(Ex 34, 4b-6. 8-9) (2 Co 13, 11-13) (Jn 3, 16-18)
La Trinité, qu’est-ce que c’est ? Et puis, que Dieu soit Trinité ou pas, qu’est-ce que ça change pour nous, aujourd’hui ?
La Trinité, c’est le mystère d’un seul Dieu en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le mot Trinité a été inventé par les théologiens dans les tout premiers siècles de l’Église. Mais la Trinité est déjà présente dans l’Évangile, où le Christ se présente comme le Fils, parle constamment du Père qui l’a envoyé (Jn 6, 38) et de l’Esprit qui doit nous faire accéder à la vérité tout entière (Jn 16, 13).
Comment est-ce possible que trois personnes ne fassent qu’un, dans le respect de l’intégrité de chacune d’elles, sans qu’aucune d’elles n’absorbe les deux autres, ou sans que l’ensemble des trois ne donne une sorte d’alliage où l’individualité des personnes disparaisse, comme le cuivre et le zinc disparaissent pour donner le laiton ?
Une seule chose peut faire que trois personnes soient tellement unies qu’elles ne fassent qu’un, tout en respectant l’intégrité de chacune d’elles : c’est l’amour. Dans la Trinité, aucune personne n’est centrée sur elle-même, mais chacune est tournée vers les deux autres.
Le Père ne joue pas son jeu à Lui : Le Père aime le Fils et Il a tout remis entre Ses mains (Jn 3, 35).
Le Fils non plus ne joue pas Son jeu à Lui : Je suis descendu du ciel non pas pour faire Ma volonté, mais la volonté de Celui qui M’a envoyé (Jn 6, 38).
Et l’Esprit n’est pas une entité à part : c’est l’Esprit du Père et du Fils.
Donc, la Trinité, qu’est-ce que c’est ? C’est un dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Mais pour nous, qu’est-ce que ça peut faire que Dieu soit Trinité ou pas ? À quoi ça sert que Dieu soit Trinité ?
Eh bien, c’est parce que Dieu est Trinité, dynamisme d’amour, qu’il y a un monde et des hommes dedans. En effet, ce dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et l’Esprit n’a pas pu rester enfermé en Lui-même. Il a débordé, explosé à l’extérieur, et ce fut la création.
Le Père, le Fils et l’Esprit Saint, c’est plus fort qu’Eux : Ils ne peuvent pas rester entre Eux, dans le confort tranquille de Leur entente profonde. Parce qu’Ils sont amour, Ils ont eu envie de partager tout ce qu’Ils ont et tout ce qu’Ils sont avec d’autres. Ils ont eu envie de faire être d’autres êtres autour d’Eux.
Si nous sommes là aujourd’hui et s’il y a un monde autour de nous, c’est parce qu’au départ, il y a un Dieu, dynamisme d’amour, qui a voulu faire exister d’autres êtres, avec, au sommet, des hommes créés à Son image, dont Il désire faire Ses fils adoptifs et avec qui Il veut partager Son intimité, Son bonheur et Sa vie éternelle.
S’il en est ainsi, alors l’amour, avant d’être une qualité ou une vertu, comme le courage ou la volonté, est la loi fondamentale de tout ce qui existe. C’est l’énergie créatrice, la loi du progrès et de l’évolution (Teilhard). Par conséquent, « Aimez-vous les uns les autres », avant même d’être un commandement de charité, est comme la loi structurelle, essentielle et fondamentale de la vie, du progrès et de l’évolution.
Et, autre conséquence, l’égoïsme, avant d’être un défaut ou un péché comme la paresse ou l’orgueil, est une pathologie, une maladie mortelle de l’être, une force qui détruit la vie.
Nous ne pouvons donc pas rester là à applaudir Dieu : « Bravo ! Vive Dieu ! Vive la Trinité ! »
Créés à l’image de cette Trinité, à l’image de ce dynamisme d’amour existant entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, nous sommes appelés à reproduire dans notre vie de chaque jour ce dynamisme d’amour où jamais on ne se referme sur soi, mais où toujours on est ouvert sur les autres, avec la volonté de les faire être.
Comment faire pour nous maintenir à ce niveau, alors que l’égoïsme et l’orgueil font pression sur nous pour nous tenter de faire ce qui nous plaît, sans nous occuper de rien ni de personne, et surtout pas de Dieu ?
Heureusement pour nous, la Trinité n’est pas demeurée inerte dans Son ciel. Le Père a envoyé Son Fils dans le monde, où Il s’est fait homme justement pour nous greffer sur la vie de Dieu, Trinité d’amour.
Souvent, on dit que le Christ s’est fait homme pour réparer une faute qui aurait offensé Dieu d’une manière irréparable, nous apporter le pardon et nous réconcilier avec le Père. On a beaucoup chanté :
« Minuit, chrétiens, c’est l’heure solennelle où l’Homme-Dieu descendit parmi nous pour effacer la faute originelle et, de Son Père, effacer le courroux. »
Ce n’est pas assez dire.
En fait, Il est venu pour faire davantage que pour opérer un règlement de compte. Il est venu sur la terre et s’est fait homme essentiellement pour accomplir le plan de Dieu, qui, depuis le départ, voulait nous diviniser, nous greffer sur Lui.
Au passage, Il en a profité pour opérer la réconciliation avec le Père à travers Sa Passion et Sa Résurrection. Mais la réconciliation avec le Père n’est pas le but principal de Sa venue.
C’est saint Irénée qui exprime le mieux le but de l’Incarnation quand il écrit : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu. »
Au départ, Dieu a créé l’homme à Son image, mais il restait une certaine distance entre Dieu et l’homme. Avec l’Incarnation du Christ, il n’y a plus de distance entre les deux. En Jésus, pour la première fois, l’humanité a été unie à la divinité, et, depuis, tous les fidèles du Christ, à travers leur baptême, sont unis intimement à Dieu.
Il leur reste à se maintenir dans cette communion, car ils sont toujours tentés de reprendre leur indépendance et de se couper de Dieu. Mais les sacrements sont là pour les maintenir en communion avec Dieu.
La confirmation, en leur communiquant l’Esprit Saint, leur apporte lumière et force.
La confession leur apporte le pardon de leurs fautes.
Et l’eucharistie renforce, jour après jour, la communion avec Dieu inaugurée le jour de leur baptême.
À la messe, en effet, avec le sacrifice du Christ, nous offrons au Père le pain, fruit du travail des hommes et de la terre, le vin, fruit de la vigne et du travail des hommes, nous nous offrons nous-mêmes.
Juste avant la consécration, le prêtre demande au Seigneur : « Ces offrandes, sanctifie-les par Ton Esprit pour qu’elles deviennent, c’est-à-dire pour que nous devenions, le corps et le sang de Jésus-Christ, notre Seigneur. »
En d’autres termes, chaque fois que nous participons à la messe, nous sommes christifiés, devenant toujours plus semblables au Christ. Notre incorporation à la Trinité, commencée le jour de notre baptême, s’en trouve d’autant renforcée.
Que retenir de tout cela ?
La Trinité, c’est le nom qu’on donne à Dieu pour dire qu’Il est un dynamisme d’amour circulant entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
Ce dynamisme d’amour, incapable de rester enfermé à l’intérieur de la Trinité, a éclaté au dehors, s’est répandu pour donner la création et les hommes, au sommet de cette création, créés à l’image de Dieu, destinés à devenir Ses fils adoptifs et à partager Son bonheur et Sa vie éternelle.
Le dynamisme d’amour de la Trinité est la loi fondamentale, l’énergie créatrice de tout ce qui existe, la loi qui gouverne le progrès et l’évolution.
Par conséquent, l’amour, avant même d’être une qualité ou une vertu, est d’abord l’énergie créatrice de tout ce qui existe.
Et l’égoïsme, avant même d’être un défaut ou un péché, est une pathologie, une maladie mortelle, destructrice de toute vie.
Dieu-Trinité veut nous faire participer au dynamisme d’amour qui Le constitue.
Voilà où réside l’extraordinaire dignité et la véritable grandeur de l’homme, beaucoup plus que dans les richesses ou le pouvoir d’écraser les autres.
Puisse la grâce que le Seigneur nous donne à travers les sacrements nous aider à vivre toujours davantage de ce dynamisme d’amour de la Trinité.