homélie

Dimanche 1  Décembre 2024

Jérémie (33,14-16)  Paul (Thess. 3,12-4,2)  Luc (21,25-28 ; 34-36)

Le Seigneur reviendra à la fin des temps rassembler tous les élus. Il faut nous tenir prêts pour ce jour-là. Voilà ce que nous dit l’évangile d’aujourd’hui.  

Après avoir fait un tableau effrayant des évènements terrifiants qui vont s’abattre sur le monde à la fin des temps : la mer et les flots déchainés, des signes dans les cieux, sur la terre les hommes mourront de peur, etc., le Seigneur conclut, c’est étonnant, sur une note optimiste : Quand ces évènements commenceront, redressez-vous et relevez la tête car votre délivrance approche.. En effet, il reviendra rassembler tous ceux qui lui auront été fidèles au cours de leur vie ici-bas dans un monde nouveau où la mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni cri ni souffrance car le monde ancien aura disparu dit l’Apocalypse,(21,43)

Voilà qui bouscule notre manière de voir les choses. Nous, ce qui retient notre attention, parce que cela nous fait peur, c’est la fin du monde. L’évangile d’aujourd’hui remet les choses en place : la fin du monde, ce n’est qu’une partie du processus de l’avènement d’un monde nouveau lors du retour du Seigneur La fin du monde, il faut la prendre pour ce qu’elle est : un effet secondaire de l’avènement d’un monde nouveau. Exactement comme la destruction des champs de blé mûr n’est qu’un moment dans le processus du triomphe de la moisson, un effet secondaire du triomphe de la moisson. La fin des champs de blé ? Peu importe. Ce qui compte c’est la moisson. La fin du monde ? Peu importe. Ce qui compte c’est le monde nouveau dans lequel il faut nous préparer à rentrer.

D’autant plus que St Mathieu dans son évangile précise  Le Fils de l’homme reviendra à la fin des temps dans une nuée avec puissance et grande gloire, (Luc 21,28) pour rendre à chacun selon sa conduite nous dit l’évangile selon St. Mt.(16,27) Il s’agit donc de veiller afin d’être prêt. D’être prêt à quoi ? A rencontrer le Seigneur à la fin de temps ? Oui, mais pas seulement. Comme ce jour-là il rendra à chacun selon  sa conduite durant sa vie, veiller afin d’être prêt à rencontrer le Seigneur à la  fin des temps demande que l’on veille dès maintenant,  à avancer chaque jour avec lui vers ce dernier jour.  Comment faire pour marcher avec le Seigneur, chaque jour ?  Il ne devrait pas y avoir de problème puisqu’en prenant congé de ses disciples, il a promis : Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. (Mt.28,20)

Malheureusement, nous ne savons pas reconnaître sa présence dans le courant de nos journées.  Nous sommes comme les disciples d’Emmaüs qui avancent sur le chemin, pas très gais, se croyant tout seuls alors qu’Il est là, avec eux. Lui est avec nous, mais nous ne sommes guère avec lui. Comme  le dit avec humour la boutade bien connue: Mon Dieu, s’il est vrai que vous êtes partout, comment se fait-il que je sois si souvent ailleurs ? Ce n’est pas que nous ne voulions pas le reconnaître, c’est plutôt que nous ne savons pas le reconnaître  

Comment remarquer sa présence et marcher avec lui ? En relevant tout ce qu’il y a de bien dans notre vie et  dans la vie de ceux qui nous entourent. Parce qu’il n’y a qu’une source de bien dans le monde, c’est Dieu. Donc, chaque fois que quelqu’un quelque part dans le monde, pense, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là, présent, qui le rend capables de ce bien. Par conséquent, c’est à moi de veiller pour repérer le bien dans le monde et y reconnaître la présence de Dieu…


On nous a appris à faire notre examen de conscience pour repérer le mal que nous avons fait et nous en repentir. C’est très bien et il faut continuer. Mais pourquoi ne regarder que le mal pourquoi ne pas regarder aussi le bien que nous avons fait,  remercier Dieu qui nous en a rendu capables, et lui demander de nous aider à continuer à avancer avec lui.

On peut aussi remarquer la présence de Dieu à l’œuvre dans nos journées, à travers les sacrements, en particulier l’eucharistie Qu’est-ce qui se passe à la messe ? Dans l’action de grâces, nous offrons au Père le sacrifice de du Christ :  Reçois le sacrifice de ton  Fils mort pour nous sur la croix il y a 2.000 ans. Que ce sacrifice nous obtienne aujourd’hui encore le pardon de nos fautes et nous établisse en communion avec Toi. C’est ça l’essentiel de la messe. Mais en même temps nous offrons notre vie, notre travail, à travers le pain et le vin qui ne sont pas symboles du corps et du sang du Christ, mais fruits de la terre et du travail des hommes et nous demandons au Père de consacrer ces offrandes que nous lui apportons pour qu’elles deviennent, pour que nous devenions, le corps et le sang de Jésus Christ Notre Seigneur. Autrement dit la messe nous christi-fie, nous fait christs, nous fait devenir toujours plus un avec le Christ. En sortant de notre messe du dimanche, nous repartons à nos occupations avec le Christ.  Et de semaine en semaine nous avançons ainsi,  prêts pour la rencontre finale avec le Seigneur qui nous attend parce qu’il veut  que là où il est, nous soyons nous aussi avec lui. (Jean17,24)

Que retenir de tout cela ?

Veiller afin d’être prêts à la rencontre avec le Seigneur à la fin de temps demande que l’on veille dès maintenant à marcher avec lui chaque jour vers cette rencontre finale. Comment faire pour marcher avec lui chaque jour ? Il n’y a pas de problème puisque, il nous l’a dit : Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps (Mt.28,20) L’ennui, c’est que nous ne savons pas repérer sa présence à nos côtés. Il faudrait nous exercer à repérer sa présence à travers le bien que nous faisons ou que d’autres font autour de nous. Comme Dieu est la seule source de bien dans le monde, il est là dans tout ce qui se pense se dit ou se fait de bien dans le monde.

Il est là encore à travers les sacrements, en particulier l’Eucharistie qui renforcent notre union avec lui inaugurée le jour de notre baptême et nous permettent d’avancer avec lui jusqu’au jour où il nous accueillera définitivement.

Ces temps-ci, les textes de l’Ecriture nous parlent souvent des bouleversements de la fin des temps. Pourtant cela ne peut pas nous effrayer. Ce serait offenser Dieu que d’en éprouver de la crainte.  Il n’a pas créé le monde dans le but de le détruire ensuite car je suis Dieu et pas homme et je n’aime pas à détruire nous dit-il par la bouche du prophète Osée (Osée11,9) Il n’a pas créé les hommes dans le but de les exterminer ensuite. Ils seront son peuple et lui sera le Dieu qui est avec eux. (Ap. 21,3) dit encore l’Ecriture.


Christ Roi de l’univers, 24 novembre 2024

(Daniel 7,13-14)  (Apoc.1,5-8)  (Jean 18,30b-37)

Pilate interroge directement Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Il voudrait y voir clair. Il sait que les Juifs attendaient un Messie qui restaurerait la souveraineté d’Israël en chassant le colonisateur romain. Il est donc inquiet. Il veut clarifier la situation. Jésus aussi. C’est pourquoi il demande à Pilate si c’est lui qui le traite de roi ou si c’est la foule. Pilate se défend : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et tes grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait de mal ? Autrement dit : moi je ne comprends rien à vos histoires de Juifs, ce que je veux savoir, c’est ce qu’on te reproche. Jésus ne répond pas à cette dernière interrogation de Pilate mais revient sur la question de la royauté : ma royauté n’est pas de ce monde. Attention, cela ne veut pas dire qu’il faut la reléguer dans un domaine supraterrestre, en dehors de ce monde. Si on regarde de près le texte grec de l’évangile on voit que le Christ dit :  ma royauté ne vient pas de ce monde : è basileia è émè ouk estin ek tou kosmou toutou mais il ne dit pas : ma royauté ne s’exerce pas dans ce monde. Et il continue en expliquant : si ma royauté était de l’espèce des royautés qui viennent de ce monde mes troupes se seraient battues pour que je ne sois pas arrêté, avant de répéter une deuxième fois : ma royauté ne vient pas d’ici.

Les royautés qui viennent d’ici, c’est quoi ? Ce sont des royautés reposant sur un pouvoir politique, sur la puissance des richesses ou sur la force des armes. Le royaume du Christ ne repose pas sur de telles bases d’ordre terrestre. Mais comment peut-on encore lui donner le titre de roi si son pouvoir royal ne repose  ni sur le pouvoir politique, ni sur la puissance militaire ni sur le prestige de richesses comme le pouvoir de tous les rois que nous connaissons. Pourquoi lui donner encore  le titre de Roi ? Pour deux raisons : en tant que Créateur et en tant que Rédempteur.

En tant que Créateur, maître de l’univers, on peut légitimement le considérer comme Roi. Encore faut-il bien voir que cette création n’est pas une manifestation de puissance. S’il a tout créé, alors qu’il n’avait besoin de rien ni de personne, c’est parce que, poussé par son amour,  il a voulu partager avec nous sa vie et son bonheur. Sa création est donc une manifestation d’amour. Le Christ n’est donc pas Roi en tant que créateur tout puissant, il est Roi en tant que Créateur par la toute-puissance de son amour.

Mais surtout on peut donner au Christ le titre de Roi en tant que Rédempteur. Et là encore, si par sa passion et sa résurrection, il nous a rachetés et a vaincu le mal, le péché et la mort, ce n’est pas en vertu de sa toute-puissance, mais par la toute-puissance de son amour. En effet pourquoi a-t-il voulu nous racheter ? Il n’avait pas besoin de nous. Si par le péché, nous étions séparés de lui, lui n’y perdait rien, et pour nous eh bien  tant pis ! Mais dans son amour, il n’a pas voulu que nous restions séparés de lui, il a voulu que nous puissions partager sa vie et son bonheur. C’est par amour pour nous qu’il s’est livré à ses ennemis. Déjà vainqueur du mal et du péché par sa mort sur la croix, sa résurrection au matin de Pâques manifestera son triomphe sur la mort. Un tel triomphe du Rédempteur sur le mal, le péché et la mort légitime son titre de Roi. Sa  royauté, il ne l’a pas conquise à coups de canons ni à coups de dollars mais à coups d’amour, si j’ose dire.  


Mais si la royauté du Christ, ne repose  pas comme les royautés que nous connaissons  sur des fondements terrestres : un  pouvoir politique, une force militaire ou  une puissance financière, néanmoins elle s’exerce quand même, comme toute autre royauté, dans le quotidien de la vie d’ici-bas et il explique à Pilate que sa tâche de roi consiste à rendre témoignage à la vérité. Qu’est-ce que ça veut dire ? De quelle vérité  et de quel témoignage s’agit-il ?  

Dans le langage courant, la vérité, c’est ce qui est conforme au réel. La vérité se dit dans des paroles qui expriment elles-mêmes des idées qui correspondent à la réalité. La vérité, c’est un contenu intellectuel. Dans la Bible, la vérité, c’est ce qu’on expérimente comme solide, sûr, digne de confiance, sur quoi on peut s’appuyer, c’est-à-dire Dieu, la fidélité de son amour, La vérité, dans la Bible, ce n’est donc pas une somme de connaissances à conquérir par un effort de penséec’est une manière de vivre en communion avec ce qu’on expérimente comme solide, sûr, digne de confiance, c’est-à-dire avec Dieu et la fidélité de son alliance avec nous dans l’amour.

Et quand le Christ dit Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité, cela veut dire qu’il est venu exposer par toute sa vie, son enseignement et ses miracles qui est Dieu, quelle est sa sagesse, sa justice, comment est son amour dans une fidélité qui ne vacille jamais. Qui est Dieu, comment Dieu est, cela nous dépasse tellement, qu’il n’arrive même pas à nous le faire comprendre mais il promet d’envoyer son Esprit qui nous fera accéder à la vérité tout entière. (Jean 16,13) Mais cette vérité encore une fois, n’est pas un savoir pour l’intelligence c’est une parole de vie, une parole à vivre. Déjà dans l’Ancien Testament, le psalmiste lorsqu’il prie ne dit pas : Fais moi comprendre et je saurai, il dit Fais moi comprendre et je vivrai (Ps.118,144)

Dire que le Christ est Roi et que sa royauté est fondée sur l’amour, qu’est-ce que ça change pour  nous ? Dire que la royauté du Christ est fondée sur l’amour, c’est dire aussi qu’elle est fondée sur le service. Car l’amour n’est pas un sentiment agréable niché dans le fond du cœur et dont il n’y aurait  plus qu’à jouir confortablement. L’amour s’exerce toujours dans le service de ceux qu’on aime, dans la peine qu’on prend pour ceux qu’on aime et cela peut aller jusqu’au sacrifice suprême, le Christ en sait quelque chose. Or depuis notre baptême, greffés sur le Christ, nous sommes aussi greffés sur cette royauté qui s’exerce dans le service et le don de soi. Cela veut dire que si nous sommes chrétiens, notre vie doit être une vie de service et de don de soi. St Jean nous prévient dans sa première épître : Celui qui prétend demeurer en lui doit se conduire comme lui-même s’est conduit. (1 Jean 2,6) Lui Jésus a donné sa vie pour nous, nous aussi nous devons donner notre vie pour nos frères. (1 Jean 3,16) cela ne veut pas dire que nous sommes tous destinés à mourir en croix ou promis à des sacrifices héroïques et spectaculaires, mais cela veut dire que notre vie doit être une vie de service, chaque jours, dans la banalité du quotidien, que ce soit pour passer la nuit au chevet d’un enfant malade ou pour passer le sel à son voisin de table, ne perdant jamais de vue que ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40)

Que retenir de tout cela ?

Le Christ est Roi et plus que n’importe que roi de la terre, en tant que maître de l’univers qu’il a créé non pas pour donner un peu d’exercice à sa toute-puissance, comme un athlète ferait jouer ses muscles, mais parce que, poussé par son amour, il a voulu partager avec nous sa vie et son bonheur.

Il est Roi plus que n’importe quel roi de la terre parce qu’à travers sa Passion et sa Résurrection, son amour a triomphé du mal, du péché et de la mort, en même temps qu’il nous a réconciliés avec le Père. Sa royauté, il ne l’a pas conquise à coups de canon ou à coups de dollars, mais par la puissance de son amour dont rien ne peut venir à bout. C’est une royauté d’amour qui s’exerce dans le service et le don de soi ;

Et nous, greffés sur le Christ par notre baptême nous partageons sa royauté c’est-à-dire le devoir de service et de don de soi par lesquels s’exerce la royauté de ce roi dont le sceptre est la croix et la politique, le lavement des pieds, la réconciliation  avec le Père dont personne n’est exclu.

En découvrant l’infinie générosité de Dieu, tout ce qu’il a fait et continue de faire pour nous, naturellement s’éveille en nous un sentiment de reconnaissance qui nous fait aimer Dieu en retour.

Plus besoin d’explications, plus besoin d’ordre ni de commandement. La reconnaissance nous amène à l’aimer. Cela va de soi. On ne peut pas faire autrement. Non seulement il nous donne la vie et l’univers qu’il nous confie, mais il veut partager avec nous tout ce qu’il est et tout ce qu’il a. Il nous montre par là ce que c’est qu’aimer quelqu’un : ce n’est pas seulement être attiré par lui  et jouir de ses qualités, (même si cela commence par là), c’est surtout le faire être, tout faire pour qu’il soit heureux et trouver sa joie et son bonheur jusque dans la peine qu’on se donne pour lui. Comme dit l’adage bien connu : Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Donc, pour nous, aimer Dieu, ce n’est pas seulement jouir, profiter de ses bontés, c’est aussi tout faire pour que sa volonté soit faite et que son règne advienne sur toute la terre.

Mais le Christ ajoute au premier commandement d’aimer Dieu, le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même et il précise :  il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. Impossible de séparer ces deux commandements. Comme Dieu aime tous les hommes sans exclure personne, si je prétends aimer Dieu, il faut aussi que comme lui, j’aime mon prochain, sans exclure personne. D’ailleurs le Christ le demande: Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. (Jean 15,12) Comment nous aimait-il ? Il n’excluait personne, mais il n’aimait pas forcément tout le monde de la même manière. Il avait des préférences. L’évangile nous parle de Jean comme du disciple que Jésus aimait (Jean 13,23) il est donc normal et légitime d’aimer davantage ceux qui nous sont proches ou ceux dont nous apprécions les qualités que les habitants de Tokyo ou de Vladivostok dont nous ignorons tout ! Mais nous devons avoir envers tous les hommes, comme le Seigneur, ce parti pris de vouloir les faire être, de vouloir leur bien, leur prospérité, leur bonheur.

Les vraies difficultés commencent avec ceux qui ne nous sont pas sympathiques ou pire encore les malfaiteurs caractérisés, voleurs ou assassins. Le Seigneur est mort pour eux aussi, nous ne pouvons pas les exclure. Comment pouvait-il les aimer ? Il ne les aimait pas pour le mal qu’ils avaient commis mais parce que tout pécheurs qu’ils étaient, il les voyait comme encore capables de se repentir un jour… Cela ne veut pas dire que sous prétexte de charité chrétienne je dois faire confiance aux escrocs et confier la garde de mes enfants à mon voisin qui est pédophile quand je vais faire mes courses. Cela veut dire que, comme le Christ nous ne devons jamais juger quelqu’un comme définitivement mauvais et le rejeter, mais nous devons le regarder comme un malheureux toujours capable de revenir vers le bien. Comme le Christ nous devons toujours être à l’affût du moindre signe de repentir chez lui pour l’accueillir comme il a fait avec le bon larron.

Par la manière dont Dieu nous aime, il nous apprend qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement jouir des qualités qui nous attirent chez lui, c’est aussi tout faire pour le rendre heureux et trouver joie et bonheur dans la peine qu’on se donne pour lui.

Pourquoi aimer Dieu ?  Parce qu’il ne se dresse pas devant nous comme une Toute Puissance redoutable qui garderait ses distances avec nous, mais comme un Dieu-Amour qui dans la toute puissance de son amour nous regarde comme ses enfants avec qui il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Nous lui devons tout : la vie, toutes nos qualités et nos talents, l’univers qui nous entoure avec toutes ses merveilles. Même lorsque nous nous rebellons contre lui, il nous pardonne et persiste à vouloir nous rendre semblables à lui. C’est pourquoi, avant même d’être un commandement, aimer Dieu c’est un devoir de reconnaissance, nous ne pouvons pas faire autrement.

Pourquoi aimer les autres ? Parce que le Seigneur les aime, tous, sans exclure personne, même les pécheurs et les mauvais que le Seigneur regarde comme toujours capables de revenir vers le bien. Si nous avons du mal à y parvenir, rappelons nous que le premier dont nous nous sommes sûrs qu’il est au ciel c’est un gangster. Le Seigneur lui a donné sa parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23,43).

Myopes, dimanche 17 Novembre 2024

33e dimanche T.O. B : Dn 12,1-3 ;He 10,11-14,18; Mc 13,24-32.

Cet évangile annonce le retour triomphal du Fils de l’homme venant sur les nuées avec grande puissance et grande gloire rassembler les élus des quatre coins du monde, après une grande détresse, où le soleil, la lune et les étoiles s’obscurciront tandis que les puissances célestes seront ébranlées. Comme nous ne connaissons pas la culture de l’orient antique nous pensons : cet évangile nous parle de deux choses ; d’abord il y aura la fin du monde et puis après il y aura le retour triomphal du Seigneur qui rassemblera les élus. C’est faux. Dans l’antiquité orientale, les astres étaient les divinités païennes maitresses de l’univers. Par conséquent, lorsque Jésus annonce l’éclipse du soleil et de la lune et la chute des étoiles il n’annonce pas la fin du monde il annonce le triomphe du Dieu unique sur l’idolâtrie païenne. Il ne parle que d’une chose : du retour triomphal du Seigneur venant rassembler les élus, ce qui entraînera la fin du vieux monde en vue de l’apparition du monde nouveau. Mais cette fin du monde n’est qu’un moment du retour triomphal du Seigneur dans le monde nouveau, pas davantage. La fin du monde n’est pas une réalité à part mais seulement une partie du processus de l’avènement d’un monde nouveau. Il me semble que l’évangile d’aujourd’hui nous invite à changer notre manière de parler, donc notre manière de penser et donc aussi notre manière de croire. Nous souffrons d’une myopie spirituelle qui nous enferme dans un univers étriqué et pessimiste. Pourquoi parlons-nous toujours de la fin du monde et n’allons-nous pas jusqu’à parler de l’avènement du monde nouveau qui lui succèdera ? Myopie. Le projet de Dieu n’est pas de détruire le monde mais d’instaurer un monde nouveau. Pourquoi parlons-nous toujours de la mort et n’allons-nous pas jusqu’à parler de la vie nouvelle auprès du Seigneur, qui nous attend après la mort ? Myopie. Pourquoi parlons-nous toujours d’enterrement, ce qui convient puisque le corps des défunts est déposé en terre, mais pourquoi n’allons-nous pas jusqu’à parler d’enciellement, ce qui conviendrait tout autant ? Myopie. Pourtant le Seigneur est formel : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi. (Jean 14,3) Je veux que là où je suis, ceux que tu m’as donnés, Père, soient eux aussi, avec moi. (Jean 17,24) Il faudrait songer sérieusement à extirper de notre foi le masochisme qui nous pousse à croire que tout ce qui touche la religion doit être triste, pénible, voire angoissant. C’est vrai qu’on ne voit nulle part une statue ou une image du Christ riant ou simplement souriant ! Pourtant St Luc, même en parlant des catastrophes qui accompagneront la fin du monde, laisse percer l’espérance : Quand ces évènements commenceront à se produire, dit-il, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche. (Luc 21,28) La fin du monde, il faut la remettre à sa place, il faut la prendre pour ce qu’elle est : ce n’est qu’un effet secondaire de l’avènement d’un monde nouveau où la mort ne sera plus il n’y aura plus ni deuil, ni cri ni souffrance car le monde ancien aura disparu dit l’Apocalypse(21,4) Toutefois l’avènement de ce monde nouveau s’accompagnera, il ne faut pas l’oublier, du jugement où il sera rendu à chacun selon ses œuvres. Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire du Père ; et alors il rendra à chacun selon sa conduite nous dit l’évangile de St Mt.( 16,27). Il faudrait donc penser à gérer notre vie en gardant en point de mire la rencontre avec le Seigneur lors de la fin de notre temps. Il faudrait envisager de soigner notre myopie spirituelle qui nous empêche de voir la véritable fin de notre vie et la valeur de nos actes par rapport à cette fin.Myopes, nous voyons notre vie comme une réalité qui se déroule dans un univers profane. Notre vision, trop courte, ne va pas jusqu’à voir que notre vie, dès le départ, vient déjà de Dieu, que chaque jour de notre vie nous rapproche de Dieu et que finalement le jour de notre mort elle nous ramène chez Dieu. Myopes, nous voyons notre travail comme une activité profane : le moyen gagner honnêtement notre vie, de subvenir aux besoins d’une famille ou de développer l’économie d’ un pays. Notre vision, trop courte, ne va pas jusqu’à voir la valeur spirituelle devant Dieu de tout travail. Myopes, nous ne voyons pas qu’en travaillant nous restons connectés avec Dieu, puisqu’en travaillant nous mettons en jeu les talents que le Seigneur nous a donnés : l’intelligence, le courage etc. et puisqu’ en travaillant nous accomplissons la vocation que le Seigneur nous a confiée en nous plaçant quelque part dans le monde pour y accomplir une tâche précise. Myopes, nous ne voyons pas la valeur de service des autres que comporte notre travail, au minimum je travaille pour assurer un niveau de vie décent aux miens, toujours, à travers mon travail, je rends service aux autres autour de moi, que je sois femme au foyer, instituteur, infirmière, commerçant, conseiller municipal, chauffeur d’autobus etc. Et ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait. (Mt.25,40) dit le Seigneur. Et enfin, myopes, nous ne voyons pas que notre travail transforme, améliore, développe la création. Pensez aux réalisations extraordinaires qui ont transformé le monde rien que dans les cent dernières années dans tous les domaines, la médecine, la chirurgie, la radio, la télévision, les transports, les télécommunications, l’informatique, etc. Par conséquent au lieu de voir notre travail avec un regard myope comme un simple moyen de bien gagner sa vie dans un emploi intéressant, prolongeons notre regard jusqu’à voir que notre travail, bien plus qu’un simple gagne-pain, est une collaboration au développement et à l’épanouissement de la création. Alors nous aborderons avec sérénité le jour du jugement où le Fils de l’homme rendra à chacun selon sa conduite, puisque nous aurons accompli la tâche qu’il nous a confiée. Lui qui, une prière de la messe nous le rappelle, nous a confié l’univers afin qu’en le servant nous régnions sur la création.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui qui nous annonce le retour triomphal du Seigneur venant rassembler les élus des quatre coins du monde, à la fin des temps, nous invite à mener notre vie en gardant en point de mire ce jour où il sera rendu à chacun selon sa conduite. Cela ne veut pas dire que nous aurons à vivre dans la crainte. Ce serait blasphématoire d’imaginer Dieu nous attendant au tournant pour nous coincer. Le Seigneur qui s’est imposé cette vie dure que fut la sienne de la crèche à la croix ne va pas ensuite chercher à nous piéger. L’évangile d’aujourd’hui nous demande simplement de ne pas nous enfermer dans nos étroitesses, de dépasser la signification immédiate de notre vie et de notre travail dans laquelle notre myopie nous confine, il nous invite à voir la grandeur de notre destinée et l’infini du bonheur auquel nous sommes appelés. Myopes et le nez contre, nous sommes peut-être comme ces ouvriers d’un chantier naval dont parle saint Exupery dans une parabole que je vous ai déjà citée : le charpentier te parle de ses planches, le cloutier te parle de ses clous, le voilier te parle de ses voiles, mais tous oublient la mer.

Le service, expression de l’amour        

      (Fromelles, 10 novembre 202431e dimanche T.O. année B, 1 R 17, 10-16, He 9,24-28, Mc 12,38-44)

L’évangile d’aujourd’hui nous transporte au Temple de Jérusalem où Jésus regardant la foule qui circule sur les parvis met en garde ceux qui l’écoutent contre l’orgueil et l’hypocrisie des scribes tandis qu’il fait l’éloge de la pauvre veuve qui passe inaperçue de tous quand elle dépose une offrande apparemment modique mais pourtant très généreuse.

Qui sont les scribes ?  Ce sont des copistes, des greffiers attachés au service du culte. La plupart d’entre eux faisaient partie de la secte des Pharisiens. Ceux-ci formaient une confrérie de dévots très soucieux de se maintenir avec ferveur dans la fidélité à la Loi. Ce qui était très bien, sauf que, fiers de leur savoir en matière de religion et de leur zèle à pratiquer minutieusement la Loi, ils regardaient de haut la masse des croyants peu instruits pour ne pas dire ignorants. Ils tenaient à être vus faisant de longues prières dans les lieux publics, cherchant par tous les moyens à être admirés, comme d’ailleurs un certain nombre de prêtres et de docteurs de la Loi.

Qu’est-ce que Jésus leur reprochait exactement ? Leur orgueil, bien sûr, mais plus encore leur hypocrisie. Faisant semblant de servir Dieu, en fait, ils se servaient de la religion pour satisfaire leurs ambitions, apparaître aux yeux de tous comme des notables dignes d’estime et acquérir ainsi les premières places dans la société. Ils n’ont pas manqué d’imitateurs au cours des siècles. Pensez à Henri IV se convertissant au catholicisme, non par conviction religieuse, mais parce que cette conversion lui donnait les clés de Paris et du royaume de France. On lui prête la boutade bien connue : « Paris vaut bien une messe Et aujourd’hui encore vous pouvez voir à la télévision tel chef d’état notoirement athée s’exhiber faisant de multiples signes de croix en compagnie du métropolite de Moscou, en vue de s’assurer la bienveillance et le vote des croyants abusés. De tous temps il y a eu et il y a encore des pseudos croyants et même de vrais croyants qui utilisent la religion comme moyen pour acquérir de l’autorité et du pouvoir dans la société.

Rien n’est plus opposé au Christ et à son évangile que la recherche du pouvoir. La politique du Christ, ce n’est pas le pouvoir, c’est le service. Il est venu pour servir et pas pour être servi (Marc 10,45) ni pour se servir. Le soir du Jeudi Saint, après avoir lavé les pieds de ses disciples, il nous a laissé une consigne claire : Si je vous ai lavé les pieds, moi le Maître et le Seigneur, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné, ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi. (Jean 13, 14-15). Le Christ  revendique haut et fort sa condition de serviteur, il se présente comme tel : Je me tiens au milieu de vous comme celui qui sert. (Luc 22,27) Par conséquent si je prétends être chrétien, suivre et imiter le Christ, je dois, comme lui, vivre à plein temps dans une attitude de service.

 Cette attitude de service n’est pas une qualité secondaire ou facultative qu’un chrétien pourrait avoir ou ne pas avoir, et pratiquer de temps à autre, c’est une qualité nécessaire à tous ceux qui veulent suivre et imiter le Christ. Parce que le service, c’est l’agir de l’amour, c’est l’amour en actes. L’amour se vit à travers des actes où on se met au service de ceux qu’on aime. L’attitude de service est à l’opposé de la recherche du pouvoir, source du cléricalisme qui à travers les siècles et encore aujourd’hui ne cesse de ronger et de détruire l’Église. Il sévit à tous les niveaux, depuis les petits enfants de chœur qui se battent pour savoir qui va tenir l’encensoir à la grand-messe, jusqu’aux dignitaires ecclésiastiques qui dans certains pays cherchent à détenir le pouvoir politique; depuis les théologiens qui veulent imposer leurs théories personnelles à l’ensemble de l’Eglise, jusqu’au modeste curé de campagne qui arrivant dans une nouvelle paroisse, dissout immédiatement tous les comités existants, afin de détenir seul tous les pouvoirs. Ou bien encore, ce sont des séminaristes qui se lancent dans la course aux diplômes, plus désireux d’avoir un doctorat et d’enseigner à l’université que d’apporter l’évangile en brousse. Mais les clercs ne sont pas les seuls à s’accrocher au pouvoir, les laïcs aussi parfois en font autant. Dernièrement, on m’a rapporté que dans un village, une équipe de paroissiens en charge des enterrements avait empêché un prêtre venu assister aux obsèques d’un membre de sa famille de célébrer la messe de funérailles. Grâce à Dieu, ils sont très loin de constituer la majorité, mais il reste encore des scribes et des pharisiens assoiffés de pouvoir et d’honneurs dans l’Eglise du XXI° siècle et tous nous devons veiller à ne pas nous laisse avoir par les subtiles tentations de l’orgueil et du pouvoir.

Mais en nous demandant de rester constamment dans une attitude de service, est-ce que le Christ ne fait pas de nous un peuple d’esclaves ?   Si je suis obligé de me mettre au service de quelqu’un, parce que j’y suis contraint par la misère ou la nécessité, je me retrouve à un niveau inférieur dans la société, c’est vrai. Mais si c’est par amour que je me mets au service de quelqu’un, au contraire, je m’en retrouve anobli, car le service auquel je me soumets est expression de mon amour pour lui, c’est de l’amour en actes. Une maman qui, toute la journée, se consacre à ses enfants, tout le monde la respecte et l’estime. Pourquoi ? Parce que tous ces travaux, toutes ces corvées qui l’accaparent toute la journée, ce ne sont plus des travaux, ce ne sont plus des corvées, c’est de l’amour qui se déploie. Quand le service des autres est l’expression de l’amour qu’on a pour eux, ce qu’il pourrait contenir de servitude disparaît, il ne reste plus que de l’amour. La vie du Christ en est la plus éclatante illustration.

Alors que les scribes et les pharisiens imposaient jusque 613 préceptes de la Loi à respecter. Le Christ, reprenant l’enseignement du Seigneur dans le prophète Osée : C’est l’amour que je veux et non les sacrifices (Osée 6,6) ne nous lègue en tout et pour tout qu’un seul commandement : Aimer, aimer Dieu et le prochain. C’est pourquoi il tient à faire l’éloge de la veuve qui vient déposer son offrande modeste pour les frais du culte et le secours des pauvres. Financièrement cette offrande est insignifiante : deux petites pièces de monnaie. Mais aux yeux du Seigneur qui connaît la valeur des choses elle pèse plus lourd que les grosses sommes données par les riches, elle pèse le poids de la ferveur d’un cœur simple qui donne non pas de son superflu, mais de son nécessaire pour l’amour de son Dieu et des plus pauvres qu’elle, en ayant l’élégance de cacher sa générosité et sa délicatesse en s’approchant discrètement, sans se faire voir.

Que retenir de tout cela ?

Dans cet évangile, le Seigneur nous met en garde contre la recherche du pouvoir, de l’autorité, du prestige comme faisaient les scribes et les pharisiens, parce qu’une telle attitude est en parfaite contradiction avec ce qu’il nous demande. Qu’est-ce qu’il nous demande ? Une seule chose : Aimer. Aimer Dieu et aimer son prochain. Or l’amour se vit à travers des actes où on se met au service de ceux qu’on aime. C’est seulement au cinéma que l’amour consiste à s’embrasser. Dans notre vie de chaque jour, l’amour se vit dans ce qu’on fait pour ceux qu’on aime, dans la peine qu’on se donne pour ceux qu’on aime, dans le service de ceux qu’on aime. Chaque fois que nous avançons dans l’esprit de service, nous nous approchons du Christ. Chaque fois que nous avançons dans   la recherche du pouvoir nous nous éloignons du Christ.

Finalement l’évangile d’aujourd’hui nous amène à nous demander : Est-ce que je marche vraiment à la suite du Christ ? Qu’est-ce qui compte pour moi, le pouvoir ou le service ?

Aimer Dieu et le prochain 3 novembre 2024

Dimanche 3  Novembre  2024, 31e dimanche T.O. année B : Dt 6, 2-6 ; He 7,23-28 ; Marc 12, 28b-34

Le premier de tous les commandements, c’est d’aimer Dieu et le second c’est d’aimer son prochain. Mais comment peut-on parler ici de commandement ? Aimer, ça ne se commande pas.

Qu’est-ce qu’il se passe quand on aime quelqu’un ? On découvre en lui quelque chose qui vous plaît, qui vous attire. On a envie de le revoir, de faire plus ample connaissance et quelque fois ça se termine par un mariage. Mais Dieu…Qu’est-ce qu’il se passe quand on aime Dieu ? Qu’est-ce qu’on découvre en lui qui nous attire ? On découvre qu’il nous aime. Dans pratiquement toutes les religions, Dieu est un être tout puissant, mystérieux, lointain. C’est le créateur de tout ce qui existe, et comme il est lointain et mystérieux, on en a peur, on le craint. On ne sait pas comment l’approcher. Pour obtenir ses faveurs et se protéger de ses colères, on lui offre des sacrifices onéreux : les plus belles bêtes de son troupeau, parfois même des sacrifices humains.

 Mais pour nous chrétiens, notre Dieu n’est pas d’abord tout puissant. Il est d’abord Amour, c’est un Dieu dont l’amour est tout puissant. La toute puissance en lui obéit à l’amour. La Trinité, c’est un dynamisme d’amour où aucune des trois personnes n’est centrée sur elle-même, chacune est ouverture vers les deux autres. Et ce dynamisme d’amour ne reste pas confiné, enfermé sur lui-même, il éclate au dehors et cela donne la création au sommet de laquelle il place les hommes. Dans son amour, le Père les a créés à son image, Il a voulu les considérer comme ses enfants et leur a confié la gestion de toute cette création Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la. ( Gn 1, 28) Pourquoi a-t-il fait tout cela ?  Cela ne lui rapporte rien, d’ailleurs il n’a besoin de rien ni de personne. Simplement, parce qu’il est un Père aimant, il a voulu partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est avec nous. Dans le credo, on ne dit pas : je crois en Dieu tout puissant mais je crois en Dieu, le Père tout puissant.   

Au contraire des autres dieux, notre Dieu parce qu’il est un Père aimant, n’est pas un Dieu lointain qui s’enferme dans son mystère. Il s’approche et se fait connaître des hommes, ses enfants. Même lorsque ceux-ci se rebellent contre lui, voulant être comme lui et décider par eux-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal, Il ne les abandonne pas mais suscite des guides, des prophètes pour les remettre sur le bon chemin, pour leur enseigner qui il est vraiment et ce qu’il veut. Finalement il a envoyé sur la terre son Fils qui, en se faisant homme, a uni l’humanité à la divinité comme jamais elles ne l’avaient été auparavant. Jusque là l’homme créé à l’image de Dieu restait encore comme en face de lui, à une certaine distance de lui. Désormais, avec Jésus, vrai Dieu qui, se faisant homme, entre dans l’humanité, il n’y a plus de distance entre Dieu et l’homme, si toutefois nous acceptons de le recevoir, d’être baptisés, car en amour on ne force pas. Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu disait St Irénée. Mais ce n’est ni automatique, ni obligatoire. Dieu pousse la délicatesse jusqu’à attendre que nous acceptions d’être unis à lui, pour nous donner part à sa divinité, même si nous sommes pécheurs. Par sa mort sur la croix et sa résurrection, le Christ vainqueur du mal, du péché et de la mort nous a obtenu le pardon de nos péchés et   une réconciliation avec le Père dont personne n’est exclu.

En découvrant l’infinie générosité de Dieu, tout ce qu’il a fait et fait encore pour nous, s’éveille naturellement en nous un sentiment de reconnaissance qui nous fait aimer Dieu en retour. Plus besoin d’explications, plus besoin d’ordre ni de commandement. La reconnaissance nous amène à l’aimer. Cela va de soi. On ne peut pas faire autrement. Non seulement il nous donne la vie et l’univers qu’il nous confie,  mais il veut partager avec nous tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il nous montre par là ce que c’est qu’aimer quelqu’un : ce n’est pas seulement être attiré par lui et jouir de ses qualités (même si cela commence par là) c’est surtout le faire être, tout faire pour qu’il soit heureux et trouve sa joie et son bonheur jusque dans la peine qu’il se donne pour lui… Comme dit l’adage bien connu :Quand on aime, il n’y a pas de peine, et s ’il y a de la peine, c’est une peine qu’on aime. Donc pour nous, aimer Dieu, ce n’est pas seulement jouir, profiter de ses bontés, c’est aussi tout faire pour que sa volonté soit faite et que son règne advienne sur toute la terre.

                      Mais le Christ ajoute au premier commandement d’aimer Dieu, le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même et il précise : il n’y a pas de commandement plus grand que  ceux-ci. Impossible de séparer ces deux commandements. Comme Dieu aime tous les hommes, sans exclure personne, si je prétends aimer Dieu, il faut aussi que, comme lui, j’aime mon prochain sans exclure personne. D’ailleurs le Christ le demande : Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Comment nous aimait-il ? Il n’excluait personne, mais il n’aimait pas forcément tout le monde de la même manière. Il avait des préférences. L’évangile nous parle de Jean comme du disciple que Jésus aimait. (Jean 13,23) Il est donc normal et légitime d’aimer davantage ceux qui nous sont proches ou ceux dont nous apprécions les qualités que les habitants de Tokyo ou de Vladivostok dont nous ignorons tout ! Mais nous devons avoir envers tous les hommes, comme le Seigneur, ce parti pris de vouloir leur bien, leur prospérité, leur bonheur.

Les vraies difficultés commencent avec ceux qui ne nous sont pas sympathiques ou pire encore, les malfaiteurs caractérisés, les voleurs et les assassins. Le Seigneur est mort pour eux aussi. Nous ne pouvons pas les exclure. Comment pouvait-il les aimer ? Il ne les aimait pas pour le mal qu’ils avaient commis mais parce que tout pécheurs qu’ils étaient, il les voyait comme encore capables de se repentir un jour… Cela ne veut pas dire que sous prétexte de charité chrétienne, je dois faire confiance aux escrocs et confier la garde de mes enfants, quand je vais faire mes courses, à mon voisin qui est pédophile. Cela veut dire que, comme le Christ, nous ne devons jamais juger quelqu’un comme définitivement mauvais et le rejeter, mais nous devons le regarder comme un malheureux toujours capable de revenir vers le bien. Comme le Christ nous devons toujours être à l’affût du moindre signe de repentir chez lui, pour l’accueillir, comme il a fait avec le bon larron.

Que retenir de tout cela ?

Par la manière dont Dieu nous aime, il nous apprend qu’aimer quelqu’un, ce n’est pas seulement jouir des qualités qui nous attirent chez lui, c’est aussi tout faire pour le rendre heureux et trouver joie et bonheur dans la peine qu’on se donne pour lui.

Pourquoi aimer Dieu ? parce qu’il ne se dresse pas devant nous comme une Toute Puissance redoutable qui garderait ses distances avec nous, mais comme un Dieu-amour qui dans la toute puissance de son Amour nous regarde comme ses enfants avec qui il veut partager tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Nous lui devons tout : la vie, toutes nos qualités et nos talents, l’univers qui nous entoure avec toutes ses merveilles. Même lorsque nous nous rebellons contre lui, il nous pardonne et persiste à vouloir nous rendre semblables à lui. C’est pourquoi, avant même d’être un commandement, aimer Dieu c’est un devoir de reconnaissance, nous ne pouvons pas faire autrement.

Pourquoi aimer les autres ? Parce que Dieu les aime, tous, sans exclure personne, même les pécheurs et les mauvais que le Seigneur regarde comme toujours capables de revenir vers le bien. Si nous avons du mal à y parvenir, rappelons nous que le premier dont nous sommes  sûrs qu’il est au ciel, c’est un gangster. Le Seigneur lui a donné sa parole : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. (Luc 23,43)

Dimanche 20 Octobre 2024


Isaïe (53,10-11) Heb.(4,14-16) Marc (10,40-45)
Lorsque Jacques et Jean demandent à Jésus de siéger à ses côtés dans sa gloire, ils ne se rendent pas compte que cette gloire telle qu’ils se l’imaginent n’a rien à voir avec ce qu’elle est en réalité. Pour eux, la gloire, c’est le prestige, l’honneur, la renommée, tandis que la gloire pour Jésus, c’est le resplendissement de son amour dans toutes les circonstances quelles qu’elles soient, même et surtout dans les circonstances éprouvantes. La gloire de Jésus, c’est le resplendissement de son amour dans le dénuement de Bethléem, dans la pauvreté de Nazareth dans l’hostilité et l’incroyance des coeurs fermés auxquels il se heurte tous les jours et par-dessus tout, la gloire de Jésus, c’est cette gloire qui resplendit quand il passe à travers les terribles souffrances de la Passion et de la mort sur la croix avant de ressusciter au matin de Pâques, sans que jamais ne fléchisse son amour pour nous. Car c’est surtout dans sa passion et sa mort sur la croix que la gloire du Christ se manifeste.
Mais nous avons du mal à l’admettre. Obsédés par le fait que ce sont nos péchés qui ont causé la passion du Christ et sa mort sur la croix, la plupart du temps nous considérons la Passion et la mort du Christ en croix comme un crime épouvantable dont nous portons la responsabilité et nous avons du mal à voir que vues du côté du Christ, sa Passion et sa mort sur la croix sont la plus haute manifestation de sa gloire puisque c’est là que se manifeste de la manière la plus éclatante son amour sans limites. Lui-même a essayé de le faire comprendre à ses apôtres lorsqu’au soir du Jeudi Saint évoquant sa passion et sa mort imminentes, il leur a confié : L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. (Jean 12,23) Nous disons souvent que ses ennemis se sont emparés de lui, ce qui est faux, puisque c’est lui qui s’est livré. Il est monté à Jérusalem sachant bien ce qui l’attendait et à trois reprises, il l’avait annoncé à ses disciples, tout en leur précisant bien : Ma vie nul ne me l’enlève, mais je m’en dessaisis de moi-même. (Jean 10,18) Lorsqu’ils demandent à Jésus les premières places dans sa gloire, Jacques et Jean ne se rendent pas compte qu’ils demandent aussi le premières places à ses côtés dans sa Passion. C’est bien pourquoi Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Dans la deuxième partie de l’évangile, le Christ explique à ses apôtres en quoi consiste la grandeur dans le Royaume. Comme toujours son enseignement est déconcertant. D’habitude, la grandeur on la trouve chez ceux qui dominent en maîtres et font sentir leur pouvoir Dans le Royaume, dit le Christ, la grandeur, on la trouve chez ceux qui se mettent au service des autres, celui qui veut être le premier doit se faire l’esclave des autres. Comment servir les autres, se faire leur esclave peut-il faire de nous les premiers et nous conférer quelque grandeur ?
Si, poussé par la misère, je suis obligé de me mettre au service de quelqu’un, il n’y a rien là de glorieux, je me retrouve à un niveau inférieur dans la société. Mais si c’est par amour que je me mets au service de quelqu’un, c’est autre chose. Une maman par exemple qui toute la journée se consacre à ses enfants, tout le monde la respecte et l’estime. Pourquoi ? Parce que tous ces travaux toutes ces corvées qui l’accaparent toute la journée, elle ne les fait pas parce qu’elle est forcée de le faire par quelqu’un qui la contraint, elle ne les fait pas pour un salaire, elle les fait parce qu’elle aime ses enfants. Tous ces travaux, toutes ces corvées, ce ne sont plus des travaux, ce ne sont plus des corvées, c’est de l’amour en actes, c’est de l’amour qui se déploie. Quand le service des autres, est l’expression de l’amour qu’on a pour eux, ce qu’il pourrait contenir de servitude disparaît, on n’y voit plus que de l’amour. La vie du Christ en est la plus éclatante illustration.
Et pour que nous comprenions bien, Jésus ajoute : moi, je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. Le Jeudi Saint au soir, il en fera la démonstration en lavant les pieds de ses disciples et en leur laissant une consigne on ne peut plus claire : Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres, car c’est un exemple que je vous ai donné ; ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi. (Jean 13,14,15) Or ce geste de laver les pieds des hôtes était courant dans l’Orient pour honorer un hôte qui était arrivé par de chemins poussiéreux ou boueux. Mais il était considéré comme un geste humiliant qu’on ne pouvait même pas demander à un esclave juif. C’est pourquoi en voyant Jésus leur laver les pieds les apôtres ont été extrêmement choqués.
Si vous voulez, pour essayer de transposer de nos jours et dans notre culture, je dirais imaginez que l’archevêque que vous avez invité à dîner se lève de table et s’en aille nettoyer les cabinets. Impensable, inadmissible. Les apôtres ont eu du mal à accepter ce geste et cet enseignement du Christ. Nous aussi, aujourd’hui. Le Seigneur est formel : Si quelqu’un veut se mettre à ma suite, qu’il se renonce. (Marc 8,14) ; Si je veux être disciple du Christ, il faut que je m’efface, que je me taise, que je le laisse parler, que j’accueille sa parole, qu’elle me plaise ou non, qu’elle aille dans mon sens ou qu’elle me dérange. Quelquefois on croit accueillir le Christ alors qu’on accueille seulement un Christ tamisé, filtré ; On n’a laissé entrer en nous que ce qui s’accorde avec nos manières et ne tranche pas trop avec nos usages. L’évangile d’aujourd’hui est inquiétant. Il nous accule à vérifier. Est-ce que c’est bien le Christ tout entier que je reçois ? Ou est-ce que je le censure, n’accueillant qu’un Christ tamisé, filtré, rétréci à la taille de mon étroitesse d’esprit ? retaillé à nos dimensions.


Que retenir de tout cela ?
Que Jacques et Jean aient le désir de siéger aux premières places dans le Royaume, après tout, il n’y a rien de mal, ils veulent être le plus près possible du Seigneur, rien là que de très louable. D’ailleurs dans n’importe quel domaine, que ce soit dans les études, le sport ou les affaires il n’y a rien de mal à vouloir être le premier, à condition que ce ne soit pas en trichant, en fraudant ou en causant du tort injustement au prochain.
Vouloir être parmi les premiers dans le Royaume des cieux, c’est très bien, mais le chemin à suivre pour y parvenir est ardu et ne mène pas à la célébrité des vedettes du sport, aux richesses des grands hommes d’affaires, ou au prestige et à la puissance des grands hommes politiques. Vouloir être parmi le premiers dans le Royaume, c’est viser à suivre le Christ, au plus près, sur la voie de l’amour et du service. Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous, ou aussi nous devons donner notre vie pour nos frères écrit St Jean (1 Jean, 310) Est-ce que, enfermé dans mon univers mesquin, je n’accueille qu’un Christ tamisé, censuré, compatible avec mes étroitesses ? Suis-je capable de me renoncer, de m’effacer, de laisser parler le Christ, d’écouter sa parole sans chercher à la filtrer et à ne retenir que ce qui ne me gêne pas trop ?

Dimanche 13  Octobre  2024

(Sag,7,7-11)—(Heb.4,12-13)—(Marc 10,17-30)

Aujourd’hui dans l’évangile, le Christ nous parle du danger des richesses. Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu, dit-il.…Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu. Ses propos sont durs. Pourquoi est-ce si difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ? Qu’est-ce qui est si mauvais dans les richesses ?

Cet homme riche qui se jette aux pieds de Jésus, c’est certainement quelqu’un de fervent. Depuis sa jeunesse, il a observé les commandements. Il a entendu parler de Jésus et il a été tellement touché par son enseignement qu’il vient se jeter à ses pieds pour lui demander conseil : Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? Cependant, lorsque Jésus lui propose de vendre ses biens, de les donner aux pauvres et de le suivre, trop attaché à ses richesses, il cale. Il s’en alla tout triste, car il avait de grands biens nous dit l’évangile. Comment se fait-il que la richesse arrive à détourner du Christ cet homme plein d’ardeur dont l’enthousiasme avait ému le Seigneur qui posa son regard sur lui et l’aima ? Qu’y a-t-il donc de si pernicieux dans la richesse ?

La richesse, ce n’est pourtant pas quelque chose de mal. C’est un don de Dieu, un signe de la générosité divine, de plus, elle consacre la réussite de l’effort. Dieu enrichit ceux qu’il aime. La Bible  nous rapporte qu’Abraham était très riche (Gen.13,2) et qu’Isaac et Jacob étaient eux extrêmement riches (Gen.26,13…30,43). La richesse est un bien que tout le monde recherche. Personne ne veut être pauvre, personne ne souhaite à ceux qu’il aime d’être pauvres. Pourtant, l’évangile d’aujourd’hui nous le montre, la richesse peut être un mal qui détourne de Dieu.

Comment la richesse qui au départ est un don de Dieu, devient-elle un mal qui nous détourne de lui ? En permettant à celui qui en possède de se procurer tout ce qu’il veut et de satisfaire tous ses désirs, la richesse peut donner au riche un sentiment de toute puissance absolue et d’indépendance totale, comme si  elle  le créait à nouveau, faisant de lui quelqu’un de tout puissant. Le riche se retrouve alors dans une attitude diamétralement opposée à celle du croyant qui, devant Dieu se reconnaît faible limité et essentiellement dépendant. La richesse, au lieu de renforcer son attachement à Dieu puisqu’elle est un don venant de lui, peut l’amener à le renier comme le disait le Deutéronome : Quand tu auras mangé et te seras rassasié, quand tu auras bâti de belles maisons et y habiteras, quand tu auras vu se multiplier ton gros et ton petit bétail, abonder ton argent et ton or, s’accroître tous tes biens, n’oublie pas alors Yahvé ton Dieu. Garde toi de dire en ton coeur : c’est ma force, c’est la vigueur de ma main qui m’a donné ce pouvoir. Souviens-toi de Yahvé ton Dieu, c’est lui qui t’a donné ce pouvoir. (Deut.8,12). Pour le croyant c’est Dieu qui le crée, qui le fait être ce qu’il est. Pour le riche, c’est la richesse qui le fait être ce qu’il est Autrement dit la richesse a pris la place de Dieu dans le cœur du riche. Pour lui son dieu, c’est la richesse.

De plus, la plupart du temps le riche, n’est jamais satisfait, il en veut toujours plus, il n’a plus qu’un but dans l’existence : amasser toujours plus de richesses par tous les moyens. Et c’est là que la richesse qui nous a déjà  coupé de Dieu va nous couper maintenant de l’autre qui n’ est plus quelqu’un à aimer, mais un rival à dépasser, un concurrent à écraser.  La passion des richesses balaye tout scrupule tout souci de justice et toute sollicitude pour les autres. L’histoire nous le montre au long des siècles : la recherche effrénée de l’argent et du profit, l’amour des richesses sont à l’origine de toutes les luttes, de tous les conflits sociaux de toutes les crises économiques   et de toutes les guerres. On en arrive à des sociétés comme la nôtre où le progrès ne vise pas à ce que les hommes vivent mieux, mais à ce que le profit et la rentabilité financière soient toujours meilleurs, même si les rythmes de travail inhumains compromettent la santé des travailleurs déclenchant des « burn out » à tous les niveaux, depuis le grand patron jusqu’au dernier des manoeuvres sans spécialité. St Paul l’avait vu bien avant nous qui disait, péremptoire : La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. (1Tim.6,10)

Mais l’amour de l’argent ne touche pas seulement les riches, il peut atteindre aussi les pauvres, qui, ressentant durement le manque, sont quelquefois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir par tous les moyens. Madeleine Delbrel, l’apôtre des déshérités d’Ivry disait : Il y a pire que les riches, c’est les pauvres. Si tout le monde, aussi bien les riches que les pauvres peut être contaminé par l’amour de l’argent qui ruine toute vie religieuse, sociale, familiale ou personnelle, alors, qui peut être sauvé ? Pour les hommes, c’est impossible, nous dit le Christ, mais pas pour Dieu. Comment cela ? Par son Esprit qui nous éclaire, le Seigneur nous fait prendre conscience de notre misère : nous n’arrivons pas à faire le bien que nous aimons et nous faisons le mal que nous n’aimons pas (Rom 7,17,24). A partir de là, nous allons nous tourner vers lui, lui demander son aide. Lui, dont l’amour jamais ne varie, va nous sauver. C’est plus fort que lui, il ne peut pas faire autrement, il ne  peut pas se détourner d’un pauvre qui appelle au secours. Il ne cesse de le répéter au long de siècles : Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied, mais celui vers lequel je jette les yeux, c’est le pauvre et le cœur contrit. (Isaïe 66,1,2)

Que retenir de tout cela ?

La richesse est un don de Dieu qui enrichit ceux qu’il aime et la récompense de l’effort. Mais elle devient un cancer mortel lorsque le désir des richesses tourne à l’addiction et prend toute la place dans notre cœur. Les riches sont plus exposés que les pauvres à attraper ce cancer. Enivrés par l’amour de l’argent et le désir d’en avoir toujours plus, emportés par un orgueil illusoire, ils croient n’avoir plus besoin de rien ni de personne  et surtout pas de Dieu. C’est pourquoi, oui, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux.

Mais les pauvres ne sont pas à l’abri du danger des richesses. Car, ressentant durement le manque, ils sont parfois plus acharnés que les riches à vouloir s’enrichir à tout prix. Pour eux aussi, la richesse peut devenir une addiction mortelle.

On pourrait dire que la richesse est un bien qui peut avoir des effets secondaires mortels lorsque devenue une véritable addiction elle nous détourne de Dieu et ruine toute vie sociale, familiale et même personnelle, tandis que la pauvreté est un mal qui peut avoir des effets secondaires positifs dans la mesure  où nous faisant prendre conscience de tout ce qui nous manque, elle  nous aide à nous faire sentir que nous avons besoin de l’aide de Dieu et nous amène à  nous tourner vers Lui.

C’est pourquoi le mieux est encore d’en revenir à la prière d’Agur dans le livre de la Sagesse : ne me donne ni pauvreté ni richesse. Laisse moi goûter ma part de pain, de peur qu’étant comblé je ne me détourne et ne dise : Qui est Yahvé ? ou encore qu’étant indigent je ne dérobe et ne profane le nom du Seigneur. (Prov.30,9)

Dimanche 29 Septembre 2024, Fromelles

26e dimanche T.O. B : Nombres (11,25-29) Jacques (5,1-6) Marc (9,38-43.45.47-49)

Je commenterai seulement la première partie de cet évangile où le Christ nous dit : Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

Devant l’initiative d’un étranger au groupe des apôtres qui expulsait des démons, les douze ont réagi en l’en empêchant. D’après eux, pour expulser des démons, il faut faire partie de ceux qui suivent le Maître. Jésus n’est pas d’accord avec cette intransigeance et cet esprit de clocher. Il explique à ses apôtres que celui qui fait un miracle en son nom ne peut être exclu. La puissance de Dieu est nécessairement en lui. Celui qui n’est pas contre nous est avec nous. Ceci est encore vrai aujourd’hui. La grâce de Dieu travaille partout dans le monde et pas seulement à l’intérieur de l’Église officielle, auprès des croyants pratiquants. L’Esprit Saint ne demande pas qu’on lui présente ses jetons de présence à la messe du dimanche pour éclairer les hommes et leur donner d’agir selon la vérité et la justice. Chaque fois que quelque part dans le monde quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là agissant. Celui qui fait le bien est de Dieu, car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu. Réjouissons-nous donc de ce que partout où quelque chose de bien est fait, Dieu soit là, agissant, même si celui qui fait le bien n’est pas un croyant fervent ni un fervent pratiquant.

Mais alors qui est du Christ et qui n’en est pas ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ce n’est pas clair. Qui est du Christ ? Les baptisés, croyants, pratiquants, on peut les considérer comme des disciples du Christ même s’ils ne sont jamais parfaits, et demeurent des pécheurs. 

Mais il y a les baptisés, croyants qui pratiquent peu ou pas leur religion, plus ou moins Judas. Est-ce qu’ils sont encore du Christ ? Dieu seul le sait. Et nous, nous ne pouvons pas en juger.

Et puis il y a des non baptisés qui parfois sont des croyants. Croyants en qui, en quoi ? Eux-mêmes ne le savent pas toujours. Sont-ils des nôtres ? Dieu seul le sait. Et là encore nous ne pouvons pas en juger.

Et puis enfin il y a des incroyants Pour ceux-là, on est tenté de dire, c’est clair, ils ne sont pas du Christ. Oui mais ces gens là sont bien souvent des braves gens, qui font le bien autour d’eux. Mais alors s’ils font le bien, Dieu est avec eux, puisqu’il n’y a qu’une source de bien, c’est Dieu. Alors, qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? La frontière entre les deux n’est pas nette.

Qui est d’Église ? et qui n’est pas d’Église ? Qu’est-ce que ça veut dire Église ? Cela désigne ceux qui sont appelés par convocation, du grec ek-kaleô. Qui fait partie de l’Église ? Il est sûr que ceux qui ont répondu à l’appel, sont baptisés et pratiquants en font partie, mais ça ne veut pas dire que les autres n’en font pas partie, cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas appelés, eux   aussi.   Est-ce qu’on peut imaginer que Dieu, notre Père laisserait de côté une partie de ses enfants ?

Trois choses sont sûres.

La première c’est que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, comme l’écrit St Paul à Timothée (1Tim.2,4) Tous les hommes sont appelés à être sauvés.

-La deuxième, c’est que ceux qui ont répondu à l’appel, sont croyants, baptisés et pratiquants, on peut penser qu’ils sont du Christ et de l’Église,

-La troisième c’est que ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, même s’ils ne sont pas baptisés ni pratiquants, le Christ les revendique comme siens lorsqu’il dit Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.

De cette parole découlent deux conséquences : d’abord nous ne pouvons pas juger, jamais nous ne pouvons exclure quelqu’un et dire qu’il n’est pas du Christ. Ensuite, la parole du Christ nous montre que ce à quoi on reconnaît un Chrétien, c’est à sa manière de vivre en faisant le bien Un chrétien c’est quelqu’un qui fait le bien, qui agit comme ferait le Christ. Déjà le prophète Osée l’enseignait : On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu. (Osée 6,8)

Nous ne sommes pas quittes une fois que nous avons fait des prières et assisté à la messe le dimanche. Par nos prières et notre assistance à la messe nous nous rapprochons du Seigneur afin de puiser auprès de lui la force d’agir ensuite comme lui. Une prière qui ne débouche pas sur une action est une prière avortée. En venant à la messe ce matin qu’est-ce que nous faisons ? Nous nous approchons du Seigneur, pour lui offrir, en même temps que le sacrifice du Christ,  nos travaux de la semaine passée, la peine que vous les chefs de famille vous vous êtes donné pour que vos femmes et vos enfants aient tout ce qu’il faut ; le soin que vous avez pris, vous les mères de famille, pour que tout le monde soit heureux dans une maison confortable où personne ne manque de rien ; les efforts que vous  les enfants et les jeunes vous avez faits pour développer dans l’étude les talents que le Seigneur vous a donnés. En le remerciant de nous en avoir rendu capables, nous offrons au Seigneur tout ce bien que nous sommes parvenus à faire avec son aide et nous nous offrons pour qu’il nous transforme, nous rende toujours plus pareils à lui et nous rende capables de faire mieux la semaine qui vient. C’est ce que dit le prêtre dans la prière qui précède l’élévation : nous te supplions Père de consacrer ces offrandes que nous apportons : sanctifie les par ton Esprit pour qu’elles deviennent, le corps et le sang  de Jésus Christ Notre Seigneur qui nous a dit de célébrer ce mystère, c’est-à-dire pour que nous devenions comme Jésus Christ., capables d’agir comme lui.

Que retenir de tout cela ?

Qui est du Christ et qui n’est pas du Christ ? Qui est de l’Église et qui est en dehors ? Ceux qui font le bien et agissent comme le Christ agirait. Normalement ceux qui sont croyants, baptisés et pratiquants sont du Christ et de l’Église. De plus, ceux qui font le bien et ne sont pas notoirement contre le Christ et l’Église, le Christ, en disant : Celui qui n’est pas contre nous est avec nous les reconnait comme siens, même si ce sont des migrants, musulmans, pas baptisés ni croyants ni pratiquants.

D’autre part cet évangile nous enseigne deux choses.

– La première c’est qu’un chrétien c’est quelqu’un qui agit comme le Christ agirait. On ne peut pas définir les chrétiens comme on le fait trop souvent comme ceux qui vont à la messe. Le sacrifice de la messe c’est ce qui transforme des chrétiens déjà uns avec le Christ depuis leur baptême pour les rendre toujours davantage semblables au Christ, en vue d’être capables de faire le bien et d’agir comme lui. N’oublions jamais la parole du Seigneur : Il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur pour entrer dans le Royaume, il faut faire la volonté de mon Père. (Mt.7,21)

-Deuxième enseignement de cet évangile : si c’est à leur manière de vivre, au bien qu’ils font, qu’on reconnait les chrétiens, il est extrêmement important pour nous de relever au long de nos journées tout ce que nous faisons et tout ce que les autres font de bien, parce qu’à chaque fois Dieu est là présent, qui nous inspire. Ne soyons pas de ceux qui ont des yeux pour voir mais ne voient pas, comme le déplorait Ézéchiel (Ez 12,2). Ne soyons pas de ces nouveaux disciples d’Emmaüs qui vont tout tristes sur le chemin, persuadés qu’il n’y a plus d’espoir : le Christ est mort ! le nombre de pratiquants ne cesse de diminuer ! il y a de moins en moins de prêtres ! on ferme les églises !  Pendant que nous égrenons notre litanie de lamentations, il est là marchant à nos côtés. Mais qu’est-ce que nous attendons pour nous en apercevoir ?

Dimanche  22 Septembre   2024

25e dimanche T.O. année B : Sagesse (12,17-20) Jacques (3,16-4,3) Marc (9,30-37)

Jésus quitte la Galilée avec ses apôtres pour rejoindre Jérusalem où, il le sait, il va être livré aux mains des hommes. Pour la deuxième fois, il leur annonce sa passion, sa mort et sa résurrection. Mais ils ne comprennent pas ce qu’il veut dire. Gênés, ils n’osent pas demander d’explications. Ce n’est pas la première fois qu’il leur dit des choses qu’ils ne comprennent pas. Habituellement, cela s’éclaire par la suite. Ils laissent donc tomber le sujet et continuent à marcher en parlant d’autre chose. Arrivés à Capharnaüm, Jésus leur demande de quoi ils parlaient en chemin. Un peu honteux ils avouent qu’ils discutaient entre eux pour savoir quel était le plus grand. Une fois de plus les propos de Jésus vont les déconcerter. Il leur explique que dans le Royaume, les plus grands ce sont les enfants.

Or à l’époque, en Palestine, les enfants ne sont guère considérés. On les regarde comme des êtres faibles, incapables de raisonner. Il n’ont pas la parole et doivent obéir en tout. St Paul va même jusqu’à dire : Tant que l’héritier est un enfant, il ne diffère en rien d’un esclave. (Gal.4,1) Jésus lui, explique à qui veut l’entendre : Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux. (Mt.18,3) Les apôtres sont surpris. Et nous aussi. Dans notre société, on aime les enfants, on est plein d’attentions pour eux. Mais personne ne veut être regardé comme un enfant. Les parents ne souhaitent pas que leurs petits demeurent en enfance, ils les stimulent constamment : Ne fais pas l’enfant ! Lorsqu’une personne âgée, ayant perdu ses forces et sa raison, retombe en enfance, on la plaint. L’enfance, c’est très bien, mais tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut en sortir. Alors pourquoi le Seigneur nous présente-t-il les enfants comme des modèles ? Qu’y a-t-il chez eux de si admirable ?  

Deux choses : D’abord ils voient clair sur leur situation, ils savent qu’ils ne sont pas autonomes, ils dépendent de leurs parents qui les aiment. Ensuite, et c’est très surprenant, ils ne sont pas humiliés de se sentir dépendants de leurs parents. Ils sont au contraire heureux, ils se sentent en sécurité auprès de leur papa et de leur maman. C’est un  petit garçon de cinq ans qui m’a fait comprendre cela. Je traversais la cour d’un collège ou j’enseignais , lorsque, arrivant près de ce petit garçon, il m’a dit Mon papa il est grand ! cela voulait dire : je suis de mon papa, je suis quelqu’un puisque mon papa il est grand. Loin de l’écraser ou de l’humilier, sa dépendance vis-à-vis de son papa constituait sa fierté, sa sécurité, son bonheur. Il ne m’a pas dit : c’est embêtant, je suis petit, je ne sis pas conduire une voiture, je ne me rase pas, je ne sais pas nouer les lacets de mes chaussures tout seul. Il m’a dit : mon papa il est grand, sous entendu : moi je suis peut-être petit mais mon papa il est grand, je suis de mon papa, je participe de sa grandeur. D’où sa fierté, sa sécurité , et aussi son bonheur. Je ne peux rien par moi-même tout seul, mais qu’est-ce que ça peut faire puisque mon papa, il est là et il est grand, mon papa !  

Les plus grands dans le Royaume des cieux sont ceux qui reconnaissent qu’ils dépendent de Dieu et qui, loin de se sentir humiliés par cette dépendance, tirent de ce sentiment fierté, sécurité et bonheur parce qu’ils se sentent aimés de leur Dieu. Le Seigneur voudrait nous voir rejoindre cette attitude. Le Seigneur voudrait nous entendre dire : Mon Père du ciel, il est grand ! , c’est lui qui me donne tout ce que j’ai, à commencer par la vie, c’est lui qui m’a créé, c’est lui qui m’a donné tout ce que j’ai comme qualités et comme talents. Je me sens en sécurité avec ce Dieu qui s’occupe de moi et qui m’aime. Je ne suis pas humilié de dépendre de lui, au contraire, je suis fier et heureux


d’avancer dans la vie avec lui. Je ne peux pas faire grand-chose moi-même, tout seul. Je n’arrive même pas à faire le bien que j’aime et je fais le mal que je n’aime pas. (Rom.7,21) Mais qu’est-ce que ça peut faire puisque mon Père du ciel, il est là avec moi, en moi. ! Alors comme St Paul je me dis : Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. (2Cor.12,9)Je peux tout en celui qui me rend fort. (Phil.4,13) Le Seigneur voudrait que nous ayons cette lucidité, ce réalisme et cet optimisme des enfants!  

Malheureusement ce n’est pas ce qui est dans l’air du temps. Aujourd’hui on tend à nier l’idée d’un Dieu créateur qui nous a créé parce que, dans son amour, il veut partager avec nous sa vie et son bonheur. Aujourd’hui on tend à voir Dieu comme quelqu’un qui nous empêche d’exister. On se veut totalement indépendant et libéré de toute ingérence extérieure. Un grand philosophe écrivait en 1950 : « Je suis la source absolue….car c’est moi qui fais être pour moi cette tradition que je choisis de reprendre ou cet horizon dont la distance à moi s’effondrerait si je n’étais là pour la parcourir du regard » On se veut totalement indépendant et libéré de toute contrainte La spontanéité des désirs de chacun, la fantaisie individuelle sont devenues la seule règle de vie et le fondement de la liberté : J’ai envie de faire ceci donc, j’ai le droit de le faire. Personne ni rien n’a quelque  autorité que ce soit pour m’empêcher de faire ce que j’ai envie de faire. D’où                          les écoliers qui insultent ou frappent leurs professeurs, les passants qui caillassent les pompiers venus éteindre un incendie, les hommes ou les femmes qui changent de sexe. Peut-être qu’un jour ils auront envie de devenir chiens ou éléphants et on ne voit pas au nom de quoi on pourrait le leur interdire. Au nom des lois en vigueur ?  … Une nouvelle majorité dans les assemblées peut très bien changer ces lois! Tout et n’importe quoi pourrait  être autorisé, légalisé, voir remboursé par la Sécurité Sociale ! S’il n’y a pas de Dieu, s’il n’y a pas de transcendance, s’il n’y a pas de valeurs divines auxquelles la liberté est soumise, alors on peut faire n’importe quoi. De nos jours, on remet tout en question, même ce qui jusqu’à maintenant était intouchable. Pensez aux débats qui ont lieu actuellement sur l’avortement ou l’euthanasie. Jusqu’à maintenant des lois au niveau national, au niveau de l’Union Européenne et des Nations Unies ont permis d’empêcher des divagations trop importantes de se produire. Mais pour l’avenir, rien n’est sûr.

Que retenir de tout cela ?

L’évangile d’aujourd’hui en nous rappelant que les enfants sont les premiers dans le Royaume des cieux, nous invite à rejoindre leur bon sens et leur lucidité. Les enfants savent qu’ils ne sont pas donné la vie eux-mêmes, que tout leur vient de l’amour de leurs parents et ils trouvent dans cette dépendance sécurité et confiance, fierté et bonheur. Nous, sachons reconnaître que tout nous vient de l’amour de Dieu et que cette dépendance loin de nous écraser ou nous  humilier nous apporte sécurité et assurance, fierté et bonheur car, comme disait St Augustin : Tu nous as faits, Seigneur, pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en Toi.


Dimanche  15  Septembre  2024

 

24e dimanche du temps ordinaire année B. (Isaïe 50,5-9a)  St Jacques (2,14-1) Marc (8,27-35)

Quand Jésus demande aux apôtres : Au dire des gens, qui suis-je ? ils répondent en répétant ce qu’ils ont entendu dire : pour les uns, tu es Jean le Baptiste, pour d’autres Élie ou encore un des prophètes. On prend Jésus pour un grand prophète, c’est déjà quelque chose, mais cela reste bien  en dessous de la vérité. Et vous, demande encore Jésus aux apôtres,  que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pierre répond : tu es le Messie. Enfin une profession de foi sans équivoque ! Jésus est reconnu comme l’envoyé du Père. Jusque-là, seuls les démons, au moment où il les chassait, avaient reconnu en Jésus le Messie Fils de Dieu Mais, de même qu’il faisait taire les démons, Jésus défend vivement aux apôtres de parler de lui à personne.

Pourquoi ? Il ne veut pas qu’on le reconnaisse comme Messie, Fils de Dieu seulement à cause de la profondeur de son enseignement ou en raison de l’éclat de ses miracles. Il ne veut pas qu’on le reconnaisse seulement comme un grand prophète ou comme un bienfaiteur qui soulage les souffrances des hommes. Il est venu pour qu’il soit reconnu par tous que Dieu est Amour et la preuve de cette vérité, il l’ apportera par sa passion et sa mort parce qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. C’est pourquoi il dit à ses apôtres : Il faut que je souffre beaucoup… que je  sois tué et que, trois jours après, je  ressuscite,  sous-entendu pour vous prouver que Dieu est amour.C’est en s’offrant librement pour souffrir sa passion et sa mort que le Christ donne la preuve que Dieu est Amour. Car, contrairement aux apparences, ce ne sont pas ses ennemis qui se sont emparés de lui par force, c’est lui qui s’est offert librement. Le soir du Jeudi Saint il avait d’ailleurs déclaré : Ma vie, personne ne me l’enlève, je la donne de moi-même. (Jean,10,18)) Il est monté à Jérusalem sachant ce qui l’attendait. D’ailleurs,  à trois reprises, il avait annoncé aux apôtres qui n’y avaient rien compris, sa passion, sa mort et sa résurrection.

Quand Jésus annonce à ses apôtres sa passion et sa mort, les apôtres sont profondément choqués et  Pierre se met à lui  faire de vifs reproches. Dans son attachement à Jésus et son affection pour lui, il ne peut pas supporter l’idée qu’il lui arrive du mal. Il ne peut pas comprendre. Personne ne peut comprendre les voies de Dieu. Et après avoir remis sévèrement en place Pierre, Jésus avertit tous ses disciples : non seulement moi je dois suivre un chemin difficile, mais celui qui veut marcher à ma suite, il faut que lui aussi, il suive le même chemin : se renoncer et prendre sa croix.

Voilà des perspectives bien peu engageantes. Mais regardons les choses de près. Qu’est-ce que cela veut dire exactement se renoncer et prendre sa croix ? Peut-on penser que le Christ se serait imposé cette vie dure qui fut la sienne de la crèche à la croix dans le but de nous amener à une vie de souffrances ? Ce serait absurde et même blasphématoire. Ce serait faire du Christ un Dieu cruel, un bourreau. Il est venu pour nous racheter, nous libérer du mal, afin que nous ayons accès à une vie pleine, heureuse, épanouie. Et il le dit clairement : Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. (Jean 10,9) S’il ne cache pas les épreuves qui attendent ses disciples, dans l’évangile  il insiste souvent sur la joie Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite (Jean 10,10) Le jeudi Saint encore, priant son Père, il lui confie : Je dis ces choses encore présent dans le monde, pour qu’ils aient ma joie en plénitude. (Jean 17,13) Et St Luc nous rapporte que quand il passait quelque part, la foule tout entière était dans la joie. (Luc 13,17)

Le Christ était humain, il allait à la noce, il se laissait inviter à des banquets. Il avait de l’humour : voyez la manière dont il fait marcher les disciples d’Emmaüs. Ceux-ci  avancent tout tristes sur le chemin, pensant à la Passion du Christ dont ils ont été les témoins: Voyant qu’ils ont l’air sombre Jésus leur demande de quoi ils parlent, et comme Cléophas lui répond : tu es bien le seul qui n’ait pas appris ce qui vient de se passer à Jérusalem, (Luc 24,18) il fait semblant de ne pas être au courant et laisse les deux disciples lui raconter sa Passion qu’il connaissait mieux qu’eux ! mais on ne parle jamais de l’humour du Christ  Nous n’osons pas imaginer un Christ joyeux. Avez-vous jamais vu quelque part une image ou un tableau représentant le Christ en train de rire ? Pas étonnant ensuite que nous ayons du mal à exprimer la joie ou l’action de grâce dans nos liturgies. Pas étonnant    que les chrétiens aient si souvent, une tête de carême sans Pâques, comme dit le pape François. Au XXI°siècle, nous restons marqués par le jansénisme qui, au XVI° siècle, a voulu imposer une conception triste et pessimiste de la vie chrétienne à travers son interprétation discutable de la théologie augustinienne du péché.

Mais si le but du Seigneur est que nous ayons une vie pleine, heureuse, épanouie, que veut-il dire exactement quand il dit que celui qui veut marcher à sa suite doit se renoncer à lui-même et prendre sa croix ? Renoncer à soi-même, cela veut dire renoncer à vouloir la réalisation de tous ses désirs, renoncer à son indépendance, cela veut dire se demander à chaque fois qu’on prend une décision : est-ce que c’est cela que le Seigneur veut que je fasse ?  Ce n’est pas rien, c’est dur de renoncer à être indépendant, cela coûte de renoncer à son indépendance. Mais ce n’est pas si tragique que ça. En effet si je me mets à la suite du Seigneur, c’est parce que je pense qu’il m’aime, qu’il veut ce qu’il y a de mieux pour moi, qu’il sait mieux que moi ce qui est le meilleur pour moi. Finalement, se renoncer, c’est renoncer à ce qui est moins bien pour choisir ce qui est le mieux. Rien d’héroïque là-dedans. Mais ce qui rend la chose héroïque, c’est de pratiquer ce renoncement là jour après jour, toute sa vie, sans jamais céder à la facilité de l’égoïsme.

Et que veut dire le Christ quand il dit que celui qui veut se mettre à sa suite doit prendre sa croix ? Cela veut dire accepter de souffrir, de faire des efforts qui coûtent, de s’imposer des sacrifices et des renoncements à cause de l’amour qu’on a pour le Christ. Ce n’est pas facile, cela coûte, mais ce n’est pas si tragique que ça. Accepter de souffrir pour ceux qu’on aime, tout le monde fait ça. C’est banal. Dans toutes les familles, les parents s’imposent des sacrifices pour leur enfants. Rien d’héroïque là-dedans. Mais ce qui rend la chose héroïque c’est de prendre sa croix jour après jour, toute sa vie sans jamais céder à la facilité et au confort de l’égoïsme.

Que retenir de tout cela ?

Le Christ ne veut pas qu’on le prenne seulement pour un grand prophète qui parle bien ou comme un thaumaturge, un guérisseur qui apaise toute souffrance. Il veut qu’on le prenne pour ce qu’il est  : le Messie envoyé révéler et témoigner que Dieu est Amour et  qu’il veut le mieux pour nous.  Il en donnera la preuve en donnant sa vie pour nous.

Celui qui veut suivre le Christ doit suivre le même chemin que lui : se renoncer et prendre sa croix.

Se renoncer, c’est aimer Dieu suffisamment pour renoncer à faire ce qui nous plait pour faire ce qui lui plait Comme le Seigneur veut ce qu’il y a de mieux pour nous, finalement, se renoncer, c’est renoncer au moins bien pour choisir ce qui est le mieux. Pas grand-chose d’héroïque là-dedans. Ce qui est héroïque c’est de pratiquer ce renoncement tous les jours sans faiblir.

Prendre sa croix, c’est aimer Dieu suffisamment pour c’est accepter de souffrir pour lui. Partout, ceux qui aiment s’imposent des sacrifices pour ceux qu’ils aiment. On voit ça dans toutes les familles. Mais cela cesse d’être banal et cela devient héroïque lorsque chaque jour on s’impose de nouveaux sacrifices sans jamais se laisser aller à la facilité et au confort de l’égoïsme.

Le tout c’est d’aimer Dieu suffisamment. Saint Exupéry dit quelque part : Que ton Dieu te soit plus réel que le pain où tu plantes tes dents. Alors  t’enivrera jusqu’à ton sacrifice, lequel sera mariage dans l’amour. (Citadelle, CXC)