(Ac 2, 1-11) (1 Co 12, 3b-7. 12-13) (Jn 20, 19-23)
La première lecture nous rapporte la descente de l’Esprit Saint sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Mais l’Évangile nous rapporte une autre descente de l’Esprit Saint sur les apôtres au soir de Pâques. Qu’est-ce que cela veut dire ? En fait, il n’y a pas qu’une seule descente de l’Esprit Saint sur les apôtres. Chaque fois que les apôtres comprenaient une parole du Christ, et chaque fois qu’aujourd’hui une parole du Christ nous touche, il faut que l’Esprit Saint soit descendu sur nous ; sinon, toute parole de Dieu demeurerait hors de notre atteinte. Il y a une infinité de descentes de l’Esprit Saint sur nous. Mais sa descente sur les apôtres le jour de la Pentecôte est tout à fait spéciale.
Ce jour-là, l’Esprit Saint descend sur les apôtres pour y demeurer de façon permanente, et sa venue s’est accompagnée de signes et d’effets extraordinaires. Les apôtres, enfermés dans la chambre haute par crainte des Juifs, veillaient dans l’attente de l’Esprit Saint, dont le Christ leur avait promis qu’Il viendrait pour les faire accéder à la vérité tout entière (Jn 16, 13). Soudain, un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent ; des langues de feu se posèrent sur chaque apôtre. Remplis d’Esprit Saint, ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Mais plus que ces signes spectaculaires, le plus important, ce sont les effets considérables de cette venue de l’Esprit sur les apôtres : ils sont profondément transformés. On ne les reconnaît plus. On peut voir chez eux trois profonds bouleversements.
Premier bouleversement : Ce groupe d’hommes sans instruction, sans moyens, sans argent, qui, par crainte des Juifs, demeuraient enfermés dans le Cénacle, les voilà maintenant qui vont partout annoncer l’Évangile avec assurance, dans tout le bassin méditerranéen, et bientôt jusqu’aux extrémités de la terre, affrontant sans peur les oppositions, les persécutions, et même le martyr.
Deuxième bouleversement : Ce ne sont plus des disciples hésitants, à la doctrine un peu floue, qui avaient bien du mal à comprendre l’enseignement de Jésus et interprétaient souvent Ses propos de travers. Désormais pleins d’assurance, ils proclament avec clarté le message de l’Évangile, qu’ils maîtrisent parfaitement, car l’Esprit les a fait accéder à la vérité tout entière (Jn 16, 13). L’action de l’Esprit, c’est de nous faire accéder à Dieu, de nous mettre en communion avec Lui, de nous faire entrer dans les profondeurs sacrées et de nous partager les secrets de Dieu. L’Esprit Saint nous donne comme une nouvelle mentalité : la mentalité de Dieu. Saint Paul écrira plus tard aux Corinthiens : nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, toujours plus glorieuse, comme il convient à l’action du Seigneur, qui est Esprit (2 Co 3, 18). À la Pentecôte, l’Esprit Saint rend les apôtres méconnaissables. Peureux, ils deviennent audacieux ; rien ni personne ne les arrête. Gauches, maladroits, peu perspicaces pour comprendre la parole de Dieu, les voilà maintenant qui annoncent avec autorité la Bonne Nouvelle.
Troisième bouleversement : L’Esprit Saint, à la Pentecôte, étend à tous les peuples de la terre le message de salut, jusqu’alors annoncé au seul peuple juif. Les apôtres, qui parlent galiléen, sont compris par tous les assistants, venus de partout et parlant toutes les langues. Les douze pays énumérés ici, d’est en ouest avec la Judée au milieu, symbolisent la totalité du monde connu. La révélation, faite d’abord aux Juifs, déborde maintenant pour se répandre et se communiquer à tous les peuples de la terre. L’Église, qui était limitée au monde juif, devient universelle, catholique. Kat’olèn tèn gèn : par toute la terre. C’est l’achèvement et le couronnement de la mission du Messie, envoyé par le Père pour réunir en un seul troupeau, sous la conduite d’un seul pasteur, tous les peuples de la terre, en vue de l’accomplissement du dessein de Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Tm 2, 4), comme le dira plus tard saint Paul.
Mais aujourd’hui, y a-t-il encore une action de l’Esprit Saint parmi nous ? Il n’y a plus de bouleversements impressionnants, de vent violent, de langues de feu, ni de don des langues. L’Esprit Saint n’est pas facile à repérer. Il est semblable au vent : on ne voit pas le vent, mais on voit ses effets : les feuilles des arbres qui bougent, la poussière qui s’envole.
Quels sont les effets de l’Esprit Saint sur nous aujourd’hui ? C’est au niveau de nos esprits et de nos cœurs qu’Il agit. Sans que nous en rendions compte, Il nous instruit et nous transforme. Insensiblement, le plus souvent, notre foi et notre pratique religieuse évoluent au fil des années. Parfois, nous sommes surpris de constater que nous comprenons mieux tel aspect de notre foi. Étonnés, nous découvrons toute la saveur de telle parole de l’Évangile que nous n’avions pas remarquée jusqu’à présent. Mais, bêtement, à ce moment-là, nous pensons que cette évolution et ce progrès sont le résultat de l’activité de notre intelligence et de nos raisonnements. Or, chaque fois que nous comprenons quelque chose de Dieu, chaque fois qu’une parole de l’Écriture nous touche, il faut que l’Esprit Saint soit intervenu. Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas atteindre Dieu. Notre intelligence est trop limitée pour arriver jusqu’à Son niveau. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant Mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées (Is 55, 8). Lorsque Pierre répond à Jésus, qui l’interroge : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, Jésus lui déclare : Heureux es-tu, Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais Mon Père qui est aux cieux (Mt 16, 16-17). Cette intervention de l’Esprit Saint peut survenir n’importe quand : aussi bien quand nous prions, assistons à la messe, écoutons une homélie, que lorsque nous marchons dans la rue, mangeons ou regardons la télévision.
L’Esprit Saint, qui transforme notre intelligence et notre cœur, touche également notre volonté, qui déclenche notre engagement. Il agit aussi au niveau de nos activités. Chaque fois que nous faisons quelque chose de bien, l’Esprit Saint est nécessairement impliqué : Il faut qu’Il nous ait inspirés, car il n’y a qu’une seule source de bien dans le monde, c’est Dieu.
Que retenir de tout cela ? De même qu’on ne voit pas le vent, mais qu’on peut constater ses effets, de même, c’est à ses effets que l’on reconnaît la présence de l’Esprit Saint. Sa venue sur les apôtres à la Pentecôte les a profondément transformés. Eux que la peur et la crainte maintenaient enfermés, les voilà désormais pleins de force et d’audace, annonçant partout l’Évangile. Eux qui ne comprenaient pas grand-chose aux paroles du Seigneur enseignent maintenant Son Évangile avec assurance et autorité. Alors que la révélation restait confinée au monde juif, l’Esprit Saint envoie maintenant les apôtres auprès de tous les peuples, appelés à rejoindre les Juifs dans le salut que le Seigneur veut universel. L’Église catholique, c’est-à-dire universelle, est née.
Mais l’Esprit Saint n’a pas pris Sa retraite. Il continue de descendre sur nous aujourd’hui. Chaque fois qu’une parole de Dieu touche notre intelligence ou notre cœur, c’est l’Esprit Saint qui est en train de nous enseigner et de nous transformer, car Lui seul nous permet d’accéder à Dieu. Il agit au niveau de notre intelligence, en nous faisant comprendre le sens et la profondeur de Sa parole, et au niveau de notre cœur, en nous permettant de goûter, d’apprécier et d’aimer cette parole. Mais Il agit aussi au niveau de notre volonté, déclenchant notre engagement à Son service.