François Battez

Dimanche de La Sainte Trinité 26 Mai 2024

Nous célébrons aujourd’hui la solennité de la Sainte Trinité. La Trinité, c’est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes. Notre première réaction est peut-être de penser : tout cela est bien éloigné de notre vie quotidienne. En fait, pas tellement, parce que la Trinité, c’est un peu comme les fondations d’une maison. On ne les voit pas, mais toute la maison repose sur elles. Ou bien on se dit : la Trinité c’est encore une invention des théologiens. Pas du tout. Dans l’évangile, le Christ parle continuellement du Père et de l’Esprit Saint. Il nous apprend qu’il est venu parmi nous pour faire la volonté du Père qui a tout remis entre ses mains (Jn 3,25) et qu’il retourne vers le Père qui l’a envoyé (Jn 16,28). Et toute la vie du Christ manifeste l’action en Lui de l’Esprit. C’est l’Esprit qui le conduit au désert (Mt 4,1). C’est par l’Esprit qu’il chasse les démons (Mt 2,8) et apporte la Bonne Nouvelle (Lc 4,18).

Mais comment est-ce possible que trois personnes ne fassent qu’un, dans le respect de l’intégrité de chacune d’elles, sans que l’une d’entre elles n’absorbe les deux autres ou sans que l’alliance des trois ne donne une sorte d’alliage où l’individualité des personnes disparait, comme le cuivre et le zinc disparaissent en donnant le laiton ? Une seule chose peut faire que trois personnes ne fassent qu’un tout en respectant l’individualité de chacune d’elles, c’est l’Amour. Dans la Trinité, aucune personne n’est fermée sur elle-même, mais chacune est ouverte sur les deux autres, dévouée aux deux autres, partageant tout ce qu’elle est, pour faire être les deux autres. Le Père ne joue pas son jeu à lui le Père aime  le Fils et il a tout remis entre ses mains, (J.3,35 ). Le Fils ne fait pas bande à part : Je suis descendu du ciel, non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (J. 6,38) Et l’Esprit n’est pas une entité à part, mais Esprit du Père et du Fils. Pour dire les choses en un mot, La Trinité, c’est le nom qu’on donne à Dieu pour dire qu’il est dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Mais qu’est-ce que ça peut faire que Dieu soit Trinité ou pas ? Quelles conséquences cela entraine-t-il ? Première conséquence :  c’est parce que Dieu est Trinité qu’il y a un monde et des hommes dedans. Le dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils, l’Esprit Saint n’a pas pu rester enfermé sur lui-même. Il a débordé, éclaté au dehors et ce fut la création. Le Père, le Fils, l’Esprit Saint ne peuvent pas rester entre eux dans le confort tranquille de leur entente profonde. C’est plus fort qu’eux, l’amour les presse de faire être d’autres êtres autour d’eux. Si nous sommes là aujourd’hui et s’il y a un univers autour de nous, c’est parce qu’il y a un Dieu dynamisme d’amour, qui a voulu faire exister d’autres êtres, avec au sommet des hommes créés à son image, dont il désire faire ses fils adoptifs et avec qui il veut partager son intimité, son bonheur et sa vie éternelle. S’il en est ainsi, deuxième conséquence, l’amour, avant même d’être une vertu comme le courage ou la volonté, qu’on peut avoir ou pas, c’est l’énergie créatrice de tout ce qui existe, la loi fondamentale de la vie, du progrès et de l’évolution (Teilhard) Et l’égoïsme, avant même d’être un défaut ou un péché est une pathologie, une maladie mortelle, une force qui détruit la vie.

Troisième conséquence : Dieu-Trinité, dynamisme d’amour, révolutionne l’univers des religions. Avant le Christianisme, dans toutes les religions, Dieu était un être tout puissant, redoutable, imprévisible. Il suscitait la crainte, il fallait donc s’en protéger par des rites, des prières, des sacrifices destinés à calmer sa colère ou à obtenir sa protection et ses faveurs. Désormais, avec Dieu-Trinité dynamisme d’amour, Dieu n’est plus un être tout puissant dont on a peur, c’est un Père aimant. En lui, la toute-puissance obéit à l’amour. Quand on le prie, on n’a plus à chercher le bon truc pour l’obliger à faire attention à nous. Comme un père, il veut le bonheur de ses enfants. On peut donc l’approcher avec confiance et reconnaissance. Ne soyez inquiets de rien, écrit St Paul aux Philippiens, mais par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu. (4,6) Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. (Mt 6,8) avait déjà  dit le Christ.

Mais surtout, quatrième conséquence, la plus importante : la Trinité, ce dynamisme d’amour n’est pas restée inerte dans son ciel. Le Père a envoyé son Fils dans le monde.  Pour quoi faire ? Pour nous unir à Lui. Dieu s’est fait homme, dit St Irénée, pour que l’homme soit fait Dieu. En Jésus Christ, Dieu-Trinité s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu-Trinité. Aujourd’hui, nous participons par notre baptême au courant d’amour qui pousse le Père vers le Fils, le Fils vers le Père, dans l’Esprit. Nous avons été trempés dedans. Depuis le jour de notre baptême, Dieu-Trinité est en nous. St Paul expliquait aux Corinthiens Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit (2Cor.3,18). (Gloire = faire le poids)

Sommes-nous toujours attentifs à développer cette vie de Dieu-Trinité en nous ? Est-ce que c’est le dynamisme d’amour de la Trinité qui nous anime ? En famille, est-ce que chacun se donne à l’épanouissement de tous, ou est-ce que chacun s’enferme sur soi ? Dans les affaires, est-ce que chacun œuvre au progrès de tous, ou est-ce que chacun cherche le succès de son petit business à lui ? En politique est-ce que nous cherchons tous le bien commun, ou est-ce que le but de chacun est seulement de couler le parti adverse ? L’égoïsme ou l’orgueil ou les deux à la fois nous tentent constamment de nous renfermer sur nous-mêmes, sans nous occuper de rien ni de personne. Ils  luttent contre le dynamisme d’amour de Dieu Trinité en nous. Chaque jour nous avons à faire face au même combat. Où en sommes-nous ? La solennité de la Sainte Trinité que nous fêtons aujourd’hui nous invite à ne pas nous endormir mais à rester vigilants pour que le dynamisme d’amour implanté en nous le jour de notre baptême continue sans cesse à nous transformer

Que retenir de tout cela ?

La Trinité, c’est le nom que les théologiens donnent à Dieu pour dire qu’il est dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Car seul l’amour peut faire que trois personnes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint soient unies au point de ne faire qu’un sans que l’une des trois n’absorbe les deux autres ou sans que l’union des trois ne donne un amalgame confus

Le dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint n’a pas pu rester enfermé sur lui-même. Il a débordé, explosé au dehors et ce fut la création. La Trinité, dynamisme d’amour, a voulu faire être d’autres êtres avec, à leur tête, les hommes créés à son  image avec qui elle a voulu partager son bonheur et sa vie éternelle L’amour trinitaire, c’est la loi fondamentale de tout ce qui existe, l’énergie créatrice, la loi du progrès et de l’évolution qui a bouleversé de fond en comble les relations des hommes avec Dieu. La crainte et la peur disparaissent, remplacées par la confiance et la reconnaissance.

Enfin, la Trinité n’est pas quelque chose de lointain et d’extérieur à nous. Par notre baptême, nous participons du dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Nous avons été trempés dedans le jour de notre baptême (baptizein=plonger). La Trinité, c’est nous !!! Enfin,…pas encore tout-à-fait. Tous les jours nous avons à lutter contre l’égoïsme et l’orgueil qui nous empêchent de  refléter  mieux cette Trinité et de répandre toujours davantage  autour de nous l’énergie d’amour qui la constitue et dont notre monde a terriblement besoin.

Dimanche 19 Mai 2024                  Pentecôte

Nous célébrons aujourd’hui la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres cinquante jours après Pâques. J’ai peur que nos idées sur le St Esprit soient un peu floues. Dieu Père, cela nous parle. Un père, nous savons ce que c’est. Jésus Christ, c’est encore plus clair, il s’est fait homme comme nous. Mais le Saint Esprit… On le représente d’habitude sous la forme d’une colombe dont le modeste roucoulement est censé évoquer la voix discrète de l’Esprit, mais cela ne nous dit pas grand-chose. En revanche, on pourrait le comparer au vent. Le vent, on ne le voit pas, par contre, on peut très bien en constater les effets : on l’entend souffler, on voit les feuilles des arbres bouger et la poussière s’envoler à son passage. De même l’Esprit Saint, on ne le voit pas, mais on en perçoit très bien les effets.

Les apôtres qui, jusque-là, peureux, demeuraient enfermés au cénacle par crainte des Juifs, après la Pentecôte, ils sortent pleins d’audace proclamer partout la Bonne Nouvelle. Sans broncher ils vont affronter l’opposition violente des Juifs orthodoxes, les persécutions et même le martyr. D’autre part, ils annoncent avec autorité l’évangile dont ils ont maintenant la pleine intelligence, eux qui, jusque-là, avaient bien du mal à comprendre les enseignements de Jésus et la vraie nature de sa mission. Pour ne citer qu’un exemple, le jour de l’Ascension, alors qu’ils ont été trois ans avec lui, ils n’ont toujours pas compris le sens ni l’importance de sa mission du Messie, ils en sont encore à lui demander si c’est maintenant qu’il va rétablir l’indépendance d’Israël (Actes1,6 ). Jésus, qui se rendait compte de tous ces malentendus, leur avait déjà confié, au soir du Jeudi Saint : J’ai encore bien des choses à vous dire, mais vous n’êtes pas à même de les supporter ; lorsque viendra l’Esprit de Vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. (Jean16,13). Enfin et surtout, outre le bruit violent et les langues de feu qui se manifestent lors de la venue de l’Esprit Saint,  le prodige le plus spectaculaire qui marque cette venue, c’est que des gens venant de partout, parlant toutes sortes de langues entendent chacun dans sa propre langue, la parole de Dieu annoncée par des Galiléens, ainsi que nous le rapporte la première lecture de la messe aujourd’hui C’est là le début de la mondialisation  de l’évangile annoncée par le Christ le jour de l’Ascension : Vous allez recevoir la puissance de l’Esprit Saint…Vous serez lors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités du monde. (Actes 1,8). Le christianisme jusque là limité au monde juif devient catholique, du grec kat’olèn tèn gen, c’est-à-dire qu’il commence à se répandre  par toute la terre.

Et sur nous aujourd’hui, quels sont les effets de l’Esprit Saint ? Les mêmes que sur les apôtres. D’abord il éclaire notre intelligence, par exemple en nous permettant de comprendre tout le sens d’une parole de Dieu que nous avions entendu bien souvent, mais qui, jusqu’alors, ne nous avait pas frappés. Voici qu’aujourd’hui, l’Esprit Saint nous faisant accéder à la vérité tout entière, nous en comprenons tout le sens.Mais il ne touche pas seulement notre intelligence. La connaissance qu’il nous donne de la parole de Dieu nous touche profondément, pas seulement comme un savoir nouveau à ranger dans notre cerveau entre les tables de multiplication et les règles d’accord du participe passé, mais aussi  comme quelque chose qui nous réchauffe le cœur et va nous amener à changer nos façons de faire. Savoir que Tokyo est la capitale du Japon ne change rien à ma manière de vivre. Tandis que la connaissance de la parabole du bon Samaritain m’amène à changer mes relations avec les autres. Autrement dit, l’Esprit Saint, qu’est-ce qu’il fait ? Il agit en chacun au niveau de l’intelligence qu’il éclaire, du cœur qu’il transforme et finalement au niveau de la vie quotidienne en donnant à chacun la force et le courage de modifier sa manière de vivre. Ce qui n’est pas étonnant puisque la parole de Dieu que l’Esprit Saint nous fait comprendre est une parole de vie, une parole à vivre. Dès que l’Esprit Saint nous fait comprendre quelque chose de Dieu, nous découvrons qu’il est bon et miséricordieux, nous commençons à l’aimer et comme nous l’aimons nous nous mettons à suivre ses lois et commandements. Le Seigneur nous avait déjà annoncé à travers le prophète Ezéchiel cette transformation qu’il opérerait en nous : Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau………… ………………….et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez mes coutumes.

L’ennui, c’est que le passage de l’Esprit Saint dans nos vies n’est pas facile à repérer. Il ne s’accompagne plus comme au jour de la Pentecôte de vent violent, de langues de feu, ni  de parler en langue. Comment faire pour repérer le passage de l’Esprit Saint et entendre sa voix ? D’abord il faut avoir la volonté de le chercher, comme le psalmiste qui demandait à Dieu dans sa prière : Fais-moi comprendre et je vivrai (Ps.118,144 ). Ensuite, il faut être attentif à ce qui se passe en nous et autour de nous: chaque fois que quelque chose, un évènement dont nous sommes témoins, une parole entendue, nous touche le cœur et nous fait comprendre quelque chose sur Dieu, que ce soit dans une homélie ou une conversation, dans la rue, à la radio ou à la télé, c’est  l’Esprit Saint qui nous instruit. En particulier, il convient d’être attentif à tout ce qui se dit ou se fait de bien autour de nous, parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc chaque fois que quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, c’est l’Esprit Saint qui l’a inspiré. Je pense à l’attention aux autres qu’on peut voir tous les jours dans les familles, au dévouement pour les malades dans les hôpitaux et les EPAHD, l’entraide, la solidarité qui se manifeste partout à l’égard des personnes âgées ou des migrants. Dans notre monde il n’y a pas que Gaza, l’Ukraine, la misère de pays sous-développés et le trafic de drogues.

Que retenir de tout cela

L’Esprit Saint, c’est comme le vent. On ne voit pas le vent, mais on l’entend souffler et on voit

la poussière s’envoler sur son passage. Le Saint Esprit, on ne le voit pas, mais on peut en constater les effets. Les apôtres, avant la Pentecôte, ils ne comprenaient pas grand-chose aux paroles du Christ, après avoir reçu l’Esprit Saint ils en ont la pleine intelligence et annoncent partout l’évangile avec autorité. Avant la Pentecôte, ils vivaient dans la peur des juifs. Après la Pentecôte, ils n’ont plus peur de rien et ils affronteront sans broncher les oppositions les plus violentes, les persécutions et le martyre. Après la Pentecôte, l’évangile n’est plus annoncé aux Juifs seulement mais à tous les hommes, de tous les pays et dans toutes les langues. C’est le début de la mondialisation, de la catholicité du Christianisme en vue de l’accomplissement du dessein de Dieu notre Sauveur qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité comme dira plus tard St Paul. (1Tm.2,4 )

Pour nous aujourd’hui, l’Esprit Saint nous fait entrer dans l’intimité de Dieu Il éclaire notre intelligence en nous faisant comprendre en profondeur toute la richesse de sa Parole, il enflamme notre coeur pour nous faire aimer cette parole et surtout il met en nous la force de vivre désormais selon cette parole, quelle que soit l’indifférence ou l’hostilité du monde qui nous entoure.

La difficulté, c’est de repérer son passage. Que faire pour y parvenir ?  Commençons par l’appeler dans la prière, Pensons aussi à relever dans nos journées tout ce qui nous a touchés et rapprochés de Dieu mais surtout prenons l’habitude de  repérer tout ce que nous ou les autres autour de nous disent ou font de bien. Car il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu et chaque fois que quelqu’un pense, dit ou fait quelque chose de bien, l’Esprit de Dieu est là qui l’a inspiré. Il nous arrive de faire notre examen de conscience pour voir le mal que nous avons fait, le regretter et veiller à ne plus recommencer, c’est très bien. Mais est-ce que nous faisons quelquefois notre examen de conscience pour repérer la présence de l’Esprit Saint qui nous pousse à faire le bien ? Il faudrait être vraiment tordu pour passer plus de temps à chercher après le mal qu’à chercher après Dieu, vous ne croyez pas ?

Dimanche 12 MAI 2024

Nous sommes le Jeudi Saint au soir. Devant la situation difficile qui s’annonce, Jésus prie le Père pour ses disciples. Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, Dans la Bible, le nom désigne la personne elle-même. Donc, garde les unis dans ton nom, cela veut dire « Garde les unis en Toi », dans ce que tu es, dans ton amour. Garde les dans le nom que tu m’as donné. Ce nom-là, c’est quoi ? C’est le nom de Fils. Donc, garde les dans le nom que tu m’as donné, cela veut dire « Garde les en tant que fils comme moi. »Pour qu’ils soient un comme nous sommes un, c’est-à-dire moi, ton fils, je suis un avec toi puisque nous sommes père et fils, eh bien, puisqu’ils sont fils aussi, qu’ils soient un avec nous. On pourrait donc reformuler ainsi la prière de Jésus : Père Saint, garde mes disciples unis en Toi. Garde les en tant que fils comme moi. Qu’ils soient un avec Toi et moi, comme Toi et moi nous sommes un.
Mais pourquoi le Christ veut-il donc que nous soyons un avec le Père et lui ? Cela ne lui rapporte rien et il n’a absolument pas besoin de nous. Mais, c’est plus fort que lui, si j’ose dire. Il y a en lui une sorte de dynamisme d’amour qui le pousse à vouloir partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. Il veut que nous soyons un avec lui pour que nous vivions dans le courant d’amour qui circule entre eux, Père, Fils et Esprit Saint, que nous partagions leur intimité, leur joie, leur bonheur. C’est invraisemblable ! Il y a un tel écart entre Dieu et nous ! Comment est-ce possible que nous, qui sommes orgueilleux, égoïstes, envieux, médiocres, minables, nous soyons promus jusqu’à être des proches du Très Saint ? Et vers la fin de sa prière, le Christ ajoute : Je parle ainsi pour qu’ils aient ma joie et qu’ils en soient comblés, comme pour confirmer que ce qu’Il veut pour nous, c’est que nous soyons heureux. On n’y pense pas assez, on ne le dit pas assez. Mais si on y réfléchit une seconde, cela va de soi. Si Dieu est un Père, il désire le bonheur de ses enfants. Vous qui avez des enfants est-ce que vous ne faites pas tout pour qu’ils soient heureux ? Est-ce qu’on peut penser que notre Père du ciel en ferait moins pour ses enfants que les pères d’ici-bas ? Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la Vie Eternelle dit l’évangile de St Jean (3,16). Et St Paul renchérit : Peut-être pour un juste accepterait-on de mourir. Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. (Rom.5,7-8)
Et de même que pour assurer le bonheur de vos enfants, vous leur apprenez à respecter certaines exigences, se tenir droits, se laver les mains avant de manger, dire bonjour, aller à l’école, faire ses prières, de même le Seigneur nous propose des lois et des commandements à observer pour assurer notre bonheur. Mais trop souvent, par orgueil, nous prétendons en faire à notre tête, rejetant toute influence extérieure, même celle de l’amour de Dieu que nous accusons de limiter notre liberté. Pourtant, chaque fois que ce n’est plus le Seigneur et son amour mais l’orgueil, l’égoïsme, la passion du pouvoir et des richesses qui dirigent le monde, les résultats sont désastreux. L’industrialisation sauvage détruit les forêts, pollue les fleuves et les océans. Dans certaines grandes villes, on ne respire plus. Sans parler du tiers-monde où des millions d’hommes vivent dans une misère inadmissible, même dans des pays aisés comme le nôtre, il y a de plus en plus de dépressions et de burn-outs, de personnes surmenées, victimes des cadences effrénées et des réductions de personnel, leur équilibre personnel est menacé, leur vie familiale compromise, parfois ruinée. Et dans tous les continents, des conflits raciaux, religieux ou des guerres entre nations répandent la haine, les destructions, les ruines et des millions de morts.
C’est dans ce monde là que le Seigneur nous envoie restaurer la paix, la justice, la charité et faire régner l’esprit de l’évangile. Déjà, même si, en bien des endroits , des hommes, des femmes, des enfants que Dieu aime, pour lesquels le Christ est mort sur la croix, vivent encore dans des conditions terriblement inhumaines, l’esprit chrétien est à l’origine de bien des progrès et de lois sociales qui ont amélioré les conditions de vie de millions de personnes dans un certain nombre de pays. D’innombrables associations d’aide aux personnes en difficulté, aux réfugiés et aux migrants font un travail admirable. Les chrétiens ne sont pas les seuls animateurs de ces mouvements, mais ils y sont largement représentés. Même dans la jungle de la politique, des hommes comme Julius Nyéréré en Tanzanie, le pasteur Martin Luther King aux Etats Unis, en France, Robert Schuman, dont le procès de béatification est en cours, et bien d’autres, ont œuvré et oeuvrent encore dans un esprit d’amour et de service, convaincus que, selon la parole de PaulVI, la politique est une forme privilégiée de la charité. Mais il reste énormément de problèmes à résoudre, de malheurs à combattre, de misères à soulager.
C’est pourquoi le Christ ne prie pas le Père de nous retirer du monde. Au contraire, il nous envoie dans ce monde continuer son œuvre de salut. Certes ce n’est pas nous qui allons ni supprimer tous les malheurs du monde mais chacun de nous doit faire tout ce qu’il peut pour apporter, là où il est, un peu plus de justice, de paix et de charité. C’est pourquoi dans sa prière le Christ demande au Père de nous sanctifier dans la vérité. Dans l’évangile, la vérité, c’est ce qui correspond à la réalité, laquelle inclut le projet de Dieu sur le monde et sur les hommes. D’autre part, si la vérité en général, est savoir pour l’intelligence sans répercussion sur ma manière de vivre, la vérité de l’évangile, en plus d’être un savoir pour l’intelligence, est une force qui m’oblige à changer ma manière de vivre. Savoir que Tokyo est la capitale du Japon ne change rien à mes habitudes, mais connaître la parabole du Bon Samaritain me met en demeure de pratiquer la charité. Quand le Christ demande au Père de nous sanctifier dans la vérité, cela veut dire qu’il demande au Père de nous faire adhérer au projet du Père sur le monde, en sorte que nous nous mettions à réaliser sa volonté dans notre vie. L’évangile, la vérité de l’évangile, ce n’est pas à lire, à méditer ou à prier seulement, c’est quelque chose à vivre, à mettre en pratique. C’est pourquoi l’Ecriture ne parle pas seulement de connaître la vérité, mais de faire la vérité (Jean 3,21) ou de marcher dans la vérité. ( 3 Jean,3)

Que retenir de tout cela ?

Notre Dieu veut que nous soyons heureux. C’est la bonne nouvelle de l’évangile d’aujourd’hui. Si le Seigneur veut que nous soyons unis intimement à lui, en étroite communion avec le Père et l’Esprit, ce n’est pas en vue d’accroître son pouvoir ou sa domination, mais dans le but de nous faire partager sa joie et son bonheur. Alors qu’il y a un tel écart entre lui et nous ! Comment est-ce possible que nous qui sommes orgueilleux, égoïstes, envieux, nous soyons promus jusqu’à être des proches du Très Saint ? Notre Dieu est Amour. C’est plus fort que lui. Il faut qu’il partage avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il ne peut pas supporter d’en profiter tout seul. Il le dit et le répète : Si je vous dis tout cela c’est pour que vous ayez en vous ma joie et que vous en soyez comblés. Est-ce que nous réalisons l’énormité de ce privilège ?
Malheureusement la majorité de nos contemporains n’en a aucune idée et ne s’en soucie absolument pas. Le bœuf connait son bouvier et l’âne la crèche de son maître, mais mon peuple ne connaît rien, il ne comprend rien. (Isaïe 1,3) Ils m’ont abandonné moi la source d’eau vive pour se creuser des citernes fissurées.(Jer.2,13) déplorait déjà le Seigneur, il y a 3.000 ans par la bouche des prophètes. Raison de plus pour faire tout ce que nous pouvons, pour limiter les dégâts et améliorer la situation là où le Seigneur nous a placés en ce monde.

Dimanche 5 Mai 2024 Beaucamps

Aimez-vous les uns les autres. Ce serait déjà très bien, si on y arrivait. Plus de disputes dans les familles, plus de rivalités agressives dans les affaires, plus de guerres entre les nations ! Mais cela reste un rêve hors de portée. Il y a trop d’orgueil et d’égoïsme partout. Le pire, c’est que le Seigneur ne s’arrête pas là, il ajoute Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Alors là, c’est carrément impossible.
Comment le Christ nous aime-t-il ? Il nous aime d’amour, d’un amour infini, jusqu’à donner sa vie pour nous. Il ne s’agit pas simplement d’une inclination ou de vagues sentiments. Car il y a des degrés dans la manière d’aimer. Il y a de tas de gens qu’on aime bien, parce qu’on les trouve sympathiques, on apprécie leur personnalité, leurs qualités, leurs talents, sans qu’on les aime d’amour à proprement parler. C’est comme ça que je peux aimer Churchill, Saint Exupery ou Mbappé. Aimer d’amour, c’est autre chose. C’est quoi ? C’est mettre la personne qu’on aime au-dessus de soi, la faire passer avant soi, chercher à la rendre heureuse. C’est comme ça que le Christ nous aime. Dans l’évangile, on ne le voit jamais chercher son avantage, toujours il cherche notre épanouissement. Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. (Jean 10,10 ) Cela le conduit jusqu’à s’effacer, se renoncer. Lui de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6) Et il ira dans le renoncement jusqu’au degré ultime : donner sa vie.
Même sans aller jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime, simplement les mettre au-dessus de soi, les faire passer avant soi, pour nous, c’est impossible, c’est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire : regardez un petit bébé dans son berceau, il essaie d’attraper tout ce qui passe à portée de ses mains et le porte à sa bouche, même son pied ! Nous sommes fondamentalement égoïstes. Nous sommes obligés d’en convenir : l’amour n’est pas un sentiment humain. L’amour, c’est Dieu, c’est en Dieu. Pourtant l’amour, ça existe dans notre monde, autour de nous, bien des gens arrivent à aimer d’amour : combien d’époux mettent leur conjoint au-dessus d’eux, combien de parents font passer leurs enfants avant eux ! Comment se fait-il que nous arrivions à aimer d’amour ? C’est que Dieu, seule source d’amour au monde, en nous créant à son image, nous rend capables d’aimer d’amour, alors que par nous-mêmes tout seuls nous en serions incapables. L’amour, cela vient de Dieu, c’est un don de Dieu.
Mais comme l’égoïsme reste toujours présent en nous, même si Dieu nous rend capables d’aimer, tous les jours, nous avons à lutter pour nous maintenir au niveau de l’amour, à niveau avec la manière d’aimer du Christ et ne pas retomber dans l’égoïsme C’est pourquoi Il nous recommande vivement : Demeurez dans mon amour.
Mais comment faire ? Aimer comme le Christ, c’est faire passer l’autre avant soi, l’épanouir, construire son bonheur. Or souvent, lorsque nous aimons quelqu’un, en réalité, nous cherchons seulement à jouir de ses qualités, et cela peut nous amener jusqu’à profiter de lui, l’exploiter ou même le détruire. Le pilonnage intensif des médias aggrave encore la situation : les chansons, les films, les romans nous répètent indéfiniment le même portrait faussé, trompeur, caricatural de celui qui aime. Comment présente-t-on l’amoureux dans les médias ? Comme quelqu’un qui a très envie de l’autre, qui a très envie de jouir de l’autre, de ses qualités, de ses talents. Il répète indéfiniment : « Je t’aime, je ne peux pas vivre sans toi, j’ai besoin de toi » Mais est-ce que c’est elle qu’il aime ou seulement lui profitant, jouissant de ses qualités et de ses talents à elle ? Combien de fois les médias nous rapportent des féminicides où un pauvre homme qui a tué sa compagne parce qu’elle voulait le quitter tente de s’excuser en disant « Je l’aimais, je ne pouvais pas vivre sans elle » Est-ce que c’est elle qu’il aimait ? Bien sûr que non. Il croyait l’aimer alors qu’en réalité c’est lui qu’il aimait, lui profitant d’elle. Méfions nous du langage, il peut charrier bien des malentendus. On dit aussi bien j’aime le chocolat que j’aime ma femme. C’est vrai que je suis heureux de manger le chocolat que j’aime et heureux de vivre avec la femme que j’aime. Pourtant, ce n’est vraiment pas la même chose. Le chocolat que j’aime, je le détruis, tandis que la femme que j’aime, je la construis puisque j’essaie de bâtir son bonheur.
Le Christ dans sa manière de nous aimer, nous montre que l’amour se vit dans le service de ceux qu’on aime, en vue de construire leur bonheur. Le service, le dévouement pour les autres, c’est l’amour en actes. C’est ce que le Seigneur veut nous faire comprendre dans la scène du lavement des pieds qui, loin d’être anecdotique, nous transmet une vérité fondamentale : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Seigneur et Maître et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné l’exemple pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous. …..Sachant cela vous serez heureux, si du moins vous le mettez en pratique.(Jean 13,12-17). Le Seigneur nous recommande de nous mettre au service les uns des autres, comme lui l’a fait, un service sans réserve, exempt de toute volonté de puissance et de tout esprit de domination. Mais alors, cela ne va pas être facile, il va falloir peiner, faire des efforts. Pourtant le Christ ajoute Je vous ai dit tout cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.
Comment est-ce qu’on peut trouver de la joie dans les efforts et dans la peine ? C’est que, par-dessus les efforts et la peine qu’on se donne pour aimer d’amour, domine la joie de construire et de créer du bonheur. Quand vous aimez votre mari, votre femme, vos enfants, vous créez leur bonheur. Et c’est le paradoxe de l’amour : plus vous avez dû faire des efforts, plus vous avez dû vous donner de la peine pour y parvenir, plus vous vous retrouvez heureux de les voir heureux. Saint-Exupéry disait Plus tu donnes et plus tu reçois et tant pis si les mots se tirent la langue. Le Créateur qui est Amour, crée du bonheur. Eh bien nous aussi, quand nous aimons, nous créons du bonheur et par là nous rejoignons le Créateur et partageons sa joie. C’est pourquoi le Christ nous dit: je vous dis tout cela, je vous dis aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, pour que MA joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.
Que retenir de tout cela
Nous aimer les uns les autres, c’est déjà au-delà de nos moyens, à plus forte raison nous aimer les uns les autres comme le Seigneur nous a aimés. Nous sommes fondamentalement égoïstes et donc incapables de mettre les autres au-dessus de nous, de les faire passer avant nous, comme l’exige l’amour. L’amour, c’est Dieu, c’est en Dieu, L’amour n’est pas un sentiment humain, c’est un don de Dieu. Mais parce que nous sommes créés à l’image de Dieu, parce que Dieu est en nous depuis notre baptême, nous sommes devenus capables d’aimer d’amour.
Cependant comme nous restons pécheurs même après notre baptême, il nous faut encore lutter chaque jour pour nous maintenir au niveau de l’amour, pour rester à niveau avec la façon d’aimer du Christ et ne pas retomber dans l’égoïsme. Et, c’est le paradoxe de l’amour, plus on fait d’efforts, plus on se donne de la peine pour aimer d’amour, plus, débouchant dans la joie, on se retrouve heureux. Profitons de cette messe où, avec le sacrifice du Christ nous nous offrons nous aussi, pour demander au Seigneur de nous rendre toujours plus semblables à lui, toujours plus capables d’aimer comme lui. Comme le dit une prière précédant la consécration :Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous t’apportons. Sactifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent, pour que nous devenions, le corps et le sang de Jésus Christ Notre Seigneur, pour que nous devenions toujours un peu plus Jésus Christ, capables d’aimer comme Lui.

Dimanch 28 Avril 2024                                                   Messe Malgache

Dans cette parabole, le Christ ne se présente pas comme n’importe quelle vigne, mais comme LA VRAIE vigne dont nous sommes les sarments. La vraie vigne. Qu’est-ce que le Christ entend par là ? La vraie vigne, c’est le Créateur, source de la vraie vie qui donne de bons fruits : le bonheur dans la paix la justice et l’amour, par opposition aux  vignes empoisonnées qui donnent de mauvais fruits : souffrance et mort à travers l’égoïsme, l’orgueil, la violence, la haine et l’avidité dans la recherche des richesses Nous autres aujourd’hui quel genre de fruits produisons nous ? Sommes-nous assez perspicaces pour nous greffer sur la vraie vigne ou allons-nous chercher d’autres cépages ? L’état du monde qui nous entoure montre clairement l’urgence de faire le bon choix et les désastres qu’entraînent les mauvais choix. Dans cette parabole de la vigne, reprenant la recommandation pressante du Deutéronome, le Seigneur nous met au pied du mur : Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu et que tu aimes Yahvé ton Dieu, tu vivras…Yahvé ton Dieu te bénira. Mais si ton cœur se dévoie… vous périrez. …Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, vous attachant à lui, car là est ta vie. (Deut.30,15….) Et si déjà nous avons choisi Dieu, seule source de vie, encore faut-il que nous demeurions étroitement unis à lui, jour après jour, année après année, parce que, comme le dit si bien ce beau chant religieux malgache : Le cheminement des hommes sur la terre, au départ, cela vient de Dieu, chaque jour il nous rapproche de Dieu et à la fin il nous ramène chez Lui. ….Oui mais nous autres, aveugles, sourds, boiteux que nous sommes, allons-nous réussir à trouver la bonne route et arriver à bon port ? Nous sommes tellement maladroits, pécheurs… C’est vrai, mais nous en sortirons parce que Toi, Seigneur, Tu es pour nous la Voie, la Vérité, la Vie.

Ce qu’il y a de vrai sur la terre, cela vient de Dieu, cela nous rapproche de Dieu et cela finit par nous ramener chez Lui… oui mais les muets, les paralysés, les détraqués que nous sommes, est-ce qu’ils peuvent encore espérer cette vérité-là ? Nous sommes tellement maladroits, pécheurs…C’est vrai mais nous en sortirons parce que Toi Seigneur, Tu es pour nous la Voie, la Vérité, la Vie.

La vie des hommes sur la terre, elle vient de Dieu, chaque jour elle nous rapproche de Dieu et pour finir elle nous ramène chez Dieu…oui mais nos parents et nos amis malades ou  défunts…Est-ce qu’ils peuvent encore espérer cette vie nouvelle  ?…Nous sommes tellement maladroits, pécheurs…Oui mais nous  en sortirons parce que Toi, Seigneur, Tu es pour nous la Voie, la Vérité, la Vie. (recueil de chants Hasina p.444)  

De même que le sarments n’ont de vie qu’à partir de la vigne, de même nous n’avons de vie qu’à partir de Dieu, créateur de toute vie. Arrachés ou coupés du cep, les sarments ne sont plus que du bois mort.  Séparés ou coupés de Dieu, nous ne sommes plus rien. C’est pourquoi le Seigneur nous recommande Demeurez en moi comme moi  en vous. Par nous-mêmes malheureusement, nous ne pouvons pas nous joindre à Dieu et demeurer en lui. Il est Saint et nous sommes pécheurs. Entre


lui et nous, il y a une distance et une incompatibilité radicale. Mais lui franchit la distance et vient vers nous. Par son incarnation d’abord et par les sacrements de baptême, d’eucharistie et de confirmation ensuite,  il nous donne sa vie et son Esprit. Désormais, nous pouvons demeurer en lui puisque lui demeure en nous. Mais il va falloir que nous soyons extrêmement vigilants à ne pas nous couper de lui, ne pas élaborer mes plans, mes projets en dehors de Lui, mais d’abord chercher ce qu’il veut, quels sont ses désirs et ensuite tout faire pour y répondre. Puisque c’est de Dieu Amour créateur  que je reçois la vie, il s’agit de rester accroché à lui. Mes désirs, mes projets ne peuvent pas être meilleurs que les siens. Ste Thérèse de Lisieux en était tellement persuadée qu’elle disait : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux.  

Mais cela ne va pas de soi. bien que le Seigneur nous ait prévenus : en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire, nous sommes toujours tentés d’en faire à notre tête, décidant par nous-mêmes de ce qui est bon ou mauvais, rejetant toute intervention extérieure, même celle de l’amour de Dieu que nous accusons de limiter notre liberté. Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas juger par nous-mêmes, cela veut dire simplement que notre jugement ne doit jamais rejeter le point de vue du Seigneur. Chaque fois que ce n’est plus le Seigneur et son amour, mais l’orgueil et l’égoïsme qui dirigent les talents et l’intelligence des hommes, le pire et à craindre. Lorsqu’on se sépare de la vie, on ne peut plus que glisser vers la mort. Cela commence par les conflits et la mésentente dans les familles. Dans les affaires, chacun cherche à écraser les autres. Le progrès ne vise plus le bonheur et le bien être des personnes, mais l’augmentation du profit et du chiffre d’affaires. La finance et l’argent passent avant l’homme. En politique internationale, on voit se produire les mêmes aberrations. Les états trouvent des sommes colossales pour constituer des armées énormes, un armement considérable tandis que leurs peuples stagnent dans la pauvreté, que les hôpitaux sont sous-équipés et les écoles incapables de scolariser les enfants.

Une phrase de la 4° prière eucharistique de la messe m’a toujours frappé, qui dit :Tu as créé l’homme à ton image et Tu lui as confié l’univers, afin qu’en te servant , toi son créateur, il règne sur la création, ce qui laisse entendre que si on s’écarte de Dieu, ça va coincer.

Aujourd’hui beaucoup de familles sont ravagées, des couples brisés, des jeunes et des enfants à la dérive, pour de multiples raisons, mais peut-être principalement parce qu’on veut se libérer d’un idéal chrétien trop exigeant et le remplacer par des idéologies fantaisistes à la mode. Combien de personnes sont déséquilibrées ou collectionnent les dépressions parce que les valeurs fondamentales de la personne ne sont plus reconnues. Si vous ne savez plus que notre vie vient de Dieu et retourne vers Dieu, vous n’êtes plus connectés au réel, vous êtes dans l’inconscient, en plein Alzeimer spirituel.

Que retenir de tout cela ?

Demeurez en moi. Telle est la recommandation du Seigneur pour nous aujourd’hui. Ce serait absolument impossible, s’il n’était déjà en nous. Mais le baptême, l’eucharistie et la confirmation nous communiquent sa vie et son Esprit. C’est pourquoi il peut nous dire : Demeurez en moi comme  moi en  vous. Du fait que je demeure en vous, c’est tout-à-fait possible pour vous de


demeurer en moi. Accrochez vous à moi pour ne pas partir à la dérive. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit.

L’évangile nous met ensuite sérieusement en garde : en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Combien de familles ravagées, de couples brisés, d’enfants et de jeunes à la dérive, combien de guerres, de massacres et de malheurs dans notre monde parce qu’on a rejeté le Christ trop exigeant pour adopter des idéologies prétentieuses mais qui n’ont jamais produit que malheurs et ruines.  

Enfin l’évangile d’aujourd’hui nous donne de solides motifs de confiance et d’espérance puisque le Père, en bon vigneron, veille sans cesse à tailler les sarments que nous sommes pour que nous portions beaucoup de fruits. Ce qui fait la gloire de mon Père, nous dit le Christ c’est que vous portiez beaucoup de fruit. Quelles que soient nos faiblesses, nous pouvons donc avancer avec confiance. Si le Seigneur est avec nous, qui donc sera contre nous ?  


Dimanche 21 Avril 2024

L’image du Bon Pasteur était parlante pour les auditeurs de Jésus qui étaient pour la plupart des agriculteurs et des éleveurs. Pour nous qui sommes des citadins, cela ne nous dit pas grand-chose.

Des bergers, des moutons, nous n’en voyons guère qu’à la télévision, dans la publicité pour les fromages de brebis ! Si nous voulons comprendre cette page d’évangile, essayons de voir d’un peu plus près ce qu’est la vie d’un berger. Le Seigneur relève trois aspects de la vie d’un berger : il connaît ses brebis et ses brebis le connaissent, il les rassemble et il donne sa vie pour ses brebis.

Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Pour nous qui ne connaissons guère les conditions de vie réelles des bergers, cette façon de parler nous paraît exagérée. Mais quand on y regarde de près, ce n’est pas si faux que ça. Seul dans la montagne avec ses chiens, jour et nuit il est exposé aux ardeurs du soleil comme au brouillard et à la pluie. Comme il se déplace constamment, il ne peut même pas se construire un abri ne serait-ce qu’avec des mottes de terre et des branchages. Toute la journée il lui faut veiller à ce que les bêtes ne s’aventurent pas dans des endroits dangereux, et la nuit il ne dormira que d’un œil. S’il ne donne pas sa vie pour ses brebis, au sens de se livrer à la mort, il n’est pas exagéré de dire qu’il se tue pour son troupeau. En tous cas, lorsque celui qui est mort sur la croix pour nous dit moi, je suis le bon pasteur, le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis, nous savons qu’il n’exagère pas

 Le Bon Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent nous dit encore le Christ. Je n’avais pas vraiment compris cette parole jusqu’à ce qu’un berger rencontré dans les Alpes me raconte comment il était venu en train depuis la Provence avec son troupeau de cinq cents moutons. Et il m’a dit cette chose stupéfiante : quand les agents de la SNCF ont débarqué les cinq cents moutons sur le quai de la gare de Modane, j’ai vu tout de suite qu’il en manquait deux ! C’est ça un bon berger qui connaît ses moutons. Cela nous paraît incroyable qu’un berger puisse reconnaître chacune de ses bêtes dans un troupeau de cinq cents têtes ! Et nous avons du mal à comprendre comment le Seigneur peut connaître personnellement chacun de nous. Nous le croyons parce qu’il l’a dit, mais tout juste. Pourtant il nous arrive de reconnaître, sans aucun doute possible, que parfois il traite avec nous de personne à personne, par exemple quand je vois qu’il a exaucé ma prière ou quand il appelle quelqu’un à la prêtrise ou à la vie religieuse. Parfois même, c’est extrêmement rare, mais cela arrive, il se manifeste à celui qu’il appelle et dialogue avec lui. C’est ainsi qu’il dit à Jérémie : Avant de te former au ventre maternel, je t’ai connu, avant que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré, comme prophète des nations je t’ai consacré.  Comme Jérémie proteste de son incapacité : Ah, Seigneur Yahvé, vois, je ne sais pas porter la parole, je suis un enfant, Yahvé répond : Ne dis pas je suis un enfant, mais va vers tous ceux à qui je t’enverrai…N’aie aucune frayeur, car je suis avec toi pour te protéger. (Jer.1,5-8)

Évidemment nous aimerions qu’il se manifeste aussi clairement chaque fois qu’il veut nous demander quelque chose. Mais même s’il ne nous apparait pas chaque fois qu’il nous demande quelque chose, il nous fait toujours connaître sa volonté. Mais est-ce que nous entendons sa voix ? Quand nous prions, nous demandons à Dieu d’écouter nos prières et c’est très bien, mais est-ce que nous cherchons à écouter les siennes ? Chaque fois que nous récitons le Pater, nous prions en toute sincérité : Que ta volonté soit faite. Mais, soyons honnêtes, nous ne voyons pas trop de quoi il s’agit. Nous prions pour que la volonté de Dieu soit faite, en gros, en général, dans le monde, mais peut-être pas vraiment pour que la volonté de Dieu soit faite aujourd’hui, pour  chacun de nous… La plupart du temps  parce nous ne voyons pas très bien de quoi il s’agit, nous ne voyons pas en quoi consiste cette volonté de Dieu sur nous chaque jour.  

Comment faire pour entendre sa voix et savoir ce qu’il attend de moi ?  Tout simplement en lui demandant dans la prière : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?   Et c’est à ce moment-là qu’il faut bien écouter. Parmi les pensées qui vont se présenter à moi, certaines peuvent venir de moi, de mon raisonnement, certaines peuvent venir  du démon, elles nous poussent au mal et nous les appelons des tentations et puis il y en a qui nous poussent au bien, ce sont des pensées qui viennent De dieu. C’est ça les appels de Dieu, les vocations.

Pourquoi est-ce que de notre côté, ça ne répond pas ? Parce que même si nous entendons l’appel qui nous est adressé, nous ne le reconnaissons pas comme venant du Seigneur. Nous nous disons : je me fais des idées, Dieu ne perd son temps à s’occuper de gens ordinaires comme moi,  il s’occupe des gens importants, c’est eux qu’il appelle  à une tâche précise dans la construction du Royaume…. Et sûrs qu’il n’y a rien à entendre, nous ne cherchons plus à écouter. Peut-être regardons nous notre Dieu non pas comme un  Père qui a le souci de chacun de ses enfants, et n’en laisse aucun  de côté, mais comme le PDG d’une énorme multinationale qui bien évidemment ne peut pas connaître et encore moins s’intéresser à chacun de ses employés.

Pourtant nous voyons bien dans l’évangile que le Seigneur ne laisse personne de côté La volonté de mon Père, dit-il, c’est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés. (Jean 6,39)Il n’est pas du tout du genre à ne fréquenter que les riches, les gens instruits, les cadres, les élites. Bien au contraire, il est plutôt en mauvais termes avec les gens importants de la société qui sont à  l’époque  les prêtres, les docteurs  de la Loi et tout le milieu clérical.  Par contre, il est à l’aise avec les gens simples, ses apôtres viennent d’un milieu très modeste, on lui reproche même d’être toujours fourré avec des gens peu recommandables, des pécheurs publics, des fonctionnaires douteux ou des femmes de mauvaise réputation…mais il rétorque qu’il est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Marc 2,12 ) Mais il n’était pas entendu pour autant et il  interpellait ses interlocuteurs : Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? (Jean8,43) Mais cette triste constatation, loin de le décourager, ne faisait que renforcer son ardeur à rassembler les brebis encore perdues ou égarées afin qu’il n’y ait qu’un seul troupeau et un seul pasteur et il ira jusqu’à donner sa vie sur la croix pour que tous soient un, comme toi, Père et moi nous sommes un. (Jean 17,11,21-23 )

Que retenir de tout cela ?

A travers cette parabole du Bon pasteur, l’Évangile veut nous faire comprendre que notre Dieu, tel un bon berger connaît chacune de ses brebis. Pas d’une connaissance froide, abstraite. Il établit avec chacune d’elles des relations personnelles. Il confie à chacun une tâche précise dans la construction du Royaume. Il n’impose pas. Il  propose. A chacun d’entre nous de reconnaître cet appel, cette vocation, et d’y répondre. Alors, moi, où en suis-je ? Est-ce que je crois vraiment que mon Dieu est un Père qui  se préoccupe de moi parce qu’il ne met de côté aucun de ses enfants ? Ou est-ce que je le prends pour une sorte de PDG d’une énorme multinationale qui ne peut pas connaître chacun de ses employés ? Est-ce que je cherche à voir ce qu’il me demande  et est-ce que je m’emploie à le faire  ? A côté de moi, tant de gens ne savent pas qu’il y a un Dieu qui les aime, qui veut le mieux pour eux, dans le monde où je vis , tant d’innocents  sont victimes de la haine et de la violence ou pire encore tant de criminels inconscients répandent la haine et la violence…..Bien sûr, ce n’est pas moi tout seul qui puis ramener la paix au Soudan, en Ukraine ou à Gaza, mais là où je suis, le Seigneur me demande  de faire quelque chose pour qu’il y ait davantage de justice, de paix et d’amour. Parce que sa volonté, ce n’est pas de faire de nous un troupeau de moutons, mais un troupeau de pasteurs.

Dimanche 14 Avril 2024                   Fromelles

Nous sommes le soir de Pâques, les apôtres sont en train d’écouter deux disciples raconter ce qui leur est arrivé, comment sur le chemin d’Emmaüs, Jésus a marché avec eux sans qu’ils le reconnaissent et comment ils l’ont reconnu à la fraction du pain, une fois attablés dans l’auberge. Il est apparu à Marie de Magdala au matin et ce même matin des anges sont apparus aux femmes venues au tombeau pour terminer les rites d’ensevelissement ils leur ont dit que Jésus était ressuscité. Pierre et Jean ont vu le tombeau vide. Malgré cela, lorsque Jésus apparait au milieu d’eux et leur dit « la paix soit avec vous », ils sont saisis de frayeur et de crainte, croyant voir un esprit. Ils ne croient pas encore qu’il est ressuscité. Il faut que Jésus leur montre ses mains et ses pieds, qu’il les invite à le toucher, qu’il mange un morceau de poisson grillé devant eux, et qu’il invoque le témoignage des prophéties de l’Écriture le concernant, pour qu’ils soient enfin convaincus. Tout à fait rassurés, ils laissent alors libre cours à leur joie. Mais comme toujours, le Christ les emmène plus loin. Il n’est pas venu simplement leur dire un petit bonjour en passant, ni même pour les consoler dans leur désarroi et les amener à croire qu’il est vraiment ressuscité, il est venu pour achever leur préparation afin qu’ils puissent proclamer en son nom la conversion à toutes les nations en commençant par Jérusalem.

Il commence donc par leur rappeler : je vous avais dit qu’il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans les Écritures. Il fait alors allusion au ps 22 qu’il a cité sur la croix et qui commence par un cri de détresse : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, avant de s’achever dans l’action de grâces de ce juste sauvé par son Dieu, car Yahvé n’a pas méprisé ni dédaigné la pauvreté du pauvre…Mais, invoqué par lui, il écoutera. Et, bien sûr, il cite le prophète Isaïe décrivant comment le Serviteur sauvera les hommes et annonçant son triomphe final : C’étaient nos souffrances qu’il supportait.(4) Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos crimes.(5) C’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris.(5) Par ses souffrances, mon serviteur justifiera les multitudes.(11) Il s’est livré lui-même à la mort et il a été compté parmi les pécheurs, alors qu’il supportait les fautes des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.(12) Mais après les épreuves de son âme, il verra la lumière et sera comblé. (Isaïe53,4,5,11,12 )

Maintenant qu’il leur a donné l’intelligence des Écritures, leur montrant que sa passion, sa mort sur la croix et sa résurrection, tout cela est arrivé pour que s’accomplisse ce qui avait été écrit à son sujet dans la Loi de Moïse, les psaumes et les Prophètes, maintenant qu’ils ont compris que par sa passion, sa mort sur la croix et sa résurrection, il a apporté le salut à tous les hommes de toutes les nations, pas question de rester là à chanter Alléluia ! Il faut vite aller le dire partout. C’est pourquoi dans le verset qui suit immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, le Christ leur annonce : je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez, d’en haut,  revêtus de puissance, (Luc 24,49 )faisant ici allusion à la promesse faite au soir du Jeudi Saint de leur envoyer l’Esprit Saint. Et les apôtres, jusque-là craintifs, partiront pleins d’audace annoncer partout la Bonne Nouvelle.

Est-ce que nous aujourd’hui nous pouvons nous contenter de rester plantés là quand nous voyons le Christ envoyer ses disciples partager ce qu’ils ont reçu avec ceux qui sont encore dans le brouillard ? Nous chrétiens nous sommes le fruit de l’activité missionnaire de Dieu. Nous sommes l’œuvre de son Envoyé, son propre Fils venu nous communiquer sa vie. La vie qui nous anime est la vie du « Christ-envoyé. » L’activité missionnaire n’est donc pas pour nous une activité périphérique ou facultative. Elle n’est pas davantage une activité parmi d’autres ou une activité qu’on pourrait confier à quelques spécialistes. Parler d’un chrétien missionnaire, serait faire un pléonasme, comme de parler d’un bipède à deux pieds. Un chrétien est nécessairement missionnaire, comme un bipède a nécessairement deux pieds. Maintenant, comment faire, en pratique, pour être missionnaire quand on a cinq enfants, qu’on dirige une usine de plastique ou qu’on est ministre de l’agriculture ? A vous d’être des témoins nous commande le Christ. Très bien ! Mais pratiquement comment faire ?

Ce n’est pas une question de paroles, d’exhortations de harangues ni de propagande. Il s’agit seulement de vivre de ce dont nous avons à témoigner. Il s’agit de nous laisser toucher, de nous laisser prendre par ce que le Seigneur a fait pour nous et que l’Esprit saint nous a fait comprendre. Alors comprenant notre vie comme quelque chose que nous recevons de Dieu et nous nous dirigeons à la lumière de celui qui est la Voie, la Vérité, la Vie (Jean 14,6 ) et quand l’évangile devient le mode d’emploi de notre vie, notre genre de vie devient contagieux, sans même que nous nous en rendions compte. Cela me fait penser à cette histoire que m’a racontée un confrère. Dans un village du sud de Madagascar majoritairement païen, une vieille femme veuve, vivait seule, ses enfants étaient morts et elle n’arrivait pas, toute seule, à cultiver ses rizières. Les quelques femmes chrétiennes de l’endroit décidèrent de l’aider à cultiver ses rizières. Les femmes païennes leur demandèrent alors : pourquoi vous faites ça, vous êtes payées ?  Non, mais nous, chrétiens, c’est ça nos coutumes. Impressionnées, les femmes païennes dirent alors : si c’est ça être chrétien, alors, nous aussi, on veut devenir chrétiennes.

Que retenir de tout cela ?

Cet évangile nous donne deux indications sur le Christ ressuscité.

Son corps est un corps nouveau, pas tout-à-fait pareil à son corps d’avant sa Passion. Il apparaît et disparaît soudainement au milieu de ses apôtres sans passer par la porte. Pourtant le Seigneur ressuscité n’a rien d’un fantôme :  les apôtres le voient de leurs yeux, le touchent de leurs mains et il mange avec eux. Lorsque nous ressusciterons, nous aurons, nous aussi, un corps nouveau, semblable à celui du Christ ressuscité.

D’autre part, le Seigneur ressuscité n’est plus présent sur la terre à temps complet. Il apparait seulement de temps en temps. Les théologiens appellent la période  entre Pâques et l’Ascension « le temps intermédiaire ». Intermédiaire entre le temps où il était présent sur la terre de manière permanente depuis sa naissance à Bethléem jusqu’à sa mort sur la croix, et le temps où il est remonté au ciel de manière définitive, à partir du jour  de l’Ascension.

En outre, l’évangile nous montre que le Christ est apparu à plusieurs reprises à ses apôtres, non seulement pour conforter leur foi, mais pour achever de les former en sorte qu’ils puissent témoigner de l’évangile par toute la terre. Nous aussi aujourd’hui, comme les apôtres, le Christ nous envoie témoigner de l’évangile. Peut-être pas en enseignant et en prêchant toute la journée, mais en vivant selon les valeurs de l’évangile, en luttant contre l’injustice, la haine, la violence et en faisant régner la paix, la justice, la charité autour de nous. La vie du Christ ressuscité vainqueur du mal, du péché et de la mort, vivant en nous depuis notre baptême, nous rend capables de mener ce combat. La victoire n’est peut-être pas pour demain. Raison de plus pour ne pas cesser de lutter et l’auteur de l’épitre à Diognète nous le rappelle : Si noble et le poste que Dieu nous a confié qu’il ne nous est pas permis de déserter.

          Dimanche de la Divine Miséricorde          7 avril 2024                                                  

Nous sommes au soir du jour de Pâques. Les disciples sont rassemblés, les portes du lieu où il se trouvent sont soigneusement verrouillées par crainte des Juifs. Ils sont là tristes, découragés encore sous le coup des évènements tragiques qu’ils viennent de vivre : la Passion du Seigneur et sa mort sur la croix, son ensevelissement et sa mise au tombeau. Ils avaient tellement espéré qu’il serait le Messie triomphant… Soucieux et inquiets ils se demandent ce qu’il va se passer maintenant. Des bruits courent. Il serait ressuscité. Marie Madeleine l’aurait vu. Mais ils n’y croient pas. Ils sont abattus, désorientés. Soudain Jésus vint et il était au milieu d’eux. Ils sont effrayés. Mais Jésus les rassure tout de suite : Soyez en paix, La paix soit avec vous ! Comme il voit qu’ils ont de la peine à croire que c’est bien lui, il leur montre les plaies de ses mains et de son côté ; ce n’est pas un esprit ni un fantôme, même si son corps ressuscité lui permet d’apparaître soudainement au milieu de ses disciples sans passer par la porte Convaincus, ils laissent alors éclater leur joie.

            Mais Jésus n’apparait pas à ses apôtres seulement en vue de les consoler dans leur

abattement. S’il leur apparait, c’est aussi dans le but de les envoyer en mission : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Il étend aux apôtres sa mission propre reçue du Père. Il n’a pas un mot de reproche à leur égard, alors qu’ils l’ont abandonné et se sont enfuis lors de son arrestation. Il ne fait pas la moindre réprimande à Thomas pour son obstination à refuser de croire en sa résurrection. Il fait encore entièrement confiance à ses apôtres qui en sont bouleversés. Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : recevez l’Esprit Saint. A qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. Le moment est solennel. En soufflant sur eux, il reproduit le geste du créateur qui a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre (Sagesse 15,1) Il s’agit donc ici d’une sorte de nouvelle création par laquelle le Seigneur insuffle en ses disciples sa vie nouvelle ressuscitée et donc toute la puissance de cette vie nouvelle capable de venir à bout du mal, du péché et de la mort. Désormais les apôtres peuvent partir affronter le monde et construire le Royaume. et de même que ce jour-là il a envoyé ses disciples travailler à l’édification du Royaume, de même, il nous envoie aujourd’hui encore poursuivre la construction de ce royaume. St Paul dira plus tard : Le Seigneur a fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il avait préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. (Eph. 2,10)

 On voit par-là combien Pâques, la Résurrection,ce n’est pas une sorte de happy end, le dernier épisode d’une histoire qui finirait bien, mais le commencement d’une nouvelle étape dans l’histoire du salut et combien la résurrection du Christ n’est pas une péripétie qui ne concernerait que la personne de Jésus seulement mais un évènement qui atteint tous ses disciples

 Nous ne pouvons pas dire : le Christ, lui, un juste qui est passé en faisant le bien, soulageant toutes les misères physiques ou morales, qu’il soit ressuscité, c’est très bien, tant mieux pour lui ! mais pour nous, ça ne change rien. La résurrection du Christ a un impact énorme sur notre destinée. D’abord elle est la source et le gage de notre propre résurrection puisque nous sommes promis comme lui à ressusciter après notre mort et à entrer dans une vie nouvelle, éternelle celle-là, ainsi qu’il l’affirme solennellement à plusieurs reprises dans l’évangile Je suis la Résurrection et la Vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. (Jean 11,25,26) Et ce n’est pas seulement après notre mort que la résurrection du Christ impacte notre destinée.  Depuis le jour de notre baptême nous avons en nous la vie du Christ. Mais de quel Christ exactement ? Non pas la vie du petit Jésus de Bethléem, ni la vie du Christ parcourant la Palestine en prêchant l’évangile, mais la vie du Christ mort et ressuscité Et cette vie du Christ ressuscité qui a triomphé du péché, du mal et de la mort nous donne la force de réaliser la mission que le Seigneur nous confie : poursuivre la construction du Royaume. A nous de développer cette vie jour après jour, jusqu’au jour de notre mort.  A ce moment-là, le Seigneur rendra à chacun selon sa conduite. (Mt.16,27) Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour une résurrection qui mène à la vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection qui mène au jugement. (Jean 5,29)

Alors quoi faire ? Deux tentations sont à éviter. La première, c’est de se dire : l’important, c’est la vie éternelle il faut s’en occuper activement et ne pas se soucier de la vie d’ici-bas. Dans la toute première génération des chrétiens, certains, persuadés de l’imminence du retour du Seigneur, non seulement vendaient leurs biens et distribuaient aux pauvres le produit de ces ventes, comme la première lecture nous le rapporte, mais ils cessaient de travailler, si bien que St Paul est obligé de réagir et  dans sa 2°épitre aux Thessaloniciens il exhorte fermement tout le monde à travailler, allant jusqu’à dire : celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (3,10). Mais et c’est la deuxième tentation que nous devons affronter, et qui malheureusement entraîne  beaucoup de nos contemporains, on se dit que la vie éternelle c’est bien loin, donc pas la peine de s’occuper de ça, et on ne s’occupe plus que de l’immédiat,  on s’abrutit dans le travail, la passion  de l’argent jusqu’à compromettre sa santé et son équilibre personnel, pensez aux « burn-outs », qui touchent même un certain nombre de cadres, la  vie des familles est ébranlée : dans certains foyers, on se croise dans l’escalier le soir, l’un rentre du travail, l’autre part pour son travail de nuit. C’est le prix à payer si on veut acheter une nouvelle voiture et partir en vacances. Le résultat, c’est que personne n’est heureux de la vie qu’il mène et de plus en plus, on cherche désespérément à s’évader. D’où par exemple, la consommation de drogue en augmentation incessante. Pâques et la résurrection du Christ viennent nous secouer, nous sortir de notre abrutissement, nous rappeler la réalité et l’envergure de notre destinée d’éternité.

Il nous envoie continuer son œuvre c’est-à-dire construire le royaume. Or construire le royaume, ce n’est pas de s’occuper des choses du ciel sans s’occuper des choses de la terre, ni s’occuper des choses de la terre sans s’occuper des choses du ciel. C’est sur la terre que ce royaume est à construire. Il s’agit donc de s’occuper sérieusement des choses de la terre, non pas dans la perspective de faire du fric n’importe comment et par tous les moyens mais dans le but de mettre plus de justice de paix et d’amour ici-bas. Il s’agit de s’occuper des choses de la terre avec en ligne de mire celles du ciel. Les cathédrales ne sont pas construites avec des pierres surnaturelles. Un tas de pierres ordinaires et du ciment ordinaires utilisés dans un certain ordre se sont transformés en cathédrales. Que faisons-nous des pierres banales de notre vie quotidienne ? Des tas de pierres posées les unes à côté des autres ou en faisons-nous des cathédrales ?

Que retenir de tout cela ?

Pâques, la Résurrection, ce n’est pas une sorte de happy end, le terme d’une histoire qui finirait bien, mais le commencement ; le départ d’une nouvelle étape dans l’histoire du salut, de la construction du Royaume auxquelles nous sommes envoyés travailler.

Comme le Christ a soufflé sur les apôtres, leur insufflant sa vie nouvelle de ressuscité vainqueur du mal, du péché et de la mort, il nous a donné le jour de notre baptême cette vie nouvelle qui nous rend capables de construire le Royaume, malgré notre faiblesse.

Que devons-nous faire pour construire ce Royaume ? Rien d’extraordinaire, simplement agencer les pierres ordinaires de notre vie quotidienne dans un certain ordre. Chaque fois que nous en soulevons une pour la mettre quelque part, tournons-nous vers le Seigneur pour lui demander si c’est bien comme ça qu’il veut que nous fassions. Demandons-lui de mettre son « ordre » dans nos esprits et nos cœurs. Alors, des pierres banales de nos vies quotidiennes, nous bâtirons, nous aussi des cathédrales pour le Royaume.

Jeudi Saint 26 Mars 2024          Filles de la Charité

Je profite de ce Jeudi Saint où on célèbre l’institution de l’Eucharistie pour vous proposer la deuxième homélie sur le sens de la messe. Dans une première homélie, le 15 Octobre dernier nous avions réfléchi sur la messe comme sacrifice de l’Offertoire au Pater. Aujourd’hui nous parlerons de la communion du Pater à la fin de la messe Mais avant un résumé de la première homélie.

La  Messe- Sacrifice     (résumé)

La messe, c’est l’actualisation du sacrifice de N.S. mort sur la croix il y a 2000 ans, par lequel nos péchés ont été pardonnés et par lequel nous avons été réconciliés avec le Père. Ce sacrifice agit encore pour nous aujourd’hui. Tout se passe comme si le sacrifice du Christ avait lieu pour nous aujourd’hui puisqu’il obtient le pardon de nos péchés d’aujourd’hui et notre réconciliation avec le Père aujourd’hui. La messe n’est donc pas une commémoraison du passé, une sorte de cérémonie du souvenir, mais l’actualisation de quelque chose qui s’est passé il y a longtemps mais qui continue d’agir pour nous aujourd’hui. Qu’est-ce qui se passe à la messe ? Nous offrons au Père le sacrifice du Christ : « Reçois, Père le sacrifice du Christ mort pour nous il y a 2000ans. Que les fruits de ce sacrifice retombent encore sur nous aujourd’hui. » L’essentiel de la messe, c’est ça. Et comme nous sommes sûrs que ce sacrifice sera accepté par le Père, parce que le sacrifice de son Fils est un sacrifice pur et saint, un sacrifice parfait, ainsi que le dit une des prières de la messe, et comme ce sacrifice nous obtient à chaque fois le pardon de nos péchés et la réconciliation avec le Père, c’est avec joie et dans l’action de grâces que nous l’offrons. C’est pour ça qu’on l’appelle sacrifice eucharistique du grec eucharizein  rendre grâces.

Mais à la messe, nous n’offrons pas seulement le sacrifice du Christ, nous nous offrons aussi nous-mêmes. Alors que nous ne le méritons pas, il nous offre cette promotion extraordinaire : nous unir à lui. Nous ne pouvons pas rester passifs à applaudir : Vive J.C. qui nous pardonne nos fautes, nous unit à lui et nous réconcilie avec le Père ! La moindre des choses, c’est que nous nous avancions vers lui, pour nous offrir à lui, pour être unis à lui, nous, notre vie et notre travail. « Seigneur, vous voulez nous unir à vous eh bien, nous aussi, nous voulons nous unir à vous. » D’ailleurs St Paul nous y exhorte vigoureusement : Je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. (Rom 12,1)

Comment allons-nous faire ? Cela commence à l’offertoire. Nous offrons le pain, fruit de la terre et du travail des hommes et le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes pour qu’ils soient consacrés et deviennent le Pain de la Vie et le Vin du Royaume. Le but de notre prière c’est d’être unis au Christ comme dit le prêtre en versant quelques goutte d’eau dans le calice :Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a voulu prendre notre humanité.

Après l’offertoire, notre démarche d’offrande se poursuit dans une longue prière qui va du Sanctus au Pater où, après un temps de louange et d’action de grâcesnous nous tournons vers le Seigneur : Nous te supplions de consacrer les offrandes que nous t’apportons, sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent (c’est-à-dire pour que nous devenions) le corps et le sang de Jésus  Christ Notre Seigneur qui nous a dit de célébrer ce mystère. Voilà le


2 / 4

but du sacrifice de la messe : nous christi-fier, nous faire Christs. Déjà par le baptême, nous sommes unis au Christ, mais comme notre inattention, nos négligences et nos fautes détériorent cette union, nous avons besoin de la renforcer et de la renouveler, ce qui a lieu à la messe.

Le processus de notre christification commence à l’offertoire où avec l’offrande du sacrifice du Christ nous nous offrons nous-mêmes. Il s’opère à la consécration où le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ avant de se réaliser pleinement à la communion où le Christ pénètre en nous. La messe n’est donc pas une simple prière de louange, (messe à la bougie ?) de pardon, de demande ou d’action de grâces, c’est d’abord et surtout un sacri-fice qui nous fait sacrés, qui nous christifie ou plus exactement qui renforce la consécration et la christification de nous-mêmes déjà commencées le jour de notre baptême, en même temps qu’elle opère la consécration du monde (à travers la consécration du pain et du vin fruits de la terre, de la vigne et du travail de hommes)

………………………………………………………………………………………………………  

La Messe-Communion

Notre vie, notre travail offerts à l’offertoire sont consacrés à la consécration. Nous sommes christi-fiés, faits Christs. Notre vie, notre travail sont déjà consacrés. Que pouvons-nous faire de mieux ?  Que pouvons-nous souhaiter de mieux ?  Que nous, en tant que personnes  ( et pas seulement notre  vie, ce que nous faisons, notre travail) soyons christi-fiés. Et cela va se réaliser dans la communion, où le Christ rentre en moi, me nourrit, me vivifie.

Tout ce qui concerne l’Eucharistie a commencé le Jeudi Saint au soir. Le Christ célèbre avec ses apôtres, comme tous les Juifs la Pâque juive, c’est-à-dire l’anniversaire de la libération du peuple juif esclave en Egypte, quand, sous la conduite de Moïs, les Juifs passent d’Egypte et de la servitude à la Terre promise et à la liberté. Chaque année on célébrait cette libération au cours d’un repas rituel, c’est-à-dire un repas entrecoupé de prières et de psaumes suivant un rituel précis. Ce soir-là, le Jeudi Saint, le Christ introduit, à la stupéfaction des apôtres deux rites nouveaux, le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie. Il prit du pain, le bénit et le donna à ses apôtres en disant Prenez, mangez, ceci est mon corps livré pour vous. Il prit la coupe de vin la bénit et la donna à ses apôtres en disant Prenez et buvez-en tous, ceci est mon sang versé pour vous.  Faites ceci en mémoire de moi. (Luc 11,19,20 ;1Cor.11,24)

Qu’est-ce que ça veut dire : Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous ? Cela veut dire que Jésus veut que ses disciples se nourrissent de son corps livré pour eux. Il veut que nous, aujourd’hui, nous vivions de son corps livré pour nous. Quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le petit Jésus de Bethléem, ni le Christ enseignant l’évangile, nous recevons le Christ qui donne sa vie pour nous. Par conséquent on peut dire que le but de la communion, c’est de nous transformer en « d’autres-Christs-qui-donnent-leur-vie -pour- les-autres ». La communion affine la christification opérée par la messe-.sacrifice. Elle nous transforme en christs qui donnent leur vie pour les autres dans le cadre de notre vie quotidienne, en famille, en communauté, dans le cadre de nos activités professionnelles ou autres.

Donc communier, ce n’est pas simplement recevoir (passivement) une hostie. St Thomas disait que si un rat mange une hostie, il ne fait pas la communion ! Communier, c’est s’engager à vivre comme


3 / 4

le Christ qui donne sa vie pour les autres. Mais alors, recevoir une hostie n’est pas la seule manière de communier. Chaque fois que je me donne au service des autres, je suis en communion avec le Christ qui se donne à  nous . C’est ce qu’avait bien compris le peintre d’une icône du X° siècle qui représente sur la même icône l’institution de l’Eucharistie et le lavement des pieds. Et ce n’est pas par hasard si l’introduction de la consécration dans la 4° prière eucharistique reprend les termes mêmes du récit du lavement des pieds :

                               Lavement des pieds
1°)     Quand l’heure fut venue de passer de ce monde au Père,
2°)     Lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde  les                                                                                     a        aima  considère le lavement des pieds jusqu’à l’extrême.  
3°)    Au cours du repas, Jésus se leva de table, prit un linge et              l          lava les pieds de ses disciples…..                                                                                                              
                        4eme Prière Eucharistique  

1°)      Quand l’heure fut venue où tu allais le glorifier,
2°)       Lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les                        
           aima jusqu’au bout.  
3°)       Pendant le repas qu’il partageait avec eux, Il prit le  pain..
         

Pourquoi St Jean considère-t-il le lavement des pieds comme un témoignage d’amour extrême ? C’est que, du temps de Jésus c’était un geste très humiliant, qu’on ne pouvait même pas demander à un esclave juif. C’était le dernier des esclaves de la maison, à condition qu’il ne soit pas juif qui lavait les pieds des hôtes.  J’aime dire : Jésus lavant les pieds de ses disciples, c’est un peu comme si le pape ou l’archevêque en visite chez vous nettoyait les toilettes ! C’est un  geste très choquant. D’où la réaction indignée de Pierre.  

Ce n’est pas un péché de recevoir la communion pour demander la guérison d’un malade ou la réussite à un examen, mais ce n’est pas fait d’abord pour ça. Le Christ a inventé la communion pour nous rendre semblables à lui  donnant  sa vie. Moi, si je vais communier, cela doit être parce que je veux, je m’engage à vivre comme le Christ qui donne sa vie pour les autres.  

Que retenir de tout cela ?

Le sacrifice de la messe nous christifie. A la messe, en même temps que nous offrons le sacrifice du Christ, nous nous offrons et nous offrons notre travail pour être transformés en nouveaux Christs et pour que notre travail devienne construction du Royaume.  La messe  renforce et revivifie le baptême qui déjà nous a fait uns avec le Christ.

La communion affine cette christification.  Elle nous transforme en Christs qui donnent leur vie dans le service des autres, comme le Christ donne sa vie pour nous.

Recevoir l’hostie n’est pas la seule manière de communier au christ qui donne sa vie Le service des autres qui est don de soi est aussi communion au Christ tout autant et peut-être plus et mieux que la communion sacramentelle.  

Quand le Christ nous dit Prenez et mangez. Ceci est mon corps livré pour vous, il nous appelle à vivre comme lui, à donner notre vie pour les autres. Moi, j’ai donné ma vie pour vous. Vous devez, vous aussi donner votre vie pour les autres. Si je prétends être chrétien, alors, d’une manière ou d’une autre je dois donner ma vie pour les autres. Généralement on définit les chrétiens en disant : c’est des gens qui vont à la messe. il serait plus juste de dire : c’est des gens qui se donnent aux autres.


4 / 4

Quand le Christ dit : Faites ceci en mémoire de moi, veut-il dire : prenez du pain et du vin et faites une petite cérémonie de temps en temps ? ou bien veut-il dire Moi, j’ai donné ma vie pour vous, vous, faites en autant ?


Dimanche des Rameaux                            24 Mars 2024

Après la bénédiction des Rameaux

Pourquoi le Seigneur veut-il entrer triomphalement, dans Jérusalem, monté sur un ânon,  lui qui d’ordinaire est extrêmement discret ? C’est que l’heure est venue pour lui de se révéler comme le  Messie annoncé par leprophète Zacharie : Voici ton roi qui vient vers toi, juste et victorieux, plein de douceur, monté sur une ânesse                                                   et un petit âne…… il proclamera la paix parmi les nations(Zach.9,9,10) Il n’avance pas monté sur un cheval, monture guerrière, mais sur un ânon, symbole de paix et de simplicité. C’est Jésus, doux et humble de cœur (Mt.11,29) mais c’est aussi le Messie envoyé par le Père et annoncé par les prophètes.

Après la lecture de la Passion

Le récit de la passion de Notre Seigneur que nous venons d’entendre nous plonge dans des sentiments contradictoires. D’un côté nous sommes submergés par un profond sentiment de tristesse et de honte, parce que c’est à cause de nos péchés qu’il a souffert tout cela. Mais d’un autre côté, voyant comment les forces du mal ne peuvent venir à bout de l’amour infini de Notre Seigneur, (alors qu’on est entrain de le tuer, Il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font, (Luc 23,34) c’est-à-dire : Vous pouvez me tuer si vous voulez mais moi je vous aime encore), nous sommes émerveillés et remplis d’action de grâces en voyant la puissance de l’amour de Dieu l’emporter sur les forces du mal.

Nous ne pouvons supporter qu’un juste soit persécuté et mis à mort. Notre gêne et notre malaise sont d’autant plus grands que nous avons notre part de responsabilité dans ce crime. Jésus pourrait dire à chacun d’entre nous : J’ai versé telle goutte de sang à cause de toi. C’est bien pourquoi nous ne pouvons pas en rester à des regrets sincères peut-être, mais stériles. Il a fait tout cela pour moi, et moi, que ferai-je pour Lui ?………………………..

D’autre part n’oublions pas que la Passion n’est pas quelque chose qu’il a subi, qui lui a été imposé, mai quelque chose qu’il a voulu. Car ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui, c’est lui qui s’est livré. Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. Par trois fois il a annoncé à l’avance à ses apôtres sa passion et sa Résurrection. Et le soir du Jeudi Saint,il leur a bien précisé : Ma vie, personne ne me la prend mais c’est moi qui la donne. (Jean 10,18) Il a voulu, en donnant sa vie, montrer comment la puissance de son amour en dominant les forces du mal allait manifester sa gloire. C’est d’ailleurs pourquoi, parlant de sa Passion et de sa mort imminentes, il a déclaré à ses apôtres ce même soir du Jeudi Saint : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23)Pendant qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. (Luc 23,34) Autrement dit : Vous pouvez me tuer si vous voulez, moi, je vous aime encore. Il a laissé déferler sur lui les forces du mal du péché et de la mort, mais, tel un tsunami, les flots de son amour infini ont recouvert et noyé toutes les forces mauvaises, vaincues définitivement.  

Au cours de cette célébration, nous voyons Jésus face à ces deux triomphes: le triomphe humain de l’entrée à Jérusalem et le triomphe divin de son amour infini dominant les forces du mal. Le revirement de la foule qui exige la mort  du Christ cinq jours seulement après l’avoir acclamé comme roi trahit l’extrême fragilité des triomphes humains.

Par contre le triomphe divin du Seigneur dont l’amour infini est venu à bout des forces du mal, rien ne peut le détruire.  Comme St Paul l’écrit aux Romains : Qui nous séparera de l’amour du Christ ?…Ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les forces des hauteurs, ni celles des profondeurs, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en JCNS. (Rom.8,35,38 ?39)


2 / 2