Dimanche 7 Juillet 2024

De Capharnaüm, d’où il rayonnait, Jésus part donc pour Nazareth où il a passé toute son enfance et son adolescence et où tout le monde le connaît. Partout on parle de la profondeur de son enseignement et de ses miracles. On peut donc penser que les Nazaréens étaient heureux et fiers de voir arriver l’enfant du pays devenu célèbre. Sans doute espéraient-ils que chez eux aussi, il allait guérir les malades et chasser les démons. Cela attirerait du monde et cela ferait marcher le commerce ! Mais très vite en l’entendant enseigner dans leur synagogue ils passent de l’étonnement admiratif à une franche hostilité. Comment expliquer ce revirement ?

Pourtant tout avait bien commencé. On avait fait honneur à Jésus en lui donnant la parole pour qu’il enseigne dans la synagogue. Mais voilà qu’il s’est mis à dire des choses qui n’étaient pas celles qu’on attendait, des choses nouvelles qui dérangeaient les habitudes Surtout au début de sa prédication Jésus précisait  toujours : Vous avez appris qu’il vous a été dit… Et moi je vous dis. (Mt5,21…) Les Nazaréens ont commencé à penser : Pour qui se prend-il ? Si d’un côté ils étaient fiers de voir un enfant du pays atteindre une certaine célébrité, par ailleurs ils étaient vexés et jaloux de ce que quelqu’un comme eux les dépasse.  Où a-t-il été chercher des idées pareilles ?  Il n’a jamais étudié dans aucune école rabbinique, il est d’ici, on connaît sa famille.   Et puis ils sont vexés et franchement en colère de voir qu’il ne guérit pas leurs malades alors qu’il guérit ceux des villages d’à côté. Jésus quitte alors Nazareth en faisant remarquer qu’un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. St Jean écrira plus tard : il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu. (Jean 1,11).

Qu’est-ce qu’il aurait fallu pour que les Nazaréens accueillent Jésus ? Et nous aujourd’hui que faudrait-il pour que nous l’accueillions ? Il faudrait admettre avec réalisme qu’on ne s’en sort pas tout seul. Qui d’entre nous arrive à atteindre au bonheur dont il rêve ? Qui arrive à faire le bien qu’il aimerait faire ?  Il faudrait avoir la lucidité de le reconnaître :  nous n’arrivons pas à faire le bien que nous voulons faire et nous faisons le mal que nous ne voulons pas faire. (Rom.7,19). Il faudrait nous reconnaître pécheurs et être heureux de recevoir de lui le pardon et la force de rebondir. Il faudrait être comme un petit enfant qui n’est pas humilié de voir qu’il ne peut pas faire grand-chose tout seul, mais il est fier et heureux de donner la main à son père ou à sa mère. Avec eux, il peut tout. Il faudrait être convaincu comme  St Paul: C’est du Seigneur que vient notre capacité. (2Cor.3,5) Je puis tout en celui qui me rend fort. (Phil.4,13)

En terminant son récit de la visite de Jésus à Nazareth, St Marc fait une remarque curieuse. Il écrit : Là le Seigneur ne pouvait accomplir aucun miracle, il guérit simplement quelques malades en leur imposant les mains et il était étonné de leur manque de foi. (Marc 6,6). Autrement dit : le Seigneur ne put faire là aucun miracle parce que les gens n’avaient pas la foi. Entendons-nous bien sur ce que sont les miracles de Jésus. Habituellement quand on parle de miracle, on parle d’un prodige, de quelque chose d’inattendu, d’inespéré, un point, c’est tout. On dira par exemple : il est sorti miraculeusement indemne de cet accident. Un miracle dans l’évangile, c’est tout-à-fait différent, c’est un signe qui nous est adressé à travers un prodige pour nous permettre de reconnaître la présence de Dieu à l’œuvre. Dans tout miracle de l’évangile il y a toujours un prodige, mais l’important n’est pas là. L’important c’est que le prodige est lui-même un signe de la présence de Dieu à l’œuvre.  Le but du Seigneur lorsqu’il fait un miracle, c’est qu’à travers le prodige, grâce à


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la foi, on aille jusqu’à reconnaître la présence de Dieu à l’œuvre dans notre quotidien. En définitive, dans l’évangile, un miracle, c’est un geste fait par Jésus en réponse à une demande motivée par la foi. C’est d’ailleurs pourquoi très souvent en faisant un miracle Jésus dit à celui ou celle qu’il exauce : Ta foi t’a sauvé (Mt.9,22) Qu’il te soit fait selon ta foi (Mt.8,13) C’est la foi de celui qui supplie qui déclenche le miracle. Quand le lépreux supplie Jésus Si tu le veux, tu peux me guérir (Luc 5,12,13) sa foi déclenche sa guérison. A l’instant la lèpre le quitta. Mais le miracle, ce n’est pas le prodige de la guérison instantanée, le véritable miracle, c’est que la guérison instantanée du lépreux l’amène lui et tous les témoins des faits à reconnaître : Dieu est là, à l’œuvre parmi nous aujourd’hui.  

Jésus arrive à Nazareth. Il est prêt à faire tous les miracles qu’on veut. Mais son  but c’est qu’à travers des malades  soudainement guéris, des possédés instantanément délivrés, on reconnaisse la présence de Dieu à l’oeuvre. Or les habitants de Nazareth veulent  bien des miracles-prodiges, des guérisons mais  rien de plus. Ils ne veulent pas de miracles qui seraient des signes de la présence de Dieu à l’oeuvre au milieu d’eux. Ils ne veulent pas croire que quelqu’un comme eux, originaire de leur village puisse être le Messie. Jésus est étonné d’un tel refus, d’un tel manque de foi. Dans ces conditions, il ne peut plus agir. Les miracles qu’il est tout prêt à leur accorder ils n’en veulent pas. Ils veulent bien d’un Dieu qui leur donne ce qu’ils désirent mais  pas d’un Dieu qui leur donne ce que lui, désire leur donner.

Et nous aujourd’hui qu’est-ce que nous attendons de Dieu ? Ce qu’il veut nous donner ou seulement ce que nous voulons qu’il nous donne ? Au départ, il a tout le monde pour lui. Qui serait contre lui alors qu’il nous promet : Demandez et vous recevrez ? (Jean 16,24) Donc quand nous n’arrivons pas à réaliser nos projets, en toute confiance, bien tranquillement nous allons demander l’aide de Dieu. Mais voilà que, plus d’une fois, nous découvrons qu’il ne nous donne pas toujours ce que nous lui avons demandé, qu’il nous donne autre chose, qu’il a d’autres idées que nous sur ce qui est le meilleur pour nous. Personne n’avait remarqué qu’il n’avait jamais dit : demandez et vous recevrez ce que vous avez demandé. Nous sommes alors fort tentés de l’abandonner et de le rejeter. Que ce soit ce jour-là à Nazareth, ou aujourd’hui, quand on rejette du Christ c’est toujours pour la même raison : il ne nous donne pas ce que nous attendions de lui. Alors, déçus, nous le rejetons.  

L’évangile d’aujourd’hui nous met au pied du mur. Il s’agit de  mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes : en quel Dieu croyons-nous ? Un Dieu « yes-man » qui réponde à nos désirs et à nos attentes ? Ou croyons-nous en un Dieu qui, parce qu’il sait mieux que nous ce qui est meilleur pour nous, nous donne toujours ce qui est le meilleur pour nous, même si ce n’est pas ce que nous espérions, même si, sur le coup, cela nous paraît un mal, parce que nous ne pouvons pas comprendre ? Exactement comme un petit enfant inconsolable qui pleure à gros sanglots parce que sa maman dont il croyait bien qu’elle l’aimait, vient de le trahir, pense-t-il : elle l’a l’amené chez le médecin qui lui a fait une piqure douloureuse. Il ne peut pas comprendre que le vaccin qu’il vient de recevoir le sauve de graves maladies et peut-être même de la mort.

Que retenir de tout cela ?

Pourquoi les habitants de Nazareth rejettent-ils Jésus ?  Parce qu’il n’est pas tel qu’ils l’attendaient.  

Nous sommes toujours prêts à accueillir Dieu, mais à condition qu’il exauce nos désirs et qu’il ne nous dérange pas avec ses désirs à lui, ses projets à lui, sa volonté à lui. Le Dieu que nous sommes prêts à accueillir, c’est trop souvent un « yes-man » Mais nous ne voulons pas trop d’un Dieu qui


dérangerait nos plans avec les siens, qui contrarierait nos volontés avec les siennes. Nous sommes peut-être trop sûrs que notre point de vue est meilleur que le sien. Le jour où nous croirons vraiment que Dieu nous aime mieux que nous ne nous aimons nous-mêmes, alors, comme nous l’avons appris du Seigneur et selon son commandement nous OSERONS dire Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton Règne vienne,  que ta Volonté soit faite.


Passons sur l’autre rive Dimanche 23 Juin 2024

Passons sur l’autre rive propose Jésus à ses apôtres au soir d’une longue journée de prédication. S’agirait-il d’aller faire une petite promenade en mer, histoire de se changer les idées ? Pas du tout. L’autre rive, c’est le territoire hostile des païens où Jésus veut se rendre. Mais d’abord il faudra traverser la mer qui va leur offrir une de ces tempêtes brusques et violentes dont elle a le secret. Cette nuit-là sera un temps de lutte et de combat, avant de déboucher  sur l’étonnement émerveillé des apôtres après le miracle de la tempête apaisée : Qui est-il donc celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ?

Les apôtres croyaient que Jésus était le Messie, oui, mais pour eux le Messie était simplement un homme à qui Dieu avait communiqué son Esprit et donné des pouvoirs extraordinaires, comme il l’avait pour les prophètes d’autrefois :  Élie, Isaïe et les autres. Ils ne croyaient pas encore que Jésus était Dieu. Ils l’avaient vu   faire des miracles analogues à ceux des prophètes d’autrefois : guérir des lépreux, chasser les esprits mauvais. Mais maintenant qu’ils l’ont vu commander au vent et à la mer ils commencent à se demander si Jésus ne serait pas plus qu’un simple prophète. Comme les autres miracles, le miracle de la tempête apaisée est un enseignement par gestes. Commander au vent et à la mer, c’est une manière de dire par gestes : je suis Dieu, maître de la création. Les apôtres ont perçu le message. Et s’interrogent.

Pour nous aujourd’hui, quel enseignement nous apporte ce miracle ? Comme les apôtres dans la barque, nous sommes assaillis par la tempête. Notre Église est chahutée. Le nombre des pratiquants a beaucoup diminué, les vocations religieuses et sacerdotales sont en chute libre, et rien ne permet d’espérer une quelconque amélioration. Aussi, comme les apôtres, nous nous tournons vers le Seigneur : Maître, nous sommes perdus ! cela ne te fait rien ?   Une chose est sûre, et c’est là le premier enseignement que nous donne l’évangile d’aujourd’hui : En cas de tempête, le Seigneur est le seul qui puisse ramener le beau temps.

En outre dans l’évangile d’aujourd’hui, le Christ nous donne une consigne ferme : Passons sur l’autre rive, nous invitant ainsi à toujours aller de l’avant, comme lui, qui ne s’établit jamais quelque part pour y rester. Dans l’évangile, il est toujours en mouvement. Il parcourt tout le pays pour annoncer l’évangile Aux autres villes aussi il me faut annoncer la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé, (Luc 4,43) explique-t-il aux habitants de Capharnaüm qui veulent le retenir. De même, tout en étant extrêmement respectueux de la Loi celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements, déclare-t-il, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des Cieux (Mt.5,17) il s’oppose violement à la tradition des Anciens dont les scribes et les pharisiens sont les tenants. Pourquoi ?  Parce que dans leur interprétation de la Loi, ils en font quelque chose de figé, d’immobile, de mort, alors que la Parole est Esprit et Vie. (Jean 6,63) Là aussi il veut aller de l’avant.  Justement parce que la Parole est esprit et vie et non pas quelque chose de figé, de mort, Il en donne une nouvelle interprétation, que ce soit à propos des meurtres, de la réconciliation, de l’adultère, du scandale, de la répudiation d’une épouse, des serments, de la loi du talion ou de l’amour du prochain. A chaque fois il martèle Vous avez appris qu’il a été dit et moi je vous dis (Mt.5,21-48), et à chaque fois son interprétation, qui ne s’oppose jamais à la Loi, en donne une signification plus profonde et plus exigeante. Ainsi, à propos de l’amour du prochain il déclare :Vous avez appris qu’il a été dit Tu aimeras ton prochain et tu haïras  ton ennemi. Et moi je vous dis Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être les fils de votre Père du ciel qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et tomber sa pluie sur les justes et les injustes. Le Christ pousse ceux qui veulent le suivre à toujours approfondir leur foi, à ne jamais s’arrêter à ce qu’ils ont compris   mais à toujours aller de l’avant pour chercher à mieux comprendre C’est là le deuxième enseignement que nous donne l’évangile d’aujourd’hui.

Le chefs de la synagogue, les prêtres et les pharisiens eux, sous prétexte d’éviter les hérésies que pourraient apporter des nouveautés, refusent tout changement, ils veulent immobiliser la foi à ce que eux en ont compris et la pratique religieuse à ce que eux ils pratiquent. Ils refusent aussi tout changement parce qu’ils savent que tout changement ébranlerait leur prestige, leur autorité et leur domination sur la masse des croyants Si nous voulons être de vrais disciples du Christ alors nous devons être aussi de ceux qui sont toujours prêts à passer sur une autre rive. Ceux qui ne veulent pas bouger qui veulent rester figés là où ils en sont, ne sont pas du Christ ni de son Église. Regardez ce qu’a été la vie de l’Église ces quatre-vingt dernières années autour de nous. Il y a beaucoup moins de monde dans les églises, qu’autrefois, c’est vrai, mais la manière de participer à la messe s’est considérablement améliorée, on est heureux de voir les diacres baptiser ou présider aux mariages, partout on se félicite de la manière dont des équipes de laïcs s’occupent des funérailles. Quand je viens célébrer la messe chez vous, je suis toujours impressionné de voir comment, en préparant la messe, vous avez non seulement préparé les lectures et les chants mais vous composé de nouvelles intentions  pour la  prière universelle et même souvent  recomposé les oraisons ou la préface. Et généralement, le résultat est meilleur que ce qu’offre le missel. Ici, l’Église, elle vit, ça bouge. Et c’est comme ça que ça doit être.      

Le pape François le répète sans cesse. L’Église n’est pas animée seulement par l’Esprit Saint qui descend de l’archevêché et des prêtres sur la masse des fidèles. Elle vit aussi de l’Esprit Saint qui  monte du cœur  de tout baptisé. Chacun a sa vie chrétienne personnelle et ses préférences dans sa manière de prier. Certains prient mieux avec une messe en latin, très bien, la majorité préfère en français, très bien. Certains aiment une messe animée avec de beaux chants, très bien, d’autres une messe très recueillie avec beaucoup de silence, très bien. Mais jamais personne ne doit considérer sa manière de prier, comme la seule valable et condamner les autres. Le Seigneur nous invite toujours à aller de l’avant, à améliorer et à approfondir notre foi. Comme il le dit dans l’Apocalypse : Voici, je fais toutes choses nouvelles.(Apoc.21,5)

Que retenir de tout cela ?

Le miracle de la tempête apaisée nous montre que, le Seigneur et lui seul est capable de venir à bout de toutes les tempêtes qui peuvent secouer l’Eglise.

Passons sur l’autre rive dit le Seigneur à ses apôtres. Il nous donne là une consigne très ferme. Il Toujours aller de l’avant. L’Esprit Saint qui anime tous les membres de l’Église, les laïcs aussi bien que le clergé nous invite tous à toujours aller de l’avant pour améliorer et approfondir notre foi.  De son temps, Jésus se heurtait à l’hostilité des prêtres et des chefs de la synagogue qui craignaient que les changements n’entraînent des hérésies et ne nuisent à leur prestige dans la société. Aujourd’hui encore, par crainte des déviations et des hérésies, la hiérarchie de l’Église a tendance à toujours freiner l’évolution et le changement, mais sa prudence aussi justifiée qu’elle soit, retarde bien des progrès. Il ne faudrait pas que la base dans l’Église, c’est-à-dire les laïcs, s’engourdisse et attende passivement d’être tirée et poussée par une hiérarchie avançant elle-même au ralenti. C’est à la base aussi de pousser et de tirer l’Église en avant ! L’histoire en donne la preuve : Souvent, c’est grâce à la poussée de la dévotion populaire que Rome finit par proclamer les dogmes.

Que la lumière de l’Esprit Saint nous aide à bien voir les problèmes de notre temps, les solutions qui s’imposent et nous donne la force de les mettre en pratique. Et que tout le monde, y compris les laïcs, s’y mette, afin de pousser et de tirer l’Église vers l’avant.

Des paraboles sur la croissance 16 juin 2024

Dans la parabole du grain qui pousse sans que l’homme qui l’a semé sache comment, le Seigneur nous explique que Dieu dans son amour et sa puissance agit pour faire naître et se développer son royaume, sans que les hommes y soient pour grand-chose, mais qu’ils doivent quand même s’y impliquer. Dans la parabole de la graine de moutarde, le Seigneur nous dit que malgré ses débuts fort modestes, le royaume est promis à une réussite exceptionnelle, à l’image de la minuscule graine de moutarde qui devient une plante imposante qui dépasse toutes les autres plantes potagères.

 De même que la terre par elle-même toute seule ne produira jamais rien, s’il n’y pas quelque chose venu d’ailleurs, c’est-à-dire la semence, qui la féconde, de même il faut que quelque chose venu d’ailleurs entre en nous pour que nous arrivions à transformer le monde plein d’orgueil, d’égoïsme et d’injustice en un royaume où règnent l’amour, la paix et la justice. Et ce quelque chose, c’est la parole de Dieu.On le savait depuis toujours : Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent les maçons disait déjà le psaume (126,1) N’empêche, il faut que les maçons travaillent, que les laboureurs retournent la terre, mettent du fumier, de la semence etc. Mais ensuite la semence germe et grandit sans que le paysan sache trop comment cela se passe et son travail dans la boue et le froid de l’automne devient moisson dorée sous le soleil de l’été. Toutefois, pour arriver à ce résultat, deux erreurs sont à éviter. La première c’est de croire que le Seigneur se charge de tout et qu’il nous suffit de faire quelques prières pour que tout se passe bien, mais nous commettons très rarement cette erreur. Tandis que nous sommes beaucoup plus souvent victimes de la seconde qui consiste à croire que tout dépend de nous et que par nos propres forces, par notre travail et nos efforts, nous allons parvenir à faire régner la paix et la justice, le bonheur et la prospérité sur la terre .Surtout depuis le XVIII° siècle et la philosophie des Lumières, on pense volontiers que les religions ne sont qu’un amas de légendes obscurantistes dont il convient de se débarrasser et l’humanité désormais éclairée par  la seule raison et la science amènera progrès et  bonheur sur la terre. Une foule d’esprits sérieux, généreux, pleins d’idéal nous ont donc embarqué dans des idéologies matérialistes sans Dieu,  comme le capitalisme, ou des doctrines clairement athées, comme le communisme, qui, selon eux, devraient  apporter infailliblement à l’humanité, le bonheur et la prospérité. Le résultat s’est révélé largement catastrophique, malgré des succès extraordinaires et impressionnants.

Car  des progrès fascinants ont été réalisés. Avec l’arrivée des voitures, du téléphone, de la télévision, des robots ménagers, des ordinateurs et  d’internet, la vie de tous les jours est devenue bien plus facile qu’autrefois. Des pays comme la Chine sont devenus en quelques décennies des grandes puissances mondiales. Oui, mais à quel prix : pour la Chine, 50 millions de victimes. On est parvenu à éliminer les régimes brutaux de colonisation, mais dans la plupart des cas les gouvernements corrompus qui lui ont succédé n’ont fait qu’accroître la souffrance des masses. L’intelligence des hommes, la science, la technique aboutissent à des progrès surprenants : Peut-être que nos enfants ou nos petits enfants iront passer leurs week-ends dans la lune ou sur Mars ! Mais en même temps on dérive dans l’extravagant : On envisage sérieusement de mettre au monde des enfants sans père en toute légalité, tandis que grâce à de savants bricolages biologiques les hommes peuvent devenir des femmes et les femmes des hommes, le tout remboursé par la sécurité sociale.  Ne dramatisons pas, Cela n’est pas encore obligatoire !!!

En tous cas, toutes ces performances sont loin d’apporter le bonheur escompté. Sans parler des millions de victimes des deux guerres mondiales, des camps de concentration et des goulags du siècle dernier, les pays du tiers monde stagnent toujours dans la misère, et dans les pays dits développés la pollution et d’autres effets secondaires d’un progrès qui s’emballe, menacent l’équilibre de la planète. Les apôtres de l’écologie tentent de limiter les dégâts mais ne peuvent rien contre un lourd sentiment d’insatisfaction qui tourmente la société cherchant désespérément autre chose, comme le montre, c’est très significatif, la consommation de stupéfiants en hausse constante. Dans notre pays où on a trop de tout : les poubelles sont pleines de nourriture, de vêtements, de chaussures qu’on jette, comment se fait-il il y ait une telle insatisfaction ? De plus en plus nombreux sont ceux qui cherchent un sens à leur vie. Partout on cherche à s’évader, à sortir d’un quotidien pesant. Il ne faut peut-être pas s’en désoler. Cela montre qu’au-delà de la satisfaction de ses besoins primaires tout-à-fait légitime d’ailleurs, l’humanité a soif d’autre chose. Le monde étonné assiste à un retour du spirituel. Un livre récent consacré à l’étude de ce phénomène s’est vendu en France à plus de 250.000 exemplaires. Tandis que beaucoup s’égarent encore malheureusement dans des paradis artificiels, certains   plus heureux dans leur recherche, redécouvrent l’intuition de St Augustin qui écrivait, il y a quinze cents ans passés : Tu nous as faits Seigneur pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en toi.

Comme la terre a besoin de semence pour porter du fruit, nous avons besoin  de recevoir la Parole de Dieu pour espérer porter du fruit et transformer notre monde en royaume de paix, de justice et de charité. Du côté de Dieu, pas de problème. Chaque jour il est prêt à ensemencer la terre stérile que nous sommes, pour qu’elle puisse produire des fruits. Il le dit et le répète depuis les prophètes de l’Ancien Testament Je vous donnerai un  cœur nouveau, un esprit nouveau, je mettrai mon esprit en vous (Ez.36,26) Je ne cesserai pas de vous faire du bien. (Jer.32,40) Soyons donc extrêmement attentifs à repérer tout ce qui touche notre cœur et nous dit la présence de Dieu au milieu de nous, que ce soit à travers ce qui se dit ou se fait de bien autour de nous, que ce soit à travers une parole qui nous touche, entendue à l’église, dans la rue, devant la télé ou dans une conversation. N’attendons pas des apparitions ou des révélations spectaculaires, car la Parole de Dieu n’est pas hors d’atteinte, dans les cieux qu’il te faille dire : qui montera aux cieux pour nous la chercher ? Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire qui ira pour nous au-delà des mers pour nous la chercher ? La Parole de Dieu est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. (Deut.30,11….)

Que retenir de tout cela ?

La terre sans semence est stérile. Notre monde sans la parole de Dieu ne sera jamais un royaume de paix, de justice et de charité, même si la science, la technique   et le travail des hommes peuvent réaliser des prodiges et nous emmener en week-end dans la lune.

Mais la semence sans une terre qui l’accueille est stérile elle aussi. La Parole de Dieu, sans des cœurs qui l’accueillent, est stérile elle aussi. Nous avons le pouvoir redoutable de bloquer la Parole de Dieu. L’expérience de l’histoire récente nous montre ce qu’il en coûte de vouloir remplacer la parole de Vérité par de idéologies prétentieuses, car il n’y a pas d’autre nom par lequel nous puissions être sauvés. (Actes,4,12) comme déclarait St Pierre devant le Sanhédrin. Il est donc urgent d’être constamment à l’écoute du Seigneur dont la Parole nous rejoint chaque jour. Toutes les fois où quelque chose nous touche, c’est lui qui est en train de nous parler et de nous rapprocher de lui. Et  si nous ne sommes pas en ligne au moment où il est en communication avec nous, prenons un moment le soir  pour revoir notre journée et relever les messages.

Dimanche 9 Juin 2024

Jésus attirait les foules. Elles étaient fascinées par les miracles qu’il faisait et captivées par son enseignement. Il parlait de Dieu et des choses de la religion comme personne. On disait : jamais homme n’a parlé comme cet homme. (Jean 7,46) Et puis de temps à autre il remettait vertement à leur place les prêtres, les scribes et les pharisiens qui tenaient le haut du pavé, s’imposaient avec arrogance et méprisaient ceux qui ne faisaient pas partie de leur cercle. Les braves gens qui souffraient de la morgue et du mépris des responsables religieux étaient tout heureux d’entendre Jésus les remettre à leur place. Les chefs de la synagogue au contraire, étaient profondément irrités  de voir la popularité croissante de Jésus ruiner leur prestige auprès de de la foule. Ils s’efforçaient de le faire passer pour un fou, allant jusqu’à faire pression sur la famille de Jésus pour qu’elle le raisonne et le ramène au village. Et bien sûr ils l’attaquaient par tous les moyens, même les plus ridicules comme ici où ils l’accusent : c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons. Jésus n’a aucun mal à relever l’absurdité d’une telle accusation : le démon ne va pas se mettre à chasser les démons !

Il y a dans cette hostilité des chefs de la synagogue quelque chose d’incompréhensible. Comment dans le monde Juif, quasiment obsédé par l’attente du Messie, les chefs religieux peuvent-ils être aussi opposés à Jésus ? Normalement ils auraient dû être les premiers à l’accueillir ainsi que son message messianique. Comment en sont-ils arrivés à une telle hostilité envers lui ? C’est que l’autorité et le prestige dont jouissent  les clercs les exposent à la tentation du pouvoir et de l’orgueil. Du temps de Jésus les cadres religieux étaient pratiquement les seuls à être instruits en face des foules illettrées. D’autre part le Christ n’ayant pas encore révélé clairement que Dieu était un Père aimant, la foule des croyants en était encore à une foi très marquée par la crainte, leur Dieu était encore un Dieu tout puissant, redoutable et imprévisible. Du coup, les clercs apparaissaient à leurs yeux comme les seuls intermédiaires efficaces, connaissant les bons trucs permettant d’atteindre la divinité à coup sûr et de l’amener à écouter les prières. D’où un regain de prestige et d’autorité pour les prêtres et les responsables de la synagogue. Pour eux la religion était l’occasion de jouir d’un véritable pouvoir sur la masse ignorante et ils ne voulaient surtout pas que ce pouvoir leur échappe. C’est pourquoi ils essayaient par tous les moyens de déconsidérer Jésus.

                                            On a d’un côté, le pouvoir et les chefs de la synagogue, et de l’autre  le  lavement des pieds et Jésus ; d’un côté, le pouvoir et le prestige, et de l’autre, l’humilité et le service ; d’un côté, ceux qui veulent se servir de Dieu et de la religion pour renforcer leur situation dans la société, et de l’autre, ceux qui veulent servir Dieu. Tout au long de l’histoire de l’Eglise, on retrouve ce dilemme. On cherche à utiliser la religion pour renforcer sa situation dans la société. Tout le monde connaît la boutade que l’on prête à Henri IV lorsqu’il s’est « converti »au catholicisme pour pouvoir monter sur le trône de France : Paris vaut bien une messe. Et de nos jours on peut voir tel responsable d’une grande puissance, mondiale, qui ne croit ni à Dieu ni à diable, couvrir de dons l’Eglise orthodoxe de son pays pour s’assurer le soutien des croyants. Jusque dans l’Eglise aussi parfois on se sert de Dieu et des choses de la religion pour asseoir son pouvoir. Notre pape François ne cesse de nous mettre en garde contre la tentation du cléricalisme présent à tous les niveaux dans l’Eglise depuis les dignitaires ecclésiastiques qui cherchent à faire carrière, jusqu’au curé de paroisse un peu dictateur ou au responsable de la chorale qui s’accrochent à leur poste et refusent de faire place à quelqu’un d’autre. 

Sans être dévorés par l’ambition et vouloir nous servir de Dieu et de l’Eglise pour améliorer notre rang dans la société, est-ce que tous, dans notre relation à Dieu, nous ne sommes pas, à certains moments, tellement préoccupés par notre intérêt personnel que nous oublions le point de vue du Seigneur ? Est-ce que nous ne prions pas surtout pour que notre volonté soit faite, négligeant plus ou moins de prier pour que la volonté de Dieu notre Père advienne, elle aussi ? D’un côté, il est normal que nous demandions l’aide de Dieu pour parvenir à réaliser nos désirs et  nos projets. Le Seigneur lui -même nous le dit dans l’évangile : Sans moi, vous ne pouvez rien faire et St Paul est navré de constater : Je ne fais pas le bien que je veux  et je fais le mal que je ne veux pas. (Rom.7,19 ) Le Seigneur nous encourage donc : Demandez et vous recevrez. (Jean16,24) Aussi, quand nous prions, nous demandons la santé, la paix, la bonne entente dans nos familles, de réussir l’éducation de nos enfants, nous prions pour la paix et la  justice dans le monde. Et nous avons bien raison. Nous avons le plus grand besoin de l’aide de Dieu qui, dans sa bonté, s’abaisse à notre niveau pour nous secourir. Mais il veut aussi nous hisser à son niveau……………

N’oublions pas de lui demander aussi ce que Lui  veut nous donner. Sinon nous risquons  de  prendre Dieu pour une sorte de dépanneur universel qui nous tire d’embarras chaque fois que nous sommes coincés. Nous risquons de ne croire en Dieu que dans la mesure où il est à notre service. Le Dieu dans lequel nous croyons risque de n’être  plus qu’une sorte de directeur d’une sorte de super-super marché où, en échange de prières appropriées, on peut avoir tout ce qu’on veut. Dans nos prières, nous demandons ce que nous pensons être le mieux pour nous. Très   bien. Mais est-ce que Lui ne sait pas, mieux encore que nous, ce qui est le mieux pour nous ? Alors au lieu de lui dire : Donne moi ceci ou cela   ne devrions nouspas oser lui dire : Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme elle est faite au ciel. Puisquesa volonté, c’est notre épanouissement et notre bonheur. Il le dit ouvertement dans l’évangile : Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. (Jean10,10 ) Quand, dans nos familles, son nom est sanctifié, son règne advient et sa volonté est réalisée, c’est alors que le bonheur s’y établit. Mais croyons-nous que le Seigneur sait mieux que nous, ce dont nous avons besoin ? Croyons-nous qu’il nous aime mieux que nous ne nous aimons nous-mêmes ? Croyons-nous que sa puissance agissant en nous peut faire bien plus, infiniment plus, que tout ce que nous pouvons désirer ou imaginer, comme dit St Paul aux Ephésiens ? (3,20 ) Peut-être pourrions-nous faire nôtre cette prière que je vous cite en terminant : 

1)               Mon Dieu,                                                                     3)            Mon Dieu,

N’écoute pas ma prière                                                               N’écoute pas ma prière,

    Même si ce qu’elle te dit                                                           Mais fais en moi ma prière,

                      Estbien.                                                                           Et puis écoute,

     Toi, ce que Tu veux me dire                                                           Ecoute en moi

             Est tellement mieux.                                                                     Ta prière.

    2)            Mon Dieu,                                                            4)              Et surtout,

          N’écoute pas ma prière,                                                                  Mon Dieu,

    Même si ce qu’elle te demande                                                       Fais que j’écoute  

                      Est bon.                                                                             Que toujours,

    Toi, ce que Tu veux me donner                                                        J’écoute en moi

           Est tellement meilleur.                                                                    Ta prière.

Dimanche 2 Juin 2024

Le Saint Sacrement, ou sacrement de l’Eucharistie, c’est le sacrement du corps du Christ qui se donne en nourriture. Pourquoi appeler ce sacrement : Saint ? Tous les sacrements sont saints. C’est que ce sacrement est spécial, en ce sens qu’il ne donne pas une grâce particulière, comme le sacrement de pénitence par exemple qui procure le pardon des péchés, il nous met en communion avec le Christ lui-même en personne. Le Saint Sacrement est spécial également en ce sens qu’il ne s’adresse pas à certaines personnes au moment où elles s’engagent dans un état de vie de vie, comme l’ordre ou le mariage il est destiné à tous les chrétiens, quels que soient leur état et leur situation présente. De plus, le Christ insiste beaucoup sur la nécessité absolue de recevoir ce sacrement : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez pas la vie en vous (Jean 6,53 ) parce que Je suis le pain de vie (Jean 6,48) et Le pain que je donne, c’est ma chair pour que le monde ait la vie (Jean 6,51)

Mais, est-ce que ce n’est pas le baptême qui nous donne la vie de Dieu ? Tout-à-fait. Cependant, de même qu’après sa naissance le nouveau-né a besoin de se nourrir pour développer sa vie naturelle, humaine, de même le baptisé après son baptême, a besoin du pain de vie pour nourrir la vie divine en lui. D’autant plus que le baptême n’est pas un bain dans lequel nous serions dissous en Dieu. Après avoir reçu le baptême, nous demeurons des personnes libres et donc exposées à toutes les tentations qui risquent d’affaiblir et de mettre en danger la vie divine que nous venons de recevoir. Nous avons donc absolument besoin d’une nourriture qui alimente et fortifie cette vie nouvelle donnée par le baptême. C’est pourquoi le Christ veut nous donner son corps en nourriture.

 Mais quand il nous dit : il faut vous nourrir de mon corps pour avoir la vie en vous, de quel corps s’agit-il ? St Luc, qui nous donne également le récit de l’institution de l’Eucharistie, le précise, il s’agit de mon corps livré pour vous. (Luc 22,19) Quand nous recevons la communion, ce n’est pas le corps de Jésus enfant à Nazareth, ni le corps de Jésus annonçant l’évangile que nous recevons, mais le corps de Jésus donnant sa vie pour nous. Ce qui veut dire que la vie que le Christ nous communique et qui fait de nous des chrétiens est une vie qui se donne pour les autres. Autrement dit, je ne suis pas chrétien si je ne donne pas ma vie pour les autres. Je peux être chrétien que je dise mon chapelet ou non, que je porte ma médaille de baptême autour du cou ou non, mais je ne peux pas être chrétien si je ne donne pas ma vie pour les autres. St Jean conclut, péremptoire : Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1Jean 3,16)

Donner sa vie pour les autres, comme le Christ, pas une fois de temps en temps, mais tous les jours, cela ne va pas être facile, c’est même tout-à-fait impossible, Il faut que nous recevions le sacrement de l’Eucharistie pour en devenir capables. Le Christ le dit clairement : Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, vous n’aurez pas la vie en vous. (Jean 6,53 ) Mais si nous recevons la communion, le-Christ-qui-donne-sa-vie pénètre en nous et  nous rend alors capables de donner nous aussi notre vie pour les autres.

Donner sa vie pour les autres… cela peut paraître un programme terriblement exigeant. Mais ne dramatisons pas. En fait, cela ne demande pas nécessairement d’être héroïque du matin au soir. Se donner pour les autres, cela se vit déjà dans le simple service des autres de tous les jours. Or dans toutes nos activités, dans toutes les professions, il y a déjà un aspect de service des autres. Un agriculteur qui cultive du blé ou des pommes de terre contribue à nourrir la population, un commerçant dépanne les gens de son quartier qui n’ont pas à courir plus loin faire leurs courses, un médecin soigne les malades, un enseignant dans son école, un policier dans son commissariat, un conseiller municipal ou un employé de mairie, un pharmacien ou un conducteur de bus scolaire, tous, d’une manière ou d’une autre sont au service des autres. Il n’y a pas un seul père de famille qui travaille uniquement pour lui. C’est pour les siens et pour d’autres encore autour de lui, qu’il s’échine au travail. Et que dire d’une femme au foyer ! Tout ce qu’elle fait, du matin au soir, tous ses gestes, ce n’est pas pour elle, mais pour sa famille, son mari, ses enfants. Ce n’est pas du don de soi pour les autres, ça ?  Rappelons-nous ce que dit le Christ Ce que vous aurez fait pour le plus petit d’entre les miens, c’est pour moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Seulement, bêtement, nous sommes incapables de voir le don de soi pour les autres qu’il y a dans ce que nous faisons de manière banale tous les jours, nous ne voyons pas la valeur devant Dieu de nos travaux, le pire c’est que nous en arrivons à penser que le travail, c’est du profane, du matériel qui nous empêche de mener une vie qui soit vraiment chrétienne. C’est pour ça qu’on ne voit jamais une représentation de Notre Dame en train de faire la lessive, de balayer sa maison ou de faire la cuisine. Nous avons, ancrée en nous, cette idée fausse que la vie chrétienne, c’est les prières. Alors que dans l’évangile, le Christ se moque des païens qui font de longues prières et nous met sérieusement en garde contre une mauvaise compréhension de la prière : Il ne suffit pas de me dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le royaume des cieux ; il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. (Mt.7,41) La prière n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’entrer en communion avec Dieu pour ensuite faire sa volonté. Une prière qui ne débouche pas sur une action est une prière avortée. Nous sommes là à la messe, très bien. Et alors ? Les chaises aussi. Elles sont là à toutes les messes. Elles n’en ratent aucune. Ce qui compte, c’est qu’à travers la liturgie de la parole, nous tirions un enseignement qui transforme notre cœur et que, de la communion, nous tirions la force de vivre et d’agir davantage selon la volonté du Père. A la messe nous sommes là pour faire le plein pour la semaine. Comme des voitures à une station essence.

 Indispensable de faire le plein. Mais ce n’est pas une fin en soi. On fait le plein pour rouler ensuite. Indispensable de prier. Indispensable de recevoir la communion. Mais ce n’est pas une fin en soi. On prie, on communie, pour se brancher sur Dieu et acquérir ainsi la force de vivre et d’agir selon sa volonté.

Que retenir de tout cela ?

Le Saint Sacrement, c’est le sacrement du Christ qui donne sa vie pour nous. Quand nous recevons la communion, c’est le-Christ-qui donne-sa-vie que nous recevons. La vie que le Christ nous communique et qui fait de nous des chrétiens, est une vie qui se donne pour les autres. Autrement dit, la vie chrétienne, c’est donner sa vie pour les autres. Et nous ne pouvons y parvenir qu’en recevant la communion où le-Christ-qui-donne-sa-vie pénètre en nous et nous rend capables à notre tour de donner notre vie pour les autres. Mais donner sa vie pour les autres cela ne signifie pas qu’il faille s’imposer du matin au soir des sacrifices terriblement exigeants, héroïques et spectaculaires. Cela peut très bien se vivre dans la banalité des gestes que chacun accomplit tous les jours pour le service des autres.  

Chaque jour, quand je célèbre la messe, je suis fier d’offrir au Seigneur en même temps que le sacrifice du Christ tout ce qui se vit comme service des autres, comme dévouement, du matin au soir, chaque jour, dans vos familles, …et puis au-delà, partout, dans les écoles, les hôpitaux, les EPHADs…Tout ça n’est peut-être pas assez. Il faudrait faire mieux, c’est sûr.

 Saint Exupery parlant de quelques vieilles dames qui s’usaient les yeux à broder des chasubles d’or pour leur Dieu disait : elles allaient, ne le sachant pas, les mains pleines d’étoiles. Eh bien soyons honnêtes : dans notre monde, il n’y a pas que Gaza, l’Ukraine la misère de pays sous-développés et le trafic de drogues. Grâce à la puissance du Saint Sacrement vous allez, sans trop le savoir, vous aussi, et une foule de chrétiens  avec vous, les mains pleines d’étoiles. Il convient, surtout aujourd’hui, d’en rendre grâces à Dieu.

Dimanche de La Sainte Trinité 26 Mai 2024

Nous célébrons aujourd’hui la solennité de la Sainte Trinité. La Trinité, c’est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes. Notre première réaction est peut-être de penser : tout cela est bien éloigné de notre vie quotidienne. En fait, pas tellement, parce que la Trinité, c’est un peu comme les fondations d’une maison. On ne les voit pas, mais toute la maison repose sur elles. Ou bien on se dit : la Trinité c’est encore une invention des théologiens. Pas du tout. Dans l’évangile, le Christ parle continuellement du Père et de l’Esprit Saint. Il nous apprend qu’il est venu parmi nous pour faire la volonté du Père qui a tout remis entre ses mains (Jn 3,25) et qu’il retourne vers le Père qui l’a envoyé (Jn 16,28). Et toute la vie du Christ manifeste l’action en Lui de l’Esprit. C’est l’Esprit qui le conduit au désert (Mt 4,1). C’est par l’Esprit qu’il chasse les démons (Mt 2,8) et apporte la Bonne Nouvelle (Lc 4,18).

Mais comment est-ce possible que trois personnes ne fassent qu’un, dans le respect de l’intégrité de chacune d’elles, sans que l’une d’entre elles n’absorbe les deux autres ou sans que l’alliance des trois ne donne une sorte d’alliage où l’individualité des personnes disparait, comme le cuivre et le zinc disparaissent en donnant le laiton ? Une seule chose peut faire que trois personnes ne fassent qu’un tout en respectant l’individualité de chacune d’elles, c’est l’Amour. Dans la Trinité, aucune personne n’est fermée sur elle-même, mais chacune est ouverte sur les deux autres, dévouée aux deux autres, partageant tout ce qu’elle est, pour faire être les deux autres. Le Père ne joue pas son jeu à lui le Père aime  le Fils et il a tout remis entre ses mains, (J.3,35 ). Le Fils ne fait pas bande à part : Je suis descendu du ciel, non pas pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (J. 6,38) Et l’Esprit n’est pas une entité à part, mais Esprit du Père et du Fils. Pour dire les choses en un mot, La Trinité, c’est le nom qu’on donne à Dieu pour dire qu’il est dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

Mais qu’est-ce que ça peut faire que Dieu soit Trinité ou pas ? Quelles conséquences cela entraine-t-il ? Première conséquence :  c’est parce que Dieu est Trinité qu’il y a un monde et des hommes dedans. Le dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils, l’Esprit Saint n’a pas pu rester enfermé sur lui-même. Il a débordé, éclaté au dehors et ce fut la création. Le Père, le Fils, l’Esprit Saint ne peuvent pas rester entre eux dans le confort tranquille de leur entente profonde. C’est plus fort qu’eux, l’amour les presse de faire être d’autres êtres autour d’eux. Si nous sommes là aujourd’hui et s’il y a un univers autour de nous, c’est parce qu’il y a un Dieu dynamisme d’amour, qui a voulu faire exister d’autres êtres, avec au sommet des hommes créés à son image, dont il désire faire ses fils adoptifs et avec qui il veut partager son intimité, son bonheur et sa vie éternelle. S’il en est ainsi, deuxième conséquence, l’amour, avant même d’être une vertu comme le courage ou la volonté, qu’on peut avoir ou pas, c’est l’énergie créatrice de tout ce qui existe, la loi fondamentale de la vie, du progrès et de l’évolution (Teilhard) Et l’égoïsme, avant même d’être un défaut ou un péché est une pathologie, une maladie mortelle, une force qui détruit la vie.

Troisième conséquence : Dieu-Trinité, dynamisme d’amour, révolutionne l’univers des religions. Avant le Christianisme, dans toutes les religions, Dieu était un être tout puissant, redoutable, imprévisible. Il suscitait la crainte, il fallait donc s’en protéger par des rites, des prières, des sacrifices destinés à calmer sa colère ou à obtenir sa protection et ses faveurs. Désormais, avec Dieu-Trinité dynamisme d’amour, Dieu n’est plus un être tout puissant dont on a peur, c’est un Père aimant. En lui, la toute-puissance obéit à l’amour. Quand on le prie, on n’a plus à chercher le bon truc pour l’obliger à faire attention à nous. Comme un père, il veut le bonheur de ses enfants. On peut donc l’approcher avec confiance et reconnaissance. Ne soyez inquiets de rien, écrit St Paul aux Philippiens, mais par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu. (4,6) Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. (Mt 6,8) avait déjà  dit le Christ.

Mais surtout, quatrième conséquence, la plus importante : la Trinité, ce dynamisme d’amour n’est pas restée inerte dans son ciel. Le Père a envoyé son Fils dans le monde.  Pour quoi faire ? Pour nous unir à Lui. Dieu s’est fait homme, dit St Irénée, pour que l’homme soit fait Dieu. En Jésus Christ, Dieu-Trinité s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu-Trinité. Aujourd’hui, nous participons par notre baptême au courant d’amour qui pousse le Père vers le Fils, le Fils vers le Père, dans l’Esprit. Nous avons été trempés dedans. Depuis le jour de notre baptême, Dieu-Trinité est en nous. St Paul expliquait aux Corinthiens Nous tous qui réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur qui est Esprit (2Cor.3,18). (Gloire = faire le poids)

Sommes-nous toujours attentifs à développer cette vie de Dieu-Trinité en nous ? Est-ce que c’est le dynamisme d’amour de la Trinité qui nous anime ? En famille, est-ce que chacun se donne à l’épanouissement de tous, ou est-ce que chacun s’enferme sur soi ? Dans les affaires, est-ce que chacun œuvre au progrès de tous, ou est-ce que chacun cherche le succès de son petit business à lui ? En politique est-ce que nous cherchons tous le bien commun, ou est-ce que le but de chacun est seulement de couler le parti adverse ? L’égoïsme ou l’orgueil ou les deux à la fois nous tentent constamment de nous renfermer sur nous-mêmes, sans nous occuper de rien ni de personne. Ils  luttent contre le dynamisme d’amour de Dieu Trinité en nous. Chaque jour nous avons à faire face au même combat. Où en sommes-nous ? La solennité de la Sainte Trinité que nous fêtons aujourd’hui nous invite à ne pas nous endormir mais à rester vigilants pour que le dynamisme d’amour implanté en nous le jour de notre baptême continue sans cesse à nous transformer

Que retenir de tout cela ?

La Trinité, c’est le nom que les théologiens donnent à Dieu pour dire qu’il est dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Car seul l’amour peut faire que trois personnes, le Père, le Fils et l’Esprit Saint soient unies au point de ne faire qu’un sans que l’une des trois n’absorbe les deux autres ou sans que l’union des trois ne donne un amalgame confus

Le dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint n’a pas pu rester enfermé sur lui-même. Il a débordé, explosé au dehors et ce fut la création. La Trinité, dynamisme d’amour, a voulu faire être d’autres êtres avec, à leur tête, les hommes créés à son  image avec qui elle a voulu partager son bonheur et sa vie éternelle L’amour trinitaire, c’est la loi fondamentale de tout ce qui existe, l’énergie créatrice, la loi du progrès et de l’évolution qui a bouleversé de fond en comble les relations des hommes avec Dieu. La crainte et la peur disparaissent, remplacées par la confiance et la reconnaissance.

Enfin, la Trinité n’est pas quelque chose de lointain et d’extérieur à nous. Par notre baptême, nous participons du dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Nous avons été trempés dedans le jour de notre baptême (baptizein=plonger). La Trinité, c’est nous !!! Enfin,…pas encore tout-à-fait. Tous les jours nous avons à lutter contre l’égoïsme et l’orgueil qui nous empêchent de  refléter  mieux cette Trinité et de répandre toujours davantage  autour de nous l’énergie d’amour qui la constitue et dont notre monde a terriblement besoin.

Dimanche 19 Mai 2024                  Pentecôte

Nous célébrons aujourd’hui la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres cinquante jours après Pâques. J’ai peur que nos idées sur le St Esprit soient un peu floues. Dieu Père, cela nous parle. Un père, nous savons ce que c’est. Jésus Christ, c’est encore plus clair, il s’est fait homme comme nous. Mais le Saint Esprit… On le représente d’habitude sous la forme d’une colombe dont le modeste roucoulement est censé évoquer la voix discrète de l’Esprit, mais cela ne nous dit pas grand-chose. En revanche, on pourrait le comparer au vent. Le vent, on ne le voit pas, par contre, on peut très bien en constater les effets : on l’entend souffler, on voit les feuilles des arbres bouger et la poussière s’envoler à son passage. De même l’Esprit Saint, on ne le voit pas, mais on en perçoit très bien les effets.

Les apôtres qui, jusque-là, peureux, demeuraient enfermés au cénacle par crainte des Juifs, après la Pentecôte, ils sortent pleins d’audace proclamer partout la Bonne Nouvelle. Sans broncher ils vont affronter l’opposition violente des Juifs orthodoxes, les persécutions et même le martyr. D’autre part, ils annoncent avec autorité l’évangile dont ils ont maintenant la pleine intelligence, eux qui, jusque-là, avaient bien du mal à comprendre les enseignements de Jésus et la vraie nature de sa mission. Pour ne citer qu’un exemple, le jour de l’Ascension, alors qu’ils ont été trois ans avec lui, ils n’ont toujours pas compris le sens ni l’importance de sa mission du Messie, ils en sont encore à lui demander si c’est maintenant qu’il va rétablir l’indépendance d’Israël (Actes1,6 ). Jésus, qui se rendait compte de tous ces malentendus, leur avait déjà confié, au soir du Jeudi Saint : J’ai encore bien des choses à vous dire, mais vous n’êtes pas à même de les supporter ; lorsque viendra l’Esprit de Vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. (Jean16,13). Enfin et surtout, outre le bruit violent et les langues de feu qui se manifestent lors de la venue de l’Esprit Saint,  le prodige le plus spectaculaire qui marque cette venue, c’est que des gens venant de partout, parlant toutes sortes de langues entendent chacun dans sa propre langue, la parole de Dieu annoncée par des Galiléens, ainsi que nous le rapporte la première lecture de la messe aujourd’hui C’est là le début de la mondialisation  de l’évangile annoncée par le Christ le jour de l’Ascension : Vous allez recevoir la puissance de l’Esprit Saint…Vous serez lors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités du monde. (Actes 1,8). Le christianisme jusque là limité au monde juif devient catholique, du grec kat’olèn tèn gen, c’est-à-dire qu’il commence à se répandre  par toute la terre.

Et sur nous aujourd’hui, quels sont les effets de l’Esprit Saint ? Les mêmes que sur les apôtres. D’abord il éclaire notre intelligence, par exemple en nous permettant de comprendre tout le sens d’une parole de Dieu que nous avions entendu bien souvent, mais qui, jusqu’alors, ne nous avait pas frappés. Voici qu’aujourd’hui, l’Esprit Saint nous faisant accéder à la vérité tout entière, nous en comprenons tout le sens.Mais il ne touche pas seulement notre intelligence. La connaissance qu’il nous donne de la parole de Dieu nous touche profondément, pas seulement comme un savoir nouveau à ranger dans notre cerveau entre les tables de multiplication et les règles d’accord du participe passé, mais aussi  comme quelque chose qui nous réchauffe le cœur et va nous amener à changer nos façons de faire. Savoir que Tokyo est la capitale du Japon ne change rien à ma manière de vivre. Tandis que la connaissance de la parabole du bon Samaritain m’amène à changer mes relations avec les autres. Autrement dit, l’Esprit Saint, qu’est-ce qu’il fait ? Il agit en chacun au niveau de l’intelligence qu’il éclaire, du cœur qu’il transforme et finalement au niveau de la vie quotidienne en donnant à chacun la force et le courage de modifier sa manière de vivre. Ce qui n’est pas étonnant puisque la parole de Dieu que l’Esprit Saint nous fait comprendre est une parole de vie, une parole à vivre. Dès que l’Esprit Saint nous fait comprendre quelque chose de Dieu, nous découvrons qu’il est bon et miséricordieux, nous commençons à l’aimer et comme nous l’aimons nous nous mettons à suivre ses lois et commandements. Le Seigneur nous avait déjà annoncé à travers le prophète Ezéchiel cette transformation qu’il opérerait en nous : Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau………… ………………….et je ferai que vous marchiez selon mes lois et que vous observiez mes coutumes.

L’ennui, c’est que le passage de l’Esprit Saint dans nos vies n’est pas facile à repérer. Il ne s’accompagne plus comme au jour de la Pentecôte de vent violent, de langues de feu, ni  de parler en langue. Comment faire pour repérer le passage de l’Esprit Saint et entendre sa voix ? D’abord il faut avoir la volonté de le chercher, comme le psalmiste qui demandait à Dieu dans sa prière : Fais-moi comprendre et je vivrai (Ps.118,144 ). Ensuite, il faut être attentif à ce qui se passe en nous et autour de nous: chaque fois que quelque chose, un évènement dont nous sommes témoins, une parole entendue, nous touche le cœur et nous fait comprendre quelque chose sur Dieu, que ce soit dans une homélie ou une conversation, dans la rue, à la radio ou à la télé, c’est  l’Esprit Saint qui nous instruit. En particulier, il convient d’être attentif à tout ce qui se dit ou se fait de bien autour de nous, parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc chaque fois que quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, c’est l’Esprit Saint qui l’a inspiré. Je pense à l’attention aux autres qu’on peut voir tous les jours dans les familles, au dévouement pour les malades dans les hôpitaux et les EPAHD, l’entraide, la solidarité qui se manifeste partout à l’égard des personnes âgées ou des migrants. Dans notre monde il n’y a pas que Gaza, l’Ukraine, la misère de pays sous-développés et le trafic de drogues.

Que retenir de tout cela

L’Esprit Saint, c’est comme le vent. On ne voit pas le vent, mais on l’entend souffler et on voit

la poussière s’envoler sur son passage. Le Saint Esprit, on ne le voit pas, mais on peut en constater les effets. Les apôtres, avant la Pentecôte, ils ne comprenaient pas grand-chose aux paroles du Christ, après avoir reçu l’Esprit Saint ils en ont la pleine intelligence et annoncent partout l’évangile avec autorité. Avant la Pentecôte, ils vivaient dans la peur des juifs. Après la Pentecôte, ils n’ont plus peur de rien et ils affronteront sans broncher les oppositions les plus violentes, les persécutions et le martyre. Après la Pentecôte, l’évangile n’est plus annoncé aux Juifs seulement mais à tous les hommes, de tous les pays et dans toutes les langues. C’est le début de la mondialisation, de la catholicité du Christianisme en vue de l’accomplissement du dessein de Dieu notre Sauveur qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité comme dira plus tard St Paul. (1Tm.2,4 )

Pour nous aujourd’hui, l’Esprit Saint nous fait entrer dans l’intimité de Dieu Il éclaire notre intelligence en nous faisant comprendre en profondeur toute la richesse de sa Parole, il enflamme notre coeur pour nous faire aimer cette parole et surtout il met en nous la force de vivre désormais selon cette parole, quelle que soit l’indifférence ou l’hostilité du monde qui nous entoure.

La difficulté, c’est de repérer son passage. Que faire pour y parvenir ?  Commençons par l’appeler dans la prière, Pensons aussi à relever dans nos journées tout ce qui nous a touchés et rapprochés de Dieu mais surtout prenons l’habitude de  repérer tout ce que nous ou les autres autour de nous disent ou font de bien. Car il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu et chaque fois que quelqu’un pense, dit ou fait quelque chose de bien, l’Esprit de Dieu est là qui l’a inspiré. Il nous arrive de faire notre examen de conscience pour voir le mal que nous avons fait, le regretter et veiller à ne plus recommencer, c’est très bien. Mais est-ce que nous faisons quelquefois notre examen de conscience pour repérer la présence de l’Esprit Saint qui nous pousse à faire le bien ? Il faudrait être vraiment tordu pour passer plus de temps à chercher après le mal qu’à chercher après Dieu, vous ne croyez pas ?

Dimanche 12 MAI 2024

Nous sommes le Jeudi Saint au soir. Devant la situation difficile qui s’annonce, Jésus prie le Père pour ses disciples. Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, Dans la Bible, le nom désigne la personne elle-même. Donc, garde les unis dans ton nom, cela veut dire « Garde les unis en Toi », dans ce que tu es, dans ton amour. Garde les dans le nom que tu m’as donné. Ce nom-là, c’est quoi ? C’est le nom de Fils. Donc, garde les dans le nom que tu m’as donné, cela veut dire « Garde les en tant que fils comme moi. »Pour qu’ils soient un comme nous sommes un, c’est-à-dire moi, ton fils, je suis un avec toi puisque nous sommes père et fils, eh bien, puisqu’ils sont fils aussi, qu’ils soient un avec nous. On pourrait donc reformuler ainsi la prière de Jésus : Père Saint, garde mes disciples unis en Toi. Garde les en tant que fils comme moi. Qu’ils soient un avec Toi et moi, comme Toi et moi nous sommes un.
Mais pourquoi le Christ veut-il donc que nous soyons un avec le Père et lui ? Cela ne lui rapporte rien et il n’a absolument pas besoin de nous. Mais, c’est plus fort que lui, si j’ose dire. Il y a en lui une sorte de dynamisme d’amour qui le pousse à vouloir partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. Il veut que nous soyons un avec lui pour que nous vivions dans le courant d’amour qui circule entre eux, Père, Fils et Esprit Saint, que nous partagions leur intimité, leur joie, leur bonheur. C’est invraisemblable ! Il y a un tel écart entre Dieu et nous ! Comment est-ce possible que nous, qui sommes orgueilleux, égoïstes, envieux, médiocres, minables, nous soyons promus jusqu’à être des proches du Très Saint ? Et vers la fin de sa prière, le Christ ajoute : Je parle ainsi pour qu’ils aient ma joie et qu’ils en soient comblés, comme pour confirmer que ce qu’Il veut pour nous, c’est que nous soyons heureux. On n’y pense pas assez, on ne le dit pas assez. Mais si on y réfléchit une seconde, cela va de soi. Si Dieu est un Père, il désire le bonheur de ses enfants. Vous qui avez des enfants est-ce que vous ne faites pas tout pour qu’ils soient heureux ? Est-ce qu’on peut penser que notre Père du ciel en ferait moins pour ses enfants que les pères d’ici-bas ? Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la Vie Eternelle dit l’évangile de St Jean (3,16). Et St Paul renchérit : Peut-être pour un juste accepterait-on de mourir. Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. (Rom.5,7-8)
Et de même que pour assurer le bonheur de vos enfants, vous leur apprenez à respecter certaines exigences, se tenir droits, se laver les mains avant de manger, dire bonjour, aller à l’école, faire ses prières, de même le Seigneur nous propose des lois et des commandements à observer pour assurer notre bonheur. Mais trop souvent, par orgueil, nous prétendons en faire à notre tête, rejetant toute influence extérieure, même celle de l’amour de Dieu que nous accusons de limiter notre liberté. Pourtant, chaque fois que ce n’est plus le Seigneur et son amour mais l’orgueil, l’égoïsme, la passion du pouvoir et des richesses qui dirigent le monde, les résultats sont désastreux. L’industrialisation sauvage détruit les forêts, pollue les fleuves et les océans. Dans certaines grandes villes, on ne respire plus. Sans parler du tiers-monde où des millions d’hommes vivent dans une misère inadmissible, même dans des pays aisés comme le nôtre, il y a de plus en plus de dépressions et de burn-outs, de personnes surmenées, victimes des cadences effrénées et des réductions de personnel, leur équilibre personnel est menacé, leur vie familiale compromise, parfois ruinée. Et dans tous les continents, des conflits raciaux, religieux ou des guerres entre nations répandent la haine, les destructions, les ruines et des millions de morts.
C’est dans ce monde là que le Seigneur nous envoie restaurer la paix, la justice, la charité et faire régner l’esprit de l’évangile. Déjà, même si, en bien des endroits , des hommes, des femmes, des enfants que Dieu aime, pour lesquels le Christ est mort sur la croix, vivent encore dans des conditions terriblement inhumaines, l’esprit chrétien est à l’origine de bien des progrès et de lois sociales qui ont amélioré les conditions de vie de millions de personnes dans un certain nombre de pays. D’innombrables associations d’aide aux personnes en difficulté, aux réfugiés et aux migrants font un travail admirable. Les chrétiens ne sont pas les seuls animateurs de ces mouvements, mais ils y sont largement représentés. Même dans la jungle de la politique, des hommes comme Julius Nyéréré en Tanzanie, le pasteur Martin Luther King aux Etats Unis, en France, Robert Schuman, dont le procès de béatification est en cours, et bien d’autres, ont œuvré et oeuvrent encore dans un esprit d’amour et de service, convaincus que, selon la parole de PaulVI, la politique est une forme privilégiée de la charité. Mais il reste énormément de problèmes à résoudre, de malheurs à combattre, de misères à soulager.
C’est pourquoi le Christ ne prie pas le Père de nous retirer du monde. Au contraire, il nous envoie dans ce monde continuer son œuvre de salut. Certes ce n’est pas nous qui allons ni supprimer tous les malheurs du monde mais chacun de nous doit faire tout ce qu’il peut pour apporter, là où il est, un peu plus de justice, de paix et de charité. C’est pourquoi dans sa prière le Christ demande au Père de nous sanctifier dans la vérité. Dans l’évangile, la vérité, c’est ce qui correspond à la réalité, laquelle inclut le projet de Dieu sur le monde et sur les hommes. D’autre part, si la vérité en général, est savoir pour l’intelligence sans répercussion sur ma manière de vivre, la vérité de l’évangile, en plus d’être un savoir pour l’intelligence, est une force qui m’oblige à changer ma manière de vivre. Savoir que Tokyo est la capitale du Japon ne change rien à mes habitudes, mais connaître la parabole du Bon Samaritain me met en demeure de pratiquer la charité. Quand le Christ demande au Père de nous sanctifier dans la vérité, cela veut dire qu’il demande au Père de nous faire adhérer au projet du Père sur le monde, en sorte que nous nous mettions à réaliser sa volonté dans notre vie. L’évangile, la vérité de l’évangile, ce n’est pas à lire, à méditer ou à prier seulement, c’est quelque chose à vivre, à mettre en pratique. C’est pourquoi l’Ecriture ne parle pas seulement de connaître la vérité, mais de faire la vérité (Jean 3,21) ou de marcher dans la vérité. ( 3 Jean,3)

Que retenir de tout cela ?

Notre Dieu veut que nous soyons heureux. C’est la bonne nouvelle de l’évangile d’aujourd’hui. Si le Seigneur veut que nous soyons unis intimement à lui, en étroite communion avec le Père et l’Esprit, ce n’est pas en vue d’accroître son pouvoir ou sa domination, mais dans le but de nous faire partager sa joie et son bonheur. Alors qu’il y a un tel écart entre lui et nous ! Comment est-ce possible que nous qui sommes orgueilleux, égoïstes, envieux, nous soyons promus jusqu’à être des proches du Très Saint ? Notre Dieu est Amour. C’est plus fort que lui. Il faut qu’il partage avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il ne peut pas supporter d’en profiter tout seul. Il le dit et le répète : Si je vous dis tout cela c’est pour que vous ayez en vous ma joie et que vous en soyez comblés. Est-ce que nous réalisons l’énormité de ce privilège ?
Malheureusement la majorité de nos contemporains n’en a aucune idée et ne s’en soucie absolument pas. Le bœuf connait son bouvier et l’âne la crèche de son maître, mais mon peuple ne connaît rien, il ne comprend rien. (Isaïe 1,3) Ils m’ont abandonné moi la source d’eau vive pour se creuser des citernes fissurées.(Jer.2,13) déplorait déjà le Seigneur, il y a 3.000 ans par la bouche des prophètes. Raison de plus pour faire tout ce que nous pouvons, pour limiter les dégâts et améliorer la situation là où le Seigneur nous a placés en ce monde.

Dimanche 5 Mai 2024 Beaucamps

Aimez-vous les uns les autres. Ce serait déjà très bien, si on y arrivait. Plus de disputes dans les familles, plus de rivalités agressives dans les affaires, plus de guerres entre les nations ! Mais cela reste un rêve hors de portée. Il y a trop d’orgueil et d’égoïsme partout. Le pire, c’est que le Seigneur ne s’arrête pas là, il ajoute Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Alors là, c’est carrément impossible.
Comment le Christ nous aime-t-il ? Il nous aime d’amour, d’un amour infini, jusqu’à donner sa vie pour nous. Il ne s’agit pas simplement d’une inclination ou de vagues sentiments. Car il y a des degrés dans la manière d’aimer. Il y a de tas de gens qu’on aime bien, parce qu’on les trouve sympathiques, on apprécie leur personnalité, leurs qualités, leurs talents, sans qu’on les aime d’amour à proprement parler. C’est comme ça que je peux aimer Churchill, Saint Exupery ou Mbappé. Aimer d’amour, c’est autre chose. C’est quoi ? C’est mettre la personne qu’on aime au-dessus de soi, la faire passer avant soi, chercher à la rendre heureuse. C’est comme ça que le Christ nous aime. Dans l’évangile, on ne le voit jamais chercher son avantage, toujours il cherche notre épanouissement. Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance. (Jean 10,10 ) Cela le conduit jusqu’à s’effacer, se renoncer. Lui de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéantit lui-même, prenant la condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. (Phil.2,6) Et il ira dans le renoncement jusqu’au degré ultime : donner sa vie.
Même sans aller jusqu’à donner sa vie pour ceux qu’on aime, simplement les mettre au-dessus de soi, les faire passer avant soi, pour nous, c’est impossible, c’est contraire à la psychologie humaine la plus élémentaire : regardez un petit bébé dans son berceau, il essaie d’attraper tout ce qui passe à portée de ses mains et le porte à sa bouche, même son pied ! Nous sommes fondamentalement égoïstes. Nous sommes obligés d’en convenir : l’amour n’est pas un sentiment humain. L’amour, c’est Dieu, c’est en Dieu. Pourtant l’amour, ça existe dans notre monde, autour de nous, bien des gens arrivent à aimer d’amour : combien d’époux mettent leur conjoint au-dessus d’eux, combien de parents font passer leurs enfants avant eux ! Comment se fait-il que nous arrivions à aimer d’amour ? C’est que Dieu, seule source d’amour au monde, en nous créant à son image, nous rend capables d’aimer d’amour, alors que par nous-mêmes tout seuls nous en serions incapables. L’amour, cela vient de Dieu, c’est un don de Dieu.
Mais comme l’égoïsme reste toujours présent en nous, même si Dieu nous rend capables d’aimer, tous les jours, nous avons à lutter pour nous maintenir au niveau de l’amour, à niveau avec la manière d’aimer du Christ et ne pas retomber dans l’égoïsme C’est pourquoi Il nous recommande vivement : Demeurez dans mon amour.
Mais comment faire ? Aimer comme le Christ, c’est faire passer l’autre avant soi, l’épanouir, construire son bonheur. Or souvent, lorsque nous aimons quelqu’un, en réalité, nous cherchons seulement à jouir de ses qualités, et cela peut nous amener jusqu’à profiter de lui, l’exploiter ou même le détruire. Le pilonnage intensif des médias aggrave encore la situation : les chansons, les films, les romans nous répètent indéfiniment le même portrait faussé, trompeur, caricatural de celui qui aime. Comment présente-t-on l’amoureux dans les médias ? Comme quelqu’un qui a très envie de l’autre, qui a très envie de jouir de l’autre, de ses qualités, de ses talents. Il répète indéfiniment : « Je t’aime, je ne peux pas vivre sans toi, j’ai besoin de toi » Mais est-ce que c’est elle qu’il aime ou seulement lui profitant, jouissant de ses qualités et de ses talents à elle ? Combien de fois les médias nous rapportent des féminicides où un pauvre homme qui a tué sa compagne parce qu’elle voulait le quitter tente de s’excuser en disant « Je l’aimais, je ne pouvais pas vivre sans elle » Est-ce que c’est elle qu’il aimait ? Bien sûr que non. Il croyait l’aimer alors qu’en réalité c’est lui qu’il aimait, lui profitant d’elle. Méfions nous du langage, il peut charrier bien des malentendus. On dit aussi bien j’aime le chocolat que j’aime ma femme. C’est vrai que je suis heureux de manger le chocolat que j’aime et heureux de vivre avec la femme que j’aime. Pourtant, ce n’est vraiment pas la même chose. Le chocolat que j’aime, je le détruis, tandis que la femme que j’aime, je la construis puisque j’essaie de bâtir son bonheur.
Le Christ dans sa manière de nous aimer, nous montre que l’amour se vit dans le service de ceux qu’on aime, en vue de construire leur bonheur. Le service, le dévouement pour les autres, c’est l’amour en actes. C’est ce que le Seigneur veut nous faire comprendre dans la scène du lavement des pieds qui, loin d’être anecdotique, nous transmet une vérité fondamentale : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Seigneur et Maître et vous dites bien, car je le suis. Dès lors, si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné l’exemple pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous. …..Sachant cela vous serez heureux, si du moins vous le mettez en pratique.(Jean 13,12-17). Le Seigneur nous recommande de nous mettre au service les uns des autres, comme lui l’a fait, un service sans réserve, exempt de toute volonté de puissance et de tout esprit de domination. Mais alors, cela ne va pas être facile, il va falloir peiner, faire des efforts. Pourtant le Christ ajoute Je vous ai dit tout cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.
Comment est-ce qu’on peut trouver de la joie dans les efforts et dans la peine ? C’est que, par-dessus les efforts et la peine qu’on se donne pour aimer d’amour, domine la joie de construire et de créer du bonheur. Quand vous aimez votre mari, votre femme, vos enfants, vous créez leur bonheur. Et c’est le paradoxe de l’amour : plus vous avez dû faire des efforts, plus vous avez dû vous donner de la peine pour y parvenir, plus vous vous retrouvez heureux de les voir heureux. Saint-Exupéry disait Plus tu donnes et plus tu reçois et tant pis si les mots se tirent la langue. Le Créateur qui est Amour, crée du bonheur. Eh bien nous aussi, quand nous aimons, nous créons du bonheur et par là nous rejoignons le Créateur et partageons sa joie. C’est pourquoi le Christ nous dit: je vous dis tout cela, je vous dis aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, pour que MA joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.
Que retenir de tout cela
Nous aimer les uns les autres, c’est déjà au-delà de nos moyens, à plus forte raison nous aimer les uns les autres comme le Seigneur nous a aimés. Nous sommes fondamentalement égoïstes et donc incapables de mettre les autres au-dessus de nous, de les faire passer avant nous, comme l’exige l’amour. L’amour, c’est Dieu, c’est en Dieu, L’amour n’est pas un sentiment humain, c’est un don de Dieu. Mais parce que nous sommes créés à l’image de Dieu, parce que Dieu est en nous depuis notre baptême, nous sommes devenus capables d’aimer d’amour.
Cependant comme nous restons pécheurs même après notre baptême, il nous faut encore lutter chaque jour pour nous maintenir au niveau de l’amour, pour rester à niveau avec la façon d’aimer du Christ et ne pas retomber dans l’égoïsme. Et, c’est le paradoxe de l’amour, plus on fait d’efforts, plus on se donne de la peine pour aimer d’amour, plus, débouchant dans la joie, on se retrouve heureux. Profitons de cette messe où, avec le sacrifice du Christ nous nous offrons nous aussi, pour demander au Seigneur de nous rendre toujours plus semblables à lui, toujours plus capables d’aimer comme lui. Comme le dit une prière précédant la consécration :Nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous t’apportons. Sactifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent, pour que nous devenions, le corps et le sang de Jésus Christ Notre Seigneur, pour que nous devenions toujours un peu plus Jésus Christ, capables d’aimer comme Lui.

Dimanch 28 Avril 2024                                                   Messe Malgache

Dans cette parabole, le Christ ne se présente pas comme n’importe quelle vigne, mais comme LA VRAIE vigne dont nous sommes les sarments. La vraie vigne. Qu’est-ce que le Christ entend par là ? La vraie vigne, c’est le Créateur, source de la vraie vie qui donne de bons fruits : le bonheur dans la paix la justice et l’amour, par opposition aux  vignes empoisonnées qui donnent de mauvais fruits : souffrance et mort à travers l’égoïsme, l’orgueil, la violence, la haine et l’avidité dans la recherche des richesses Nous autres aujourd’hui quel genre de fruits produisons nous ? Sommes-nous assez perspicaces pour nous greffer sur la vraie vigne ou allons-nous chercher d’autres cépages ? L’état du monde qui nous entoure montre clairement l’urgence de faire le bon choix et les désastres qu’entraînent les mauvais choix. Dans cette parabole de la vigne, reprenant la recommandation pressante du Deutéronome, le Seigneur nous met au pied du mur : Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu et que tu aimes Yahvé ton Dieu, tu vivras…Yahvé ton Dieu te bénira. Mais si ton cœur se dévoie… vous périrez. …Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, vous attachant à lui, car là est ta vie. (Deut.30,15….) Et si déjà nous avons choisi Dieu, seule source de vie, encore faut-il que nous demeurions étroitement unis à lui, jour après jour, année après année, parce que, comme le dit si bien ce beau chant religieux malgache : Le cheminement des hommes sur la terre, au départ, cela vient de Dieu, chaque jour il nous rapproche de Dieu et à la fin il nous ramène chez Lui. ….Oui mais nous autres, aveugles, sourds, boiteux que nous sommes, allons-nous réussir à trouver la bonne route et arriver à bon port ? Nous sommes tellement maladroits, pécheurs… C’est vrai, mais nous en sortirons parce que Toi, Seigneur, Tu es pour nous la Voie, la Vérité, la Vie.

Ce qu’il y a de vrai sur la terre, cela vient de Dieu, cela nous rapproche de Dieu et cela finit par nous ramener chez Lui… oui mais les muets, les paralysés, les détraqués que nous sommes, est-ce qu’ils peuvent encore espérer cette vérité-là ? Nous sommes tellement maladroits, pécheurs…C’est vrai mais nous en sortirons parce que Toi Seigneur, Tu es pour nous la Voie, la Vérité, la Vie.

La vie des hommes sur la terre, elle vient de Dieu, chaque jour elle nous rapproche de Dieu et pour finir elle nous ramène chez Dieu…oui mais nos parents et nos amis malades ou  défunts…Est-ce qu’ils peuvent encore espérer cette vie nouvelle  ?…Nous sommes tellement maladroits, pécheurs…Oui mais nous  en sortirons parce que Toi, Seigneur, Tu es pour nous la Voie, la Vérité, la Vie. (recueil de chants Hasina p.444)  

De même que le sarments n’ont de vie qu’à partir de la vigne, de même nous n’avons de vie qu’à partir de Dieu, créateur de toute vie. Arrachés ou coupés du cep, les sarments ne sont plus que du bois mort.  Séparés ou coupés de Dieu, nous ne sommes plus rien. C’est pourquoi le Seigneur nous recommande Demeurez en moi comme moi  en vous. Par nous-mêmes malheureusement, nous ne pouvons pas nous joindre à Dieu et demeurer en lui. Il est Saint et nous sommes pécheurs. Entre


lui et nous, il y a une distance et une incompatibilité radicale. Mais lui franchit la distance et vient vers nous. Par son incarnation d’abord et par les sacrements de baptême, d’eucharistie et de confirmation ensuite,  il nous donne sa vie et son Esprit. Désormais, nous pouvons demeurer en lui puisque lui demeure en nous. Mais il va falloir que nous soyons extrêmement vigilants à ne pas nous couper de lui, ne pas élaborer mes plans, mes projets en dehors de Lui, mais d’abord chercher ce qu’il veut, quels sont ses désirs et ensuite tout faire pour y répondre. Puisque c’est de Dieu Amour créateur  que je reçois la vie, il s’agit de rester accroché à lui. Mes désirs, mes projets ne peuvent pas être meilleurs que les siens. Ste Thérèse de Lisieux en était tellement persuadée qu’elle disait : C’est ce qu’il veut que j’aime le mieux.  

Mais cela ne va pas de soi. bien que le Seigneur nous ait prévenus : en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire, nous sommes toujours tentés d’en faire à notre tête, décidant par nous-mêmes de ce qui est bon ou mauvais, rejetant toute intervention extérieure, même celle de l’amour de Dieu que nous accusons de limiter notre liberté. Cela ne veut pas dire que nous ne devons pas juger par nous-mêmes, cela veut dire simplement que notre jugement ne doit jamais rejeter le point de vue du Seigneur. Chaque fois que ce n’est plus le Seigneur et son amour, mais l’orgueil et l’égoïsme qui dirigent les talents et l’intelligence des hommes, le pire et à craindre. Lorsqu’on se sépare de la vie, on ne peut plus que glisser vers la mort. Cela commence par les conflits et la mésentente dans les familles. Dans les affaires, chacun cherche à écraser les autres. Le progrès ne vise plus le bonheur et le bien être des personnes, mais l’augmentation du profit et du chiffre d’affaires. La finance et l’argent passent avant l’homme. En politique internationale, on voit se produire les mêmes aberrations. Les états trouvent des sommes colossales pour constituer des armées énormes, un armement considérable tandis que leurs peuples stagnent dans la pauvreté, que les hôpitaux sont sous-équipés et les écoles incapables de scolariser les enfants.

Une phrase de la 4° prière eucharistique de la messe m’a toujours frappé, qui dit :Tu as créé l’homme à ton image et Tu lui as confié l’univers, afin qu’en te servant , toi son créateur, il règne sur la création, ce qui laisse entendre que si on s’écarte de Dieu, ça va coincer.

Aujourd’hui beaucoup de familles sont ravagées, des couples brisés, des jeunes et des enfants à la dérive, pour de multiples raisons, mais peut-être principalement parce qu’on veut se libérer d’un idéal chrétien trop exigeant et le remplacer par des idéologies fantaisistes à la mode. Combien de personnes sont déséquilibrées ou collectionnent les dépressions parce que les valeurs fondamentales de la personne ne sont plus reconnues. Si vous ne savez plus que notre vie vient de Dieu et retourne vers Dieu, vous n’êtes plus connectés au réel, vous êtes dans l’inconscient, en plein Alzeimer spirituel.

Que retenir de tout cela ?

Demeurez en moi. Telle est la recommandation du Seigneur pour nous aujourd’hui. Ce serait absolument impossible, s’il n’était déjà en nous. Mais le baptême, l’eucharistie et la confirmation nous communiquent sa vie et son Esprit. C’est pourquoi il peut nous dire : Demeurez en moi comme  moi en  vous. Du fait que je demeure en vous, c’est tout-à-fait possible pour vous de


demeurer en moi. Accrochez vous à moi pour ne pas partir à la dérive. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit.

L’évangile nous met ensuite sérieusement en garde : en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Combien de familles ravagées, de couples brisés, d’enfants et de jeunes à la dérive, combien de guerres, de massacres et de malheurs dans notre monde parce qu’on a rejeté le Christ trop exigeant pour adopter des idéologies prétentieuses mais qui n’ont jamais produit que malheurs et ruines.  

Enfin l’évangile d’aujourd’hui nous donne de solides motifs de confiance et d’espérance puisque le Père, en bon vigneron, veille sans cesse à tailler les sarments que nous sommes pour que nous portions beaucoup de fruits. Ce qui fait la gloire de mon Père, nous dit le Christ c’est que vous portiez beaucoup de fruit. Quelles que soient nos faiblesses, nous pouvons donc avancer avec confiance. Si le Seigneur est avec nous, qui donc sera contre nous ?