Dimanche 20 septembre 2026 25e dim T.0. A

Dimanche 20 septembre 2026

(Is 55,6-9) (Ph 1,20c-24.27a) (Mt 20,1-16)

Donner le même salaire à quelqu’un qui a travaillé toute une journée et à quelqu’un qui n’a travaillé qu’une heure, c’est injuste. Un salaire, c’est la rémunération d’un travail exécuté, selon le barème fixé par une loi ou par un contrat établi d’après l’usage courant. Le salaire est toujours proportionnel à la quantité de travail fourni ou au temps passé pour le faire. Mais dans la parabole que nous venons d’entendre, en réalité, il ne s’agit pas d’un salaire, mais d’un accord à l’amiable entre le maître du domaine et ses ouvriers. Les termes utilisés, tant dans le texte latin que dans le texte grec, sont tout à fait clairs sur ce point. Le maître de la vigne est donc libre de faire ce qu’il veut de son argent, il peut donner à la fin de la journée la même somme à tous ses journaliers, qu’ils aient travaillé une heure seulement ou toute la journée, du moment que cette somme correspond à l’accord établi au moment de l’embauche. Personne n’est lésé.

Qu’est-ce que le Christ veut nous dire dans cette parabole ? Deux choses, je crois. Et une troisième ! D’abord que personne ne rentre dans la vigne si son propriétaire ne l’y invite pas. Personne ne rentre dans le royaume si le Seigneur ne l’y introduit pas. Mais ensuite et surtout, le Seigneur veut nous faire comprendre qu’entrer dans le Royaume n’est pas un droit, un salaire ou une récompense que nous aurions mérités en contrepartie de nos vertus ou de nos bonnes actions. C’est un don que le Seigneur nous fait et qui dépasse infiniment les mérites que nous pourrions avoir acquis par nos bonnes œuvres. Les Juifs ont besoin d’entendre cela. Beaucoup d’entre eux pensent qu’ils ont, de naissance, le droit d’entrer dans le royaume, puisqu’ils sont les fils d’Abraham avec qui Yahvé a fait alliance au Sinaï. Et un certain nombre de pharisiens pensent même qu’ils ont des droits sur Dieu, qu’ils peuvent exiger de lui des récompenses, en raison de leur observation minutieuse de la Loi.

Nous aussi aujourd’hui, nous avons besoin d’entendre ce message du Christ, parce qu’il nous arrive de penser que nous avons des droits sur Dieu : Après tout, je suis chrétien depuis l’enfance, je vais à la messe tous les dimanches, je fais partie de mouvements de spiritualité, je suis engagé dans les mouvements sociaux, je donne aux bonnes œuvres, il me semble que j’ai droit à un fauteuil d’orchestre dans le Royaume, je l’ai bien mérité. Tant mieux si nous sommes de bons chrétiens. Mais si aujourd’hui nous sommes ce que nous sommes, ce n’est pas de notre faute. Ce n’est pas dû à nos mérites. Certes, nous n’y sommes pas pour rien, mais c’est surtout au Seigneur que nous le devons. Nul ne vient à moi, si mon Père ne l’attire (Jn 6,44), nous dit l’Évangile. Nous le devons aussi à tous ceux qu’il a placés sur notre route, nos parents, nos éducateurs, nos amis. J’aime la façon dont Notre Dame s’explique dans le Magnificat : elle reconnaît sans complexe qu’elle est au-dessus de tout le monde : Toutes les générations me diront bienheureuse ; mais elle ajoute, tout de suite après : Le Tout-Puissant a fait pour moi des merveilles, je ne l’ai pas fait exprès, ce n’est pas de ma faute !!! Qu’avez-vous que vous n’ayez reçu, et si vous l’avez reçu, de quoi vous glorifiez-vous comme si vous ne l’aviez pas reçu ? dira saint Paul aux Corinthiens. (1 Co 4,7)

Mais un troisième enseignement se dégage, me semble-t-il, de cette parabole : le maître de la vigne embauche tout le monde et n’importe qui, personne n’est exclu. Bien des contemporains de Jésus avaient tendance à penser que les pécheurs et les païens étaient exclus de l’alliance avec Yahvé. Aujourd’hui, on peut trouver des chrétiens qui pensent que les non-baptisés ou les non-pratiquants n’auront pas accès au royaume. C’est oublier que le Seigneur ne rejette personne. Les prêtres, les docteurs de la Loi, les pharisiens étaient choqués de le voir fréquenter les publicains et les pécheurs, de rentrer dans leur maison et de manger avec eux. Il répétait sans cesse : Je suis venu appeler non pas les justes mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent (Lc 5,32). Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. (Lc 15,7). Parmi les Douze, il y avait au moins un publicain : Matthieu. Et n’oublions jamais que le premier homme dont nous soyons sûrs qu’il soit entré dans le Royaume, c’est un gangster, le bon larron. Malgré toute une vie de méfaits, il suffit d’une toute petite prière : Jésus, souviens-toi de moi (Lc 23,42) et, doublant tout le monde, il est entré au paradis.

Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Son cœur s’est ouvert pour reconnaître en Jésus la Voie qui menait à la Vérité et à la Vie. (Jn 14,6) Notre Père qui est aux cieux ne laisse personne de côté. Lorsque quelqu’un s’écarte, jamais il ne l’abandonne, mais il continue sans cesse de le rappeler. Souvent, on ne l’écoute pas. Mais quelquefois, même quand on est très loin, on répond et on revient. Je pense à saint Augustin. Pendant des années, il a mené une vie de bâton de chaise, au grand désespoir de sa mère, sainte Monique. Et puis un jour, il est revenu, il a reconnu : Tu nous as faits, Seigneur, pour Toi et notre cœur est sans repos, jusqu’à ce qu’il repose en Toi. Nous en avons tous fait l’expérience plus d’une fois : partis sur une mauvaise pente, notre conscience nous a fait des reproches et nous a pressés de revenir sur le droit chemin. Ce que nous appelons la conscience, c’est la voix du Seigneur qui nous a rappelés à vivre en plénitude.

L’histoire du bon larron nous montre ce qui est nécessaire pour entrer dans le royaume : aimer Dieu, comprendre que c’est lui qui donne la vie et s’en remettre complètement à lui. Pour le bon larron, soudainement, tout s’est éclairé. Les ténèbres ont disparu. Comme il est mort quelques instants après, il n’a pas eu à lutter, comme nous avons à le faire pour rester fidèles à ses nouvelles convictions. Pour nous, c’est souvent plus laborieux. Il nous faut lutter pour rester confiants malgré les tentations de doute ou de découragement. Mais quelque chose est semblable pour le bon larron et pour nous : ce n’est pas nous qui découvrons le Seigneur, c’est Lui qui se révèle à nous. Un jour, quelque chose nous touche, nous fait réaliser l’amour de Dieu pour nous. Il est clair désormais que le chemin à suivre, c’est le Christ et son Évangile. Cela ne veut pas dire que tout sera facile. Il y aura des tentations à surmonter, des poussées d’orgueil chercheront à nous faire reprendre notre indépendance et à suivre notre fantaisie. Mais avec l’aide de Dieu, nous continuerons à avancer.

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur appelle tout le monde à travailler à la vigne, à entrer dans le Royaume. C’est un privilège qu’il nous accorde sans que nous l’ayons mérité, un don qu’il nous fait et non pas quelque chose que nous aurions mérité par nos efforts. Il ne nous doit rien et nous lui devons tout. Le maître de la vigne a appelé des chômeurs qui traînaient dans la rue et les a sauvés de la misère. Le Seigneur nous a sauvés de la misère du mal, du péché et de la mort et appelés à travailler à sa vigne, à construire le royaume.

Que nous soyons des appelés de la première ou de la onzième heure, il ne nous reste qu’à le remercier de nous avoir appelés. Quel remerciement lui offrir ? Le meilleur remerciement que nous puissions lui offrir, c’est de travailler de tout notre cœur pour bâtir le Royaume, pour que, là où nous sommes, il y ait un peu plus de joie, de paix, de justice et de charité.

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