François Battez

Dimanche 13  Octobre  2024

(Sag,7,7-11)—(Heb.4,12-13)—(Marc 10,17-30)

Aujourd’hui dans l’évangile, le Christ nous parle du danger des richesses. Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu, dit-il.…Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Ses propos sont durs. Pourquoi est-ce si difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ? Qu’est-ce qui est si mauvais dans les richesses ?

Cet homme riche qui se jette aux pieds de Jésus, c’est certainement quelqu’un de fervent. Depuis sa jeunesse, il a observé les commandements. Il a entendu parler de Jésus et il a été tellement touché par son enseignement qu’il vient se jeter à ses pieds pour lui demander conseil : Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? Cependant, lorsque Jésus lui propose de vendre ses biens, de les donner aux pauvres et de le suivre, trop attaché à ses richesses, il cale. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens nous dit l’évangile. Comment se fait-il que la richesse arrive à détourner du Christ cet homme plein d’ardeur dont l’enthousiasme avait ému le Seigneur qui posa son regard sur lui et l’aima ? Qu’y a-t-il donc de si pernicieux dans la richesse ?

La richesse, ce n’est pourtant pas quelque chose de mal. C’est un don de Dieu, un signe de la générosité divine, de plus, elle consacre la réussite de l’effort. Dieu enrichit ceux qu’il aime. La Bible  nous rapporte qu’Abraham était très riche (Gen.13,2) et qu’Isaac et Jacob étaient eux extrêmement riches (Gen.26,13…30,43). La richesse est un bien que tout le monde recherche. Personne ne veut être pauvre, personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvres. Pourtant, l’évangile d’aujourd’hui nous le montre, la richesse peut être un mal qui détourne de Dieu.

Comment la richesse qui au départ est un don de Dieu, devient-elle un mal qui nous détourne de lui ? En permettant à celui qui en possède de se procurer tout ce qu’il veut et de satisfaire tous ses désirs, la richesse peut donner au riche un sentiment de toute puissance absolue et d’indépendance totale, comme si  elle  le créait à nouveau, faisant de lui quelqu’un de tout puissant. Le riche se retrouve alors dans une attitude diamétralement opposée à celle du croyant qui, devant Dieu se reconnaît faible limité et essentiellement dépendant. La richesse, au lieu de renforcer son attachement à Dieu puisqu’elle est un don venant de lui, peut l’amener à le renier comme le disait le Deutéronome : Quand tu auras mangé et te seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et y habiteras, quand tu auras vu se multiplier ton gros et ton petit bétail, abonder ton argent et ton or, s’accroître tous tes biens, n’oublie pas alors Yahvé ton Dieu. Garde toi de dire en ton coeur : c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’a donné ce pouvoir. Souviens-toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné ce pouvoir. (Deut.8,12). Pour le croyant c’est Dieu qui le crée, qui le fait être ce qu’il est. Pour le riche, c’est la richesse qui le fait être ce qu’il est Autrement dit la richesse a pris la place de Dieu dans le cœur du riche. Pour lui son dieu, c’est la richesse.

De plus, la plupart du temps le riche, n’est jamais satisfait, il en veut toujours plus, il n’a plus qu’un but dans l’existence : amasser toujours plus de richesses par tous les moyens. Et c’est là que la richesse qui nous a déjà  coupé de Dieu va nous couper maintenant de l’autre qui n’ est plus quelqu’un à aimer, mais un rival à dépasser, un concurrent à écraser.  La passion des richesses balaye tout scrupule tout souci de justice et toute sollicitude pour les autres. L’histoire nous le montre au long des siècles : la recherche effrénée de l’argent et du profit, l’amour des richesses sont à l’origine de toutes les luttes, de tous les conflits sociaux de toutes les crises économiques   et de toutes les guerres. On en arrive à des sociétés comme la nôtre où le progrès ne vise pas à ce que les hommes vivent mieux, mais à ce que le profit et la rentabilité financière soient toujours meilleurs, même si les rythmes de travail inhumains compromettent la santé des travailleurs déclenchant des « burn out » à tous les niveaux, depuis le grand patron jusqu’au dernier des manoeuvres sans spécialité. St Paul l’avait vu bien avant nous qui disait, péremptoire : La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. (1Tim.6,10)

Mais l’amour de l’argent ne touche pas seulement les riches, il peut atteindre aussi les pauvres, qui, ressentant durement le manque, sont quelquefois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir par tous les moyens. Madeleine Delbrel, l’apôtre des déshérités d’Ivry disait : Il y a pire que les riches, c’est les pauvres. Si tout le monde, aussi bien les riches que les pauvres peut être contaminé par l’amour de l’argent qui ruine toute vie religieuse, sociale, familiale ou personnelle, alors, qui peut être sauvé ? Pour les hommes, c’est impossible, nous dit le Christ, mais pas pour Dieu. Comment cela ? Par son Esprit qui nous éclaire, le Seigneur nous fait prendre conscience de notre misère : nous n’arrivons pas à faire le bien que nous aimons et nous faisons le mal que nous n’aimons pas (Rom 7,17,24). A partir de là, nous allons nous tourner vers lui, lui demander son aide. Lui, dont l’amour jamais ne varie, va nous sauver. C’est plus fort que lui, il ne peut pas faire autrement, il ne  peut pas se détourner d’un pauvre qui appelle au secours. Il ne cesse de le répéter au long de siècles : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Isaïe 66,1,2)

Que retenir de tout cela ?

La richesse est un don de Dieu qui enrichit ceux qu’il aime et la récompense de l’effort. Mais elle devient un cancer mortel lorsque le désir des richesses tourne à l’addiction et prend toute la place dans notre cœur. Les riches sont plus exposés que les pauvres à attraper ce cancer. Enivrés par l’amour de l’argent et le désir d’en avoir toujours plus, emportés par un orgueil illusoire, ils croient n’avoir plus besoin de rien ni de personne  et surtout pas de Dieu. C’est pourquoi, oui, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux.

Mais les pauvres ne sont pas à l’abri du danger des richesses. Car, ressentant durement le manque, ils sont parfois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir à tout prix. Pour eux aussi, la richesse peut devenir une addiction mortelle.

On pourrait dire que la richesse est un bien qui peut avoir des effets secondaires mortels lorsque devenue une véritable addiction elle nous détourne de Dieu et ruine toute vie sociale, familiale et même personnelle, tandis que la pauvreté est un mal qui peut avoir des effets secondaires positifs dans la mesure  où nous faisant prendre conscience de tout ce qui nous manque, elle  nous aide à nous faire sentir que nous avons besoin de l’aide de Dieu et nous amène à  nous tourner vers Lui.

C’est pourquoi le mieux est encore d’en revenir à la prière d’Agur dans le livre de la Sagesse : ne me donne ni pauvreté ni richesse. Laisse moi goûter ma part de pain, de peur qu’étant comblé je ne me détourne et ne dise : Qui est Yahvé ? ou encore qu’étant indigent je ne dérobe et ne profane le nom du Seigneur. (Prov.30,9)

Dimanche 6 octobre 2024

Genèse (2,18-24)  Hébreux (2,9-11)  Marc (10,12-16)

Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Difficile d’accepter cette parole. De nos jours, lorsqu’un homme et une femme se marient, ils considèrent que c’est leur choix, leur décision. Ils acceptent de bonne grâce les félicitations et les vœux de bonheur de leurs parents et amis mais n’aiment pas beaucoup qu’on interfère dans leur décision Leur mariage, c’est leur affaire à eux, leur volonté à eux. S’ils sont chrétiens ils acceptent volontiers que le Seigneur bénisse leur union, parfois même ils vont  jusqu’à reconnaître que c’est Dieu qui a mis leur fiancé(e) sur leur chemin, Mais est-ce qu’ils croient vraiment que c’est Dieu qui les a unis ? J’en doute fort.

Et pourtant…On pense généralement que c’est l’amour qui est à la base de l’union des conjoints dans le mariage. Or il n’y a qu’une seule source d’amour dans le monde, c’est Dieu. Donc c’est bien Dieu qui unit les conjoints, puisque l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre ne peut venir que de lui. Mais encore faut-il que les mariés s’aiment d’amour.

Car on peut aimer quelqu’un sans l’aimer d’amour. Il y a de tas de gens qu’on aime bien sans les aimer d’amour. On goûte, on apprécie  les qualités, les talents, ses capacités d’une personne, il est sympathique, on l’aime bien, sans plus. Je peux aimer le général de Gaulle, pour  sa personnalité  et son génie politique ou Kylian Mbappé pour son adresse au football,  il n’y a pas d’amour là-dedans !  

Et surtout, en toute bonne foi, on peut prendre pour de l’amour les sentiments sincères, l’attachement profond qu’on  a pour quelqu’un. C’est ainsi que dans beaucoup de films, de romans ou de chansons, l’amoureux c’est une personne qui a très envie de l’autre à qui elle déclare avec une entière sincérité: « je ne peux pas vivre sans toi » ou « j’ai besoin de toi ». Mais où est l’amour de l’autre là-dedans ? Quand je dis « j’ai besoin de toi, je ne peux pas vivre sans toi », ce n’est pas toi que j’aime c’est moi profitant de tes qualités. Des couples se forment ainsi, croyant s’aimer, en toute bonne foi, alors qu’il n’y a pas amour entre eux. Chacun prend plaisir à être en compagnie de l’autre, il apprécie son caractère, son physique, il prend plaisir à parler ou à travailler avec lui donc il pense :  je l’aime.  Oui, mais il ne l’aime pas d’amour ; d’ailleurs, ce n’est pas l’autre qu’il aime, mais lui jouissant des qualités, des talents, de la personnalité de l’autre. Souvent, au bout d’un certain temps, l’un des deux ou chacun des deux se rend compte que l’autre le consomme, le consume, le détruit et le couple se sépare. Il arrive aussi, grâce à Dieu,  que le couple évolue et que les sentiments que chacun éprouve pour l’autre se transforment en véritable amour où chacun construit l’autre.

Qu’est-ce qu’il faut pour qu’il y ait amour ?  Il faut que les sentiments, l’attachement, le désir que je peux avoir pour quelqu’un en arrivent à un point où je mets l’autre au-dessus de moi, je le fais passer avant moi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire. Regardez un bébé dans son berceau : il attrape tout ce qui passe à portée de ses mains, même son pied et le porte à sa bouche. Par nous-mêmes, étant donnée notre psychologie, par nature, nous sommes centrés sur nous-mêmes, incapables de mettre quelqu’un au-dessus de nous, de le faire passer avant nous, de l’aimer d’amour. Autrement dit, l’amour n’est pas un sentiment humain. Pourtant nous arrivons à aimer d’amour. Autour de nous des couples s’aiment d’amour, des parents et des enfants s’aiment d’amour. Comment est-ce possible ? Il faut que l’amour que nous avons dans le cœur vienne d’ailleurs, d’au-dessus de nous. C’est Dieu, qui nous a créés à son image, qui  nous rend capables


d’aimer. Quand dans un couple, un homme et une femme s’aiment, c’est que Dieu a donné à cet homme-ci un amour spécial pour cette femme-ci et à cette femme-là un amour spécial pour cet homme-là.1°) Le Christ peut donc dire à propos du mariage : ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Il n’y a là rien de choquant. Et cela n’empêche pas chacun des époux de s’engager par une décision libre et personnelle.

2°) D’autre part il est juste de parler du mariage comme d’un engagement vocationnel comme le fait le pape François dans son exhortation apostolique La joie de l’amour. Le mariage est bien une vocation puisque le Seigneur en donnant à chacun des époux de s’aimer  les appelle à cet engagement.  

3°) Et enfin, puisque Dieu est à la base du mariage dans lequel s’engagent les époux, ils peuvent s’engager pour la vie, c’est du solide, cela ne repose pas sur des sentiments humains incertains et fluctuants, Dieu est derrière. Cela ne veut pas dire que tout sera facile. Car même si des époux ont dans le coeur un amour authentique venant de Dieu, chacun aura tous les jours à lutter pour se maintenir à ce niveau-là et  persister à mettre l’autre avant lui chaque jour.

Maintenant supposons un couple tout à fait de bonne foi, qui se marie à l’église mais qui n’y voit pas très clair, il ne croit pas vraiment que l’amour qui les unit vient de Dieu et que leur mariage est un engagement vocationnel, Y a-t-il sacrement ? Non. Pour qu’il y ait sacrement, il ne suffit pas que les paroles sacramentelles soient prononcées : « Consentez-vous… ? J’y consens, » il faut qu’elles soient prononcées dans la foi et avec l’intention de faire ce que veut l’Eglise. Quand je célèbre la messe, lorsque, ayant l’hostie en mains , je prononce les paroles de la consécration, le pain devient corps du Christ. Mais si, ayant en mains mon trousseau de clefs, je prononce les paroles de la consécration, mon trousseau de clefs ne devient pas le corps du Christ. Et si ce couple qui s’est marié à l’église sans trop comprendre de quoi il s’agit, se sépare,  y a-t-il divorce religieux ? Non, leur mariage était  invalide. D’où la prise de position du pape François d’autoriser, après enquête, un certain nombre de divorcés à recevoir la communion. Il ne change rien à l’indissolubilité du mariage, mais il se trouve que certains mariages, quoique célébrés à l’église sont nuls, il n’y a pas eu sacrement. Le 16 Juin 2016, lors de l’ouverture du congrès ecclésial du diocèse de Rome, le pape François interrogé par des laïcs est allé jusqu’à dire : La grande majorité des mariages célébrés dans l’Eglise catholique sont nuls.(La Croix du lundi 15 Octobre 2018). Raison de plus pour nous de ne pas jamais juger et encore moins condamner des divorcés. Nous ne connaissons pas leur histoire. Et surtout il faut savoir que ceux qui se marient sans comprendre qu’il s’agit d’un engagement sacramentel, ne sont pas mariés selon ce que l’Eglise voit dans le sacrement de mariage.

Que retenir de tout cela ?

Il ne convient  pas  d’appeler amour n’importe quel attachement qu’on peut avoir pour quelqu’un. On peut aimer quelqu’un sans l’aimer d’amour. Quand est-ce qu’on aime d’amour ? Lorsque les sentiments qu’on a pour quelqu’un sont tels qu’on met ce quelqu’un au-dessus de soi, on le fait passer avant soi. Or ceci est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire. Par nature nous sommes centrés sur nous-mêmes. C’est pourquoi l’amour qui nous fait mettre un autre avant et au-dessus de nous-mêmes n’est pas un sentiment humain. C’est quelque chose que Dieu, seule source d’amour, nous donne. En nous créant à son image et en nous unissant à lui en Jésus Christ et par notre baptême, Dieu nous fait participer à son Etre d’Amour et nous rend capables d’aimer d’amour. C’est pourquoi le Christ peut dire tout-à-fait légitimement à propos du mariage : Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. Cela n’altère en rien le consentement libre et personnel de chacun des conjoints, mais nous invite à admirer la délicatesse de l’intervention de Dieu au plus


intime de nous. « Dieu plus intime encore que le plus intime de moi, meilleur encore que le meilleur de moi » disait, je crois, St Augustin. (Deus intimior intimo meo, superior summo meo)


Dimanche 29 Septembre 2024, Fromelles

26e dimanche T.O. B : Nombres (11,25-29) Jacques (5,1-6) Marc (9,38-43.45.47-49)

Je commenterai seulement la première partie de cet évangile où le Christ nous dit : Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

Devant l’initiative d’un étranger au groupe des apôtres qui expulsait des démons, les douze ont réagi en l’en empêchant. D’après eux, pour expulser des démons, il faut faire partie de ceux qui suivent le Maître. Jésus n’est pas d’accord avec cette intransigeance et cet esprit de clocher. Il explique à ses apôtres que celui qui fait un miracle en son nom ne peut être exclu. La puissance de Dieu est nécessairement en lui. Celui qui n’est pas contre nous est avec nous. Ceci est encore vrai aujourd’hui. La grâce de Dieu travaille partout dans le monde et pas seulement à l’intérieur de l’Église officielle, auprès des croyants pratiquants. L’Esprit Saint ne demande pas qu’on lui présente ses jetons de présence à la messe du dimanche pour éclairer les hommes et leur donner d’agir selon la vérité et la justice. Chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là agissant. Celui qui fait le bien est de Dieu, car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu. Réjouissons-nous donc de ce que partout où quelque chose de bien est fait, Dieu soit là, agissant, même si celui qui fait le bien n’est pas un croyant fervent ni un fervent pratiquant.

Mais alors qui est du Christ et qui n’en est pas ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ce n’est pas clair. Qui est du Christ ? Les baptisés, croyants, pratiquants, on peut les considérer comme des disciples du Christ même s’ils ne sont jamais parfaits, et demeurent des pécheurs. 

Mais il y a les baptisés, croyants qui pratiquent peu ou pas leur religion, plus ou moins Judas. Est-ce qu’ils sont encore du Christ ? Dieu seul le sait. Et nous, nous ne pouvons pas en juger.

Et puis il y a des non baptisés qui parfois sont des croyants. Croyants en qui, en quoi ? Eux-mêmes ne le savent pas toujours. Sont-ils des nôtres ? Dieu seul le sait. Et là encore nous ne pouvons pas en juger.

Et puis enfin il y a des incroyants Pour ceux-là, on est tenté de dire, c’est clair, ils ne sont pas du Christ. Oui mais ces gens là sont bien souvent des braves gens, qui font le bien autour d’eux. Mais alors s’ils font le bien, Dieu est avec eux, puisqu’il n’y a qu’une source de bien, c’est Dieu. Alors, qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? La frontière entre les deux n’est pas nette.

Qui est d’Église ? et qui n’est pas d’Église ? Qu’est-ce que ça veut dire Église ? Cela désigne ceux qui sont appelés par convocation, du grec ek-kaleô. Qui fait partie de l’Église ? Il est sûr que ceux qui ont répondu à l’appel, sont baptisés et pratiquants en font partie, mais ça ne veut pas dire que les autres n’en font pas partie, cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas appelés, eux   aussi.   Est-ce qu’on peut imaginer que Dieu, notre Père laisserait de côté une partie de ses enfants ?

Trois choses sont sûres.

–La première c’est que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, comme l’écrit St Paul à Timothée (1Tim.2,4) Tous les hommes sont appelés à être sauvés.

-La deuxième, c’est que ceux qui ont répondu à l’appel, sont croyants, baptisés et pratiquants, on peut penser qu’ils sont du Christ et de l’Église,

-La troisième c’est que ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, même s’ils ne sont pas baptisés ni pratiquants, le Christ les revendique comme siens lorsqu’il dit Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

De cette parole découlent deux conséquences : d’abord nous ne pouvons pas juger, jamais nous ne pouvons exclure quelqu’un et dire qu’il n’est pas du Christ. Ensuite, la parole du Christ nous montre que ce à quoi on reconnaît un Chrétien, c’est à sa manière de vivre en faisant le bien Un chrétien c’est quelqu’un qui fait le bien, qui agit comme ferait le Christ. Déjà le prophète Osée l’enseignait : On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu. (Osée 6,8)

Nous ne sommes pas quittes une fois que nous avons fait des prières et assisté à la messe le dimanche. Par nos prières et notre assistance à la messe nous nous rapprochons du Seigneur afin de puiser auprès de lui la force d’agir ensuite comme lui. Une prière qui ne débouche pas sur une action est une prière avortée. En venant à la messe ce matin qu’est-ce que nous faisons ? Nous nous approchons du Seigneur, pour lui offrir, en même temps que le sacrifice du Christ,  nos travaux de la semaine passée, la peine que vous les chefs de famille vous vous êtes donné pour que vos femmes et vos enfants aient tout ce qu’il faut ; le soin que vous avez pris, vous les mères de famille, pour que tout le monde soit heureux dans une maison confortable où personne ne manque de rien ; les efforts que vous  les enfants et les jeunes vous avez faits pour développer dans l’étude les talents que le Seigneur vous a donnés. En le remerciant de nous en avoir rendu capables, nous offrons au Seigneur tout ce bien que nous sommes parvenus à faire avec son aide et nous nous offrons pour qu’il nous transforme, nous rende toujours plus pareils à lui et nous rende capables de faire mieux la semaine qui vient. C’est ce que dit le prêtre dans la prière qui précède l’élévation : nous te supplions Père de consacrer ces offrandes que nous apportons : sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent, le corps et le sang  de Jésus Christ Notre Seigneur qui nous a dit de célébrer ce mystère, c’est-à-dire pour que nous devenions comme Jésus Christ., capables d’agir comme lui.

Que retenir de tout cela ?

Qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ceux qui font le bien et agissent comme le Christ agirait. Normalement ceux qui sont croyants, baptisés et pratiquants sont du Christ et de l’Église. De plus, ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, le Christ, en disant : Celui qui n’est pas contre nous est avec nous les reconnait comme siens, même si ce sont des migrants, musulmans, pas baptisés ni croyants ni pratiquants.

D’autre part cet évangile nous enseigne deux choses.

– La première c’est qu’un chrétien c’est quelqu’un qui agit comme le Christ agirait. On ne peut pas définir les chrétiens comme on le fait trop souvent comme ceux qui vont à la messe. Le sacrifice de la messe c’est ce qui transforme des chrétiens déjà uns avec le Christ depuis leur baptême pour les rendre toujours davantage semblables au Christ, en vue d’être capables de faire le bien et d’agir comme lui. N’oublions jamais la parole du Seigneur : Il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume, il faut faire la volonté de mon Père. (Mt.7,21)

-Deuxième enseignement de cet évangile : si c’est à leur manière de vivre, au bien qu’ils font, qu’on reconnait les chrétiens, il est extrêmement important pour nous de relever au long de nos journées tout ce que nous faisons et tout ce que les autres font de bien, parce qu’à chaque fois Dieu est là présent, qui nous inspire. Ne soyons pas de ceux qui ont des yeux pour voir mais ne voient pas, comme le déplorait Ézéchiel (Ez 12,2). Ne soyons pas de ces nouveaux disciples d’Emmaüs qui vont tout tristes sur le chemin, persuadés qu’il n’y a plus d’espoir : le Christ est mort ! le nombre de pratiquants ne cesse de diminuer ! il y a de moins en moins de prêtres ! on ferme les églises !  Pendant que nous égrenons notre litanie de lamentations, il est là marchant à nos côtés. Mais qu’est-ce que nous attendons pour nous en apercevoir ?

Dimanche  22 Septembre   2024

25e dimanche T.O. année B : Sagesse (12,17-20) Jacques (3,16-4,3) Marc (9,30-37)

Jésus quitte la Galilée avec ses apôtres pour rejoindre Jérusalem où, il le sait, il va être livré aux mains des hommes. Pour la deuxième fois, il leur annonce sa passion, sa mort et sa résurrection. Mais ils ne comprennent pas ce qu’il veut dire. Gênés, ils n’osent pas demander d’explications. Ce n’est pas la première fois qu’il leur dit des choses qu’ils ne comprennent pas. Habituellement, cela s’éclaire par la suite. Ils laissent donc tomber le sujet et continuent à marcher en parlant d’autre chose. Arrivés à Capharnaüm, Jésus leur demande de quoi ils parlaient en chemin. Un peu honteux ils avouent qu’ils discutaient entre eux pour savoir quel était le plus grand. Une fois de plus les propos de Jésus vont les déconcerter. Il leur explique que dans le Royaume, les plus grands ce sont les enfants.

Or à l’époque, en Palestine, les enfants ne sont guère considérés. On les regarde comme des êtres faibles, incapables de raisonner. Il n’ont pas la parole et doivent obéir en tout. St Paul va même jusqu’à dire : Tant que l’héritier est un enfant, il ne diffère en rien d’un esclave. (Gal.4,1) Jésus lui, explique à qui veut l’entendre : Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. (Mt.18,3) Les apôtres sont surpris. Et nous aussi. Dans notre société, on aime les enfants, on est plein d’attentions pour eux. Mais personne ne veut être regardé comme un enfant. Les parents ne souhaitent pas que leurs petits demeurent en enfance, ils les stimulent constamment : Ne fais pas l’enfant ! Lorsqu’une personne âgée, ayant perdu ses forces et sa raison, retombe en enfance, on la plaint. L’enfance, c’est très bien, mais tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut en sortir. Alors pourquoi le Seigneur nous présente-t-il les enfants comme des modèles ? Qu’y a-t-il chez eux de si admirable ?  

Deux choses : D’abord ils voient clair sur leur situation, ils savent qu’ils ne sont pas autonomes, ils dépendent de leurs parents qui les aiment. Ensuite, et c’est très surprenant, ils ne sont pas humiliés de se sentir dépendants de leurs parents. Ils sont au contraire heureux, ils se sentent en sécurité auprès de leur papa et de leur maman. C’est un  petit garçon de cinq ans qui m’a fait comprendre cela. Je traversais la cour d’un collège ou j’enseignais , lorsque, arrivant près de ce petit garçon, il m’a dit Mon papa il est grand ! cela voulait dire : je suis de mon papa, je suis quelqu’un puisque mon papa il est grand. Loin de l’écraser ou de l’humilier, sa dépendance vis-à-vis de son papa constituait sa fierté, sa sécurité, son bonheur. Il ne m’a pas dit : c’est embêtant, je suis petit, je ne sis pas conduire une voiture, je ne me rase pas, je ne sais pas nouer les lacets de mes chaussures tout seul. Il m’a dit : mon papa il est grand, sous entendu : moi je suis peut-être petit mais mon papa il est grand, je suis de mon papa, je participe de sa grandeur. D’où sa fierté, sa sécurité , et aussi son bonheur. Je ne peux rien par moi-même tout seul, mais qu’est-ce que ça peut faire puisque mon papa, il est là et il est grand, mon papa !  

Les plus grands dans le Royaume des cieux sont ceux qui reconnaissent qu’ils dépendent de Dieu et qui, loin de se sentir humiliés par cette dépendance, tirent de ce sentiment fierté, sécurité et bonheur parce qu’ils se sentent aimés de leur Dieu. Le Seigneur voudrait nous voir rejoindre cette attitude. Le Seigneur voudrait nous entendre dire : Mon Père du ciel, il est grand ! , c’est lui qui me donne tout ce que j’ai, à commencer par la vie, c’est lui qui m’a créé, c’est lui qui m’a donné tout ce que j’ai comme qualités et comme talents. Je me sens en sécurité avec ce Dieu qui s’occupe de moi et qui m’aime. Je ne suis pas humilié de dépendre de lui, au contraire, je suis fier et heureux


d’avancer dans la vie avec lui. Je ne peux pas faire grand-chose moi-même, tout seul. Je n’arrive même pas à faire le bien que j’aime et je fais le mal que je n’aime pas. (Rom.7,21) Mais qu’est-ce que ça peut faire puisque mon Père du ciel, il est là avec moi, en moi. ! Alors comme St Paul je me dis : Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. (2Cor.12,9)Je peux tout en celui qui me rend fort. (Phil.4,13) Le Seigneur voudrait que nous ayons cette lucidité, ce réalisme et cet optimisme des enfants!  

Malheureusement ce n’est pas ce qui est dans l’air du temps. Aujourd’hui on tend à nier l’idée d’un Dieu créateur qui nous a créé parce que, dans son amour, il veut partager avec nous sa vie et son bonheur. Aujourd’hui on tend à voir Dieu comme quelqu’un qui nous empêche d’exister. On se veut totalement indépendant et libéré de toute ingérence extérieure. Un grand philosophe écrivait en 1950 : « Je suis la source absolue….car c’est moi qui fais être pour moi cette tradition que je choisis de reprendre ou cet horizon dont la distance à moi s’effondrerait si je n’étais là pour la parcourir du regard » On se veut totalement indépendant et libéré de toute contrainte La spontanéité des désirs de chacun, la fantaisie individuelle sont devenues la seule règle de vie et le fondement de la liberté : J’ai envie de faire ceci donc, j’ai le droit de le faire. Personne ni rien n’a quelque  autorité que ce soit pour m’empêcher de faire ce que j’ai envie de faire. D’où                          les écoliers qui insultent ou frappent leurs professeurs, les passants qui caillassent les pompiers venus éteindre un incendie, les hommes ou les femmes qui changent de sexe. Peut-être qu’un jour ils auront envie de devenir chiens ou éléphants et on ne voit pas au nom de quoi on pourrait le leur interdire. Au nom des lois en vigueur ?  … Une nouvelle majorité dans les assemblées peut très bien changer ces lois! Tout et n’importe quoi pourrait  être autorisé, légalisé, voir remboursé par la Sécurité Sociale ! S’il n’y a pas de Dieu, s’il n’y a pas de transcendance, s’il n’y a pas de valeurs divines auxquelles la liberté est soumise, alors on peut faire n’importe quoi. De nos jours, on remet tout en question, même ce qui jusqu’à maintenant était intouchable. Pensez aux débats qui ont lieu actuellement sur l’avortement ou l’euthanasie. Jusqu’à maintenant des lois au niveau national, au niveau de l’Union Européenne et des Nations Unies ont permis d’empêcher des divagations trop importantes de se produire. Mais pour l’avenir, rien n’est sûr.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui en nous rappelant que les enfants sont les premiers dans le Royaume des cieux, nous invite à rejoindre leur bon sens et leur lucidité. Les enfants savent qu’ils ne sont pas donné la vie eux-mêmes, que tout leur vient de l’amour de leurs parents et ils trouvent dans cette dépendance sécurité et confiance, fierté et bonheur. Nous, sachons reconnaître que tout nous vient de l’amour de Dieu et que cette dépendance loin de nous écraser ou nous  humilier nous apporte sécurité et assurance, fierté et bonheur car, comme disait St Augustin : Tu nous as faits, Seigneur, pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi.


Dimanche  15  Septembre  2024

 

24e dimanche du temps ordinaire année B. (Isaïe 50,5-9a)  St Jacques (2,14-1) Marc (8,27-35)

Quand Jésus demande aux apôtres : Au dire des gens, qui suis-je ? ils répondent en répétant ce qu’ils ont entendu dire : pour les uns, tu es Jean le Baptiste, pour d’autres Élie ou encore un des prophètes. On prend Jésus pour un grand prophète, c’est déjà quelque chose, mais cela reste bien  en dessous de la vérité. Et vous, demande encore Jésus aux apôtres,  que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pierre répond : tu es le Messie. Enfin une profession de foi sans équivoque ! Jésus est reconnu comme l’envoyé du Père. Jusque-là, seuls les démons, au moment où il les chassait, avaient reconnu en Jésus le Messie Fils de Dieu Mais, de même qu’il faisait taire les démons, Jésus défend vivement aux apôtres de parler de lui à personne.

Pourquoi ? Il ne veut pas qu’on le reconnaisse comme Messie, Fils de Dieu seulement à cause de la profondeur de son enseignement ou en raison de l’éclat de ses miracles. Il ne veut pas qu’on le reconnaisse seulement comme un grand prophète ou comme un bienfaiteur qui soulage les souffrances des hommes. Il est venu pour qu’il soit reconnu par tous que Dieu est Amour et la preuve de cette vérité, il l’ apportera par sa passion et sa mort parce qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est pourquoi il dit à ses apôtres : Il faut que je souffre beaucoup… que je  sois tué et que, trois jours après, je  ressuscite,  sous-entendu pour vous prouver que Dieu est amour.C’est en s’offrant librement pour souffrir sa passion et sa mort que le Christ donne la preuve que Dieu est Amour. Car, contrairement aux apparences, ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui par force, c’est lui qui s’est offert librement. Le soir du Jeudi Saint il avait d’ailleurs déclaré : Ma vie, personne ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jean,10,18)) Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. D’ailleurs,  à trois reprises, il avait annoncé aux apôtres qui n’y avaient rien compris, sa passion, sa mort et sa résurrection.

Quand Jésus annonce à ses apôtres sa passion et sa mort, les apôtres sont profondément choqués et  Pierre se met à lui  faire de vifs reproches. Dans son attachement à Jésus et son affection pour lui, il ne peut pas supporter l’idée qu’il lui arrive du mal. Il ne peut pas comprendre. Personne ne peut comprendre les voies de Dieu. Et après avoir remis sévèrement en place Pierre, Jésus avertit tous ses disciples : non seulement moi je dois suivre un chemin difficile, mais celui qui veut marcher à ma suite, il faut que lui aussi, il suive le même chemin : se renoncer et prendre sa croix.

Voilà des perspectives bien peu engageantes. Mais regardons les choses de près. Qu’est-ce que cela veut dire exactement se renoncer et prendre sa croix ? Peut-on penser que le Christ se serait imposé cette vie dure qui fut la sienne de la crèche à la croix dans le but de nous amener à une vie de souffrances ? Ce serait absurde et même blasphématoire. Ce serait faire du Christ un Dieu cruel, un bourreau. Il est venu pour nous racheter, nous libérer du mal, afin que nous ayons accès à une vie pleine, heureuse, épanouie. Et il le dit clairement : Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. (Jean 10,9) S’il ne cache pas les épreuves qui attendent ses disciples, dans l’évangile  il insiste souvent sur la joie Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite (Jean 10,10) Le jeudi Saint encore, priant son Père, il lui confie : Je dis ces choses encore présent dans le monde, pour qu’ils aient ma joie en plénitude. (Jean 17,13) Et St Luc nous rapporte que quand il passait quelque part, la foule tout entière était dans la joie. (Luc 13,17)

Le Christ était humain, il allait à la noce, il se laissait inviter à des banquets. Il avait de l’humour : voyez la manière dont il fait marcher les disciples d’Emmaüs. Ceux-ci  avancent tout tristes sur le chemin, pensant à la Passion du Christ dont ils ont été les témoins: Voyant qu’ils ont l’air sombre Jésus leur demande de quoi ils parlent, et comme Cléophas lui répond : tu es bien le seul qui n’ait pas appris ce qui vient de se passer à Jérusalem, (Luc 24,18) il fait semblant de ne pas être au courant et laisse les deux disciples lui raconter sa Passion qu’il connaissait mieux qu’eux ! mais on ne parle jamais de l’humour du Christ  Nous n’osons pas imaginer un Christ joyeux. Avez-vous jamais vu quelque part une image ou un tableau représentant le Christ en train de rire ? Pas étonnant ensuite que nous ayons du mal à exprimer la joie ou l’action de grâce dans nos liturgies. Pas étonnant    que les chrétiens aient si souvent, une tête de carême sans Pâques, comme dit le pape François. Au XXI°siècle, nous restons marqués par le jansénisme qui, au XVI° siècle, a voulu imposer une conception triste et pessimiste de la vie chrétienne à travers son interprétation discutable de la théologie augustinienne du péché.

Mais si le but du Seigneur est que nous ayons une vie pleine, heureuse, épanouie, que veut-il dire exactement quand il dit que celui qui veut marcher à sa suite doit se renoncer à lui-même et prendre sa croix ? Renoncer à soi-même, cela veut dire renoncer à vouloir la réalisation de tous ses désirs, renoncer à son indépendance, cela veut dire se demander à chaque fois qu’on prend une décision : est-ce que c’est cela que le Seigneur veut que je fasse ?  Ce n’est pas rien, c’est dur de renoncer à être indépendant, cela coûte de renoncer à son indépendance. Mais ce n’est pas si tragique que ça. En effet si je me mets à la suite du Seigneur, c’est parce que je pense qu’il m’aime, qu’il veut ce qu’il y a de mieux pour moi, qu’il sait mieux que moi ce qui est le meilleur pour moi. Finalement, se renoncer, c’est renoncer à ce qui est moins bien pour choisir ce qui est le mieux. Rien d’héroïque là-dedans. Mais ce qui rend la chose héroïque, c’est de pratiquer ce renoncement là jour après jour, toute sa vie, sans jamais céder à la facilité de l’égoïsme.

Et que veut dire le Christ quand il dit que celui qui veut se mettre à sa suite doit prendre sa croix ? Cela veut dire accepter de souffrir, de faire des efforts qui coûtent, de s’imposer des sacrifices et des renoncements à cause de l’amour qu’on a pour le Christ. Ce n’est pas facile, cela coûte, mais ce n’est pas si tragique que ça. Accepter de souffrir pour ceux qu’on aime, tout le monde fait ça. C’est banal. Dans toutes les familles, les parents s’imposent des sacrifices pour leur enfants. Rien d’héroïque là-dedans. Mais ce qui rend la chose héroïque c’est de prendre sa croix jour après jour, toute sa vie sans jamais céder à la facilité et au confort de l’égoïsme.

Que retenir de tout cela ?

Le Christ ne veut pas qu’on le prenne seulement pour un grand prophète qui parle bien ou comme un thaumaturge, un guérisseur qui apaise toute souffrance. Il veut qu’on le prenne pour ce qu’il est  : le Messie envoyé révéler et témoigner que Dieu est Amour et  qu’il veut le mieux pour nous.  Il en donnera la preuve en donnant sa vie pour nous.

Celui qui veut suivre le Christ doit suivre le même chemin que lui : se renoncer et prendre sa croix.

Se renoncer, c’est aimer Dieu suffisamment pour renoncer à faire ce qui nous plait pour faire ce qui lui plait Comme le Seigneur veut ce qu’il y a de mieux pour nous, finalement, se renoncer, c’est renoncer au moins bien pour choisir ce qui est le mieux. Pas grand-chose d’héroïque là-dedans. Ce qui est héroïque c’est de pratiquer ce renoncement tous les jours sans faiblir.

Prendre sa croix, c’est aimer Dieu suffisamment pour c’est accepter de souffrir pour lui. Partout, ceux qui aiment s’imposent des sacrifices pour ceux qu’ils aiment. On voit ça dans toutes les familles. Mais cela cesse d’être banal et cela devient héroïque lorsque chaque jour on s’impose de nouveaux sacrifices sans jamais se laisser aller à la facilité et au confort de l’égoïsme.

Le tout c’est d’aimer Dieu suffisamment. Saint Exupéry dit quelque part : Que ton Dieu te soit plus réel que le pain où tu plantes tes dents. Alors  t’enivrera jusqu’à ton sacrifice, lequel sera mariage dans l’amour. (Citadelle, CXC)

Dimanche 8 septembre 2024

23e dimanche du temps ordinaire, année B. Isaïe (35,4-7)  Jacques (2,1-15) Marc (7,31-37)

Bien sûr, la guérison de ce sourd-muet est un geste de bonté du Seigneur, bouleversé de voir la souffrance de cet homme et touché par la démarche de ce gens qui le supplient de guérir ce malheureux. Mais pas seulement, car le but de Jésus lorsqu’il fait un miracle est toujours de donner à travers un prodige ou une guérison, un signe, le signe que le Messie est arrivé, que Dieu est présent au milieu de nous.  Il a toujours peur que les témoins du miracle s’arrêtent au prodige et n’aillent pas jusqu’à voir le signe de la présence de Dieu parmi eux, il sait également que les Juifs, dans leur conception très terrestre du messianisme croyaient que le Messie quand il viendrait supprimerait toute souffrance et instaurerait une sorte de paradis sur terre. C’est la raison pour laquelle, il essaie d’agir le plus discrètement possible, quand il fait un miracle, entraînant  les malades à l’écart avant de les guérir et demandant qu’on ne parle pas de la guérison opérée. Mais cela ne marche pas ! Malgré cette consigne de silence, on dit partout et de plus en plus : Il a bien fait toutes choses, il fait entendre les sourds et parler les muets.

Or pour Jésus, faire des miracles, c’est, au-delà d’une manière de soulager la souffrance humaine, une façon d’exercer sa mission de Messie. C’est l’occasion de donner un enseignement. Pour Jésus, un miracle, c’est une prédication par gestes. Rendre la vue à un aveugle, c’est une manière de dire par gestes : Je suis la lumière du monde. (Jean, 8, 12) Multiplier les pains, c’est une manière de dire par gestes : Je suis le pain de Vie. (Jean 6,48) Ressusciter un mort, c’est une manière de dire par gestes : Je suis la Résurrection et la Vie.  (Jean 11, 25) Pour Jésus, chaque miracle est, pour ceux qui en sont les témoins un signe, une illustration, une preuve que le Royaume est arrivé parmi eux.

Pour nous aujourd’hui, quel enseignement y a-t-il dans cette page d’évangile ? Attention ! un train peut en cacher un autre ! Les plus anciens parmi vous se rappellent certainement de ce panneau indicateur qu’on pouvait voir autrefois sur les quais des gares. On pourrait dire ici : attention ! un miracle peut en cacher un autre ! Le miracle de la guérison du sourd-muet peut cacher un autre miracle, plus important celui-là : le miracle de la présence de Dieu au milieu de nous. Nous risquons de nous arrêter au prodige :  guérison d’un malade, multiplication de pains et nous ne voyons pas le plus grand prodige que représente la présence de Dieu parmi nous. Nous risquons de ne pas voir au-delà du bienfait humain du miracle, le bienfait spirituel supérieur que le Christ veut nous apporter à travers ce bienfait humain.

 Pensez à la réaction de la foule après la multiplication des pains. Tout heureux d’être rassasiée, elle veut s’emparer de Jésus pour le faire roi ! Elle ne voit pas du tout le but du Seigneur qui veut, à travers les pains multipliés, lui signifier qu’il est le Pain de Vie. Jésus le lui reprochera le lendemain, quand elle l’a rejoint de l’autre côté du lac : Ce n’est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez,  mais parce que vous avez mangé des pains à satiété. (Jean 6,26)

Dans notre foi maladroite, nous avons pleine confiance que le Seigneur peut nous donner les bienfaits matériels, humains que nous désirons mais nous oublions que le Seigneur de son côté désire aussi nous donner d’autres bienfaits d’un ordre supérieur, spirituels. Dans notre foi maladroite nous avons pleine confiance qu’il peut nous donner les sandwiches au beurre et à la confiture que nous lui demandons et nous sommes prêts à les recevoir avec reconnaissance, mais le pain de vie que lui veut nous donner ………… ?

Comme si Dieu était là seulement pour guérir nos maladies, nos aveuglements, nos surdités, nos paralysies ! Est-ce qu’il n’a pas pour nous d’autres  désirs, d’un ordre supérieur, ceux-là, d’ordre spirituel ? Qu’est-ce qu’il veut ? Il veut nous unir à lui, pour que nous soyons comme lui, pour que nous soyons d’autres lui, d’autres Christs. C’est St Irénée qui a le mieux exprimé les désirs, les ambitions de Dieu pour nous avec sa formule célèbre Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Il veut, nous transformer en lui, faire de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ, en vue des œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions comme dit St Paul (Ephes.3,20), des êtres capables,  comme lui et avec lui, de faire advenir le royaume de Dieu, de transformer notre monde plein d’orgueil, d’égoïsme et d’injustice en un royaume de paix, de justice et de charité..

Mais nous ne voyons pas si loin. Et les contemporains de Jésus non plus ne voyaient pas si loin. Quand ils l’approchaient, qu’est-ce qu’ils cherchaient ? A être guéris d’une maladie, ils demandaient son aide dans les épreuves. Et nous autres aujourd’hui qu’est-ce que nous demandons au Seigneur dans nos prières ? A peu près la même chose. Nous demandons la santé, la paix, la bonne entente dans nos familles, de réussir l’éducation et la formation de nos enfants, nous prions pour la paix et la justice dans le monde. Et nous avons bien raison, nous avons le plus grand besoin de son aide. Il n’y a rien là de condamnable. Au contraire. Cela manifeste notre confiance en celui qui nous a dit : Demandez et vous recevrez (Jean 16,24) Votre Père sait ce dont vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez. (Mt.6,8) Mais notre tort c’est de ne pas lui demander aussi ce que lui veut nous donner et qui est infiniment supérieur à ce que nous lui demandons. Nous lui demandons de s’abaisser à notre niveau sans penser que lui voudrait nous hisser jusqu’à son niveau, c’est-à-dire nous mettre en état de communion avec lui…..Nous lui demandons ce que nous pensons être le mieux pour nous. Mais est-ce que lui ne sait pas, mieux encore que nous, ce qui est le meilleur pour nous ?Alors osons repousser à plus tard nos demandes à nous et comme le Seigneur nous l’a enseigné osons  demander d’abord :que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite partout sur la terre comme elle est faite au ciel parce que quand dans nos familles et dans notre monde son nom est sanctifié, son règne advient et sa volonté est réalisée, c’est alors que le bonheur s’y établit. Mais croyons-nous vraiment que le Seigneur sait mieux que nous ce dont nous avons besoin ? Croyons-nous vraiment qu’il nous aime mieux que nous ne nous aimons nous-mêmes ? Croyons-nous vraiment, comme dit St Paul que sa puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer ?(Ephes.3,20) Puissions-nous être capables de faire en toute sincérité cette prière que je vous ai déjà citée  mais que je cite encore aujourd’hui en terminant :

                  1                                                                                        3

Mon Dieu,                                                                               Mon Dieu,

N’écoute pas ma prière,                                                          N’écoute pas ma prière,

Même si ce qu’elle te dit                                                         Mais fais en moi ma prière,

Est bien.                                                                                   Et puis écoute

Toi, ce que tu veux me dire                                                     Ecoute en moi

Est tellement mieux !                                                               Ta prière.

                  2                                                                                       4

Mon Dieu,                                                                                Et surtout,

N’écoute pas ma prière,                                                           Mon Dieu,

Même si ce qu’elle te demande                                               Fais que j’écoute,

Est bon.                                                                                    Que toujours,

Toi, ce que tu veux me donner                                                 J’écoute en moi

Est tellement meilleur !                                                            Ta prière.

Dimanche  1er  Septembre  2024

22e dimanche du temps ordinaire, année B ; 1ère lecture : Deutéronome 4, 1-2.6-8 ; Psaume : 14, 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5 ; 2ème lecture : Jacques 1, 17-18.21b-22.27 ; Évangile : Marc 7, 1-8.14-15.21-23

Se laver les mains avant de manger, c’était une obligation secondaire mais quand même importante,  car c’était   une prescription non seulement hygiénique, mais aussi religieuse. En effet, au retour du marché et des lieux publics où ils avaient côtoyé des étrangers, des païens et des pécheurs, les Juifs s’estimaient en état d’impureté rituelle, d’où la nécessité d’abondantes purifications. Les scribes et les pharisiens qui soupçonnent Jésus de détruire la religion juive et l’accusent de prêcher une nouvelle religion sont donc tout heureux de mettre Jésus et ses disciples dans l’embarras en leur reprochant de ne pas respecter la tradition des anciens. Mais le Christ n’a aucune difficulté à remettre en place ses adversaires. S’appuyant sur l’autorité du prophète Isaïe il leur reproche à son tour d’être hypocrites, d’honorer Dieu des lèvres, tandis que leur cœur est loin de lui, En façade, ils se montrent des pratiquants fervents observant minutieusement les prescriptions de la Loi, mais c’est le plus souvent pour être remarqués par les autres, s’assurer leur estime, en tirer un prestige personnel et pas tellement pour honorer Dieu. Ailleurs dans l’évangile, le Seigneur leur reproche aussi de chercher les honneurs et les premières places et surtout de se prendre pour des justes supérieurs aux autres qu’ils méprisent. Pensez à la parabole de la prière du Pharisien et du Publicain. (Luc 18,9-14) Tout cela est à l’opposé du Royaume où celui qui veut être le premier, doit se faire le serviteur et le dernier de tous. (Marc, 9,35) Le pire, c’est que, dans leur orgueil, en respectant minutieusement une infinité de pratiques, ils pensent voir barre sur Dieu, persuadés qu’après avoir tant fait pour lui, désormais Dieu leur doit quelque chose ! Alors que le Seigneur demande qu’on aime Dieu et son prochain, la préoccupation des Pharisiens, c’est leur promotion personnelle et la satisfaction de leur orgueil.

Devant une telle attitude, comment le Seigneur va -t-il réagir ? Comme les pharisiens s’estiment parfaits en tous points, pour eux, le mal ne peut  venir que du monde  extérieur et des autres, Jésus se doit de leur rappeller que le mal ne vient pas de l’extérieur, mais que c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses. Comme tout le monde, ils ont donc, eux aussi, à lutter contre le mal au fond de leur cœur. D’autre part, comme ils pensent qu’ils sont parfaits, ils s’opposent farouchement à ce qu’on touche au moindre point de doctrine ou au moindre détail des traditions, des rites et des pratiques qu’ils observent,  le Seigneur s’efforce de les amener à quitter le dogmatisme dans lequel ils s’enferment pour  reconnaître humblement qu’ils ont encore bien des choses à apprendre s’ils veulent vraiment comprendre et accomplir la Loi et les prophètes .                        

                                                 Et nous, qu’est-ce que le Seigneur veut nous faire comprendre à travers cet évangile ? Grâce à Dieu, nous n’avons pas la même hypocrisie et le même orgueil que les pharisiens. Nous ne sommes pas tellement portés à observer scrupuleusement et dans le moindre détail toutes les prescriptions de notre religion, nous serions plutôt tentés d’être un peu trop laxistes sur ce point et il n’y a pas là de quoi nous vanter !  Nous ne sommes pas tentés non plus de chercher à acquérir par nos pratiques de l’estime, de l’autorité et du prestige aux yeux des autres. Non pas   que nous soyons plus humbles que les pharisiens, mais tout simplement parce qu’ aujourd’hui   la ferveur dans la pratique religieuse n’est plus  un objet d’admiration et c’est peut-être dommage !

                                                 Mais malheureusement nous sommes quand même contaminés  par l’orgueil et l’ hypocrisie des pharisiens.  Comme eux, nous estimons facilement que notre manière de penser et d’agir, c’est la seule qui soit bonne, que personne ne doit jamais rien changer  aux idées qui sont les nôtres sur la religion ni à la manière dont nous pratiquons le culte, regardant  de haut ceux qui ne font pas comme nous.  Est-ce qu’il ne nous arrive jamais de penser tout bas, sans oser le dire trop haut : « Seigneur je te remercie de ce que je ne suis pas comme ceux  qui font du vélo ou qui font leurs courses au supermarché le dimanche matin. Moi, je vais à la messe, j’ai tels et tels engagements dans ma  paroisse et dans mon quartier. Ah ! si seulement, tout le monde pensait et faisait comme moi ! » Persuadés que nous sommes les meilleurs, nous nous enfermons obstinément dans nos idées et nos habitudes, joignant à un orgueil déplacé un entêtement aussi étroit que ridicule. 

Alors quoi faire ? Tout simplement nous remettre devant le Seigneur, plutôt que de nous référer aux autres. Tant que nous nous comparons aux autres, nous pouvons toujours en trouver qui sont pires que nous, les mépriser et nous croire supérieurs. Mais si nous nous remettons devant le Seigneur, nous nous découvrons tels que nous sommes en réalité, faisant le mal que nous n’aimons pas et incapables de faire le bien que nous aimons. Nous ne pouvons plus nous croire parfaits et les tentations d’orgueil et d’hypocrisie ont désormais moins de prise sur nous.  Nous découvrons que même ce qu’il y a de bien en nous ne vient pas de nous mais du Seigneur et de ceux qu’il a mis sur notre chemin, nos parents, nos maîtres, nos amis, pour nous enrichir de leur expérience. Nous ne pouvons plus éviter le constat que St Paul dresse sans ménagements : Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu ? et si vous l’avez reçu de quoi vous glorifiez-vous, comme si vous ne l’aviez pas reçu ?  (1Cor.4,7)

 Mais nous ne sommes pas découragés pour autant. Car en nous remettant devant le Seigneur nous redécouvrons un Père qui nous aime, dont la miséricorde est sans limites et la volonté de nous faire du bien inaltérable. Constamment dans l’Ecriture il nous rassure et nous assure de son soutien : Ne crains pas …. Parce que tu comptes beaucoup à mes yeux, que tu as du prix et que moi je t’aime. (Isaïe 43,1,4) Je ne cesserai pas de vous faire du bien… je trouve ma joie à vous faire du bien. (Jer.32,40,41)  Alors que l’orgueil pervertit le désir d’épanouissement légitime d’un chacun qui devient volonté agressive de domination sur les autres qu’on cherche systématiquement à rabaisser,  en nous remettant devant le Seigneur, nous retrouvons une saine ambition d’épanouir la vie et les talents qu’il nous a donnés, sans causer de dommage à personne et sans mépriser ni écraser qui que ce soit.

Que retenir de tout cela ?

Retrouver l’attitude de pauvreté en esprit. Au lieu de se juger par rapport aux autres que ce soit pour chercher leur estime ou pour les mépriser, se remettre devant le Seigneur qui est la Voie, la Vérité, la Vie (Jean 14,6)

Je le répète souvent lorsqu’on achète quelque chose dans un magasin, toujours on l’utilise dans la pensée de celui qui l’a fabriqué. Cela va de soi, on n’y réfléchit même pas. Notre vie pourquoi ne pas l’utiliser dans la pensée de celui qui l’a créée ? A travers les siècles les hommes ont toujours cherché le succès la richesse, le bonheur. Les idéologies politiques ou les systèmes économiques ont toujours promis et promettent encore le paradis sur terre, mais en dépit d’améliorations remarquables, des millions d’hommes demeurent écrasés par la misère et des formes d’esclavage toujours plus perverses.  Pensons à ce qui se passe en Chine, en Russie, en Iran, en Afghanistan, dans bien des pays d’Amérique Latine et d’Afrique et même chez nous où personne ne saurait chiffrer les dégâts causés par la dictature de l’argent et de la réussite à tout prix.

Peut-être que jamais comme aujourd’hui, la parole de St Pierre n’a été plus à propos : Seigneur, à qui irions nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.  (Jean, 6,68)

Dimanche  25  Août  2024

Jésus avait déjà contre lui les prêtres, les docteurs de la Loi, le milieu clérical en général,  plus les pharisiens. Voici maintenant que bon nombre de ses disciples se détachent de lui. Il s’agit de tous ceux qui, outre les douze, le suivaient, touchés par son enseignement et ses miracles. Ils acceptaient  que Jésus soit le Messie, l’envoyé de Dieu, mais refusaient de croire qu’il soit le Sauveur du monde, instaurant par sa mort la communion des hommes avec Dieu. Les paroles qu’il vient de leur adresser sur la nécessité de manger son corps et de boire son sang les ont profondément choqués et ont fini de les décider à le quitter. Jésus savait en lui-même que, scandalisés par ses paroles, ils le quitteraient. Et il dresse le bilan de la situation C’est l’Esprit qui fait vivre…mes paroles sont esprit et vie…la chair n’est capable de rien…personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père.

En d’autres termes, moi, ce que je vous dis, c’est l’Esprit qui me l’inspire, mes paroles sont esprit et vie. Vous qui êtes chair — le mot chair désigne la condition humaine en sa précarité—vous ne pouvez pas comprendre. Il faudrait que vous accueilliez l’Esprit que le Père vous envoie pour comprendre et mettre en pratique ce que je vous dis. Car personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. Voilà la phrase clef de l’évangile d’aujourd’hui et elle est encore vraie pour nous en 2024. Par nous-mêmes nous ne pouvons pas rejoindre Dieu, nos raisonnements sont trop courts. Il est au-delà des capacités de notre intelligence. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées, nous disait-il déjà il à travers le prophète Isaïe (55,9). Si nous arrivons quand-même à connaître Dieu et à croire en lui, fut-ce de manière imparfaite, c’est parce qu’il prend l’initiative de s’approcher de nous et de se faire connaître. Je me laisserai trouver par vous…Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer.29,13,14) Et cette connaissance que nous avons alors de lui n’est pas une connaissance abstraite, intellectuelle sans conséquence sur notre être profond et notre manière de vivre, comme est sans conséquence pour notre vie quotidienne le fait de savoir que Tokyo est la capitale du Japon. La connaissance de Dieu, c’est une connaissance qui s’adresse au cœur et qui engendre immédiatement des conséquences pour notre être profond ainsi qu’une conversion  dans  notre vie quotidienne.

Car c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison dit Pascal (Pensée 278) Cela  ne veut pas dire  que  Dieu, la foi, la religion n’ont rien de logique, de raisonnable, de rationnel. Cela veut dire que le coeur est touché en premier, tandis que la raison n’est atteinte qu’ensuite. Pascal explique cela d’une manière lumineuse, encore qu’ un peu difficile à saisir (Attachez vos ceintures !) Les raisons me viennent après, dit Pascal, mais d’abord la chose m’agrée ou me choque… Mais je crois non pas que cela choquait par ces raisons qu’on trouve après, mais qu’on ne trouve ces raisons que parce que cela choque. (Pensée 276)

Autrement dit, quand j’aime une personne, cette personne d’abord m’agrée, me plaît, m’attire , je l’aime,  sans trop savoir pourquoi. C’est seulement après, en faisant plus ample connaissance avec elle, que je découvre pourquoi je l’aime. Pourtant, je l’aime, non pas à cause de ces raisons que je découvre après, mais je ne trouve ces raisons que parce que d’abord l’amour s’est déclaré en moi. De même, si j’aime Dieu, si j’ai confiance en lui, c’est parce que lui d’abord m’attire, me plaît, je ne sais pas trop pourquoi C’est seulement après, en approfondissant ma foi que je découvre les


raisons pour lesquelles je l’aime,. Mais je n’ai trouvé ces raisons que parce que d’abord je l’aimais.  

Lui d’abord m’a  touché séduit, au point que même si des épreuves et des moments difficiles surviennent, je ne peux m’en détacher. Lorsque Jésus, devant le lâchage d’un certain nombre de disciples, demande aux douze, ébranlés et attristés par ce lâchage: Voulez-vous partir, vous aussi ? St Pierre répond avec une assurance tranquille : Seigneur à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.

Mais pourquoi Pierre, ses compagnons et tant d’autres après eux, persévèrent tandis que d’autres décrochent ? C’est que jamais l’Esprit de Dieu qui est amour ne s’impose en force, jamais il ne supprime notre liberté qui conserve le choix de l’accueillir ou non. Il nous unit à lui mais ne nous dissout pas en lui. Il ne détruit pas notre vie, il l’épanouit. Il ne détruit pas  notre personnalité, il la transforme. Pourquoi certains acceptent-ils de se laisser transformer et d’autres non ? C’est parce qu’ils ont été séduits, et qu’ils se sont laissés séduire. Ils trouvent que l’Esprit Saint en les mettant en communication et en communion avec Dieu source de la vie, dilate et épanouit leur existence. St Augustin disait : Tu nous as faits Seigneur pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi ! Et pourquoi d’autres n’acceptent-ils pas de se laisser transformer par l’Esprit ? Parce qu’ils refusent d’entendre. Peuple à la nuque raide (Baruch 2,30)ils résistent à l’Esprit Saint. (Actes 7,51)Ils trouvent que cette soi-disant transformation opérée par le Seigneur, loin de dilater et d’épanouir leur existence, la limite au contraire et la détruit. Le Christ leur apparaît comme celui qui les empêche d’exister, de faire leur volonté. D’où la réaction que Dostoëvski leur prête : O Christ, tu es venu pour nous gêner !

Et nous, de quel côté sommes-nous ? Très probablement du côté de ceux qui trouvent intéressant de se laisser transformer par Dieu créateur et source de toute vie, qui dilate et épanouit notre existence.  Mais sommes-nous toujours soucieux d’écouter sa voix qui tente de nous guider vers le meilleur. Est-ce que notre écoute n’est pas bien souvent négligente et intermittente ? Elle est m à la fois merveilleuse l’Ecriture quand elle nous dit : Moi le Seigneur, je me laisserai trouver par vous. Mais elle est inquiétante quand elle ajoute :Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer.29,13) Est-ce que nous le cherchons vraiment toujours ?  

Que retenir de tout cela ?

La parole de Dieu est difficile voire impossible à saisir. Notre intelligence est trop courte pour la comprendre. Mais l’Esprit Saint que le Père nous envoie et dont le Christ nous assure qu’elle nous fait accéder à la vérité tout entière  (Jean16,13) nous permet de la comprendre. Pourtant, comme nous le voyons dans l’évangile d’aujourd’hui, certains, choqués, découragés ou scandalisés par cette parole abandonnent le Christ.  

Pourquoi certains accueillent la parole et d’autres, non ? Parce que Dieu est Amour et en amour on ne force pas. Il nous laisse donc totalement libres d’accueillir ou non sa parole Certains, entendant la parole l’acceptent. Ils trouvent qu’elle les comble, qu’elle dilate et épanouit leur vie. Comme St Augustin, ils reconnaissent :Tu nous as faits Seigneur pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi. D’autres au contraire refusent d’entendre. Ils trouvent que  la Parole de Dieu loin d’épanouir leur vie, les empêche d’exister, de mener leur vie comme ils l’entendent. Considérant que le Christ est venu pour les gêner, ils s’éloignent. Qu’est-ce qui


s’est passé ? Ils ont laissé le démon entrer en eux et fermer leur cœur à la voix du Seigneur. Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? interroge le Christ ? et il répond : vous ne pouvez plus entendre ma parole (Jean 8,43) Qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu, c’est parce que vous n’êtes pas de Dieu que vous ne comprenez pas mon langage. (Jean 8,47).

Pour nous, qui est le Christ ? Celui qui dilate et épanouit notre vie ? ou celui qui est venu pour nous gêner ? Aujourd’hui, beaucoup abandonnent le Christ . S’il nous demandait là, maintenant : Voulez-vous partir vous aussi ? Serions-nous capables de répondre comme St Pierre :

Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.


DIMANCHE 18 Aout 2024

Dans cet évangile, le Christ nous dit trois choses :

1°) Je suis le pain de vie qui donne la vie éternelle.

2°) Ce pain de vie, c’est moi donnant ma vie pour la vie du monde.

3°) Si vous mangez de ce pain, vous avez la vie éternelle et si vous n’en mangez pas, vous n’avez pas la vie.

Je suis le pain de vie. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Et Jésus précise : le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. Ce qui veut dire que quand nous recevons la communion, nous ne recevons pas le petit Jésus de Bethléem ou le Christ parcourant la Palestine en prêchant l’Evangile, nous recevons le Christ qui donne sa vie pour nous sur la croix et nous donne accès par sa mort et sa résurrection à la vie éternelle, le péché, le mal et la mort ayant été vaincus par la puissance infinie de son amour dont rien ne peut venir à bout. Même quand on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,43). Autrement dit, vous pouvez me tuer si vous voulez, moi, je vous aime encore. St Paul dira fort justement : Rien, ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en J.C. (Rm 8,38). C’est en donnant sa vie pour nous que le Christ nous a donné accès à la vie éternelle. Pour nous aujourd’hui, c’est en recevant le sacrement du Christ donnant sa vie, que nous avons accès à la vie éternelle. Mais il n’y a pas de magie et encore moins de sorcellerie là-dedans. Il ne suffit pas de manger une hostie, pour avoir la vie éternelle, encore faut-il faire communion avec le Christ en recevant cette hostie. Je fais communion avec le Christ lorsque je vais recevoir l’hostie en sachant bien que je vais recevoir le corps du Christ livré pour moi en vue de faire comme lui, afin de donner ma vie pour les autres, afin de recevoir la force de de donner ma vie pour les autres jour après jour. La sainte communion, ce n’est pas quelque chose que le Christ ferait en nous sans nous, comme automatiquement. La sainte communion, c’est la rencontre du Christ donnant sa vie qui vient vers nous… et de nous qui allons vers lui avec le désir et la volonté de faire comme lui et de donner nous aussi notre vie pour les autres. Si je n’ai pas ce désir et cette volonté de faire comme lui, de donner moi aussi ma vie pour les autres, je pourrais manger un plein ciboire d’hosties, je n’ai pas la vie éternelle, je n’ai rien de commun avec le Christ, je ne suis pas chrétien. Donner sa vie pour les autres, ce n’est pas quelque chose de facultatif pour un chrétien. Je peux être un bon chrétien, que je dise mon chapelet ou non, que je fasse des pèlerinages ou non, mais je ne peux pas être chrétien, si je ne donne pas ma vie pour les autres. Voilà qui peut paraître terriblement exigeant. En fait donner sa vie pour les autres, grâce à Dieu, cela ne veut pas dire nécessairement mourir pour eux sur une croix Le simple service des autres, c’est déjà donner sa vie pour eux. Or, à longueur de journée, à travers tout ce que nous faisons, il y a presque toujours un service des autres, même si nous n’en sommes pas conscients. Dans toutes les professions, dans toutes les sortes de devoir d’état, il y a une dimension de service des autres. Un commerçant, épicier ou boulanger dépanne les gens du quartier, un médecin ou une infirmière sont au service des malades, que l’on soit enseignant ou conseiller municipal, ingénieur ou manoeuvre sur un chantier, député ou architecte, on travaille toujours pour les autres. Et que dire d’une femme au foyer ! Est-ce que nous réalisons tout ce qu’il y a comme service des autres et même comme don de soi dans sa vie, elle qui, du matin au soir se consacre au bien-être de tous dans la maison ?Presque toujours on ne regarde le travail que comme source de revenus. A tel point que l’on dit couramment d’une femme au foyer qu’elle ne travaille pas ! sans se rendre compte de l’énorme stupidité d’une telle affirmation ! Que le travail soit source de revenus, très bien, et il faut souhaiter que tout le monde puisse se procurer par son travail un salaire confortable qui lui permette et qui permette à sa famille de vivre correctement. Mais il y a dans le travail d’autres aspects plus importants : outre la dimension de service dont nous venons de parler, il y a le facteur d’épanouissement personnel. J’ai rencontré un jour quelqu’un qui avait décidé d’abandonner la très bonne situation qu’il avait à Paris dans le commerce de luxe sur les Champs Elysées parce que ce travail ne donnait pas de sens à sa vie. Mais il y a aussi la dimension spirituelle du travail dont malheureusement nous avons bien trop rarement conscience. Dans n’importe quel travail on utilise toujours l’intelligence et les talents de toutes sortes que le Seigneur nous a donnés et de plus on collabore au développement et à l’épanouissement de la création. Il existe un grand nombre de litanies de louange pour la beauté de la création, pour les fleurs, les animaux, les océans, les montagnes, les océans et les rivières. Peut-être pourrait-on créer de nouvelles litanies de louange pour les réalisations des sciences et des techniques, pour les voitures et les avions, le téléphone et l’informatique, les TGV et les voyages interplanétaires, pour l’eau courante et l’électricité, qui sont à notre disposition tous les jours.

Que retenir de tout cela ?

Donner sa vie pour les autres, c’est ce qu’a fait le Christ. Etre disciple du Christ, c’est donc aussi et nécessairement donner sa vie pour les autres. Lui, Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères nous dit St Jean dans sa seconde épître. (2 Jn 3,16) Et pour que nous puissions y arriver, malgré l’égoïsme qui chaque jour essaye de nous renfermer sur nous-mêmes, le Christ a inventé le sacrement de son corps livré pour nous, le pain de vie, nous avertissant on ne peut plus clairement : Si vous ne mangez pas de ce pain , vous n’avez pas la vie en vous, celui qui mange de ce pain a la vie éternelle en lui. La volonté du Seigneur, c’est que nous recevions la communion afin d’avoir la force de mettre chaque jour notre vie au service des autres. On peut être chrétien et ne pas réciter son chapelet. On peut être chrétien et ne pas aller en pèlerinage ici ou là. Mais on ne peut pas être chrétien si on ne donne pas sa vie pour les autres. C’est un programme très exigeant mais qui ne demande pas nécessairement d’être héroïque du matin au soir. Le don de soi pour les autres nous le pratiquons à travers presque tout ce que nous faisons à longueur de journée que ce soit dans l’exercice de notre profession ou dans notre vie de famille où il y a toujours une dimension de service des autres. Il n’y a pas un seul père de famille qui travaille uniquement pour lui. C’est pour les siens et pour d’autres encore autour de lui qu’il s’échine au travail. Et que dire d’une femme au foyer ? Tout ce qu’elle fait du matin au soir, ce n’est pas pour elle mais pour sa famille, son mari, ses enfants. Ce n’est du don de soi, ça ? Malheureusement nous sommes généralement incapables de voir le don de soi pour les autres qu’il y a dans nos activités et nos travaux de chaque jour et nous n’en voyons pas la valeur devant Dieu. Il est donc urgent de nous convertir, de cesser de regarder nos travaux comme des tâches matérielles et profanes. Exerçons nous à voir la dimension de service des autres qu’il y a dans nos gestes de tous les jours, nous rappelant la parole du Christ ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est pour moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Dimanche 11 août 2024 Fromelles

Moi je suis le pain vivant descendu du ciel. Il y a là deux énormités inacceptables pour ses auditeurs. Comment Jésus peut-il dire je suis descendu du ciel ? Tout le monde connait sa famille, sa mère, son père, Joseph, un charpentier sans histoires. Ils sont de Nazareth Et comment peut-il dire : Je suis le pain vivant… si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ? C’est du délire. On comprend que les gens trouvent cela totalement absurde! Jésus n’est pas surpris de leur réaction, il s’y attendait. Mais il s’explique : Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire. C’est-à-dire : ceux qui ont perçu cette attirance viennent à moi. Comment comprendre ces propos ?  

Jésus est Dieu. Aucun homme ne peut comprendre Dieu ni l’approcher, si Dieu lui-même ne s’approche de lui et ne se fait comprendre de lui. Vos pensées ne sont pas mes pensées et vos voies ne sont pas mes voies. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées. (Isaïe 55,9) dit-il en Isaïe. Mais il dit aussi en Jérémie : Je me laisserai trouver par vous. Quand vous me chercherez, vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. (Jer.29,13,14) En d’autres termes, même si pour nous, le Seigneur est totalement hors de portée, comme il veut se laisser trouver par nous, il n’y a plus de problèmes, mais encore faut-il que nous le cherchions de tout notre cœur. Comment se laisse-t-il trouver par nous ? Et chercher Dieu de tout son cœur, c’est quoi ?

Comment se laisse-t-il trouver dans le quotidien de nos journées ? A travers les idées qui nous passent par la tête et touchent notre cœur. Car il y a trois sortes d’idées en nous : des idées qui viennent de nous : par exemple je réfléchis à ce que je vais faire cet après-midi, qu’est-ce qui est le plus urgent et qu’est-ce qui peut attendre ? Il y a des pensées qui nous viennent et qui nous poussent au mal . Ce sont des tentations qui viennent du démon. Et  il y a aussi des pensées qui viennent de Dieu. Ce sont des pensées qui nous poussent à faire quelque chose de bien, ou qui nous rapprochent de Dieu, Et c’est là que Dieu se laisse trouver. Malheureusement le plus souvent,  par fausse humilité, nous n’osons pas reconnaître : Dieu est en train de me parler, de m’enseigner,  de se laisser trouver par moi. Nous pensons trop vite : Dieu a d’autres choses à faire qu’à s’intéresser à quelqu’un d’ordinaire comme moi. Pourtant il se laisse découvrir à travers  une pensée qui me touche quand je prie, une réflexion que je me fais en écoutant une homélie et qui me fait découvrir quelque chose sur Dieu à quoi je n’avais jamais pensé, ou en regardant un documentaire à la télé : je m’émerveille de l’extraordinaire fantaisie de la création ou encore au cours d’une conversation avec un ami.

Mais Dieu se laisse trouver aussi à travers tout ce qui se dit ou se fait de bien par nous ou autour de nous dans l’ordinaire de nos journées Car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est  Dieu. Or même si nous sommes tous des pécheurs, orgueilleux, égoïstes, envieux, etc, il nous arrive à tous de dire ou de faire des choses bien. Donc chaque fois que nous disons ou que nous faisons quelque chose de bien, c’est Dieu qui nous inspire, même si nous ne nous en rendons pas


compte. Rappelez vous ce que nous dit le Christ dans l’évangile à propos des élus lors du jugement dernier. Le Seigneur les ayant invités : Venez, les bénis de mon Père recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous votre récompense car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, qu’est-ce qu’ils disent ? quand est-ce que nous t’avons donné à manger ? (Mt.25,34,37) et Jésus est obligé de leur expliquer : Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les mines, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Dieu se laisse trouver par tout le monde et dans l’ordinaire de notre vie, à travers tout ce qui se dit ou se fait de bien,  c’est lui qui est là devant nous,  mais nous ne le voyons pas. Peut-être  parce que nous n’osons pas croire  qu’il est toujours avec nous,  jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) dans l’ordinaire de nos vies. Devant moi dans le métro les gens s’écartent pour laisser passer une personne handicapée, Dieu est là qui les inspire, même si personne ne s’en rend compte.  Les choses n’ont guère  avancé depuis le temps où Ezechiel se lamentait : ils ont des yeux pour voir et ne voient pas (12,2)Si Jésus était apparu à Jérusalem, sur le parvis du Temple, revêtu des ornements des grands prêtres et entouré d’anges en grande tenue, avec chacun de grandes ailes dans le dos, tout le monde aurait cru en lui. Mais comme il est apparu comme un charpentier de village, on ne l’a pas reconnu. Aujourd’hui, si on nous disait que le Seigneur vient d’apparaître dans le village voisin, une auréole dorée autour de la tête,entouré d’une douzaine d’anges en grande tenue, tout le monde se précipiterait là-bas. Mais personne ne se précipite pour venir à la messe où le Seigneur, il est là, à travers les feuilles que l’EAP s’est donnée la peine d’imprimer, à travers les personnes de la chorale qui ont préparé les chants, à travers l’organiste, le prêtre qui célèbre. Le Seigneur se laisse trouver par nous, pas dans des manifestations extraordinaires mais dans le très ordinaire de la vie, dans des paroles prononcées par des gens très ordinaires, par des n’importe qui, vous ou moi compris. Il se sert de nous pour se faire connaître et il nous envoie vers les autres pour que nous les aidions à le reconnaître. Pourquoi croyez-vous que je prépare et prononce des homélies ?  Parce que le Seigneur m’a appelé et envoyé. Comme St Paul le disait aux Corinthiens : Ce n’est pas à cause d’une capacité personnelle que nous pourrions mettre à notre compte, c’est de Dieu que vient notre capacité. (2Cor. 3,5) A part mon bac, je n’ai aucun diplôme, (si j’en ai un : moniteur de colonies de vacances de la République Malgache !)  Par nous-mêmes nous ne pouvons pas arriver à connaître Dieu, à comprendre Dieu, et encore moins à l’expliquer aux autres, et aucune étude même les études du séminaire ne peuvent nous donner cette connaissance, mais comme Lui prend l’initiative de se faire reconnaitre par nous, nous sommes tirés d’affaire. Mais encore faut-il que nous soyons toujours en train de chercher sa présence au milieu de nous. Il faut d’autant plus faire attention qu’il ne se met pas en dimanche, il vient en habits de tous les jours, dans l’ordinaire. Comme disait le P. Duval dans une de ses chansons :vous qui cherchez le Bon Dieu dans les nuages vous allez rater son passage.

Que retenir de tout cela ?

Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l’attire Personne ne peut connaître ni rejoindre Dieu par lui-même. Heureusement le Seigneur l’a promis : Je me laisserai trouver par vous

Comment se laisse-t-il trouver ? A travers certaines de nos pensées qui nous éclairent et nous permettent d’avancer dans la connaissance de Dieu. Ces pensées peuvent se présenter n’importe quand et n’importe où, à l’église, chez nous, dans la rue, devant la télé, au cours d’une prière ou d’une conversation, en travaillant ou en me promenant. Mais surtout le Seigneur se laisse trouver à travers ce que nous disons ou faisons de bien, car c’est lui qui est à la racine de tout bien.

Quand vous me chercherez, vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur Comment le chercher de tout son cœur ? Il faut tout simplement être convaincu qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, Dieu. C’est pourquoi, Dieu, on le trouve dans tout ce qui se dit ou se fait de bien, même dans l’ordinaire de nos vies. Car aussi incroyable que cela puisse paraître,  jamais dégoûté de nos médiocrités, obstinément, sans cesse, il est à nos côtés pour nous inspirer même et y compris dans la banalité de notre quotidien. Mais quand cesserons nous de le chercher dans les nuages ? Quand cesserons nous d’être de ces gens qui ont des yeux mais ne voient pas ?  

Je me dis par exemple. Je vais dégager mes outils de l’entrée du garage, ma femme voudrait mettre là des affaires à elle, ce genre de pensées vient de dieu parce qu’il est la seule source de bien dans le monde. Mais par fausse humilité nous n’osons pas le reconnaître nous nous disons :le Bon Dieu ne s’occupe pas de quelqu’un d’insignifiant comme moi



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