Dimanche  23  Aout  2026

(Isaïe 22,19-23)  (Rom.11,33-36)  (Mt.16,13-20)

Pour vous, qui suis-je ? C’est cette question adressée par Jésus à ses apôtres que je commenterai dans l’homélie aujourd’hui. Jésus intriguait. On se demandait : qui est-il vraiment ? Beaucoup voyaient en lui un prophète. Sa prédication faisait penser à celle d’Elie qui ne s’adressait pas seulement aux juifs, mais aussi aux étrangers. Parfois il répétait mot pour mot des paroles de Jean Baptiste : convertissez-vous ; le Règne de Dieu s’est approché. (J.B.MT.3,2) (J.Mt.4,7) Et comme Jérémie, il annonçait la ruine du Temple (Mt.24,2). Certains se demandaient s’il ne serait pas le Messie. En général, il était bien vu ; son enseignement comme ses miracles impressionnaient les foules. Par contre, les prêtres, les docteurs de la Loi, l’ensemble du milieu clérical et les pharisiens lui étaient profondément hostiles, lui reprochant de violer la Loi, d’introduire des nouveautés et de détruire la religion. D’après eux il fallait respecter la Loi jusque dans les moindres détails, et  surtout ne rien changer  aux coutumes habituelles. Tout était affaire de pratiques extérieures.

Jésus critiquait une telle interprétation légaliste de la religion. Pour lui l’important était d’aimer Dieu et l’amour devait inspirer toute la vie. Il était bon et miséricordieux même envers les pécheurs. Les prêtres, les docteurs de la Loi et les pharisiens au contraire, passaient leur temps à juger, condamner et mépriser les gens simples, lesquels étaient heureux d’entendre Jésus remettre en place tous ces notables arrogants. On ne savait plus que penser. Fallait-il suivre l’opinion du plus grand nombre qui voyait en Jésus un prophète et un juste ? Ou fallait-il se rallier au point de vue des officiels de la synagogue, prêtres, docteurs de la Loi, lévites etc. et d’un grand nombre de pharisiens  qui voyaient en Jésus un révolutionnaire et un impie qui détruisait la religion ?

C’est dans ce contexte troublé que Jésus demande à ses disciples : Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? Pierre, toujours le premier à réagir, répond ; Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Tu es le  Christ, c’est-à-dire celui qui a reçu la consécration, l’investiture. Jésus avait reçu cette investiture le jour de son baptême, lorsque l’Esprit Saint était descendu sur lui, tandis qu’une voix venue du ciel disait : Tu es mon Fils bien-aimé. (Mt.5,17) Tous les assistants en avaient été témoins. Pierre affirme donc ici : tu es le Christ, c’est-à-dire  consacré, mais pas comme un simple prophète, tu es aussi Fils de Dieu. Reprenant la parole,  Jésus félicite alors Pierre, soulignant qu’il n’a pas trouvé cela tout seul : Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui et aux cieux. Carpersonne ne peut connaître Dieu. Notre intelligence est trop courte pour l’atteindre et notre cœur trop étroit pour le comprendre. Pour que quelqu’un croie que le Christ est Dieu, il faut que le ciel l’éclaire. Nul ne vient à moi si mon Père ne l’attire (Jean 6, 44) disait Jésus à ses auditeurs et St Paul écrira plus tard aux Corinthiens : Nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur, si ce n’est par l’Esprit Saint. (1Cor.12,3). Mais tout le monde n’accueille pas cette révélation. Ils ont des yeux pour voir et ne voient point,  des oreilles pour entendre et n’entendent pas, car c’est une engeance de rebelles. (Ez. 12,2)disait déjà le prophète Ezechiel. Combien ont vu le Christ de leurs yeux et l’ont entendu de leurs oreilles, mais ne l’ont pas reconnu ?

Et pour nous aujourd’hui, qui est le Christ ? Un certain nombre d’incroyants le regardent comme un grand sage qu’ils estiment et respectent. Ils le rangent quelque part entre Socrate et Confucius.

Ils ont une Bible dans leur bibliothèque, mais l’ouvrent rarement. Le Christ n’a pratiquement rien à voir avec leur vie de chaque jour.

Parmi les croyants, certains, tout en le reconnaissant comme Dieu, le considèrent comme encore assez lointain, sans grande incidence sur leur vie quotidienne, mais il a quand même une certaine place dans leur existence. Surtout en cas de difficulté ou d’épreuve où ils font appel à lui Ils ont confiance en lui, sûrs que dans sa bonté, il va leur venir en aide, mais le reste du temps, quand tout va bien, il n’est guère présent. C’est un peu comme s’il était une sorte de roue de secours. La comparaison peut paraître incongrue, mais en fait,  elle convient tout-à-fait. Sa roue de secours, on y tient. On veille à ce qu’elle soit toujours à sa place dans le coffre de la voiture, mais on ne s’en sert pas tous les jours, et même, on espère qu’on n’aura pas à s’en servir. Elle est toujours là, en  cas de coup dur, mais on espère bien qu’on n’en aura pas besoin. De même pour certains croyants, le Christ est toujours là quelque part en réserve, mais on espère bien pouvoir résoudre les problèmes quotidiens avec ses moyens ordinaires : son intelligence, son argent,  sa débrouillardise,  sans avoir à faire appel à lui.

Et puis il y a des croyants qui regardent le Christ comme celui qui leur a donné la vie, l’intelligence et tous les talents qu’ils possèdent. Ils le voient comme l’origine de tout ce qu’il y a de bien en eux et dans le monde. Ils croient que, depuis leur baptême, ils sont greffés sur le Christ et qu’il leur a confié la tâche de construire, là où ils sont, un petit bout de royaume de Dieu où il y ait un peu plus de paix, de justice et de charité. Du coup, le Christ n’est plus simplement une sorte de ‘ Dieu-roue-de-secours,’ précieux certes, mais utile seulement en cas de crevaison. Il serait plutôt une sorte de ‘Dieu-moteur’ qui permet à la voiture de rouler, et même une sorte de ‘Dieu-GPS’ qu’ils consultent  constamment pour rester sur le bon chemin. Ils demeurent donc continuellement attentifs à la présence du Christ dans leur vie, mais sans tension ni inquiétude parce qu’ils savent que le Christ les aime et veut le meilleur pour eux. St Paul appelait cela rester sur le qui-vive dans l’action de grâces. (Col.4,9) Je suis sûr que chacun de nous voudrait bien faire partie de ce genre de chrétiens.

Que retenir de tout cela ?

Pour vous, qui suis-je ? Avec cette question, le Seigneur nous met au pied du mur. Est-ce que comme les incroyants, je le considère simplement comme un sage que je range entre Socrate et Platon ? Ou bien est-ce que pour moi,  il  est Dieu, mais un Dieu encore lointain  qui n’a guère d’incidence sur ma vie de chaque jour ?  mais assez proche cependant   pour être secourable, venir à ma rescousse, quand je suis en difficulté, mais le reste du temps, quand tout va bien, je l’ignore ? Ou bien le Christ est-il pour moi, le Dieu qui a créé toutes choses, qui est la source de ma vie, de tout ce qu’il y a de bien dans le monde et qui vit en moi. Est-ce que je ne veux rien faire qui m’écarte de lui, est-ce que je voudrais qu’il m’inspire et avec qui je voudrais être toujours en parfaite communion. Est-ce que  dans mes meilleurs moments je dis comme Claudel : Je vois bien des manières de ne pas être, mais il n’y a qu’une manière seule d’être, qui est d’être en vous. ?

Tout heureux d’entendre de la bouche de Pierre une profession de foi vibrante qui répond à la question qu’il avait posé, Jésus reprend la parole et l’institue chef de l’Eglise : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise… Je te donnerai les clés du Royaume. Jésus sait bien que Pierre n’a pas toutes les qualités qu’il faudrait pour cela, mais de toute façon, le Christ sait bien que personne n’a jamais les qualités nécessaires pour répondre à la vocation à laquelle il est appelé ; c’est pourquoi il se charge lui-même de nous former : je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (Marc 1,17)dit-il à ses apôtres lorsqu’il les choisit. Aujourd’hui encore le Seigneur demande à ceux qu’il appelle de faire des choses qui dépassent leurs capacités. Mais la grâce qui est le pouvoir donné aux hommes de faire par eux-mêmes ce qu’ils ne peuvent pas faire par leurs propres forces nous permet de nous en sortir.

L’évangile d’aujourd’hui se termine par une consigne  surprenante de Jésus qui demande à ses apôtres de ne révéler à personne qu’il était le Messie

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