(Ez 37,12-14) – (Rm 8,8-11) – (Jn 11,1-45)
Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Tel est l’enseignement principal de cet Évangile. Mais on peut remarquer aussi :
1°) la foi persévérante des apôtres, pourtant décontenancés par les réactions de Jésus ;
2°) la confiance totale de Marthe et Marie en Jésus ;
3°) les larmes de Jésus devant le tombeau de Lazare ;
4°) la perspicacité des témoins du miracle qui, en voyant ce que Jésus avait fait, dépassent le prodige de la résurrection et croient en lui.
Saint Jean commence son récit en rapportant que Marthe et Marie envoyèrent dire à Jésus : « Celui que tu aimes est malade. » Cela veut dire : « Viens le voir. » Mais la politesse demande qu’on ne dise pas les choses directement, mais plutôt de manière détournée, par sous-entendus. Jésus décide alors de se rendre au chevet de Lazare, à Béthanie, en Judée. Les apôtres sont surpris parce que, récemment encore, en Judée, on cherchait à lapider Jésus. Ils sont encore plus surpris qu’il attende deux jours avant de se mettre en route.
Il tente de s’expliquer : « Lazare s’est endormi. » Rassurés, les apôtres réagissent : « S’il est endormi, il sera sauvé. » Sous-entendu : ce n’est plus la peine de nous déplacer. Mais Jésus explique : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons près de lui. » Les apôtres sont complètement désorientés. Thomas réagit : « Allons-y, nous aussi, et nous mourrons avec lui. » Complètement à côté de la plaque ! Mais cette réaction montre que, même s’ils ne comprennent pas bien les propos et les réactions de Jésus, ils le suivent quand même, avec une détermination sans réserve et plus forte que tous les malentendus.
Comme les apôtres, combien de fois ne sommes-nous pas désorientés par ce qui nous arrive, et nous nous demandons : pourquoi le Seigneur permet-il qu’une telle chose arrive ? Mais sommes-nous capables de la même obstination dans la confiance en lui ?
Ce qui nous impressionne aussi dans cet Évangile, c’est la foi des deux sœurs en Jésus, sûres que, s’il avait été là, leur frère ne serait pas mort. Marthe va même encore plus loin en affirmant sa conviction que, maintenant encore, tout ce qu’il demandera à Dieu, Dieu le lui accordera. Elle croit non seulement en la résurrection à la fin des temps, mais déjà elle a entière confiance que le Christ est, dès maintenant, la Résurrection et la Vie, et que celui qui croit en lui, même s’il est mort, vivra.
Et pourtant, ce n’était pas facile de croire en Jésus à cette époque où la quasi-totalité du monde clérical — les prêtres, les docteurs de la Loi, les scribes, les lévites — et un bon nombre des pratiquants les plus assidus, les pharisiens, le considéraient comme un ennemi de la religion. Pour nous aussi, ce n’est pas facile de croire quand la plupart des gens, le dimanche matin, font leurs courses au supermarché, du jogging ou promènent leur chien au lieu d’aller à la messe. Mais avons-nous la même assurance dans notre foi que Marthe et Marie ?
Après nous avoir rapporté la profession de foi des deux sœurs de Lazare, saint Jean nous amène à l’instant certainement le plus émouvant de ce récit où Jésus, devant le tombeau de Lazare, bouleversé de voir Marthe et Marie ainsi que leurs amis en larmes, se mit à pleurer. Il savait que, dans quelques instants, il allait ramener Lazare à la vie ; mais, devant le chagrin de Marthe et Marie et de leurs amis, il a craqué et n’a pas pu retenir ses larmes.
Cela veut dire que Dieu est humain. Cela veut dire que nos peines, nos souffrances, nos épreuves, nos tristesses, aussi bien que nos moments de joie et de bonheur, il sait ce que c’est : il est passé par là avant nous. On peut parler avec un Dieu comme ça, on peut prier un Dieu comme ça.
Ce n’est pas un Dieu lointain, énigmatique, indifférent à ce qui nous arrive, qu’il faut convaincre à coups de longues prières de s’occuper de nous et de nous venir en aide : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez » (Mt 6,8), nous dit l’Évangile. Et saint Paul insiste : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’actions de grâces, faites connaître vos demandes à Dieu » (Ph 4,6). Remarquez qu’il nous invite même à exprimer notre action de grâces avant même d’être exaucés ! C’est d’ailleurs ce que fait Jésus priant devant le tombeau de Lazare : avant même que la résurrection ait eu lieu, il dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours, mais je te le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. »
Puis, s’adressant à Lazare, Jésus lui commande : « Viens dehors. » Saint Jean n’en parle pas, mais on peut imaginer la stupeur et la joie de tous en voyant Lazare rendu à la vie. Il conclut simplement : « Beaucoup de Juifs, ayant vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. » Dépassant le miracle lui-même, ils sont remontés jusqu’à celui qui l’avait accompli.
Ce qui nous invite, nous aujourd’hui, quand nous voyons, malgré tout le mal autour de nous, tout ce qu’il y a de bien dans le monde, à remonter jusqu’à Dieu agissant au milieu de nous. Car il n’y a qu’une seule source de bien : c’est Dieu. Par conséquent, chaque fois que, quelque part dans le monde, quelqu’un dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais savons-nous le voir ?
Que retenir de tout cela ?
Le Christ est la résurrection et la vie. Il le prouve en ramenant Lazare à la vie.
Dans cet Évangile, les maladresses des apôtres à comprendre les propos de Jésus nous consolent de nos propres difficultés à comprendre la parole de Dieu. Et leur attachement au Seigneur, malgré leurs difficultés à le suivre, est pour nous un modèle de persévérance quand notre fidélité est tentée de faiblir.
Par la vigueur de leur foi en Jésus, Marthe et Marie sont aussi des modèles pour nous.
Mais surtout, le réalisme des témoins de la résurrection de Lazare qui, ayant vu ce qu’avait fait Jésus, crurent en lui, nous invite à voir ce qu’il fait dans le monde d’aujourd’hui à travers tout ce qui se fait de bien. Car il n’y a qu’une source de bien dans le monde : c’est Dieu.
Par conséquent, chaque fois que quelqu’un, quelque part dans le monde, dit ou fait quelque chose de bien, Dieu est là. Mais nous ne le voyons pas : très souvent, comme notre désir profond est que tout soit parfait, ce qui accroche notre attention, c’est ce qui ne va pas — le mal, les catastrophes, les malheurs — et nous avons du mal à voir le bien qui se fait, et donc la présence de l’action du Seigneur dont ce bien est le signe.
J’ai peur qu’aujourd’hui encore, il ne soit obligé de nous faire le même reproche qu’il faisait à ses disciples : « Vous avez des yeux : ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles : n’entendez-vous pas ? » (Mt 8,18). Ce ne serait peut-être pas une mauvaise idée de prendre tous les jours un petit moment pour repérer tout ce qui s’est passé de bien dans la journée.
À chaque fois, Dieu était là. Cela vaudrait la peine de nous en apercevoir.