Dimanche 12 juillet  2026 15e dim. T.O. A

(Is 55,10-11) (Rm 8, 18-23) (Mt 13,1-23)

Après la parabole du semeur, l’évangile d’aujourd’hui nous rapporte une longue discussion où le Christ répond à la question des apôtres ’Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?’

Comme souvent, Jésus ne répond pas directement à la question posée. Il explique simplement : ‘A vous, il a été donné de comprendre les mystères du Royaume, mais ce n’est pas donné à ceux là…….ils regardent sans regarder, ils entendent sans entendre ni comprendre.’ Autrement dit : quand je parle en paraboles, un tri s’opère : certains comprennent, d’autres non. Pourquoi ? Est-ce Dieu qui ne veut parler qu’à certains, ignorant les autres ? Certainement pas. Car ‘Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité’ (1Tm 2,4) Il a toujours mis tout en œuvre pour cela, à travers l’envoi de sages et de prophètes, puis à travers l’envoi de son propre Fils. Si certains ne comprennent pas, c’est qu’ils ne veulent pas s’ouvrir à la connaissance de la vérité. En effet une parabole pique la curiosité. Ceux qui sont vraiment intéressés par ce qu’ils entendent, réfléchissent, se posent des questions, cherchent à comprendre, et le Seigneur les éclaire ; tandis que ceux qui ne sont pas intéressés, ne prêtent pas attention, s’enferment sur eux-mêmes, ne cherchent pas à comprendre, et le Seigneur ne les éclaire pas.

C’est une chose curieuse que le dialogue entre Dieu et l’homme. Au départ, le contact parait impossible. De notre côté, nous ne pouvons pas rejoindre Dieu. Notre intelligence est trop courte pour comprendre sa pensée.  ‘Dieu est plus grand que notre cœur.’ (1 Jn 3,20). Du côté de Dieu, il ne veut pas nous contraindre à recevoir sa parole, ni entrer en force dans notre cœur.

 Mais, chacun faisant un pas en direction de l’autre, le contact s’établit. De son côté, sans jamais parler trop fort le Seigneur lance des appels discrets : ‘Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende !’ Et il nous a promis de se laisser rejoindre. ‘Cherchez et vous trouverez. (Mt 7,7) Vous me trouverez pour m’avoir cherché de tout votre cœur. Je me laisserai trouver par vous.’ (Jr 29,13-14). De notre côté, notre liberté reçoit ou refuse le message. Le Seigneur nous laisse le dernier mot.

Mais comment se fait-il que nous refusions d’entendre le Seigneur ? Il peut y avoir plusieurs raisons à cela et la parabole du semeur les passe en revue. Parfois nous ne recevons pas la parole de Dieu parce que la Parole du Seigneur tombe sur nous comme une graine qui tomberait sur le bord du chemin où il n’y a pas de terre du tout. C’est lorsque nous ne ressentons pas le besoin ou la nécessité de la religion qui nous apparait comme quelque chose de complètement étranger et inutile par rapport à notre vie quotidienne. Cela nous apparaît comme un luxe superflu ou un loisir facultatif. Nous n’y sommes pas opposés, nous ne sommes pas contre Dieu, nous regardons même avec sympathie ceux qui s’y intéressent comme on regarde avec sympathie ceux qui font de la musique ou du yoga. Mais tout ça, ne nous paraît pas sérieux, c’est pour des gens qui ont du temps à perdre. Nous, nous avons à nous occuper de notre vie de chaque jour. Dieu, c’est du temps perdu.

Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme du grain sur un sol pierreux. Il y a un peu de terre, mais pas assez. C’est lorsque nous accueillons avec joie la parole de Dieu, et nous lui accordons une certaine place dans notre vie, mais quand un souci ou une préoccupation surviennent alors nous estimons plus urgent de nous en occuper et nous laissons tomber la parole

de Dieu. Ce n’est pas que nous ne l’aimions pas au contraire, nous voudrions bien l’accueillir mais nous avons d’autres choses à faire qui nous paraissent nettement plus urgentes.

Parfois la parole de Dieu tombe sur nous comme du grain sur un sol déjà entièrement occupé par des ronces. Le grain ne peut pas entrer dans la terre, il n’y a plus de place. C’est lorsque nous sommes complètement absorbés par les préoccupations immédiates, noyés dans les choses à faire aujourd’hui, immédiatement, dans les obligations quotidiennes : la bonne marche du foyer, l’éducation des enfants, les problèmes de santé, les soucis professionnels, les problèmes d’argent etc. tout cela est urgent, cela ne peut pas attendre. Dieu, encore une fois, on n’est pas contre, mais pour le moment, on n’a vraiment pas de temps à lui consacrer, on verra après.

Et puis, heureusement, parfois le grain tombe sur de la bonne terre, c’est lorsque nous sommes réceptifs, pas encombrés, pas noyés dans le quotidien. Une idée nous est venue à l’esprit quelque chose a touché notre cœur. Mais ce sont des moments trop rares.

En un mot, nous sommes peut-être rarement comme le terrain des bords des chemins où il n’y a pas du tout de terre où le bon grain pourrait pousser.  Mais la plupart du temps nous sommes soit comme le terrain pierreux : nous voudrions bien accueillir la parole de Dieu, mais débordés par nos préoccupations nous n’y arrivons pas, ou comme le terrain plein de ronces, encombrés par  soucis immédiats, le bon grain de la parole de Dieu, nous n’avons plus de temps à lui consacrer. Dans un cas comme dans l’autre nos soucis sont un obstacle à la parole de Dieu.

Comment faire pour nous occuper de nos soucis sans négliger l’écoute de la parole de Dieu ? peut-être tout simplement en intégrant le Seigneur à nos soucis : au lieu de nous dire : comment réagir devant telle difficulté dans ma profession ou ma vie de famille, nous dire : comment le Seigneur veut-il que je m’y prenne ? Car c’est dans l’exercice de ma profession et dans le déroulement de ma vie de famille, que le Seigneur veut que je fasse sa volonté. En portant nos soucis devant le Seigneur dans la prière, au lieu d’être des obstacles qui nous empêchent d’écouter la parole de Dieu et de faire sa volonté, nos soucis deviennent le lieu, le chemin et le moyen par lequel nous mettons en œuvre la parole de Dieu et réalisons sa volonté.

Que retenir de tout cela ?

Le Seigneur sème sa parole dans le cœur de tous les hommes, sans laisser personne de côté. Souvent ce sont nos soucis et nos préoccupations quotidiennes qui nous empêchent d’entendre sa parole. Pourtant loin d’être des obstacles qui nous séparent de Dieu, nos soucis et nos préoccupations de chaque jour sont le lieu où il nous attend pour nous communiquer ses volontés et le chemin qu’il nous offre pour aller vers lui.

C’est lorsque nous essayons de nous sortir de nos difficultés tout seuls, par nous-mêmes, que nos travaux, nos préoccupations, nos soucis deviennent des obstacles qui nous séparent de lui, et nous empêchent d’entende sa parole ; mais si, devant nos difficultés, nous nous tournons vers le Seigneur pour lui demander : Comment veux-tu que je fasse ? Que veux-tu que je fasse ? Alors, il nous répond, non pas à travers des apparitions ou des manifestations spectaculaires mais simplement à travers des idées qui nous viennent à l’esprit ou des sentiments qui touchent notre cœur, nous rapprochent de lui et nous amènent à faire sa volonté. Alors nos travaux nos soucis et nos préoccupations deviennent le chemin par lequel nous avançons vers le Seigneur, ils deviennent le moyen par lequel nous édifions le petit bout de Royaume que le Seigneur nous invite à construire.

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