Dimanche 10 mai 2026, 6e dim. de Pâques A


(Ac 8, 5-8.14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21)

Nous sommes au soir du Jeudi saint. Le Christ vient d’annoncer à ses apôtres qu’il allait partir, que là où il va, ils ne peuvent pas le suivre, mais qu’il va leur préparer une place, afin que, là où il sera, ils soient eux aussi (Jn 14, 3). Cette annonce a plongé les apôtres dans la tristesse. Le Christ a beau leur promettre de leur envoyer l’Esprit Saint, qui sera toujours avec eux, ils demeurent accablés.

Il essaie de les réconforter : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » Les apôtres aiment le Christ ; ils vont donc garder ses commandements, cela va de soi. « Eh bien, moi, dit le Christ, en échange, je vous donnerai l’Esprit Saint, qui sera toujours avec vous. »

Mais cela n’apaise pas les apôtres. Pour eux, l’Esprit Saint, c’est vague. Ce qu’ils veulent, c’est que Jésus, qu’ils peuvent voir de leurs yeux et toucher de leurs mains, reste avec eux. Il a beau leur dire : « L’Esprit Saint, vous le connaissez, car il demeure près de vous », ils ne sont pas apaisés.

Cela fait trois ans qu’ils demeurent auprès de lui. Ils apprécient son enseignement, même s’ils ne comprennent pas tout parfaitement. Jésus leur dira plus tard dans la soirée : « J’ai encore bien des choses à vous dire, mais actuellement vous n’êtes pas en état de les porter ; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 12-13).

Mais déjà, ils comprennent beaucoup de choses, au point que Jésus a pu les envoyer en mission annoncer l’Évangile (Mc 6, 7). Or aucune intelligence humaine ne peut comprendre une parole divine par ses seules forces. S’ils sont parvenus à comprendre quelque chose de l’enseignement du Christ, c’est parce que l’Esprit les a éclairés. Donc, il est déjà là, en eux, même si ce n’est pas encore de façon permanente, mais seulement par intermittence, et même s’ils n’en sont pas conscients.

Ils ne savent pas encore clairement qui est l’Esprit Saint ni quel est son rôle. Jésus le leur explique dans l’Évangile d’aujourd’hui.

L’Esprit que le Seigneur va leur envoyer, c’est un Défenseur, un soutien qui va rester auprès d’eux en tout temps, alors que lui va s’en aller. C’est aussi l’Esprit de vérité, qui va conduire les apôtres à la vérité, les garder dans la vérité, les empêcher de mal comprendre, de dévier ou de dire des choses fausses.

Les apôtres ont absolument besoin de ce soutien pour rester dans la vérité de la parole de Dieu, afin de faire face aux forces adverses : les loups du dedans, comme les appelle saint Matthieu, c’est-à-dire les grands prêtres, les scribes, les docteurs de la Loi et nombre de pharisiens qui trafiquent la parole de Dieu pour lui faire dire ce qui flatte leur orgueil, leur prestige et leur autorité ; mais aussi les loups du dehors : les autorités des pays païens qui les persécuteront.

Enfin, et surtout, la présence de l’Esprit Saint sera plus avantageuse que la présence physique de Jésus. En effet, la présence corporelle de quelqu’un est toujours limitée : si Jésus est à Jérusalem, il ne peut pas en même temps être à Béthanie. Tandis que la présence de l’Esprit du Seigneur est permanente en chacun des apôtres, où qu’ils soient, même s’ils se trouvent dans des lieux différents.

L’Esprit Saint assure donc une présence de Dieu meilleure, plus efficace que la présence physique du Christ. C’est pourquoi le Seigneur ose dire aux apôtres, et à nous aujourd’hui, que l’Esprit Saint les conduira dans la vérité tout entière. Il va même jusqu’à déclarer : « C’est votre avantage que je m’en aille. Si je ne pars pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16, 7).

Mais les apôtres ne sont pas convaincus. Et nous non plus. Ils préféreraient, et nous aussi, que Jésus reste visiblement au milieu d’eux, un Jésus que leurs yeux peuvent voir et que leurs mains peuvent toucher.

Pourtant, le Christ est formel : seul l’Esprit peut nous faire accéder à la vérité.

Un jour, Jésus a demandé à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Sans hésiter, Pierre a répondu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Alors Jésus a repris : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux » (Mt 16, 16-17), c’est-à-dire par l’Esprit Saint.

Mais pour nous aujourd’hui, comment saisir cette présence de l’Esprit dans nos vies ? C’est subtil.

L’Esprit, on ne le voit pas. D’accord. Mais le vent non plus, on ne le voit pas. Pourtant, on en voit les effets : les feuilles des arbres bougent, la poussière s’envole, les portes claquent !

De même, l’Esprit Saint, on ne le voit pas, mais on voit ses effets.

Quels sont ces effets ? Le jour de la Pentecôte, les apôtres sont transformés, méconnaissables. Jusque-là, ils restaient enfermés par crainte des Juifs et ne comprenaient pas encore grand-chose à la mission de Jésus. Le jour de l’Ascension, ils croyaient encore que le Messie allait restaurer l’indépendance politique d’Israël et lui demandaient : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir le royaume pour Israël ? »

Mais dès le jour de la Pentecôte, ce petit groupe d’hommes sans instruction, sans moyens, sans argent, se met à annoncer avec assurance la Bonne Nouvelle. L’Esprit Saint leur a ouvert l’intelligence et le cœur ; désormais, ils comprennent la parole de Dieu.

Ces hommes timorés affrontent maintenant sans peur les oppositions, les persécutions et même le martyre. Ils vont répandre l’Évangile dans tout le bassin méditerranéen et jusqu’aux extrémités de la terre.

Et pour nous aujourd’hui, quels sont les effets de l’Esprit Saint ?

Il nous arrive qu’en priant, en écoutant une homélie, en lisant l’Évangile, une parole nous frappe, nous touche. C’est l’Esprit Saint qui nous fait comprendre quelque chose du mystère de Dieu.

Et il n’agit pas seulement lorsque nous prions. Il parle à notre cœur à travers une parole entendue au cours d’une conversation, à travers quelque chose que nous voyons dans la rue ou à la télévision, à travers une réflexion qui nous vient à l’esprit en contemplant la beauté d’un paysage ou les prodiges que les hommes parviennent à réaliser grâce à l’intelligence que Dieu leur a donnée : les miracles de la chirurgie, les opérations complexes d’un ordinateur ou même d’un simple téléphone portable.

Le Seigneur nous donne son Esprit, qui rend notre cœur capable de le connaître (Jr 24, 7).

Que retenir de tout cela ?

Si nous connaissons quelque chose de Dieu, c’est l’Esprit Saint qui nous l’a fait connaître, mais nous n’osons pas toujours le reconnaître.

D’autre part, même si nous sommes des pécheurs, orgueilleux et égoïstes, il nous arrive de dire et de faire des choses bonnes. Or il n’y a qu’une seule source du bien dans le monde : Dieu.

Par conséquent, si nous disons ou faisons quelquefois le bien, c’est l’Esprit Saint qui nous a inspirés. Mais, là encore, nous n’osons pas le reconnaître. Nous pensons, sans oser le dire tout haut, que l’Esprit Saint ne se dérange pas pour des gens ordinaires comme nous.

Et pourtant, l’Esprit Saint est là, tous les jours, dans nos vies. Mais nous ne le reconnaissons pas, et nous le cherchons ailleurs, vainement.

Comme lorsque nous cherchons nos lunettes alors que nous les avons sur le nez !

Comme le dit un proverbe malgache :

Noana ambonin’ny sompitra, mangetaheta ambonin’ny lakana.

« On est affamé alors qu’on est assis sur le grenier à riz ; on a soif alors qu’on est assis dans une pirogue. »

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