homélie

Dimanche 23 avril

3ème Dimanche du temps pascal – Année A – Lc 24,13-35

« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain. »

Cleophas et son compagnon faisaient partie des disciples qui suivaient fidèlement Jésus. Après la passion et la mort du Christ sur la croix, découragés, ils rentrent chez eux. Dans le récit que St Luc nous donne de leur rencontre avec le Ressuscité, deux choses nous surprennent. D’abord le fait qu’ ils ne reconnaissent pas Jésus lorsqu’il les rejoint sur la route, ils devaient pourtant bien le connaître. Et d’autre part le comportement de Jésus qui fait semblant de ne pas être au courant de ce qui vient de se passer à Jérusalem à savoir  sa passion et  sa crucifixion.

Comment se fait-il que les disciples d’Emmaüs ne reconnaissent pas Jésus ?  Pourtant ils l’avaient encore vu de leurs yeux les jours précédents. Les récits des apparitions nous  montrent bien  que le Christ ressuscité n’avait rien d’un fantôme. Les apôtres l’ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains . Pourtant le corps du Christ ressuscité n’était pas tout-à-fait pareil à son corps d’avant. Il apparaît et disparaît soudainement sans ouvrir la porte en entrant  et sans la fermer en sortant. Est-ce que son apparence aussi aurait changé ? L’Evangile ne dit rien là-dessus. Toutefois St  Marc faisant allusion à l’apparition aux disciples d’Emmaüs écrit : »Il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux qui faisaient route pour se rendre à la campagne » (Marc16,12) Lors de la Transfiguration, le visage de Jésus en gloire était autre. Maintenant que ressuscité il est rentré dans la gloire qui était la sienne avant  son incarnation, il n’est plus à plein temps sur  la terre, il ne fait qu’y passer lors de ses   apparitions.  Même si le ressuscité a un vrai corps d’homme, il est désormais d’un autre monde , on ne peut plus le reconnaître  que dans la foi. Au petit matin du jour de Pâques, lorsqu’il apparaît à Marie Madeleine qui pleure devant le tombeau vide, elle le prend pour le jardinier. Il   n’est pas accessible et pourtant tout proche; il faut qu’il se révèle. Ce qu’il fait en l’appelant par son nom : « Marie » (Jean20,16 ) Rarement prononcé dans le discours direct, le nom, pour un sémite, atteint l’intériorité de l’être. Instantanément l’intimité rompue par la mort est rendue présente, Marie reconnaît Jésus vivant et le salue :« Rabbouni ». Sur le chemin d’Emmaüs les deux disciples, tristes, découragés ne croient plus guère.Il faudra que le Christ réchauffe leur coeur et ranime leur foi pour qu’ils le reconnaissent. C’est ce qu’il a fait en leur expliquant l’Eciture . Une fois qu’il leur eût expliqué, partant de Moïse et de tous les prophètes ce qui le concernait dans l’Ecriture et une fois qu’il eût rompu le pain et le leur eût partagé, « alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent « 

Mais revenons au début du récit. Jésus qui a rejoint les deux disciples leur demande  « De quoi discutez-vous en marchant ? » Ils répliquent Tu n’as donc pas entendu parler des évènements  qui se sont passés à Jérusalem ? Jésus de nouveau demande :« Quels évènements ? » Et faisant semblant de ne pas être au courant il les laisse lui raconter sa passion et sa crucifixion. On peut penser que le Seigneur devait bien rire dans sa barbe ! On dirait bien que le Christ a de l’humour ! Mais on n ‘ose pas dire des choses pareilles. La religion, on ne rit pas avec ces choses là ! Avez-vous jamais vu   une image,un tableau ou une sculpture représentant le Christ souriant. ? C’est dommage. Pour ma part, je crois que nous serons bien étonnés en arrivant au ciel de nous apercevoir que le Bon Dieu est bien moins embêtant qu’on  ne s’imagine !!!

Mais pourquoi le Christ se prête-t-il à ce petit jeu ? Il me semble que c’est pour purger en quelque sorte les deux disciples de leur foi erronée avant de les ramener à la vérité de la  foi. »Nous nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël »confient-ils à Jésus.Ils croyaient qu’ils croyaient en Dieu. En fait ils croyaient seulement dans leurs idées sur Dieu.  Sur le chemin d’Emmaüs, ils croient qu’ils ne croient plus dans le Messie Dieu, alors que c’est seulement dans leurs idées sur le Messie Dieu vu comme libérateur  rendant l’indépendance politique à Israëlqu’ils ne croient plus. Jésus n’a aucun mal à leur faire découvrir ce qu’est vraiment le Messie. Tout heureux et le coeur brûlant tandis qu’en chemin il  leur explique les Ecritures, ils le retiennent à souper avec eux pour en entendre davantage. Et quand ils ont enfin reconnu Jésus, ils courent vite à Jérusalem partager  leur joie et leur foi restaurées avec les apôtres.  

Nous autres aujourd’hui, bien souvent nous sommes comme les disciples d’Emmaüs. Après l’épreuve de la Passion, ils avaient quasiment perdu la foi. Nous aussi après une épreuve,   par exemple après une  grosse déception parce que le Seigneur n’a pas exaucé une de nos  prières, découragés, notre foi s’éteint. Le Seigneur a bien dit « Demandez et vous recevrez » (Jean16,24 ) alors pourquoi notre prière n’est-elle pas exaucée ? Nous sommes déçus,  découragés. Notre foi est-elle morte pour autant ? Il faudrait y regarder de plus près. D’abord  Seigneur  n’a jamais dit Demandez et vous recevrez ce que vous demandez. Il a seulement dit Demandez et vous recevrez. Ne recevant pas ce que  nous avons demandé, alors, comme  les disciples d’Emmaüs, nous sommes découragés,  notre foi s’effondre  nous croyons quelle est morte . En fait ce  n’est pas notre foi en Dieu qui est morte mais notre foi dans nos idées sur Dieu qui est morte. Et quand par la suite quelque chose, une parole d’Ecriture ou un évènement qui survient nous ramène dans  la pleine vérité, alors comme les disciples d’Emmaüs, débarrassés de la foi que nous nous étions fabriquée, nous n’avons plus que celle, bien plus solide, qu’il nous a donnée et comme les disciples d’Emmaüs,nous retrouvons notre joie et notre foi d’avant, désormais renforcées.

Conclusion : les épreuves, les moments de doute peuvent nous amener à perdre la foi, c’est vrai. Mais ils peuvent tout autant nous conduire à une foi plus solide, dégagée de nos idées fausses sur Dieu, débarrassée d’une fausse  compréhension de sa parole. N’ayons pas peur de regarder en face nos doutes et nos questionnements. Si nous n’arrivons pas à trouver la réponse à notre trouble, parlons en à un ami ou à un prêtre mais surtout prions le Seigneur de nous éclairer. Car la foi  on ne l’achète pas avec de l’argent on ne l’acquiert pas avec un savoir ou des diplômes, c’ est un don de Dieu qui, dans son amour, veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est et nous accueillir dans son intimité « Voici que je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et  lui près de moi ». dit l’Ecriture. (Apoc.3,20)

Que retenir de tout cela ? 

L’histoire des disciples d’Emmaüs qui n’arrivent  pas à reconnaître le Seigneur de leurs yeux, montre  que  le Christ ressuscité n’étant plus  présent physiquement parmi nous, nous ne pouvons plus percevoir sa présence que par la foi.

D’autre part qu’est-ce qui a plongé  les disciples d’Emmaüs dans le découragement et le doute ? Leurs idées fausses sur le Messie.  Ils le voyaient comme celui qui  rendrait l’indépendance politique à Israël. Ils pensaient croire en Dieu, ils croyaient seulement dans leurs idées sur Dieu. Plus tard sur le chemin d’Emmaüs, ils croyaient avoir perdu la foi en Dieu, ils avaient seulement perdu la foi dans leurs idées sur Dieu. Nous aussi, ce sont nos idées fausses sur Dieu qui nous plongent parfois dans le découragement et le doute.Une chose est certaine : le doute qui peut nous amener à perdre la foi,  peut tout autant nous conduire à une foi plus solide, parce qu’il nous amène  à nous débarrasser de nos idées fausses sur Dieu et d’une foi bancale

Enfin les disciples d’Emmaüs qui avancent, tristes et découragés, sans  voir le Seigneur à leurs côtés, nous invitent à réagir pour chercher et  découvrir sa présence  à  nos côtés. « Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre coeur, je me laisserai trouver par vous » nous assure le Seigneur dans Jérémie. (29,13) Tâchons d’être assez adroits pour ne pas le rater.

Dimanche 16 avril

2ème Dimanche de Pâques ou de la Divine Miséricorde – Année A – Jn 20,19-31

« Huit jours plus tard, Jésus vient. »

Nous sommes au soir du jour de Pâques Les apôtres sont rassemblés. Toutes les portes du lieu où ils se trouvent sont soigneusement fermées par crainte des Juifs dont l’hostilité ne faiblit pas. Ils sont là tristes, découragés, marqués par les évènements tragiques qu’ils viennent de vivre : la passion et la mort du Christ sur la croix, l’ensevelissement et la mise au tombeau. Ils avaient tellement espéré qu’il serait le Messie que tout le monde attendait…. Inquiets, ils se demandent ce qu’il va se passer maintenant. Des bruits courent : Marie Madeleine et deux disciples en route vers Emmaüs prétendent l’avoir vu ressuscité. Mais les apôtres n’en croient rien. Ils sont abattus, désorientés. Soudain « Jésus vint et il était au milieu d’eux« . Voyant qu’ils sont effrayés, il les rassure : « La paix soit avec vous !« Et constatant qu’ils n’arrivent pas à croire que c’est bien lui, il leur montre les plaies de ses mains et de son côté. Convaincus, ils laissent éclater leur joie !

Mais Jésus ne leur est pas apparu seulement en vue de les consoler dans leur accablement ; s’il leur apparaît, c’est aussi dans le but de les envoyer en mission. Déjà au cours des trois année qu’ils avaient passé avec lui, il les avait envoyé pour de courtes missions dans les villages environnants. Aujourd’hui le ton est plus grave et plus solennel : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » Non seulement il n’ a pas un mot de reproche à leur égard pour l’avoir abandonné et s’être enfuis lors de son arrestation, mais il leur fait encore confiance. Ils en sont bouleversés. Afin de les armer pour cette nouvelle mission, il souffle sur eux, reproduisant ainsi le geste primordial où le créateur a insufflé en l’homme un souffle qui fait vivre explique le livre de la Sagesse (15,11). Il s’agit donc ici d’une sorte de nouvelle création par laquelle le Seigneur insuffle en ses disciples sa vie nouvelle ressuscitée, et donc la force de cette vie nouvelle capable de venir à bout du mal, du péché et de la mort. Désormais, ils peuvent partir affronter le monde et construire le royaume. Pâques, la Résurrection ce n’est donc pas une « happy end », le dernier épisode d’une histoire qui finirait bien, c’est le commencement d’une nouvelle étape dans l’histoire du salut, un nouveau départ dans la construction du royaume.

De même que ce jour là il a envoyé ses disciples travailler à l’édification du Royaume, de même aujourd’hui encore, il nous envoie poursuivre la construction de ce Royaume, c’est-à-dire mettre autour de nous toujours plus de vérité, de justice et d’amour. C’est une tâche difficile, c’est vrai. St Paul lui-même en convenait :« Qui donc est à la hauteur d’une telle tâche ? »(2Cor.2,16) Mais il ajoutait tout de suite après : Notre assurance ne vient pas de nous,« c’est de Dieu que vient notre capacité« (2Cor.3,5). Nous ne devons pas oublier que le jour de notre baptême nous avons été greffés sur la vie du Christ ressuscité, nous avons donc en nous cette force du Christ vainqueur du mal, du péché et de la mort. Nous sommes faibles, oui, mais quelle que soit cette faiblesse, avec la force du Christ ressuscité vivant en nous, nous sommes désormais capables d’affronter le monde hostile et d’y travailler pour le transformer en Royaume où règnent la paix, la justice, la charité.

Rappelons nous aussi que le Seigneur ne recrute pas ses apôtres parmi les gens instruits, cultivés, il ignore les élites, même les élites religieuses. Aucun prêtre ni docteur de la Loi parmi ses apôtres qui sont des gens très simples, des pêcheurs plus ou moins illettrés. Ils ont des qualités, mais aussi de sérieux défauts. On trouve dans leurs rangs des incrédules comme Thomas, des renégats comme Pierre et même des adversaires comme Paul qu’il retournera et convertira sur le chemin de Damas. C’est vrai que nous ne sommes pas à la hauteur. Mais n’oublions jamais ce qu’il a dit aux premiers apôtres qu’il a appelés : « Je FERAI de vous des pêcheurs d’hommes.« (Mt.4,10). Il prend n’importe qui pour être ses apôtres, mais il les forme. St Paul dira un jour avec beaucoup de lucidité :« Le Père fait de nous des êtres nouveaux en Jésus Christ en vue des oeuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance pour que nous les accomplissions. » (Eph.2,10)

Mais concrètement qu’est-ce qu’il faut faire pour construire le Royaume ? Rien. Rien de spécial, rien d’autre que ce que nous faisons déjà. Mais il faut le faire autrement. En voyant le sens et la portée devant Dieu de notre travail .Car c‘est à travers nos tâches de tous les jours, que nous construisons le Royaume. La plupart du temps, nous pensons que le travail c’est ce qui me permet de gagner de l’argent pour moi et pour les miens , un point c’est tout. C’est faux. N’importe quel travail déborde mon petit milieu, moi, les miens. Il est toujours un service des autres. Le commerçant rend service aux habitants du quartier, le médecin vient au secours des malades, l’enseignant assure l’éducation des plus jeunes. « et ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez ».D’autre part n’importe quel travail prolonge toujours d’une manière ou d’une autre la création divine. Les maisons que nous habitons, ce n’est pas Dieu qui les a construites, ce n’est pas le créateur qui y a installé l’eau courante, le gaz, l’électricité, le téléphone, la télévision, ce n’est pas lui qui a fabriqué nos voitures ni les vêtements que nous portons ni les chaises sur lesquelles nous sommes assis. C’est pourquoi il est tout à fait juste de dire qu’ à travers notre travail qui continue l’oeuvre de la création, nous pouvons construire le royaume de Dieu. Mais il va falloir veiller à ne pas faire ce travail n’importe comment, chercher le profit à tout prix par exemple ou exploiter les autres, etc. « Comme vous voulez que les autres agissent envers vous, agissez de même envers eux » (Luc 6,31) Pour nous chrétiens, l’évangile, c’est le mode d’emploi de la vie. Bien des idéologies et des propagandes nous sollicitent. Attention à ne pas prendre les vessies pour des lanternes, bien sûr, mais il y a pire encore, ce serait de prendre les lanternes pour des vessies.

Que retenir de tout cela ? 

L’évangile d’aujourd’hui nous fait comprendre que la résurrection du Christ n’est pas la fin d’une histoire qui se termine bien, une sorte de « happy end » mais le début d’un nouveau chapitre de l’histoire du salut où le Seigneur nous fait l’honneur de nous envoyer poursuivre son oeuvre, construire le Royaume de Dieu sur la terre. Comme le Christ a soufflé sur les apôtres, leur insufflant sa vie nouvelle de ressuscité vainqueur du mal du péché et de la mort, il nous a donné dès le jour de notre baptême de participer à sa vie de ressuscité vainqueur de tout mal, nous rendant capables de transformer notre monde de violence, d’injustice et d’égoïsme en un royaume de paix, de justice et de charité. Il y a tant à faire ! Ne traînons pas les pieds. Parlant des chrétiens, je ne sais plus qui disait « Si noble est le poste que Dieu leur a confié qu’il ne leur est pas permis de déserter »ccablés sur le chemin, ayant perdu toute espérance. C’est donc dans la joie et l’action de grâces mais aussi avec le souci de ceux qui ne partagent pas notre foi que nous renouvellerons maintenant les engagements de notre baptême.

Dimanche 9 avril

Résurrection du Seigneur – Année A

« Reste avec nous car le soir approche. »

Joie et soulagement. Tels sont nos sentiments en ce jour de Pâques. Joie parce que le Christ est ressuscité. Il nous était insupportable de penser à toutes les souffrances de sa Passion et de sa mort sur la croix, d’autant plus que nous avons une part de responsabilité dans ce qui est arrivé. C’est insupportable pour nous de voir un juste persécuté ou des innocents massacrés et aujourd’hui le sort de milliers d’Ukrainiens, des ethnies pourchassés en Chine, en Ethiopie et ailleurs, ou encore le sort des opposants opprimés en URSS et dans tant d’autres pays, nous indigne. A plus forte raison, la passion et la mort du Christ sur la croix nous sont absolument insupportables, Lui qui est passé en faisant le bien, soulageant les misères physiques aussi bien que morales, plein de miséricorde envers n’importe quel pécheur dévoyé, que ce soit un fonctionnaire douteux comme Zachée ou une malheureuse femme adultère, Lui qui est allé jujsqu’à prier pour ses bourreaux : « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34) ……………….Aussi sommes nous heureux et soulagés de le voir ressuscité en ce matin de Pâques, victorieux et triomphant du mal, du péché et de la mort.

Mais cette résurrection du Christ n’est pas une sorte de « happy end », ce n’est pas une histoire qui finit bien, marquanrt la fin de la mission du Seigneur sur la terre et la réconciliation des pécheurs avec le Père, c’est le début d’une ère nouvelle, car le triomphe absolu du Christ dépasse sa seule personne et déborde sur toute l’humanité. Ce Jésus ressuscité, c’est J. C. vrai Dieu et vrai homme. En J. C. ressuscité, ce n’est pas seulement la divinité qui est ressuscitée, son humanité aussi est ressuscitée, une humanité entièrement semblable à la nôtre. Donc en J.C. ressuscité, vrai Dieu, mais aussi vrai homme comme nous, le premier homme comme nous est ressuscité. Cela veut dire que la résurrection du Christ transforme et bouleverse le destin de tous les hommes. Il est arrivé quelque chose à la mort, on n’en meurt plus.La résurretion du Christ n’est pas un évènement individuel qui ne concernerait que la personne du Christ, elle est aussi la source et le gage de notre résurrection à venir, comme il l’affirme à plusieurs reprises solennellement dans l’évangile :« Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra,et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais.« (Jean11,25,26)« Je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi.«  (Jean17,24)

Mais notre résurrecion à venir reste quelque chose de bien mytérieux. Toutefois l’évangile nous apporte trois indications sûres. D’abord il nous dit qu’après la mort nous allons ressusciter comme le Christ, c’est-à-dire pour une vie éternelle, qui ne finit pas, et non pas pour une simple prolongation de notre vie terrestre, comme ce fut le cas pour Lazare ou la fille de Jaïre qui après avoir été ressuscités, moururent de nouveau.

Ensuite, et c’est la deuxième indication que nous donne l’évangile, comme le Christ nous ressusciterons avec notre corps. Car le Christ est ressuscité avec son corps. Ses disciples ont pu le voir de leurs yeux et le toucher de leurs mains. Donc nous aussi, nous ressusciterons avec notre corps.

Mais, et c’est la troisième indication donnée par l’évangile, le corps du Christ ressuscité est un corps nouveau, pas tout-à-fait semblable à son corps d’avant la Passion. Lors des apparitions le Christ apparaît et disparaît subitement dans la salle où se trouvent les apôtres sans ouvrir ni fermer la porte. C’est pourquoi on dit que le corps du Christ ressuscité est un corps spirituel. Lors de notre résurrection, nous aurons ce genre de corps, un corps spirituel, comme celui du Christ ressusscité.

Nous avons bien du mal à croire en la résurrection du Christ Nous ne valons guère mieux que les Apôtres Il a fallu qu’ils voient le Christ ressuscité de leurs yeux, qu’ils le touchent de leurs mains, qu’ils mangent et boivent avec lui autour de la même table, pour qu’ils soient enfin

convaincus. Et nous avons encore plus de mal à croire en notre propre résurrection. C’est vrai que tout n’est pas clair. Bien des questions demeurent : quelqu’un qui est mort à 80 ans mais qui avait perdu une jambe dans un accident de voiture à l’âge de cinquante ans, va-t-il ressusciter avec une jambe ou avec deux jambes ? Nous n’en savons rien!!! Restons en aux certitudes que nous donne l’évangile : nous resusciterons pour une vie éternelle, avec un corps nouveau. Pour le reste, nous aurons le la surprise de le découvrir lorsque nous y serons!!!

Mais ce n’est pas seulement après notre mort que nous tirerons parti, si j’ose dire, de la résurrection du Christ. Car le jour de notre baptême, ce n’est pas la vie du petit Jésus ni la vie du Seigneur parcourant la Palestine pour y prêcher l’évangile que nous recevons, mais la vie du Christ ressuscité. Par conséquent, dès maintenant nous sommes greffés sur cette vie nouvelle du Christ ressuscité, vainqueur du mal, du péché et de la mort. Nous devrions toujours garder cela présent à l’esprit. Cela nous donnerait plus d’audace et de courage dans notre lutte contre le mal.

Que retenir de tout cela ? 

C’est pour nous une grande joie et un grand soulagement de célébrer aujourd’hui la résurrection de NSJC. D’autant plus que nous avons une part de responsabilité dans les souffances qu’il a endurées à travers sa Passion et sa Mort sur la croix. Tout cela est arrivé à cause de nos péchés. Aussi, sa Résurrection recouvre d’une joie infinie la tristesse amère et le remords lancinant où sa Passion et sa Mort nous avait plongés.

Mais ce triomphe du Christ n’est pas une sorte de « happy end ». C’est le début d’une ère nouvelle pour toute l’humanité. Car la résurrection du Christ dépasse sa seule personne. Le Christ ressuscité nous entraîne tous dans sa résurrection. Le Christ ressuscité vrai Dieu et vrai homme est le premier homme comme nous qui soit ressuscité. Il est arrivé quelque chose à la mort, on n’en meurt plus. C’est sa volonté que tous ceux qui croient en lui, même s’ils meurent, vivent auprès de lui, là où il est, dans l’éternité. Donc, nous ressusciterons comme le Christ, c’est-à-dire pour une vie éternelle, avec notre corps mais qui sera un corps nouveau.

Mais ce n’est pas seulement après notre mort que nous sommes rattrapés par la résurrection du Christ. Depuis le jour de notre baptême, nous sommes déjà greffés sur la vie nouvelle du Christ ressuscité, vainqueur du mal, du péché et de la mort. Il est avec nous, au long de nos journées et nous pouvons compter sur la force du Christ vainqueur du mal, du péché et de la mort dans les épreuves et les tentations qui jalonnent notre route. Nous avons donc d’excellentes raisons de chanter Alleluia!!!

Mais nous ne pouvons pas en rester à applaudir Dieu sans rien faire. Mettons tout en oeuve pour développer et faire croître cette vie nouvelle, non seulement en pensant à nous, mais aussi avec le souci de tous ceux qui, autour de nous, trop éprouvés par la vie, n’arrivent plus à croire en la résurrection. Tout cela leur paraît trop beau pour être vrai. Qu’ils soient présents dans notre prière tous ces nouveaux disciples d’Emmaüs qui avancent accablés sur le chemin, ayant perdu toute espérance. C’est donc dans la joie et l’action de grâces mais aussi avec le souci de ceux qui ne partagent pas notre foi que nous renouvellerons maintenant les engagements de notre baptême.

Dimanche 2 avril

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur – Année A

Après le récit de l’entrée à Jérusalem

Pourquoi le Seigneur a-t-il accepté d’entrer triomphalement dans Jérusalem, monté sur un ânon, lui qui d’ordinaire est extrêmement discret ? C’est que l’heure est venue pour celui qui aimait apparaître comme un humble charpentier de village, de se révéler aux yeux de tous comme le Messie annoncé par le prophète Zacharie : « Voici ton roi qui vient vers toi, juste et victorieux, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne…il proclamera la paix parmi les nations.« (Zach.9,9,10 ) Il n’avance pas monté sur un chval, monture guerrière, mais sur un ânon, symbole de paix et de simplicité. C’est Jésus « doux et humble de coeur » (Mt11,29 ) mais c’est aussi le véritable Messie envoyé par le Père et annoncé par les prophètes.

Après la lecture de la Passion

Le récit de la Passion de Notre Seigneur que nous venons d’entendre nous plonge dans des sentiments contradictoires. D’un côté nous sommes submergés par un profond sentiment de tristesse et de honte, parce que c’est à cause de nos péchés qu’il a souffert tout cela. Mais d’un autre côté, voyant comment les forces du mal ne peuvent venir à bout de l’amour infini de Notre Seigneur : (alors qu’on est en train de le tuer, il prie encore pour ses bourreaux : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc, 23,34), c’est-à-dire : Vous pouvez me tuer si vous voulez, moi je vous aime encore), nous sommes émerveillés et remplis d’action de grâces en voyant la puissance de l’amour de Dieu l’emporter sur les forces du mal.

Qu’un juste soit persécuté, un innocent persécuté et mis à mort, nous ne pouvons pas le supporter. Notre gêne et notre malaise sont d’autant plus grands que, nous le savons bien, nous avons notre part de responsabilité dans ce crime. Jésus pourrait dire à chacun d’entre nous : J’ai versé telle goutte de mon sang à cause de toi. C’est bien pourquoi nous ne pouvons pas en rester à des regrets sincères, peut-être mais stériles. Après avoir entendu le récit de tout ce que le Christ a souffert à cause de nous, nous ne pouvons pas ne pas nous décider à changer de vie pour suivre le Christ plus fidèlement à partir de maintenant.

Mais, assez parlé de nous, de nos péchés et de notre responsabilité dans la Passion de Notre Seigneur.Voyons comment lui a abordé ces heures tragiques. Ce n’est pas quelue chose qu’il a subi, qui lui a été imposé, c’est quelque chose qu’il a voulu. Car ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui pour le tuer, c’est lui qui a donné sa vie. Il l’a bien précisé à ses apôtres le soir du Jeudi Saint « Ma vie, on ne me l’ôte pas, je la donne de moi-même. » (Jean 10,10) Il a voulu, en donnant sa vie, montrer comment la puissance de son amour en dominant les forces du mal, allait manifester sa gloire. C’est pourquoi, ce même Jeudi Saint, il dit encore aux apôtres, parlant de sa

passion et de sa mort imminentes :« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié » (Jean 12,23) Il a laissé déferler sur lui les forces du mal, du péché et de la mort, mais, tel un tsunami, les flots de son amour infini ont recouvert toute la puissance du mal du péché et de la mort qui ont été balayées et vaincues définitivement. Ce qui inspirera à St Paul son hymne à l’amour de Dieu :« Qui nous séparera de l’amour du Christ ?……………….J’en ai l’assurance, ni la mort, ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs, ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature , rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ Notre Seigneur » (Rom.8,35,38,39)

Au cours de la célébration des Rameaux, nous voyons le Seigneur face à ces deux triomphes : le triomphe humain de l’entrée à Jérusalem et le triomphe divin de son amour infini dominant les forces du mal,du péchée et de la mort dans la Passion.

Le revirement de la foule qui exige la mort du Christ cinq jours seulement après l’avoir acclamé comme roi trahit l’extrême fragilité des triomphes humains. Cinq jours sulement après son entrée triompale dans Jérusalem, il ne reste rien de ce triomphe

Par contre le triomphe divin du Seigneur dont l’amour infini est venu à bout des forces du mal, du péché et de la mort dans sa Passion, rien ne peut le détruire. Rien ne peut venir à bout de la toute puissance de son amour comme nous le rappelait St Paul, il y a un instant.

Nous autres maintenant , quel genre de triompes, quel genre de succès allons-nous rechercher ? Les triomphes et les succès humains sont tentants. Allons-nous nous laisser séduire ? Ou allons nous nous décider à rechercher les succès et les triomphes aux côtés du Seigneur, « dont la puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer ? (Eph.3,20)

Dimanche 26 mars

5ème dimanche de Carême – Année A – Jn 11

« Je suis la résurrection et la vie. »

« Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra. » Tel est l’enseignement majeur de cet évangile. Mais il faut remarquer aussi 1°) la foi persévérante des Apôtres, alors qu’ils sont souvent décontenancés par les réactions du Seigneur,2°) la confiance totale de Marthe et Marie en Jésus, 3°)les larmes de Jésus devant le tombeau de Lazare et 4°)la perspicacité des témoins du miracle qui en voyant ce que Jésus avait fait, dépassent le simple prodige et crurent en lui..

Les apôtres sont décontenancés par la réaction de Jésus qui, lorsqu’il apprend que Lazare est malade ne part pas immédiatement lui rendre visite. Il faut savoir que lorsqu’on vient dire à Jésus « Seigneur, celui que tu aimes est malade » en réalité ce message veut dire « Viens le voir« . En effet, selon les usages , on ne dit pas brutalement « Viens le voir ». La politesse demande qu’on procède indirectement, par allusions. exactement comme Notre Dame à Cana ne demande pas à son fils de faire quelque chose, elle lui dit tout simplement « Ils n’ont plus de vin »(Jean 2,3) Or voilà que non seulement Jésus ne part pas pour Béthanie rendre visite à Lazare, mais il reste encore deux jours sur place et décide de repartir en Judée où tout récemment encore les Juifs voulaient le lapider. Les apôtres sont désorientés. Voyant cela, Jésus tente de s’expliquer « Lazare s’est endormi. « Rassurés les apôtres réagissent : s’il dort, alors il est sauvé. Mais Jésus leur dit clairement « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ». De nouveau, les apôtres sont complètement perdus. Thomas réagit « Allons y nous aussi pour mourir avec lui. »Complètement à côté de la plaque !Nous voyons là combien les apôtres, même s’ils sont « paumés », ne décrochent pas. Ils ne comprennent pas les façons de faire de Jésus, mais ils le suivent quand même.Fidèles dans leur foi et leur attachement au Seigneur ils sont pour nous des modèles.

Ils sont à la fois ridicules en même temps que touchants. Ridicules parce que bien souvent ils ne comprennent rien. Mais touchants aussi parce qu’au lieu d’être découragés devant un Maître aussi énigmatique, ils lui restent inexplicablement fidèles. Qu’est-ce donc qui les retient ? Quelque part au fond d’eux-mêmes un attachement plus fort que tous les malentendus. Un jour alors que beaucoup de disciples le lâchaient, Jésus se tourna vers les douze « Et vous, allezvous partir vous aussi ? » Alors jaillit la réponse de Pierre « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie Eternelle. » (Jean 6,68) Comme les apôtres combien de fois ne sommes nous pas désorientés par ce qui nous arrive ou ce qui touche nos proches ? Et nous nous demandons Pourquoi ? Pourquoi le Seigneur permet-il que tel malheur, telle épreuve surviennent ? Mais sommes nous capables de la même obstination dans la confiance ?

Ce qui nous impressionne également dans ce récit, c’est la foi des deux soeurs de Lazare, sûres que si le Christ avait été là, leur frère ne serait pas mort. Dans son dialogue avec Jésus, Marthe va plus loin encore, elle affirme sa conviction que même encore maintenant, tout ce qu’il demandera à Dieu, Dieu lui accordera. Elle croit en la résurrection à la fin des temps, mais elle a entière confiance aussi que le Christ est la Résurrection et la Vie et que celui qui croit en lui, même s’il est mort vivra. En ce temps là, ce n’était pas si facile de croire en Jésus alors que la quasi totalité du monde clérical : les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, les lévites et un bon nombre des pratiquants les plus assidus : les pharisiens , le considéraient comme un ennemi de la religion. Pour nous aussi aujourd’hui, ce n’est pas facile de croire quand la plupart des gens le dimanche matin font leurs courses au supermarché, font du jogging ou promènent leur chien au lieu d’aller à la messe. …..Avons nous la même assurance dans notre foi que Marthe et Marie ?

Après nous avoir rapporté la profession de foi de Marthe et Marie, St Jean nous amène alors à l’instant le plus émouvant de son récit : en voyant les deux soeurs de Lazare ainsi que ses amis en pleurs, Jésus, bouleversé se mit à pleurer. Il savait pourtant que dans quelques instants, il allait ramener Lazare à la vie, mais devant le chagrin de Marthe et Marie et de leurs amis, il a craqué et n’a pas pu retenir ses larmes. Cela veut dire que Dieu est humain. Cela veut dire que nos peines, nos souffrances, nos épreuves, nos tristesses,aussi bien que nos moments de joie et de bonheur, il sait ce que c’est, il est passé par là avant nous. On peut parler avec un Dieu comme ça, on peut prier un Dieu comme ça. Ce n’est pas un Dieu lointain, indifférent qu’il faut tenter de convaincre à coups de longues prières de nous venir en aide. « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez » (Mt.6,8) Et St Paul insiste« ne soyez inquiets de rien mais en toute occasion par la prière et la supplication accompagnée d’actions de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu » (Phil.4,6 ) Il nous invite même à exprimer notre action de grâces avant même d’être exaucés. C’est d’ailleurs ce que fait Jésus priant devant le tombeau de Lazare « Père, je te rends grâces parce que tu » m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais je te le dis à cause de la foule qui m’entoure afin qu’ils croient que tu m’as envoyé.

Puis s’adressant à Lazare Jésus lui commande« Viens dehors » St Jean n’en parle pas mais on peut imaginer la stupeur et la joie de tous en voyant Lazare rendu à la vie ! Il conclut sobrement : « Beaucoup de Juifs ayant vu ce que Jésus avait fait crurent en lui » Dépassant ce miracle, ils sont remontés à celui qui avait fait ce miracle. Ce qui nous invite, nous aujourd’hui, à remonter jusqu’à la présence de Dieu agissant au milieu de nous à partir de tout ce qu’il peut y avoir de bien dans ce qui se passe autour de nous Car il n’y a qu’une source de bien c’est Dieu. Par conséquent, chaque fois que quelqu’un quelque part dans le monde dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là en train d’agir….. Mais savons nous regarder ?

Que retenir de tout cela ? 

Le Christ est la Résurrection et la Vie. Comme il a ressuscité Lazare, il nous ressuscitera un jour. Il l’a affirmé « Je veux que là où je suis, ils (mes disciples) soient eux aussi avec moi » (Jean17,24 )

Les maladresses des apôtres à comprendre les propos de Jésus nous consolent de nos propres difficultés à comprendre la parole de Dieu et leur attachement au Seigneur, malgré leurs difficultés à le suivre est pour nous un modèle de persévérance quand notre fidélité est tentée de faiblir.

Et puis la vigueur de la foi de Marthe et Marie comme le réalisme des témoins de la résurrection de Lazare qui, ayant vu ce qu’avait fait Jésus crurent en lui nous invitent à voir ce qu’il fait aujourd’hui dans nos vies. Je pense à tous ces gestes d’entraide et de solidarité, pendant la crise du Covid, devant les séismes en Turquie et en Syrie, je pense au dévouement des personnels soignants dans les hôpitaux et les Ephads. Le Seigneur est là, présent et agissant au milieu de nous à travers tout cela. J’ai peur qu’Il ne soit obligé aujourd’hui encore de nous faire le même reproche qu’il faisait un jour à ses disciples :Vous avez des yeux, ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles, n’entendez-vous pas ?

Dimanche 19 mars

4ème dimanche de Carême, de Laetare – Année A – Jn 9

«   Il s’en alla et se lava ; quand il revint, il voyait. »

Du temps de Jésus, les Juifs pensaient qu’une maladie ou une infirmité était une punition divine pour un péché commis par celui qui en souffrait ou par ses parents. C’est pourquoi, à la vue de l’aveugle né, les apôtres demandent à Jésus qui a péché pour qu’il soit né aveugle. Personne n’a péché leur répond le Christ, il est né aveugle pour que se manifestent en lui les oeuvres de Dieu,c’est-à-dire pour qu’on voie, lorsque je vais lui rendre la vue, que je suis le Messie qui accomplit les oeuvres de Dieu et que je suis la lumière du monde. Là dessus, sans même attendre que l’aveugle le supplie de le guérir, le Seigneur,avec sa salive, fait de la boue dont il lui enduit les yeux et l’envoie se laver à la piscine de Siloé. Sans discuter, sans poser de questions, faisant confiance à Jésus, l’aveugle s’y rend et au retour, il voyait. Tout cela se passait un jour de sabbat.

Cette guérison n’est pas un simple geste de bonté ou un miracle parmi d’autres, c’est là un signe de la présence du Messie comme l’avait prophétisé Isaïe : quand il viendra: « les yeux des aveugles verront »(29,13) Mais l’opinion publique est divisée. Certains n’arrivent pas à y croire : cet homme n’est pas l’aveugle né qui serait guéri, mais quelqu’un qui lui ressemble, d’autres disent : c’est bien lui. Les pharisiens aussi sont divisés. Les uns pensent que Jésus est un impie puisqu’il opère des guérisons le jour du sabbat. Le autres disent qu’un pécheur ne pourrait pas accomplir des choses pareilles. Leur hostilité envers Jésus s’accroît. Ils refusent de croire au miracle et menacent d’exclure de la synagogue ceux qui y croiraient.

Pourquoi cette hostilité et ce refus de croire ? Pour deux raisons, d’abord la jalousie. Ils constatent que Jésus gagne toujours plus d’autorité et de prestige auprès de la foule impressionnée par la profondeur de son enseignement et par ses miracles. Avant qu’il ne commence à prêcher, c’est eux qui jouissaient de cette autorité et de ce prestige. Leur observation minutieuse de la Loi suscitait l’admiration et le respect de tous. La foule les considérait comme des maîtres. Aujourd’hui c’est Jésus que l’on considère comme un maître. Il est donc urgent pour eux de montrer à tous que l’enseignement qu’il donne aussi bien que ses agissements sont ceux d’un impie. Il a guéri l’aveugle un jour du sabbat, c’est là faire un travail. Or on ne doit pas travailler le jour du sabbat. Donc c’est un impie. La cause est entendue. En réalité le but des Pharisiens n’est pas de rétablir l’autorité de la Loi et le respect du sabbat, mais de déconsidérer Jésus en montrant qu’il est un impie et de restaurer leur prestige compromis par l’emprise croissante de Jésus sur le peuple.

D‘autre part les Pharisiens s’opposent à Jésus et refusent de croire en lui parce qu’il les bouscule. Il dérange l’univers paisible où ils évoluent, entourés de la considération de tous. Avec les prêtres et les docteurs de la Loi ils avaient bricolé l’Ecriture et la Tradition pour se fabriquer une interprétation de la religion à leur pointure, qui ne les dérange pas trop et leur assure la considération de tous. Ils ne peuvent pas accepter ce Jésus qui vient bouleverser leur tranquillité.

Nous autres aujourd’hui, nous avons bien des défauts, devant Dieu nous sommes tous des pécheurs, mais nous ne sommes tout de même pas tous, autant que nous sommes, des pharisiens. Cependant, est-ce que, parfois, nous ne sommes pas tentés, comme les Pharisiens, de rejeter le Christ parce qu’il nous dérange, parce que , comme les Pharisiens, nous voulons en faire à notre tête et diriger notre vie comme nous l’entendons, sans que personne ne vienne se mettre en travers ? Dostoïevski disait « O

Christ, Tu es venu pour nous gêner Le Christ dérange notre orgueil : nous ne sommes plus les maîtres, c’est sa parole qui devient l’inspiratrice de notre vie. Il dérange notre égoïsme : avec lui, il faut s’occuper des autres, alors que nous avons déjà tant à faire. Nous sommes tentés de le rejeter.

Car malgré les facilités et le confort que nous apporte les progrès de notre époque, voitures, téléphone, ordinateurs, internet, si nous voulons nous maintenir au niveau de vie élevé auquel nous sommes habitués, la vie est dure. Les rythmes de travail sont souvent à la limite du supportable, et nous avons de la peine à venir à bout de tout ce que nous avons à faire . Nous sommes alors tentés de trouver que le Christ, l’évangile, la religion nous compliquent l’existence et viennent alourdir, aggraver le poids déjà si lourd de nos multiples obligations. Nous sommes alors tentés de le rejeter, Allons nous, comme tant d’autres autour de nous, le renier ? Ou, au contraire, est-ce que, au coeur même de nos difficultés et nos épreuves, nous allons découvrir que le Christ est la vraie lumière qui révèle tout le sens toute la valeur toute la noblesse de nos efforts et de nos labeurs ? La femme, le mari, les enfants, le souci des autres, c’est lourd, d’accord. Mais « ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait » (Mt.25,40). Le travail, que ce soit à la maison, dans un bureau, un atelier, une école ou un hôpital, ce n’est jamais facile, parfois même inhumain ou déshumanisant. Mais c’est aussi notre participation au développement de la création, un complément bien modeste mais réel à l’épanouissement de l’oeuvre de Dieu dans l’univers.

Aurons nous la simplicité de l’aveugle né qui, accueillant la parole du Christ sans discuter, va se laver à la piscine de Siloé, se retrouve guéri et débouche dans la lumière ? Ou allons nous comme les Pharisiens, prétendre que nous voyons clair, refuser la lumière du Christ et nous enfermer dans nos ténèbres ? Qui est le Christ pour nous ? Celui qui illumine notre existence dont il révèle tout le sens, toute la valeur, toute la noblesse ? Ou bien n’est-il qu’un gêneur insupportable dont il vaut mieux se débarrasser ?

Que retenir de tout cela ? 

Trois choses.

1°) Jésus rend la vue à l’aveugle-né. Il fait passer l’aveugle des ténèbres à la lumière des yeux, mais aussi des ténèbres à la lumière de la foi. Car Jésus est la lumière du monde, qui éclaire non seulement nos yeux, mais aussi nos coeurs . Le Christ lumière du monde est la seule clarté à la lumière de laquelle on puisse voir tout le sens, toute la valeur, toute la noblesse de la vie humaine. Est-ce que ça nous intéresse ?

2°)L’évangile d’aujourd’hui nous montre que cette lumière, il faut aller la chercher, comme l’aveugle-né qui va à la piscine de Siloé. car si le Seigneur donne sa lumière à tous ceux qui la cherchent sans jamais repousser personne, il ne l’impose pas de force. C’est« Celui qui marche à ma suite qui aura la lumière qui conduit à la vie » nous dit-il en St Jean (8,12).

3°)Et surtout l’évangile d’aujourd’hui nous montre que dans notre monde il y a le camp de ceux, comme l’aveugle-né qui, voyant bien qu’ils ne voient pas clair, désirent la lumière, font tout ce qu’il faut pour l’obtenir, même si ça les dérange, et reçoivent la lumière quiconduit à la vie. Et il y a le camp de ceux, comme les Pharisiens, qui se targuent d’être éclairés, refusent la lumière (elle révélerait leur obscurité) ne veulent pas être dérangés et s’enferment à jamais dans les ténèbres et la perdition….. Dans quel camp voulons-nous nous ranger ? A chacun de choisir, s’il ne l’a pas déjà fait.

Dimanche 12 mars

3ème dimanche de Carême – Année A – Jn 4

«   Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. »

Voilà une scène pleine de rebondissements inattendus.Ayant quitté la Judée, en route vers la Galilée Jésus traverse la Samarie. Il est midi, il fait chaud. Fatigué, il s’assied au bord d’un puits, . Les apôtres sont partis au village acheter de quoi manger. Arrive une femme qui vient puiser. Il s’adresse à elle :« Donne moi à boire. » La femme s’étonne : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine !«  C’est que lesJuifs et les Samaritains ne se fréquentent pas. Les Samaritains ont bâti un temple à Samarie et ne montent plus prier au temple de Jérusalem. Les Juifs considéraient donc les Samaritains comme des païens. Tout contact avec eux leur ferait encourir une impureté légale. La Samaritaine s’étonne donc que Jésus ose transgresser l’interdit social et rituel qui le sépare des Samaritains et qu’il lui adresse la parole. Jésus, qui ne repousse jamais personne, engage la conversation avec elle et lui dit que si elle savait à qui elle a affaire, c’est elle qui lui demanderait à boire de l’eau vive. Avec bon sens, elle lui fait remarquer : comment pourrais-tu me donner boire, tu n’as ni seau ni corde pour puiser ! Mais Jésus reprend :« Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif et cette eau deviendra en lui une source d’eau jaillissante pour la vie éternelle »Là-dessus, la femme, tout-à-fait à l’aise,lui demande, sur un ton enjoué, de lui donner de cette eau là qui lui éviterait la corvée d’aller puiser tous les jours. Sûre d’elle, la Samaritaine domine le dialogue, croyant avoir affaire à un original inoffensif.

Mais, un rebondissement imprévu se produit lorsque Jésus lui demande d’aller chercher son mari. Un peu embarrassée, elle lui répond qu’elle n’a pas de mari. Et stupéfaite, elle entend alors Jésus lui retracer toute son histoire avec ses cinq maris. Impressionnée et sans doute un peu effrayée, elle n’a plus du tout envie de plaisanter. Et là il se passe quelque chose de tout-à-fait anormal. Après que le Seigneur lui ait manifesté qu’il connaissait son parcours avec cinq partenaires différents, logiquement, elle aurait dû être embarrassée, honteuse, et sa réaction aurait dû être de s’enfuir, d’aller se cacher. Mais elle reste là et respectueusement elle s’adresse à Jésus en lui donnant le titre de Seigneur « Seigneur, je vois que tu es un prophète ». Pourquoi est-elle restée là ? C’est qu’elle est tombée sur celui qui est venu non pas pour juger mais pour sauver ce qui était perdu. Il ne lui a pas parlé durement, il ne lui a pas reproché sa conduite ni son ralliement aux Juifs séparés de Samarie, il ne l’a pas condamnée, il lui a parlé avec bonté. Il n’est pas comme nous. Pour nous, un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, un point c’est tout et on le rejette. Pour le Christ un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, oui, mais c’est aussi quelqu’un qui peut encore se convertir et revenir au bien. C’est pourquoi quand il voit un pécheur, il se précipite au devant de lui, comme il a fait avec Zachée qu’il est allé décrocher de son arbre parce qu’il est venu chercher et sauver ce qui était perdu.(Luc 19,10) Devant la bonté de Jésus qui ne la repousse pas, la Samaritaine habituée à voir les gens se détourner d’elle avec mépris, est toute retournée. Elle confie à Jésus qu’elle est même prête à revenir prier à Jérusalem, mais celui-ci lui fait comprendre qu’il ne suffit pas de changer de paroisse, mais que c’est son coeur qu’il faut changer afin de prier en esprit et en vérité. Et comme elle explique à Jésus qu’elle attend « le Messie qui nous fera connaître toutes choses« celui-ci lui dit « je le suis, moi qui te parle ». Là-dessus les apôtres arrivent. Voyant Jésus en conversation avec la Samaritaine, ils sont choqués de cette violation des usages : normalement un juif ne reste pas seul à causer avec une femme , surtout une Samaritaine, mais ils n’osent pas poser de questions. Ils voient bien qu’il se passe quelque chose de pas ordinaire. D’autant que Jésus ne veut pas manger. Il prétend qu’« il a à manger une nourriture quils ne connaissent pas«  . Au milieu du silence qui s’est installé, soudain, la femme, laissant tout le monde là, s’en va, bouleversée, rapporter aux gens du village

ce qui s’est passé : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? »

Elle est pressée d’aller partager avec eux sa joie et son bonheur. Jésus ne l’a pas humiliée, il l’a relevée. Il ne l’a pas rejetée, il l’a accueillie. Il ne l’a pas écrasée, il l’a libérée. Il ne l’a pas méprisée, il lui a rendu sa dignité. Elle se sent à nouveau comme tout le monde, réintégrée dans la société. Elle ne peut pas garder cela pour elle toute seule.

Une conversion débouche toujours dans la joie.Si nous avions compris cela, nosconfessions seraient bien moins pénibles. Nous sommes souvent tellement vexés et humiliés par nos péchés qu’ils prennent toute la place dans notre champ de conscience et nous prêtons peu ou pas d’ attention au pardon qui nous est donné. A tel point que parfois des pénitents repartent du confessinnal après voir confessé leurs péchés sans même attendre de recevoir le pardon. Cela m’est arrivé. Je leur donnais l’absolution dans le dos, en catastrophe ! De plus, il faut bien voir que ce pardon n’est pas seulement quelque chose qui efface les péchés comme un coup de chiffon enlève la poussière sur un meuble. Le pardon du Seigneur efface les péchés oui, mais surtout comme le dit le livre d’Ezechiel, il nous donne un coeur nouveau, un esprit nouveau. (Ez.36,26). En malgache on dit que le Seigneur transfère son coeur dans le nôtre.Transformés, nous sommes réintégrés dans la famille du Père dont nous nous étions éloignés et nous sommes rendus plus forts pour résister au mal. La Samaritaine a vivement ressenti cela. Au village, tout le monde la méprisait, on détournait le regard quand on la voyait. Le Seigneur lui, ne l’a pas condamnée, il l’a libérée, il ne l’a pas enfoncée, il l’a relevée, il ne l’a pas humiliée, il l’ a rétablie dans sa dignité. C’est cela que dans sa joie elle a voulu aller partager à tout le monde au village . « En entendant son témoignage, beaucoup de Samaritains de cevillage crurent en Jésus et ils disaient à la femme : ce n’est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons, nous-mêmes, nous l’avons entendu et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Le Seigneur avait dit à la Samaritaine :« l’eau que je donne devient en celui qui la boit source d’eau jaillissante pour la vie éternelle. »C’est en train de se réaliser en elle qui devient maintenant source d’eau jaillissante pour les gens de son village qu’elle amène puiser auprès de Jésus la vie éternelle. La pécheresse publique rejetée par tout le monde, la voici devenue prédicateur de la foi, annonçant la Bonne Nouvelle.

Que retenir de tout cela ? 

Cet évangile nous invite à nous regarder et à regarder les autres comme le Christ le fait. Pour lui, un pécheur, c’est quelqu’un qui fait le mal, oui, mais c’est aussi quelqu’un qui est encore capable de changer et de revenir vers le bien, c’est pourquoi il va au devant de lui, plein de miséricorde tout à la joie de sceller son repentir dans le pardon et le bonheur des retrouvailles. Le Seigneur sait tout ce qu’il y a de mal dans la vie de la Samaritaine. Il ne le cache pas. Il est ferme devant le péché Mais il sait aussi qu’elle est capable de revenir vers le bien.C’est pourquoi il l’accueille avec miséricorde. Il a le coeur tendre mais l’esprit ferme Nous, au contraire, bien souvent nous avons le coeur dur et l’esprit mou.

D’autre part, l’histoire de la Samaritaine nous montre que la conversion débouche toujours sur une joie et un bonheur profond. Parce que dans le pardon que le Seigneur accorde à notre repentir, il n’efface pas seulement nos péchés, mais il transfère son coeur dans le nôtre. Notre vie, nos relations avec les autres sont transformées. Il nous recrée, nous refait à neuf. La Samaritaine, sa rencontre avec le Seigneur, ça lui a donné un coup de jeune ! Nous, notre rencontre avec le Seigneur dans cette messe, ce serait bien si ça nous donnait aussi un coup de jeune. Ainsi soit-il !!!

Dimanche 5 mars

2ème dimanche de Carême – Année A – Mt 17,1-9

«  Son visage devint brillant comme le soleil. »

D’habitude, Jésus est fort discret. Il cache sa divinité et ses pouvoirs divins. Il vient au monde à l’écart d’un petit village de rien du tout, Bethléem. Il grandit dans l’anonymat de Nazareth, une bourgade sans importance. Presque toujours, quand un malade le supplie de le guérir, il l’entraîne à l’écart et lui interdit de parler de sa guérison. Lorsque le démon lui propose un coup de pub : se laisser tomber du haut du Temple et atterrir sans dommage sur le parvis au milieu de la foule, ce qui lui procurerait un prestige certain, il refuse. Alors pourquoi aujourd’hui se prête-t-il à cette mise en scène spectaculaire où il apparaît transfiguré à trois de ses apôtres, en compagnie de Moïse et Elie?

C’est qu’il veut renforcer la foi de ses apôtres profondément choqués après qu’il leur ait annoncé « qu’il fallait que le Fils de l’homme soit rejeté par les Anciens, qu’il soit mis à mort et que le troisième jour il ressuscite » (Marc 8,31).Désorientés, les apôtres étaient découragés et démoralisés. C’est pourquoi Jésus a décidé d’emmener avec lui Pierre, Jacques et Jean, les plus influents du groupe des douze dans la montagne et de se montrer montrer à eux dans sa gloire, la gloire qui était la sienne avant l’Incarnation, dont il s’est séparé en se faisant homme et qu’il retrouvera après sa Résurrection afin de les réconforter et pour qu’ils puissent soutenir tout le groupe des douze dans les moments difficiles qui les attendent.

Comment cela s’est-il passé ? St Luc nous donne davantage de détails « Pendant qu’il priait, le visage du Christ devint tout autre et ses vêtements blancs comme la lumière… Moïse et Elie parlent avec lui de la mort qu’il aur, n,n ait à subir à Jérusalem. Les apôtres qui dormaient se réveillent et voient Jésus dans sa gloire » (Luc 9,28…) Ragaillardis et tout heureux ils envisagent de s’installer dans quelques abris qu’ils construiraient à la hâte. L’histoire pourrait s’arrêter là. Mais un nouveau rebondissement se produit. A la Transfiguration du Christ s’ajoute une théophanie, c’est à dire une manifestation de Dieu « Une nuée lumineuse survint et les couvrit de son ombre ». Dans la Bible, l’apparition d’une nuée signifie la présence de Dieu. Souvenez vous dans l’Exode, Yahvé précédant le peuple sous la forme d’une nuée pour lui montrer le chemin vers la Terre Promise (Ex.13,21 ) Et voici que, venant de la nuée, une voix se fait entendre « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez le »Les apôtres, effrayés, tombèrent face contre terre. Mais « Jésus s’approcha, les toucha et leur dit relevez vous, soyez sans crainte »

On s’attendrait à ce qu’il leur dise :Vous avez vu ? Vous avez entendu ? Eh bien maintenant allez raconter cela à tout le monde. Or au contraire, il leur donna l’ordre de ne révéler cela à personne jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts. Pourquoi ? Parce que si Pierre, Jacques et Jean racontent à tout le monde qu’ils ont vu Jésus dans sa gloire, les gens vont se faire une idée fausse de Dieu et le voir comme un Etre de gloire, tout puissant, alors que le vrai Dieu est un d’abord un Dieu Amour. Le Christ a toujours refusé de donner comme preuve de sa divinité, un signe, une manifestation de sa gloire. Il ne veut donner de sa divinité qu’un signe d’amour : sa mort et sa résurrection. Car« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jean 15,13) Voilà qui manifeste l’authenticité de sa divinité beaucoup plus que des miracles spectaculaires.

Quel a été l’effet de la Transfiguration et de la théophanie sur Pierre, Jacques et Jean ? D’abord la vue du Seigneur en gloire a renforcé leur foi dans la divinité du Christ qu’ils ne voyaient d’habitude que dans la banalité d’une humanité semblable à la leur. De plus, le fait de l’avoir vu en conversation avec Moïse et Elie confirme que Jésus est bien l’envoyé du Père annoncé par les prophètes et non pas un faussaire qui prêche une religion nouvelle comme le prétendaient les docteurs de la Loi les prêtres et les pharisiens. Pour les trois apôtres qui connaissent l’histoire sainte, cette Transfiguration est un renouvellement et un prolongement de ce qui s’est passé autrefois sur le Sinaï. Qu’est-ce qui s’était passé au Sinaï ? Dieu avait fait alliance avec le peuple, lui avait donné le décalogue, la Loi ancienne. Qu’est-ce qui se passe à la Transfiguration ? Une nouvelle alliance en Jésus entre Dieu et les hommes et une Loi nouvelle sont proclamées par la voix venue du ciel déclarant solennellement « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez le ».

Mais, maintenant, pour nous aujourd’hui,qu’est-ce que ça change que le Christ ait été transfiguré ? Il se trouve que la Transfiguration ne concerne pas la seule personne de Jésus, elle nous touche aussi puisque nous sommes promis à participer à la gloire du Christ, comme le dit St Paul aux Philippiens quand il parle duSeigneur Jésus-Christ qui transformera notre corps pour le rendre semblable à son corps glorieux » (Phil.3,21) Et dès maintenant un processus de transfiguration est en cours à travers l’action du Seigneur en nous, comme le dit l’épître aux Corinthiens« Et nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, NOUS SOMMES TRANSFORMES en cette même image toujours plus glorieuse comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit » (2Cor.3,18). Nous avons besoin de nous remettre cette perspective devant les yeux de temps en temps, nous qui risquons, comme les apôtres, d’être découragés, en voyant notre médiocrité, le mépris et les persécutions qui accablent les chrétiens dans bien des contrées et tant de maux et d’ injustices dans notre monde. Mais malgré notre médiocrité, malgré toutes les horreurs de notre monde: la guerre en Ukraine, la course à l’argent et au profit, les famines, les sécheresses, les séismes, les scandales jusque dans l’Eglise, il y a, inattendues, des merveilles qui se manifestent. Je pense aux énormes mouvements de solidarité et d’authentique charité qui transfigurent le monde des sinistrés, des migrants, des pauvres et des handicapés. Regardons honnêtement la réalité Il n’y a pas que des scandales et des catastrophes, il y a aussi l’action du Seigneur en train de transfigurer à travers nous la société. Certes, il reste bien des choses à faire, la transfiguration du monde est loin d’être achevée, mais elle est en route. Plutôt que de verser d’hypocrites larmes de crocodiles sur les malheurs du temps, demandons nous si nous faisons tout ce qu’il faut pour laisser le Seigneur transfigurer notre vie et celle de la société autour de nous.

Que retenir de tout cela ? 

Pourquoi le Christ s’est-il montré transfiguré à Pierre Jacques et Jean ? Pour renforcer leur foi ébranlée par l’annonce qu’il leur avait faite de sa passion et pour qu’ils puissent réconforter tout le groupe des apôtres dans les moments difficiles qui les attendent.

Retenons surtout que a Transfiguration ne touche pas que la personne du Christ . Dans son amour pour nous il veut nous associer à cette transfiguration. Depuis le jour de notre baptême, un véritable processus de transfiguration a commencé en nous. Il reste bien des choses en nous et autour de nous à transfigurer. Profitons de cette messe pour nous offrir sans réserves au Seigneur afin qu’il puisse continuer à travers nous son oeuvre de transfiguration du monde

Dimanche 26 février

1erdimanche de Carême – Année A – Mt 4,1-11

« Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté. »

Avant de commenter l’évangile, quelques mots sur la première lecture qui nous présente un récit du péché originel sous forme de mythe. Un mythe c’est un récit mettant en scène des êtres et des actions imaginaires dans lesquels sont transposés des évènements réels. Un peu comme dans les fables de La Fontaine, le corbeau et le renard, le loup et l’agneau n’existent pas mais ils nous transmettent des vérités incontestables. Dans le langage courant, quand on dit : c’est un mythe, on veut dire :ne perdons pas notre temps avec ça, ça n’existe pas. Au contraire, en ethnologie ou en histoire des religions, les mythes sont pris très au sérieux, les spécialistes les étudient soigneusement pour en dégager le sens et la portée. ils nous apprennent que ce récit du péché originel nous éclaire sur le démon, la tentation et le péché.

En nous montrant le démon sous l’apparence d’un serpent, ce récit veut nous faire comprendre que le démon agit discrètement en se dissimulant, comme un reptile rampant silencieusement. Sa tactique dans la tentation c’ est de nous faire croire que le mal est en réalité quelque chose de bien et d’avantageux pour nous. Dans sa manière de présenter les choses, il est rusé et menteur. Si vous désobéissez à Dieu, dit-il à Eve, vous ne mourrez pas, mais vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Connaître en langage biblique signifie avoir l’expérience, vous connaîtrez le bien et le mal cela veut donc dire vous saurez par vous mêmes, vous déciderez par vous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal sans être bridés par Dieu et ses commandements. Si vous désobéissez, vous serez totalement libres, vous pourrez faire ce que vous voulez, Car, le démon le démon essaie de nous persuader que Dieu n’est pas l’être généreux qui nous donne la vie et veut notre bonheur mais celui qui nous empêche de vivre et dont les interdits contrarient nos désirs et nous empêchent d’être heureux.

Et qu’est-ce que ce récit de la faute originelle nous dit sur le péché ? Il nous montre que le coeur de tout péché, c’est la volonté de rejeter Dieu , parce que c’est un gêneur qui nous empêche de vivre, et la volonté de mettre à sa place nos désirs à nous, et notre volonté à nous. N’importe quel péché reproduit toujours ce schème là. C’est pour cela qu’on appelle la faute d’Adam et Eve péché originel, non pas parce qu’il est le premier péché, mais parce qu’il est à l’origine et au coeur de tout péché.

Venons en maintenant au récit des tentations dans l’évangile.

Première tentation : Le démon tente Jésus de changer les pierres en pain. Jésus vient de jeûner quarante jours, il a faim, rien de plus normal. D’autre part, il a le pouvoir de faire des miracles et donc de changer les pierres en pain. Alors pourquoi pas ? Où est le mal là-dedans ? En ceci que le pouvoir de faire des miracles est donné par le Père à Jésus non pas en vue de satisfaire ses désirs ou ses besoins personnels, mais en vue de donner aux hommes des signes de la présence de Dieu parmi eux . Si Jésus changeait les pierres en pains pour apaiser sa faim, il détournerait à son profit un pouvoir qui lui est donné en vue de son ministère auprès des hommes.

Deuxième tentation : Elle montre bien comment la tactique du démon c’est de montrer que le mal n’est pas mal, mais que c’est au contraire quelque chose de bien et d’avantageux. Le démon suggère à Jésus de se laisser tomber du haut du pinacle du Temple et d’atterrir sans dommage sur le parvis au milieu de la foule.Le Christ a le pouvoir de faire un tel miracle. En voyant ce prodige, la foule croirait en lui. Cela parait donc être quelque chose de bien et d’avantageux, le Christ se révélerait comme un Dieu tout puissant. Il n’y a pas de mal là-dedans. Au contraire ! Voilà ce que le démon essaye de faire croire. En réalité si le Seigneur cédait à la tentation de faire ce prodige il lancerait la foule sur une fausse piste, la conduisant à croire en un Dieu tout puissant, voire même une espèce de Dieu un peu fakir, alors que le vrai Dieu qu’il doit révéler est un Dieu Amour, tellement bon et miséricordieux que rien ne peut venir à bout de son Amour infini.

Dans la troisième tentation, le démon propose à Jésus, s’il consent à se prosterner devant lui de lui donner tous les royaumes du monde et leur gloire. Autrement dit le démon propose à Jésus tous les royaumes du monde avec toutes leurs richesses qui procurent pouvoir et domination s’il accepte de se prosterner devant lui. Mais Jésus refuse. Il est venu pour rallier à lui tous les royaumes de la terre, oui, mais pas n’importe comment, 1°) pas par le prestige ou la terreur en manifestant sa toute puissance par des miracles spectaculaires, 2°)pas en les soudoyant en leur accordant la richesse 3°)mais uniquement en les convertissant à son Amour. Si le Seigneur cédait à cette tentation, il lancerait la foule sur une autre fausse piste, la conduisant à croire en un Dieu riche et puissant qui domine à la manière des puissants de ce monde alors que le vrai Dieu est un Dieu qui aime et en qui la toute puissance obéit à l’Amour.

Dans ces trois tentations le démon essaie de détourner Jésus de la mission que lui a confiée le Père. Il est envoyé pour servir les hommes et non pour se servir, première tentation.Il est venu envoyé révéler un Dieu Amour et pas un Dieu fakir aux pouvoirs étonnants ou effrayants deuxième tentation. Il est envoyé rassembler tous les hommes qui seraient conquis uniquement par son amour et non pas par le prestige de l’argent ou du pouvoir, troisième tentation.

Que retenir de tout cela ? 

De la première lecture première lecture, que retenir ?A propos du démon : Il n’apparaît jamais comme un être terrifiant, noir, cornu, crachant du feu et de la fumée !!! mais comme un serpent apparemment inoffensif qui se dissimule et s’approche en rampant silencieusement avant de mordre. A propos de la tentation : La tactique du démon est d’ essayer de nous faire croire que le mal en réalité n’est pas un mal mais un bien, et donc qu’il est avantageux pour nous de le faire.A propos du péché : le péché, c’est rejeter Dieu en croyant qu’il m’empêche de vivre et d’être heureux. C’est croire que je sais mieux que Dieu ce qui est bon pour moi. En un mot, le péché, c’est me faire Dieu à la place de Dieu.

De l’évangile, que retenir ? Que notre Dieu n’est pas un Dieu fakir capable de faire des prodiges étonnants ou effrayants, ni un Dieu qui domine par sa puissance ou ses richesses, ni un Dieu qui cherche son intérêt, ou sa gloire, mais un Dieu qui aime et qui cherche l’intérêt et le bonheur des hommes. Le Christ ne cherche jamais à se servir, ni à être servi mais à servir ceux qu’il aime. « Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22,27)« Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir et donner ma vie en rançon pour la multitude » (Marc 10,45)………………C’est magnifique, mais c’est embêtant parce que si nous prétendons être chrétiens, il va falloir en faire autant . Moi aussi il va falloir que je me tienne au milieu des miens, dans ma famille, dans mon activité professionnelle, là où j’habite, comme celui qui sert. Je ne suis pas là pour être servi mais pour servir et me donner au service des autres.

La parole de Dieu qui nous est dite aujourd’hui dans les textes de l’Ecriture, nous invite à nous interroger : qu’est-ce qui m’empêche d’aimer comme il faudrait, comme je voudrais ? Qu’est-ce qui m’empêche de me mettre au service des autres ? Qu’est-ce qui me fait dévier ? Qu’est-ce que je devrais changer dans mes manières de faire ?

La Parole de Dieu, il ne suffit pas de l’écouter, c’ est une Parole de vie, une parole à vivre.

Dimanche 19 février

7ème dimanche du temps ordinaire – Année A – Mt 5, 38-48

« Aimez vos ennemis. »

 Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ   nous parle de l’amour du prochain et de l’attitude à avoir en cas de conflit avec lui.  Les exigences du Seigneur : ne pas riposter au méchant, tendre l’autre joue, aimer ses ennemis, être parfait comme le Père   nous paraissent  irréalistes  et en tout cas  irréalisables. Faut-il prendre ces paroles de Jésus au pied de la lettre, ou devons  nous les considérer comme relevant de la façon de parler des orientaux qui utilisent souvent l’hyperbole où on exagère l’expression pour faire une forte impression ? Regardons de plus près le texte de cet évangile pour essayer de voir ce que le Seigneur veut nous dire exactement.

Il part de la loi du talion suivant laquelle on  ne doit punir une offense que par une peine soigneusement dosée qui doit être identique à l’offense : Oeil pour oeil, dent pour dent et  pas plus. Mais le Christ demande davantage : qu’on ne riposte pas au méchant. Mais ne pas riposter pas au méchant,  est-ce que cela ne va  pas l’encourager à continuer à faire le mal ?  On ne peut tout de même pas laisser faire le mal sans réagir ? D’ailleurs le Christ lui-même, devant les abus des vendeurs du Temple  par exemple a riposté et  violemment « S’étant fait un fouet de cordes il les chassa tous du Temple » (Jean 2,13…) Il demande aussi de tendre l’autre joue. Mais n’est-ce pas là encore une manière d’encourager le méchant, de se rendre complice de sa méchanceté ? D’ailleurs le Christ, au cours de sa Passion, lorsqu’il a été giflé par un garden’a pastendul’autre joue .  II a réagi et  dit au garde : »Si j’ai mal parlé, montre en quoi ; si j’ai bien parlé pourquoi me frappes tu ? »(Jean 18,23). Car c’est un devoir de ramener vers le droit et la justice celui qui s’en est écarté, comme il le dit lui -même  en St. Mt. « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais lui tes reproches seul à seul. » (Mt.18,15)

Alors quoi faire ? D’un côté le Seigneur nous demande  de ne pas riposter devant le mal et  de tendre l’autre joue. C’est ce que fait le Christ lorsqu’il monte à Jérusalem sachant qu’il y sera arrêté et crucifié. Mais d’un autre côté, comme ne pas riposter et tendre l’autre joue peut encourager le méchant à persévérer dans le mal,  le Seigneur  nous demande  aussi de  1°)  réagir devant le mal et même vivement si c’est nécessaire,  ce qu’il a fait avec les vendeurs du Temple et 2°)  de nous efforcer de ramener le méchant dans le droit chemin,  ce qu’il a fait avec le soldat qui l’a giflé. Alors, en définitive,  quelle position le Christ veut-il que nous tenions ?  Le problème est de ramener la paix. Pour ramener la paix,  il est certain que le mieux  c’est  de ne pas riposter, car du même coup le conflit s’ éteint. Mais si ne pas  riposter amènerait l’adversaire à profiter de l’indulgence manifestée envers lui pour persévérer dans le mal, alors, dans cette hypothèse, pour ramener la paix, le mieux c’est de réagir.Devant les conflits, il faut donc décider au cas par cas, en jugeant selon les circonstances. 

Le Christ continuant son discours nous invite maintenant à aimer nos ennemis. Pas facile. Je me vois mal allant prêcher aux Ukrainiens d’aimer les Russes ! Pourquoi aimer ses ennemis ?  Pour être de vrais fils de  notre  Père du ciel qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Pourtant le Père  n’aime  ni mal ni l’injustice. Alors comment fait il ?  Et  comment le Christ fait-il pour aimer les pécheurs ? Qu’est-ce  qu’il aime en eux ? Sûrement pas le péché. Ce qu’il aime en eux, c’est  ce qui reste de bon , le bon grain au milieu de l’ivraie. Il  aime les pécheurs parce qu’il  croit qu’ils peuvent encore se convertir, il le souhaite et l’espère.  « Il ne prend pas plaisir à la mort du méchant mais au retour du méchant qui change de voie  pour avoir la vie » comme dit le prophète Ezechiel. (Ez.33,3)  Aimer ses ennemis, c’est  ne pas les rejeter en  les jugeant irrémédiablement mauvais mais croire qu’il reste du bien en eux et qu’ils peuvent encore se convertir. Pour le Christ, il suffit d’un petit rien de bon grain au milieu de beaucoup d ‘ivraie chez quelqu’un pour qu’il l’ l’aime, tandis que pour nous, il suffit d’un petit rien d’ivraie au milieu de beaucoup de bon grain chez quelqu’un pour que nous le rejetions. Il y a comme un mystérieux parti-pris chez notre Dieu  qui persiste à nous faire confiance, malgré toutes nos faiblesses, un mystérieux parti-pris d’ amour et de  miséricorde, dont rien ne peut venir à bout.    

Le Christ termine son exhortation  en nous invitant à nous distinguer de ceux qui n’aiment que ceux qui les aiment et conclut:« Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait »   ce qui signifie que la perfection, c’est d’aimer les autres comme il nous aime, c’est imiter l’amour divin,    On a envie de dire c’est impossible. Jamais notre imitation de l’amour divin n’atteindra  la perfection du modèle, c’est sûr et certain, mais, et   c’est  tout autant  sûr et certain, chacun de nos efforts pour l’imiter  nous rapproche du modèle. Par conséquent, loin de nous décourager, ce constat nous invite à ne jamais baisser les bras, mais à toujours nous efforcer d’aimer mieux pour nous rapprocher du modèle. Comment aimer mieux ? En mettant un peu plus d’amour quand nous aimons les autres.

Car lorsqu’on aime quelqu’un, on ne l’aime pas toujours d’amour. On l’aime    parce qu’on  apprécie  ses talents, ses qualités :  il est  sympathique, il a de l’humour,il est honnête,  etc.    C’est ainsi que j’aime mon voisin, mon boulanger ou Georges Brassens. Je les aime vraiment, mais je ne les aime pas d’amour. Aimer d’amour, c’est quoi ?  C’est aimer quelqu’un non seulement pour ses qualités que nous apprécions   mais, en plus, 1°)nous voulons son bien, son épanouissement son bonheur et 2°) pour cela nous  nous donnons beaucoup de peine, nous nous imposons des sacrifices.  C’est seulement dans ce cas là  qu’on  aime d’amour. Ce n’est d’ailleurs pas si  dramatique et si héroïque que ça parce que comme on dit  : Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime.  On voit cela chez beaucoup de couples et entre parents et enfants. C’est ainsi que le Christ  nous aime. Il veut notre épanouissement :« Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10,10 ). Et il s’impose d’énormes sacrifices pour cela  allant jusqu’à donner sa vie  pour nous. Donc, comment aimer mieux ? En essayant de mettre toujours plus d’amour dans notre façon d’aimer l’ autre. en essayant de l’aimer comme le Christ  nous aime. C’est d’ailleurs ce qu’il nous  : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15,12)

Que retenir de tout cela ? 

En cas de conflit, ne pas riposter, c’est l’idéal, car du même coup le conflit s’éteint. Mais parce que ne pas riposter ou tendre l’autre joue pourrait encourager le méchant à persévérer dans le mal, parfois, le  mieux est de riposter. Riposter, ne pas riposter ? Le Christ utilise les deux méthodes. Cela veut dire que dans les conflits, il faut discerner au cas par cas pour voir quel est le mieux pour ramener la paix.

Aimer ses ennemis. Pourquoi ? Parce que le Christ fait comme ça. Lorsqu’on est en train de le tuer il prie encore pour ses bourreaux « Père pardonne leur ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34 )

Etre parfait  comme notre Père du ciel. Cela veut dire essayer d’aimer comme lui et le Christ nous aiment , c’est à dire  en voulant le bonheur des autres, malgré leurs défauts, en faisant tout pour cela, y compris en s’imposant  les sacrifices que cela exige L’auteur du livre de la Sagesse s’émerveillait déjà de ce parti pris absolu d’amour et de miséricorde de notre Dieu. Il décrivait ainsi celui que nous avons à imiter : »Oui, tu aimes tous les êtres et  n’as de dégoût pour rien de de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose subsisterait-elle si tu ne l’avais voulue ? Comment conserverait-elle l’existence,si tu ne l’y avais appelée ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie. » (Sag.11,24-26 )

Nous somme