François Battez

Dimanche  8  Janvier  2024       Epiphanie                                                           Ennetières

Epiphanie est un mot grec qui signifie manifestation. Aujourd’hui nous célébrons la manifestation du Messie à toutes les nations représentées par les Mages venus d’Orient . Jusque là, la naissance du Sauveur était restée quelque chose de confidentiel. Seuls quelques bergers des environs de Bethléem étaient au courant. Même les responsables religieux Juifs l’ignoraient encore . Or voici que des mages venus de l’étranger viennent présenter leurs hommages à l’enfant de la crèche.

Qui sont les Mages ? Ce ne sont pas des rois mais des astronomes originaires de Chaldée. Ils étaient aussi astrologues et devins, pratiquaient la médecine et interprétaient les rêves.  En observant le ciel ils ont repéré une étoile nouvelle. Or à cette époque, on croyait que l’apparition d’une nouvelle étoile annonçait la naissance d’un roi, d ‘un grand conquérant ou d’un prophète. Les Mages se sont donc mis en route,suivant la trajectoire de cette nouvelle étoile. Arrivés à Jérusalem, ils demandent naïvement aux autorités Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? sans se douter de l’émoi qu’ils provoquent. Hérode craint que ce nouveau roi ne le détrône. Les Juifs, troublés, se demandent si cette nouvelle étoile n’annoncerait pas la naissance du Messie. Tout le monde est bouleversé. On convoque alors les scribes et les chefs des prêtres pour leur demander s’ils savent où doit naître le Messie. S’appuyant sur des prophéties de Samuel et de Michée, ils répondent que cela pourrait être à Bethléem. Hérode invite donc ls mages à se rendre là-bas et leur demande de venir le renseigner à leur retour afin qu’il puisse lui aussi présenter ses hommages à ce nouveau roi. En réalité, il veut l’éliminer.

St Mt écrit son évangile pour des Juifs qui voudraient devenir chrétiens mais qui hésitent encore, parce qu’ils craignent que le Christ ne prêche une nouvelle religion différente du judaïsme, et parce qu’ils ont du mal à accepter qu’il apporte le salut  à toutes les nations et pas seulement au peuple Juif, il est tout heureux de rapporter la visite des Mages car ce récit montre  que la naissance du Christ à Bethléem était annoncée par les prophètes ce qui prouve que le christianisme est bien en continuité avec le judaïsme. De plus,c’est une clarté venue du ciel,une étoile, qui annonce le salut  aux nations étrangères et non pas un enseignement que le Christ aurait inventé. Il n’y a donc plus d’obstacles pour des catéchumènes Juifs à devenir chrétiens.

Pour nous aujourd’hui, l’universalité du christianisme ne nous trouble pas. Au contraire, nous sommes fiers lorsque notre voisin à la messe est un étranger venu d’Amérique Latine, du Vietnam ou d’Afrique. Mais cette histoire des Mages a quand même  de quoi nous étonner et nous faire réfléchir. D’abord le fait que ce sont des étrangers et des païens, des mages babyloniens,  qui ont vu l’étoile, et non pas des croyants Juifs.  Même les grands prêtres,  les scribes, les docteurs de la Loi n’ont rien vu venir. Cela nous invite  à ne jamais nous croire supérieurs à ceux qui ne partagent pas notre foi. Tant mieux si nous avons eu la chance de connaître l’évangile depuis notre enfance parce que nous avons vu le jour dans un milieu chrétien. Tant mieux, même si c’est sur le tard, au hasard d’une heureuse rencontre que nous avons rejoint la foi chrétienne, mais il n’y a pas grand mérite de notre part. C’est  le Seigneur qui nous a éclairés et il continue de faire luire son étoile au dessus de tous les hommes de bonne volonté. Rappelons nous toujours comment le Seigneur remet durement en place ceux qui se croient meilleurs que les autres. Il n’hésitait pas à dire aux Grands Prêtres et aux Anciens : Les publicains et les prostituées passeront avant vous dans le Royaume des Cieux (Mt.21,31) Le fait d’être chrétien ne nous donne pas le droit de nous croire supérieurs. Il nous donne simplement le devoir d’être pour ceux qui n’ont pas encore découvert le Christ, l’étoile qui les guide vers la lumière .

Et puis un autre fait doit retenir notre attention : ils ont découvert l’étoile, non pas alors qu’ils étaient en train de prier, mais alors qu’ils faisaient leur travail d’astronomes, en scrutant le ciel. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu aussi bien que la prière. Même si bien souvent le travail nous éloigne nous coupe complètement du Seigneur, parce qu’on ne  voit le travail et l’activité humaine que comme un moyen de rechercher avidement des richesses en éliminant les autres et qu’il devient un lieu de luttes et de rivalités sans merci : conflits économiques,conflits sociaux ou guerres entre les nations, il est tout aussi vrai que le travail nous maintient en communion avec Dieu. Au travail, nous utilisons l’intelligence, la force et les talents que Dieu nous a donnés. Toujours le travail a une dimension de service des autres, que nous soyons en train de préparer le repas de la famille, de construire une maison ou de réparer une voiture et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40). Et puis notre travail contribue toujours, ne fut-ce que modestement à développer et à épanouir la création. Et ceci est tellement important que St Ignace insistait beaucoup pour que les jeunes religieux en formation trouvent Dieu dans leur travail, dans leurs études,  plutôt que dans de longues oraisons. Mais cela suppose qu’on ne se laisse pas abrutir  dans le travail, ce qui est bien difficile lorsqu’on est soumis à des rythmes de travail impossibles. Cela suppose également qu’on ne se laisse pas noyer sans la multiplicité des tâches à accomplir, mais qu’on prenne le temps de faire surface pour respirer. Les Mages ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air !

Que retenir de tout cela ?

Aujourd’hui, célébrant la manifestation du Seigneur à tous les hommes de toutes les nations, réjouissons nous de ce qu’à travers le monde, des millions d’hommes de toutes les couleurs et et toutes les cultures partagent la même foi. Remercions le Seigneur qui nous a donné des parents, des éducateurs, des amis qui nous ont éclairés et menés à lui. N’oublions pas ceux qui n’ont toujours pas découvert le Christ, autour de nous et jusque parmi nos proches. Serons nous pour eux l’étoile qui les guide vers la lumière ?

 D’autre part l’histoire des Mages nous montre qu’ils ont découvert l’étoile menant au Sauveur alors qu’ils étayent plongés dans leur travail d’astronomes. Cela veut dire que le travail peut nous mener à Dieu, autrement peut-être, mais tout autant que la prière. Les Mage ont vu l’étoile parce qu’ils avaient le nez en l’air. Tâchons d’avoir nous aussi, comme les Mages, de temps en temps,  le nez en l’air ! Ainsi soit-il !!!

Sainte Famille ILE Maurice dimanche 31 décembre 2023

 

Cet évangile nous parle de la purification de Notre Dame, puis de la présentation de Jésus au Temple, avant de nous faire part des réactions étonnantes d’Anne et de Syméon. Selon les prescriptions du Lévitique, Marie se soumet aux rites de purification imposés à toute nouvelle accouchée. Et comme dans la religion juive, le premier né n’appartient pas à ses parents mais à Dieu, Marie et Joseph viennent offrir le sacrifice prescrit pour le rachat de l’enfant : un couple de tourterelles ou deux petites colombes. (Lev.12,8) C’est là une démarche privée qu’accomplit toute famille de bons pratiquants.

Mais les propos de Syméon et d’Anne vont donner une résonance imprévue à ce qui n’était qu’une cérémonie familiale privée. Eclairés par l’Esprit Saint, ils proclament que l’enfant présenté par Marie et Joseph est le Messie attendu par les Juifs  et que ce messie est envoyé à toutes les nations. Ils le présentent comme le salut préparé à la face des peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire pour le peuple d’Israël. Pour tout bon Juif, ces paroles qui annoncent un Messie venu apporter la lumière aux nations païennes et un salut à tous les peuples, sont choquantes. On  pensait alors que le Messie ne viendrait que pour les Juifs, peuple choisi, avec qui Yahvé qui avait fait alliance aux jours d’Abraham…

On n’était pas absolument opposé à la possibilité d’un salut pour les païens, mais à condition qu’ils passent à la religion juive. On racontait avec complaisance la conversion de Ruth, la Moabite ou d’Achior, l’Ammonite, environ mille ans avant J.C. et on faisait bon accueil aux païens convertis qu’on appelait prosélytes, mais en même temps on se tenait à l’écart des païens, car on redoutait que leur mentalité et leurs cultes ne corrompent la pureté religieuse juive. Au début de son ministère,  Jésus recommande encore à ses apôtres de ne pas prendre le chemin des païens, de ne pas entrer dans une ville des Samaritains et d’aller plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt.10,5). Mais rapidement, devant la mauvaise volonté des brebis perdues d’Israël, il ne ménagera pas son admiration pour les  étrangers qui croient en lui : le centurion romain, le lépreux samaritain, la cananéenne. Il ira même jusqu’à dire que les étrangers venant du levant  et du couchant prendront place au festin du royaume, tandis que les héritiers du royaume seront jetés dehors. (Mt.8,11). Les propos d’Anne et de Syméon étonnent doublement. Non seulement ils annoncent que le messie est arrivé maisils insistent pour dire que le Messie ne vient pas uniquement pour les Juifs, mais aussi pour toutes les nations.

 Et la suite  de leurs propos va prendre une tournure inquiétante : Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction, et toi,  (Marie) ton âme sera transpercée d’un glaive_ ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent au coeur d’un grand nombre. Le glaive de douleur qui transpercera le coeur de Marie, on voit bien ce que cela veut dire : elle souffrira de voir Jésus rejeté, elle sera avec lui dans toutes ses épreuves jusqu’au calvaire, où elle assistera, debout au pied de la croix, à la mort de son fils. Mais pourquoi Jésus causera-t-il la chute des uns et le relèvement des autres ? C’est moins clair. On comprend bien que ceux qui accueilleront les parole de salut  et les mettront en pratique seront sauvés, mais et-ce qu’il faut comprendre que ceux qui n’accueilleront pas ces paroles seront perdus ? Et comment se fait-il que les Juifs qui pourtant attendaient le messie ne l’ont pas accueilli ? Et comment se fait-il qu’aujourd’hui encore beaucoup ne l’accueillent pas ? Certains contemporains de Jésus avaient une certaine idée de la religion, de Dieu, du Messie à venir et ne voulaient pas en démordre. Lorsqu’il a commencé à enseigner, ils ont refusé d’accepter son enseignement. Pourquoi ? Parce que cet enseignement les dérangeait. Ils voulaient en rester à leur façon de voir les choses.    

Aujourd’hui si beaucoup autour de nous ne reçoivent pas le Christ et son évangile, c’est pour les mêmes raisons. On ne veut pas être dérangé. On a son travail, ses occupations ses soucis ; sa famille, ses amis et même sa religion. On n’a pas beaucoup le temps de réfléchir, on court d’une occupation à l’autre. On n’arrive pas à tout faire. Il n’y a pas de place pour incorporer des nouveautés qui bouleverseraient le programme surchargé de nos journées. Ce n’est pas qu’on soit opposé au Christ et à son évangile, mais on n’a pas le temps de s’occuper de ça, on est pris par autre chose. Et puis la venue d’un Dieu  apportant le salut et la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.. ;quand on voit tout ce qui se passe….. les drames à nos portes, la misère , les injustices et plus loin dans le monde les conflits à Gaza, en Ukraine, en Ethiopie, au Soudan, au Nigeria, etc…On finit par se dire que Noël, la venue d’un sauveur, tout ça  c’est trop beau pour être vrai, ça ne  peut être que de la légende, on n’y croit plus.

Alors est-ce que ceux qui n’accueillent pas le Seigneur sont irrémédiablement perdus ? Certaines paroles du Seigneur peuvent le laisser penser, par exemple lorsqu’il dit : Si je n’étais pas venu, si je ne leur avais pas adressé la parole, ils n’auraient pas de péché, mais à présent leur péché est sans excuse (Jean15,22) A moins que, encore une fois, in extremis, le Seigneur n’intercède pour nous : Père, pardonne -leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Luc22,34). Que fera le Seigneur ? Nous n’en savons rien. Nous, au moins, tâchons de bien écouter pour comprendre ce qu’il dit. Et si malgré tout nous n’arrivons pas à voir clair, demandons lui simplement comme  St François d’Assise:Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Parce que Noël, c’est Dieu avec  nous, alors nous, débrouillons nous pour rester avec lui.

Que retenir de tout cela ?

Joseph et Marie sont arrivés au Temple pour, selon les prescriptions de la Loi, accomplir la purification à laquelle tout nouvelle accouchée devait se soumettre et présenter leur enfant au Seigneur. Mais voilà que Syméon, éclairé par l’Esprit Saint, proclame qu’on est en train d’assister à l’arrivée du Messie venu apporter le salut à toutes les nations. Du coup, ce qui devait être une simple cérémonie privée devient la proclamation solennelle d’un salut offert à tous les hommes.

Cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.Ceux qui accueilleront ce salut seront sauvés. Ceux qui ne l’accueilleront pas seront-ils irrémédiablement perdus ? L’évangile nous donne de bonnes raisons de le penser, à moins qu’à la dernière minute, le Christ n’étende sur eux le manteau de sa miséricorde. Que décidera-t-il de faire? Nous n’en savons rien . L’évangile nous invite à saisir notre chance, à tout faire pour écouter la voix du Seigneur. Son Esprit est en nous pour nous guider et pour  nous permettre d’ aider les autres à trouver le bon chemin. Nous pouvons avancer sans inquiétude. On ne saurait trouver de meilleur GPS.


Homélie pour Noël 2023. Ile Maurice

Cela s’est passé dans une sorte de grotte qui servait d’étable. Il ne nous viendrait pas à l’idée de célébrer Noël dans une étable… Pourtant c’est là que ça s’est passé… Il faut être Dieu pour avoir des idées pareilles…

Il n’a pas joué au Dieu avec nous…Il ne tient même pas debout tout seul. Il faut le tenir, le nourrir, l’habiller, le changer…Il a voulu avoir besoin des mains d’une mère, de la protection d’un père. Il aurait accepté la tendresse des siens, mais ils ne l’ont pas reçu.

De tous les mystères de la vie du Christ, il n’y en a peut-être pas qui nous touche davantage que ce mystère de Noël. Les paroles du Christ nous les avons entendues si souvent, sans toujours les comprendre d’ailleurs, les gestes du Christ, nous en avons tellement entendu parler qu’ils ne nous surprennent plus tellement. Même sa mort et sa résurrection, c’est trop grand pour que nous arrivions à en saisir l’énormité. Mais Dieu qui se fait petit enfant cela nous touche toujours. Même si nous ne savons pas très bien qui est Dieu, même si nous n’apprécions pas comme il faudrait à quel point il s’est abaissé, parce que nous voyons autour de nous aujourd’hui encore des petits enfants, par là nous arrivons à remonter jusqu’à Celui qui s’est fait petit enfant. Par les plus petits, il nous est donné de remonter jusqu’au plus haut des cieux, parce que le plus haut des cieux s’est fait le plus petit sur la terre, pour que par lui nous puissions remonter jusqu’au plus haut des cieux.

Il n’a pas joué au Dieu avec nous…Dans une étable…On ne pouvait pas descendre plus bas. Comme ça, il ne laisserait personne en dessous. Il vient pour tout le monde… Ce soir, c’est Emmanuel, Dieu avec nous, le Dieu du don et du pardon qui vient chez nous. Il ne demande de comptes à personne et ce n’est pas le moment de ressasser notre indignité et nos péchés. Il vient pour tout le monde. On comprend qu’un tas de gens n’y croient pas : c’est trop beau pour être vrai… Tout ce que nous avons à faire, c’est d’aller vers Lui, source des grâces attendues, les mains tendues, pour recevoir ses dons et son pardon, sa paix et sa joie afin d’en vivre et de les partager autour de nous, maintenant et toujours. Il ne faudrait pas que Noël ne soit qu’une vague fête de l’amitié , avec des cadeaux et un bon repas, pour 24h. seulement. Ce soir, il y a du nouveau. Dieu vient chez nous, pas simplement en passant mais pour y rester. On ne peut pas le laisser dehors. Qu’il rentre chez nous et en nous, alors nous arriverons comme lui à donner et à pardonner, nous arriverons comme lui à apporter la paix et la joie autour de nous. Et pour tous ceux que poursuit leur foi d’enfant comme quelque chose qui leur a échappé et qu’ils voudraient tellement retrouver, alors nous serons  peut-être pour eux le signe auquel ils reconnaîtront que c’est bien vrai,

Il y a un Dieu qui les aime,

Il y a un Dieu qui vient pour eux aussi.

Alors ce ne sera plus seulement de quelques églises, à la messe de minuit, mais du coeur de chacun que montera le chant des anges dans la nuit de Noël : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! »


Dimanche  17  Décembre  2023                                Ile Maurice

Tous les textes de la messe d’aujourd’hui nous parlent de joie. Dans l’évangile Jean Baptiste nous annonce la venue du Seigneur. Dans la première lecture, Isaïe explique que ce messie vient annoncer la bonne nouvelle aux humbles, autrement dit même les petites gens, Dieu s’en occupe, qu’il vient guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour ceux qui sont dans la peine, c’est un réconfort de savoir qu’ils ne sont pas oubliés, qu’il il vient proclamer aux captifs leur délivrance et aux prisonniers leur libération, pour nous qui sommes bien souvent enfermés dans nos soucis, emmurés dans nos inquiétudes, le Seigneur ouvre des issues. Et dans la deuxième lecture St Paul conclut : mais soyez donc dans la joie.

D’un autre côté, c’est l’hiver, c’est vrai, il fait froid, il fait gris, nous avons des soucis parfois très graves, et notre monde est loin d’être en paix : la guerre en Ukraine et au Moyen Orient pourrait dégénérer en conflit mondial, en Afrique, comme si la misère ne suffisait pas, des rivalités ethniques ou religieuses sèment un peu partout la ruine et la mort. Quelquefois nous sommes prêts de perdre coeur en voyant notre monde dans un tel état, tandis que la fête de Noël elle-même est devenue une fête largement païenne, avec des illuminations, des guirlandes de papier doré, des Pères Noël dans les vitrines des magasins et des sapins dans les rues. On parle cadeaux, vacances, sports d’hiver, réveillons avec huîtres et vin blanc. Il est question de tout sauf de la venue du Sauveur. Mais malgré tout cela le Seigneur s’approche. Rien ne saurait venir à bout de son parti pris absolu, inconditionnel, de venir nous sauver. Vous tous qui portez des charges très lourdes,et qui êtes fatigués, venez à moi et je vous soulagerai. (Mt.11,28)

Du temps de Jésus aussi, il y avait des virus nocifs répandus dans l’air ambiant. On attendait ardemment la venue du Messie, mais à condition qu’il ne dérange pas trop, à condition qu’il vienne combler les désirs de chacun surtout ceux des prêtres, des pharisiens et de l’ensemble du milieu clérical qui tenaient le haut du pavé et prétendaient imposer au reste de la population ses règles de conduite. Or voici que J.B sans demander aucune permission à personne se met à proclamer qu’il vient ouvrir la voie au Messie. Inquiets, l’ensemble du milieu clérical et les Pharisiens, confinés dans leurs préjugés envoient quelques représentants voir ce qui se passe : pour qui se prend-il ? Qui lui a donné autorité pour prêcher et baptiser ?

Il est embarrassant ce J.B. : il ne se met pas en avant. Ceux qui l’interrogent auraient préféré qu’il prétende être le Messie. Ils l’auraient fait taire, leur prestige aurait été sauf, ils auraient gardé leur place prépondérante dans la société. Ce n’était pas la première fois que des illuminés se présentaient comme le Messie et causaient des troubles avant que les autorités ne les arrêtent et ramènent le calme… Mais J.B.ne se met pas en avant, il s’efface derrière le Messie dont il n’est pas digne de dénouer la courroie de la sandale. Il se contente de prêcher tout simplement : Aplanissez le chemin du Seigneur, laissez le aller son chemin, ne lui imposez pas votre itinéraire. .Ne lui demandez pas de faire ce que vous, vous voulez qu’il fasse. Ne lui demandez pas de dire ce que vous, vous voulez qu’il dise Laissez le d’abord dire ce qu’il veut vous dire, faire ce qu’il veut faire. Après, s’il reste du temps, vous pourrez dire ce que vous avez à dire. Comme dans le Notre Père. On dit d’abord : que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite. Et puis ensuite, mais ensuite seulement : Donne nous aujourd’hui notre pain quotidien, pardonne nous nos offenses, ne nous laisse pas entrer en tentation. Etc. ETC,c’est à dire demandez tout ce que vous voudrez,car il est dit Demandez et vous recevrez. (Jean 16,24) Avant même que vous lui demandiez, votre Père sait de quoi vous avez besoin (Mt.6,8) mais d’abord laissez le dire, laissez le faire .Nous ne pouvons pas prétendre être ses disciples et lui imposer nos volontés, Nous ne pouvons pas prétendre accueillir le Seigneur et lui imposer nos volontés. Sommes-nous prêts à accueillir le Seigneur, à le laisser nous emmener là où il veut nous emmener ? Qu’est-ce qui fait que nous ne sommes pas capables de dire comme Notre Dame à l’ange de l’annonciation : Qu’il me soit fait selon ta parole (Luc1,38)) ou comme Ste Thérèse de Lisieux : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux ? Je ne pense pas que délibérément nous ayons des projets opposés à la volonté de Dieu, mais peut-être que tout simplement nous ne croyons pas vraiment que le Seigneur a des projets pour chacun d’entre nous, qu’il appelle chacun d’entre nous à une vocation spéciale . D’ailleurs presque toujours quand on parle de vocations, on pense que cela ne concerne que les prêtres, les religieux et les religieuses . .Donc par conséquent, avec une entière bonne conscience, nous élaborons nos projets de vie tout seuls, comme s’il n’y avait pas de Dieu, comme s’il n’avait pas lui aussi des projets pour nous. Et si nous ne croyons pas que Dieu a des projets pour nous, si nous ne croyons pas vraiment que le Seigneur qui s’approche de nous à Noël veut nous faire avancer, nous emmener plus avant dans une vie meilleure avec lui, comment voulez vous que nous l’accueillions tout heureux de le laisser nous emmener là où il veut nous emmener ?

C’est là que nous avons à nous convertir, à nous demander : qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ? Qu’est-ce qu’il voudrait que je fasse de ma vie ? Cessons de nous prendre pour des électrons libres, dérivant n’importe où et n’importe comment, dans l’univers. C’est Dieu qui nous a donné la vie. Il sait ce qu’il fait et il sait ce qu’il veut. Il sait bien mieux que nous ce qui est le meilleur pour nous.Dans ce temps de Noël, où il s’approche de nous pour nous guider et nous remettre sur le bon chemin, ayons le bon sens de lui demander très simplement, comme st François d’Assise :Seigneur que veux-tu que je fasse ?afin de profiter le mieux possible de tout ce qu’il vient nous donner.

Que retenir de tout cela ?

Soyons dans la joie parce que le Seigneur, jamais découragé de notre médiocrité et de nos fautes vient encore parmi nous pour nous relancer sur la bonne trajectoire. Alors aplanissons le chemin du Seigneur, aplanissons les trous et les bosses de nos projets et de nos désirs. maladroits. Oserons nous raser tout cela et lui laisser l’initiative ? Oserons nous lui dire : Seigneur, venez, entrez chez nous ? Vous avez carte blanche !!! 

Dimanche  10  Décembre  2023                                Fromelles

Commencement de l’évangile de Jésus-Christ, fils de Dieu écrit St Marc. Nous sommes alors entre 65 et 70 après la naissance du Christ. Avec St Pierre dont il est le secrétaire, St Marc annonce l’évangile à Rome. Il s’adresse spécialement à la communauté Juive composée surtout de commerçants. Ils avaient entendu parler du Christ, de son enseignement et de ses miracles et un certain nombre d’entre eux pensaient à devenir ses disciples. Mais ils hésitaient, craignant que le Christ ne prêche une religion nouvelle et ils ne voulaient pas renier la religion de leurs ancêtres. C’est pourquoi dès les premières lignes de son évangile, St Marc s’efforce de les rassurer. D’abord il nomme Jésus : Christ, c’est-à-dire Messie envoyé du Père. Il le présente donc comme étant bien plus qu’un simple prophète. Et dès le deuxième verset du premier chapitre de son évangile, il glisse une citation groupée d’un passage de l’Exode, du prophète Malachie et d’Isaïe annonçant l’arrivée de Jean Baptiste envoyé préparer la venue du Messie : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour ouvrir ton chemin. Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. (Ex.23,20—Mal.3,1—Isaïe40,3).

Voilà qui devrait tranquilliser et apaiser les scrupules des Juifs désireux de devenir chrétiens en leur montrant que le Christ, loin d’être opposé au judaïsme, est en réalité en continuité avec lui puisqu’il est le Messie annoncé par les prophètes et qui devait être précédé par un précurseur. Et ce précurseur c’est Jean Baptiste dont tout le monde connait la prédication vigoureuse et sa façon de s’adresser aux pharisiens et aux saducéens sans ménagement les traitant de  race de vipères (Mt.3,7) Pour achever de rassurer son public St. Marc dresse un portrait rapide de Jean Baptiste montrant qu’il n’est pas un novateur dangereux mais un prophète tout-à-fait classique: il était vêtu de poil de chameau,  avec une ceinture de cuir autour des reins,  ce qui était la tenue habituelle des prophètes dans l’A.T. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, ce qui était la nourriture traditionnelle des prophètes dans le désert.

Et qu’est-ce que fait JB ? : il proclame un baptême de conversion pour la rémission des péchés.Ici, il faut faire très attention au sens des mots. Le mot baptême ne désigne pas le baptême-sacrement qui faitde nous des enfants de Dieu. Au moment où Jean Baptiste parle, les sacrements n’ont pas encore été institués. Il utilise le mot baptême dans le sens qu’il avait à l’époque, c’est-à-dire se plonger, s’engager dans quelque chose. Jean Baptiste demandait à ses disciples de s’engager dans une démarche de conversion en vue d’être délivrés de leurs péchés.Cette démarche de conversion consistait à se plonger dans les eaux du Jourdain, ce qui symbolisait la purification des péchés. Et que signifie exactement le mot français conversion ? Il exprime l’idée de changement d’opinion ou de comportement. Mais ce mot traduit mal le terme grec de métanoïa employé par St Marc  qui signifie deux choses : changement de mentalité  comme le mot conversion mais il signifie aussi  retour vers Dieu, ce que ne dit pas le mot conversion.

Changement de mentalité : on ne se contente pas de se repentir des fautes qu’on a commis dans le passé, on s’engage dans une nouvelle voie dès maintenant. On ne reste pas tourné vers le passé, on se tourne vers l’avenir. Retour vers Dieu  Jean Baptiste ne prêche pas une conversion morale où on se détournerait du mal pour faire le bien, il demande qu’on se rallie à Dieu.  Il ne s’agit pas de de se rallier à des idées ou à des valeurs, mais de se rallier à quelqu’un, le Christ, Fils de Dieu.

Aujourd’hui si nous voulons nous rapprocher du Seigneur qui s’approche de nous à Noël, nous devons nous engager dans cette démarche de conversion avec ses deux composants : changement de mentalité, c’est à dire pas seulement regretter les fautes du passé, mais en plus s’engager à partir de maintenant et pour l’avenir dans une nouvelle manière d’agir. Retour vers Dieu, c’est-à-dire pas seulement revenir vers des bons principes, des bonnes idées, mais revenir vers quelqu’un, vers Dieu, vers le Christ qui nous montre dans l’évangile comment se comporter tous les jours. Car la parole de Dieu  ne nous communique pas un savoir à ranger dans notre tête entre le théorème de Pythagore et les règles d’accord du participe passé, c’est une parole de vie, une parole à vivre. L’évangile, ce n’est pas un livre qu’on pourrait se contenter de lire ou de méditer c’est un mode d’emploi à utiliser.  Un mode d’emploi, après l’avoir lu, il faut le mettre en pratique.

A quinze jours de Noël, il est temps de nous demander sérieusement ce qu’il faut changer dans notre vie pour revenir vers Dieu et pour l’accueillir vraiment sans réserve. Nous savons que Noël ce n’est pas LA venue du Seigneur parmi nous mais le jour du commencement de sa venue parmi nous et que, depuis ce jour-là, il n’a plus cessé de venir et de demeurer au milieu de nous.Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps nous dit-il dans l’évangile.(Mt.28,20)Mais un tas de préoccupations nous empêchent de le voir, de repérer sa présence et d’avancer avec lui jour après jour. Qu’est-ce qui fait obstacle ? Apparemment, c’est la multiplicité des choses que nous avons à faire chaque jour. Nous n’arrivons même pas à tout faire. Dans ces conditions, comment peut-on encore trouver le temps de s’occuper du Bon Dieu ?

Mais justement, il ne s’agit pas d’avoir, en plus, le temps de s’occuper du bon Dieu. Le Seigneur n’est pas en plus, en dehors des choses que nous faisons, il est dans ce que nous faisons….. Mardi dernier je suis allé donner la communion à un certain nombre de malades et de personnes âgées. J’ai été très impressionné de voir tout le dévouement et l’entraide qui entourent ces personnes handicapées tous les jours, du matin au soir et même la nuit. Est-ce que je vais dire à une femme qui veille jour et nuit sur son mari alité: dites donc madame, c’est très bien ce que vous faites,  mais en plus il faudrait que vous pensiez à accueillir le Seigneur qui est avec nous tous les jours ? Le Seigneur est déjà avec elle et elle est déjà avec le Seigneur dans le soin qu’elle prend de son mari alité. Parce  que ce vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40), mais elle ne se rend pas compte. Peut-être même se fait elle des reproches : Avec tout ce que j’ai à faire, tous les soins que je dois donner à mon mari, je n’ai même plus le temps de me préparer à Noël ! Voilà la conversion que nous avons à faire pour bien accueillir le Seigneur en ce temps de préparation à Noël: apprendre à voir le Seigneur présent à nos côtés.

                                                   Parce que, en définitive, ce qui nous empêche d’accueillir le Seigneur, ce n’est pas la multiplicité des choses que nous avons à faire c’est notre aveuglement qui nous empêche de voir que le Seigneur est présent dans toutes ces choses que nous faisons. C’est là qu’il faut nous convertir. Comment faire, que faire pour arriver à prendre conscience qu’il est là avec nous ? Je dirai deux choses Quand je me mets à faire quelque chose, me demander est-ce que c’est comme ça qu’il aimerait que je fasse ?qu’est-ce qu’il ferait à ma place ? Ou bien après avoir fait quelque chose : Est-ce que c’est comme ça qu’il aurait voulu que je fasse ? Et ainsi on avance avec lui, on est présent à sa présence à nos côtés.

Que retenir de tout cela

A quinze jours de Noël, il est temps de nous demander ce que nous devons faire pour bien accueillir le Christ qui vient au milieu de nous. Il est là, mais nous ne le voyons pas Que faire pour nous convertir et prendre conscience de sa présence à nos côtés ? Chaque fois que nous nous mettons à faire quelque chose, nous demander : Est-ce que c’est comme ça qu’il aimerait que je fasse, qu’est-ce qu’il ferait à ma place ? Ou bien après avoir fait quelque chose : est-ce que c’est comme ça qu’il aurait voulu que je fasse. Tâchons d’être un peu moins souvent comme les disciples d’Emmaüs qui marchent tout tristes sur le chemin, soupirant Ah si seulement il était encore avec nous ! Et pendant ce temps là il est là. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. (Luc24,16) Que notre prière soit donc celle des aveugles dans l’évangile : Seigneur, faites que je voie.

Dimanche  3  Décembre  2023                                         Beaucamps sur Ligny

Cet évangile nous recommande de veiller de façon à être prêt à accueillir le Seigneur lors de sa venue à la fin des temps. Mais il est à peu près sûr qu’aucun de nous ne verra ce jour-là. Faut-il en conclure que cet évangile n’a aucun intérêt ? Peut-être pas, parce qu’il y a d’autres venues du Seigneur auxquelles il convient de nous préparer afin de ne pas rater son passage. Sa venue à Noël par exemple.  

Noël ce mystère extraordinaire où, comme dit St Irénée, Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. Au commencement du monde, Dieu avait créé l’homme à son image, mais il restait une certaine distance entre lui et nous. Nous étions comme l’un en face de l’autre. A partir de la naissance à Bethléem, il n’y a plus de distance entre lui et nous. En Jésus pour la première fois, la divinité est unie à l’humanité. Depuis ce jour-là, en nous tous qui avons reçu la vie divine lors de notre baptême, l’humanité est unie à sa divinité. Depuis ce jour-là, la vie des hommes a changé, elle n’est plus ce qu’elle était, une mutation s’est produite. De plus, attention ! Noël, ce n’est pas le jour de LA venue de Dieu parmi les hommes mais le jour du commencement de sa venue parmi les hommes, parce que depuis ce jour-là il n’a plus cessé de venir et de demeurer parmi nous. C’est ce qu’il   dit bien clairement aux apôtres au moment où il va cesser d’être visible à nos yeux d’hommes et remonter auprès du Père : je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) Cela veut dire que Noël, ce n’est pas le 25 Décembre, Noël, c’est tous les jours. Et puisqu’il est avec nous, tous les jours peut-être que, de notre côté, il faudrait veiller, nous aussi, à être avec lui tous les jours.

Comment faire, que faire pour être avec lui tous les jours ? L’évangile d’aujourd’hui nous suggère une piste intéressante. C’est comme un homme parti en voyage, en quittant sa maison…il a fixé à chacun son travail. Ce qui veut dire que veiller pour accueillir le Seigneur, ce n’est pas rester à faire les cent pas en attendant qu’il se manifeste, c’est faire le travail qu’il nous a confié. Car le Seigneur place chacun de nous sur la terre à un endroit donné, avec une tâche précise à accomplir, à travers laquelle chacun poursuit l’œuvre de création et contribue à la construction d’un petit bout du Royaume de Dieu. Mais c’est quoi cette tâche précise ? Ce n’est pas quelque chose de plus, d’autre, que ce que nous faisons déjà. C’est tout simplement ce que nous faisons déjà, on appelait cela autrefois le devoir d’état : pour le gamin à l’école c’est d’apprendre ses leçons et de faire ses devoirs, pour la maîtresse de maison, c’est de gérer son foyer, pour le père de famille, c’est d’exercer sa profession.  

Malheureusement nous avons beaucoup de mal à voir comment dans nos occupations quotidiennes, dans notre travail de tous les jours, nous restons avec le Seigneur. Souvent nous pensons que notre travail nous empêche de penser à Dieu, nous éloigne, voire nous coupe de lui.  

C’est complètement faux. Même s’il est vrai que quand on conduit un tracteur, on ne peut pas en même temps réciter son chapelet, en travaillant nous restons unis à Dieu mais   d’une façon autre que quand nous prions. Dans notre travail nous restons unis à Dieu de trois manières. D’abord dans notre travail quel qu’il soit, qu’il s’agisse d’un gamin à l’école, d’un employé de bureau devant son ordinateur, d’un chauffeur de poids lourd ou d’une caissière dans une grande surface, toujours nous nous servons de l’intelligence, des talents et des matériaux que le créateur nous a donnés. Ensuite notre travail quel qu’il soit, est toujours un service des autres, qu’il s’agisse d’un médecin qui soigne des malades, d’une maîtresse de maison qui prépare le diner pour les siens, d’un employé municipal qui vide les poubelles, du policier qui veille sur notre sécurité. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40) Enfn, notre travail, quel qu’il soit est toujours un développement, une amélioration, quelque chose qui est rajouté à la création. Ces enfants, ils ne savaient pas lire, maintenant ils savent lire et écrire grâce au travail des enseignants. Dans cette rue, il n’y avait rien, maintenant il y a une maison, grâce au travail des architectes, des entrepreneurs et des maçons. Allez voir au carrefour de Cormontaigne à Lille, boulevard Montebello, il y a un mois, il n’y avait rien, maintenant il y a de magnifiques parterres de fleurs, grâce au travail des jardiniers de la ville.  

Comme rester avec le Christ qui reste tous les jours avec nous ? Qu’est-ce qu’il faut faire ? Il faut changer notre regard sur le travail afin d’en découvrir toute sa valeur et tout son sens. Très souvent et peut-être même presque toujours nous ne voyons dans le travail, l’occupation professionnelle qu’un moyen de gagner un salaire qui nous permet de subvenir à nos besoins et à ceux de nos proches, l’idéal étant de gagner le plus possible en travaillant le moins possible, car le travail n’a pas très bonne réputation, on le considère comme une corvée plus ou moins mais toujours pénible. D’autant plus que les injustices et la rapacité humaines font du travail un lieu de haine et de division. Mais comme chrétiens nous avons le devoir de lutter contre ces perversions qui défigurent le travail et de lui faire retrouver toute sa dignité.

En travaillant nous mettons en œuvre l’intelligence et les talents que Dieu nous a donnés. L’expérience nous montre que dans tout travail il y a toujours une part de service des autres et surtout par le travail nous sommes les collaborateurs de Dieu, complétant et épanouissant la création. Dans l’évangile, le Christ nous dit mon Père travaille toujours et moi aussi je travaille. (Jean 5,17) et dès le début de la création, Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le garder et le cultiver. (Gen.2,15) Dans notre travail, nous faisons la volonté de Dieu qui nous a confié le soin de sa création, dans notre travail nous sommes les collaborateurs du créateur, contribuant modestement mais réellement à l’épanouissement de cette création.  Dans notre travail nous restons donc unis à Dieu.

Que retenir de tout cela ?

Veillez, nous dit le Christ dans l’évangile de ce jour, restez éveillés pour être prêts à accueillir le Seigneur lors de son retour à la fin des temps. Très bien, mais il n’y a là rien d’urgent :  nous ne serons plus là ce jour-là. Par contre il est urgent de veiller, pour accueillir le Seigneur qui depuis le premier Noël à Bethléem ne cesse de venir chaque jour au milieu de nous. Car Noël n’est pas le jour de LA venue du Seigneur parmi nous, mais le jour de sa première venue et depuis il ne cesse de venir et de demeurer parmi nous. Noël ce n’est pas le 25 Décembre seulement, Noël, c’est tous les jours. Puisqu’il est avec nous tous les jours, ne restons pas endormis, nous aussi, veillons à être avec lui tous les jours.

Comment faire, quoi faire pour rester tous les jours avec lui ? Tout simplement nous efforcer d’accomplir le travail qu’il nous a confié. Utilisant l’intelligence et les forces qu’il nous a donnés, luttant contre les injustices et la rapacité qui font du travail un lieu de haine et de division, toujours notre travail, que l’on soit médecin, cultivateur, instituteur ou mère de famille,  sera un service des autres et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40) Et surtout par notre travail nous contribuerons modestement mais réellement à l’épanouissement de la création, créant quelque chose : une maison, un massif de fleurs là où il n’y avait rien. C’est le travail qui nous a été confié depuis toujours garder et cultiver le jardin d’Eden, un travail important  Je ne sais plus quel Père de l’Eglise disait : Si noble est le poste que Dieu nous a confié qu’il ne nous est pas permis de déserter.



                        Dimanche  26  Novembre  2023            (Mt.25,31-46)   Radinghem

Dans cette description prophétique du jugement dernier, trois points ont retenu mon attention. D’abord le fait que les élus ne sont pas sauvés en raison de gestes religieux qu’ils auraient posés, mais grâce à des gestes apparemment profanes et peu importants ; ensuite l’incompréhension des élus qui n’ont pas conscience d’avoir fait quelque chose de méritoire et enfin comment notre Dieu qui est un Dieu d’amour et de miséricorde peut -il jeter en enfer certains de ses enfants ?

Le jour du jugement le Seigneur dira aux justes (5,21) Venez les bénis de mon Père recevoir en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde car …

Car vous avez été à la messe tous les dimanches ? Non, pas du tout. Car vous avez fait des tas de prières ? Non pas du tout, mais venez, entrez dans le Royaume parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, en prison et vous êtes venus à moi. Cela ne veut pas dire que la prière, ce n’est pas important. La prière est indispensable. Par la prière, nous sommes connectés avec Dieu. Mais elle doit déboucher sur une action. Dans la prière, le courant divin nous transforme. Nous devenons des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des œuvres bonnes que Dieu a préparées pour que nous les accomplissions (Ephes.2,10)comme dit St Paul aux EphésiensLe fait de donner à manger, à boire etc. ne sont plus des gestes profanes, mais fruits de la prière, ils ont du poids devant Dieu. La prière pour la vie chrétienne, c’est comme la respiration pour la vie biologique. Si vous ne respirez plus, vous êtes mort. Si vous ne priez plus vous êtes morts, déconnectés d’avec Dieu, seule source de toute vie. Mais la respiration n’est pas une fin en soi. On ne passe pas son temps à faire des exercices respiratoires, inspirations, expirations, du matin au soir.  La respiration c’est ce qui permet de vivre : marcher, travailler, chanter, écrire, réfléchir penser, parler etc. De même la prière n’est pas une fin en soi, mais comme elle nous connecte avec Dieu, le courant divin nous transforme et nous rend capables de vivre chrétiennement, d’agir en accord avec la volonté de Dieu. Une prière qui ne débouche pas sur un changement de comportement ou sur une action est une prière avortée. C’est ce que veut nous faire comprendre le Christ quand il nous dit : Il ne suffit pas de me dire Seigneur ! Seigneur ! il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. (Mt.7,21)  

Non seulement nous avons du mal à croire que tout ce qui est extérieur à la prière par exemple le travail, a un sens, un prix, une valeur, aux yeux de Dieu, mais nous pensons souvent que c’est un obstacle à une vie chrétienne sérieuse. Je le répète souvent :on ne voit jamais une image ou une statue de Notre Dame en train de faire la cuisine, la lessive, ou le ménage. Si elle ne tient pas l’enfant Jésus dans ses bras elle est toujours représentée les mains jointes ou les yeux levés vers le ciel. Pourtant Notre Dame n’était pas moins sainte lorsqu’elle balayait sa maison que lorsqu’elle chantait des psaumes. Mais nous n’arrivons pas à croire que dans nos activités, dans notre travail, nous restons unis à Dieu. Des maçons qui construisent une maison, une maman qui prépare le diner, le commerçant du quartier, ils se servent de l’intelligence et des talents que le Seigneur leur a donnés. D’autre part n’importe quel travail est toujours pour une part un service rendu à d’autres. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait (Mt.25,40 ) La maison neuve construite par les maçons fera le bonheur de ceux qui viendront l’habiter, le dîner préparé par la maman, rassasie toute la famille,  

Et tout travail que nous accomplissons est toujours un développement, un épanouissement de la création. Là où il n’y avait rien, il y a maintenant une maison.…Mais si je vais dire au maçon qui construit une maison : Vous savez, Monsieur, vous êtes en train de développer la création, vous êtes co-créateur du monde avec Dieu, il va appeler le Samu, me prenant pour quelqu’un de dérangé. Et pourtant le Seigneur lui dira un jour : Toi, viens par ici recevoir l’héritage préparé depuis la fondation du monde parce que j’étais dehors, à la rue, et tu m’as donné une maison et vous la fanfare….venez ici, il faisait froid, il pleuvait et vous avez apporté un peu de joie au village. Et c’est ainsi que  chaque fois que je célèbre la messe, je suis fier d’offrir en même temps que le sacrifice du Christ tout votre travail de la semaine à la maison, aux champs,  à l’usine ou au bureau et c’est pour ça qu’à la consécration je n’étends pas les mains seulement sur le calice et la patène mais sur vous tous.  

Un mot à propos de ceux qui sont envoyés en enfer. Regardez de près le texte de l’évangile. Ce n’est pas le Christ qui les envoie en enfer. Ce sont les mauvaises actions qu’ils ont faites qui les amènent là Il ne faut pas se représenter le jugement dernier comme une salle de tribunal avec le Seigneur  qui assène des verdicts. C’est tout simplement ceci : à la lumière divine, on découvre que ce qu’on a fait pendant sa vie est bien ou mal. Comme dans cette histoire que m’ont raconté deux religieuses. Elles sont dans une petite case en brousse. Le soir, elles s’apprêtent à se mettre au lit. L’une des religieuses dit à l’autre Excuse moi je dois aller chercher quelque chose à la cuisine, je prends la bougie. L’autre religieuse reste dans le noir, assise sur son lit. Elle se dit : tout à l’heure j’ai marché dans la boue, il faut que je nettoie mes chaussures. Et justement en tâtant sur le lit, elle trouve un chiffon, elle se met à frotter ses chaussures. Là-dessus, l’autre religieuse revient avec la bougie et à la lumière de la bougie, celle qui est en train de nettoyer ses chaussures s’aperçoit alors que ce qu’elle avait pris pour un chiffon, c’est son voile, qu’elle avait retiré avant de dormir. De même que les élus sont surpris de se rendre compte qu’ils ont fait le bien pendant leur vie ,les exclus sont surpris eux aussi de voir qu’ils ont tout raté. Je ne prends pas plaisir à la mort de qui que ce soit. Convertissez-vous et vivez. (Ez.18,32) Je suis Dieu et pas homme et je n’aime pas à détruire (Osée 11,9 )  Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance, dit le Christ.(Jean 10,10).  

Que retenir de tout cela ?

La prière pour la  vie chrétienne, c’est comme la respiration pour vie naturelle. Si on ne respire plus, on meurt. Si on ne prie plus, on meurt, déconnecté de Dieu source de toute vie. Mais on ne passe pas son temps à inspirer et expirer. On respire pour faire autre chose : parler marcher etc. De même la prière débouche sur une action. Connectés sur Dieu par la prière, le courant divin qui nous traverse nous transforme et nous devenons des êtres nouveaux en J.C. capables de faire les œuvres bonnes que Dieu a préparées pour que nous les accomplissions. (Eph.2,10 ) Du coup, nos actions, notre travail,  tout ce que nous faisons ce ne sont  pas des choses profanes, matérielles, sans valeur aux yeux de Dieu mais cela a  du poids devant Dieu. Alors ne le faisons pas n’importe comment et n’oublions pas de venir l’apporter à la messe où il est consacré.

Le jugement dernier, ce n’est pas un procès avec Dieu le Père déguisé en juge et qui prononcerait un verdict. C’est un moment où apparaît à la lumière divine, sans illusions ni mensonges, ni erreurs l’exacte valeur de notre vie. On pourrait dire aussi : le jugement dernier, c’est quelque chose comme la proclamation des résultats d’un examen de fin d’études Vous, vous êtes reçu. Vous avez la moyenne. Si vous êtes reçu, c’est grâce au travail que vous avez fourni, vous avez bien écouté l’enseignement de votre professeur. Vous, vous êtes recalé, Si vous êtes recalé, ce n’est pas de la faute du prof, c’est de votre faute, vous avez mal travaillé, vous n’avez pas bien écouté ce que disait votre professeur. Et par-dessus le marché, notre Dieu, il voudrait que nous soyons tous reçus. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1Tim.2,4)disait St Paul à Timothée.


Dimanche  19 novembre  2023 Fournes

La parabole des talents fait partie d’un long discours de Jésus sur la fin des temps et répond à une question bien précise : que faire pour se préparer à cette échéance ? Tout se passe comme si le maître d’une propriété, parti en voyage après avoir confié ses biens à ses employés rentrait chez lui et demandait à ses employés de lui faire un rapport sur l’état de ses biens. En   voyant qu’il remet un talent à un serviteur, deux talents à un autre, cinq à un troisième, avant de partir, nous pourrions penser   qu’il leur remet un petit pécule leur permettant de vivre jusqu’à son retour, alors qu’en fait il s’agit de sommes très importantes : un talent représente l’équivalent de plus de quinze ans de salaire ! En réalité, cette parabole nous raconte l’histoire d’un homme qui confie tous ses biens à ses serviteurs et leur en confie la gestion.  

Le Christ veut nous faire comprendre par-là que le créateur nous confie toute sa création, ce que   relève le texte de la quatrième prière eucharistique de la messe Père très Saint, nous proclamons que tu es grand et que tu as créé toutes choses avec sagesse et par amour. Tu as fait l’homme à ton image et tu lui as confié l’univers, afin qu’en te servant, toi son créateur, il règne sur la création. Nous ne sommes pas les maîtres ni les propriétaires de ce monde dont nous pourrions faire n’importe quoi, n’importe comment, mais nous ne sommes pas non plus des esclaves ni de simples exécutants qui n’auraient pas leur mot à dire. Nous sommes les gérants d’un maître infiniment bon qui nous fait confiance pour gérer au mieux ses biens. Si nous avons un peu de bon sens, nous allons administrer cette fortune en reprenant les projets de ce maître si généreux D’ailleurs le texte de la messe Tu as confié l’univers à l’homme afin qu’en te servant, Toi son créateur, l’homme règne sur la création laisse entendre que si nous nous éloignons de l’esprit de service de Dieu, il va y avoir des problèmes. Et puis surtout la parabole des talents nous dit clairement que nous aurons à répondre un jour de notre gestion, comme les serviteurs, dans la parabole, à qui le maître, à son retour, demande des comptes.

Mais quels sont les projets de Dieu pour le monde ? C’est d’y établir un royaume où règnent la paix, la justice, la charité. Après deux mille ans de christianisme nous sommes encore loin du compte. Cependant des avancées ont été réalisées. Beaucoup d’états ont pris le relais des institutions chrétiennes qui autrefois étaient les seules à créer des hôpitaux, des hospices et des écoles Même si tous ne les mettent pas en pratique, beaucoup de chefs d’états, et de gouvernements prétendent promouvoir dans leurs pays des idéaux de paix et de justice d’inspiration chrétienne. Un peu partout, la Croix Rouge, des ONG, une foule d’institution privées, sans parler des lois sociales mises en place par les gouvernements viennent en aide aux enfants, aux personnes âgées, aux malades, aux sans-abris, exerçant  une véritable charité laïque Ces jours derniers, tout près de nous, dans le Pas de Calais éprouvé par de graves inondations, plusieurs municipalités, débordées devant l’afflux des secours leur parvenant, ont dû lancer des appels à la population pour qu’elle cesse de proposer de l’aide aux sinistrés .. Tout cela est loin d’être suffisant. Même s’il n’en est pas aussi absent que nous le pensons quelquefois, on ne peut pas dire que l’esprit de l’évangile  dirige  le monde.

Or le Seigneur nous avait confié l’univers afin qu’en le servant, nous arrivions à régner sur la création. Comme nous nous sommes éloignés de cet esprit de service de Dieu, il y a bien des problèmes et au lieu de régner paisiblement sur la création, nous vivons dans une certaine anxiété. Nous essayons de la refouler en ne pensant qu’aux soucis immédiatsdu présent, mais dès que nous levons le nez de nos occupations immédiates elle ressurgit. Il n’y a pas une seule famille où on ne se demande : Dans quel monde nos enfants vont-ils vivre ? Trois gros sujets d’inquiétude nous préoccupent.  Les guerres, en Ukraine, en Israël qui pourraient s’étendre et dégénérer en guerre


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mondiale, les idéologies expansionnistes de domination et un consumérisme débridé qui menace l’existence même de la planète. A l’origine de ces trois fléaux une seule cause : l’orgueil d’une humanité qui rejette la loi de Dieu pour suivre ses délires. Chaque fois que nous achetons quelque chose, toujours nous l’utilisons dans la pensée celui qui l’a fabriquée. Pourquoi est ce que nous n’utilisons pas le monde, la vie dans la pensé de celui qui les a fabriqués ? L’histoire de l’humanité nous montre pourtant que toutes les tentatives pour remplacer l’idéal évangélique par d’autres idéaux que l’on pensait meilleurs n’ont donné que toujours plus de violences, de ruines et de morts.

                                               Rejetant la sagesse de Dieu   seule source de la vie et malgré l’expérience des guerres dans les siècles passés avec leurs milliards victimes, et les ruines énormes qu’elles ont entraînées, des responsables politiques, il faudrait dire des irresponsables politiques poussés par un orgueil insensé, déclenchent encore de nouveaux conflits dans le but de dominer ou d’exterminer les pays voisins. Ces conflits qui demeurent locaux pour l’instant pourraient évoluer en guerre mondiale d’un instant à l’autre, ce qui nous angoisse, bien sûr.

Rejetant la sagesse de Dieu seule source de la vie, des gouvernants intoxiqués par des idéologies totalitaires  plongent dans un esclavage bien pire que celui des siècles passés des millions d’hommes qui n’ont  plus aucune liberté d’expression ni de pensée. Toute personne qui conteste est immédiatement emprisonnée, soumise à des lavages de cerveau, torturée ou exécutée. A l’école on n’enseigne plus l’histoire mais on impose comme réalité une propagande basée sur des idéologies expansionnistes dont personne n’est à l’abri.

Enfin rejetant la sagesse de Dieu qui met sa création à notre disposition pour que nous en profitions tous, nous nous abandonnons à un consumérisme égoïste.  On cherche la rentabilité et le profit à tout prix, chacun cherchant son avantage personnel sans aucun souci du bien commun. Une compétitivité féroce s’installe partout : résultat : loin de régner sur la création nous devenons des esclaves soumis à des conditions de travail inhumaines qui menacent l’équilibre psychologique des personnes et des familles, tandis que les conflits d’intérêts et les grèves ruinent la paix sociale. La nature elle-même est attaquée : la pollution, les brulis et les incendies de forêts font d’énormes dégâts. Le réchauffement climatique amène des pics de chaleur et des inondations. Des espèces animales disparaissent. Et dans certaines régions du monde, la montée du niveau de la mer va faire disparaître des pays entiers comme le Bengladesh. Sans nous en rendre compte, inconscients, imprévoyants, nous sommes en train de « détruire notre maison commune » comme dit le pape François. Un ami me disait l’autre jour : tout cela me fait penser aux passagers du Titanic qui dansaient insouciants dans les salons du paquebot à quelques minutes du naufrage qui allait les engloutir.

Que retenir de tout cela ?

Nous sommes comme les serviteurs de la parabole à qui le maître a confié tous ses biens pour qu’ils les fassent fructifier et un jour il nous demandera de rendre compte de notre gestion. Il nous a confié l’univers pour accomplir une tâche immense :  le transformer en un royaume où règnent la paix, la justice, la charité. Le pape François nous le rappelle dans son encyclique Laudato Si :Nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant. (Laudato Si, N°53) Bien sûr, ce n’est pas à nous, habitants de Fournes d’aller rétablir la paix à Gaza ou en Ukraine, ce n’est pas cela que le Seigneur nous demande aujourd’hui. Mais l’évangile d’aujourd’hui nous le rappelle :  nos familles, notre paroisse, notre commune, notre paroisse  c’est à nous de faire qu’elles  soient ce que le Père a rêvé en les créant.


Dimanche 12 novembre, Bois Grenier

Dans cette parabole, le Seigneur nous raconte l’histoire d’un groupe de jeunes filles invitées à un mariage. Belle image de l’invitation à entrer dans le Royaume des Cieux dont nous faisons l’objet. Elles attendent l’arrivée de l’époux pour entrer avec lui dans la salle des noces. La nuit est tombée. Tout le monde est assoupi. Le marié est en retard. Sa brusque arrivée réveille tout le monde et le cortège s’apprête. Mais catastrophe ! Quelques-unes des jeunes filles du groupe s’aperçoivent qu’elles n’ont pas emmené suffisamment d’huile pour leurs lampes. Vite, elles vont en acheter. Mais quand elles reviennent, il est trop tard, la porte de la salle de noces est fermée, elles ne participeront pas à la fête. Jésus conclut. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.

De quelle heure et de quel jour s’agit-il ? De l’heure et du jour de notre entrée définitive dans le royaume, c’est-à-dire de l’heure et du jour de notre mort. C’est à ce moment-là que nous sortirons   de la vie terrestre pour entrer à demeure dans la vie éternelle. Or ce moment-là, nous ne savons pas quand il viendra. Nous ne connaissons ni le jour ni l’heure. Aussi le Christ nous demande de veiller de façon à être prêts. En même temps il nous envoie deux signaux contradictoires : l’un, menaçant : Attention, ! tout le monde ne rentrera pas, ceux qui ne se sont pas prêts ne rentreront pas ; l’autre tout-à-fait réconfortant et réjouissant : entrer dans le royaume, c’est participer à une fête, c’est comme être invité à une noce ! Raison de plus pour nous y préparer soigneusement.

Quelle faute commettent les jeunes filles imprévoyantes de la parabole ? Elles se laissent prendre par leurs désirs et leurs besoins immédiats : elles ont envie de dormir, alors elles se laissent aller au sommeil, oubliant complètement qu’elles doivent veiller pour aller au-devant du marié. Pour nous, c’est la même chose. Pourquoi est-ce que nous ne nous soucions guère de veiller pour nous préparer à l’entrée dans le royaume ? Tout simplement parce que trop pris par les nécessités immédiates de la vie courante, nous n’avons plus le temps d’y penser. Le travail de chaque jour, les soucis personnels, familiaux, professionnels nous assaillent sans répit. Nous n’arrivons même pas à faire face à tout. Les urgences de la vie présente accaparent toute notre attention, mobilisent toute notre énergie, comment voulez-vous qu’on pense encore à la vie éternelle ?  

Le travail et les soucis de toutes sortes constituent le tissu de notre vie. Nous ne pouvons pas les éliminer. Mais en nous enfermant dans les urgences du présent immédiat, ils accaparent toute notre attention, mobilisent toute notre énergie, ils   sont donc des obstacles qui nous empêchent de penser à préparer notre avenir, notre entrée dans le Royaume. Alors que faire ? Arrêter de travailler, cesser de nous occuper de nos soucis, nous réfugier dans le spirituel et faire des prières ? Impensable ! D’ailleurs, les propos de Jésus sur le jugement dernier dans l’évangile sont très clairs : Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde, dit le Christ, car vous êtes allés à la messe tous les dimanches ? car vous avez fait plein de prières ?  Non, pas du tout, mais venez, entrez dans le royaume parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger (un migrant) et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, en prison et vous êtes venus à moi. (Mt.25,31-46)…….En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’ est à moi que vous l’avez fait!

Mais alors, cela veut dire que nos gestes que nous pensons être profanes, le travail, tous nos soucis personnels, familiaux, professionnels, qui sont plus d’une fois, des obstacles nous empêchant de


penser à préparer notre entrée définitive dans la vie éternelle, ils pourraient être, quand même, les pierres du chemin qui nous conduit à la porte du Royaume ? Comment cela ? Le technicien d’EDF qui remet en état les lignes électriques après la tempête, perché dans sa nacelle à cinq mètres du sol, la femme au foyer qui prépare le repas de midi, pris par leur travail, ne peuvent pas en même temps penser à se préparer à entrer dans le royaume quand le moment sera venu, Apparemment leur travail peut les éloigner de toute préoccupation du royaume. C’est vrai. Mais il peut aussi être le moyen par lequel ils construisent le royaume, sans même qu’ils s’en rendent compte car, malgré les apparences, ce travail qui les absorbe complètement, n’est pas quelque chose   qui coupe tout lien avec le spirituel. Le technicien d’EDF en rétablissant le courant, redonne la lumière à tous les foyers plongés dans le noir et le Seigneur nous dit : ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est pour moi que vous l’aurez fait. Notre technicien d’EDF par son travail restaure la création endommagée par la tempête. Le Seigneur lui dira Viens recevoir en héritage le royaume qui a été préparé pour toi depuis la fondation du monde, parce que j’étais dans le noir et tu m’as rendu la lumière. De même la femme au foyer qui prépare le repas de la famille, le Seigneur lui dira   Viens, entre dans le Royaume préparé pour toi depuis la fondation du monde parce que j’avais faim et tu m’as donné à manger. Mais nous avons du mal à croire cela. Nous sommes comme les justes dans l’évangile répondant à Jésus qui les invite à rentrer dans le royaume Quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ?  Si je vais dire au technicien de l’EDF :  “Monsieur, vous êtes en train de restaurer le monde du Bon Dieu abimé par les intempéries, vous faites que le monde du du Bon Dieu tourne plus rond, vous êtes en train de construire un petit bout du Royaume de Dieu“ il va appeler le SAMU, me prenant pour un fou ! Et pourtant c’est la vérité, il est bien en train de restaurer le monde du Bon Dieu endommagé par la tempête.

Que retenir de tout cela ?

Nous sommes tous invités à entrer dans son Royaume pour vivre auprès du Christ d’une vie nouvelle dans un royaume sans haine, sans injustices, sans guerres où règnent la paix, la justice et la charité. Comme nous ne connaissons ni le jour ni l’heure où le Seigneur viendra nous chercher, il nous donne un sérieux avertissement. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Ce n’est donc pas le moment de dormir. Veillons à ce que nos occupations quotidiennes, le travail, les soucis et préoccupations de toutes sortes ne soient pas trop souvent des obstacles qui nous éloignent de tout souci du royaume.  

Mais comme nos occupations de chaque jour, le travail, les soucis, les préoccupations de toutes sortes sont aussi   des occasions où le Seigneur nous rend capables de construire le Royaume, veillons aussi à bien repérer toutes les fois où le Seigneur nous a inspirés Soyons honnêtes. Même si nous ne sommes pas des saints il nous arrive de faire des choses bien. Or il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc chaque fois que nous faisons quelque chose de bien, le Seigneur y a mis les mains comme disait ma mère. Je vous propose donc de faire souvent votre examen de conscience sur le bien que vous avez fait, pour repérer toutes les fois où, dans ce que nous avons fait, le Seigneur y a mis les mains. Cela nous permettra d’abord de remercier le Seigneur de nous avoir inspiré, cela nous donnera ensuite de l’élan pour faire mieux le lendemain et cela nous permettra , le jour où le Seigneur nous dira : Venez par ici recevoir l’héritage que je vous ai préparé parce que vous avez fait ça et ça et encore ça de bien, de ne pas avoir  l’air trop idiot en demandant :  Moi ? mais quand est-ce que j’ai fait tout ça ?


dimanche  5 novembre  2023                                    

homélie / Par François Battez

Dans l’évangile d’aujourd’hui, avant de nous rappeler que Dieu seul mérite pleinement le titre de Maître ou de Père, nous autres, nous ne pouvons porter ces titres que par analogie, le Seigneur nous invite à ne pas faire comme les scribes et les pharisiens qui ne mettent pas leurs actes en accord avec leurs paroles et qui, dans leur manière d’agir, ne cherchent qu’à se faire remarquer.

Par la suite, le Seigneur sera nettement plus dur avec eux. Ici, il commence par encourager tout le monde à suivre leur enseignement, car les scribes dont la majorité appartenait au groupe des Pharisiens avaient autorité pour interpréter la Loi Donc dit-il, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais tout de suite après, il invite un chacun à ne pas faire comme eux car leurs actions sont contraires à leurs belles paroles, ils disent et ne font pas.  Dans le passage qui suit immédiatement l’évangile d’aujourd’hui, Jésus dénoncera sans ménagement leur hypocrisie.

 Nous autres aujourd’hui, sans être de véritables pharisiens, hypocrites à plein temps, peut-être y a-t-il parfois quand même, un peu trop d’écart entre ce que nous disons et ce que nous faisons… Dans nos prières, est-ce que nous ne parlons pas au-dessus de nos moyens ? Un ami me disait un jour : moi, dans le Notre Père quand on arrive à “pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé“, je m’arrête, je me tais, et puis je reprends après, parce que moi, je ne pardonne pas ! Comme l’évangile nous y invite aujourd’hui, soyons attentifs à toujours mettre nos actions en accord avec nos paroles. 

Mais, outre leur hypocrisie, ce que Jésus reproche surtout aux Pharisiens, c’est leur orgueil. Ils cherchent constamment à se mettre en avant et agissent pour être remarqués par les autres. Les juifs pieux portaient des phylactères, c’est à dire de petites boîtes contenant des extraits de la Loi, sur le front ou sur le bras gauche, les Pharisiens eux, portent des phylactères plus imposants Les Juifs pieux portaient aussi des franges ornées d’un fil violet symbole du ciel à leur vêtement. Jésus lui-même en portait. Dans son récit de la guérison d’une femme souffrant d’hémorragies, St Mt rapporte que s’approchant par derrière, elle toucha la frange du vêtement de Jésus. (Mt.9,20) Les pharisiens eux, rallongeaient ces franges pour qu’on voie bien qu’ils sont des croyants d’élite.  A la synagogue ou dans les dîners ils prennent les premières places. Comme ils s’efforcent d’observer minutieusement les moindres obligations de la Loi, ils se considèrent comme bien supérieurs à la masse des croyants ordinaires qu’ils méprisent. Ils estiment qu’il leur revient d’occuper les places d’honneur à la synagogue ou dans les dîners et se considèrent comme des justes.

Leur manière de se comporter est exactement à l’opposé de ce que recommande le Christ. Ils cherchent les premières places dans les banquets, Jésus recommande explicitement le contraire : Va te mettre à la dernière place et celui qui t’a invité te fera monter plus haut. (Luc 14,10) Quand ils prient, ils cherchent à se faire voir, Jésus recommande : quand tu veux prier, rentre dans ta chambre la plus retirée, et prie dans le secret.(Mt.6,6) Ils se croient parfaits et méprisent les autres. Jésus nous invite à ne pas juger pour n’être pas jugé et d’ôter d’abord la poutre de notre œil avant de vouloir retirer la paille de l’œil du voisin. (Mt.7,1…) C’est surtout cette volonté de toujours se mettre en avant et de dominer les autres que Jésus réprouve. Elle est à l’opposé de celle qu’il préconise. Les premiers dans le Royaume sont ceux qui se placent en dernier et se mettent au service des autres. C’est ça qu’il enseigne : Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. Et si quelqu’un veut être le premier parmi vous qu’il soit votre esclave ; (Marc 10,43) Lui le premier en donne l’exemple. Il apparaît parmi nous non pas sous les traits d’un notable ou d’un puissant de ce monde. Mais il naît dans une étable et grandit dans une famille modeste dans un village obscur. Il garde ses distances vis-à-vis du milieu clérical qui tient le haut du pavé et s’entoure de gens très simples qui n’ont guère d’instruction. « Quand vient l’heure de prendre congé de ses disciples avant d’entrer dans sa passion, au cours du dernier repas qu’il prend avec eux, Il leur donna de son amour un témoignage suprême » dit St Jean (Jn 13,1) il se met à laver les pieds de ses disciples et ils en sont profondément choqués. En ce temps-là, c’était quelque chose qu’on ne pouvait demander qu’au dernier des esclaves de la maison et encore à condition qu’il ne soit pas juif. Après avoir repris sa place à table, il tient encore à préciser : Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maitre, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné, ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. (Jn 13,14.15) Le service voilà ce que le Seigneur demande. Parce que le service, c’est l’agir de l’amour. L’amour se vit dans le service de ceux qu’on aime. Le Seigneur nous demande de rester dans une attitude de service vis-à-vis des autres, c’est-à-dire de chercher à les promouvoir, plutôt que de chercher à les dominer. Or ce n’est pas facile, parce que c’est aussi un devoir de faire fructifier les talents que le Seigneur nous a donnés. Un élève qui cherche à être le premier de sa classe, l’équipe de foot qui cherche à triompher de l’adversaire, de même le commerçant ou l’industriel qui cherche à venir à bout de la concurrence ne font rien de mal. Une spiritualité de service, n’interdit pas l’exercice d’une ambition légitime. A condition que la lutte contre la concurrence, que ce soit à l’école, sur un terrain de sport ou dans le commerce ne nous amène pas à mépriser ou écraser les autres. Et à condition aussi de ne pas trop nous vanter de nos qualités et nos talents, car même si c’est bien notre travail et nos efforts personnels qui les ont développés, nous les avons d’abord reçus du Seigneur et de ceux qu’il a placés sur notre route. A nous de choisir entre l’orgueil et le réalisme de l’humilité, entre l’orgueil un peu pompier de ce philosophe connu du siècle dernier qui prétendait « Je suis la source absolue car c’est moi qui fais être pour moi cette tradition que je choisis de reprendre ou cet horizon dont la distance à moi s’effondrerait si je n’étais là par la parcourir du regard » (Merleau-Ponty, Philosophie de la Perception) et la lucidité réaliste de St Paul qui disait: Qu’as-tu que tu n’aies reçu ?et si tu l’as reçu, de quoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ?(1 Co 4,7)

Que retenir de tout cela ?

D’abord veiller à mettre nos actes en rapport avec nos paroles. Qu’il n’y ait pas d’écart entre ce que nous disons et ce que nous faisons.

Ensuite, tâchons de rester lucides, réalistes de ce réalisme qu’on appelle humilité et qui consiste à bien voir que nos qualités, nos talents, avant que nous ne les développions par nos propres efforts, nous les avons d’abord reçus du Seigneur et de ceux qu’il a placés sur notre route. Il arrive que nous fassions le bien. Il arrive que les autres nous approuvent et nous couvrent de félicitations. Tant mieux, mais restons assez lucides, pour ne pas oublier:

-qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu,

-que s’il nous arrive de faire le bien, c’est parce que le Seigneur nous en a rendus capables,

-et que c’est à lui qu’en revient le mérite, ainsi que St Paul le disait aux Éphésiens: « A Celui

dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, à Lui la gloire pour les siècles des siècles.» (Eph 3,20).