir besoin de Dieu pour cela. Voilà ce qu’il faut changer dans notre manière de faire : garder Dieu devant les yeux. Au lieu de dire : qu’est-ce que je dois faire, me demander qu’est-ce que le Seigneur veut que je fasse. Au lieu de faire route tout seuls, garder Dieu devant les yeux et marcher à sa lumière qui éclaire mieux que la modeste lumière de notre intelligence et de notre raison.

Le Seigneur appelle de simples pêcheurs pour être ses apôtres. Ils en sont incapables, c’est une affaire entendue, mais il leur dit :  JE FERAI de vous des pêcheurs d’hommes. Et ça a marché. De même, nous aussi, comme les apôtres, nous sommes appelés à faire des choses qui nous dépassent. Pourtant il nous est arrivé plus d’une fois de constater que nous étions parvenus à faire des choses qui nous paraissaient impossibles. Parce qu’il est avec nous, Lui, dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer. (Eph.3,20)Mais le travail n’est pas fini. Aujourd’hui encore le Seigneur nous envoie apporter autour de nous, un peu plus de paix, de justice, de charité. Beaucoup attendent que quelqu’un fasse quelque chose pour eux. Resterons nous  sans rien faire ?

Voici l’Agneau de Dieu DIMANCHE    14 JANVIER   2024 Ennetières

Jean Baptiste voyant Jésus aller et venir dit en le regardant : Voici l’Agneau de Dieu. Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est une parole codée qui fait  allusion à l’agneau pascal immolé par  chaque famille juive avant de quitter l’Egypte terre d’esclavage, et d’ entrer en terre promise, où ils seront libres.  Le  sang de cet agneau immolé  dont ils avaient marqué les linteaux de leurs portes  était le signe grâce auquel l’ange exterminateur chargé de frapper tous les premiers nés des Egyptiens les avait épargnés. Donc, quand J.B.dit : Voici l’Agneau de Dieu cela veut dire : voici  le Messie, celui qui a reçu l’onction, qui va  vous guider aujourd’hui et vous faire passer des ténèbres à la pleine lumière du Royaume, comme l’agneau pascal autrefois vous avait fait passer de l’esclavage à la liberté.

Deux des disciples de Jean, entendant cela se mirent à suivre Jésus. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’ils faisaient là ces deux disciples ? Ils étaient  venus écouter celui qui se présentait comme le précurseur du Messie et qui prêchait :  Convertissez vous, le Règne de Dieu s’est approché (MT.3,3) Il n’y a plus de temps à perdre, déjà la cognée est à la racine des arbres, tout arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu (Luc 3,9).   Il avait révélé à ses auditeurs qu’il avait vu l’Esprit, tel une colombe descendre du ciel et demeurer sur Jésus . Et il avait ajouté : celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer sur lui, c’est lui qui baptisera dans l’Esprit  et moi j’ai vu et j’atteste que c’est lui, le Fils de Dieu. (Jean 1,32,34). Dès lors, les deux disciples n’hésitent plus. Ils décident de suivre Jésus.

Ce dernier en les voyant le suivre leur demande : Que cherchez-vous ? Il sait bien ce qu’ils cherchent mais il veut le leur faire dire. Toujours il insiste pour que nous disions ce que nous attendons de lui, comme pour nous faire exprimer notre confiance en lui.  A l’aveugle qui le supplie Seigneur aie pitié de moi, il demandera : Que veux-tu que je fasse pour toi ? alors qu’il sait très bien  ce que veut cet aveugle :  recouvrer la vue.  Les deux disciples répondent à la question de Jésus par une autre question Rabbi, où demeures-tu ? Ce qui est une manière de dire : Rabbi,: toi qui es un Maître en Israël, nous voulons te suivre, rester avec toi, demeurer auprès de toi, dis nous où tu habites.

Que s’est-il    passé ? Pourquoi André et son compagnon  sont-ils venus écouter Jean Baptiste ? Parce que quelque chose dans la prédication de J.B.correspondait à une certaine attente en eux .Ils ne le savaient pas clairement, mais ils commençaient à ressentir en eux l’appel que le Seigneur leur adressait. Et quand J.B. a désigné Jésus comme le Sauveur, le Messie, ils se sont décidés à le suivre. Ils n’étaient pas les seuls qui soient  venus écouter J.B.. Ils étaient des foules à venir écouter Jean parce qu’ils cherchaient quelque chose. Et ils étaient encore plus nombreux ceux qui ne se sont pas déplacés pour venir écouter Jean Baptiste. Pourquoi certains sont venus écouter Jean tandis que d’autres ne se sont pas dérangés ? André et son compagnon ont ressenti un appel et ils y ont prêté attention. D’autres aussi ont entendu cet appel, mais ils n’y ont pas prêté attention. C’est encore comme ça aujourd’hui. Le Seigneur appelle tout le monde à quelque chose Certains prêtent attention à cet appel, d’autres ne veulent pas être dérangés.  Sommes nous de ceux qui ont prêté attention au Seigneur qui nous  appelle ou sommes nous de ceux  qui ne veulent pas être dérangés ? Et si nous avons prêté attention au Seigneur qui nous a appelés, est-ce que nous continuons à prêter attention aux appels qu’il nous adresse chaque jour ? En plus de lui demander dans nos prières de nous aider à réaliser nos projets ou nos désirs légitimes, comme il nous invite à le faire, Demandez et vous recevrez (Jean16,24)  est-ce que nous avons le courage de lui demander : Toi, Seigneur, que veux tu que je fasse aujourd’hui ? Est-ce que nous osons dire Seigneur qu’aujourd’hui ton nom soit sanctifié dans ma vie, dans ma famille et dans mon entourage,  que ton règne vienne aujourd’hui dans ma vie, dans ma famille et dans mon entourage  que ta volonté soit faite aujourd’hui, dans ma vie  dans ma famille et dans mon entourage ?

Mais l’évangile ne s’arrête pas seulement à nous rapporter la décision d’André et de son compagnon de se mettre à la suite du Christ. Tout heureux d’avoir trouvé le Messie, André communique cette bonne nouvelle à son frère et l’amène  à Jésus. Celui ci l’accueille et lui donne un nouveau nom : Tu es Simon, fils de Jean, tu t’appelleras Kephas, ce qui veut dire pierre. Il y a là trois choses à relever : 1°) d’abord André ne peut pas garder pour lui tout seul sa joie d’avoir trouvé le Messie, il faut qu’il partage cela avec son frère. 2°) Ensuite Jésus donne un nouveau nom à Simon : Tu es Simon, fils de Jean, tu t’appelleras Kephas c’est-à-dire Pierre. Or le  nom dans la Bible,  indique le rôle, la fonction de quelqu’un. En donnant à Simon un nouveau nom et en l’appelant  Pierre Jésus lui donne un nouveau rôle, une nouvelle fonction. Ce Simon qui était pécheur de poisson, Jésus en lui donnant le nom de Pierre en fait la pierre de fondation de l’Eglise. 3°) Mais et c’est là la troisième chose à relever, le Seigneur n’appelle pas Simon directement, il passe par un intermédiaire. C’est  André qui va amener à Jésus celui dont il fera le chef de l’Église. Le Seigneur ne veut pas opérer le salut du monde à lui tout seul. Il veut passer par nous,  nous associer à son œuvre de salut.

Pour nous aujourd’hui cela veut dire que , devant la misère, les conflits,les injustices, les guerres, qui s’étalent partout dans le monde, inutile de  demander à Dieu dans notre prière : Mon Dieu faites que ça cesse et que règnent partout la paix, la justice, la charité, il ne veut pas faire cela tout seul, c’est à nous que le Seigneur demande de transformer le monde, de le convertir. D’un autre côté,  nous les hommes, nous sommes incapables, à nous seuls, de ramener la paix, la justice et la charité dans le monde.  Mais si nous laissons l’Esprit d’amour de Dieu pénétrer en nous, alors le Seigneur ramènera à travers notre collaboration, la paix, la justice, la charité dans notre monde car nous pouvons tout si le Seigneur est avec nous : Je puis tout en celui qui me fortifie (Phil.4,13 ) disait St Paul. Le Seigneur ne nous demande peut-être pas de ramener la paix à Gaza ou en Ukraine ? Mais certainement qu’il attend de nous que nous mettions un peu plus de paix, de justice et de charité, dans notre famille, notre village,notre milieu et nous n’avons aucune excuse pour ne pas nous y mettre, dès maintenant , tout de suite, sérieusement et avec détermination.

Que retenir de tout cela 

Voici l’agneau de Dieu, le Messie envoyé du Père pour sauver le monde est là a dit J.B. à André et à son compagnon. Aujourd’hui l’évangile nous délivre le même message et nous savons  que depuis le premier Noël, le Christ est avec nous. Il nous en a donné l’assurance Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps. (Mt.28,20) Il ne veut pas opérer ce salut lui seul, mais il nous demande de nous laisser pénétrer de son Esprit et de son amour pour que, unis à Lui,  nous puissions changer notre monde de conflits et d’injustice en un Royaume de justice, de paix, de charité.Car la grâce nous transforme, elle fait de nous des êtres nouveaux en J.C. en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Ephes.2,10)